D’étranges destins - Tome 2 - Michel Moyrand - E-Book

D’étranges destins - Tome 2 E-Book

Michel Moyrand

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Beschreibung

La mort de Loïc Perongue bouleverse la vie de son ami Pierre Kretony. Ce changement, s’il lui impose de nouvelles contraintes, lui apporte aussi des compétences et une reconnaissance inespérées. Les liens surnaturels que Pierre entretient avec Loïc l’intriguent, tout en le confortant dans ses nouveaux engagements.

Philippe Perlongue, père de Loïc et patron d’une grande entreprise de parfumerie, l’accompagne dans cette étonnante progression sociale, qui ne l’éloignera pourtant jamais de ses origines.

Pierre va découvrir la Franc-Maçonnerie et retrouver Angèle, une camarade de classe, avec qui il fondera une famille. Mais le destin frappera encore. Pierre devra grandir une fois de plus et assumer un rôle auquel il ne s’était pas préparé.

Au fil de son récit, l’auteur partage doutes et découvertes, nous laissant portés par les surprenants détours d'un destin insolite.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Michel Moyrand, né en février 1949 en Haute-Vienne vit en Périgord depuis le début des années 70. La nature, la poésie, la photographie et l'écriture meublent son temps qu'il aime partager en famille et avec ses amis.

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Seitenzahl: 209

Veröffentlichungsjahr: 2025

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D’étranges Destins

 

 

 

 

 

Tome 2: D’invisibles paroles

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

 

 

 

 

 

 

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN Papier : 978-2-38157-518-6ISBN Numérique : 978-2-38157-519-3

 

Dépôt légal : Novembre 2023

© Libre2Lire, 2023

 

 

Du même Auteur :

« D’étranges destins – Tome 1 »Roman – Ed Libre2Lire – 2023

« Vies brisées »Roman – Ed Libre2Lire – 2022

« Une vie d’engagements »Témoignage – Ed Libre2Lire – 2021

« Le temps d’écrire »Poésie – Autoédition – 2019

Michel MOYRAND

Chevalier de la Légion d’HonneurChevalier dans l’ordre national du Mérite

D’étranges destins

Tome 2 : d’Invisibles Paroles

Roman

 

 

 

 

 

« Aider le blessé et le faible, c’est ce qui différencie l’homme de l’animal »

Hugo Pratt.

 

 

Michel Moyrand

 

Rappel

Personnages et événements du tome précédent.

La famille Kretony

Raïs le père est ouvrier maçon, la mère Huguette est caissière-manutentionnaire dans une grande surface. Avec leurs trois enfants, ils habitent dans un logement social de la ville de Périgueux et mènent une vie modeste.

Pierre est le frère aîné d’Émilie et de Christophe. Après avoir terminé sa classe de troisième, il a été admis au lycée technique polyvalent Albert Claveille en section baccalauréat professionnel mécanique moto. L’Union Sportive de Nantes, ayant repéré ses qualités de joueur de football, lui propose de suivre un stage de détection en vue d’intégrer une formation de joueur professionnel. Il doit décliner cette proposition faute de disposer de ressources financières suffisantes. Au cours de sa scolarité, il se lie d’amitié avec Loïc, qui partage sa passion pour les motos. Grâce à lui, il a pu découvrir les différentes sorties nocturnes et faire la connaissance d’Isabelle. Après avoir obtenu son diplôme, il est embauché dans un garage comme ouvrier mécanicien.

La famille Perlongue

Philippe et Jacqueline vivent avec leur fils unique, Loïc, en centre-ville de Périgueux. Philippe, patron d’une importante entreprise de produits cosmétiques, offre à son fils une moto électrique pour son sixième anniversaire. Le petit garçon annonce à son père qu’il sera un jour champion du monde de motocross. Jacqueline, médecin spécialiste en chirurgie vasculaire, souhaite que son fils fasse des études longues.

Loïc Perlongue, scolarisé dans le même établissement que Pierre Kretony, suit une formation similaire avec l’ambition de devenir pilote professionnel et obtenir un titre de champion du monde. Les deux garçons deviennent rapidement d’inséparables amis au point d’être surnommés les jumeaux. Après avoir obtenu son bac professionnel, Loïc poursuit sa formation et obtient le diplôme de brevet de technicien supérieur dans la spécialité maintenance des véhicules, option motocycles. Compétiteur acharné, il accumule les victoires en France et à l’étranger. Il est sacré champion de France avant de participer à la course du Dakar en Amérique du Sud. Au terme de la compétition, il décide de prolonger son séjour à Santiago. Là, il fait la connaissance de Nina, serveuse dans une boîte de nuit du nom de Ciggara. Cette femme perverse lui fait découvrir une partie des plaisirs du corps et n’éprouve aucune peine à lui faire transporter des colis à Limoges.

Après le Dakar, il est victime d’un grave accident lors d’une course en Espagne. Paraplégique, sa force de caractère et sa volonté de réussite l’amènent à s’investir dans la création d’une série BD sur le thème de la moto. Avant la sortie de son premier album, il reçoit la visite inattendue de Paul Troubane, officier de police judiciaire (OPJ). Les faits qui lui sont reprochés sont susceptibles de nuire à l’image de ses parents. Loïc, conscient de la gravité de sa faute, choisit de disparaître. Dans sa lettre d’au revoir, il demande à ses parents de faire pour Pierre ce qu’ils auraient fait pour lui-même.

Pierre Kretony se voit contraint de mettre fin à sa relation sentimentale avec Isabelle trop distante. Son patron refuse de le libérer durant trois semaines pour suivre son ami Loïc sur le Dakar. Sa déception est comparable à celle qu’il avait ressentie lorsqu’il avait dû refuser l’offre Nantaise. La conjugaison de ces trois situations provoque une énorme frustration en lui et aggrave son sentiment d’enfant de la classe d’en bas à qui rien ne sourit. À cela s’ajoute sa situation d’ouvrier mécanicien sans perspectives d’évolution. Avec Claudine, il vit en union libre. L’accident de Loïc le bouleverse, son décès l’ébranle, sa vie va en être entièrement changée.

 

Chapitre I

 

Jacqueline Perlongue avait pris en charge la majorité des tâches administratives concernant la mort de son fils. Elle avait traversé avec courage cette douloureuse période symbole d’une incomparable et injuste fracture familiale. Elle sortait progressivement de cette situation inimaginable et rentrait avec peine dans un nouveau contexte de vie. Cette femme avait appris à gérer l’absence de Loïc, sans culpabiliser, en s’octroyant des moments confidentiels où elle pouvait exprimer sa tristesse et sa douleur. La présence rassurante de Pierre nourrissait chez elle une affection dont elle ne pouvait pas définir la nature. Elle manifestait une tendresse étonnante à l’égard de l’ami de son fils. L’arrivée des premières fêtes de fin d’année, et surtout celle de Noël sans leur enfant, lui rappelait les joyeux moments vécus à trois. Ainsi, elles provoquaient chez Jacqueline et Philippe, un sentiment de regret des temps passés et ravivaient les chagrins causés par la mort de leur fils unique. Alors, ils décidèrent de ne pas décorer leur salle à manger comme ils le faisaient par le passé, mais de partir en voyage. Cette séparation géographique les éloignerait de leur habitude festive en famille, et chasserait de leur regard les nombreux repères visuels leur rappelant à la fois les sources de joie de cette période mais aussi de tristesse. Ils restèrent huit journées entières, isolés de toute connaissance, sur la commune de Pollença, située au nord-est de l’île de Majorque, parfois confondue avec la ville de Pollentia implantée sur la commune voisine d’Alcúdia. De retour à Périgueux, ils partagèrent la nuit de la Saint-Sylvestre avec Pierre et son amie ainsi qu’avec Huguette et Raïs. Jacqueline avait choisi une ambiance musicale, piano et nature, pour accompagner la soirée. Chacun s’efforça de ne pas revenir sur le passé et d’évoquer l’actualité sous ses divers aspects. Lorsque, l’heure fatidique arriva, l’échange de bons vœux entre tous eut lieu simplement, sans ostentation, mais avec des marques de franche affection. Quelques larmes firent leur apparition sur les visages de Jacqueline et de Pierre, qu’ils maîtrisèrent avec dignité et séchèrent discrètement. La soirée se poursuivit jusqu’à l’aube. Pierre était ravi de voir ses parents détendus dans un environnement peu familier pour eux et au sein duquel ils appréhendaient de se retrouver. Les alcools de grande qualité servis par Philippe avant et pendant le repas favorisaient probablement l’état de sérénité général qui s’installait. Une telle rencontre n’était pas dans les habitudes de l’une et l’autre de ces deux familles bien qu’elles se soient en d’autres circonstances déjà retrouvées. L’amitié qui unissait les deux garçons et le drame récent avaient eu pour effet de les rapprocher, en leur faisant partager les mêmes valeurs de la vie. Quand les deux couples invités voulurent rentrer, dans la nouvelle résidence des parents de Pierre, une épaisse couche de neige recouvrait le sol. Dans un silence poignant, la poudreuse étincelait sous la lumière des réverbères électriques de la ville. Après avoir dégagé celle accumulée sur les vitres du véhicule, Huguette, qui aimait conduire, s’installa aux commandes de la voiture et Claudine monta près d’elle. Le père et le fils montèrent à l’arrière. Les parents de Pierre habitaient depuis quelques années dans la maison que Raïs avait en grande partie construite seul, pendant ses congés et les week-ends. Celle qu’ils avaient désirée et pour laquelle Raïs s’était tant épuisé. Les chasse-neige étaient passés sur les grands axes. De longues guirlandes de neige ornaient chaque côté des rues et des routes. Les rares véhicules en circulation avançaient lentement. Raïs retira à l’aide d’une pelle, l’épaisse couche accumulée contre le portail d’entrée de leur propriété afin d’en faciliter l’accès. Après avoir pris quelques heures de repos, les deux couples se retrouvèrent sans appétit dans la salle à manger. Émilie et Christophe, conviés à une autre soirée animée, étaient rentrés vers 10 heures du matin. N’émergeant qu’en milieu d’après-midi, ils avaient alors rejoint la famille. Les discussions retraçaient brièvement les ressentis des différents vécus de veille. Alors que Raïs s’apprêtait à ouvrir une bouteille de champagne pour célébrer l’arrivée de la nouvelle année, Pierre s’adressa à ses parents ainsi qu’à sa sœur et son frère :

— Je dois vous annoncer une nouvelle qui risque de bouleverser ma vie…
— Vous allez vous marier ? demanda Huguette en l’interrompant.

Elle attendait avec une certaine impatience, le jour où l’aîné de ses trois enfants lui signifierait la date de son mariage.

— Non maman, pas encore !
— Vous attendez un enfant ?
— Non, maman, ces questions ne se posent pas à nous deux pour le moment. Loïc a laissé une recommandation très particulière à ses parents avant son départ.
— Ah bon ! Est-ce que c’est grave ? demanda le père d’un ton calme ?
— Non, pas réellement, mais cela représente beaucoup pour monsieur et madame Perlongue, et encore bien plus pour moi. Dans sa lettre d’au revoir, Loïc a demandé à son père et à sa mère qu’ils fassent pour moi ce qu’ils auraient fait pour lui.

L’annonce, qui aurait pu ravir chacun, figea tout le monde dans un grand silence. Une forme d’étonnement et d’inquiétude apparut aussitôt sur les visages et l’embarras envahit tous les regards. Chacun était pétrifié par cette annonce inimaginable. Personne dans la famille ne put exprimer la moindre réaction. Pierre continua donc ses explications, avec une immense modération.

— Lorsque les parents de Loïc m’ont annoncé, voici quelques mois, la dernière volonté de leur fils, j’ai eu la même réaction que celle que vous venez d’avoir. D’abord, l’étonnement m’a gagné, puis, en écoutant Jacqueline et Philippe, je me suis retrouvé rapidement submergé et désemparé par ce que mon imaginaire me permettait alors d’entrevoir. Je n’ai pas pu ce soir-là donner la moindre réaction, faire le moindre commentaire et apporter la plus petite réponse à l’immense générosité, mêlée d’obligations, tracée à mon égard par Loïc dans la requête laissée à ses parents. Plusieurs mois leur ont été nécessaires avant de porter à ma connaissance cette demande. À moi également, il m’a fallu plusieurs semaines de réflexion pour vous donner sereinement cette information. J’ai identifié l’ampleur des responsabilités et des obligations qui m’échoiraient. Je me suis interrogé sur mes capacités à les assumer. Alors, j’ai cherché à connaître les avantages et les améliorations que voulait ainsi apporter mon ménechme à mon existence. De tout cela, je n’ai encore qu’une idée assez vague. Claudine m’accompagne dans le choix de ma décision qui n’est pas encore définitivement établie. Par conséquent, vous l’avez bien compris, je suis encore hésitant. Je peux refuser d’honorer la volonté d’un homme qui, après vous, a eu une place si importante dans ma vie, et qui m’a si souvent associé à ses projets, qu’il m’a fait découvrir tant de choses et pour qui j’ai été le confident le plus proche. Par ailleurs, il m’a raconté beaucoup d’histoires, mais il ne m’a jamais rien dit sur son dernier acte.

Dans la pièce éclairée par de nombreuses lumières électriques clignotantes, semblables à des étincelles ardentes, les espaces de silence se conjuguaient pour donner à ce moment-là un aspect très solennel. Chacun portait sur son visage les souvenirs de Loïc, généralement présent les années précédentes pour partager ces moments de fête. L’annonce aussi surprenante qu’émouvante livrée par Pierre semblait peser sur les épaules de chacun à l’instar de l’épaisse couche de neige sur les branches des épicéas et des genévriers. Ce fut Émilie qui rompit le silence en interpellant son frère aîné :

— En effet, Pierre, ton ami a fait un geste poignant. Je comprends que tu sois perplexe face à cette situation et cette opportunité. Je te connais suffisamment pour te savoir capable de rassembler tous les éléments utiles à ta prise de décision. Je sais que tu as toujours considéré Loïc comme un super « philanthrope ». Son geste est extraordinaire, il est motivé par la volonté de te permettre de quitter le milieu social dans lequel nous évoluons. Depuis des années, tu te plains d’être déshérité, tu dis être victime des injustices de la naissance. Ton ami t’a laissé la clef pour que tu puisses réaliser ton rêve. De plus, je ne suis pas encore au courant de l’opinion de nos parents, mais c’est à toi, et à toi seul de choisir ton avenir. Peu importe ce qui se passera, je te soutiendrai et je saurai rester discrète.
— Et vous, papa et maman, que pensez-vous de la demande de Loïc de faire de moi l’héritier unique de ses parents ? demanda Pierre.
— Pardonne-moi mon petit, mais je ne peux pas te répondre, je suis stupéfiée par ce qui t’arrive. Je ne suis pas très à l’aise avec l’idée qu’ils puissent t’accepter comme faisant partie intégrante de leur famille. Si j’ai bien compris, c’est ce que Loïc voulait. Tu n’as pas grandi dans le même cadre que ton ami décédé, ça m’inquiète. Nos modes de vie et nos manières de penser sont très différents. Tu n’as ni le même savoir-être, ni le niveau d’instruction, ni leur savoir-faire, ni l’expérience de ces personnes. Seras-tu capable de t’intégrer dans un groupe aussi différent que celui que tu as connu jusqu’à présent ? dit Huguette.
— Je ne pensais pas que tu nous annoncerais en ce premier jour de l’année une telle nouvelle. Alors, j’imagine que tu avais convenu avec monsieur et madame Perlongue de ne pas aborder ce sujet hier ? dit Raïs.
— Oui, papa, ce n’était pas le moment approprié, répondit Pierre.
— Vous savez, renchérit Huguette en s’adressant à Claudine, nous sommes des personnes très modestes, nous disposons de peu de ressources et nous vivons un peu repliés sur nous-mêmes. Nous nous sommes efforcés de donner la meilleure éducation possible à nos enfants, mais nous n’avons pas pu toutefois leur garantir de longues études. Ils resteront probablement, comme mon mari et moi sommes restés toute notre vie, des ouvriers ou peut-être réussiront-ils à être au mieux des chefs d’atelier ou de bureau.

Un nouveau silence envahit la pièce. Il traduisait le sentiment de malaise ressenti par les parents de Pierre, sa sœur et son frère. Claudine choisit alors, de manière totalement impromptue et mesurée, de s’adresser à la maman de son compagnon.

— Madame Kretony, je crois que ce qui compte dans la vie avant toute autre chose, c’est le bonheur. Bien entendu, chacun de nous en a sa propre définition, sa conception personnelle, mais en définitive, je pense très fortement que le bonheur se trouve avant tout au fond de soi-même. C’est certainement vrai que la vie est plus agréable pour les riches que pour les pauvres, personne ne le nie d’ailleurs. Votre fils aîné se voit confronté à une situation unique que nul ne pouvait imaginer, pas même son ami Loïc, 48 heures avant son départ. Comme l’a dit à l’instant Émilie avec beaucoup d’à-propos, la décision lui appartient, lui revient et à lui seul. Cependant, vous l’avez bien compris, il cherche des points d’appui, il éprouve le besoin d’être soutenu sans pour autant être en quête d’influence. Pour lui, le moment est grave, depuis qu’il a appris l’extraordinaire geste de Loïc, de multiples préoccupations l’envahissent. Son sens profond des responsabilités va lui permettre, j’en suis certaine, d’établir son choix définitif avec beaucoup de discernement. Pour l’instant, il ne l’a pas réellement établi, il lui faut encore un peu de temps, je crois. Je vous prie d’excuser mon intrusion dans votre discussion.
— Monsieur et madame Perlongue ne sont pas des gens comme nous, ils sont très riches, tu le sais Pierre. Leur vie n’a rien de comparable avec la tienne, comment vas-tu pouvoir te hisser à leur niveau ? Je suis vraiment très troublée par ce qui t’arrive, mais je ne veux surtout pas influencer ta décision. Comme ta sœur l’a dit tout à l’heure, tu es face à une situation rarissime que bien peu de personnes rencontrent durant leur existence. Tu vas devoir bientôt répondre aux parents de ton jumeau de cœur. Alors, tu leur indiqueras, selon ta façon de t’exprimer, oui, j’accepte d’être celui que votre fils a souhaité que je devienne, ou bien je ne me sens pas apte à assumer la charge et les responsabilités sous-tendues par son message. Ces deux réponses mobilisent totalement ton esprit et certainement le troublent, elles interpellent de manière permanente ton attention et je le comprends aisément. Je suis bouleversée en apprenant ce qui t’arrive, précisa Huguette. Nous serons toujours à tes côtés et tu resteras toujours notre enfant. Prends ta décision en ton âme et conscience.

Elle essuyait ses yeux rougis par d’abondantes larmes qu’elle épongeait avec son mouchoir brodé aux initiales de son mari et de ses trois enfants. La discussion en resta là. Après avoir bu la coupe de champagne servie par Raïs et grignoté quelques amuse-bouche, Claudine et Pierre rentrèrent chez eux. Raïs et Huguette finirent la journée avec leurs deux autres enfants sans parler de l’avenir de Pierre.

Chapitre II

 

L’inspecteur de police judiciaire, Paul Troubane, qui avait interrogé Loïc sur les transports de produits illicites, était resté très discret lorsque Jacqueline l’avait rencontré au commissariat de Périgueux pour connaître l’exactitude des actes reprochés à son fils. Son rendez-vous avec le procureur de la République de la ville n’avait pas permis d’obtenir plus d’informations. Elle avait seulement obtenu le nom de l’hôtel où s’étaient retrouvés Loïc et Nina ainsi que la destination suivante prise par la femme qui avait tourné la tête de son fils. Rien de bien significatif, en somme, pour l’aider dans sa quête. Elle avait passé l’appartement de Loïc au peigne fin, mais n’avait rien trouvé de concluant, sauf la facture de sa chambre d’hôtel au Fundator à Santiago. L’employé de réception qu’elle appela lui répondit poliment qu’il ne trouvait pas son fils sur le fichier client de l’établissement, malgré les références de la facture.

— Senõra, estoy sujeta a mi derecho de reserva y no pseudo responder a su pregunta. Lo siento, adios señora.1

Elle comprenait fort bien cette réponse qu’elle avait toutefois espérée moins réglementaire. Cependant, elle pensait que Pierre savait beaucoup de choses sur ce que son fils avait fait en Amérique du Sud. Elle l’avait d’ailleurs interrogé à ce sujet et sur la nature de sa relation avec Nina, sans obtenir de réponses. Elle lui téléphonait au moins trois à quatre fois par semaine, entre midi et quatorze heures, alors qu’il déjeunait seul à son domicile. De plus, elle lui répétait sa ferme intention de découvrir le fin mot de cette histoire dramatique. Elle essayait de l’impliquer étroitement dans ses investigations. Le jeune homme voulait garder ça pour lui, mais Jacqueline tenait absolument à démentir les rumeurs qui avaient couru dans la ville et dans le milieu de la moto, après le suicide de Loïc. Tout et son contraire étaient colportés sur la raison qui avait poussé ce garçon très apprécié à mettre fin à ses jours. Les ragots les plus odieux étaient entretenus sur une supposée aventure amoureuse qui s’était mal terminée. On mentionnait également sa performance moyenne au Dakar, son récent accident qui l’avait laissé paraplégique, ou encore son appartenance à un réseau mafieux de réputation internationale. Pierre était très affecté par les commérages en plus de ses déplorables conditions de travail.

Un soir qu’il dînait en tête-à-tête avec madame Perlongue, chez elle, alors que Philippe était à l’étranger, il choisit de lui raconter ce que Loïc avait bien voulu lui confier sur sa rencontre avec Nina. Il rapporta à Jacqueline quelques fragments de leurs ébats sexuels et de l’épopée amoureuse évoquée par son fils. Jacqueline était surprise par ce qu’elle entendait. Oh, elle n’était pas offusquée par le fait que son fils ait découvert les plaisirs de l’amour et vécu les frissons d’une femme en jouissance. Non absolument pas, bien au contraire, mais elle était évidemment consternée par l’invraisemblable supercherie déployée par celle qu’elle qualifiait de satanée ribaude. Pierre lui dit connaître le nom de la boîte de nuit où Loïc avait rencontré Nina la mante. Lorsqu’il évoqua l’identifiant accolé au prénom d’emprunt de la serveuse de la Ciggara, Jacqueline se leva brusquement de sa chaise en s’écriant :

— Mais comment a-t-il pu se laisser avoir de cette manière ? Pourquoi son père ne l’a-t-il pas mis en garde contre les femmes de ce genre prêtes à tout pour parvenir à leurs fins ? Le père est aussi concerné par l’éducation sexuelle de son fils. Ce n’était pas à moi, sa mère, de lui apprendre comment il devait se comporter envers les femmes, tout de même. Il était du devoir de mon mari de prévenir son fils des dangers qui peuvent exister dans ce domaine et les précautions à prendre avant de s’allonger dans un lit avec une inconnue, comme il l’a fait là-bas. Je te prie d’excuser mon exubérance. J’ai besoin de me calmer.
— Je vous prie sincèrement de m’excuser de vous avoir ainsi causé une telle poussée d’adrénaline. Si vous voulez, on peut parler d’autre chose.
— Non, Pierre, je souhaite que tu me dises tout ce que tu sais, et que tu m’aides à trouver la vérité. Ainsi, je ferai plus facilement j’espère, le deuil de mon enfant et retrouverai une vie plus équilibrée, moins tourmentée. Peux-tu comprendre ceci ?
— Oui, je comprends ce que vous cherchez, madame Perlongue, mais je doute que ce soit possible. Je pense que vous ne devriez pas vous lancer dans ce projet seule et que vous devriez demander de l’aide. Je crains que vous ne soyez confrontée à des questions matérielles et des procédures coriaces, mais également à des énigmes complexes à élucider. Vous vous mettez en danger. Madame Perlongue, si vous continuez d’enquêter, la mafia agira pour que vous ne puissiez plus parler. Ces gens sont des voleurs et des criminels. Le seul but de leur activité est le profit. Ils surmontent facilement la plupart des difficultés.
— Pardon, je ne suis pas certaine d’avoir bien compris.
— Peut-être devriez-vous demander à votre mari de vous accompagner dans les recherches que vous voulez entreprendre ou bien faire appel à une personne dont c’est le métier ?
— Pierre, tu dois comprendre que Philippe refuse de chercher ce qui s’est réellement passé. La mort de son fils est atrocement douloureuse, il ne l’évoque jamais. Il pense beaucoup à toi comme le lui a demandé Loïc. Nous voulons te reconnaître comme notre descendant légal et associer notre nom au tien.
— Mais Jacqueline…

Pierre ne put en dire plus. Il resta ainsi figé quelques instants par l’émotion.

— Je sais que tu es très ému, moi aussi, je le suis. Mon mari est plus âgé que moi, j’étais très jeune quand nous nous sommes mariés. Quand nous avons eu Loïc, je n’avais pas vingt ans et lui approchait de la quarantaine. De plus, nous avons dû nous marier rapidement et tu connais la suite de notre histoire. J’ai terminé mes études de médecine et Philippe a repris les rênes de l’entreprise familiale suite au décès accidentel de son père. Ces souvenirs me font frissonner, je vais prendre une douche pour me détendre. Patiente un peu, je n’en ai pas pour très longtemps. Sers-nous du champagne, il y a des demi-bouteilles en bas dans la cave. Elles se trouvent dans l’armoire à vins, dit-elle en quittant la pièce.
— Si votre époux ne souhaite pas collaborer avec vous, vous pourriez faire appel à un enquêteur privé qui saura comment organiser et mener les recherches, lui dit-il alors qu’elle se dirigeait vers la salle de bains.
— Oui, c’est une option. Je te retrouve dans un quart d’heure et l’on en discutera.
— Je vais chercher le champagne et je vous sers une coupe bien frappée, mais avant, je dois passer deux coups de fil, annonça Pierre.

Il profita du départ de Jacqueline pour téléphoner à Claudine, qui certainement occupée ne répondit pas, il lui laissa un message sur sa boîte vocale.

— Bonsoir mon amour, j’espère que tu vas bien. Je suis chez madame Perlongue. Je dois appeler ma mère et ensuite je rentrerai. Je t’embrasse.