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« Le football n’est pas une question de vie ou de mort, c’est quelque chose de bien plus important que cela. » Bill Shankly.De tous les supporters qui peuplent les tribunes belges, certains font encore beaucoup parler d’eux malgré les mesures répressives que les zones de police appliquent aux abords des terrains. Eux, ce sont les hooligans. Plus discrets et mieux préparés qu’à leur apogée, dans les années 1980 et 1990, ils se sont adaptés au football moderne. Par obligation. Par nécessité.Matchs au sommet, troisièmes mi-temps, rencontres et interviews, ce livre propose une immersion parmi les nombreux « hools » qui peuplent les travées de Sclessin, Bruges, Anderlecht, Charleroi ou encore La Gantoise. Histoire de mieux comprendre qui ils sont et quelles sont leurs motivations. Sans préjugés et sans concession.Journaliste au sein des éditions de l’Avenir, Alan Marchal est passionné de sport depuis sa plus tendre enfance. Que l’on parle de football amateur, qu’il a découvert dans son Brabant wallon natal, ou du Tour de France, qu’il a déjà couvert, il préfère l’émotion et l’humain aux records. En 2017, il a remporté le prix du journalisme du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (catégorie « Internet »).
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Seitenzahl: 135
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Alan Marchal
Du jeu
&
des
pains
Leshooligansse racontent
Éditions Luc Pire [Renaissance SA]
Avenue du Château Jaco, 1 – 1410 Waterloo
fÉditions Luc Pire
www.editionslucpire.be
Du jeu & des pains
Photos : © Alan MarchalMise en pages : Philippe Dieu (Extra Bold)
isbn : 9782875421678
© Éditions Luc Pire, 2018
Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Premiers contacts
Anderlecht. Un dimanche froid de janvier. 15 h 15. Jour de clasico en Pro League. Les Mauves reçoivent le Standard. « Bon, pas besoin de vous faire un dessin : le Standard a besoin de points, il doit absolument gagner aujourd’hui. Déjà qu’en temps normal c’est tendu entre les deux camps, on s’attend à ce que ce soit très chaud cet après-midi. Ah oui... Avant le match, les supporters ont prévu un cortège pour accompagner les joueurs. C’est une première, alors il faudra être vigilant. Sinon, tout est clair pour vous ? Allez, vous savez ce que vous avez à faire. Soyez prudents. Et bon boulot. »
Assis à son bureau, le commissaire responsable de la cellule Information et Football de la zone Midi donne ses dernières instructions à la douzaine d’agents présents devant lui. À la fois serein et concis, l’homme, qui en impose naturellement, connaît bien la musique. « Cela fait plus de vingt ans que je suis spotter », explique celui qui était également présent avec les Belges aux Mondiaux 1998, 2002 et 2014. « Concrètement, je suis et surveille les supporters d’Anderlecht afin d’anticiper les débordements. » Parmi les pionniers de sa brigade, ce Bruxellois pure souche connaît les alentours du Parc Astrid comme sa poche. « Dans ma jeunesse, je fréquentais un peu le coin car il y avait pas mal de cafés ici. C’était un lieu de rassemblement. Du coup, je connaissais bien les personnes qui y traînaient et qui faisaient parfois du grabuge dans les tribunes. En tant que jeune policier, c’était un plus. Et c’est grâce à ça que j’ai intégré la cellule chargée d’encadrer les supporters. » Une cellule qui a bien changé en près de trente ans…
« Aujourd’hui, tout est différent », me confirme le commissaire avec son accent bruxellois typique. « Les spotters sont plus nombreux et leur travail s’est diversifié. En plus d’encadrer les supporters dans et aux alentours du stade, il faut aussi scruter ce qui se passe sur les réseaux sociaux, par exemple. C’est une nouvelle pratique à laquelle il a fallu s’adapter. Mais rien n’est aussi efficace que le dialogue sur le terrain. » Et du terrain, les spotters anderlechtois vont en bouffer pendant les sept prochaines heures.
15 h 35. Ça s’agite au croisement de l’avenue d’Itterbeek et de la rue René Henry. Pour la première fois, les ultras d’Anderlecht ont choisi d’accompagner le bus des joueurs jusqu’au stade. « Histoire de leur prouver combien ce match est important à nos yeux », me résume un jeune membre de la Mauves Army 2003 avant de reprendre le traditionnel « Et le Standaaaaard, il est champiooooon… Tous les 25 ans ! Tous les 25 ans ! » Dans la foule composée d’une bonne centaine de supporters, on agite plusieurs drapeaux mauve et blanc pendant que quelques-uns craquent déjà les premiers fumigènes. L’ambiance monte d’un cran. Doucement.
Mon appareil photo en main, je prends quelques clichés pour immortaliser l’instant. Quelques regards deviennent plus insistants. Très vite, je comprends que ma présence en dérange certains. Comme un chien au milieu d’un jeu de quilles. Une dernière photo et je range mon matériel dans mon sac à dos.
À l’autre bout de la rue, quelques policiers facilitent la circulation des voitures tandis que le commissaire et trois de ses collègues surveillent le groupe de supporters. Discrètement mais efficacement. « Nous ne sommes pas là pour les empêcher de faire la fête », explique le spotter bruxellois en revenant vers moi. « Notre objectif est juste de leur rappeler les limites à ne pas franchir. » Et de garder un œil sur ces hooligans de l’Ajax Amsterdam qui se sont mêlés au gros de la troupe.
Avec leur casquette vissée sur la tête, leur sweat à capuche noir, une cigarette dans une main et leur smartphone dans l’autre, la petite dizaine de Néerlandais n’a pas besoin de se présenter aux ultras anderlechtois. « Ici, presque tout le monde les connaît de vue », me glisse un supporter avant d’entrer dans le stade. « S’ils sont venus, c’est parce qu’il existe une rivalité entre l’Ajax et le Standard, comme il en existe une avec Anderlecht. » Ou comme le dit le proverbe, l’ennemi de mon ennemi est mon ami.
« Même si on a de bons rapports avec les ultras, on ne sait jamais ce qui peut se passer avec ces supporters qui viennent de l’extérieur », souligne l’inspecteur qui fait équipe avec le commissaire durant ce clasico. « Pour l’instant, ces Hollandais ont juste craqué un feu de Bengale et entonné un chant en l’honneur de leur club. Ce n’est pas grave, surtout qu’on a invité les meneurs anderlechtois à les calmer un peu. Mais il ne faudrait pas qu’ils donnent de mauvaises idées aux autres gars. »
Cela fait trois quarts d’heure que les Mauves donnent de la voix sur l’avenue d’Itterbeek. Au loin, quelques lumières bleues. Le car des joueurs approche. Pour les supporters, c’est le moment de sortir les fumigènes et de donner encore plus de voix. Et le carrefour anderlechtois de se transformer en stade de foot, tel un avant-goût de la fête qui se déroulera dans les tribunes voisines.
En 15 secondes, le bus fend la foule et s’éclipse dans un épais brouillard. Joueurs comme supporters sont désormais tous gonflés à bloc. Mission accomplie pour les ultras. Fin du premier acte.
Libérés de la fumée rouge qui les enveloppait, les supporters se dirigent ensuite vers l’avenue Théo Verbeeck en laissant derrière eux quelques canettes de bière et des fumis par dizaines. Quelques mètres plus loin, le commissaire et l’inspecteur discutent tout en observant le cortège qui s’avance. Face à eux, la troupe, haranguée par le discours craché au mégaphone d’un de ses leaders, se serre les coudes et chante son amour du blason. Ça saute, ça se bouscule et ça se sourit. Bientôt 17 h. La foule se dissipe. Fin du cortège.
À peine le temps de prendre un café et de manger un sandwich dans les sombres coulisses du stade Constant Vanden Stock que le commissaire et son collègue partent faire un tour vers l’entrée des supporters visiteurs. « Depuis la mise sur pied de la loi football, en 1998, il est interdit pour les fans belges de se mélanger. Leur déplacement est organisé de telle façon qu’ils ne se croisent pas avant et après la rencontre. Cela évite des problèmes inutiles, même si les “rivaux” les plus acharnés trouveront toujours le moyen de se retrouver en dehors du stade, ou à un autre moment de la semaine, comme c’est plus souvent le cas dans des matchs européens. » Mais ce soir, rien de tout ça… Excepté une petite brouille entre deux supporters liégeois, l’ambiance est plutôt sereine dans l’équipe des spotters. Leurs confrères liégeois, qui ont fait le déplacement, les rassurent : tout est sous contrôle ! Le match peut commencer.
Une bronca d’enfer. Cela fait à peine une minute que le clasico de la D1 belge vient de débuter et un des défenseurs liégeois est déjà exclu. Pour le commissaire bruxellois et son inspecteur, impossible de savoir si la carte rouge est méritée : ils sont revenus à l’entrée du stade pour discuter quelques minutes avec des agents de sécurité. Au centre de leur discussion informelle, des nouvelles de connaissances communes. « On reste vigilant à la moindre info importante qu’on peut nous donner dans l’oreillette, mais ça ne doit pas nous empêcher de rester nous-mêmes avec les gens qu’on croise », sourient les deux policiers en civil.
Quelques pas derrière eux, je continue de les suivre discrètement.
Un petit bonjour à droite, une poignée de main à gauche... En dehors du stade comme dans les tribunes, l’ambiance est relativement calme. 18 h 45, c’est la mi-temps. Le moment privilégié pour palper l’ambiance générale et continuer de nouer quelques contacts. Comme c’est le cas avec ce supporter un rien alcoolisé…
« Ah, commissaire ! Comment ça va ? Vous savez que j’ai eu des nouvelles du Français de l’autre fois, au match à Lyon… » Tout en noir, un jeune gars aborde les deux spotters bruxellois. Il me calcule à peine. Et en un rien de temps, il se confie et donne son point de vue sur une amende qu’il a reçue récemment. Une prune au goût amer. « Franchement, ce n’est pas moi qu’on voit sur les images de la caméra », se défend le jeune homme. « Impossible que ce soit moi. » Face à lui, le responsable de la cellule Information et Football écoute sans broncher. « Tu sais bien ce qu’il te reste à faire si tu n’es pas d’accord. Tu peux toujours aller en appel, hein. Mais bon… » Le temps pour lui de terminer sa chope et le supporter retourne dans les tribunes, après avoir salué le spotter. « C’est un gars que je connais bien car on le voit très souvent aux matchs d’Anderlecht. Il a eu une amende parce qu’il a déconné il y a peu de temps, il sait sans doute qu’il est dans son tort mais il essaye quand même de nous amadouer. C’est le jeu. Parce que c’est clair que ça ne fait jamais plaisir de devoir payer plusieurs centaines d’euros pour une connerie qu’on a faite en venant au stade. Ils sont clairement de mauvaise foi quand ils doivent se défendre dans ces cas-là. Surtout quand on sait qu’ils ont été filmés, par exemple. » « En fait, briser l’anonymat de ces supporters, leur montrer qu’on est présent pour les écouter et tendre l’oreille à ce qu’ils peuvent nous dire d’intéressant, c’est ça qui est important dans notre métier », renchérit l’inspecteur en me regardant droit dans les yeux. « C’est même la base. Dès qu’ils savent qu’on est là et qu’on les observe, qu’on sait ce qu’ils ont fait ou ce qu’ils s’apprêtent à faire, ça en dissuade pas mal d’entre eux. » Reste toujours quelques irréductibles, à l’instar des hooligans de l’Ajax repérés dans l’après-midi.
70e minute de jeu. À 10 contre 11, le Standard tient bon tandis que les Mauves gâchent leurs occasions de but. Dans les tribunes, quelques sifflets se font entendre entre deux chants ultras. Le spectacle n’est pas à la hauteur des attentes des supporters anderlechtois. En face, le maigre public « rouche » donne de la voix, comme pour pallier l’exclusion de son défenseur. Mais ça reste bon enfant. Sympa. Gentil. Pourtant, au même moment, dans l’oreillette des spotters, ça s’anime. Certains regards se croisent. « On bouge ! » Un détour par deux des gaillards qui surveillent un des kops bruxellois et le commissaire et son inspecteur foncent vers le centre d’observation de la police situé dans un des virages du stade Constant Vanden Stock.
Sur le mur du local qui domine les tribunes et la pelouse, un nombre impressionnant d’écrans diffuse les images enregistrées par les caméras de sécurité. Au centre, quatre hommes sont en train de se faire sortir manu militari de leur tribune. Accompagnés par des spotters et des stewards jusqu’à l’entrée du stade, ils vont apprendre à connaître le commissaire bruxellois.
« Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Quoi, vous dites que vous n’avez rien fait ? Et vous venez d’où comme ça ? D’Amsterdam, c’est bien ça ? » Entre l’entretien et l’interrogatoire, l’échange se fait plus incisif. « Bon, vous allez me donner vos cartes d’identité et je vais faire une photo de vous avant que la police ne vous emmène au commissariat. » À peine quelques minutes plus tard, tout le monde rentre dans le combi.
« Ce sont bel et bien les gars qu’on avait vus tout à l’heure », m’assure un des inspecteurs bruxellois. « D’après ce qu’on m’a dit dans l’oreillette, les policiers ont trouvé des stupéfiants sur eux ainsi qu’une arme prohibée. »
Le match vient de se terminer. Anderlecht et le Standard n’ont pas réussi à se départager. Ce qui tape sur les nerfs de quelques-uns. « Les cars liégeois sont repartis sans problème, mais notre journée n’est pas finie. » La preuve, cinq minutes plus tard, une bagarre éclate entre supporters mauves.
« Il m’a craché dessus. Je lui en ai donc collé une, c’est tout », se défend un jeune homme devant ses amis, quelques spotters et plusieurs stewards. « Tu n’aurais pas fait la même chose, toi ? » À nouveau, le commissaire note l’identité de chacun et prend quelques photos. « Mais je suis certain que vous avez déjà un album photo de moi dans votre bureau », lâche un des fans avant de repartir « boire un dernier verre ».
20 h 52. Autour du stade, la tension redescend. Dans et devant les cafés voisins, on refait le match. « Mais c’est trop calme à mon goût », estime le responsable des spotters. Il a eu le nez fin, un mouvement important est annoncé dans l’oreillette. Une bande approche à toute vitesse. Pour les policiers, l’objectif est de calmer les esprits avant que la situation ne s’envenime. Trop tard, un petit groupe de supporters s’en prend à deux-trois gars en train de siroter leur bière. Un coup de poing vole. La foule s’écarte, comme moi. Tout le monde s’enfuit en courant. La castagne aura duré 15 secondes à peine.
« C’était un des types qu’on a contrôlés il y a une demi-heure », m’assure un des inspecteurs. « Le gars à qui ils s’en sont pris avec son pote a certainement demandé qu’on lui inflige une petite leçon. Et visiblement, le message est bien passé. »
Le calme est de retour. La soirée se termine en douceur. Les spotters se retrouvent une dernière fois devant le stade pour faire le point sur la situation. Un dernier bilan ? « Tout est sous contrôle. » Anderlecht n’a peut-être pas été efficace sur la pelouse, mais ses spotters ont fait le boulot dans les coulisses.
De mon côté, après plus de neuf heures passées dans le froid bruxellois, je remonte sur le ring en écoutant le débrief des matchs du soir à la radio. En réalité, je fais à peine attention à ce qui se dit. Là, au fil des kilomètres que j’avale, je repense surtout à tous ces supporters qui se les sont gelées dans les tribunes du pays en espérant un coup d’éclat de leur équipe favorite. À ces partisans de l’Ajax qui vont passer une bonne partie de la soirée au poste. À ce mec qui a gentiment tenté d’amadouer les spotters à la mi-temps. Et à cet autre gars qui rentrera chez lui avec un œil au beurre noir. Qui sont-ils ? Qu’ont-ils en commun pour que leur passion du foot soit à ce point ancrée dans leur chair ? Ça m’intrigue. Ils ont piqué ma curiosité. Je veux en savoir plus désormais...
« On m’appelle le traître »
Je n’aurai pas vu le gars de Derby se faire massacrer. C’est un soulagement. Je me serais senti con, de le laisser dérouiller comme ça. Il a fait lui-même ce qu’il fallait, ça m’épargne tout sentiment de culpabilité. » Voilà donc que j’en termine avec ce « fameux » Football Factory
