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On les appelle les "transfuges de classe" ou encore les "trans classe". Ce sont ces personnes qui, parfois, parviennent à déjouer les statistiques, et à s'affranchir d'une condition initiale particulièrement difficile pour appartenir à un groupe social plus privilégié, telles ces quelques personnalités du monde du sport ou ces artistes, ou encore ces enfants d'ouvriers devenus cadres ou chefs d'entreprise. Je fais partie de cette dernière catégorie. Sommes-nous des exceptions ? Si oui, sommes-nous appelés à le rester ? Comment vivons-nous ce passage d'une classe à l'autre : sommes-nous à l'aise partout ou nulle part ? Ce livre repose sur le récit de mon propre parcours, à un moment de ma vie où, face au constat d'une mobilité sociale bien trop timide, je m'engage concrètement dans diverses actions en faveur de l'égalité des chances. Un témoignage fort et sincère, suivi d'une analyse et de pistes d'actions, dont le but est de montrer comment cette évolution d'une classe à l'autre a été possible, et d'ouvrir des perspectives. Milosav Botella est né en 1971 près de Paris. Son parcours est celui d'un enfant de parents immigrés appartenant au monde ouvrier. A l'issue d'une scolarité faite de nombreux rebondissements, Milosav obtient son diplôme d'ingénieur chimiste, et entame sa carrière professionnelle dans la vente de solutions techniques pour les laboratoires. Il occupe depuis des postes de direction, en France et à l'international. Isabelle Kocher de Leyritz est diplômée des Mines et de l'Ecole Normale Supérieure (ENS Ulm). De 2016 à 2020, elle est la Directrice Générale d'ENGIE. Actuelle PdG de Blunomy, elle est également la Présidente de l'association Les Entretiens de l'Excellence.
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Seitenzahl: 97
Veröffentlichungsjahr: 2023
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A mes enfants,
A mes parents,
A l’Ecole de la République, si nécessaire, si imparfaite,
A toutes celles et tous ceux qui sont passés et passeront d’une classe à l’autre,
« Tout homme a son lieu naturel, ni
l’orgueil ni la valeur n’en fixe
l’altitude, l’enfance décide. »
Jean-Paul SARTRE, Les Mots.
« L’éducation est l’arme la plus
puissante que l’on puisse utiliser
pour changer le monde. »
Nelson MANDELA
« Elle voulait vivre en honnête
femme, parce que l’honnêteté est la
moitié du bonheur. »
Emile ZOLA, L’assommoir.
PREFACE
INTRODUCTION
Chapitre 1 : Hier
Itinéraire d’un enfant (non) gâté
I - Enfant d’ouvriers immigrés
II - A l’école (1971-1981)
III - Au collège (1981-1986)
IV - Au lycée (1986-1990)
V - En classes préparatoires (1990-1993)
VI - En école d’ingénieurs (1993-1997)
VII - Au boulot ! (1998 -…)
Chapitre 2 : Aujourd’hui
Etats d’âmes, Etats des lieux et Engagements
VIII - Etats d’âmes
IX - Etats des lieux
X - Engagements
CONCLUSION
REMERCIEMENTS
Chaque livre porte en lui sa propre promesse initiale, celle de nous faire découvrir une histoire, de nous faire réfléchir, ou encore de nous faire nous évader. Certains ouvrages tiennent pleinement leur promesse, sont agréables à lire et traitent avec pertinence d’un sujet. D’autres réunissent toutes ces qualités et vont encore plus loin, nous interpellent et nous touchent profondément. C’est assurément le cas du livre que vous tenez entre les mains.
Lorsque Milosav m’a sollicitée en me demandant de lire et préfacer son ouvrage, j’ai très vite ressenti la curiosité d’en savoir plus sur son parcours, son expérience, et ce qu’il souhaite partager à propos de ce sujet qui me tient tant à cœur, l’éducation, qui concerne directement notre jeunesse et l’ensemble de notre société.
Dès que je l’ai reçu, j’ai lu le texte d’un trait.
Dans la forme, Milosav nous offre un texte très bien écrit, très agréable à lire, relatant son parcours exceptionnel à travers un témoignage captivant, suivi d’une analyse très intéressante qui ouvre des pistes d’actions et de réflexions particulièrement judicieuses. Mais il y a bien plus. Dans le fond, c’est un livre qui à mes yeux comporte au moins trois qualités majeures : c’est un texte à la fois libérateur, instructif, et portant un message universaliste qui créé des ponts entre tous les acteurs et toutes les catégories sociales, des liens d’une classe à l’autre.
C’est un texte libérateur tout d’abord, qui montre par le parcours de son auteur qu’au fond, il n’y a pas de fatalité. C’est une invitation à rêver grand, à oser, à ne rien s’interdire, à rompre les déterminismes. Ce témoignage si inspirant ouvre des portes, montre des possibles, et en ce sens est profondément utile et positif.
C’est ensuite un texte instructif, à mettre entre toutes les mains, j’en suis convaincue. Pour nos jeunes issus de catégories sociales moins favorisées, c’est à la fois un message d’espoir et des pistes de réflexion invitant à comprendre comment on peut se libérer de situations a priori défavorables.
Pour nos jeunes issus de catégories plus aisées, ce livre aide à se rendre compte de réalités différentes vécues par leurs camarades, à comprendre que l’ignorance et le manque d’information créent l’isolement et in fine invisibilisent des talents, et à saisir l’importance d’une unité dans la diversité des parcours et des origines.
Pour nos professeurs et tous les acteurs du monde éducatif, qui savent à quel point leur métier est essentiel, c’est un témoignage qui interroge sur l’orientation et l’information des élèves et des étudiants.
Pour les parents, concernés en premier lieu, mais aussi pour nos élus et pour les décideurs des entreprises qui accueillent ces jeunes, à la recherche de diversité et de talents, ce livre est également profondément utile.
C’est enfin, et parce qu’il s’adresse à tous, un texte universaliste, qui crée des ponts et casse les silos, qui décloisonne, qui inlassablement réconcilie et jamais ne culpabilise, qui invite le lecteur à se plonger dans cette réalité de façon authentique, profondément digne et profondément juste.
Ce livre va en ce sens bien au-delà de la promesse initiale d’un témoignage et d’une analyse : il crée du lien, il inclut, il met en valeur et entraîne tous les acteurs dans un projet à la fois urgent et important, altruiste et profondément positif. Il propose un chemin. Il libère les énergies.
Puisse-t-il être utile au plus grand nombre.
Isabelle Kocher de Leyritz
On les appelle, selon les préférences, les « transfuges de classe », les « transclasses » ou même les « passe-classe ». Il s’agit de ces personnes qui ont changé de groupe social, au point parfois de ressentir un décalage, voire un malaise, entre leur socialisation initiale et celle de leur nouveau milieu. Parfois, une famille entière peut tout perdre et être contrainte à repartir de rien, à la suite d’un évènement majeur, telle une révolution ou une guerre. Parfois, un individu seul peut déjouer les statistiques, et s’affranchir d’une condition initiale particulièrement difficile pour appartenir à un groupe social plus privilégié, telles ces quelques personnalités du monde du sport ou ces artistes, ou encore ces enfants d’ouvriers devenus cadres supérieurs ou chefs d’entreprise.
Je fais partie de cette dernière catégorie.
Sommes-nous des exceptions ? Si oui, sommesnous appelés à le rester ? Si chaque parcours est unique, n’y a-t-il pas néanmoins des points communs dont on pourrait s’inspirer ?
Comment vit-on ce passage d’une classe à l’autre : sommes-nous à l’aise partout ou à l’aise nulle part ?
Ce livre repose sur le témoignage de mon propre parcours, à un moment de ma vie où, face au constat d’une mobilité sociale bien trop timide, je m’engage concrètement dans diverses actions en faveur de l’égalité des chances.
J’ai souhaité articuler la première partie autour du récit, celui de mon propre parcours scolaire d’enfant puis de jeune adulte français, depuis l’école élémentaire jusqu’aux études supérieures. Ce parcours est fait de tant de hauts et de bas que j’en souris parfois, et se construit à partir d’une situation de départ très défavorable. Volontairement, je ne cache rien ni d’une part des difficultés de mon enfance, des manques élémentaires, des tensions et des violences, ni d’autre part de la tendresse, de l’amour que j’ai reçu, et du goût d’apprendre qui m’a été transmis.
La réalité est parfois sombre, mais mon parcours scolaire laisse largement la place à l’autodérision et aux anecdotes prêtant à rire, que j’ai voulu retranscrire fidèlement dans ce récit.
Sans cette indispensable sincérité, ce témoignage n’aurait aucune chance d’atteindre son but : montrer au lecteur dans quelles conditions l’évolution d’une classe à l’autre a été possible.
La seconde partie est celle de l’analyse. Il m’apparait utile de compléter le témoignage par une prise de recul tout d’abord plus personnelle, faisant de la place au ressenti, nécessairement subjectif, puis par un état des lieux de la situation actuelle, en France, en 2023. La mobilité sociale s’est-elle améliorée ? Les « transfuges de classe » sont-ils plus nombreux désormais, ayant pu profiter d’une volonté d’éducation pour tous et des différents dispositifs « d’ouverture sociale » ? On trouvera enfin une description d’un de mes engagements associatifs pour agir concrètement au plus près des jeunes, et tenter, modestement, à mon niveau, de faire inlassablement le lien entre les classes.
30, rue Adrien Damalix
Lorsque mes parents s’installent à Saint-Maurice, juste à côté du Bois de Vincennes, à proximité immédiate de Paris, j’ai un an à peine. C’est bientôt la fin de l’hiver 1971. Nous habitons un tout petit appartement qui n’a rien en commun avec les extérieurs de ce quartier bourgeois des hauts de la ville. De fait, pendant les dix premières années de ma vie, nous vivons tous les trois dans une minuscule poche de pauvreté, telle une anomalie entourée d’une richesse ostentatoire, créant un contraste extrême, inattendu, insoupçonnable au passant inattentif, et pourtant bien réel. Nous habitons au 30, rue Adrien Damalix. Une rue calme, longue de quelques centaines de mètres du Nord au Sud, large d’une vingtaine.
De chaque côté des trottoirs s’élèvent des immeubles en pierre de taille, typiquement haussmanniens, hauts de cinq à six étages, aux fenêtres larges laissant deviner de généreuses hauteurs sous plafond, et aux portes souvent colorées, faites d’un bois massif et d’ornements sculptés à la main. Entre deux immeubles cossus on aperçoit parfois quelques résidences bourgeoises plus récentes, construites en parfaite harmonie de matière et de couleur claire. D’un bout à l’autre de notre rue, du Sud vers le Nord, se trouvent tous les petits commerces nécessaires, ainsi qu’un marché couvert, dont la structure métallique renferme des trésors d’architecture de la fin du 19è siècle, qui attire deux fois par semaine une foule dense, venant de toute la ville et des communes voisines. Vers le Nord, à environ deux cents mètres de chez nous, une fois traversée la route du plateau de Gravelle, le Bois de Vincennes, qui me semble immense, offre toute sa splendeur, et la promesse de liberté, de jeu et d’évasion.
Tout proche, au coin de la rue adjacente, se trouve la boutique d’un épicier où je vais chercher une simple bouteille de lait, de temps en temps, en ressentant à chaque fois une gêne qui me saisit, et me fait entrer la tête baissée.
Je me sens honteux de n’acheter qu’une bouteille de lait consignée, une seule, et si rarement, avec quelques pièces jaunes fournissant toujours le compte exact, pas un centime de plus. Ce soir encore, les malabars et les carambars qui remplissent de couleurs vives le récipient transparent juste au-dessus de moi resteront une envie inaccessible.
On entre au 30 rue Adrien Damalix par une porte en fer forgé, haute et lourde, ouvrant sur une petite allée étroite délimitant, à droite, deux minuscules jardins, d’un jardin plus grand, à gauche, bien mieux entretenu. Le premier petit jardin sur la droite accueille les poubelles de l’immeuble. Le deuxième, juste à côté, c’est le nôtre. En pénétrant dans le bâtiment, on trouve un bel escalier de bois en colimaçon qui invite à s’élever vers les étages nobles. Si on se penche au bas de l’escalier, on devine, en regardant vers le haut, à chaque entresol, une imposante fenêtre translucide ornée de magnifiques vitraux colorés. Je n’emprunte jamais cet escalier. Je n’ai jamais osé, ni même pensé le faire.
Je ne connais de toute façon personne aux étages supérieurs, et je crois bien que mes parents non plus.
Sur la droite, l’entrée de l’appartement de la gardienne, et au bout de ces parties communes, deux portes, l’une menant au sous-sol, l’autre à la cour intérieure de la copropriété. Au sous-sol se trouvent les caves, d’où émane une odeur humide et fraîche si particulière. La cour intérieure quant à elle est pavée, de forme hexagonale, et me semble immense. C’est mon aire de jeu. J’en connais chaque recoin. Un autre immeuble au fond, large d’une quinzaine de mètres et haut de huit étages, me cache l’horizon. Enfin, sur la droite en pénétrant dans la cour, un petit escalier, sept marches en béton, une rampe métallique, et la porte d’entrée de notre appartement.
Mes parents louent un appartement de service dont la superficie est limitée à une trentaine de mètres carrés tout au plus, tout en longueur, les espaces de vie en enfilade. Les murs y sont si peu épais que l’on entend tout de l’activité de la gardienne qui loge dans l’appartement attenant, plus spacieux que le nôtre.
Chez nous, on trouve une cuisine sur la gauche en entrant, une pièce dans laquelle je ne pénètre pratiquement jamais tant il fait froid toute l’année, hormis durant les mois d’été.
