Historiettes - Yves Couraud - E-Book

Historiettes E-Book

Yves Couraud

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Beschreibung

HISTORIETTES, suite de courts récits... un univers onirique où des tranches de vie banales côtoient le surnaturel.

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Seitenzahl: 79

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Pour Cécile, ma grande histoire

Pour Basile et Bertille et leur amour du livre

Du même auteur

Poèmes

Les Céciliennes ( Les Presses du Lys-1976 )

Memora ( Les Presses du Lys-1977 )

Les Chimères Intérieures ( Les Presses du Lys-1979 )

Cris d'Horizon ( Les Presses du Lys-1979 )

Etoiles et Tripôt (La Presse à Epreuves-1982 )

Divergences ( La Lune Bleue, éditeurs-1986 )

Textes Poétiques 1974-2002 (Le Manuscrit.-2002)

Mush, (D'Ici & d'Ailleurs-2009)

Nouvelles

Huit Nouvelles d’Ailleurs (Le Manuscrit-2001)

Romans

Demain Paradis ( Editions du Cavalier Vert-1997 )

Une Ecriture Américaine (Ed du Cavalier Vert-1999 )

Cinq Siècles (Editions du Cavalier Vert-2001)

Le Guerrier Souriant (Ed du Cavalier Vert-2004)

Sommaire

Candice, Raoul et la chambre 13

Communion mortelle

UHAB

Nihon

Une évidence

Candice, Raoul et la chambre 13.

Candice.

Candice était laide, et ça lui allait bien. Elle habitait une petite rue adjacente au commissariat central de la grande avenue, non loin de l'hôpital où elle travaillait. Tous les matins, en passant devant la grille qui protégeait l'entrée du commissariat, elle crachait sur la vitre, visant avec suffisamment de dextérité pour que le paquet de salive passe entre les mailles d'acier et aille s'écraser sur le verre propre. Elle procédait rapidement, en marchant, sans ralentir son pas, l'air absorbé au milieu de la foule des malheureux qui allaient pointer. A l'angle du trottoir, elle tournait sur la gauche, gardant le même rythme soutenu, et continuait ainsi sur environ trois cents mètres, avant de pénétrer dans l'enceinte de l'hôpital. Depuis trente ans qu'elle exerçait dans cet établissement, elle n'avait jamais connu de moments de découragement ou de déprime, fréquents l'hiver, quand les patients âgés se mettaient à partir dès les premiers froids, largement avant Noël et ses guirlandes. Non, Candice était de cette race rude et dure au mal, elle lavait, piquait et pansait sans état d'âme, de façon précise et professionnelle, sans un sourire, sans une colère, seulement le geste juste, mille fois répété et mille fois réussi. Les malades redoutaient sa présence froide et son regard sévère mais appréciaient sa rapidité et son efficacité. Ses collègues l'évitaient, supportant avec peine la dissymétrie de son visage et ses traits disgracieux. Candice se moquait éperdument d'être laide car elle méprisait la beauté, la douceur et toutes ces sortes de choses qui font que la vie vaut d'être vécu. Mais cette vie là ne l'intéressait pas. Au sucre des instants tendres, elle préférait le spasme de la mort qui vient, la seconde douloureuse et longue de l'avant décès, quand l'agonisant cherche son air et un regard de compassion. Elle n'aimait ni les hommes, ni les femmes, les femmes parce qu'elles se trouvaient belles même vieilles, les hommes à cause de leur morgue de mâle dominant, à l'image de ces policiers du commissariat central qui reluquaient les passantes de la rue en proposant des commentaires salaces à leurs collègues. Candice ne soignait pas ses semblables avec amour mais avec ironie, se délectant de la faiblesse de ces petits êtres en souffrance. Ce jour là, après avoir mis sous perfusion un splendide traumatisé crânien et arraché sans douceur les pansements d'une chirurgie esthétique blanche et grasse, elle fila vers la chambre treize. Un nouvel entré, le genre silencieux qui gisait sur le lit, les bras en croix. Un cas inexplicable, d'après l'interne de service. Le type était arrivé, les deux bras à l'équerre, en marchant comme un automate vers l'accueil. La seule chose qu'il avait dit, c'est« bloqué »,« bloqué »,« bloqué »... On l'avait mis dans la chambre treize et on attendait l'avis du psychiatre, l'examen physique n'ayant rien révélé d'anormal. Elle détailla son patient de la tête aux pieds, sentant peser sur elle un regard qu'elle ressentit comme une brûlure.

***

Raoul.

J'avais pourtant bien commencé la journée. Réveillé tard vers les dix heures, l’œuf à la coque et les toasts grillés avec du bacon semblaient issus du paradis dont le curé parle à l'église. J'y vais rarement d'ailleurs, que pour les enterrements, et justement la veille, j'avais emmené un vieux copain vers ces rivages soi disant édéniques où on se la coule douce pour l'éternité. Il était mort d'une rage de dent, ou plutôt du traitement maison qu'il s'était administré, un litre de cognac, du vieux, délicieux et ambré avec des arômes de café. Son cœur n'a pas supporté le mélange avec les comprimés antalgiques que le dentiste lui avait prescrit. On meurt souvent de façon idiote mais lui avait vraiment fait fort. Cà m'a peiné de voir sa femme en pleurs, elle paraissait sincère mais quelque part je me suis demandé s'il ne l'avait pas fait exprès. Il était triste Jojo, surtout depuis que son médecin lui avait annoncé que son traitement pour le cœur, encore lui, le rendrait impuissant. Ne plus bander ou mourir, il a choisi. Je suis rentré chez moi avec une envie de cognac, cet enterrement m'avait filé le bourdon, mais en arrivant j'ai préféré avaler deux bières car je suis d'un naturel prudent, que je n'ai pas mal aux dents et que mes érections vont bien. Après, j'ai dormi jusqu'à ce matin et l’œuf à la coque. Rassasié et plutôt de bonne humeur, j'ai évité d'allumer la radio, ses kilotonnes de mauvaises nouvelles m'auraient gâché la journée et j'avais envie de rire, de voir du monde, bref d'exister normalement comme tout citadin croit qu'il existe. Un tour au supermarché, une dragouille rapide à la caissière et quelques kilomètres à traîner dans cette ville, l’œil au ras des vitrines et la poche vide. Car depuis la grande dépression économique, on est quelques-uns uns comme çà, des envies dans la tête et pas grand chose pour les payer. Mais je ne plains pas, j'ai de quoi manger, je n'ai pas froid dans cette maison achetée au temps du grand bonheur, du temps où les journaux me payaient grassement les articles que j'écrivais alors comme journaliste en free-lance, du temps surtout où je rentrais le soir pour retrouver ma femme. C'était avant qu'elle parte. Avec Jojo, mon vieux copain. Je passe justement devant l'église d'hier. je ne sais pas pourquoi, mais j'entre, surtout qu'il fait froid dehors malgré un soleil qui insiste en voulant nous faire croire à l'arrivée du printemps. Dedans c'est d'abord sombre, puis on s'habitue, et en quelques minutes, tous les cierges allumés se la jouent façon sunlight. On y voit bien, j'avance vers l'autel encore garni des fleurs de Jojo. Je regarde la croix sur laquelle un jésus mélancolique semble trouver le temps très long. Je me dis que sa position ne doit pas être très confortable, les bras tendus de chaque côté, comme çà, impossible pour lui de se détendre ou de les lever, cloué comme il est. A le voir, j'ai soudain envie de m'étirer, longuement, avec force, les doigts bien tendus vers le ciel. C'est quand je ramène mon bras vers le sol que je comprends qu'il y a un problème. Il est bloqué à l'horizontale. J'essaie avec l'autre qui lui reste à la verticale. Bloqué, je suis bloqué. Je cours vers la sortie, bousculant au passage deux bonnes sœurs à l'air outré. Je cours, les bras bloqués, je cours dans la rue, vers l'hôpital, je cours, j'ai l'impression de plus sentir mes mains. Enfin, la porte blanche, ouverte sur un hall où des infirmières interloquées me dévisagent. J'ai cru voir un type, un type en blanc qui riait en me voyant. Et j'ai hurlé « bloqué, bloqué, bloqué ». On m'a mis dans une chambre, sur le lit çà n'était pas facile avec mes bras. Au bout d'un moment, elle est entrée. Bon sang qu'elle était moche, si moche que j'en ai oublié mes bras. Je l'ai regardée comme on regarde la mer, un soir d'orage, cherchant à deviner toutes les vaguelettes qui explosent leurs humeurs sur la crête tranchante des rochers, je l'ai regardée pour trouver dans un coin de visage quelque chose qui me rappelle une femme, et dans son infinie laideur, je l'ai trouvé. Belle.

***

La chambre 13.

Des murs qui parlent, çà vous étonne ? Et des murs qui pensent alors ?Je suis née quand ils ont construit l'hôpital, le premier, vers 1870, et mes murs se souviennent des cris des aliénés qu'on ligotait ici, à même le sol, avec de grosses cordes de chanvre. Plus tard, j'ai accueilli des blessés de la grande guerre à la gueule ravagée par la mitraille ou les éclats d'obus. Chaque centimètre carré de mes briques s'est rempli des plaintes, des peurs ou des cris des malheureux parqués deux par deux sur des lits de bois dur, les yeux encore plein de l'effroi du combat. Les années ont passé, les couches de peinture aussi et finalement je suis devenue une petite chambre somme toute assez coquette, nettoyée journellement à l'eau de javel, équipée d'appareils compliqués et d'une couche confortable. Depuis peu, j'ai même la télé, ce qui permet à mes nouveaux