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Des hommes d'époques différentes et aux destins divers vont finir par se rencontrer, dépassant les temps et les lieux, grâce à la force de la mémoire et à la magie de l'écriture.
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Seitenzahl: 50
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Pour Cécile qui est d'ici et maintenant
Pour Basile & Bertille et à leur vie future
Du même auteur
Poèmes
Les Céciliennes ( Les Presses du Lys-1976 ) Memora ( Les Presses du Lys-1977 ) Les Chimères Intérieures ( Les Presses du Lys-1979 ) Cris d'Horizon ( Les Presses du Lys-1979 ) Etoiles et Tripôt (La Presse à Epreuves-1982 ) Divergences ( La Lune Bleue, éditeurs-1986 ) Textes Poétiques 1974-2002 (Le Manuscrit.-2002) Mush, (D'Ici & d'Ailleurs-2009)
Nouvelles
Huit Nouvelles d’Ailleurs (Le Manuscrit-2001) Historiettes (B.O.D – 2009)
Romans
Demain Paradis ( Éditions du Cavalier Vert-1997 et B.O.D – 2009) Une Ecriture Américaine ( Ed du Cavalier Vert-1999 et B.O.D – 2009) Cinq Siècles (Éditions du Cavalier Vert-2001) Le Guerrier Souriant (Ed du Cavalier Vert-2004)
Théâtre (avec Arnaud DEPARNAY)
Transhumances (TheBookEdition – 2010)
Un héritage (1)
L'homme au bâton ferré
Il neige
Le quadrille de la grenade
Echafaudages
Un héritage (2)
Esthétique du cambouis
1ère partie
Sacrifier à la tradition britannique de la tonte du gazon m'a toujours causé une fatigue morale subite. Mon humeur noircissait à vue d’œil lorsque le téléphone sonna. Sauvé pour quelques minutes, je décrochai.
- Oui
- Maître Jalabert à l'appareil, je suis bien chez monsieur Molotov, Raoul Molotov ?
- Lui-même. C'est à quel sujet ?
- Un héritage, monsieur, et qui se trouve être relativement important.
- Un héritage ? De qui ? Je n'ai pas de famille à ma connaissance.
- Cela ne m'étonne pas, monsieur Molotov. En vérité, vous n'héritez pas de quelqu'un de votre famille. C'est....disons plutôt inhabituel, voire même spécial...
- Spécial ? Dites m'en plus.
- Non, pas au téléphone. De toute façon, il est impératif que nous nous rencontrions pour les formalités, si toutefois vous acceptez cet héritage. Et ses conditions.
-Les conditions? Quelles conditions ?
- Je ne peux vous en dire plus, Monsieur Molotov. Nous devons prendre rendez-vous à mon étude.
- Qui se trouve ?
- En Thiérache, près de la frontière belge.
Vous connaissez ?
- Un peu. Il y a quelques mois, j'ai passé plusieurs jours dans la région pour une enquête sur des morts en série.(1)
- Oui, oui, je suis au courant, la personne qui a fait de vous son légataire universel a suivi cela de très près et m'en a parlé avant de mourir.
- Légataire universel ? Et il me connaissait ?
- Oui, Monsieur Molotov. Pas il, elle. Mais revenons à notre rendez-vous...
Nous avons convenu de nous voir le lundi de la semaine suivante, le matin. J'étais dubitatif. Qui pouvait donc vouloir me léguer un héritage, et pourquoi ? Et sous quelles conditions ? J'ai fini par me servir une bière, assis sur l'herbe face à la tondeuse. Décidément, ce n'était pas un bon jour pour le gazon.
***
La route serpente au cœur d'une forêt dorée par un début d'automne. Les arbres ont délaissé leurs feuilles qui tapissent l'asphalte d'une croûte molle et glissante. On ne vantera jamais assez la souplesse d'un six cylindres, son velouté puissant qui permet une conduite décontractée et précise même quand la route prend l'aspect d'une planche savonnée. On pose les pneus là où l'on veut, d'une caresse sur le volant et l'accélération qui s'ensuit stabilise définitivement la voiture sur sa trajectoire. Les quelques centaines de kilomètres parcourus depuis très tôt ce matin ont passé très vite, le plaisir de conduire se mêlant à de longues réflexions sur l'objet de ma visite à ce notaire de campagne. Plus j'approche du but, moins j'ai de réponses aux questions posées depuis ce fameux coup de fil. La forêt fait place au bocage, damier de pâtures séparées les unes des autres par des haies à l'air farouche. Plantées là par le temps et par les hommes, teigneuses face au vent et à la pluie, elles semblent indéracinables, posées une fois pour toute au profond de cette terre d'argile. La dernière pâture vient lécher les soubassements en briques de la première maison du gros bourg où j'entre enfin. Face à l'église, une bâtisse imposante avec, accrochée sur le mur, une plaque d'un bronze terni par les ans: Maître Jalabert, notaire.
***
- Irina Komarov-Chotakine, princesse de Poulianka, né à Kazan en 1921, décédée en France, à Paris, il y a dix jours, à l'âge de quatre-vingt huit ans. C'est elle qui vous lègue un château sur les bords de la Volga -quarante quatre pièces sur vingt-deux hectares- un appartement à New-York, au vingt quatrième étage d'un building construit voici une vingtaine d'années, une ferme à l'abandon du côté de Verdun et un ravissant jardin japonais et sa maison de papier dans la campagne au sud de Tokyo. Pour entretenir tout cela, elle vous fait l'héritier de l'ensemble de ses liquidités détenues dans cinq établissements bancaires, en France, en Suisse et en Allemagne. Pour un montant avoisinant les dix millions d'euros.
Estomaqué par la nouvelle, je garde la lippe pendante.
- Ce qui fait de vous un homme riche. Ou presque. Il faut d'abord que vous acceptiez cet héritage...et les conditions qui l'accompagnent.
Incapable de la moindre parole, je remue la tête pour tenter d'exprimer ma stupéfaction.
- Oui, je sais, ce genre d'annonce laisse sans voix. Je vais donc vous lire le testament d' Irina Komarov-Chotakine, et principalement les conditions, ou plutôt la condition qui pourrait faire de vous, si vous l'acceptez, l'homme riche dont je vous parlais tout à l'heure.
Avec un calme qui tranche d'avec mon ébullition intérieure, le notaire me lit le testament. Il hésite cependant en égrenant les quelques lignes qui stipulent la condition. J'ose croire qu'en les lisant, il a frémi imperceptiblement. Je n'ai pas frémi, je suis vide et rempli, et je pense: pourquoi moi ?
