Des siècles de beauté - Sylvie Bailly - E-Book

Des siècles de beauté E-Book

Sylvie Bailly

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Beschreibung

Les codes de la beauté au travers des siècles

Mettre du rouge à lèvres peut paraître être un acte anodin que des millions de femmes font tous les jours sans se poser plus de questions. Pourtant, selon le contexte politique, religieux dans lequel on vit, cette façon de rehausser la couleur naturelle de ses lèvres peut être interprétée comme un acte de séduction, de revendication politique… La beauté souvent assimilée à une « arme de séduction » permet, en effet, de s’affirmer en tant que femme et de faire contrepoids à la force physique ou militaire des hommes. Ce n’est pas un hasard si tout au long de l’histoire, les religions, les régimes dictatoriaux ont tenté de garder sous contrôle cette beauté considérée comme un danger. La résurgence de l’obligation du port du voile en Orient, mais aussi pour les musulmanes d’Occident rend plus que jamais d’actualité cette question du supposé danger de la beauté féminine.

Un bel ouvrage qui retrace les modes selon les époques.

EXTRAIT :

La recherche de la beauté est-elle innée chez les premiers hommes, ou n’est-elle que la conséquence de nécessités pratiques telles que l’adaptation au climat ou des questions d’hygiène, qui auraient ensuite abouti à une véritable démarche esthétique ? Nul ne peut répondre…

Les premiers idéaux de beauté féminins semblent liés à des besoins utilitaristes, tels que la survie de l’espèce ; mais il faut aussi s’interroger sur la place de la femme dans le groupe à l’époque préhistorique, et sur la liberté qui lui était laissée pour toute recherche ou première tentative afin de mettre son corps en valeur.

Le critère de survie de l’espèce est un facteur central qui explique très certainement les premiers essais de mise en valeur des femmes qui, par des moyens artificiels (maquillage, habillement), tentent d’émettre le signe qu’elles sont fertiles. Ce qui expliquera, plus tard, les réticences de certaines religions ou civilisations face à ce qu’elles assimilent à des mises en scène de signes d’excitation sexuelle ; une façon de tromper son partenaire.

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Veröffentlichungsjahr: 2015

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Des siècles de beauté

Sylvie Bailly

AVANT-PROPOS

Ce livre tente avant tout de mettre en valeur la beauté féminine, mais évoquera aussi l’apparence des hommes en lien avec celle-ci.

LE MYSTÈRE DES ORIGINES

La recherche de la beauté est-elle innée chez les premiers hommes, ou n’est-elle que la conséquence de nécessités pratiques telles que l’adaptation au climat ou des questions d’hygiène, qui auraient ensuite abouti à une véritable démarche esthétique ? Nul ne peut répondre…

Les premiers idéaux de beauté féminins semblent liés à des besoins utilitaristes, tels que la survie de l’espèce ; mais il faut aussi s’interroger sur la place de la femme dans le groupe à l’époque préhistorique, et sur la liberté qui lui était laissée pour toute recherche ou première tentative afin de mettre son corps en valeur.

Le critère de survie de l’espèce est un facteur central qui explique très certainement les premiers essais de mise en valeur des femmes qui, par des moyens artificiels (maquillage, habillement), tentent d’émettre le signe qu’elles sont fertiles. Ce qui expliquera, plus tard, les réticences de certaines religions ou civilisations face à ce qu’elles assimilent à des mises en scène de signes d’excitation sexuelle ; une façon de tromper son partenaire.

L’approche darwinienne admettra, quant à elle, que la recherche de beauté est un moyen d’être sélectionné au détriment des plus faibles ou des moins beaux1. D’où la quête éperdue de beauté de nombreuses femmes ou hommes prêts à tout pour plaire.

Cette approche n’est cependant pas totalement exacte, d’autres critères de sélection ayant existé, comme l’ont démontré récemment des anthropologues. Ce ne sont pas toujours les plus beaux et les plus forts qui sont sélectionnés.

Dans son livre The Consuming Instinct2, Gad Saad émet, lui aussi, l’hypothèse que les comportements de consommation humains prennent racine dans l’évolution de l’espèce. Mais il se situe, avant tout, sur un plan médical. Selon lui, la beauté est un indice de fertilité. Au fil des siècles, des critères universels de beauté se sont forgés. Parmi les plus importants figure la symétrie du corps.

L’histoire des cosmétiques pourra aussi être comprise comme une tentative des femmes d’imiter des signes d’excitation sexuelle et de bonne santé déjà cités plus haut. Si les femmes ont peut-être, au départ, usé de ces artifices consciemment, plus tard elles ne feront que poursuivre quasi instinctivement des rituels devenus millénaires. Les hommes, quant à eux, se feront pousser des barbes censées être des marques de virilité3.

Différents subterfuges seront utilisés par les femmes pour plaire aux mâles reproducteurs qui perçoivent ces messages instinctivement et se laissent parfois abuser. Ainsi, l’anthropologiste américain Desmond Morris explique que les femmes ont toujours mis en valeur leurs lèvres. Tandis que celles des hommes deviennent plus fines à l’âge adulte, celles des femmes demeurent plus charnues. En les teignant en rouge, elles leurs donnent une connotation sexuelle car elles s’apparentent ainsi aux lèvres génitales4. Ce critère s’applique aussi aux joues rouges destinées à montrer que l’on est en bonne santé, en état d’excitation, ou à simuler de la pudeur. Cette fertilité passe, par ailleurs, par une simulation de la jeunesse ; les lotions, les crèmes antirides servent à rendre la peau lisse, le teint frais. Enfin, grâce aux crayons et aux fards, il est possible de recréer une parfaite symétrie du visage.

Gad Saad insiste aussi sur le fait que la majorité des femmes qui ont de l’acné ont des problèmes ovariens qui nuisent à leur fertilité. L’acné ainsi que les autres problèmes de peau ont toujours agi comme des répulsifs, car c’est un signe de maladie. Selon cet auteur, les femmes s’épilent parce qu’elles savent instinctivement qu’une pilosité fournie n’est pas un signe de fertilité, une sécrétion d’œstrogène faible et d’androgène forte en étant la cause. Autre signe de fertilité, les femmes qui ont des cheveux brillants et fournis sont en bonne santé.

À certaines époques, lorsque la nourriture était plus rare, les femmes bien en chair, aux hanches larges, étaient considérées comme de bonnes reproductrices, car elles pouvaient mieux porter les enfants.

Enfin, signe de fertilité suprême : les seins. Leur forme varie au fil de l’histoire, mais des seins volumineux ont souvent prévalu dans l’imaginaire en tant que symbole de bonne santé et de nourriture.

Les humains ont aussi très rapidement utilisé des parfums pour manipuler l’instinct de leur partenaire. Des recherches ont montré que les odeurs dégagées par quelqu’un donnent des indications sur son patrimoine génétique. Instinctivement et instantanément, l’on peut savoir si cette personne est compatible avec soi et peut assurer une descendance en bonne santé. Les parfums permettent donc de voiler cette carte d’identité olfactive.

Il n’est pas question, ici, de faire une théorie générale de la beauté en fonction des religions ou régimes politiques en place, mais plutôt de comprendre le degré de liberté qu’ont eu les femmes pour se mettre en valeur en fonction de certaines époques historiques, et d’en tirer quelques lignes directrices. Une approche chronologique qui met en évidence les pratiques des grandes civilisations permet aussi de mettre en évidence les influences culturelles réciproques du phénomène de la beauté, et le poids qu’il a eu sur l’Histoire.

Comme la symbolique de l’escargot sur le fil du rasoir, la beauté servira d’outil d’émancipation et de transgression pour les femmes. Mais, dans le même temps, l’arme de séduction deviendra l’artisan de leur malheur, car cet attrait exercé sur le sexe opposé doit, souvent, rester sous contrôle.

Il est possible de s’orienter selon un certain cadre de réflexion qui servira de fil conducteur pour

Comprendre, dans des contextes historiques différents, le contrôle de la beauté et du pouvoir de séduction qui en résulte.

Le maquillage ou la mise en beauté, comme on a pu le voir, peuvent permettre de simuler des signes de fertilité ou de bonne santé. Dès lors, certaines cultures rejetteront ces pratiques, d’autres au contraire les favoriseront.

Tout d’abord, une distinction s’impose entre les sociétés dans lesquelles la sexualité est un tabou, et celles où ce n’est pas le cas. Dans les premières, les maquillages même les plus extrêmes sont tolérés, mais on trouve aussi des cas où la séduction ne repose pas seulement sur l’attrait physique et où les femmes sont appréciées pour d’autres qualités et restent donc naturelles. Par contre, dans les sociétés où la sexualité des femmes est assimilée à un péché, l’apparence féminine sera plus contrôlée.

D’autres critères viennent affiner cette distinction : ceux de l’égalité homme/femme et de l’autonomie financière des femmes. Plus une femme aura une position égalitaire, plus elle aura d’autonomie dans sa prise de décision.

1. Théorisée au XIXe siècle, la sélection naturelle a dû attendre les années trente pour être réellement prise en compte. La théorie de la sélection naturelle tente d’expliquer et de comprendre comment l’environnement influe sur l’évolution des espèces et des populations en sélectionnant les individus les plus adaptés.

2. GAAD S., Consuming Instinct : What Juicy Burgers, Ferraris, Pornography, and Gift Giving Reveal About Human Nature, New York, Prometheus Books, 2011.

3. Les poils sont marqueurs de testostérone, qui est l’hormone du désir sexuel, de l’agressivité et de la dominance à la fois sociale et physique. Comme le rappelle Sébastien Bohler dans son dernier ouvrage, Sexe et Cerveau, ces caractéristiques très mâles sont inconsciemment recherchées par les femmes. Les poils au menton reflètent sur le visage cet afflux hormonal, attirant à condition qu’il soit bien dosé. De plus, il semblerait que les poils agiraient comme des indicateurs de masculinité qui avertiraient la femme de la bonne résistance physique de son prétendant et de sa plus grande dominance. BOHLER S., Sexe et Cerveau : et si tout se passait dans la tête ?, Aubanel, 2009.

4. MORRIS D., The Naked Woman : A Study of the Female Body, New York, Thomas Dunne Books, 2005.

LA PRÉHISTOIRE

LA BEAUTÉ PRÉHISTORIQUE

À l’origine de l’humanité, l’organisation prédominante semble avoir été proche de celle des grands singes. Un mâle dominant qui avait plusieurs compagnes exerçait son pouvoir sur le groupe grâce à la force physique. Ces mâles de rang supérieur choisissaient donc leurs femmes au détriment de mâles de rang inférieur, qui avaient donc une descendance moins nombreuse.

Plus tard, à l’ère paléolithique, la répartition du pouvoir reposant sur un système matrilinéaire semble s’être généralisée. Après une concurrence intense en vue de s’accoupler, une structure familiale semble s’être mise en place. Dans ce type de système, c’est par la femme que se crée la famille, sans pour autant lui donner un pouvoir hiérarchique ou politique. Certains chercheurs ont même émis l’hypothèse d’un pouvoir prédominant de la femme au travers de sociétés matriarcales organisées autour d’un culte de la déesse mère. Ces théories s’appuyaient sur des statuettes représentant des femmes nues, très en chair, aux hanches larges et aux seins généreux, symbolisant de bonnes reproductrices, qui semblent avoir été l’idéal de beauté au Paléolithique.

La Vénus de Willendorf est certainement la représentation la plus célèbre de cet idéal féminin. Cette statuette datant de 23 000 ACN peut aussi être comprise comme une démarche mystique afin d’attirer la fécondité. D’où l’hypothèse que certains éléments (ventre, seins, hanches) aient été délibérément exagérés afin d’accentuer les bénéfices de ce rituel incantatoire.

L’idéal de beauté découle ainsi en droite ligne d’un besoin utilitaire quasi instinctif : la reproduction. Mais d’autres critères liés au vivre-ensemble ont aussi contribué à le faire évoluer.

Comme ont tenté de le démontrer les recherches récentes de Serguey Gravilets, de l’université du Tennessee, contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, ce sont les femmes qui ont très rapidement choisi leur compagnon. Elles ne prenaient pas le mâle dominant, mais plutôt celui qui allait le mieux s’occuper de leur progéniture : souvent des hommes de rang inférieur, les faibles qui n’excellaient pas au combat. Ces derniers devaient donc employer d’autres stratégies pour plaire aux femmes.

Selon Gravilets, les combats et la concurrence acharnée pour les femelles, qui affaiblissaient à long terme le groupe, ont été, au fur et à mesure, remplacés par le couple qui était le mieux à même d’assurer la survie de la progéniture, et donc de l’espèce.

Cette évolution progressive vers une structure familiale tendant vers la monogamie a entraîné de nombreuses transformations psychologiques, sociales et physiques. Dans ce contexte plus stable, les femmes ont participé à la création artistique et artisanale. À partir de besoins utilitaires et spirituels, les hommes préhistoriques ont développé un sens esthétique. Le passage de la forme utilitaire à la forme symbolique semble, selon de nombreux chercheurs, s’être effectué au Paléolithique moyen (100 000 ans ACN).

Avant cette période, durant le Paléolithique inférieur, c’est avant tout une démarche utilitaire qui a dominé. Il est d’ailleurs difficile de donner une signification à l’art paléolithique. Des explications liées à une approche mystique ou chamanique, ou encore à « l’art pour l’art », ont tenté de donner une signification à cet art. Il est difficile de répondre à cette question. Ce qui est certain, c’est qu’une démarche créative a commencé à exister dès cette époque. Dans la vallée de Côa, au Portugal, des dessins datant du Paléolithique supérieur (de 22 000 à 10 000 ans ACN) montrent qu’un art systématique de l’ornementation semble s’être développé, dans les grottes mais aussi sur toutes les parois rocheuses à l’air libre.

En ce qui concerne le paraître, les femmes qui avaient des cheveux crépus ont appris à les discipliner en créant des coiffures tressées. La dame de Brassempoy datant de 25 000 ACN est un buste représentatif de ce type de tressage serré. On peut, d’après cet exemple, émettre l’idée qu’elles étaient assez libres de déterminer leurs premières tentatives de mise en beauté.

Les peaux de bêtes servaient surtout à se couvrir. Pourtant, très rapidement, les hommes préhistoriques ont dû apprendre à les tanner afin d’éviter leur pourrissement. Ils ont utilisé l’ocre pour les teinter. Une véritable mode préhistorique s’est ensuite développée dans les différentes régions du monde. Des parures en os, corne, plume, ou coquillage ornaient aussi bien les torses des hommes que des femmes, des bracelets et bagues complétaient ces ensembles déjà très élaborés. Les vêtements étaient recouverts de lanières de cuir, de perles d’os de mammouth…

Des maquillages en ocre dans des nuances jaunes à rouges couvraient les visages et les corps dès 100 000 ACN. Des fouilles dans la caverne de Bombas, en Afrique du Sud, ont mis à jour un atelier de fabrication d’une pâte colorée composée d’ocre et de charbon de bois, ainsi que d’os de mammifères chauffés et broyés. Cette mixture, que l’on pourrait considérer comme étant le premier fond de teint de l’histoire, est une avancée primordiale pour les chercheurs. Selon le professeur Christopher Henstilwood, de l’Institut sur l’évolution humaine de l’université de Witwatersrand, à Johannesburg,

« ce mélange (d’ingrédients) n’est pas dû à la chance, c’est de la chimie […]. Cette découverte représente un jalon important dans l’évolution des processus mentaux complexes humains, en ce qu’elle montre que ces hommes avaient la capacité conceptuelle de trouver, combiner et stocker des substances ensuite éventuellement utilisées pour améliorer leurs pratiques sociales […]. Ceci suggère des capacités conceptuelles et probablement cognitives qui sont l’équivalent de celles de l’homme actuel1. »

On peut déjà en déduire une réelle volonté d’ornementation, sans pouvoir encore en déduire avec certitude une finalité : séduction, rites, détermination du rang social… Cette période durant laquelle les hommes tentaient surtout de survivre et se sont sédentarisés dura en définitive plusieurs centaines de milliers d’années (300 000 à 2800 ACN). C’est avec la généralisation de l’usage du métal que les sociétés se sont structurées et que les inégalités sont apparues.

1. HENSHILWOOD, C.S., « A 100,000-Year-Old Ochre-Processing Workshop at Blombos Cave, South Africa », sciencemag.org, 14 octobre 2011.

L’ÂGE DE BRONZE

L’âge de bronze est celui de l’apprentissage de la métallurgie qui devait permettre de transformer des métaux1. Parallèlement, le développement du commerce et des profits devait entraîner, à partir de cette époque, la convoitise entre cités afin de conquérir ces richesses.

Les civilisations de l’âge de bronze allaient principalement se construire sur le modèle du patriarcat, dans lequel les femmes devenaient soumises à l’autorité masculine. En effet, la nécessité de protéger les richesses allait entraîner la création de forces de défense. Ce sont les hommes, physiquement plus forts, qui allaient désormais s’arroger le pouvoir politique. Les femmes avaient leur beauté comme seul contrepoids. Cela devenait la force de leur sexe2. Cet archétype devant perdurer pendant plusieurs millénaires et façonner l’histoire de l’humanité.

Ces premières civilisation devaient, à partir de 3000 ACN, se développer progressivement dans différentes parties du monde : en Asie, en Mésopotamie (Summer, empire d’Akkad, période paléo-babylonienne), en Chine (dynastie Shang) en Europe (Grèce des Cyclades), en Afrique, en Égypte (IVe dynastie), pays dans lequel le maquillage et l’hygiène étaient liés à des préceptes religieux.

Le statut des femmes était lié à la puissance des hommes, et c’est à cette époque qu’apparurent les premières formes de maquillage qui n’avaient plus une dimension tribale ou guerrière, mais la séduction comme objectif. Les femmes devant, dès lors, se conformer à des règles religieuses et morales pour leur apparence. La séduction était donc sous contrôle, mais ces règles ont aussi souvent codifié des impératifs hygiénistes et ont eu une dimension médicale.

Dans les rares sociétés où le statut des femmes était plus égalitaire, elles ont eu une plus grande liberté de choix de leur apparence. La femme égyptienne, ainsi que celle de la dynastie Shang et plus tard les femmes de l’âge de bronze danois, semblent avoir été des exceptions car une certaine égalité entre les hommes et les femmes existait. Le maquillage avec une forte recherche d’ornementation devait être créé par la civilisation égyptienne dans laquelle il était porté par des femmes et des hommes ; parallèlement, en Asie, les Shang développèrent un art raffiné du teint mais aussi des fards. Les Scandinaves ont, quant à eux, préféré le naturel. Les autres civilisations seront bien plus strictes au sujet du maquillage.

LA MÉSOPOTAMIE

La civilisation mésopotamienne représentait un ensemble de plusieurs peuples3. Les Sumériens, dont on ne connaît pas la provenance et dont le nom signifie « ceux venus d’en haut », et les Akkadiens qui étaient sémites. Ces populations qui vivaient entre le Tigre et l’Euphrate se mélangèrent progressivement. La Mésopotamie, à l’origine une théocratie de plusieurs cités-États qui se combattaient perpétuellement, semble avoir été le premier modèle de patriarcat. Ce type de structure autoritaire se répandra, par la suite, dans le reste du monde. La légende dit que la déesse civilisatrice Tiamet avait été détrônée par le dieu Enlil qui était descendu du ciel pour enseigner la civilisation aux créatures esclaves, les humains. À l’origine, l’homme était un être de glaise qui avait reçu un souffle de vie. Les Sumériens ont réussi à créer une société qui allait permettre à l’homme de sortir de l’âge de pierre. Une civilisation élaborée allait émerger. La religion, la technique (irrigation, constructions en pierre…), les arts allaient éclore dans cette région qui se situe dans l’Irak actuel.

Les Sumériens avaient inventé une religion avec des dieux qui leurs ressemblaient. Elle devait tenir une grande place dans cette société. Cette religion influencera d’ailleurs les premiers chapitres de la Bible, l’islam et la religion hébraïque.

Ils vivaient dans un univers guerrier avec des conditions de vie difficiles. Leurs dieux avaient besoin des hommes dans les temples. Ils devaient les nourrir, les baigner, les parfumer, leur créer une atmosphère agréable avec des chants, des danses et des cérémonies. Pour eux, tout malheur, toute épreuve de la vie résultait d’une offense aux dieux. D’où le recours à la magie et aux incantations pour les apaiser.

Les Sumériens obéissaient à une certaine morale, pas seulement pour honorer les dieux mais aussi pour s’assurer une vie en commun supportable et pour éviter, bien sûr, le courroux des divinités. L’idée d’une vie dans l’au-delà ne les effleurait pas et la mort ne pouvait donc représenter le moment d’un jugement ou la promesse d’une rédemption. Les Akkadiens, l’autre peuple de cette région, adopteront par la suite la religion sumérienne.

Dans cette première forme de société patriarcale, le statut de la femme n’était cependant pas totalement inégalitaire. Mais, dans cet univers masculin, la femme, mariée dès le plus jeune âge, ne devait jouer qu’un rôle de second plan. Elle pouvait posséder des biens, être prêtre, mais ne pouvait pas être instruite. Il semble qu’une curieuse morale entourait les temples, puisque les prêtres devaient faire l’éducation sexuelle des futures mariées et vivaient du proxénétisme des prostituées sacrées.

Dès 3000 ACN, le mariage par contrat paraît avoir été instauré. Celles qui devaient être de bonnes épouses n’avaient que des droits restreints. Elles pouvaient néanmoins détenir des biens et signer des contrats. Cette société, dans laquelle le pouvoir politique était détenu par les hommes, était certainement consciente de cette inégalité homme/femme. En effet, une fois par an, lors d’une fête, les femmes se déguisaient en guerriers et les hommes en femmes. Ce rite autour de la déesse Ichtar a été décrit en détail par une orientaliste allemande, Brigitte Gronenberg.

Au fil des siècles, la situation des femmes se détériorera et c’est certainement aux époques babylonienne et assyrienne que leur situation sera la plus dégradée.

Dans cette société sumérienne, avec une structure familiale destinée à assurer la stabilité de la famille, un double standard existait cependant. Les nuits n’étaient pas toujours calmes. La religion sumérienne ne considérait pas la sexualité comme un tabou. La notion de péché originel n’existait pas encore4. Les femmes étaient considérées comme des partenaires sexuelles et non comme des objets, mais les hommes étaient souvent bigames et les femmes trompaient aussi fréquemment leur mari. Cependant, elles seules risquaient d’être répudiées. D’ailleurs il était, semble-t-il, admis qu’un homme voyant une femme qui lui plaisait lui saute dessus, même en pleine rue.

Selon certains chercheurs, la prostitution sacrée aurait été organisée autour des temples, les prêtres étant des sortes de proxénètes. À ces premières heures de la civilisation, il semble que les hommes ne doivent pas encore refouler leurs pulsions primaires. Les dieux qu’ils vénéraient vivaient, eux aussi, une sexualité débridée.

Curieusement, la première trace historique du port du voile vient de la Mésopotamie, où le culte de la déesse Ishtar était associé à la prostitution sacrée. Ishtar est représentée voilée5.

Par la prostitution sacrée, la puissance de la fertilité de la déesse est transférée au roi. Celui-ci était regardé en Mésopotamie comme garant de la fertilité du pays et de son peuple, et, en général, de la prospérité et du bien-être du royaume. Chaque année, au nouvel an, le souverain était tenu « d’épouser » l’une des prêtresses d’Inanna, afin d’assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles.

La séduction et la beauté étaient ainsi un élément essentiel pour cette population, et des règles tant religieuses que morales devaient régir le paraître. Les notions de clarté et de splendeur traduisant l’idée de beauté mais le maquillage était, déjà, présent.

La notion de pureté rituelle était essentielle. Lorsque l’on se présentait devant les dieux, il fallait être pur, c’est-à-dire propre. Ce qui impliquait des vêtements nettoyés et un corps lavé. Il était aussi interdit de manger de l’ail de l’oignon ainsi que divers fruits ou légumes. Les maisons des notables disposaient de salles de bain. Le savon existait déjà, mais on ne s’en servait pas encore pour se laver. Lorsque l’on entrait dans un lieu de culte il fallait enlever ses chaussures. Les femmes, pendant leurs menstruations, devaient se tenir éloignées de ces lieux sacrés, car elles étaient impures.

Comme le précise Karel von der Toorn : « La notion de pureté rituelle ne fait que transposer certaines règles de l’étiquette sociale sur le plan culturel, tout en y ajoutant une valeur démonstrative 6. »

Dans la vie quotidienne des Sumériens, cette pureté s’exprimait, notamment, à travers l’épilation. Les hommes aux torses nus portaient un pagne et s’épilaient la tête ainsi que les poils du menton. Les notables se fixaient, ensuite, une barbe postiche qui passait pour un attribut des dieux. Leurs yeux étaient cernés de khôl noir à base de malachite, qui avait des vertus antiseptiques7. Lors de fouilles dans la ville d’Ur, des archéologues allemands ont retrouvé une crème rouge, composée de pierres semi-précieuses broyées, mélangées à du gras. Ce premier rouge à lèvres-fard de l’histoire, puisqu’il date de 3000 ACN, fut autant utilisé par les femmes que par les hommes. Ils l’appliquaient sur les joues et sur les lèvres en signe de fertilité, de bonne santé et de force.

L’hypothèse fut émise que les femmes appliquaient ce rouge pour imiter les lèvres en état d’excitation. Leurs vêtements étaient plutôt prudes, puisqu’elles portaient une tunique sans manches et enroulaient autour de leur corps un châle à franges en guise de robe. Occasionnellement, elles portaient par-dessus un manteau imitant le poil des animaux, appelé « kaunakès ». Les bijoux étaient aussi forts appréciés et permettaient certainement de traduire une différence de rang social. Les Sumériens ont inventé le tissage de fils et de grains d’or associé à du lapis-lazuli, ce qui leur permettait de fabriquer des parures raffinées.

Dans cette société patriarcale où la beauté était une valeur estimée, les femmes, comme c’est encore le cas à notre époque8, n’avaient aucun tabou quant au choix des produits employés. Pour avoir un beau teint, elles appliquaient sur leur visage un mélange de craie, de pétales de pavot, d’urine de chat et d’excréments de crocodile. Pour avoir de plus grands yeux, elles employaient du khôl noir obtenu par un mélange de plomb sous forme de galène ou de malachite, de soufre et de gras animal.

Les Sumériens disparaîtront à la fin du IIIe millénaire. Les Akkadiens allaient intégrer les coutumes des Sumériens, dans ce qui était désormais devenu un État territorial avec une population et un gouvernement unifiés. Un syncrétisme existait entre les dieux sumériens et akkadiens. Cette adoption allait être accompagnée d’une plus grande proximité des dieux avec les croyants, le culte sera pratiqué à la maison, des statues monumentales seront érigées.

Au milieu du IIe siècle, la Mésopotamie allait se séparer entre Babylone au Sud (actuel Irak) et l’Assyrie au Nord (actuellement Syrie, Liban et Turquie). Parallèlement à ces transformations territoriales, le statut de la femme allait se dégrader. Les hommes akkadiens allaient affirmer davantage leur virilité. Au lieu de s’épiler, ils laissaient pousser leurs cheveux et les bouclaient à l’aide d’un fer à friser, leurs barbes étaient naturelles et longues. La barbe était un symbole de force et de liberté. Ils se teignaient les paupières en noir avec du khôl. Leurs vêtements, de longues tuniques, étaient ornés de broderies, de perles et, surtout, les tissus devenaient colorés.

Selon le code d’Hammurabi9, à Babylone, les femmes pouvaient posséder des biens, commercer, signer des contrats, ester en justice et recevoir une partie de l’héritage de leur conjoint. Mais, parallèlement, elles pouvaient être répudiées pour des motifs relativement insignifiants.

Les femmes babyloniennes et assyriennes étaient habillées et parées selon leur rang social. Elles se maquillaient les yeux avec du khôl, mettaient du rouge sur les lèvres, et comme l’ensemble des femmes sémites elles utilisaient du henné lors des cérémonies de mariage. Des textes assyriens datant du VIIe siècle ACN parlent de l’ornementation des mains et des ongles au henné, qui était censé éloigner les mauvais esprits. Certains motifs en triangle, symbole de féminité et de fécondité, rappelaient la tête du taureau-dieu vénéré à Babylone. Certaines embellissaient aussi leurs ongles avec de l’or.

Le statut des femmes assyriennes était, quant à lui, peu enviable. Les biens qui étaient possédés par les femmes étaient gérés par leurs maris. Elles pouvaient être mises en gage par ces derniers pour un prêt10. Si une femme frappait un homme elle devait payer une amende et recevait des coups de bâton. L’homme, lui, avait le droit de frapper sa femme.

Hérodote, considéré comme étant le « premier historien », a décrit les mœurs de plusieurs pays de son époque, et des coutumes avilissantes, selon nos regards d’occidentaux, semblent avoir été selon lui pratiquées à Babylone à l’époque de la conquête assyrienne. Mais la véracité de ce récit n’est pas prouvée. Quoi qu’il en soit, notre notion de pureté judéo-chrétienne semble être difficilement compatible avec ces mœurs babyloniennes. D’une façon plus générale, la prostitution a joué un rôle primordial et jusque dans l’antiquité, elle n’avait pas de connotation négative.

Hérodote :

« La plus honteuse des lois de Babylone est celle-ci : toute femme indigène est obligée de s’asseoir une fois en sa vie dans le temple de Vénus, et de se livrer à un étranger. Plusieurs qui, fières de leurs richesses, dédaignent de se mêler aux autres femmes, se rendent au temple en char couvert, escortées d’une multitude de servantes ; la plupart agissent comme il suit : elles s’asseyent dans l’enclos sacré, la tête ceinte d’une corde ; elles sont là en grand nombre ; les unes entrent, les autres sortent. Elles laissent entre elles, de tous côtés, des chemins alignés que les étrangers parcourent, après quoi ils choisissent. Dès qu’une femme s’y est assise, elle ne retourne plus à sa maison avant qu’un étranger ait jeté sur ses genoux une pièce de monnaie et se soit uni avec elle hors du temple.

En jetant cette pièce d’argent, il doit dire : J’invoque pour toi la déesse Mylitta. C’est le nom que les Assyriens donnent à Vénus.

Quelque médiocre que soit leur présent, la femme ne doit pas le refuser : ce n’est pas permis, car cet argent est sacré. Elle suit le premier qui le lui jette, et ne dédaigne personne. Lorsqu’elle s’est livrée, elle a satisfait à la loi, à la déesse ; elle retourne en sa maison, et par la suite, quelque somme considérable que tu lui offres, tu ne la déciderais pas à se livrer à toi. Celles qui sont belles, grandes et bien faites, ne tardent pas à s’en aller. Les contrefaites attendent longtemps, faute de pouvoir accomplir la loi. On en a vu rester jusqu’à trois ou quatre ans. »

C’est aussi en Assyrie que l’on trouve la première trace historique d’une obligation juridique de port du voile, qui date des prescriptions du roi Teglat Phalazar Ier (1115-1077 ACN) :

« Les femmes mariées […] qui sortent dans les rues n’auront pas leurs têtes découvertes. Les filles d’hommes libres […] seront voilées […]. La prostituée ne sera pas voilée, sa tête sera découverte. Il en sera de même pour les esclaves. »

Dans cette société, dans laquelle le pouvoir militaire était omniprésent, cette loi n’avait pas de vocation religieuse. Il s’agissait, avant tout, de marquer une différence de rang social, mais aussi de dissimuler les cheveux, qui étaient assimilés à la toison du pubis. Il fallait donc les cacher. Les femmes voilées devenaient des intouchables tandis que les autres ne disposaient d’aucune protection sur leur corps. Des lois très contraignantes s’appliquaient à celles qui s’opposaient à cette obligation : coups de bâton, oreilles percées. Cette prescription s’imposera, par la suite, dans le pourtour de la Méditerranée.

LES HÉBREUX

Ce peuple sémite originaire du Sud de la Mésopotamie se composait principalement de nomades éleveurs. « Hébreux » signifie, d’ailleurs, « ceux qui passent » ou « ceux par-delà le fleuve » (les errants)11. La ville d’Ur, grand centre caravanier, semble avoir été la principale ville de peuplement hébreu. Influencés par la culture mésopotamienne, ces nomades étaient monolâtres, ce qui veut dire qu’ils adoraient un seul Dieu, mais en toléraient d’autres. Selon la légende, Dieu ordonna à Abraham, originaire de cette ville, de se rendre à Canaan (actuellement Palestine et Israël). Cela se passa vers 1850 ACN. C’est à peu près à cette époque que les Hébreux sont devenus monothéistes. Ce qui voulait dire que leur Dieu, qui se veut universel, ne pouvait plus être concurrencé par d’autres dieux. Selon cette croyance, Dieu est le Dieu de tous les hommes, pas seulement le Dieu de tous les Hébreux.

Ce Dieu, immatériel et inaccessible, ne peut être représenté. Cette culture hébraïque a intégré plusieurs récits religieux et traditions mésopotamiennes. Parmi celles-ci, il faut citer le mythe du déluge, présent sur des tablettes cunéiformes qui ont été traduites au XIXe siècle par Grottenfeld, mais aussi, comme on a pu le voir, le mythe d’Adam et Eve. Dans sa version chrétienne, cette histoire sera à l’origine du péché originel. Cette doctrine est rejetée par le judaïsme12, mais ils avaient aussi, pour l’acte sexuel, une approche « moins spontanée » que les Mésopotamiens. Chez les Hébreux, l’acte sexuel est considéré comme impur et doit uniquement être fait dans un but de procréation. La femme est un « corps second ». Dans cette tradition, neuf malédictions frappent la femme. Les femmes sont la propriété de l’homme, elles doivent lui rester fidèles. Si un homme avait une relation avec une femme mariée, il était considéré comme un voleur ayant pris le bien d’un autre. Par contre, la femme coupable d’adultère devait être tuée par lapidation.

Dans ce contexte inégalitaire, les femmes étaient souvent exclues de la vie religieuse. Leurs seules fonctions étaient d’enfanter, d’éduquer, de tenir la maison et, éventuellement, de travailler.

La pureté rituelle et l’épilation, héritages de la culture sumérienne, avaient une grande importance. Des bains purificateurs devaient être pris dans un endroit spécifique, le Mitzvah. Les hommes devaient y procéder après une relation sexuelle et les femmes après leurs menstruations. L’épilation était pratiquée car les poils avaient une connotation négative. C’était, notamment, une mesure préventive pour limiter la propagation des maladies vénériennes13.

Toute forme de mise en valeur grâce à des artifices était fermement condamnée. Une légende hébraïque, la légende d’Azaziel, raconte que c’est un ange déchu qui aurait appris aux femmes à se farder14.

Chapitre 8 (Livre d’Enocde, livre 1)

1. Azaziel enseigna encore aux hommes à faire des épées, des couteaux, des boucliers, des cuirasses et des miroirs ; il leur apprit la fabrication des bracelets et des ornements, l’usage de la peinture, l’art de se peindre les sourcils, d’employer les pierres précieuses, et toutes espèces de teintures, de sorte que le monde fut corrompu.

2. L’impiété s’accrut ; la fornication se multiplia, les créatures transgressèrent et corrompirent toutes leurs voies.

Dans ce contexte strict les femmes, qui devaient strictement se cantonner à leur rôle de mères, portaient de longues tuniques qui ne devaient pas laisser deviner les courbes du corps. Leurs longs cheveux étaient tenus avec des rubans. Ces vêtements étaient agrémentés d’un voile mais les femmes n’avaient pas l’obligation de se couvrir le visage. Peu de récits ou de dessins illustrent cette culture hébraïque. Un bas-relief assyrien de la prise de la ville de Lakish par Sennacherib, datant de 700 ACN à 680 ACN, montre ces femmes avec un visage découvert.

Les femmes de certaines régions portaient un bonnet avec une mitre à laquelle un voile était attaché. La Bible n’a pas imposé de voile aux femmes ; la tradition rabbinique a, cependant, progressivement établi un code de modestie pour elles. Il devenait, dès lors, impossible pour les femmes de sortir de chez elles sans avoir la tête couverte. Selon le Dr Menahem M. Brayer (professeur de littérature biblique à l’université Yeshiva de New York), dans son livre The Jewish Woman in Rabbinic Literature15, les femmes juives avaient pour habitude de sortir en public avec une couverture sur la tête et, souvent, ne laissaient paraître qu’un œil libre pour pouvoir marcher dans la rue. Il rapporte quelques citations d’anciens rabbins réputés : « Ce n’est pas bien pour les filles d’Israël de sortir avec les têtes dévoilées» ; « Maudit soit l’homme qui laisse les cheveux de son épouse être vus, une femme qui expose ses cheveux apporte la pauvreté ».

Certains éléments permettent, cependant, de penser que la séduction a pu exister dans cette culture dans laquelle la femme se devait à la fois d’être pudique, belle et ne devait pas s’habiller de façon suggestive. La beauté véritable devant être liée à une certaine pudeur, les Hébreux jugeaient avec sévérité toute pensée pécheresse ainsi que l’instinct érotique. Mais, au fil des siècles, les mœurs évoluèrent. Le prophète Isaac, qui dans la tradition juive représente la rigueur, s’était plaint au sujet des filles de Jérusalem qui « marchent avec du bruit, le sein découvert, et tournent fièrement leurs yeux de tout côté, qui se complaisent devant leur miroir, se frisent, se parfument et se couvrent d’ornements inutiles ».

En Égypte, le fard utilisé par les femmes juives, à cette époque pour les yeux, était de l’antimoine. Elles frottaient le tour de l’œil et la paupière avec une aiguille trempée dans une boîte de fard.

Un épisode de la Bible, l’histoire de la reine Israélite Jezabel, montre très clairement la dimension guerrière mais aussi quasi-mystique du maquillage. Lorsque cette reine apprit que son ennemi Jehu venait d’entrer en Samarie, elle « se mit les yeux avec de l’antimoine », elle se les frotta entièrement pour parler à celui qu’elle considérait comme un usurpateur et pour se présenter devant lui. Cet acte de maquillage avait une double fonction : un maquillage guerrier, mais aussi une fonction esthétique, qui lui donnait de l’assurance et la force pour l’affronter16.

Pour les hommes aussi, les mœurs avaient évolué. Le poil au cheveu n’était plus un tabou. À l’époque du roi David, vers 1000 ACN, les hommes portaient des cheveux longs qu’ils enduisaient d’huiles parfumées. La calvitie était un signe de malédiction, peut-être parce que de longs cheveux abondants montraient que l’on était en bonne santé, et donc fertile. Les hommes laissaient pousser leur barbe, car c’était la marque distinctive des hommes libres.

LA CHINE : DYNASTIE SHANG

La dynastie Shang17 est considérée comme la première société civilisée d’Asie. Les Shang pensaient qu’ils régnaient au centre d’une terre qu’ils percevaient carrée, d’où la tradition de l’empire du Milieu. Rapidement, le peuple des Shang arriva, grâce à ses armes en bronze, à soumettre les autres populations vivant quasiment à l’ère néolithique.

Comme chez les Sumériens, des progrès dans tous les domaines virent le jour : agriculture, armement, construction de maisons, tissage de tissu (coton et soie), création de bijoux. Cette société jeta les bases de la culture chinoise qui se développa pendant plusieurs millénaires.

Les Shang vénéraient, à leurs origines, le totem d’un oiseau noir, mais ils vouaient surtout un culte à leurs ancêtres. Ils pensaient qu’ils régnaient dans les cieux. Des chamanes entraient en contact avec eux. Ces jiagu pratiquaient aussi la divination avec des os de tortue ou de bœuf. Le Dieu suprême s’appelait Shang Di.

Une division sociale très claire structurait la société Shan. Les nobles pratiquaient l’art de la guerre et de la chasse, tandis que le peuple était principalement paysan ou artisan.

Les Shang étaient aussi une dynastie patriarcale, mais les femmes n’étaient pas encore confinées à la maison comme cela sera le cas quelques siècles plus tard en Chine. La norme était le mariage, mais la bigamie existait. Des femmes pouvaient aussi avoir des fonctions officielles : Fu Hao, une femme général, en était un exemple célèbre.

Le Yin et le Yang, forces essentielles de l’équilibre et de l’harmonie dans la civilisation chinoise, étaient complémentaires. La sexualité était définie comme l’union de ces forces. Les hommes vont épuiser le Yang pendant l’orgasme, mais simultanément ils vont reprendre de l’énergie à travers le Yin de l’orgasme féminin. Cette conception avait aussi des conséquences sur le statut des femmes, qui étaient perçues comme des partenaires. Ce ne sera que plus tard, au siècle des Han, que le Yang, masculin, l’emportera sur le Yin féminin.

Bien sûr, selon leur statut social, leurs droits, privilèges et tenues étaient différents. Les robes portées par les femmes de cette première dynastie civilisée étaient encore assez rudimentaires. Bien que la soie et les teintures existassent déjà, il semble que longtemps les robes furent de longues tuniques qui ne laissaient pas transparaître les courbes du corps. Dès lors, lorsque l’on parlait de la beauté d’une femme, on parlait de son visage et de ses pieds : « Ping tu pin zu ». Les attributs de la beauté étaient donc un teint parfait et des pieds fins et délicats, le corps devenait secondaire.

Les bases de ce qui allait être un véritable art du teint asiatique, lié à une démarche spirituelle de la beauté, allait émerger à cette époque. Celle-ci résultait d’un équilibre parfait entre la nutrition, la phytothérapie et une bonne circulation. L’interaction entre le corps et l’esprit était prise en compte. Les médecins déterminaient quels étaient les compléments alimentaires et les régimes nécessaires pour avoir un teint éclatant. Tandis que chez les femmes de la dynastie Shang une bonne mine naturelle était encore prisée, dans les dynasties ultérieures, ce sera un teint poudré, qui permettra de se démarquer des travailleuses des champs.

Les premières esquisses d’un maquillage semblent aussi avoir été élaborées à cette époque. Les femmes portaient du rouge sur les lèvres, du fard sur les joues. Durant cette dynastie Shang et jusqu’à la dynastie Han (220 PCN), les femmes marquaient le centre des lèvres d’un gros point rouge, accentuaient la forme de la lèvre du haut en pointe et couvraient le reste de poudre. Le vernis à ongles a été utilisé en Chine dès le troisième millénaire ACN. C’était pour les Chinoises un moyen de montrer qu’elles appartenaient à des classes aisées. Le vernis utilisé était composé de gomme arabique, de blanc d’œuf, de gélatine et de cire d’abeilles. Une autre recette utilisée était un mélange de poudre de pétales de roses, d’orchidées et d’impatiente lié avec de l’alun. Selon la composition, la couleur variait du rose au rouge. Les rides étaient déjà une préoccupation majeure pour ces femmes, mais grâce au taux de sébum moins élevé les peaux asiatiques sont plus résistantes au vieillissement.

Cette première dynastie chinoise, aux mœurs raffinées, sera pourtant anéantie à cause de la beauté d’une femme. L’empereur Di Xin18