Décider d'être libre et heureux - Claude Dequick - E-Book

Décider d'être libre et heureux E-Book

Claude Dequick

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Beschreibung

Décider d'être libre et heureux. Cet ouvrage ambitionne de répondre à une question fondamentale : comment être libre et heureux dans un monde marqué par les contraintes et les désillusions ? Il invite à dépasser le simple constat de nos sentiments de liberté et de bonheur pour proposer une réflexion approfondie et une méthode concrète. Chacun peut choisir de s'engager sur ce chemin vers une vie plus libre et plus heureuse. En suivant les dix principes présentés, souvent connus mais rarement intégrés dans une vision cohérente et peu appliqués faute de guidance, chacun peut, à son rythme, transformer son existence. Ce livre de développement personnel offre des clés pour mieux vivre sa vie et développer ses ressources, aussi bien en tant que parent qu'en tant que manager.

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Seitenzahl: 417

Veröffentlichungsjahr: 2026

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À Dominique,

À mes enfants et petits enfants

« Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir.»

Confucius

«Le bonheur, quel qu’il soit, apporte air, lumière et liberté de mouvement »

Friedrich Nietzsche

« Et que feriez vous, dit le Maitre à la multitude si Dieu vous parlait droit dans les yeux et disait : JE VOUS COMMANDE D’ETRE HEUREUX DANS LE MONDE AUSSI LONGTEMPS QUE VOUS VIVREZ, que feriez-vous dans ce cas ? (…) C’est en suivant le chemin de notre bonheur que nous recevons l’enseignement pour lequel nous avons choisi cette vie. »

Richard Bach - Le Messie récalcitrant

Table des matières

Préambule

Chapitre 1 - Introduction

Chapitre 2 - Définition des éléments clés pour prendre une décision.

Chapitre 3 - Principe 1 : Soyons acteur de notre vie.

Chapitre 4 - Principe 2 : Acceptons la différence.

Chapitre 5 - Principe 3 : Répondons à nos besoins.

Chapitre 6 - Principe 4 : Désirons ce que nous avons.

Chapitre 7 - Principe 5 : Soyons amical, juste et généreux.

Chapitre 8 - Principe 6 : Écoutons pour comprendre, pas pour répondre.

Chapitre 9 - Principe 7 : Communiquons sans juger, ni accuser.

Chapitre 10 - Principe 8 : Changeons de point de vue en restant nous-mêmes.

Chapitre 11 - Principe 9 : Soyons tolérants et indulgents pour autrui, exigeants pour nous-mêmes.

Chapitre 12 - Principe 10 : Acceptons et aimons ce que nous ne pouvons changer..

Chapitre 13 - À vous maintenant.

PRÉAMBULE

J’ai quatre vingt ans et, après une carrière intense, j’ai arrêté mes activités professionnelles depuis à peine cinq ans. Ce qui m’a le plus marqué dans mon parcours est cette tristesse, cette morosité, cette passivité qui amène la plupart des personnes à subir leur vie en se plaignant de leur sort, comme si elles étaient atteintes d’une incapacité au bonheur.

Nous avons tous suivi, en France, l’enseignement de la République qui a tenté de faire de nous des citoyens capables de participer au fonctionnement de la société. Cet enseignement n’a malheureusement pas totalement réussi à doter tous les citoyens de la capacité à penser par eux-mêmes, et de plus il n’a pas fourni les savoirs et pratiques les dotant de la capacité à être heureux.

Je ne suis pas une personne optimiste qui voit la vie et le monde à travers des lunettes roses. Je suis agnostique et pense qu’il n’y a rien après la mort, et que notre plus grande tragédie est d’être né. Tiré du néant par la pulsion reproductrice de l’espèce, pulsion ressentie par un couple le plus souvent amoureux, personne ne demande à naître, cette décision ne nous appartient pas. Nous n’avons rien demandé, cependant nous devons la vie et notre première construction psychique à nos parents. Or, une fois venu au monde et vécu les difficultés de la séparation parentale, autant faire de ce temps, notre vie, un moment où l’on soit libre et heureux.

Être libre et se construire une vie heureuse se décide. Or, pour la plupart d’entre nous, nous ne faisons que constater les obstacles qui nous empêchent d’être totalement libres et nous prenons pleinement conscience des moments heureux lorsqu’ils s’évanouissent. Ainsi nous subissons ce qui nous arrive, en évaluant sa qualité à l’aune de nos attentes, de nos désirs, et en rejetant la responsabilité de nos déceptions sur notre environnement. Nous parvenons difficilement à accepter que cela dépende de nos choix et qu’il soit possible de décider d’être libre et heureux. En effet, on ne nous l’a pas appris, et, le plus souvent, nous n’avons pas retenu les leçons que la vie nous enseignait sur cette voie.

En tant que parents, nous décidons de faire naître des vies, nos enfants ; nous avons alors la lourde responsabilité de les éduquer pour leur permettre d’être des adultes libres et heureux. Mais nous n’avons généralement pas le « manuel » qui nous guide dans cette tâche. En outre, il n’existe pas d’école des parents permettant de se former à cet art d’amener ses enfants à l’indépendance et à la responsabilité.

Et dans notre vie professionnelle, pour être un leader efficace c’est-à-dire autant gestionnaire que meneur d’hommes, il y a lieu de cultiver la démarche et le savoir-faire scientifique permettant d’embrasser techniques et technologie, le savoir-faire de gestion, et le savoir-être permettant de guider les autres et d’être un repère pour eux. Or, formés dans le cadre des écoles d’ingénieurs ou de commerce à la gestion et à un vernis, mêlant gestion et psychologie, censés les aider dans leurs relations humaines, les managers maîtrisent généralement les savoir-faire, mais rarement le savoir-être indispensable aux organisations. Ainsi, leur formation les amène, au mieux, à gérer les hommes comme des ressources matérielles, au pire, à en faire des manipulateurs, destructeurs de l’énergie créatrice de leur équipe. Quelques-uns, assez rares, ayant développé des qualités de meneur par leur expérience, conduisent avec efficacité leur équipe vers le succès dans un épanouissement où chacun se sent libre et heureux.

Les expériences, les apprentissages et les découvertes de mes années comme directeur, coach, formateur et père, m’ont permis de collecter des connaissances et d’élaborer un cheminement propice à choisir de se sentir libre et heureux. Ils m’ont aussi fait prendre conscience que les mêmes repères et pratiques favorisaient le développement personnel, l’efficacité du rôle de parent comme celui de manager doté de leadership. Ce cheminement, je l’ai, en grande partie, partagé avec mes enfants même s’il était moins structuré à l’époque où ils vivaient avec moi.

Et je souhaite le partager, à travers ce livre, avec mes petits enfants qui sont géographiquement dispersés, avec toutes les personnes qui souhaitent décider de leur vie, mais aussi fournir, tant aux parents qu’aux managers, des principes leur permettant d’établir un environnement propice au bien-être des enfants et des salariés, facteur clé de leur développement et de leur capacité à vivre libres et heureux. C’est pourquoi ce livre fournit des exemples et des recommandations, en plus du niveau personnel, dans le domaine de l’éducation parentale et dans l’exercice du management. Les chapitres sont suivis de fiches, permettant d’effectuer un travail sur soi et d’aider à mettre en œuvre la méthode proposée. Pour faciliter l’intégration des idées principales, celles-ci sont encadrées, permettant de faire ressortir ce qui est essentiel. Pour avoir une idée générale du contenu de cet ouvrage, on peut d’ailleurs se contenter de ne lire que ce qui est encadré.

Cet ouvrage peut être utile à tous ceux qui désirent faire un bout de route vers la liberté et le bonheur, mais aussi contribuer à permettre aux autres de décider d’user de leur liberté et d’être heureux.

Chapitre 1 - INTRODUCTION

Le Petit Prince est le héros du livre éponyme de Saint-Exupéry, il cherche la liberté et le bonheur comme la plupart d’entre nous. Se sentant contraint sur sa petite planète et malheureux de ne pas satisfaire sa rose, il quitte sa planète et va chercher dans le monde les réponses à ses questions. Ses questions et remarques naïves et pleines de bon sens, que l’on pourrait croire posées par un spécialiste de la programmation neurolinguistique (PNL), mettent en évidence son appétit de comprendre et nous amènent à réfléchir sur le sens de nos actes.

Sur les différentes planètes qu’il visite, il fait des rencontres, et en réponse à ses questions, ses interlocuteurs dépeignent l’inanité de nos comportements et de nos actions : le roi s’imagine régner avec autorité en donnant uniquement des ordres raisonnables sur ce qu’il croit gouverner et cherche à s’attacher des sujets en échange de prérogatives. Le vaniteux cherche les compliments même s’ils sont sans valeur. L’ivrogne boit pour oublier qu’il boit. Le businessman cherche à posséder toujours plus et accumule des biens qu’il n’utilise pas. L’allumeur de réverbères ne remet pas en question la consigne qui lui pourrit la vie. Le géographe compile les informations durables en ignorant tout ce qui est éphémère et qui fait le charme de la vie. Sur la dernière planète, la Terre, l’aiguilleur trie les voyageurs et remarque qu’« on n’est jamais content là où l’on est. »1 Le marchand vend ses pilules contre la soif pour permettre à ses clients de gagner du temps, « Moi, dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherai tout doucement vers une fontaine. »2

Le Petit Prince, comme nous tous, trouve en lui-même la plupart des réponses aux questions qu’il se pose grâce aux échanges et aux confrontations avec les autres ; cependant on découvre que le Renard guide le Petit Prince dans sa recherche. Il n’enseigne pas, ne donne pas les clés mais suggère, en quelques maximes, une voie vers le bonheur :

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. (…) C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. (…) Mais les yeux sont aveugles, il faut chercher avec le cœur. (…) Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »3

Si le Petit Prince est un des livres le plus lu au monde et qu’il touche aussi bien les enfants que les adultes, c’est qu’il traite d’un sujet universel : la recherche du bonheur. Il est aussi considéré par certains responsables des ressources humaines, dans les organisations, comme un guide du management des hommes. En effet, il fournit une vision de la vie et des relations humaines, indépendante des objectifs immédiats et changeants de ces organisations, permettant de définir une politique et des pratiques stables. Cependant, si ce livre poétique a captivé et continue de captiver et d’émouvoir tant de lecteurs, il semble évident que nous restons démunis à construire notre propre liberté et notre propre bonheur, le plus souvent par ignorance du chemin à prendre et des méthodes à appliquer.

On connaît aussi Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach qui a été un succès de librairie et a été adapté au cinéma : il traite de la liberté, et, comme le Petit Prince, son impact est dû à la puissance de l’allégorie poétique qui touche le cœur autant que l’esprit. Pour moi, Le Messie récalcitrant de Richard Bach a un impact encore plus inspirant car il nous ouvre à la liberté d’être heureux. Il met en évidence que les freins à plus de liberté et plus de bonheur sont en nous, et donc que c’est à nous de les faire reculer.

« (…) pour l’amour de Dieu, si vous avez tellement envie de liberté et de joie, ne voyez-vous donc pas que tout cela n’est nulle part en dehors de vous-mêmes ? Dites que vous l’avez et vous l’aurez. » 4

Nous décidons inconsciemment de restreindre notre liberté en transformant les difficultés en obstacles, et avons peur de lâcher ce que nous connaissons pour suivre les aspirations qui nous rendent heureux. Il est plus réconfortant de se plaindre de ce qui nous arrive que d’assumer nos choix.

« Si tu fais dépendre ton bonheur des actes de quelqu’un d’autre, ça ne m’étonne pas que tu aies un problème. »5

Aussi, en acceptant à tout moment de choisir nos pensées, nos comportements, en veillant à ce qu’ils soient alignés sur ce que nous sommes au plus profond de nous, non seulement nous devenons aux yeux des autres des personnes intègres, mais nous favorisons les relations qui nous permettent de grandir et de développer notre liberté et notre bonheur, et celles qui font grandir les autres.

« Si nous paraissons ce que nous sommes, en nous demandant à nous-mêmes à chaque instant : ‘‘est-ce bien là ce que je désire vraiment faire ?’’, et en ne le faisant que si la réponse est ‘‘oui’’, cela détourne automatiquement ceux qui n’ont rien à apprendre de ce que nous sommes, et cela attire ceux qui sont en mesure d’apprendre – aussi bien sûr que ceux dont nous sommes en mesure d’apprendre quelque chose. »6

Comme pour le Petit Prince, l’ouvrage de Richard Bach Le Messie récalcitrant parle à notre cœur et il nous amène à rêver de pouvoir accéder à une manière différente d’être libre et heureux dans ce monde. Cependant le conseil « Dites que vous l’avez et vous l’aurez »7 est pour la plupart d’entre nous insuffisant pour nous amener à changer. La poésie peut nous inciter à décider de changer et nous motiver à le faire, mais sans pratique ni discipline nous n’atteignons pas ce dont nous rêvons et que nous espérons. Aussi la méthode proposée dans cet ouvrage consiste à décider et définir le cadre de cet objectif, puis à mettre en place une pratique basée sur dix principes directeurs permettant de se sentir libre, heureux et d’avoir le pouvoir d’être influent sur son entourage.

Pourquoi est-il nécessaire de décider ?

Notre fonctionnement instinctif nous pousse à considérer les moments heureux et malheureux ne venant pas de soi mais de notre environnement. Nous constatons nos états d’âme sans penser que nous avons prise sur eux. Si nous ne décidons pas d’être libres et heureux, nous serons le jouet de nos réactions aux évènements. Aussi, si nous souhaitons vraiment vivre libres et heureux, il est indispensable de le décider.

Décider nous permet de nous mettre aux commandes de notre vie et de pouvoir devenir la personne que l’on désire être. Il n’est pas simple de lutter contre les habitudes de pensée et les comportements que nous avons depuis l’enfance. Le plus souvent nous pensons décider, or nous ne faisons que souhaiter la satisfaction de nos attentes et, comme nous agissons peu, notre souhait ne se réalise pas. Ou bien, nous croyons prendre une ferme résolution, et comme nous n’avons pas tenu la plupart des résolutions que nous avons prises depuis l’enfance, celle-ci risque de ne pas l’être non plus.

Notre « manière de définir » conditionne nos choix.

En premier lieu, il est indispensable de définir les termes clés que nous utilisons, car ceux-ci vont directement impacter les options que nous avons à notre disposition, et donc augmenter ou réduire notre possibilité de choisir. Un exemple simple pour illustrer ce mécanisme : en tant que parent, si je définis l’égalité comme ce qui me paraît égal économiquement, je vais considérer injustes toutes situations dans lesquelles mes enfants gagnent ou gagneront moins que mes voisins les plus fortunés, et les options pour y remédier vont m’apparaître pratiquement inexistantes. Par contre, si je définis l’égalité comme l’égalité des chances, je peux chercher des options qui compensent les différences, sources de ces inégalités, tels le soutien scolaire, l’accès à la culture, la lecture, l’entraînement, des formations adaptées. Définir les termes que l’on utilise permet de clarifier nos attentes et de mettre de la rationalité dans nos désirs et aspirations, conscients et inconscients, qui surgissent le plus souvent de nos réactions émotionnelles et irrationnelles.

Dix principes directeurs.

Une fois définis, les éléments clés pour prendre notre décision de nous engager à être libres et heureux, il convient de prioriser cet objectif et de mettre en œuvre une stratégie efficace : la mise en pratique des dix principes directeurs.

Cela commence par comprendre le principe que l’on choisit d’appliquer, identifier les objections que nos habitudes de pensée ou nos peurs nous soufflent, et de les atténuer par la réflexion rationnelle, puis de déterminer les actions en ligne avec ce principe et commencer la mise en œuvre au quotidien. Pour que la pratique soit efficace, il est nécessaire d’appliquer volontairement ce principe plusieurs fois par jour durant au moins trois semaines. Puis, lorsque nous commençons à constater que nous appliquons spontanément ce principe, il suffit de veiller à ce qu’il soit appliqué quelles que soient les situations. Et, si le mécanisme de pensée ancien revient, nous lui substituons le principe volontairement et immédiatement. Cette phase dure environ trois mois avant que le principe ne soit appliqué spontanément de manière quasi automatique c’est-à-dire intégré comme une nouvelle routine.

Pour que l’habitude, juste ancrée, se maintienne, nous pouvons utiliser une vérification journalière, si possible à heure fixe, consistant à se rappeler notre objectif (être libre et heureux), le ou les principes que nous avons ritualisés, les actions engagées, les succès et les améliorations à apporter à la façon d’appliquer les principes lorsque nous avons failli.

Être libre et heureux est un chemin.

Chaque principe fait progresser mais tous sont nécessaires pour atteindre pleinement notre objectif, aussi, après avoir lu le deuxième chapitre, il est possible d’aborder ce livre en le parcourant à sa guise et décider de commencer là où on le souhaite. Chacun peut choisir son cheminement, il est conseillé de commencer la mise en œuvre par les principes qui paraissent les plus aisés compte tenu de son histoire et de son développement personnel.

Et plus qu’un objectif, chercher à être libre et heureux est un chemin à parcourir. Sur ce chemin, plus nous avançons, plus nous prenons conscience que nous pouvons encore améliorer notre pratique et nous libérer de chaînes qui nous pèsent et limitent notre bonheur. Ainsi, plus nous nous sentons libres et heureux, plus nous aspirons à augmenter notre liberté et notre bonheur.

1 Saint Exupéry, Le Petit Prince, La Pléiade, page 476.

2 Ibidem, page 478.

3 Ibidem, page 474.

4 Richard Bach, Le Messie récalcitrant, Flammarion (1978), page 44.

5 Ibidem, page 81.

6 Ibidem, Le Messie récalcitrant, page 125

7 Ibidem, page 44

Chapitre 2 - DÉFINITION DES ÉLÉMENTS CLÉS POUR PRENDRE UNE DÉCISION

Vous avez pris conscience que vous participez à la limitation de votre liberté et que vous rendez surtout les évènements et les autres responsables de vos moments malheureux. Vous aspirez maintenant à vivre libre et heureux et avez l’intention de le décider. Vous êtes prêt à examiner la définition d’être libre et celle d’être heureux.

Être libre.

Si vous ne vous sentez pas libre dans votre vie, c’est que votre définition de la liberté est irréaliste ou que votre capacité à faire des choix se trouve inhibée dans un certain nombre de situations.

En effet, si je considère la liberté comme l’aptitude à faire ce que j’ai envie ou décidé, je vais constater que je ne suis pas libre dans un grand nombre de situations. Je peux vouloir des choses impossibles ou irréalisables. Je peux aussi vouloir obtenir des buts contradictoires suivant l’adage « le beurre et l’argent du beurre ». Je peux vouloir un résultat alors qu’il ne dépend aucunement de moi et sur lequel je n’ai aucun levier d’influence. Mes désirs et mes envies peuvent se heurter aux lois, aux décisions des autres sans que j’aie le pouvoir de les faire changer. Toutes ces situations génèrent alors en moi de la frustration et le sentiment de ne pas être libre.

Au contraire, si je définis la liberté comme la possibilité de choisir des options dans un champ de contraintes, je vais me sentir libre, quelles que soient les situations, à partir du moment où je suis capable d’imaginer des options parmi lesquelles je peux choisir celle qui me convient le mieux.

Cette dernière définition est la seule qui corresponde au monde réel constitué de contraintes physiques. Nous vivons sur la Terre, avons besoin d’oxygène, sommes porteur d’un ADN spécifique, avons grandi dans un environnement particulier,… et nous subissons des contraintes sociales comme les lois de l’endroit où nous vivons, notre environnement familial, amical, professionnel et résidentiel. En effet, je peux avoir envie d’être athlétique si je suis de constitution rachitique, de mesurer deux mètres si je mesure un mètre soixante, de nager comme un dauphin, de ne souffrir ni du froid, ni du chaud, d’être immortel, de gagner beaucoup d’argent sans travailler, de faire ce que je veux sans subir les conséquences sociales et pénales qui en découlent. Mais dans ce type de situations, il est évident que je ne vais pas me sentir libre si je ne tiens pas compte des contraintes, et je vais jeter sur ces contraintes, ou ceux qui les représentent, la responsabilité de ma frustration.

L’autre manière de se frustrer et de limiter sa liberté consiste à être dans l’incapacité de choisir, ou se limiter à un dilemme insatisfaisant. Par exemple, je ne me sens ni libre, ni heureux dans l’emploi que j’occupe et, quand je réfléchis à ma situation, je ne me sens pas capable ou légitime de faire autre chose. En effet, j’ai peur de quitter l’entreprise et de me retrouver durablement au chômage. Bien que je connaisse l’envie qui me pousse, j’ai peur de sauter le pas et d’aller vers l’inconnu ; ou, alors que j’ai identifié différentes options, aucune ne m’est apparue satisfaisante. Aussi j’en conclus que je ne peux changer d’emploi ni d’employeur, ou que je dois choisir entre rester, donc continuer à subir, ou partir, donc être au chômage.

Par contre si je suis capable d’identifier les contraintes, d’élaborer des options d’actions permettant de répondre au problème qui se pose à moi et de choisir celle qui me semble la plus adaptée, j’ai conscience d’agir librement.

Être libre c’est choisir l’option que nous estimons adaptée parmi les options possibles dans un champ de contraintes

Être heureux.

En premier lieu, regardons comment est défini le bonheur. Au sens restreint et primitif du terme, le bonheur signifie bonne fortune, chance favorable, occasion propice, évènement propre à apporter quelque satisfaction. Au sens large et général du terme, le bonheur est un état essentiellement moral atteint lorsque la personne a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu’elle a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l’équilibre dans l’épanouissement harmonieux de sa personnalité.8

Pour les philosophes, le bonheur est un état de satisfaction intense et durable, distinct du plaisir qui est toujours bref, partiel et discontinu. Si chacun connaît des moments de plaisir, tous n’atteignent pas cette paix intérieure qu’est le bonheur. Considéré plus souvent comme un idéal que comme une réalité, le bonheur est pour les Grecs l’état ressenti par le sage qui, ayant épanoui toutes ses facultés, contemple et pratique le Bien. Être heureux est alors à la fois un état psychologique et un devoir moral.9

Certes on ne peut pas attendre la fin de sa vie pour considérer si nous avons été heureux durant celle-ci. Cet état doit pouvoir être ressenti tout au long de sa vie. Si nous identifions aisément les moments de plaisir, nous avons de la difficulté à nous sentir heureux, car nos frustrations perturbent cet état de bien-être durable, et nos émotions immédiates finissent par nous gâcher notre sérénité. Ainsi nous considérons malheureuses les périodes durant lesquelles les frustrations, les déceptions, les deuils, la tristesse et la peur dominent, et heureuses celles durant lesquelles nous ressentons la satisfaction, la joie, le partage, l’amitié et l’amour. En conséquence, notre définition du bonheur correspond plus à la définition restreinte d’événement propre à faire naître de la satisfaction qu’à un état psychologique d’épanouissement de l’être dans la conduite de sa vie tournée vers le Bien ou ce qui donne sens à son existence.

De tout temps l’humain a eu besoin de sens, donc d’élaborer une représentation du monde, de ses origines et de sa finalité. Le manque de sens, en lui-même, produit de l’angoisse, aggravée par l’incertitude des situations.10 Ce sens, cette finalité, est quelque chose qui le dépasse, qui lui survit, pour qui il est prêt à faire des sacrifices, voire, dans des conditions exceptionnelles, à donner sa vie. Ce sens construit aussi la cohésion collective et la morale du groupe.

Pendant des millénaires les religions ont incarné ce sens. Les philosophes antiques et classiques lui ont donné le nom de Souverain Bien. Depuis le XIXème siècle, des systèmes de croyances, la Patrie, la liberté, la démocratie ou les idéologies, se sont substitués, dans certaines régions du monde, à la religion. Et, pour certaines personnes, ce sens répond à leur propre système de valeurs et de croyances, pouvant alors être en conflit avec celui de la collectivité à laquelle ces personnes appartiennent. L’humanité serait prédisposée à développer le phénomène religieux, ou tout système de croyances qui donne un sens à son existence dans la dynamique de la continuité de la création et de la vie.11

Aussi, le sentiment de bonheur peut être contrarié quand nous organisons notre vie en faisant des choix qui nous éloignent de notre système de croyances et nous amènent à perdre le sens qu’a notre vie. Il peut l’être aussi lorsque, sous la pression de notre environnement, nous nous sentons incapables de choisir la voie qui lui donne du sens. Certaines personnes, prises depuis l’enfance dans des catastrophes, dans un quotidien de survie ou s’étourdissant dans un flux ininterrompu d’activités, n’ont pas fait émerger jusqu’à leur conscience le sens de leur vie. Elles n’ont pas identifié les valeurs fondamentales qui pourraient les guider, bien que celles-ci soient inconsciemment présentes. Privées de ces repères, elles ressentent la notion de bonheur plus comme une satisfaction passagère que comme un état d’épanouissement durable. Pourtant, si elles prennent le temps de la réflexion, elles peuvent identifier ce qui, dans leur vie, les rend heureuses : maintenir la cohésion de sa famille, protéger et aimer ses enfants, maintenir son autonomie et sa dignité…

Avant de pouvoir décider si nous souhaitons nous engager, avec une garantie de succès, sur le chemin de vivre libre et heureux, il est utile d’identifier le sens de notre vie.

Être heureux c’est ressentir durablement un état continu d’épanouissement de l’être dans la conduite de notre vie tournée vers ce qui lui donne du sens.

Identifier le sens de sa vie.

La plupart d’entre nous connaissons le sens de notre vie, certains dès l’enfance ont une vocation. Cependant, si nous ne nous sentons pas pleinement heureux - ce qui est probable si nous sommes intéressés par ce livre - il s’avère indispensable de valider que nous avons correctement identifié ce sens et d’y apporter les ajustements nécessaires. Pour ceux qui n’y ont pas réfléchi, ils savent inconsciemment faire la différence entre une satisfaction fugace et un moment de bonheur durable.

Qu’est-ce que le sens de sa vie ? C’est avoir le sentiment que les buts que nous voulons atteindre sont les bons, la vie que nous menons est bonne et que ce que nous entreprenons a un certain impact positif sur le monde ou notre entourage. C’est aussi avoir le sentiment que notre vie est harmonieuse et qu’elle revêt une signification particulière à nos yeux.12

La notion de bon, d’impact positif, d’harmonie induit que la personne se réfère à quelque chose de plus important qu’elle, et qui donne du sens au rôle, à la mission ou à l’utilité que la personne a choisis.

Le sens de la vie est donc l’orientation des actions, que choisit la personne, tournée vers ce qu’elle considère comme en accord avec ses valeurs. Le sens de notre vie peut évoluer au long de notre existence et c’est à la fin de notre vie que nous avons pleinement conscience de ce qu’a été le sens de notre vie dans sa globalité. Les valeurs qui vont orienter le sens de notre vie sont de trois ordres :

Les valeurs de création : elles correspondent à ce que le sujet peut apporter au monde en terme de contribution d’ordre professionnelle (travail), esthétique (œuvre), et, plus spécifiquement d’engagement (cause à défendre).

Les valeurs d’expérience : elles correspondent à ce que le sujet prend du monde en terme de vécu susceptible de satisfaire sa quête de sens (expérience de la nature, d’une vie culturelle riche, d’un amour unique).

Les valeurs d’attitude : elles correspondent à l’ensemble des positionnements psychiques qu’un sujet est libre d’adopter à l’égard d’une situation qu’il ne peut pas modifier. Partant, même confronté aux pires conditions qui soient, chacun demeure libre et capable de transformer le désespoir en victoire, ou en occasion d’accomplissement.

13

En fonction de la période de notre vie, des circonstances et de l’environnement privé et professionnel dans lequel nous évoluons, nous donnons sens à notre vie quand nous agissons pour nos valeurs, pour quelque chose qui nous dépasse.

Le premier exercice à conduire pour identifier le sens de notre vie est de faire une liste des valeurs auxquelles nous accordons une grande importance et qui, si nous ne les respectons pas et si les autres ne les respectent pas, génèrent en nous gêne, frustration, culpabilité ou colère. Nous pouvons ensuite les hiérarchiser et les regrouper pour aboutir de 3 à 5 valeurs clés. Nous allons, alors, chercher dans notre mémoire les moments du passé où le respect de ces valeurs nous ont apporté un sentiment important de bonheur et de sérénité. Notons les éléments déterminants de ces souvenirs et cherchons les points communs à ces situations. Nous pouvons alors tenter de résumer ce que nous avons identifié en une phrase définissant le sens de notre vie.

Le second exercice permet d’identifier le sens de notre vie si le premier exercice n’a pas été concluant, ou de renforcer et valider ce que nous avons découvert lors du premier. Il consiste à rechercher dans notre mémoire les deux ou trois moments de notre vie, dans lesquels nous nous sentions pleinement heureux, sereins, sans attentes, ni peurs, moments que nous aurions aimé voir ne jamais cesser. Visualisons ces souvenirs en les faisant revivre dans notre esprit comme un film (sons, images, sensations), et notons les éléments qui nous rendaient heureux dans ces situations.

Cherchons et trouvons le ou les dénominateurs communs de ces situations.14 Maintenant, il suffit de comparer les résultats des deux exercices et d’en faire une synthèse, puis de s’interroger : que serait ma vie si je l’orientais suivant ce sens ? Le sens de ma vie est validé si la réponse à cette question me donne la sensation d’être une meilleure personne, plus accomplie. Peut-être ai-je peur de m’engager dans cette voie car elle peut paraître difficile, et que la lutte contre mes habitudes me semble vaine. Cependant la partie essentielle a été réalisée : je sais que je peux vivre libre et heureux, je connais le sens de ma vie. Il ne reste qu’à décider de passer à l’action et mettre en œuvre les dix principes qui permettent de consolider, au quotidien, notre objectif.

Identifier le sens de notre vie c’est choisir et définir l’orientation de nos actions en accord avec nos valeurs.

Décider.

Bien sûr en acceptant les définitions précédentes, nous comprenons qu’il est possible d’être libre dans un monde contraignant car nous avons la possibilité de choisir parmi les options que nous sommes capables d’imaginer, et d’être heureux dans un monde qui apporte son lot d’épreuves si nous conduisons notre vie suivant nos valeurs.

Il nous reste à décider ou non de nous engager sur le chemin d’être libre et heureux. Ai-je le désir et le courage de faire les changements pour faire vivre une version plus aboutie et épanouie de ma personnalité ? Ou vais-je me condamner à stagner dans mes insatisfactions et mes frustrations en rejetant la responsabilité sur ce qui m’entoure, par peur de l’effort, peur de ne pas me reconnaître ou peur de réussir ?

Ceux qui aiment prendre des décisions rationnelles peuvent lister les situations d’insatisfactions, celles neutres et celles pleinement satisfaisantes, affectées du temps passé dans chacune d’elles. Prendre conscience de ce bilan peut favoriser la prise de décision.

Ne pas décider est une décision ; en fait, elle est semblable à décider de ne pas s’engager. En effet, une fois compris qu’il est possible de vivre libres et heureux, nous ne pouvons plus faire comme si nous l’ignorions. Nous devenons alors responsables du choix de continuer à subir les frustrations et de nous en plaindre, alors que nous savons qu’il existe une voie libératrice. Quand nous ne le savions pas, nous pouvions, avec sincérité, accuser le manque de chance, l’environnement, les autres de nous priver de notre droit à la liberté et au bonheur, et envier ceux qui jouissaient de ce droit. Mais maintenant que nous savons que cela dépend de nous, et que, de tout temps, nos attentes inconscientes ont espéré bénéficier de ce droit, il devient contradictoire de rejeter sur l’environnement et les autres la responsabilité de nos frustrations.

Cependant, nous pouvons reporter notre décision après lecture complète de la méthode afin de saisir la nature du chemin à parcourir. Mais plus nous avons d’informations, plus nous connaissons les possibilités pour être libres et heureux, plus notre décision porte notre responsabilité, car nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Décider c’est prendre et accepter notre responsabilité sur l’orientation de notre vie et assumer les actes qui en découlent.

Maintenant, examinons les dix principes.

8 Définition suivant le Centre National de Ressources Textuelles et Linguistiques.

9 Philosophie Magasine

10 Claude Dequick, L’absolu et le relatif, édition Le Lys Bleu, 2023, page 88

11 Ibidem, L’absolu et le relatif, page 95.

12L’encyclopédie philosophique, sens de la vie.

13 Viktor Frankl, Nos raisons de vivre, Interéditions, 2019, page 168.

14 Voir §2 de la fiche « Changer de point de vue en restant soi-même », chapitre 10, page 221.

CHAPITRE 3 - PRINCIPE 1 : SOYONS ACTEUR DE NOTRE VIE

La tragédie, codifiée par les auteurs de la Grèce antique, se caractérise par l’impuissance du héros à être un acteur efficace de sa vie. Malgré ses choix orientés pour éviter le destin funeste qui a été choisi par les dieux et lui a été annoncé par les augures, ses actions le précipitent irrémédiablement vers le destin qu’il tente de fuir. Cette lutte perdue construit la grandeur du héros qui s’oppose au diktat des dieux. La tragédie a traversé les siècles et les dieux ont été remplacés par d’autres entités : les passions, le pouvoir, l’honneur, la raison d’État… Elle continue de fasciner et ses ressorts sont souvent utilisés dans les romans et les films (fictions, thrillers, policiers), car elle suscite nos émotions et déclenche de la pitié pour le héros et la crainte, pour le lecteur et le spectateur, de vivre le même scénario. En ouvrant une porte sur notre inconscient, elle ravive l’angoisse millénaire d’être la proie de notre environnement et des circonstances.

Nous nous comportons très souvent comme un antihéros ayant baissé les bras et refusant d’agir pour échapper à notre destin, comme si, éclairé par l’inutilité des actions du héros tragique, nous attendions le verdict des évènements en compensant notre frustration par nos plaintes, nos récriminations et l’adoption du statut de victime.

Or le héros tragique, même s’il a conscience que ses actions peuvent ne pas influer sur son destin, brave la fatalité et continue d’assurer des choix et d’agir. C’est uniquement cette voie qui le maintient libre et heureux. La tragédie ultime est peut-être d’être conscient de vivre dans un monde absurde ou d’assumer l’absurdité de sa vie en étant conscient de son manque de sens. Albert Camus dans son essai Le Mythe de Sisyphe, qui traite du rapport entre l’absurde et le suicide, considère que « Juger que la vie vaut ou ne vaut pas d’être vécue »15 est la question fondamentale de la philosophie. Donc, cette question se pose à toute personne, quelquefois consciemment, et le plus souvent taraude son inconscient. Dès lors, cette question peut servir de point de départ à la réflexion sur la capacité à vivre libre et heureux quand on prend conscience du tragique de vivre dans un monde qu’on découvre absurde. S’il est possible de vivre libre et heureux dans ces conditions, il l’est d’autant plus pour ceux qui voient un sens à leur vie ou qui ne sont pas confrontés en permanence à un environnement hostile.

Albert Camus interprète le mythe de Sisyphe comme une capacité de l’homme à prendre en main son destin et à vivre heureux face à l’absurde : « Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu’au sommet d’une montagne d’où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu’il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. (…)

A chacun de ces instants où il quitte les sommets et s’enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher.

Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine si à chaque pas l’espoir le soutenait ? (…) Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle peut se faire aussi dans la joie. (…)

Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. ( …) S’il y a un destin personnel, il n’y a point de destinée supérieure tout du moins il n’en est qu’une dont il juge qu’elle est fatale et méprisable. Pour le reste il se sait le maître de ses jours. À cet instant subtil où l’homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d’actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l’origine toute humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n’a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore. (...) La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »16

Ainsi, la première clé permettant d’être libre et heureux est de créer son destin, c’est-à-dire d’être l’acteur de sa vie. On voit bien, dans le mythe de Sisyphe, que le héros est extrêmement contraint, infiniment plus que nous ne le sommes dans nos vies, contraintes assez semblables à celles subies par les victimes de la Shoah. Viktor Frankl en est un exemple. Neurologue et psychiatre autrichien, lorsqu’il était responsable du département neurologie de l’hôpital Rothschild de Vienne, Frankl falsifia des certificats pour ses patients atteints de troubles psychiques afin de leur éviter d’être euthanasiés conformément aux consignes nazies. Il fut démis de ses fonctions en 1940, puis, en 1942, il fut interné en camp de concentration ainsi que sa famille pour leur appartenance à la communauté juive. Seul parmi sa famille à en sortir vivant, il a tiré de cette expérience traumatisante la confirmation de ses intuitions et de ses recherches en psychothérapie menées durant ses études de médecine et au début de sa carrière de psychiatre. Aidé par sa rencontre avec Alfred Adler et par sa connaissance de la phénoménologie de Max Scheler durant sa formation, il conçoit les bases de sa pensée philosophique et de la logothérapie, basée sur l’éducation de la conscience, s’appuyant sur la phénoménologie de la liberté et le sentiment d’existence, pour donner du sens à sa vie.

Quelles que soient les circonstances, il met au centre de nos décisions notre liberté de choix :

« Dans un camp de concentration, tout concourt à enlever au prisonnier son autonomie. Tous les buts habituels de son existence lui sont ravis. Il ne lui reste que "la dernière des libertés humaines" - choisir la situation qu'il adopte dans les situations qu'il est obligé de vivre. »17

En effet, dans cet univers concentrationnaire où, a priori, nous pourrions penser que les contraintes sont telles que toute possibilité de choix a disparu, Viktor Frankl a observé des différences de comportement mettant en évidence, d’une part que certains continuaient de faire des choix au lieu de se considérer comme des victimes :

« Les conclusions tirées des expériences vécues dans les camps de concentration prouvent en effet que l'homme peut choisir. On pourrait citer de nombreux comportements, souvent de nature héroïques, qui démontrent que le prisonnier pouvait surmonter son indifférence et contenir sa colère. Même si on le brutalisait physiquement et moralement, l'homme peut préserver une partie de sa liberté spirituelle et de son indépendance d'esprit.

Ceux qui ont vécu dans les camps se souviennent de ces prisonniers qui allaient de baraque en baraque, consoler leurs semblables, leur offrant les derniers morceaux de pain qui leur restaient. Même s'il s'agit de cas rares, ceux-ci nous apportent la preuve qu'on peut tout enlever à un homme excepté une chose, la dernière des libertés humaines : celle de décider de sa conduite, quelles que soient les circonstances dans lesquelles il se trouve. (....)

J’ai fait la connaissance de ces martyrs dont le comportement, la souffrance et la dignité devant la mort témoignaient du fait qu'on ne peut enlever à un être humain sa liberté intérieure.

C'est cette liberté spirituelle - qu'on ne peut enlever - qui donne un sens à la vie. »18

D’autre part, ceux qui continuaient à choisir, donnant un sens à leur vie et les rendant capables de se projeter vers l’avenir, augmentaient leur chance de survie : « Il s'est avéré qu'à condition égale, ceux qui regardaient vers l'avenir, vers un sens qui n'attendait qu'à être accompli, ceux-là avaient davantage de chance de survivre. » 19

En conséquence, lorsque les contraintes sont telles qu’il n’est plus possible de changer notre environnement, ce qui nous est extérieur – ce qui généralement nous fait dire que nous ne sommes pas libres – nous pouvons encore transformer notre manière de penser, notre réponse instinctive, notre manière de voir l’obstacle, bref, il nous reste la liberté de nous changer nous-mêmes.

« Si nous ne sommes pas libres, ni libres de changer les conditions de notre existence, nous demeurons entièrement libres de transformer notre attitude à l'égard de ces mêmes conditions. Or, c'est dans l'interstice de cette nuance - nuance de taille - que se loge une définition toute authentique et toute véridique de la liberté. » 20

Être acteur de notre vie, c’est nous mettre en position de choisir nos actes quelles que soient les circonstances et les contraintes.

Notre fonctionnement habituel face aux situations.

L’évolution nous a dotés de deux mécanismes, les émotions et les routines, qui nous ont permis de survivre, mais qui demandent à être contrôlés et maîtrisés pour nous permettre de devenir l’acteur de notre vie.

En effet, nous sommes dotés d’un radar émotionnel, perfectionné tout au long du processus de l’évolution. Il nous signale la nature de la situation à laquelle nous sommes confrontés et il favorise le déclenchement du comportement qui s’est, dans l’histoire de l’évolution de l’humanité, révélé le plus adapté. Ainsi nous ressentons la peur qui pousse à fuir, la colère à se battre, la tristesse à prendre conscience de la perte ou du manque, la honte à se cacher, l’angoisse à anticiper, la joie à profiter, le dégoût à éviter, la surprise à comprendre… L’émotion nous envoie donc un message pour que nous agissions face à la situation. La complexité de notre monde moderne, bien loin des conditions de vie dans lesquelles l’humanité a vécu pendant des dizaines de milliers d’années, rend obsolètes et le plus souvent contreproductives les réactions émotionnelles acquises, comme lorsque nous répondons par la violence à une agression verbale ou une critique, ou que nous fuyons l’échange face à un supérieur hiérarchique. Ce qui a réussi à la survie de l’humanité peut, dans certaines circonstances, nous nuire.

Les routines, autre mécanisme de survie, consistent à mettre en place des processus simplifiés automatiques pour augmenter son efficacité, réduire son temps de réaction et se libérer l’esprit. Ainsi attentif à ses perceptions, l’humain tire de chaque expérience nouvelle des conclusions générales, qui, si l’expérience se répète de manière identique, se trouvent renforcées. Ce fonctionnement, même s’il présente l’inconvénient de pouvoir valider et généraliser une conclusion ou une croyance qui s’avère erronée et contre-productive, a été et est très utile à la survie de l’humanité, car il permet d’anticiper des événements dangereux et de se protéger en conséquence, mais aussi de libérer l’esprit de l’analyse fine de chaque situation pour consacrer ce temps à l’action immédiate ou d’autres tâches plus productives.

Ce fonctionnement de généralisation alimente les préjugés et tend à simplifier les situations pour pouvoir les évaluer et les juger. L’homme n’aime pas la complexité, il s’y perd et préfère les explications simples et évidentes même si certains faits les contredisent.21

Dans la plupart des situations qui se répètent comme conduire un véhicule, se promener, faire la cuisine, le ménage ou une tâche répétitive, nous nous mettons en mode routine et sommes capables, en même temps que nous agissons, de converser ou de penser à autre chose. La routine nous libère du temps pour penser mais elle nous asservit car lorsqu’elle est en action nous fonctionnons comme un automate.

Un dernier fonctionnement peut nous empêcher de réfléchir et décider ce qui est adapté à la situation et bien pour nous : le striatum, principe de plaisir et de croissance. Il est d’ailleurs en fonctionnement pour soutenir nos routines et il intervient aussi dans une recherche systématique du plaisir ou de plus de satisfactions matérielles, sexuelles ou de reconnaissance. « Chez l’homme la dopamine est libérée dans le striatum (par l’aire tegmentale ventrale) dès que nous éprouvons du plaisir. Cela se produit quand nous mangeons, avons des relations sexuelles, quand nous nous distrayons, ou encore lorsque nous acquérons de l’importance (prestige, statut social, pouvoir) au sein des groupes sociaux auxquels nous appartenons. Cela nous encourage à recommencer, si possible en augmentant les doses. » 22 Cette partie de notre cerveau a soutenu le développement de notre espèce tout au long du processus d’évolution, lorsque ce développement dépendait de notre survie. Ce fonctionnement nous amène maintenant à vouloir toujours plus pour éviter l’insatisfaction, et ce n’est que par le contrôle de notre raison, via le circuit du cortex préfrontal capable d’analyse et de décision, que nous pouvons échapper à cette programmation.

Il ne s’agit pas de ne plus utiliser nos réactions émotionnelles ni nos routines, mais de les contrôler et de choisir la réponse qui nous convient. Sans choix, il n’y a ni liberté, ni bonheur durable.

Notre fonctionnement habituel, guidé par les émotions, les routines, le striatum, conduit à une réponse programmée et à ne pas choisir une réponse adaptée

L’espace-temps entre stimulus et réponse.

« Entre le stimulus et la réponse il y a un espace ... Dans cet espace est notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté. » 23

Comme nous l’avons vu, nos fonctionnements habituels sont basés sur des réponses programmées aux situations. Pour être plus précis, le stimulus généré par la situation déclenche la réponse automatiquement. Mais cet automatisme n’est pas immuable, nous pouvons, conscients de ce mécanisme, créer un espace-temps entre le stimulus et la réponse. Partons du principe que cet espace-temps existe.

Il prend la valeur zéro quand nous réagissons au stimulus automatiquement, par exemple quand nous répondons par une insulte et un doigt d’honneur au conducteur qui nous a fait une queue de poisson sur la route, ou que nous nous précipitons sur notre smartphone dès que la sonnerie d’une notification retentit, ou que nous fermons à clé la porte extérieure de notre domicile dès notre retour.

Il a une valeur négative quand nous anticipons notre réponse à la situation générant le stimulus, par exemple quand nous parlons avec agressivité à une personne dont nous craignons les jugements ou les remarques acerbes, avant même qu’elle intervienne de manière désagréable ; ou bien que nous boudions pour signifier notre mécontentement à notre conjoint avant tout échange ; ou lorsque nous arrêtons notre travail avant la sonnerie signalant la fin du temps prévu. Cette anticipation du stimulus se voit fréquemment dans le sport : faux départs dans les courses, anticipation des ordres de l’arbitre de rugby dans les entrées en mêlée…

Il prend une valeur positive quand nous nous donnons le temps d’analyser la situation et de choisir notre réponse. Cette valeur peut être ultra courte, juste un espace pour désamorcer le pic émotionnel ou se donner l’opportunité de valider ou d’invalider la réponse automatique. Une fois la réponse déconnectée du stimulus, le temps peut être variable, il est fonction de notre capacité à analyser la situation pour choisir la réponse adaptée que nous souhaitons. En pratique, cet espace-temps peut aller de moins d’une seconde dans des situations habituelles à plusieurs heures ou plusieurs jours pour des situations durables ou exceptionnelles.

Cependant dans le monde actuel, la pression du besoin d’instantanéité nous pousse à nous laisser guider, tant dans nos communications que dans nos réactions, par nos émotions et notre fonctionnement automatisé, alimentant ainsi la spirale des préjugés, du conformisme, voire du complotisme. Pourtant, il suffirait comme le disait ma grand-mère « de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer » ; or une seule fois suffit à introduire cet espace-temps qui permet à notre raison de prendre le contrôle.

La durée de réflexion n’est pas ce qui importe, elle découle naturellement du fait de la déconnexion stimulus-réponse. Ce qui importe c’est la création de cet espace, même infime, permettant de casser l’automatisme de la réponse au stimulus, cet espace qui donne à la personne toute sa responsabilité sur la réponse choisie. En créant cet espace, nous sommes libres et responsables de nos actes. Nous devenons alors acteurs de notre vie et pouvons choisir de nous développer dans la direction que nous souhaitons en respectant le sens qu’a pour nous notre vie.

Créer un espace entre stimulus et réponse, c’est devenir acteur de notre vie et choisir des réponses en ligne avec ce que nous sommes et voulons devenir.

Notre degré de liberté vis à vis des situations.

Quel impact avons nous sur la situation qui se présente à nous ? Il peut être de trois ordres qui définissent notre degré de liberté pour choisir nos actions. Ceci va conditionner les types d’actions à mettre en œuvre pour rester l’acteur de notre vie et choisir l’attitude à adopter.

Nous pouvons avoir un impact direct sur la situation, donc qu’elle dépend suffisamment de nous pour que nos actions modifient directement la situation. Ce sont toutes les situations dans lesquelles nous sommes responsables ou co-responsables. Par exemple organiser notre vie familiale, répondre aux sollicitations d’ordre privé ou professionnel, choisir nos activités, gérer notre budget, etc…

Nous pouvons avoir un impact indirect sur la situation, dans ce cas les actions ne dépendent pas directement de nous, mais nous pouvons avoir une influence sur ceux qui en sont responsables pour les inciter à agir sur la situation. Par exemple, militer dans des associations, manifester, voter, argumenter et négocier avec les décideurs, etc…

Enfin, nous n’avons aucun impact, ni direct ni indirect, sur la situation. Elle ne dépend pas de nous, ou elle est pratiquement