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Si la schizophrénie est considérée depuis longtemps comme un trouble mental en Occident,dans d'autres cultures du monde et en particulier dans la vision chamanique , elle est considérée comme l'appel des esprits à devenir un guérisseur. L'auteur met en scène et exorcise certaines de ses propres expériences dans ce roman à la fois mystique et psychédélique et interroge le lecteur sur le lien ténu entre ce que l'on appelle maladie mentale en Occident et spiritualité.
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Seitenzahl: 84
Veröffentlichungsjahr: 2020
Le jeune homme errait dans les couloirs du métro , sans destination précise et comme égaré parmi le flot des passants.Il regarda l'heure à son poignet 0 :33.Jusque dans l'horaire affiché sur sa montre bon marché , quelque chose semblait l’interpeller.
Les passants au visage muré et à l’expression fermée , ne lui inspiraient pas confiance..Mais il aimait à se laisser emporter par la foule et prendre des trains sans destination juste pour le plaisir du voyage aussi éphémère soit- il. Ce devait être son occupation favorite d'aller nulle part et n'importe ou à la fois.Il se sentait détaché de cette société qui vaquait à des courses vaines , qui s'affairait et fourmillait tout autour de lui.Il cherchait dans cette foule un visage qu’il reconnaîtrait , dont l’expression lui semblerait familière, peut être un explorateur tout comme lui.Il espérait à chaque station que cet inconnu reconnu monte dans le wagon et le perce de son regard .Dans le métro aérien , il contemplait à sa guise les toits de Paris et la grande dame de fer , des amis plus intimes à son cœur que tous ces visages au regard absent qu'il côtoyait au hasard des trains.
Après avoir emprunté plusieurs lignes jusqu'à leur terminus , Jude se décida finalement à rentrer chez lui .Alors qu'il commençait à sommeiller , yeux mis clos ,
il aperçut alors un homme portant un masque de joker sur le quai d 'en face.Le personnage le fixait intensément , l’incitant à le suivre .Était-ce cet explorateur qu'il attendait de rencontrer ? Cet autre qui l'inviterait à l'aventure? Jude sortit brusquement du wagon ,descendit du quai et suivit les rails du métro.
Le jeune homme, sans réserve aucune s'enfonça dans l'ombre derrière lui.Il s’ennuyait de toute façon en cette vie.Il cherchait autre chose, il recherchait un signe qui l’éclairerait au milieu de son néant personnel.Il suivit le joker qui tel un funambule dansait sur les rails du métro.Ils s engouffrèrent alors dans une sorte de passage secret d’où provenait une lumière intense.
Cela ressemblait à une cour des miracles avec plein de personnages hauts en couleurs.Beaucoup portaient des masques , certains semblaient habillés comme dans un autre temps.
La lumière d'une puissance et d'une blancheur inouïe semblait provenir d'une autre dimension , elle aveuglait Jude de son éclat étincelant .La foule grimée tournoyait autour d'elle comme pour mieux se ressourcer à ce foyer cosmique .Jude connaissait cette lumière de manière intime , il le savait mais il ne voulait la nommer ou en exprimer d'avantage.
Le Joker se retourna sur Jude mais se garda d'enlever son masque .Jude pouvait quand même pénétrer son regard , ce regard ami et complice qu'il recherchait depuis si longtemps.
« Je ne te dirai pas mon nom ni d’où je viens .Je viens juste à toi pour te montrer la voie, le chemin que tu dois suivre.Tu ne me reverras jamais et tu ne verras jamais mon visage .Viens avec moi ».
Jude se contenta de suivre le joker qui entra dans une sorte de remise de laquelle il sortit une cape d'invisibilité.
Voici ton nouvel habillement mon ami lui dit le joker.
Tu ne fais plus partie de ce monde , ni de cette société , tu as rejoint le club des saltimbanques.
C'est un club secret dont les règles ne sont jamais fixes. En fait, nous n'avons pas de règles , ou plutôt nous déréglons les règles et déréglons la réalité.Notre mission est de suivre les signes cachés dans ce monde et de déchiffrer les codes.Nous sommes comme dirait Hugo, des "esprits d'une autre sphère " , nous recherchons une autre réalité que seul notre regard pénétrant sait déceler.Nous voyons au delà de ce monde et au delà d'un champ de vision limité .Nous sommes des explorateurs de ce temps et de ce lieu et nous voyageons dans les mondes parallèles par la puissance de notre esprit .Parfois il se crée des vortex qui laissent échapper quelques fragments de ces mondes. Ces fragments sont comme des joyaux et doivent éclairer l'humanité.
Il suffit que le hasard te mette devant un signe ou un code qui t' interpelle et toi comme un enquêteur tu dois aller au bout de la piste , décrypter les signes jusqu aux derniers pour enfin arriver à l’ultime découverte, l'ultime connaissance, ton apprentissage.La nuit aussi , il nous arrive de sortir et de nous produire en spectacle tous grimés.
.L’alphabet n existe pas tel qui est, les signes cachés derrière les mots et les lettres existent.
Tu dois tout redécouvrir et apprendre à oublier.
Le jeune homme savait qu'il devait percevoir les signes du destin mais il devait aussi les retransmettre s' il en avait les moyens.Il se souvint du dernier signe qu'il avait reçu ; cette fameuse carte postale qu'il avait retrouvée déposée au pieds de son lit.Il ne savait qui l'avait mis là dans cette chambre de bonne située au dernier étage d'un vieil immeuble parisien, rue Baudreillis.
Personne n'avait la clé de cette chambre de bonne et il n'y avait aucun moyen de s'y faufiler.
Cette carte postale représentait le fameux Jim Morrison mince et svelte dans une posture chamanique.Nous étions dans les années 70 et Jim était encore l’icône de l'époque peut être plus depuis sa mort prématurée.Au dos de la carte postale , un message était difficilement déchiffrable.
"I try to set you free but you never follow me".Jude se souvenait vaguement d'un poème de Jim Morrison dont cette phrase semblait issue , déjà adepte de l'univers de des Doors, il n 'en comprenait pas encore tout à fait pleinement l'énigme et tout ceci l'intriguait.
Jude était encore jeune et déjà bien éveillé à la spiritualité, le personnage de Jim le fascinait particulièrement.Ses textes profonds et emprunts de mystère et de spiritualité savaient l’envoûter de leurs vibrations puissantes. Il décida ,sans difficulté, de suivre ce premier signe qui le porterait sur des pistes lointaines .
Il en parla au Joker qui lui proposa d'aller au cimetière du Père Lachaise avant de disparaître dans le métro bondé . Après tout,on était à Paris dans les années 70 , Jim était mort depuis peu et peut être qu'il y aurait un indice au cimetière...
Jude prit donc la direction du père Lachaise dans le grand labyrinthe du métro parisien.Toujours cette foule qui l'accablait de son indifférence piétinait dans le métropolitain. Alors qu'il sortait d'un wagon , on lui glissa quelque chose dans la poche.Il se retourna et ne vit qu'au loin une jeune femme à la chevelure rousse disparaître au coin d'un couloir .La jeune femme ressemblait étrangement à la dernière compagne de Jim Morrison Pamela Courson ...Pourquoi lui avait- elle glissé quelque chose dans la poche et pourquoi à lui ? Savait -elle qu'il cherchait les signes? Et qu'il avait reçu cette carte postale représentant le Lézard King?
Jude sortit un buvard de sa poche.... LSD "est ce une bonne idée" se dit il.Il n'avait que trop expérimenté ce genre de substances et ne savait que trop comment elles agissaient. Était- il prêt a vivre à nouveau ce genre de voyage multidimensionnel ? Son esprit en reviendrait- il indemne ?La nuit commençait à tomber et les gardiens fermaient les portes du cimetière alors qu 'il se dissimulait derrière les tombes .Il salua quelques grands noms de la littérature avant d'arriver sur la tombe du grand mojo risin .Jude s assit alors sur un caveau voisin de celui du grand Jim Morrison et ingurgita la substance illicite.Il écouta longtemps la symphonie du silence avant que la substance ne le transporte peu à peu sur ses vagues de couleurs psychédéliques.
Au bout d'une demi heure,la drogue commença à faire son effet et Jude se mit peu à peu à avoir des perceptions troublantes ; les arbres bruissaient de sons étranges et semblaient lui murmurer des mots inconnus ; des feux follets multicolores jaillissaient des tombes...Il se sentait tout à coup plus conscient , comment connecté à un autre niveau de conscience et à un autre niveau de réalité.
Jude s'assit en tailleur en face du buste de Jim Morrison comme pour échanger avec un vieil ami , son professeur psychédélique. Il eut d'abord la sensation que Jim de ses grands yeux profonds le fixait et pénétrait son esprit puis le visage de la statue commença à s'animer étrangement....Ses lèvres se mirent à se mouvoir et la voix grave et envoûtante de Jim à sortir de la bouche de la statue.
"Es tu perdu jeune garçon ? Tu as ouvert les portes alors ,à présent, je suis là pour te guider .Je parle le langage des grands poètes des gloires passées. Sais-tu qu ' Apollinaire et Wilde sont entre autres mes voisins en cette dernière demeure?
je ne te dirai que ceci " Retrouve les clés du Morrison Hôtel". C'est alors que la statue cessa de s'animer.
Jude , encore sous l'effet de l'acide se sentait angoissé par l’atmosphère mystérieuse du cimetière.
Il lui semblait entendre le soupir d'une armée de disparus hantant le lieu. Il s’étendit sur une tombe au milieu des anges de pierre qui donnaient l'impression de veiller sur lui.
Dans un demi sommeil , il sembla qu'on lui caressait le front.Une jeune femme aux formes voluptueuses, une sorte de nymphe antique, s'allongea à coté de lui et l'étreignit tendrement.Au petit matin , il retrouva ses esprits et tout était revenu à la normale.Et voila qu'il recommençait à déambuler dans le métro parisien,; l'heure de pointe , les corps entassés dans des wagons exiguës et ce songe routinier dont il voulait s'extraire .Loin de la foule qui vaquait à une vie sans passion, il était déjà à l’écart de cette monotonie asphyxiante et flânait sur les quais de Seine.Il aimait cette ville dans laquelle il était né et avait grandi ; il ne sortait pas dans les bars ni dans le Paris mondain ; lui ce qu 'il aimait c’était les grandes avenues parisiennes ou il aimait à déambuler, en traînant sa mélancolie et son mal de vivre.
Parfois il s'asseyait simplement , seul sur un banc du jardin du Luxembourg , en quête d'un ailleurs impossible à atteindre ; oui il aimait s'extraire du monde et juste le contempler , égaré dans une lointaine rêverie.
