6,99 €
RÉSUMÉ : Dans "De la brièveté de la vie", Sénèque le Jeune explore les thèmes intemporels du temps et de la sagesse. Ce texte philosophique, écrit sous forme d'essai, s'adresse à son ami Paulinus, à qui Sénèque prodigue des conseils sur la manière de vivre pleinement. L'auteur y développe l'idée que la vie humaine, souvent perçue comme trop courte, est en réalité suffisamment longue si elle est bien utilisée. Sénèque critique l'inaction, la procrastination et la poursuite incessante de plaisirs futiles, qui détournent l'homme de l'essentiel. Il encourage plutôt la quête de la sagesse et de la vertu, qui seules peuvent mener à une existence épanouie et significative. En s'appuyant sur des exemples tirés de la vie quotidienne et de l'histoire romaine, Sénèque démontre que ce n'est pas le nombre d'années qui compte, mais la manière dont elles sont vécues. Ce texte, bien que rédigé il y a près de deux millénaires, résonne encore aujourd'hui par sa pertinence et sa profondeur. Il invite le lecteur moderne à une réflexion sur ses propres priorités et à une réévaluation de ce qui constitue une vie bien remplie. L'édition intégrale augmentée d'annexes offre un éclairage supplémentaire sur le contexte historique et philosophique de l'oeuvre, enrichissant ainsi l'expérience de lecture et la compréhension des idées de Sénèque. L'AUTEUR : Sénèque le Jeune, né Lucius Annaeus Seneca vers 4 av. J.-C. à Cordoue, est l'un des plus éminents philosophes stoïciens de l'Empire romain. Issu d'une famille influente, il est élevé à Rome où il reçoit une éducation poussée en rhétorique et en philosophie. Sénèque devient un personnage central de la vie politique et intellectuelle romaine, notamment en tant que conseiller de l'empereur Néron. Sa carrière est marquée par des périodes de disgrâce et de retour en grâce, mais il reste une figure respectée pour sa sagesse et son éloquence. En tant qu'auteur, Sénèque a laissé un ensemble d'oeuvres variées, allant des tragédies aux traités philosophiques, où il explore des thèmes tels que la vertu, le bonheur, la colère et la mort. Ses écrits, notamment les "Lettres à Lucilius" et "De la brièveté de la vie", sont des témoignages de sa pensée stoïcienne, prônant la maîtrise de soi et la recherche de la sagesse. Sénèque meurt en 65 ap. J.-C., contraint au suicide par Néron, mais son héritage littéraire et philosophique perdure, influençant de nombreuses générations de penseurs.
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Seitenzahl: 49
Veröffentlichungsjahr: 2022
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Notre vie est limitée, et le temps nous est précieux. En 49 ap. J-C, Sénèque est de retour d'exil. Par ce traité qu'il adresse à son beau-père Pauli-nus[561], il insiste sur l'importance de consacrer notre temps à la sagesse plutôt que de le perdre inutilement. Dans cette œuvre comme en d'autres, le philosophe se fait guide de notre conscience.
La plupart des mortels, Paulinus, se plaignent[562] de l'avarice de la nature : elle nous fait naître, disent-ils, pour si peu de temps ! ce qu'elle nous donne d'espace est si vite, si rapidement parcouru ! enfin, sauf de bien rares exceptions, c'est alors qu'on s'apprête à vivre, que la vie nous abandonne. Et sur ce prétendu malheur du genre humain la multitude et le vulgaire ignorant n'ont pas été seuls à gémir : même des hommes célèbres s'en sont affligés et n'ont pu retenir leurs plaintes. De là cette exclamation du prince de la médecine : La vie est courte, l'art est long. De là aussi Aristote fait le procès à la nature et lui adresse ce reproche, si peu digne d'un sage, que libérale pour les animaux seulement, elle leur accorde cinq et dix siècles de vie, tandis que l'homme, né pour des choses si grandes et si multipliées, finit bien en deçà d'un si long terme[563];
Non : la nature ne nous donne pas trop peu : c'est nous qui perdons beaucoup trop. Notre existence est assez longue et largement suffisante pour l'achèvement des œuvres les plus vastes, si toutes ses heures étaient bien réparties. Mais quand elle s'est perdue dans les plaisirs ou la nonchalance, quand nul acte louable n'en signale l'emploi, dès lors, au moment suprême et inévitable, cette vie que nous n'avions pas vue marcher, nous la sentons passée sans retour. Encore une fois, l'existence est courte, non telle qu'on nous l'a mesurée, mais telle que nous l'avons faite ; nous ne sommes pas pauvres de jours, mais prodigues. De même qu'une ample et royale fortune, si elle échoit à un mauvais maître, est dissipée en un moment, au lieu qu'un avoir médiocre, livré à un sage économe, s'accroît par l'usage qu'il en fait ; ainsi s'agrandit le champ de la vie par une distribution bien entendue.
Pourquoi nous plaindre de la nature ? Elle s'est montrée généreuse. La vie, pour qui sait l'employer, est assez longue. Mais l'un est possédé par l'insatiable avarice ; l'autre s'applique péniblement à d'inutiles labeurs ; un autre est plongé dans l'ivresse, ou croupit dans l'inaction, ou s'épuise en intrigues toujours à la merci des suffrages d'autrui, ou, poussé par l'aveugle amour du négoce, court dans l'espoir du gain sur toutes les terres, sur toutes les mers. Dévorés de la passion des armes, certains hommes ne rêvent que périls pour l'ennemi, ou tremblent pour eux-mêmes ; ceux-ci, pour faire aux grands une cour sans profit, se consument dans une servitude volontaire. Ceux-là, sans nul relâche, ambitionnent la fortune d'autrui ou maudissent la leur. Le plus grand nombre, sans but déterminé, sont les jouets d'un esprit mobile, irrésolu, mécontent de soi, qui les promène de projets en projets. Quelques-uns ne trouvent rien qui leur plaise et où ils doivent diriger leurs pas : engourdis et baillants, la mort vient les surprendre ; tant cette sentence, échappée comme un oracle de la bouche d'un grand poète[564], est à mon sens incontestable :
De notre vie, hélas ! la plus grande partie Est celle où nous vivons le moins.
Tout le reste n'est point vie, mais durée[565]. Les vices sont là qui assaillent ces hommes de toute part, qui ne souffrent pas qu’ils se relèvent, qu'ils portent en haut leur regard, pour voir où luit la vérité : ils les tiennent plongés, abîmés dans d'immondes désirs[566]. Jamais loisir de revenir à soi : si parfois le hasard les gratifie d'un peu de calme, comme sur une mer profonde, où les vagues roulent encore après la tempête, leur agitation persiste, les passions ne leur laissent jamais de repos[567].
Je ne parle là, penses-tu, que de gens dont chacun avoue les misères. Vois les heureux autour desquels la foule s'empresse : leur prospérité les suffoque. Que de riches auxquels pèsent leurs richesses ! Que d'hommes dont l'éloquence ardente à s'étaler, à fournir chaque jour sa carrière, arrache le sang de leurs poumons[568] ! Combien sont pâles de leurs continuelles débauches ! Combien immolent complètement leur liberté au peuple de clients qui déborde autour d'eux ! Parcours enfin tous les rangs, des plus humbles aux plus élevés : l'un assigne, l'autre comparaît ; l'un est accusé, l'autre défenseur, un troisième est juge : aucun n'est à soi-même, tous se consument pour ou contre un autre. Demande ce que font ces hommes, dont les noms chargent la mémoire des nomenclateurs[569] ; voici tous leurs traits distinctifs : l'un s'emploie pour celui-ci, l'autre pour celui-là, aucun pour soi-même. Et l'on en voit se plaindre, avec une indignation bien folle, du dédain de leurs grands patrons qui, lorsqu'on veut les aborder, n'ont pas un moment à donner ! Oses-tu bien accuser la morgue d'autrui, toi qui jamais ne trouves un moment pour toi-même ? Cet homme du moins, quel qu'il soit, si hautain de visage, t'a regardé enfin ; il a prêté l'oreille à tes discours, il t'a admis à ses côtés ; toi, tu n'as jamais daigné t'envisager, ni te donner audience.
