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Les aléas de la vie conduisent Jacqueline Perlongue à acquérir une forge et un manoir dans un lieu pittoresque d’une charmante petite commune du Périgord. Accompagnée de Pierre, son beau-fils, devenu chef d’entreprise à la mort de son mari, et d’Angèle, sa belle-fille passionnée de livres, ainsi que de leurs enfants et amis, elle se lance dans la restauration coûteuse de ces lieux chargés d’histoire.
Le manoir recèle des secrets bien gardés, comme ses oubliettes et son mystérieux souterrain, connus seulement de Mélanie Crochepoule, une figure énigmatique de la commune. Lorsque Pierre décide d’explorer seul ce passage ténébreux, après être parvenu à franchir une réserve d’eau chaude, il se retrouve piégé par un effondrement qu’il ne parvient pas à vaincre. Prisonnier, il est porté disparu. Les multiples recherches engagées s’avèrent infructueuses et les supputations vont bon train jusqu’à ce qu’Alfred Rondepaille, le vieil instituteur du village, exubérant conteur, en conflit aigu depuis des années avec Mélanie, ne vienne lui signaler l’inquiétante disparition de Pierre, leur ami commun.
Face à la situation, Mélanie consent à écouter Alfred et accepte de révéler aux autorités l’emplacement du souterrain, où le disparu pourrait être retenu, depuis une semaine.
Qu’advient-il de Pierre ? Quels secrets ancestraux survivent dans le manoir et son souterrain ?
Ce troisième et dernier tome de la saga vous réserve autant de surprises que de révélations, dans une intrigue aussi rythmée que fascinante.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Michel Moyrand, né en février 1949 en Haute-Vienne vit en Périgord depuis le début des années 70. La nature, la poésie, la photographie et l'écriture meublent son temps qu'il aime partager en famille et avec ses amis.
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Seitenzahl: 260
Veröffentlichungsjahr: 2024
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D’étranges Destins
Tome 3: les mystères du manoir de la Forge-basse
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN Papier : 978-2-38157-544-5ISBN Numérique : 978-2-38157-545-2
Dépôt légal : Juin 2024
© Libre2Lire, 2024
Michel MOYRAND
Chevalier de la Légion d’HonneurChevalier dans l’ordre national du Mérite
D’étranges destins
Tome 3 :les mystères du manoirde la Forge-basse
Roman
Du même Auteur :
« D’étranges destins – Tome 2 »Roman – Ed Libre2Lire – 2023
« D’étranges destins – Tome 1 »Roman – Ed Libre2Lire – 2023
« Vies brisées »Roman – Ed Libre2Lire – 2022
« Une vie d’engagements »Témoignage – Ed Libre2Lire – 2021
« Le temps d’écrire »Poésie – Autoédition – 2019
« La conscience est le meilleur livre du monde. C’est celui que l’on doit consulter le plus souvent. »
Blaise Pascal
Michel MOYRAND
Rappel des tomes 1 & 2
Résumé du Tome 1 : Passions
La famille Kretony
Raïs le père est ouvrier maçon, la mère Huguette est caissière-manutentionnaire dans une grande surface. Avec leurs trois enfants, ils habitent dans un logement social de la ville de Périgueux et mènent une vie modeste.
Pierre est le frère aîné d’Émilie et de Christophe. Après avoir terminé sa classe de troisième, il a été admis au lycée technique polyvalent Albert Claveille en section baccalauréat professionnel mécanique moto. L’Union Sportive de Nantes, ayant repéré ses qualités de joueur de football, lui propose de suivre un stage de détection en vue d’intégrer une formation de joueur professionnel. Il doit décliner cette proposition faute de disposer de ressources financières suffisantes. Au cours de sa scolarité, il se lie d’amitié avec Loïc qui partage sa passion pour les motos. Grâce à lui, il prend goût aux sorties nocturnes et fait la connaissance d’Isabelle. Après avoir obtenu son diplôme, il est embauché dans un garage comme ouvrier mécanicien.
La famille Perlongue
Philippe et Jacqueline vivent avec leur fils unique, Loïc, en centre-ville de Périgueux. Philippe, patron d’une importante entreprise de produits cosmétiques, offre à son fils une moto électrique pour son sixième anniversaire. Le petit garçon annonce à son père qu’il sera un jour champion du monde de motocross. Jacqueline, médecin spécialiste en chirurgie vasculaire, souhaite que son fils fasse des études longues.
Loïc Perlongue, scolarisé dans le même établissement que Pierre Kretony, suit une formation similaire avec l’ambition de devenir pilote professionnel et obtenir un titre de champion du monde. Les deux garçons deviennent rapidement d’inséparables amis au point d’être surnommés les jumeaux. Après avoir obtenu son bac professionnel, Loïc poursuit sa formation et obtient le diplôme de brevet de technicien supérieur dans la spécialité maintenance des véhicules, option motocycles. Compétiteur acharné, il accumule les victoires en France et à l’étranger. Il est sacré champion de France avant de participer à la course du Dakar en Amérique du Sud. Au terme de la compétition, il décide de prolonger son séjour à Santiago. Là, il fait la connaissance de Nina, serveuse dans une boîte de nuit du nom de Ciggara. Cette femme sublime cache, derrière son jeu de séduction, un personnage pervers dont il ne soupçonne pas les intentions, lorsqu’elle lui demande notamment de transporter pour elle des colis, à Limoges.
Après le Dakar, il est victime d’un grave accident lors d’une course en Espagne. Paraplégique, sa force de caractère et sa volonté de réussite l’amènent à s’investir dans la création d’une série BD sur le thème de la moto. Avant la sortie de son premier album, il reçoit la visite inattendue de Paul Troubane, officier de police judiciaire (OPJ). Les faits qui lui sont reprochés et qui sont en rapport avec sa relation avec Nina sont susceptibles de nuire à l’image de ses parents. Loïc, conscient de la gravité de sa faute, choisit de disparaître. Dans sa lettre d’au revoir, il demande à ses parents de faire pour Pierre ce qu’ils auraient fait pour lui-même.
De son côté, Pierre Kretony vit plusieurs situations qui l’empêchent de réaliser ses rêves ou ses souhaits. Cela renforce son sentiment d’enfant de la classe d’en bas à qui rien ne sourit. Sentimentalement, il se voit contraint de mettre fin à sa relation sentimentale avec Isabelle devenue trop distante. Professionnellement, il n’entrevoit aucune perspective d’évolution dans sa situation d’ouvrier mécanicien. Enfin, l’accident de Loïc le bouleverse, son décès l’ébranle, sa vie va en être entièrement changée.
Résumé du Tome 2 : D’invisibles paroles
Madame Perlongue, obsédée par l’idée de retrouver la femme coupable du décès de son fils Loïc, se lance dans une quête effrénée. Le jour de leur rencontre, tant attendu mais également tant redouté par Jacqueline, Nina, se défenestre, laissant la mère de Loïc totalement désemparée.
Un soir, dans un restaurant réputé, Philippe annonce à Pierre Kretony, l’ultime volonté de son fils décédé. Au terme d’une longue réflexion, Pierre accepte de devenir l’héritier de la famille Perlongue et de prendre le patronyme composé, Kretony-Perlongue. Ainsi, il va troquer sa salopette graisseuse de mécanicien contre le costume cravate de co-chef d’entreprise de la société Teintfrais aux côtés de son beau-père.
Des apparitions fortuites et furtives de Loïc perturbent la vie de Pierre. Il consulte le psychologue Cholpeutre puis le médium Finevue qui le met en relation avec son ancien ami. Il est littéralement stupéfait par les échanges qu’il va secrètement entretenir.
Son acharnement au travail fait de lui un jeune patron, compétent et respecté, ce qui laisse à son beau-père plus de liberté pour s’adonner au golf et au parapente. Jacqueline, sa belle-mère, sensible aux avances des jeunes hommes, entraîne Pierre dans une relation sulfureuse qu’il écourte rapidement pour épouser Angèle.
L’étrange destin qui pèse sur cette famille depuis des années se déchaîne une fois encore. Philippe trouve la mort en se lançant en parapente du col alpin de la Forclaz. Pierre se retrouve seul à la tête de Teintfrais.
De son mariage avec Angèle, des jumeaux naissent. Il se met à mi-temps parental durant cinq ans pour élever ses enfants en partage avec son épouse.
Une crise sans précédent a mis le monde à l’arrêt durant près de trois ans. Le réchauffement climatique a provoqué le réveil de multiples pathogènes emprisonnés durant plusieurs millénaires dans le pergélisol au nord-est de la Sibérie. Les conséquences de l’épidémie « Androposanimalis » n’épargnèrent guère la société Teintfrais. Pierre et sa direction procèdent à des licenciements, ce qui provoque un important mouvement de grève.
Philippe et Loïc suivent d’en haut les événements ainsi que le parcours familial de Pierre.
La grande crise sociale déclenchée par la mondialisation de l'épidémie « Androposanimalis », affectant aussi bien les humains que certains animaux, avait durement frappé l'entreprise de parfumerie Teintfrais. Les conséquences sur les activités de la société furent très lourdes. La reprise eut lieu dans un contexte marqué par une longue grève, laquelle marqua profondément et ternit les bonnes relations internes. Les décisions prises par la direction pour assurer la pérennité de l’entreprise furent vivement contestées par les organisations syndicales. Pierre vivait le côté ardu de ses fonctions et la complexité des relations patron-salariés. Il dut faire de gros efforts pour cacher ses émotions et chasser ses tenaces souffrances. Durant de longs mois, il perçut le sentiment de défiance qui régnait au sein de certains services à son égard. Il déploya une énergie considérable pour enrayer la chute des activités et éviter la fermeture de l’entreprise.
Les marchés chinois se portaient très mal, certains étaient carrément à l’arrêt, ceux de la France et de l’Europe étaient, eux aussi, en très forte régression. Les ventes de produits de beauté connaissaient une chute sans pareille. Les commandes et les rentrées de fonds furent nettement inférieures à celles des années précédentes, notamment au moment des fêtes de fin d’année.
Les banques alertaient le service comptable sur les menaces qui pesaient sur l’entreprise et demandaient de réduire expressément la masse salariale, une seconde fois. Pierre convoqua les représentants du personnel afin de leur présenter en détail la situation. Chacun la connaissait. Les carnets de commandes avaient connu une baisse de 40 % par rapport aux années antérieures à la pandémie. Les producteurs de fleurs faisaient face à la crise et ne parvenaient plus à vendre leurs productions à des prix suffisants pour couvrir leurs frais généraux.
Les délégués syndicaux demandaient des augmentations de salaire que Pierre ne pouvait leur accorder. Les salariés redoutaient de nouveaux licenciements. Par ailleurs, il n’était plus question de favoriser les départs anticipés à la retraite, ils avaient déjà eu lieu. Un plan de mise en chômage technique sur trois mois renouvelables fut proposé. Les organisations syndicales dénoncèrent publiquement cette mesure sans toutefois recourir à la grève. Les séquelles des précédents licenciements économiques étaient encore présentes dans les esprits et dans les portefeuilles des salariés. Pour les couples employés par Teintfrais, le dispositif ne fut appliqué qu’à une seule personne, ce qui limita les effets financiers sur les ménages souvent jeunes et avec enfants.
Cette année-là, Pierre ne partit pas en vacances à la neige avec sa famille. Jacqueline accompagna Angèle et ses petits-enfants. Capucine et Loïc-junior1, bien que regrettant l’absence de leur père, prirent un immense plaisir à dévaler à toute vitesse les pistes de ski. Lui, mit à profit les dix jours d’absence de sa famille pour dîner avec ses parents qu’il voyait peu en cette période de grande tension sociale. Raïs et Huguette suivaient avec beaucoup d’attention et d’inquiétude l’évolution de la crise dont ils subissaient de manière indirecte des effets. Ils étaient malheureux de ce qui se passait dans l’entreprise de leur fils. Certains commentaires publics les avaient d’autant plus blessés qu’ils savaient que la survie de Teintfrais nécessitait des mesures drastiques, douloureuses et impopulaires.
Les repas pris avec son père et sa mère étaient pour Pierre de vrais moments de répit. C’était un plaisir de pouvoir parler à bâtons rompus avec leur fils qu’ils ne recevaient plus jamais seul. Ils étaient désormais l’un et l’autre à la retraite.
Raïs, fin pêcheur, aimait remonter les ruisseaux à truites et ramenait quelques Farios à la maison. Il retrouvait parfois des voisins pour jouer à la pétanque. Par ailleurs, il ne manquait jamais un match de football à Périgueux. La lecture, le dessin et la broderie occupaient les journées d’Huguette, mais son plus grand plaisir était de garder ses petits-enfants.
À leur retour de la neige, les jumeaux, magnifiquement bronzés, se chamaillèrent pour raconter à leur père leur passage à l’école de ski et leurs descentes souvent entrecoupées de chutes fort heureusement sans gravité. Angèle et Jacqueline, tout aussi bien dorées l’une que l’autre, rayonnaient du bonheur en contemplant les enfants épanouis.
Tant bien que mal, la reprise économique tant annoncée par le gouvernement et attendue par tous finit par arriver. Oh, tout n’alla pas sans encombre et sans meurtrissures sociales ! Mais la clairvoyance et l’opiniâtreté du patron de Teintfrais, aidées en cela par son directeur général, monsieur Gabriel Portivone, diplômé de HEC Paris, permirent à l’entreprise de maintenir une capacité de production certes fortement amoindrie, et de préserver un pôle de recherche diminué toutefois de 50 % de son effectif initial.
Le retour à une vie sociale plus proche de la normale et de celle précédant la grande crise permit à Pierre de reprendre de manière plus régulière l’éducation de ses enfants déjà entrés au collège. Dans le cadre des activités périscolaires, Capucine, ayant démontré de l’intérêt et de réelles aptitudes, s’éveillait à la musique, au dessin, à la danse et aux sports en salle. Loïc-junior prenait des cours de tennis et de musique. Il aimait aussi accompagner son père au bureau et observer les ouvriers au travail. Parfois, il écoutait le chef d’entreprise négocier âprement, au téléphone, le prix d’une commande de flacons de parfum ou la vente d’une franchise commerciale à un particulier. Pendant ses vacances, il adorait suivre son grand-père à la pêche et apprendre les techniques d’approche de la truite Fario.
La librairie d’Angèle retrouva progressivement sa clientèle absente durant de très longs mois. La Grande Librairie, émission littéraire hebdomadaire diffusée par France 5, vint l’interroger sur des livres récemment parus tels que « Le bon Dieu ce n’est pas le diable, de Edwyn Racapotin, Mieux vaut partir avant d’arriver de Pauline Brindamour, L’instruction peut trahir l’homme, de Teddy Trucfaux et De l’or sous la planche de Suzanne Belleplume ». Sa prestation à la télévision, à une heure de grande écoute, lui valut de nombreux compliments, mais également l’arrivée d’une nouvelle clientèle.
Jacqueline continuait, bon gré mal gré, de sillonner la France et de distribuer son savoir en milieu médical. La diversité de ses interlocuteurs et de ses parcours lui garantissait l’opportunité de faire de nouvelles connaissances et la découverte de contrées inconnues. Son attirance pour les hommes, et plus particulièrement pour les jeunes trentenaires, s’était estompée à la mort de son mari. Les nombreuses invitations qu’elle recevait de la part de chefs de cliniques ou de médecins lui démontraient qu’elle était toujours désirable. Elle refusait les avances trop empressées ou trop insistantes et en acceptait d’autres, plus élégantes. Elle avait définitivement écarté toute nouvelle aventure avec Pierre, depuis son mariage avec Angèle qu’elle considérait désormais comme sa belle-fille.
Les ombres mystérieuses qui avaient envahi soudainement son bureau un soir de grève continuèrent à hanter Pierre. Il ne pouvait pas oublier son premier échange avec Philippe chez le médium bordelais. Cependant, il lui arrivait parfois de souhaiter que son esprit parvienne à discerner de manière définitive les domaines incontestables de la réalité et les subtilités illusoires.
Bien que les paroles de son nécromancien correspondent à une réalité vécue, il doutait quand même. Alors, il décida de consulter un expert en transcommunication instrumentale pour apaiser son angoisse.
Cette technique permet d’enregistrer à l’aide d’un magnétophone des voix provenant de l’au-delà, notamment durant la nuit, lorsque les bruits domestiques ont disparu. Selon des spécialistes, on peut y découvrir des voix de personnes mortes et, avec un peu de chance, des paroles de renom et familières. Pierre décida de vérifier la méthode décrite et disposa un appareil enregistreur dans son bureau, où il avait entendu Philippe lui faire des recommandations.
Le lendemain matin, dès son arrivée, il se précipita sur l’appareil qui ne fournit aucun son, à l’exception des bruits d’ouverture et de fermeture de la porte de son bureau qu’il avait lui-même provoqués. Il poursuivit ses investigations, en disposant son magnétophone en forêt comme le lui avait préconisé son conseiller. Il choisit un endroit qu’aimait fréquenter son ami Loïc avant son départ. Après vingt nuits d’enregistrement, aucun message humain ne fut détecté. Pierre considéra la transcommunication instrumentale comme un dispositif peu fiable, contrairement à ce que l’on avait tenté de lui faire croire.
Toutefois, il n’en resta pas là. Il voulait mettre, une bonne fois pour toutes, ses idées au clair concernant la nature des échanges extra-terrestres, et savoir si une interface était véritablement possible entre le réel et l’imperceptible. Alors, il contacta Perséis, une jeune femme médium installée à Périgueux. Perséis reçut Pierre, dans une petite pièce meublée avec sobriété de son domicile, avec beaucoup de courtoisie. Il lui expliqua vaguement, lors de ce premier rendez-vous, son histoire personnelle. De la même manière, il évoqua rapidement, et sans en définir les conditions, la mort de Loïc puis celle de Philippe, ses plus grands bienfaiteurs avec ses parents. Il n’évoqua pas les rendez-vous précédents avec le confrère bordelais de Perséis ni son expérience avec la transcommunication instrumentale. En outre, il précisa à la jeune femme les doutes sur l’authenticité de la médiumnité.
Avec beaucoup de sérénité, elle lui expliqua être très souvent confrontée à des personnes ayant la même approche que lui au moment d’une première consultation. Elle lui précisa que tout ne dépendait pas d’elle, et qu’un médium devait être considéré comme un simple intermédiaire entre les âmes des disparus et les êtres vivants, avec parfois l’impossibilité d’établir des contacts.
Après avoir posé les photos de Loïc et de son père côte à côte sur une table ordinaire, près d’une bougie allumée, elle engagea la conversation en attendant une éventuelle approche des disparus. Elle évoqua alors, en se référant aux travaux du physicien Schrödinger, la conscience comme véritable substrat de la matière et qu’en conséquence, la matière n’était qu’un dérivé de la conscience. L’arrivée de Loïc mit un terme aux explications du médium. Aussitôt, un échange s’engagea avec Pierre par l’intermédiaire de Perséis.
Pierre ne put s’empêcher de rire lorsque Perséis lui posa cette question.
Puis, Loïc invita le médium à dire au revoir à son ami et promit de revenir. Cet échange laissa Pierre figé et ému, comme les précédents assurés par monsieur Finevue. Le changement de médium avait permis aux deux amis de se retrouver, mais n’avait pas franchement chassé le doute qui galopait toujours dans l’esprit de Pierre. Au contraire, ses incertitudes s’amplifiaient alors qu’elles auraient dû s’apaiser tant la concordance des pratiques et des résultats des deux médiums était identique. Et pourtant, à cet instant, l’intensité du doute et du trouble était telle, qu’il ne put s’empêcher de s’interroger sur l’authenticité véritable de ces échanges avec le monde céleste. La fascination qu’il avait éprouvée pour le surnaturel, née de ses premières rencontres avec Loïc dans l’au-delà, n’arrivait pas à transformer totalement son incertitude en certitude. Bien qu’ayant eu plusieurs échanges avec son ami disparu, les considérations émises par Jacqueline sur cette question étaient sujettes à caution. Cependant, il voulait rester fidèle à son engagement et continuer d’entretenir des relations régulières avec son ami et son beau-père, aussi longtemps qu’ils le souhaiteraient.
Madame Perlongue, épuisée par la fatigue des déplacements et la lassitude d’innombrables stages de formation qu’elle animait dans des établissements de santé partout en France, décida de reprendre son activité initiale de spécialiste en chirurgie vasculaire. Elle put ainsi mieux chérir ses deux petits-enfants. Capucine et Loïc-junior appréciaient les sorties en ville avec elle, ainsi que les séjours à la montagne et à la mer. Son ancienne passion pour les vieilles pierres et les lieux historiques l’incitèrent à acquérir, en Périgord, un espace bâti et chargé d’histoire. Ses recherches la conduisirent, grâce au bouche-à-oreille, sur le site très isolé et désaffecté d’une ancienne forge. Un vieux chemin caillouteux, quasiment plus entretenu, conduisait à la rivière qui servait jadis de force motrice pour faire tourner les machines. Les bâtiments d’exploitation construits aux XVI et XVIIᵉ siècles, ainsi qu’une petite partie du matériel restant, étaient dans un état déplorable. Avec le temps, la végétation avait envahi les lieux, les toitures s’étaient effondrées. En Périgord, l’activité des usines productrices de fer était particulièrement dense, comme dans une large partie du Limousin et de l’Angoumois, du XVIIIᵉ siècle jusqu’au cours des trente premières années du XXᵉ siècle. Les matières premières, l’énergie et la main-d’œuvre y étaient abondantes et peu coûteuses. Parmi les nombreux ouvrages publiés sur « Les anciennes forges de la région du Périgord » celui de monsieur Peyronnet tenait une bonne place dans la bibliothèque de Jacqueline. Il y est écrit que l’armée française était un très important client des fonderies. Elle achetait une large partie des armes produites ici, quel que soit leur type. Les colonies d’Amérique se fournissaient aussi dans la région, grande productrice également de chaudières, d’étuves et d’outils de défrichement, de cylindres pour moulins à sucre. L’Espagne venait s’approvisionner en poteries en fonte, en barres de fer et en outils pour l’agriculture. Les paysans locaux se chargeaient du transport des matières premières et des produits manufacturés à l’aide de charrettes à bœufs.
L’état délabré du site avait découragé plusieurs acquéreurs potentiels. Jacqueline ne fut absolument pas repoussée par les ruines et les broussailles. Il en eût fallu bien davantage pour qu’elle renonce au coup de cœur qu’elle avait eu pour ce lieu lors de sa première visite et la dissuader de l’acquérir. Pendant plusieurs mois, elle réfléchit, associant sa famille, deux proches amis et un spécialiste de l’archéologie industrielle, avant de soumettre au maire de la commune son projet d’acquisition. Si les bâtiments de stockage et de production implantés dans cette superbe petite vallée entourée de coteaux boisés souffraient de négligence, les anciennes terres cultivables et les prairies, peuplées de saules, d’herbes folles, de genêts et de chardons, servaient de refuges aux animaux sauvages parmi lesquels de grosses colonies de sangliers. Là, lièvres, lapins, chevreuils, bouquetins, mais également renards, blaireaux et diverses variétés d’oiseaux venaient, eux aussi chercher la tranquillité pour se reproduire. Chênes et châtaigniers, charmes et bouleaux, se mêlaient à d’autres essences en parfaite harmonie depuis des millénaires. Ces luxuriantes forêts font au printemps et à l’automne le bonheur des chercheurs de champignons. Les prairies et les champs bordant la rivière étaient autrefois exploités par les ouvriers en dehors des périodes d’intense activité à la forge.
Sur ce même site, se trouvaient deux vestiges industriels : un haut fourneau majestueux qui avait servi, jadis, à transformer le minerai en fonte par des températures comprises entre 1 600 et 2 000 degrés Celsius, et un très ancien bas fourneau destiné à produire du fer par combustion du charbon de bois et du minerai, à environ 1 300 degrés Celsius. De vastes bâtiments agricoles, plutôt bien entretenus, avaient servi d’entrepôts à la famille Latriture, locataire des terres cultivables du domaine. Enfin, près des écuries et des granges subsistaient trois petits logements destinés, à l’époque, aux domestiques et à leur famille, ainsi qu’à un couple de métayers.
À un peu moins d’une demi-encablure de la forge se dresse un manoir édifié sur un éperon rocheux vers la fin du XIIᵉ siècle. Exposée aux quatre vents, cette gentilhommière qui devait abriter en son temps les maîtres de forges restait dans l’attente, elle aussi, d’une restauration et de nouveaux résidents. À l’instar des bâtiments, la végétation recouvrait une partie des toitures couvertes de tuiles plates. Depuis plus de trente ans, date à laquelle était décédée madame de la Tuquefade, propriétaire du domaine dénommé la Forge-basse, plus personne n’habitait les lieux. La totalité des meubles et une grande partie du matériel de la forge avaient été vendus par la défunte pour subvenir à ses ultimes besoins. De nombreux vols de matériels et actes de vandalisme avaient eu lieu, y compris à l’intérieur du manoir. Des encadrements de portes et de fenêtres d’époque, les plaques des cheminées, avaient été grossièrement arrachés. Chacune des trente-cinq pièces du bâtiment était plus ou moins endommagée.
Le seul héritier de la vieille bourgeoise, « défortunée » longtemps avant sa mort, accepta la vente du domaine de la Forge-basse pour une modeste somme. Dès que madame Perlongue eut l’acte de propriété en main, elle se mit aussitôt au travail. Elle entreprit de faire nettoyer les accès et de renforcer les clôtures considérablement délabrées. Elle réunit autour d’elle un petit comité de pilotage pour définir un schéma directeur des opérations à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif qu’elle se fixait. Elle voulait redonner au site son âme perdue et offrir au public l’accès à la connaissance d’activités anciennes.
Trois axes d’intervention furent dégagés de manière parfaitement distincte. Le premier portait sur la réhabilitation des bâtiments industriels et agricoles, le second sur le matériel et le troisième sur la restauration du manoir. Des expertises approfondies de l’existant, de la stabilité des bâtiments, de l’ampleur des travaux à réaliser et des coûts, furent commandées pour chacune des trois parties. L’identification des partenaires potentiels et des collaborateurs institutionnels, associatifs et bénévoles se fit sous l’impulsion de la nouvelle propriétaire.
Pierre et Angèle consacraient une large partie de leur temps libre au montage du projet de réhabilitation. Leur engagement portait essentiellement sur les démarches administratives utiles à l’ouverture des chantiers, mais également en direction de la partie financière afin de réunir les moyens indispensables à la réalisation des travaux. Une petite équipe d’archéologues mena pendant près de trois mois des fouilles, tandis que Raïs, retraité, conduisait très courageusement les opérations de nettoyage des abords des bâtiments et des terres abandonnés. Les jumeaux adoraient cet espace et participaient, eux aussi, aux diverses opérations de nettoyage. Les week-ends, il était courant de retrouver quinze à vingt personnes au travail sur ce site.
L’épidémie « Androposanimalis » étant terminée, Pierre rassembla les revendeurs français de la marque Teintfrais durant deux jours à Paris pour évaluer les incidences sur les chiffres d’affaires et le personnel. L’ambiance générale y fut morose. Parmi les détaillants, plusieurs mentionnèrent les confinements, le port obligatoire du masque, le télétravail, le classement des produits de beauté et les parfums dans la catégorie des « non essentiels » comme justificatifs de leur probable cessation d’activité. Selon eux, la reprise trop timide des ventes ne pouvait pas compenser les mois sans recettes et suffire à payer les charges et les arriérés. Pierre repartit de Paris le dimanche soir, sans grand enthousiasme et attristé par les ruptures annoncées et celles non dites. Dès le lundi matin, il entreprit une remobilisation de son équipe sur les réajustements de tarifs à la baisse en faveur des prochains réapprovisionnements demandés par ses franchisés.
Les reprises d’activité sur les marchés espagnols, italiens et néerlandais semblaient beaucoup plus dynamiques et prometteuses que celles observées en France. La Chine et la ville de Taïwan, pourtant très contraintes, retrouvaient un niveau de chiffre d’affaires égal, voire supérieur à la période d’avant la crise.
Dès le début des années 2000, les dirigeants du groupe Teintfrais avaient perçu l’intérêt de prévoir la vente en ligne. Avant la pandémie « Androposanimalis », cette technique d’achats était encore peu utilisée par les consommatrices et les consommateurs de produits cosmétiques et de parfums. Elle prit un essor certain durant l’infection pour atteindre 30 à 40 % des volumes vendus aujourd’hui. L’équipe de Teintfrais surveillait les habitudes de ses clients et augmentait ses promotions, y compris sur les livraisons en point relais et à domicile. Les grandes marques n’hésitaient plus à renouveler leurs slogans publicitaires pour séduire de nouvelles clientèles. Pierre en fit de même, avec force et originalité. Il s’appuya sur la citation d’Aristote : Un beau visage est un avantage préférable à toutes les lettres de recommandation, pour à son tour, convaincre le marché de la qualité de ses produits. Les retours de sa campagne de promotion furent au rendez-vous et connurent un succès commercial qu’il n’avait pas imaginé. Toutefois, l’évolution du taux élevé et brutal de l’inflation, mais également la forte augmentation des énergies, freinait considérablement les ventes de ses produits, dits de luxe.
Les productions de plantes à parfums dans le Périgord, mais également dans certains départements voisins de la Dordogne, progressaient d’année en année. De manière inattendue, les distilleries augmentaient leurs cycles de production et les volumes d’eau de fleurs extraites. Seuls quelques producteurs de fleurs de jasmin grandiflorum en Périgord avaient acquis, à Grasse, la capitale française du parfum, les connaissances nécessaires pour extraire de cette fleur ce qui est désigné dans le milieu sous le nom : l’absolue de jasmin.
