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La vie dans la Ville semble parfaite...et pourtant...la mémoire des hommes y a été effacée par la volonté du maître de la Ville et de sa doctrine: l'Heureusité. Mais quelques uns résistent, qui veulent retrouver la liberté perdue... Une histoire de mémoire et de fraternité.
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Seitenzahl: 103
Veröffentlichungsjahr: 2018
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A Cécile,
compagne des jours et des nuits,
infiniment
A Basile et Bertille,
pour que demain leur soit paradis.
Du même auteur
Poèmes
Les Céciliennes ( Les Presses du Lys-1976 )
Memora ( Les Presses du Lys-1977 )
Les Chimères Intérieures ( Les Presses du Lys-1979 )
Cris d'Horizon ( Les Presses du Lys-1979 )
Etoiles et Tripôt (La Presse à Epreuves-1982 )
Divergences ( La Lune Bleue, éditeurs-1986 )
Textes Poétiques 1974-2002 (Le Manuscrit.-2002)
Mush, (D'Ici & d'Ailleurs-2009)
Nouvelles
Huit Nouvelles d’Ailleurs (Le Manuscrit-2001)
Historiettes, récits (B.O.D-2009)
Romans
Demain Paradis ( Editions du Cavalier Vert-1997 )
Une Ecriture Américaine (Ed du Cavalier Vert-1999 )
Cinq Siècles (Editions du Cavalier Vert-2001)
Le Guerrier Souriant (Ed du Cavalier Vert-2004)
Avertissement
Demain Paradis, premier roman de l'auteur
est paru initialement aux Editions du
Cavalier Vert, à Paris, en 1997. Il est
aujourd'hui réédité aux Editions Books on
Demand, 12/14 Rond Point des Champs
Élysées, 75008 Paris.
LIVRE 1
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
LIVRE 2
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
LIVRE 3
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Sans la lueur bizarre qui flottait dans la prunelle du type d'en face, Log ne se serait sûrement pas méfié. Il n'aurait sans doute jamais connu la campagne.
- Agent Bennit, sécurité nationale. Vous êtes bien Logart Pinson ?
- Oui. Qu'y-a-t-il pour votre service ?
- Rien, rien, deux, trois petites questions. On s'est aperçu, à la sécurité, que de drôles de messages passaient sur le réseau, des messages ... disons subversifs... Comme vous êtes le responsable - concept du réseau, je viens vous voir.
- Des messages subversifs ? C'est quoi cette foutue histoire ? Les gars qui bossent ici sont tous triés sur le volet, aucun ne pourrait faire çà. Quel genre de messages ?
- Des petites phrases du style " le bonheur est en vous, pas dans l'état " ou bien " allez-voir ailleurs si vous y êtes " etc...
Log se gratta le coin de la narine. Il réfléchissait. Lui aussi avait remarqué ces incrustations dans le réseau, depuis deux semaines, tous les jours à heure fixe, quelqu'un balançait des trucs, des trucs qui l'avaient bien un peu troublé; il y avait pensé et il sentait bien que le type qui écrivait çà avait raison. Ici en ville, dans LA VILLE, on crevait d'ennui. Comment lui, Log, principal concepteur du réseau Panet, comment en était-il arrivé là ? Au début, douze ans auparavant, quand le président Chandor s'était auto-élu, on lui avait demandé, en tant qu'expert en réseaux informatiques, de mettre en place Panet, le réseau officiel de la doctrine de Chandor, la doctrine de l'Heureusité. On lui avait donné tous les moyens techniques, financiers et humains pour réaliser Panet, et pendant plus de deux ans, il était resté comme un moine-guerrier, cloîtré au fond du bureau immense qu'il occupait dans la caserne de la sécurité. Deux années d'absolue recherche et de travail acharné ... à aucun moment, il ne s'était interrogé sur le but du réseau qu'il concevait, simplement il s'étonnait de la présence constante d'un commissaire du gouvernement qui vérifiait tout. Le recrutement des jeunes informaticiens l'avait aussi surpris, tous sortaient de l'Académie militaire supérieure de La Ville. La voix froide de l'agent Bennit le fit sursauter:
- Bon, si vous avez du nouveau ou des doutes sur quelqu'un, faites moi signe, on s'en chargera. A bientôt, Mr Pinson, on se reverra sans doute ...
Log frissonna à la tonalité presque menaçante des paroles de Bennit et il ne savait pas pourquoi. Il ignorait qu'un jour, il aimerait vraiment la campagne. Les jours suivants, Log capta de nouveaux messages. Il décida de trouver d'où ils provenaient. Grâce au programme de captage qu'il avait écrit dès le début de l'expérience Panet ce fut un jeu pour lui de localiser la source d'émission: il fut sidéré. On émettait du dehors, de l'extérieur de La Ville, à environ quatre cents kilomètres au nord. D'abord il fut interloqué, des gens vivaient ailleurs, mais qui, et pourquoi. La doctrine ne prévoyait pas cela; le bonheur, c'était La Ville, rien ne manquait, et si on avait le blues, les détecteurs de tristesse vous repéraient et vous envoyaient un agent psycho-médical de la commission spécialisée de la sécurité. Deux ou trois mots, dix minutes de transfert virtuel et la vie redevenait rose, la vie idéale; plus de problèmes. Personne n'avait faim, personne n'avait froid, le président Chandor veillait sur tout et sur tous. Log s'attarda sur le dernier message " écoute ta profondeur et respire ". Qui balançait çà sur Panet ? Au vu des analyses de décryptage, on se servait d'un vieux modem et d'un processeur complètement dépassé, mais Log sentait le talent derrière tout çà, ce type savait se servir d'un ordinateur, et bien. Il se prit à rêver sur " sa profondeur ", il ne pouvait pas se détacher de ces mots là, il entrevit une suite à son existence actuelle, il eut comme un malaise, un poids sur la poitrine. Il respira un grand coup.
L'agent Bennit lui tapa sur l'épaule.
- Alors Mr Pinson, du nouveau ?
Log s'arrêta un instant sur les lèvres minces, tranchantes, de Bennit.
- Oui, il semblerait que quelqu'un émette depuis l'extérieur. On essaie de localiser précisément. Je vous tiens au courant.
- Vous avez l'air fatigué, Mr Pinson; quelque chose qui ne va pas ?
- Non, non, on a simplement bossé toute la nuit pour trouver ce gus. Un petit café me fera du bien.
- A bientôt Mr Pinson, et ...reposez-vous.
Une fois de plus Log crut percer une menace, il se sentit fragilisé, coupable, sa peur montait, lui glissait doucement entre les jambes, comme un serpent, lui rampait sur le ventre, lui bloquait les tripes. Il sentait sa profondeur. Il sut qu'il allait partir, il devait fuir.
Aimerait-il la campagne ?
***
Çà avait été facile de sortir de La Ville. Aucun contrôle de la sécurité au passage du poste de surveillance à la limite Nord. Le jeune soldat l'avait laissé passer d'un signe de la main, sans problème. Log conduisait doucement, profitant du ronron rauque du moteur électrique de sa voiture. Plus de fumées toxiques à l'échappement, plus de bruits, la gestion électronique de la conduite interdisait les accidents, le résultat appliqué à l'auto de l'Heureusité. Chandor avait pensé à tout. De temps en temps, pour se faire vibrer un peu, les gens de La Ville jouaient sur des vieux simulateurs de conduite qui dataient d'avant, des temps barbares. La sécurité fermait les yeux, elle en avait même installés dans différents centres de jeux virtuels aux quatre coins de la ville. Mais la décharge électro-psychique qu'on se prenait en cas d'accident vous dissuadait de faire le fou. Et puis on était bien, la douceur de vivre dans La Ville vous coupait l'envie d'une émotion forte; pour les sentiments, c'était pareil; plus de crimes passionnels, même une simple altercation avec votre femme ou votre mari vous donnait droit à la visite d'un professionnel du transfert virtuel. Tout était pour le mieux, tout était simple et tranquille. Log prit soudain conscience qu'il roulait seul sur la route; elle serpentait maintenant entre des arbres d'un vert profond, plantés sur des prairies qui n'en finissaient pas de se succéder sous le vent. Il déconnecta la climatisation et ouvrit la vitre. Un parfum sauvage agressa ses narines, un parfum de bois et d'herbes, un parfum prenant, âcre. A moitié tétanisé, comme ivre, il arrêta la voiture, juste au pied d'un groupe de rochers lissés par le temps. Il sortit; chacun de ses pas faisait craquer la poussière du sol, il flottait. Il se rappela furtivement l'histoire du premier homme sur la lune, sa mémoire lui ressortait de drôles de choses; pourtant il avait été débriefé, "blanchi " lors de son entrée comme expert à la sécurité, on avait gommé ses souvenirs de l'avant, comme pour s'assurer de sa fidélité à l'Heureusité. Un flux chaud et puissant lui parcourait le corps, ses extrémités lui faisaient mal, il fallait qu'il bouge, qu'il court, qu'il s'épuise; l'envie de grimper les rochers le propulsa au pied du granit usé; sa main crocheta une première aspérité, puis une autre, il s'élevait sans effort, comme poussé vers le haut par un souffle invisible. Une dernière racine l'aida à atteindre le sommet des pierres monolithiques; vidé, il resta allongé longuement sur la roche. Chauffé par le soleil, il ignorait ses muscles douloureux, les écorchures saignantes de ses doigts. Il se sentait vivant, terriblement vivant. Plus d'une heure passa avant qu'il ne se lève, poussé par la curiosité; un cri perçant et modulé lui fit lever les yeux: un rapace tournoyait semblant le jouet du vent, mais d'un coup il piqua et foudroya de ses serres un malheureux lapin qui passait là . Log fut émerveillé du contrôle total de l'oiseau, fantastique machine à être libre... Il avança, regard perdu vers le ciel, savourant à l'extrême ce moment de vie et de mort, suivant l'ascension vertigineuse du rapace vers son nid, là haut, tout en haut ...
Arrivé au bord du vide, il sentit trop tard la roche s'effriter sous son pas, et il tomba pour s'écraser sept mètres plus bas. Log émergea. Une envie de vomir lui tordait l'estomac, comme le soir de beuverie où on lui avait enfoncé deux doigts dans la bouche, histoire d'éviter les ennuis avec les vigiles du comité de salubrité qui patrouillaient la nuit dans La Ville, repérant les poivrots qu'ils rééduquaient à grands coups de matraques électriques - dans La Ville , l'alcool était interdit- inutile l'alcool quand on est heureux...
Puis il perçut sa douleur, elle vrillait sa jambe, juste en dessous du genou, une sale douleur qui vous prouve quand même qu'on est bien vivant. Allongé sur le ventre il essaya de se retourner pour constater les dégâts; ce qu'il vit lui fit tourner de l'oeil: de sa jambe à l'équerre sortait un morceau blanc et rougeâtre d'os mélangé à la terre, mais surtout, l'intensité du regard de la fille penchée sur lui, son visage, son souffle, sa main ...
L'envie de croquer quelques délicieuses noisettes avait conduit Hamaris au pied des grands rochers gris qui délimitaient la Zone. Après cette frontière naturelle, c'était l'inconnu, le monde hostile et surtout le commencement du territoire de ceux de La Ville. Le Vieux Poca lui avait raconté des histoires anciennes qui parlaient de soldats, de massacres, et de l'arrivée d'un homme qui avait posé sur le monde sa volonté et sa force. Depuis personne ne se souvenait d'avant; l'homme de fer, Chandor, avait volé leur mémoire à tous, excepté à Poca et quelques autres qui s'étaient enfuis très vite vers la campagne. Chandor avait bien envoyé des troupes pour les tuer ou les enfermer comme esclaves au coeur de la ville, dans la prison centrale de la sécurité. Mais Poca le rusé, encore jeune alors, réussissait à déjouer chaque nouvelle attaque, en se confondant avec les arbres, les pierres et même dit-on avec le vent. Les soldats repartaient bredouilles; alors Poca et son petit groupe frappaient avec précision et efficacité. La troupe était saignée brutalement, au détours d'un chemin, à l'entrée d'un ravin. Les corps sans vie des soldats marquaient le passage de Poca sans que lui ou les siens soient visibles. A la longue, la peur s'installa chez les jeunes recrues et la sécurité estima que somme toute, quelques fous dans la nature ne pouvaient réellement mettre en danger la doctrine. Depuis ils vivaient dans la Zone, sans être dérangés ou agressés; Poca savait cependant qu'un jour Chandor viendrait les anéantir tous ici; il ne pourrait plus supporter longtemps qu'on défie son pouvoir, qu'on bafoue la Doctrine.
