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L’Europe est en crise. Comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Dans l’urgence, les États de la zone euro ne sont-ils pas en train de créer un monstre adémocratique ? L’euroscepticisme est-il réactionnaire ? Une fédération à 27 pourrait-elle fonctionner efficacement ?Ce livre est un appel. Un appel qui s’adresse à l’intelligence de chaque citoyen. Un exercice de lucidité et une incitation à la réflexion. Un cri d’alarme aussi. Le ton est franc, enflammé, les arguments implacables : “L’Europe doit une fois pour toutes se défaire du nombrilisme de ses États-nations. Une révolution radicale s’impose. Une révolution européenne de grande ampleur. Une Union fédérale européenne doit voir le jour. Une Union fédérale européenne qui permette aussi rapidement que possible à l’Europe de participer au monde postnational de demain. Par facilité, lâcheté et manque de vision, trop de chefs d’État et de gouvernement préfèrent ne pas voir ce qui est en jeu. Réveillons-les. Confrontons-les à leur impuissance. Ne leur laissons pas un jour de repos. Et montrons-leur la voie vers cette autre Europe, l’Europe du futur, l’Europe des Européens.” L’ère de la gesticulation aux Sommets est révolue, le moment est venu de la réalisation.
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Seitenzahl: 164
Veröffentlichungsjahr: 2013
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Collection
Enjeux du XXIe siècle
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© André Versaille éditeur, 2012
ISBN 978-2-87495-197-8
D/2012/11.448/20
Daniel Cohn-Bendit
Guy Verhofstadt
Debout l’Europe !
Manifeste
Pour une révolution postnationale
en Europe
Suivi d’un entretien avec Jean Quatremer
Présentation de l’éditeur
L’Europe est en crise. Comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Dans l’urgence, les États de la zone euro ne sont-ils pas en train de créer un monstre adémocratique ? L’euroscepticisme est-il réactionnaire ? Une fédération à 27 pourrait-elle fonctionner efficacement ?
Ce livre est un appel. Un appel qui s’adresse à l’intelligence de chaque citoyen. Un exercice de lucidité et une incitation à la réflexion. Un cri d’alarme aussi.
Le ton est franc, enflammé, les arguments implacables :
« L’Europe doit une fois pour toutes se défaire du nombrilisme de ses États-nations. Une révolution radicale s’impose. Une révolution européenne de grande ampleur. Une Union fédérale européenne doit voir le jour. Une Union qui permette aussi rapidement que possible à l’Europe de participer au monde post national de demain. Par facilité, lâcheté et manque de vision, trop de chefs d’État et de gouvernement préfèrent ne pas voir ce qui est enjeu. Réveillons-les. Confrontons-les à leur impuissance. Ne leur laissons pas un jour de repos. Et montrons-leur la voie vers cette autre Europe, l’Europe du futur, l’Europe des Européens. »
L’ère de la gesticulation aux Sommets est révolue, le moment est venu de la réalisation.
Les Auteurs
Daniel Cohn-Bendit, homme politique et co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne.
Guy Verhofstadt, président du groupe de l’ADLE au Parlement européen et ancien Premier ministre de Belgique.
Jean Quatremer, journaliste à Libération, spécialiste des questions européennes et auteur du blog Coulisses de Bruxelles.
Bonus : Vidéos entretiens avec Jean Quatremer
En suivant ce lien, vous aurez accès à des bonus sur le livre (vidéos, extraits de presse, interviews, articles, etc.).
1
L’offensive est la meilleure défense. L’Europe tremble sur ses bases. La crise de l’euro fait rage. Une crise symptomatique d’une autre, plus profonde, qui mine l’Union européenne depuis longtemps. Une crise existentielle. Une crise multiple ou « poly-crise » – pour reprendre les termes d’Edgar Morin – qui est à la fois économique, démographique, écologique, politique et institutionnelle.
Nous sommes rattrapés à toute vitesse par les nouveaux pays émergents sans être capables de réagir de manière inventive. Nous ne faisons preuve d’aucune innovation et ne générons pas assez de croissance. En plus, l’Europe est un continent aux cheveux gris. Sa population vieillit rapidement, alors que celle du reste du monde continue de croître de façon spectaculaire et de rajeunir. La reconversion massive dont nous avons besoin pour sortir notre économie de sa dépendance aux carburants fossiles et pour bâtir une société durable exige d’énormes ressources financières dont nous ne disposons pas à l’heure actuelle. Et force est de reconnaître que l’Union européenne reste un continent divisé politiquement, divisé en 27 États membres, alors qu’elle doit affronter la concurrence de puissances économiques et politiques du calibre de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Russie ou des États-Unis. Bref, l’Europe ressemble de plus en plus à un monument historique. Un continent marginalisé qui se bat pour survivre dans une nouvelle ère et un nouveau monde. Un continent frappé par un strabisme national sans ambition, sans espérance et sans espoir.
Le drame, c’est que l’Union européenne est jugée coupable de cette situation. Coupable de nous avoir amené la crise de l’euro. Coupable de provoquer la récession en imposant l’austérité. Coupable des excès de la mondialisation. Coupable d’avoir définitivement phagocyté l’action politique. Nous avons rejoint les limites de l’absurde. Les États membres portent pourtant l’entière responsabilité de la débâcle. C’est leur incompétence qui a mené à la crise de l’euro. C’est leur incohérence qui a causé la récession. C’est leur aveuglement qui a fait chavirer l’Europe pour la livrer à un monde dans lequel elle ne joue plus aucun rôle significatif. Ce sont leurs instincts possessifs et leur conception bornée de la souveraineté qui ont fait de l’Europe ce qu’elle est aujourd’hui. Une entité hybride incapable de nous assurer un futur meilleur.
Jamais le projet européen n’a été soumis à une telle pression ni été aussi ouvertement remis en question. Au point que l’on s’interroge sur le sens de poursuivre l’intégration européenne. Jamais autant de citoyens ne se sont élevés contre la construction européenne. Jamais le projet européen n’a été aussi peu défendu par les leaders politiques. Jamais ils n’ont été aussi rares à développer une vision résolument européenne et à miser sans crainte sur le futur européen de leur pays et de leur population. Trop de dirigeants européens, échaudés par la crise de l’euro et crispés sur le concept passéiste d’Europe des États-nations, plaident pour le statu quo. La crise actuelle démontre pourtant que le statu quo n’est pas une solution viable. Soit nous œuvrons à une Europe véritablement unie et fédérale. Soit nous en restons aux États-nations, et l’émergence d’une Europe-puissance dans le monde globalisé du XXIe siècle est irrémédiablement compromise.
Seule une attaque frontale peut encore nous sauver. Une attaque ciblée visant la cause véritable de cette crise : la réticence des États-nations à choisir la voie de l’Europe unie et à donner davantage de pouvoirs à une entité européenne de type fédéral. La réalité européenne d’aujourd’hui est accablante. C’est l’égoïsme de tel ou tel État qui détermine le destin de l’Europe, pas l’intérêt commun européen, ni celui des citoyens ou des peuples de l’Europe. Si ce sont les intérêts mesquins et l’égoïsme qui l’emportent, nous ne nous en sortirons pas.
Pour donner à l’Europe un nouvel élan, il faut jouer sans ambages la carte européenne. La carte d’un continent qui ne nous a jamais offert autant de bien-être, de paix, de droits et de perspectives. Ne permettons pas que des calculs purement nationaux compromettent cet objectif. L’heure est venue pour nous de la contre-offensive. Une offensive pour « plus » et non « moins » d’Europe. Un choix pour une Europe unie plutôt qu’une union divisée et anachronique d’États-nations.
Refusons la stratégie des petits pas. La situation est trop grave pour nous le permettre. Exigeons une transition rapide et déterminée vers une Europe politiquement unie et fédérale. Une stratégie tâtonnante ne convaincra ni les citoyens ni les marchés. Seule une autre Europe, une Europe fédérale, frappera les esprits. Pas cette Europe des États-nations qui traîne la crise de l’euro comme un boulet depuis trois ans sans parvenir à changer ce qui doit l’être, ni à offrir aux populations européennes une lueur d’espoir.
Comprenons la gravité de la menace. Cette menace pèse d’abord sur tous les citoyens et toutes les entreprises qui vivent et sont établis dans les dix-sept pays de la zone euro. Ce sont ces dix-sept pays qui sombreront si l’euro venait à disparaître. Des pays dont la prospérité résulte en grande partie de l’existence de la monnaie unique européenne. Un simple euro qui nous a néanmoins permis de déblayer le marché unique de ses obstacles monétaires, de supprimer des frais de change trop coûteux, d’accroître considérablement le commerce en Europe. Autant d’avantages que nous risquons de perdre avec beaucoup d’autres si l’euro disparaissait. Un séisme en somme.
Comment a-t-on pu en arriver là ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Ne tournons pas autour du pot. Les inventeurs et les fondateurs de l’euro ont commis une erreur capitale dès le départ. Ils ont signé pour les avantages liés à la monnaie commune, mais n’ont pu s’entendre sur les contraintes et la répartition des charges. Les avantages de la monnaie unique étaient – et sont toujours – ceux, notamment, d’une inflation faible et de taux d’intérêt bas. En compensation, les États devaient mener une politique économique et financière intégrée, similaire dans tous les pays de la zone euro. En effet, parler de monnaie unique en « omettant » l’Europe intégrée est un non-sens. L’un ne va pas sans l’autre.
Dès lors, on ne peut vouloir garder l’euro sans changer les États-nations, du moins dans leur forme actuelle. Soit un État fédéral européen, une Europe politique postnationale voit le jour ; soit la monnaie unique disparaîtra. Aucune solution intermédiaire ne peut être envisagée. Sachons toutefois que la désintégration de la zone euro signerait l’arrêt de mort de l’Union européenne, puisque cette zone représente les trois quarts du produit brut de l’ensemble de l’Union. Si l’euro explose, l’Union explose aussi. C’est donc l’avenir de l’ensemble de l’Union qui est en jeu.
Chérissons ce qui nous unit et non ce qui nous divise. Demain, seule une Europe intégrée pourra encore jouer un rôle significatif. Nous cheminons vers une globalisation unificatrice sans précédent. Un monde où coexistent plus de cinq mille langues et cultures, mais moins de deux cents États. Des États incorporés dans une dizaine de puissances ou d’alliances et qui déterminent le destin de l’économie mondiale.
Le monde est devenu global et les États européens ont été les premiers à initier cette globalisation. Historiquement, en colonisant par la violence les trois quarts de la planète. Politiquement, en proposant la démocratie et l’État de droit au reste du monde. Économiquement, en devenant la première puissance commerciale du monde. Au moment où cette unification mondiale est irrémédiablement en cours, les Européens semblent paradoxalement se replier sur le concept suranné d’État-nation. Cette erreur stratégique serait suicidaire. Penser que, dans ce nouveau siècle, les États-nations seraient les mieux armés pour veiller aux intérêts économiques et financiers de leurs concitoyens et de leurs entreprises est absurde. Dans moins de vingt-cinq ans, plus aucun pays européen ne comptera dans le contexte mondial. Le club des pays les plus riches, à savoir le G8, se composera des États-Unis, de la Chine, de l’Inde, du Japon, du Brésil, de la Russie, du Mexique et de l’Indonésie. Aucun État européen ne sera représenté, pas même l’Allemagne. L’aberration dans cette histoire, c’est que l’Europe unifiée représente le continent le plus puissant et le plus riche au monde. Plus riche que l’Amérique et plus puissant que tous les nouveaux empires réunis.
Comme l’a montré la crise financière de 2008, nous devons accepter sans tarder une intégration européenne plus poussée : la globalisation économique et financière rapide exige une réponse globale. Nous avons un besoin urgent de contrepoids politiques. Les organes de contrôle nationaux ne sont pas en mesure de lutter contre les excès des institutions financières multinationales qui se moquent des frontières et qui opèrent à la vitesse de la lumière. Seule une Europe unie peut réellement jouer un rôle en faveur d’une régulation économique et financière mondiale.
Nous ne serons à la hauteur de nos ambitions et en mesure de promouvoir nos valeurs que si l’Europe forme une unité économique et politique. Dans le cas contraire, les intérêts de l’Inde, de la Chine ou d’autres nouveaux venus asiatiques prendront le dessus. Jusqu’à présent, l’Occident, incarné de part et d’autre de l’Atlantique par l’Europe et les États-Unis d’Amérique, présidait aux destinées de la planète pour le meilleur et pour le pire. Si l’Europe ne réagit pas, nous prenons le risque d’un lent mais inéluctable délitement du lien transatlantique et d’une marginalisation du Vieux Continent. Petit à petit l’Europe deviendra une puissance insignifiante dans un monde qui se concentre de plus en plus autour du Pacifique. Un changement de cap est impératif si nous ne voulons pas voir balayé tout ce que l’Europe a bâti au cours de son histoire millénaire.
Rectifions le tir. Ceux qui opposent l’intérêt national à celui de l’Europe et de ses citoyens se fourvoient. Dans la mesure où la globalisation est irréversible, l’intérêt des citoyens d’Europe ne peut être garanti que par une Union européenne forte. Cette mondialisation est source de nombreuses opportunités, mais aussi de drames quotidiens pour des millions de personnes. Ce n’est donc pas la mondialisation en elle-même qui pose problème, mais notre incapacité à la gérer.
Encore une fois, nous n’avons aucune raison objective d’avoir peur de la mondialisation. Dès lors, au lieu de lui résister, cherchons plutôt à l’influencer, plus précisément à la « compléter » d’une mondialisation politique, sociale et environnementale. Parallèlement à la globalisation économique, commerciale et financière déjà en cours, initions concrètement une globalisation sociale, écologique et politique. Le fait que, dans ce monde, la décision politique appartienne encore aux États nationaux est un paradoxe insupportable, puisque ni l’économie ni le monde financier ne respectent plus les frontières nationales. Ce paradoxe ne peut être éliminé qu’en internationalisant la décision politique. Une mondialisation alternative s’impose.
Le passage à une gouvernance mondiale ne se produira évidemment pas du jour au lendemain. Même si l’objectif ultime est celui-là, des étapes intermédiaires peuvent d’ores et déjà être mises en place. Les décisions politiques majeures pourraient être prises au sein d’un réseau mondial de grands pays et de coopérations continentales. Qu’il s’agisse du G8, du G20, du Conseil de sécurité des Nations unies ou du Fonds monétaire international, rien n’interdit une initiative fixant un cadre politique dans lequel la globalisation devrait évoluer !
L’Union européenne pourrait d’ailleurs en être le chef de file. Cela n’a rien de compliqué. Au contraire. Nous pourrions commencer par convertir les différents sièges occupés par les États membres en un siège unique de l’Union européenne au Conseil de sécurité des Nations unies, à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international et dans toutes les autres organisations internationales. Il est déplorable que soixante ans après l’avènement de l’Union européenne, des pays tels que la France ou la Grande-Bretagne ne souhaitent même pas l’envisager. Tous deux s’accrochent désespérément à des prérogatives d’un autre âge sans réaliser qu’ils ne jouent plus dans la cour des grands. Leur myopie prive ainsi l’Union européenne de potentialités importantes. Notamment celle d’exploiter sa dimension pour peser sur les événements mondiaux.
Regardons devant et non derrière nous. Réfléchissons sur le monde tel qu’il sera dans vingt ou trente ans et non tel qu’il était il y a vingt ou trente ans. Depuis 1927, la population mondiale a triplé. De deux milliards, elle est passée à sept, et nous serons certainement dix milliards dans quarante ans. Par ailleurs, plus de la moitié de cette population vit dans des agglomérations urbaines. Une proportion qui atteindra les 75 % au cours de ce siècle.
Nous sommes donc les témoins d’une révolution démographique inouïe, puisque la Terre n’a jamais compté autant d’habitants et, parmi eux, de citadins. Cette évolution n’est évidemment pas sans conséquence, à commencer par l’accroissement des inégalités entre les riches et les pauvres. Les répercussions colossales qui en découlent touchent un nombre incalculable de domaines : l’emploi, l’alimentation, l’éducation, la santé, les besoins en énergie, la mobilité, la sécurité de chacun, la production et la consommation en général. L’impact est tout aussi gigantesque sur l’environnement, notamment sur la dégradation climatique. La majorité des problèmes que les hommes et les peuples affrontent aujourd’hui et qu’ils combattront demain sont mondiaux. Leurs choix ou absence de choix auront une incidence toujours plus importante pour toute la planète. Les États pris individuellement compteront peu dans cette réalité mondiale aux défis spécifiques. À l’exception de pays de la taille de la Chine, de l’Inde, des États-Unis d’Amérique ou de la Russie. En fait, des puissances, des « empires » qui se composent de nombreuses nations. Bref, seule l’Union européenne, et non les pays européens en tant que tels, pèsera dans le monde de demain. Encore faut-il « tirer » dans le même sens ou, au moins, arriver à parler d’une seule voix.
Mais il y a plus en jeu. Nous avons besoin de « plus d’Europe » pour gérer les problèmes planétaires, mais aussi pour arriver à maintenir notre position dans le monde et à protéger nos modes de vie, aussi divers soient-ils. L’Union européenne est le seul horizon à partir duquel nous projeter pour que perdurent notre état de prospérité, nos acquis sociaux et notre diversité culturelle. En politique, l’incapacité à produire des réponses adéquates peut déboucher sur la perte des droits acquis. L’inaction politique conduit toujours à des régressions majeures et nous fait perdre ce que nous avons de plus cher.
Nombreux sont ceux qui pensent le contraire. À « droite » comme à « gauche » le souverainisme est à la mode. Ses défenseurs s’accrochent au concept désormais stérile de l’État-Nation comme seul rempart contre l’incertitude et l’insécurité sociale. Le chômage touchent toujours plus de gens, beaucoup perdent leurs droits et vivent en marge d’une société qui paye le prix de la mondialisation. Face à cette détresse, l’État-nation est glorifié comme un havre de paix et de prospérité, un espace protégeant l’éducation, le niveau de vie et la sécurité sociale. L’Union européenne est au contraire clouée au pilori, décriée comme la cinquième colonne de marchés apatrides, dont la seule motivation serait de soumettre les citoyens à un ordre économique destructeur du lien social.
Ils se trompent d’ennemi. La critique de l’évolution du monde et des sociétés est sans doute compréhensible, mais pas les remèdes qu’ils préconisent. Les anciens États-nations sont totalement incapables de protéger les acquis sociaux dans le monde globalisé de demain, ou encore contre les délocalisations. On le constate d’ailleurs chaque jour en Grèce, au Portugal, en Espagne… Seule l’Union européenne est en mesure d’élaborer des stratégies efficaces pour lutter contre le dumping social, garantir la pleine jouissance de nos droits sociaux et éradiquer la pauvreté. Enfin, elle seule peut contraindre les puissances économiques émergentes, à commencer par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), au respect de normes sociales et environnementales essentielles au développement humain et à la survie de la planète.
En tout état de cause, il est absurde de prétendre qu’une frontière nationale protégerait du reste de l’univers. Aucun mur ne sera jamais suffisamment hermétique pour contrer la marche du monde. Seule une Europe forte et unie s’attaquant à armes égales à la concurrence mondiale pourra garantir le bien-être de ses citoyens, tout en sauvegardant notre patrimoine démocratique, social et culturel. Au final, c’est par une Europe postnationale que passent le renforcement et la sécurisation de nos idéaux de « liberté, égalité, fraternité ».
2
Ne nous résignons pas face aux événements. La crise de l’euro ne démontre nullement que l’introduction de la monnaie unique était une erreur ni que l’Union européenne serait vouée à l’échec. Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas d’une crise de l’euro en tant que telle ni d’ailleurs de l’union monétaire européenne. Il est question d’un vice de construction qui pourrait être fatal. Quand l’euro a officiellement été introduit le 1er janvier 2002, ses initiateurs savaient qu’une politique économique et financière proprement européenne devrait l’accompagner. Mais faute de s’entendre sur les modalités de cette union, ils ont laissé ce chantier en suspens en croyant, à tort, qu’elle naîtrait spontanément. Dix ans plus tard, nous devons amèrement constater que trop peu d’avancées se sont produites en direction de cette union politique, économique, fiscale et budgétaire pour épauler l’union monétaire. La crise actuelle était donc prévisible et écrite dans tous les manuels sur l’Union européenne. Même si des États sans monnaie peuvent exister, l’inverse n’est pas possible. Autrement dit, sans une autorité publique forte et fiable capable d’imposer la solidarité et la discipline nécessaires à une monnaie forte.
