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1429: la France est occupée et divisée par la guerre civile. Jeanne d'Arc n'a pas dix-huit ans. Elle reçoit la mission divine de secourir le roi et libérer la France. Elle n'est pas prise au sérieux par la noblesse et le clergé incapables de mettre fin aux massacres. L'Etat est inexistant. Le peuple souffre. Orléans lutte seule depuis des mois. La suite de l'histoire est plus ou moins connue. Le propos n'est pas de faire un panégyrique du seul héros féminin de l'histoire de France, ni même de tirer un portrait pamphlétaire. Des écrivains célèbres se sont livrés à cet exercice. Partons avec elle dans ces deux ans d'aventure, soyons au spectacle de la reconstitution des routes, des villes traversées et des maisons encore existantes où elle a séjourné, soyons témoins de ses batailles politiques et militaires. Nous découvrons un roi toujours indécis porté par les évènements; habitants et soldats enthousiastes pleins d'espoir qui se rallient à sa bannière. Les conséquences politiques sont considérables. Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France, dans ce monde où le dauphin doutait d'être le dauphin, la France d'être la France, l'armée d'être une armée, elle refit l'armée, le roi, la France. Le pouvoir monarchique se renforce détriment des féodaux tandis que le peuple aspire à passer l'occupant. Le passage de Jeanne ne fut-il que celui d'une comète qui aurait laissé uniquement les poussières d'une légende, colportée par la propagande royaliste, contrôlée par l'Eglise, relayée par le patriotisme républicain? Depuis Jeanne d'Arc le peuple entretien l'idée qu'il puisse s'armer quand l'Etat est défaillant. Il prend légitimement sa propre défense dans un élan patriotique. Les évènements de la Bastille en 1789 et des canons de la Commune en 1870 le confirment. Pour gagner la 1ère Guerre Mondiale la République pourtant laïque appelle au secours Jeanne d'Arc. Revenue à l'honneur, elle est glorifiée dans le roman historique comme l'image personnifiée de Marianne. La réalité historique est-elle déformée par la légende?
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Seitenzahl: 690
Veröffentlichungsjahr: 2021
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A Jean, mon père et mes enfants: Sébastien, Anne-Sophie, Aurélien et Marine.
« Les Hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle »
Napoléon Bonaparte, Lieutenant d’artillerie, discours à Lyon en 1791.1
1Bonaparte est lieutenant au 4ème Régiment d’Artillerie à Valence quand il participe à un concours d’éloquence organi-sé par l’académie de Lyon (Cf « Bonaparte » André Castelot Ed.FAMOT 1977.)
TOME 1: Jeanne d
!
Arc de Domrémy à Compiègne.
1: Jeanne d’Arc de Domrémy, à Chinon et Blois.
2: La délivrance de l’Orléanais.
3: La chevauchée vers Reims
4: La campagne de Paris
5: La campagne sur la Loire la Champagne et Compiègne.
Epilogue
Annexes:
Annexe 1- Arbre généalogique des dynasties françaises et anglaises.
Les XIV et XVème siècles, de 1380 à 1453
transition entre le « Moyen-Age » et la Renaissance.
Annexe 2- Traité de paix entre Charles VI, roi de France et Henri, roi d'Angleterre. Déshéritement de Charles VII. carte de la France en 1420.
Annexe 3- La maison natale à Domrémy.
Annexe 4- La famille de Jeanne d'Arc.
Annexe 5- L’église de Domrémy.
Annexe 6- Les vêtements de Jeanne d'Arc.
Annexe 7- Le siège d’Orléans- Octobre 1428 - Avril 1429.
Annexe 8- Liste des « capitaines » français- compagnons de Jeanne d’Arc.
Annexe 9- Lettres de Jeanne d’Arc.
Annexe 10- Lettres de Charles VII-
Annexe 11- Lettre de Guy et André de Laval à leur aïeule et mère 8 juin 1429.
Annexe 12- Lettre de 2 Allemands observateurs du siège dOrléans juin 1429.
Annexe 13- Lettre de Perceval de Boulainvilliers au Duc de Milan 21 juin 1429
Annexe 14- Lettre de trois gentils hommes à Marie d'Anjou 17 juillet 1429.
Annexe 15- Lettre de Jacques de Bourbon à l’évêque de Laon le 24 Juillet 1429.
Annexe 16- Lettre d'Alain Chartier écrite après le sacre.
Annexe 17- Lettre du Duc de Bedford à Charles VII 7 août 1429.
Annexe 18- Jeanne d’Arc à Bourges hiver 1429-1430.
Annexe 19- 1431-1461 Trente ans de règne de Charles VII après Jeanne d’Arc.
Annexe 20- Chronologie.
Sources
Avant propos
Pour la rédaction de cet ouvrage j’ai suivi la procédure que je connais le mieux: celle de l’enquête judiciaire.
En travaillant à charge et à décharge, j’ai rassemblé tous les éléments constitutifs de l’histoire du personnage en ne prenant que des faits concordants puisés dans les chroniques contemporaines & autres témoignages et ouvrages consacrés à Jeanne d’Arc depuis le XVème siècle. Chacune de ces sources est bien entendu écrite dans le contexte religieux, social et surtout politique de son époque et il faut en tenir compte et le comprendre à sa juste valeur.
Le propos de ce livre n’est pas de faire un panégyrique du seul héros féminin de l’his-toire de France, ni même d’un tirer un portrait pamphlétaire. Des écrivains célèbres se sont livrés à cet exercice.
Mon seul but est de vous faire partir à l’aventure, d’être au spectacle d’une reconstitution des routes, des villes traversées des maisons encore existantes où elle a séjourné et d’être le témoin des batailles politiques et militaires. C’est la raison pour laquelle il y a beau-coup d’images, cartes, dessins, photographies dans le corps du texte.
Pour mieux s'imprégner du contexte de l’époque il est possible de lire les chroniques ou les courriers de contemporains dont beaucoup sont consultables plus ou moins facilement en bibliothèque ou même sur internet.
Les stratégies militaires, les vêtements de l’époque, « détail de l’histoire » pour cer-tains historiens sont à mes yeux d’une importance majeure.
Les stratégies parce qu’elles déterminent la victoire ou la défaite et le destin des peuples.
Les vêtements parce qu’ils permettent de comprendre en quoi cette question a été cen-trale dans le procès de l’accusée. En effet: L'acte d'accusation de d'Estivet mentionne que Jeanne d’Arc portait des chausses longues et attachées, et précise qu'elle étaient reliées au gippon par vingt aiguillettes. C’est tout à fait inhabituel et sans autre exemple en ce temps.
Pour celle qui aimait les vêtements de luxe, cette tenue ne peux se justifier, que par la pudeur et surtout la crainte de se faire agresser.
J’ai rassemblé une petite sélection de quelques uns de ces documents dans la partie « annexe ».
J’ai fait éditer un format de poche non illustré, allégé de sa partie « annexes ».
Frédéric RATEAU, 2021
Introduction
L’an 1429, le 04 mars, arrive à Chinon une jeune fille qui vient de Domrémy, une petite paroisse des environs de Vaucouleurs dans le duché de Bar, limitrophe du duché de Lorraine. Elle vient de parcourir 500 km, par mauvais temps, sur de mauvaises routes, à travers le pays hostile bourguignon avec sa petite escorte. Elle a reçu la mission de Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite d’aller voir le dauphin pour l’aider à son couronnement à Reims.
En cette époque médiévale, les populations souffrent des guerres, des épidémies et de la famine. La foi et la superstition troublent les esprits. Charles n’est donc pas surpris par l’arrivée de cette jeune femme visiblement exaltée. D’un naturel méfiant, après quelques jours de réflexion, il consent à la recevoir le 06 mars. Adolescente aux allures androgynes, vêtue en habits d’homme et les cheveux coupés à la garçonne, Jeanne fait preuve d’un aplomb que seuls les gens inspirés par une mission divine peuvent se croire autorisés. Charles se laisse convaincre par le Duc d’Alençon d’accepter de vérifier les dires de la pucelle en la faisant soumettre à un examen théologique et médical à Poitiers. Après cette longue enquête de moralité2 , il est finalement décidé que le dauphin Charles n’avait pas grand chose perdre à l’autoriser de se joindre au convoi de ravitaillement pré-vu pour la ville d’Orléans assiégée.
L’exaltation de Jeanne a sous doute galvanisé les troupes, et inspiré une peur dérai-sonnable aux armées ennemies. La nouvelle de la libération d’Orléans, le 08 mai, en deux jours seulement par « la Pucelle », se répand dans toute l’Europe. En Angleterre l’évènement est ressenti comme un affront. Dans les semaines suivantes plusieurs villes tombent. Après la victoire de Patay le 18 juin, au lieu de libérer la Normandie toute proche il est déci-dé de légitimer le roi, prendre la route du sacre à Reims et pour cela de conquérir d’autres villes. Mission accomplie de 17 juillet.
A l’époque, pour beaucoup en France et dans l’Europe chrétienne, l’intervention divine ne fait aucun doute et l’enthousiasme est général en faveur de la Pucelle.
Aujourd’hui une autre analyse est possible.
Certes les guerres ne sont que querelles d’aristocrates, batailles rangées, mariages for-cés, assassinats politiques en France comme en Angleterre.
Une chose est certaine, quand les seigneurs partent loin en croisade, quand ils s’entre-tuent pour des histoires dynastiques que personne ne comprend, le peuple de son côté, ne se sent pas concerné. Mais ce conflit a lieu en France, et les seigneurs féodaux, sensés pro-téger les habitants et le clergé se montrent incapables d’y mettre fin. La chevalerie est déci-mée à Crécy, Poitiers, Azincourt. Le seigneur laisse sa famille et son fief, sans autorité, sans protection, sans loi. Le peuple prend conscience qu’il est étranger à ces querelles mais que c’est lui qui en paye le tribut le plus lourd. Les massacres sont épouvantables dans les cam-pagnes reculées. La gendarmerie n’existe pas. Les villes assiégées obligées de se renforcer à grand frais d’impôts, ne sont pas épargnées. Le commerce des ressources est empêché. Quand ils ne sont pas tués par la guerre et les brigands, les ruraux sont décimés par la peste. Il n’y plus personne pour cultiver et le mauvais climat s’en mêle. Les famines sont endé-miques. Les jacqueries et les révoltes bourgeoises dans les villes réclament des réformes. Chacun constate l’échec du système féodal décapité par les guerres et la cupidité des seigneurs anglais qui pillent à bon compte la France.
A partir du moment où la population se sent concernée par la guerre livrée chez elle, le conflit change de nature.
Il est plus facile de comprendre les villes qui accueillent dans la liesse une des leurs. Les habitants comprennent que le salut ne peut venir que de l’un ou de l’une d’eux puisque les seigneurs sont incapables de les protéger. D’ailleurs, à peine est elle arrivée à Orléans que les habitants passent à l’attaque le 30 avril, sans qu’elle en soit informée.
Comment ne pas comprendre l’impatience de Jeanne à vouloir libérer le pays de l’occupation anglaise.
Jeanne veut profiter de cette dynamique, « les voies » la poussent à poursuivre le combat, elle est persuadée que ses heures sont comptées.
Jeanne d’Arc donne l’impulsion de la résistance.
Venant de la frontière entre la France et la Lorraine, région victime des pillages bourguignons et anglais elle fait prendre conscience aux gens qu’ils partagent beaucoup en commun, à commencer par un ennemi. Dans les villes, notamment à Orléans, le peuple monte aux créneaux, jamais cette expression n’aura autant de sens. Les habitants comprennent que si tout le peuple se lève, aucune troupe ne peut lui résister.
Il se trouve que les troupes anglaises stationnées en France sont peu nombreuses. Les Anglais ne se risquent plus à sortir en petit nombre de leurs places fortes. Dans les campagnes, sur les chemins, les paysans révoltés les harcèlent. Parfois eux mêmes an-ciens soldats, installés dans des villages désertés par la peste et les massacres, ces pay-sans sont bien entrainés à l’emploi des armes.
Charles VII lui, ne comprend rien à tout çà. Après le sacre, il profite d’une trêve d’août à décembre négociée avec le Duc de Bourgogne, pour retourner passer l’hiver à Mehun-sur-Yèvre. Comment ne pas comprendre la colère de la Pucelle quand elle constate l’apathie du roi et sa faiblesse à vouloir négocier avec son cousin quand il re-nonce devant Paris pourtant sur le point d’ouvrir ses portes.
Jeanne suit donc le roi à Bourges, s’impatiente, lève une petite troupe échoue le 23 novembre à la libération de la Charité sur Loire. La trêve est rompue le 1er janvier 1430. En mai 1430, Compiègne est assiégée par les Bourguignons. Elle s’y rend mais elle est trahie. Les portes de la cité sont refermées alors qu’elle revient d’un combat. Le roi refuse de payer la rançon. Elle est vendue aux Anglais pour 10 000 livres.
Jeanne, exaltée, intransigeante, impatiente n’écoutant que ses voies, gênait beau-coup de monde dans les deux camps.
Plus que tout autre personnage du Moyen-Age, Jeanne d’Arc a fait l’objet de quanti-té décrits ou oeuvres artistiques inspirées par les sources et les idéologies les plus di-verses. L’essentiel est donc de s’en tenir aux faits du passé restés très actifs dans la mé-moire collective. Son histoire sans cesse ré-étudiée, ré-écrite, laisse encore aujourd’hui un mystère non résolu qui fait d’elle ce personnage finalement romantique. L’histoire de la Pucelle se heurte à la rigueur scientifique au sujet des voix. Dans les faits du passé, les considérations métaphysiques alimentent le débat depuis 1429. Il n’est pas sérieux, sur le plan historique de débattre au XXI siècle sur la présence supposée ou réelle des voix, à partir d’une discussion contemporaine sur la foi, l’existence de Dieu, et les manifestations des saints et des anges. Ce qui compte, pour comprendre l’histoire, c’est de contex-tualiser les faits. Pour les contemporains de Jeanne d’Arc comme pour le clergé français ou l’ennemi qui la juge, l’existence de Dieu est « une affaire entendue » indiscutable. La seule question en suspend est de savoir si ces voix sont divines ou démoniaques. Consulté comme sachant par Charles VII, le Parlement de Poitiers demande à la Pucelle qu’elle leur livre « un signe » de sa bonne foi. Ce signe viendra avec la levée du siège d’Orléans répond elle.
L’idée des anglais est de faire condamner Jeanne par l’Eglise afin de démontrer que sa « mission divine » n’était inspirée que par le diable. La présence d’une sorcière dans la cathédrale à Reims entache de nullité le sacre de Charles. Dieu ne peut être que du côté des Anglais. Le procès a lieu à Rouen en 1431. Le caractère politique du procès ne fait au-cun doute.
Le 16 décembre 1431 Henri VI (9 ans) est couronné roi de France et d’Angleterre à N-D de Paris. La guerre continue sans Jeanne d’Arc (Cf Annexe:« le règne de Charles VII après Jeanne d’Arc »).
L’idée des anglais est de faire condamner Jeanne par l’Eglise afin de démontrer que sa « mission divine » n’était inspirée que par le diable. La présence d’une sorcière dans la cathédrale à Reims entache de nullité le sacre de Charles. Pour les Anglais, Dieu ne peut être que de leur côté. Le procès a lieu à Rouen en 1431. Le caractère politique du procès ne fait aucun doute.
Le 16 décembre 1431 Henri VI (9 ans) est couronné roi de France et d’Angleterre à N-D de Pa-ris. La guerre continue sans Jeanne d’Arc (Cf Annexe:« le règne de Charles VII après Jeanne d’Arc »).
Conscient que son sacre doit être lavé de tout soupçon d’irrégularité, Charles VII, « le Victo-rieux », dès la reconquête de la Normandie, ordonne le 15 février 1450 à l’université de Paris une enquête qui confirme les vices de la procédure de condamnation. Ce procès ecclésiastique voit sa révision ordonnée par le pape Calixte III en 1455. Un second procès est donc instruit par l’Eglise qui conclut, en 1456, à l'innocence de Jeanne, la réhabilite entièrement et légitimise définitivement le règne de Charles VII. Au sujet des voix, la question est tranchée par le fait que les quatre prophéties soient réalisées: Orléans, le sacre, la défaite définitive des Anglais et la libération du duc d’Orléans.
Des deux cotés de la Manche, Jeanne d’Arc contribue au développement des patriotismes an-glais et français.
Sa fulgurante épopée laisse dans le ciel de l’histoire les poussières d’une étoile filante qui écrivent en lettres d’or « Jeanne », à côté de celui d’Achille héros grec fauché en pleine jeunesse et en pleine gloire. Elle fait inscrire « Jésus » et Maria » sur son étendard. Elle célèbre Marie et contri-bue à promouvoir le culte de la Vierge, comme l’ont fait avant elle les saints, l’Université de la Sor-bonne, les chefs de la France depuis les premiers siècles de l’Eglise. Elle n’est pas qu’une héroïne, sans peur face aux épées dégainées, c’est aussi le personnage féminin symbolisé des rares femmes célèbres de l’histoire.
Cependant son souvenir est effacé par les monarques Valois et Bourbons. Il n’est certainement pas bon pour la stabilité et le prestige de la monarchie d’entretenir le souvenir qu’une fille du peuple ait défendu la monarchie absolue de droit divin ou que le peuple puisse prendre légitimement sa propre défense et s’armer pour chasser l’occupant. Les évènements de la Bastille en 1789 et des canons de la Commune en 1870 initiés par ce motif confirment cette idée.
Louis XIII, au passage, retire le titre de noblesse à la famille devenue trop nombreuse.
C’est la République pourtant laïque qui la glorifie dans son roman historique, comme l’image personnifiée de Mariane.
Béatifiée en 1909 après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat puis logiquement canonisée en 1920, après la Grande Guerre, Jeanne d'Arc devient en 1922 sainte patronne secondaire de la France par la lettre apostolique Beata Maria Virgo in cælum Assumpta in gallicæ. Si les Orléanais célèbrent son souvenir depuis 1432, la République institue sa fête nationale le 2ème dimanche de mai par la loi en 1920. Chaque année depuis 1457 (suite à l'arrêt de réhabilitation de Jeanne d'Arc, prononcée à l'archevêché de Rouen le 7 juillet 1456), les Fêtes Johanniques d'Orléans donnent lieu (le matin du 8 mai) à la lecture d'un panégyrique de Jeanne d'Arc, au cours d'une messe solennelle, où sont conviées les différentes autorités, les institutions laïques ou non. Presque tous les présidents de la Vème République ont répondu à l’invitation.
Je vous renvoie aux ouvrages de plusieurs historiens contemporains qui ont étudié Jeanne d’Arc à travers l’histoire politique et culturelle (Cf sources)
Le passage de Jeanne d’Arc ne fut-il que celui d’une comète, qui aurait laissé uniquement les poussières de la légende, colportée par la propagande royaliste, contrôlée par l’Eglise, relayée par le patriotisme républicain?
La vérité historique est-elle déformée par la légende?
La lecture des chroniques de l’époque nous la montrent au combat.
Le premier procès dont les minutes ont été conservées, bien qu’il s’agisse de procédure inqui-sitoriale, nous permettent de nous rapprocher de la vraie Jeanne d’Arc qui répond à ses juges.
Le deuxième procès donne une lecture enrichie du souvenir des témoins.
Frédéric RATEAU Janvier 2021.
2Les archives de Poitiers n’ayant pas été conservées les chroniques servent de source au récit.
De Domrémy à Compiègne.
Ces vitraux sont aujourd’hui dans le musée du Moyen-Age de l’hôtel Cluny à Paris.
Nous sommes le 21 février 1431, il est 08 heures du matin. Il fait très froid. Frappés par les pales rayons du soleil encore très bas dans le ciel normand, les vitraux illuminent les murs polychromes de la chapelle du château de Rouen. Des voix d’hommes chuchotent. Elles s’élèvent d’une assemblée des ecclésiastiques du dio-cèse. Les visages sont à peine visibles, serrés les uns contre les autres les groupes se sont formés. Peu à peu l’église se rempli, on se cherche, on se salue d’un air entendu et l’on se rapproche pour se donner chaud et parler discrètement. Il y a là les abbés normands, ici les prieurs, un peu plus loin les chanoines de Rouen. Les réunions des jours précédents chez l’évêque sont commentées. On parle aussi de celle que personne n’a encore vue. Au milieu, les docteurs de l’université de Paris sont bien les seuls à parler fort. Chacun peut entendre leurs arguments juridiques, ils débattent encore sur l’absence du Grand Inquisiteur que l’évêque a fait remplacer par son vicaire frère Jean Lemaître, issu du couvent des Jacobins. Certains parlent de l’évêque quand justement apparait une soutane violette. Le silence se fait immédiatement. La croix pectorale tressaute à chaque pas. L’évêque avance d’un pas assuré. Il est résolu à montrer son autorité. Tout est enfin prêt, il va montrer à ses maîtres qu’ils ont bien fait de lui faire confiance. Il est suivi par un individu que beaucoup ne connaissent pas. « C’est Guillaume Haiton, le secrétaire du roi Henri VI » chuchote une voix bien informée.
Chacun prend sa place, l’évêque préside. Le procureur, Jean d’Estivet ordonne que l’on fasse entrer l’accusée. Les voutes renvoient le claquement d’une lourde porte, le choc des semelles sur les dalles et la réverbération lugubre du frottement de lourdes chaînes.
Tous les regards se tournent vers la prisonnière toute petite, mais fière entre deux sol-dats anglais géants. Les chaines tombent bruyamment. Elle lève son menton qui s’illumine des reflets bleus du vitrail. Le symbole est compris de tous. Le bleu est couleur de la reine du Ciel, couleur des rois de France: l’accusée est sous la double protection de la Vierge et de son roi.
Tout de suite l’évêque prend les choses en main. Il rappelle sommairement à toute l’assemblée les circonstances qui font que tous ici sont réunis dans ce tribunal. Il cite les charges qui pèsent contre l’accusée, il lit l’ordre du roi d’Angleterre, l’enquête et l’avis des docteurs du droit. Dans le respect du droit canon et de la procédure inquisitoriale il invite brusquement l’accusée à parler sans mentir, et il la requière de prêter serment de dire la vé-rité sur toute chose dont on l’interrogerait.
Instant de silence… elle est là, devant ces hommes, toutes les couleurs des vêtements ecclésiastiques l’entourent. Ce cérémonial, cet apparat, impressionne les deux soldats, et mêmes certains clercs et chanoines présents. Comment réagit l’accusée? apeurée, intimi-dée? Non, elle regarde droit dans les yeux l’évêque Cauchon qui lui parle. Impressionnée? Non bien sûr , elle a vu les plus grands du royaume de France, elle était pendant un an dans la fureur des effroyables canonnades, les hurlements des soldats, les blessures, le sang. Il en faut plus pour impressionner l’accusée. Elle se tient droite dans sa modeste tenue. Mais là, tout de suite c’est elle qui impressionne. Les regards s’échangent, on s’interroge et on s’étonne. « Elle est vêtue en homme! Avec une coupe de cheveux à la garçonne, elle res-semble à un garçon! Mais sa voix, comment est sa voix. Voix de garçon? voix de fille?"
Dès la prestation de serment les juges comprennent que l’accusée n’est pas résignée.
Elle va se défendre.
D’une voix de fille, mais d’une voix ferme et claire elle dit : « Je ne sais de quoi vous me voulez interroger. Peut-être me demanderiez-vous des choses que je ne vous dirai pas. »
— Jurerez-vous, reprit l'évêque, de dire la vérité sur les choses qui vous seront demandées touchant la foi, et que vous saurez ?
— Pour ce qui est de mon père, de ma mère et de ce que j'ai fait depuis que j'ai pris le che-min de France, je jurerai volontiers; mais, pour les révélations que j'ai eues de Dieu, jen'en ai jamais rien dit à personne qu'au roi Charles, et je n'en dirai rien quand on me de-vrait couper la tête : parce que mon conseil [ses voix] m'a défendu d'en rien dire à per-sonne. Du reste, avant huit jours je saurai bien si j'en dois parler. »
L'évêque a beau insister, il ne peut la faire renoncer. Les genoux en terre et les deux mains sur l'Évangile, elle jure de dire, autant qu'elle le pourrait, la vérité, mais seulement sur les choses dont elle serait requise touchant la foi.
Alors l'évêque lui demande quel est son nom, son surnom.
« Dans mon pays, dit-elle, on m'appelait Jeannette. Depuis que je suis en France on m'ap-pelle Jeanne. Du surnom, je ne sais.
— Où êtes-vous née ?
— A Domremy, qui fait un avec Greux. C'est à Greux qu'est la principale église.
— Comment s'appellent votre père et votre mère ?
— Mon père se nomme Jacques d'Arc ; ma mère, Isabelle.
— Où avez-vous été baptisée ?
— A Domremy.
Transportons nous sur les bords de la Meuse.
Elle serpente d’un côté à l’autre de sa vallée et baigne de nombreux villages: Frébé-court et son château de Bourlemont; Coussey, Gondrecourt, Maxey, Burey, Greux, Chalaines à l'est de Vaucouleurs. Sur la route de Greux à Gondrecourt il y a Domrémy. C’est donc là que nait Jeanne D’arc.
L'évêque l'interroge sur ses parrain et marraine, sur celui qui la baptisa, sur son âge à elle : elle a environ dix-neuf ans! Puis elle ajoute ne rien savoir de plus à ce sujet.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que la Pucelle ne connaisse pas sa date de naissance. Les paroisses n’étaient pas obligées de tenir les registres de baptêmes, mariages et sépultures avant l’ordonnance de Villers-Coterets de 1539.
L’enquête préliminaire ordonnée par les juges à Domrémy recueille des témoignages qui confirment cet âge approximatif de 18 à 20 ans en 1431. Jeanne serait donc née vers 1412. Ce sont les meilleures sources. Le conseiller royal Perceval de Boulainvilliers retrace l'activité et les faits d'armes de Jeanne d’Arc dans une lettre rédigée le 21 juin 1429 et adres-sée au duc de Milan, mais il invente une légende relative à sa naissance durant la nuit de l'Épiphanie, autrement dit le 6 janvier, sans spécifier l’année.3
Son père, Jacques d’Arc est né en Champagne, à Séfond près de Montier-en-Der; sa mère, Isabelle Romée vient de Vouthon, village sur la route de Gondrecourt. (Cf carte) Le village de Domrémy est imbriqué dans un territoire de diverses suzerainetés. Il est situé aux marches du comté de Champagne, et des duchés de Barre et de Lorraine.
Sur le plan politique Domrémy relève, sur la rive gauche de la Meuse, du duché de Bar pour lequel le duc prête hommage au roi de France depuis 1301. Édouard III de Bar, son frère, Jean de Bar, seigneur de Puysaye, et son petit-fils le comte de Marle, meurent à la ba-
lement évêque de Verdun, jusqu’à son décès en 1430. Le village est aussi rattaché à la châtellenie de Vaucouleurs, sous l'autorité directe du roi de France qui y nomme un capitaine, le sire de Baudricourt, au temps de Jeanne d’Arc, resté fidèle au Valois il devait encore en 1428 combattre les Anglo-Bourguignons venus dé-truire l’église de Domrémy.
Enfin, sur le découpage religieux, l’église de Domrémy dépend de la paroisse de Greux, au diocèse de Toul dont l'évêque est prince du Saint-Empire germanique.
Jeanne est née dans la ferme familiale proche de l’église de Domrémy. L’église de Domrémy est d’une importance moyenne. Elle nous donne une information sur les res-sources locales et la richesse très relative des habitants de la paroisse. (Cf Annexe 5)
Les juges de 1431 et les chroniqueurs Jean Chartier et Perceval de Cagny pensent que Jeanne est née dans la partie sud du village. Seul Perceval de Boulainvilliers considère pour sa part que Jeanne d’Arc est née dans la châtellenie de Vaucouleurs et donc du royaume de France depuis 1291.
Origine du nom « d’Arc».
La Pucelle répond à ses juges que son « nom » est Jeanne (Jeannette « dans son pays ») et son « surnom » « d'Arc». Par surnom, on entend nom de famille. « de Arco » si-gnifie « de l'arche » ou « du pont ». Comme la très grande majorité des noms de famille, « Arc » tire donc son origine d’un lieu-dit, mais aucun document notarial n’en atteste l’exis- tence dans la région, sauf la commune d’Arc en Barrois. Il est à noter que le nom patrony-mique n’est pas très courant dans les registres paroissiaux une centaine d’années plus tard.
Les juges de 1431, soucieux de respecter la coutume du droit romain veulent attribuer un nom paternel à celle qui se dit s’appeler simplement « Jeannette » dans son pays. Mais on remarque que « Johanna Darc » n’est jamais transcrit dans les procès-verbaux.
En 1456 pour laver leur honneur de l’infamie de la condamnation, les membres de la famille se retrouvent derrière le patronyme « Darc » pour déposer plainte.
Jean et Pierre les deux frères, qui rapidement rejoindront Jeanne dans son combat, se feront ensuite appeler « Du Lys » en référence aux armoiries conférées par les lettres de no-blesses royales de 1429. (Cf Annexe 10)
Le 24 mars 1431 Jeanne revendique le lien matrimonial expliquant que dans son village de Domrémy, l’usage veut que les filles portent le nom de leur mère. En conséquence taille d'Azincourt. Le duché de Bar échoit à Louis, frère survivant du duc défunt. Il est éga on peut conclure que selon l’usage local à l’instar des enfants de son village, Jeanne était appelée « La Jeannette de la Romée ». Le nom patrony-mique est donc peu usité à cette époque. Partout en France, au lendemain du siège d’Orléans, le per-sonnage est connu selon le sobriquet de « la Pucelle » avec une majuscule. Elle même le revendique, « Puella » signifiant « la jeune fille consacrée à Dieu ». Il existe plusieurs hypothèses sur l’origine du nom de sa mère; « La Romée » pour-rait être une allusion à un ancêtre ayant fait le pèlerinage à Rome.
Rue de Domrémy vers 1900.
La famille:
Jeanne est la fille de Jacques d’Arc et d’Isa-belle Romée.
Il y a cinq enfants. (Cf Arbre généalogique annexe 4). Le père est laboureur cela ne signifie pas qu’il est pauvre. Le laboureur est un paysan aisé. Il possède des terres, une charrue, un bât, des bêtes de somme, ses revenus lui permettent de louer les services d’un maçon à la construction ou l’entretien de l’immobilier.4
Bien que construite en pierre, sa maison familiale comporte uniquement trois pièces. Arc bénéficie vraisemblablement d'une certaine notoriété à Domrémy, certaines archives de la paroisse notent sa représentation dans la communauté des villageois.
Jeanne est décrite comme très pieuse par tous les témoins de l’enquête du procès. Elle se rend avec d’autres jeunes chaque dimanche à la chapelle de Bermont, près de Greux. Comme tous les enfants elle fait les travaux de la maison: ménage, cuisine, aide aux mois-sons et garde le bétail. Elle répond à une question suivante de ses juges: « Interrogée si, dans sa jeunesse elle avait appris quelque métier, elle dit que oui, à coudre les pièces de lin et à tisser, et elle ne craignait point femme de Rouen pour tisser et coudre » (deuxième séance publique du procès, 22 février 1431).
Et le surlendemain, 24 février: « Interrogée si elle conduisait les animaux aux champs, elle dit qu'elle avait répondu à un autre moment à ce sujet, et que, après qu'elle soit devenue plus grande et qu'elle eût l'âge de raison, elle ne gardait pas habituellement les animaux, mais aidait bien à les conduire aux prés, et à un château appelé l'Île, par crainte des gens d'armes ; mais qu'elle ne se souvenait pas si dans son enfance, elle les gardait ou non. »
Elle aurait mis fin à un projet matrimonial en 1428.
Les voix, ses visions et la révélation:
L’un des premiers à documenter officiellement « la voix » entendue par Jeanne, c’est le conseiller royal Perceval de Boulainvilliers dans sa lettre du 21 juin 1429 au duc de Milan5 . Il est suivi par Alain Chartier qui écrit une lettre après le sacre.
Jeanne est bien entendu interrogée au sujet des voix. Le 22 février 1431 elle affirme que c’est à l’âge de treize ans, alors qu’elle se trouvait dans le jardin de son père, à droite, du côté de l’église qu’elle vit une grande clarté et qu’elle reçut pour la première fois une « révé-lation de Notre Seigneur par une voix qui l'enseigna à soi gouverner ». Elle précise qu’elle ne comprend pas très bien au premier jour. Par la suite, Jeanne identifie les voix célestes des saintes Catherine et Marguerite et de l'archange saint Michel. Elles lui demandent d'être pieuse, de libérer le royaume de France de l'envahisseur et de conduire le dauphin sur le trône. Elle rencontre la foi très jeune, elle s’y consacre immédiatement. Elle s’isole des jeunes de son âge. Tout le village constate sa très grande ferveur religieuse mais qu’elle se tient à l’écart des superstitions locales.
En 1428 toute la France est déstabilisée par la guerre civile entre Armagnacs et Bour-guignons. (Lire page 161 et suivantes)
Les conséquences sont ressenties jusque dans le village de Domrémy attaqué en mai et juin 1428, bien loin de Bourges, la capitale du dauphin vers lequel s’adresse toutes les prières de « la Jeannette de la Romée »
Quand les nouvelles du siège d’Orléans parviennent aux oreilles de Jeanne, dans le courant de 1428, « le gentil dauphin » est sur le point de perdre son beau royaume. En ré-ponse à ses prières « la voix » ou les voix en échos reviennent, plus souvent et plus insis-tantes. Deux à trois fois par semaine dit-elle à son procès.
La voix lui répète qu’il faut partir en France. Mais comment aller seule si loin? Un jour elle reçoit l’ordre d’aller à Vaucouleurs, cette seigneurie près du duché de Bar. Robert de Baudricourt, lui seul peut donner une escorte. Jeanne craint de demander à son père l’auto-risation de s’y rendre. Sous prétexte d’aller aux relevailles d’une cousine germaine, qui s’ap-pelle elle aussi Jeanne, elle se rend à Burey. Pour cette aide elle est remerciée par le mari, Durand Laxart qui lui promet de l’emmener voir Beaudricourt.
Ils se mettent en route. Elle est en tenue de pay-sanne. Arrivée à Vaucouleurs, elle dit qu’elle veut s'enrô-ler dans les troupes du Dauphin. Elle demande audience à Robert de Baudricourt. Il lui permettrait de se rendre jus-qu’à la cour s’il voulait bien lui remettre une lettre de cré-dit qu’elle remettrait ensuite au roi. Beaudricourt fini par la recevoir. Elle lui dit qu’elle vient « de la part de son Seigneur, afin qu’il mandât au dauphin de bien se tenir et de ne point assigner bataille à ses ennemis, parce que le Seigneur lui donnerait secours avant le milieu du ca-rême. » L’étonnement de Beaudricourt ne l’émeu pas. Elle dit que « le royaume n’appartient pas au dauphin mais à son seigneur mais que son Seigneur voulait que le dauphin devînt roi… qu’en dépit de ses ennemis il serait roi, et qu’elle même le conduirait au sacre ».
- Quel est ton Seigneur » dit Robert.
- « Le Roi du ciel ».
Bien sûr Baudricourt prend la jeune fille pour une ces affabulatrices ou une illuminée qui court parfois dans les campagnes. Il conseille à Laxart de ramener sa cousine chez ses parents après lui avoir administré une bonne gifle. (témoignage procès réhabilitation)
Laxart retourne chez lui à Burey et Jeanne reste sur place à Vaucouleurs. Elle loge chez un charron, Henri et Catherine Le Royer. Pendant les trois semaines de son séjour elle se fait connaitre comme une fille pieuse, douce, serviable, travailleuse qui file la laine avec son hôte et va prier régulièrement à Notre-Dame de Vaucouleurs.
Un enfant témoigne au procès: « Elle y entendait, dit-il les messes du matin et y de-meurait longtemps en prières, ou bien encore elle descendait dans la chapelle souterraine, et s'agenouillait devant l'image de Marie, le visage humblement prosterné ou levé vers le ciel. »
Le charron, Henri Le Royer dépose au procès le 06 février 1456: « J'ai entendu Jeanne dire qu'il lui fallait aller auprès du noble Dauphin, car son Seigneur, le Roi du Ciel, voulait qu'elle y aille, et elle était mandée de par le Roi du Ciel ; quand elle devrait y aller sur les genoux, elle irait ! A son arrivée chez moi, elle portait une robe rouge ; ensuite, on lui donna un vêtement d'homme, des chausses, tout un équipement6 , et montée sur un cheval, et elle fut conduite où était le Dauphin par Jean de Metz, Bertrand de Poulengy 7 et leurs serviteurs, Colet de Vienne et Richard l'archer. Je les vis partir tous ensemble. Quand elle fut sur son départ, on lui de-mandait comment elle fe-rait pour éviter les gens de guerre qui tenaient le pays ; elle répondit qu'elle n'avait pas peur des gens de guerre, que sa voie était libre. S'il y avait des gens d'armes sur son chemin, elle avait Dieu son Seigneur. Il lui ferait la route pour aller au seigneur Dauphin et qu'elle était née pour cela. »
Son insistance est telle qu’elle fini par convaincre plusieurs habitants du village, la rumeur se répand. Plusieurs des hommes d'arme avaient entendu la conversation du sire de Baudri-court avec elle. Ils viennent la revoir chez le charron.
Jean de Nouillompont, appelé aussi Jean de Metz, lui dit :
"Ma mie, que faites-vous ici ? Faut-il que le roi soit chassé du royaume, et que nous devenions Anglais ?" Elle répondit :
"Je suis venue ici, à chambre de roi (dans une ville royale), parler à Robert de Baudricourt pour qu'il veuille mener ou faire mener au roi. Mais il ne prend souci ni de moi ni de mes paroles. Et pourtant, avant le milieu du carême, il faut que je sois devers le roi, quand je devrais user mes jambes jusqu'aux genoux ; car nul au monde, ni ducs, ni fille du roi d'Écosse, ni aucun autre ne peut recouvrer le royaume de France ; et il n'y a point de se-cours que de moi : et certes, j'aimerais bien mieux filer auprès de ma pauvre mère, car ce n'est point mon état ; mais il faut que j'aille et que je le fasse.
- Qui est votre Seigneur ? dit Jean de Metz
- C'est Dieu.
Le brave soldat lui jure de la conduire au roi avec l’aide de Dieu. Il lui demande quand elle veut partir: «Plutôt maintenant que demain, plutôt demain qu’après, » dit-elle.
Bertrand de Poulangy est là, c’est l’ami de Jean de Metz, pas question de louper l’occasion d’une belle aventure. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut aller à la cour du roi.
Jeanne est jeune, elle teste son pouvoir sur les gens, elle se rend compte qu’elle a un grand charisme car bien que l’on ne la connaisse pas à Vaucouleurs, elle obtient le soutien populaire. Il reste à convaincre Robert de Beaudricourt. C’est lui qui décide de tout. Il en-tend les rumeurs de ses gens dans la seigneurie. Voilà trois semaines que cela dure. Il faut prendre une décision. Jeanne lui a fait part de ses révélations, de ses visions, de ses voix. Il ne sait pas quel crédit leur accorder et ne veux pas non plus être celui qui casse le rêve des ouailles de son curé. Pour se faire son opinion Beaudricourt a besoin des lumières de l’église. Il va chercher le curé de Notre-Dame de Vaucouleurs et tous les deux vont chez le charron.
Le curé rassure Beaudricourt. Il lui explique que si cette pucelle est sous l’emprise du diable, quelques prières et de l’eau bénite ne manqueront pas de la faire fuir. Si elle s’approche, c’est qu’il n’y a aucun maléfice. Revêtu de son étole, il entre dans la maison.
Jeanne s'approche du prêtre et se met à ses ge-noux. Humble et soumise à la prière elle se recueille. Mais elle garde sa vivacité d’esprit. Elle lui fait remar-quer qu’elle est allé plusieurs fois à la messe dans son église et qu’il l’a même reçue en confession. Il devrait donc savoir déjà si elle était de bonne foi ou pas, et si c’est l’esprit malin qui s’exprime par sa bouche. Beaudri-court n’a toujours pas l’air convaincu. Elle lui rappelle une légende locale selon laquelle une femme perdrait la France (sous entendue Isabeau de Bavière) et qu'une jeune fille la sauverait. Or on attend encore cette jeune fille. Robert de Baudricourt doute encore, il hésite à écrire la lettre de crédit au roi. C’est un risque de se dis-créditer soi-même si cette pucelle est mal reçue par la cour.
Jeanne ne peut plus attendre : « Le temps, dit un témoin, lui pesait comme à une femme qui va être mère ». Tout le village commence à croire à la prophétie locale de cette petite lorraine qui va sauver la France. Tout le monde est avec elle, tous, excepté le sire de Baudricourt. Bertrand de Poulangy et Jean de Metz prennent les frais du voyage à leur charge, les villageois se cotisent.
Pour aller avec les hommes d’armes, il lui faut prendre une tenue guerrière. Les gens de Vaucouleurs l'équipent. Ils lui donnent tous les effets de l’uniforme de l’époque: gippon ou justaucorps; chausses longues liées au justaucorps par des aiguillettes ; tunique ou robe courte tombant jusqu'aux genoux ; guêtres hautes et éperons, avec le chaperon, le haubert, la lance, et le reste. Un autre aide Laxart à lui acheter un cheval.8 (Voir annexe 6 page 214)
Déjà tout le monde parle dans le pays de la Pucelle, de ses révélations et de son pro-chain départ pour la cour.
Le duc Charles II de Lorraine, est malade. Il veut voir la curiosité du moment et peut-être par superstition prête-il un pouvoir de guérison à la messagère des voix divines. Il lui envoie un sauf-conduit pour passer la frontière.
Elle se rend en Lorraine. Il ne s’agit pas de négliger un appui important. Tout est af-faire de réseau, même au XV siècle ! Le duc Charles de Lorraine, bourguignon de coeur mais ami des Angevins de Naples avait lié d’amitié avec Yolande d’Aragon et avait marié sa fille Isabelle avec René d’Anjou, le fils de Yolande qui est aussi la belle-mère de Charles VII. Jean de Metz l'accompagne jusqu'à Toul où le duc la reçoit. Il lui demande une consultation sur sa maladie. Elle lui répond que sa maladie est une punition de sa mauvaise conduite. Elle lui dit de reprendre « sa bonne femme, » dont il vit séparé. Jeanne ose promettre à un duc de prier pour sa guérison en échange de l'abandon par lui de sa maîtresse la belle Alison Du May et à la condition qu’il mette à sa disposition pour libérer la France, une escorte me-née par son gendre René d'Anjou, beau-frère et ami du dauphin Charles.
Dans le procès, les juges de Rouen, qui veulent condamner une guérisseuse, une sor-cière, ne manquent pas d’évoquer cet épisode. Jeanne, très habile, se borne à dire que, consultée par le duc, elle déclara ne rien savoir sur sa maladie, et qu'elle lui exposa en peu de mots l'objet de son voyage, ajoutant que s'il lui voulait donner son fils (en fait son gendre) et des gens d'armes pour la mener en France, elle prierait Dieu pour sa santé.
Pour le duc de Lorraine, il n’est pas question de lui donner cette puissante escorte, ni son crédit politique auprès du roi, mais en compensation il lui donne un cheval et un peu d’argent.
A partir de Toul elle se rend sur un lieu de pèlerinage près de Nancy pour aller prier Saint Nicolas. Elle revient à Vaucouleurs. Elle est impatiente de partir. A son arrivée, bonne nouvelle pour Jeanne, le sire de Beaudricourt donne son accord. Il a peut-être reçu des nou-velles de la cour de Bourges, cédé tout simplement à la pression de son entourage ou consi-dère t- il qu’elle doit être prise au sérieux puisque le duc de Lorraine l’a reçue.
La date de cette décision (12 février 1429) correspondrait à celle de la bataille de Rou-vray, la fameuse « journée des harengs » qui a vu l’échec de l’attaque d’un convoi de ravi-taillement des Anglais sur Orléans. (Cf Annexe 7: le siège d’Orléans page 240)
Jeanne vient le trouver et lui dit : « En nom Dieu (au nom de Dieu : c'est son expression depuis le commencement de sa mission), en nom Dieu, vous mettez (tardez) trop à m'envoyer : car aujourd'huy le gentil (noble) dauphin a eu assez près d'Orléans un bien grand dommage ; et sera il taillé (il est en péril) encore de l'avoir plus grand, si ne m'en-voyez bientôt vers lui. »
Le lendemain, premier dimanche de carême, c’est à dire le 13 février, elle est autorisée à préparer son départ avec sa petite escorte: Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, Jean de Honecourt et Julien, leurs servants, et deux autres qui connaissent la route, Colet de Vienne, messager du roi, et Richard l'Archer. Six hommes armés au total pour un si long voyage, à travers un pays hostile, la Champagne, contrôlée par les Anglo-Bourguignons. Le duché de Berry est loin. Les premiers compagnons d'armes de Jeanne d'Arc sont trop peu nombreux pour défendre leur protégée et bien assez pour risquer de se faire repérer. Mais c’est Jeanne qui rassure tout le monde. Elle dit qu’elle est venu à Vaucouleurs chercher l’au-torisation de partir, qu’elle serait bien parti toute seule de toutes façons car il n’y a aucune crainte à avoir. Si des ennemis sont rencontrés en route, Dieu lui montre la voie jusqu’au dauphin. « C'est pour cela, disait-elle, que je suis née. »
Avant de partir pour Chinon, Jeanne d'Arc revêt les vêtements d’homme qu’on lui a donnés, plus pratiques pour la route. Catherine Le Royer, la femme du charron, lui coupe les cheveux à la mode masculine c’est à dire taillée en rond au dessus des oreilles et les tempes et la nuque rasées. Elle conservera ce genre vestimentaire et cette coiffure jusqu'à sa mort, excepté pour sa dernière fête de Pâques. 9
Le sire de Baudricourt assiste au départ. Il fait quelques recommandations d’usage pour la route et donne une épée à Jeanne.
Le 23 février 1429 Jeanne quitte son pays qu’elle ne reverra jamais.
Jeanne d’Arc quitte Vaucouleurs
dessin de Eugène Viollet Leduc
Porte (XVème siècle) de l’entrée de l’abbaye de Saint Urbain Macaucourt aujourd’hui.
Le voyage de Vaucouleurs à Chinon, où est la cour itinérante de Charles VII, n’est pas sans risque. Il faut traverser la Champagne. Tout le pays est contrôlé par les Anglais et les Bourguignons. Il faut emprunter les chemins pour éviter les ren-contres, passer trois ou quatre rivières assez larges, la Marne, l'Aube, la Seine, l’Yonne, et parce qu’elles sont en crues, il faut obligatoirement passer par les ponts gardés par les en-nemis. Pendant les onze jours de voyage, marchant le plus souvent la nuit, Jeanne n'approuve pas ces mesures de prudence. Elle veut s'arrêter au moins chaque jour dans une église pour prier. « Si nous pouvions entendre la messe, leur disait-elle, nous ferions bien. » Malgré le péril en pays ennemi, ses compagnons ne lui cèdent que deux fois. Ils s’arrêtent à l'abbaye de Saint-Urbain Maconcourt, pour passer la nuit, la veille de passer la Marne. Ils y sont reçus par l’abbé bénédictin Arnoult d’Aulnoy, un cousin de Robert de Beaudricourt.
L’itinéraire de la première étape est connu.
Vaucouleurs, Montigny, Gondrecourt-le-Château, Luneville-en-Ornois,Cirfontaines-en-Ornois, Poissons, Ab-baye de St-Urbain-Maconcourt, puis les jours suivants Auxerre et Gien.
Une autre fois elle peut prier dans l’église Saint Pierre d'Auxerre. Jeanne accepte de se faire guider et que l’on évite les églises mais elle n’oublie pas de leur rappeler qu’elle a d’autres guides du Roy du ciel. Ses compagnons lui demandent si elle ferait tout ce qu’elle avait prédit. Elle répond qu’elle ne faisait qu’obéir à ses « frères du paradis ».
Elle marche sous la protection de Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite. Bertrand de Poulangy témoigne le 06 février 1456 au procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc. Voici ce qu’il ressort textuellement des archives le texte est en style indirect selon la procédure inquisitoriale, le greffier écrit « A la question…, le témoin répond… » ainsi : «…. Au départ du pays, le premier jour, ils craignaient les bandes de Bourguignons et d'An-glais, alors tout-puissants, et ils marchèrent pendant une nuit. Le témoin déclara aussi que cette Jeanne la Pucelle lui disait, à lui, témoin, à Jean de Metz et aux autres allant avec eux, qu'il serait bon d'entendre la messe ; mais ils ne le purent, tant qu'ils furent dans les pays en guerre, pour ne pas être reconnus. Chaque nuit elle était couchée avec lesdits Jean de Metz et le témoin, elle était cependant revêtue de son pourpoint et ses chausses lacées et fixées. Il déclara aussi qu'à cette époque lui, témoin, était jeune ; cependant il n'avait pas le désir ni quelque envie charnelle de connaître une femme, et il n'aurait pas osé solliciter la-dite Jeanne, à cause de la bonté qu'il voyait en elle.
Les onze jours de voyage de Vaucouleurs à Chinon du 23 février au 06 mars 1429.
1:Abbaye bénédictine de Saint-Urbain-Macaucourt; 2: Eglise st Pierre d’Auxerre; 3: Gien; 4:Eglise et au-mônerie de Ste Catherine de Fierbois; 5:Chinon.
Ledit témoin (Poulangy) ajouta qu'ils restèrent onze jours en voyage pour aller jus-qu'au roi, alors dauphin, et en route ils eurent beaucoup d'inquiétudes ; mais Jeanne tou-jours leur disait de ne rien craindre, car, une fois arrivés dans la ville de Chinon, le noble dauphin leur ferait bon visage. Elle ne jurait jamais ; et le témoin, selon ses dires, était très enflammé par ses paroles, car elle lui semblait être envoyée par Dieu ; jamais en elle il ne vit quelque chose de mauvais, mais toujours elle fut une fille si bonne qu'on aurait dit une sainte ; et ainsi ensemble, sans grand encombre, ils cheminèrent jusqu'au lieu de Chinon, où était le roi, alors dauphin ; et arrivés audit lieu de Chinon, ils présentèrent ladite Pu-celle aux nobles et gens du roi, auxquels le témoin s'en rapporte pour les actions de Jeanne. Il ne saurait rien ajouter à sa déposition. »
Le 1er mars 1429, ils passent la Loire à Gien, où les terres sont plus sûres. La suite de l’itinéraire n’est pas connue. Il est possible de rejoindre la vallée du Cher, puis celle de la Vienne plus sûres pour rejoindre Chinon. Après 200 km de marche, la route les mène à Sainte-Catherine de Fierbois, en Touraine10 . Pour remercier Dieu de sa victoire sur les Sar rasins, Charles Martel avait fait édifier une chapelle consacrée à Ste Catherine d’Alexandrie, près des « fiers bois » de Touraine où il livra bataille. De puis, les soldats viennent demander protection et y dé-posent leurs armes en ex-voto. L’église est consacrée à l’une des deux patronnes de Jeanne. Elle y vient naturel-lement et y entend trois messes, comme pour compenser les privations de prières des derniers jours. Maintenant qu’ils n’ont plus à craindre de surprises de l’ennemi, ils ne cachent plus l’objet de leur voyage aux gens qu’ils ren-contrent. Depuis la Touraine, la nouvelle va pouvoir re-monter le cours de la Loire jusqu’à Orléans. Une paysanne que l’on nomme « la Pucelle », accompagnée de quelques soldats lorrains, est en marche pour faire lever le siège de leur ville et mener le roi à Reims. Dans l’aumônerie de Sainte Catherine où elle loge, elle demande de quoi écrire et dicte une lettre au roi le 04 mars pour lui demander la permission de le rencontrer à Chinon. Elle explique qu'elle a fait ce très long voyage pour lui venir en aide, qu’elle vient lui porter de bonnes nouvelles qu’elle ne dira qu’à lui seul est qu’elle saura le reconnaitre parmi tous les seigneurs de la cour.
Aumonerie aujourd’hui mairie de Ste Cathe-rine de Fierbois
Le 06 mars 1429 Jeanne arrive à Chinon, après onze jours de voyage.
Chinon autrefois
Son voyage avait sans doute été annoncé avant l’arrivée de sa lettre à Chinon. La petite troupe arrive sans surprise à la cour de Charles VII. L’accueil est mitigé. L’ambiance est lourde. La position du roi devient chaque jour plus critique. Sa détresse est extrême. Le tré-sorier déclare que les caisses sont vides.
Le roi ne sait plus quoi faire pour sauver Orléans, et, si Orléans est prise, il en est ré-duit à se demander en quel pays il chercherait un refuge: en Dauphiné, en Castille ? La reine de Sicile, duchesse d’Anjou, mère de la reine, et plusieurs seigneurs de la cour ont beaucoup à perdre. Leur sort est lié avec celui du « roi de Bourges ». Parmi ceux qui ont à perdre il y a Georges 1er de La Trémouille, grand chambellan de France. Il a prêté au roi 27 000 livres contre le gage de la Châtellenie de Chinon. D’après de Fresne de Beaucourt qui cite des lettres du 29 octobre 1428 avec un état des sommes et des lettres qui prouvent le gage de Chinon.
Il ne peut pas être question de compromettre la sécurité de Charles dans une entrevue avec une fille inconnue qui, selon les rumeurs po-pulaires, pourrait bien se trouver folle ou soupçonnée d’attenter à la vie du roi.
Le conseil en discute. Plusieurs vont la voir pour servir d’intermédiaire mais elle ne veut parler qu’au roi. Ils insistent, ils la pressent et de leur dire à eux-mêmes ce qu'elle se réser-vait de dire au roi. D’autres pensent que puisqu’elle se dit envoyée de Dieu, il faut consulter les ecclésiastiques. Ces derniers ne voient pas de raison d’empêcher la rencontre. On hésite encore. On finit par expliquer à Charles qu’elle a une lettre de Baudricourt dont est porteur Jean de Metz, et qu’elle avait couru des risques pour faire toute cette longue route. De plus des habitants d’Orléans ayant appris l’arrivée de Jeanne à Chinon, sont venus voir ce qu’on attendait pour envoyer des secours. Il y a ses deux compagnons de route: Bertrand Poulan-gy et Jean de Metz. Ils l’accompagnent depuis plusieurs jours, ils ont fait la route ensemble depuis Vaucouleurs. Ils la connaissent. Ils sont donc consultés. Ils affirment qu’ils se sentent bien mieux renforcés dans leur foi, grâce à elle, après l'épreuve de ce voyage. Ils sont demandés au conseil du roi. Interrogés, ils répondent avec chaleur et conviction. Ils sont persuasifs.
Après deux jours d’attente encore, Jeanne fait son entrée à la cour. C’est le comte de Vendôme qui vient la chercher et la présente. Elle entre au château, avec assurance et respect.
Jean Chartier raconte:
« Elle fit les inclinations et révérences accoutumées de faire aux rois, ainsi que si elle eût été nourrie à la cour », « Le roi, pour la mettre à l'épreuve, s'était confondu parmi d'autres seigneurs plus pompeusement vêtus que lui, et quand Jeanne, qui ne l'avait jamais vu, le vint saluer, di-sant « Dieu vous donne bonne vie, gentil roi ! »
- Je ne suis pas le roi, dit-il : voilà le roi » ; et il lui dé-signait un des seigneurs.
Mais Jeanne répond : « En nom Dieu, gentil prince, vous l'êtes, et non un autre. Et, abordant l'objet de sa mission, elle lui dit que « Dieu l'envoyait pour lui aider et se-courir » ; elle demandait "qu'il lui baillât gens", promettant de faire lever le siège d'Orléans, et de le mener sacrer à Reims. Elle ajoutait "que c'estoit le plaisir de Dieu que ses ennemis les Anglois s'en allassent en leur pays ; que le royaume lui devoit demeurer, et que s'ils ne s'en alloient, il leur mescherroit (arriverait malheur). »
Parmi les princes se trouve le jeune duc d’Alençon,11 il est sur le retour de la chasse aux cailles à Saint-Florentin-Les-Saumur quand l’un de ses serviteurs lui annonce l'arrivée à Chinon d'une jeune fille qui se disait envoyée de Dieu pour expulser les Anglais et faire lever le siège d’Orléans. Aussitôt il entre dans la pièce alors qu’elle parlait au roi. Charles le pré- sente à Jeanne : « Soyez le très bien venu, dit-elle : plus il y en aura ensemble du sang royal de France, mieux en sera-t-il. » Alençon raconte à La Trémoille que le lendemain à la messe, elle fit plusieurs requêtes au roi: elle lui demandait « de donner son royaume au Roi des cieux, et que le Roi des cieux, après cette donation, ferait pour lui comme pour ses pré-décesseurs, et le rétablirait dans son ancien état. » (voir déposition de Jean d’Alençon le 03 mai 1456 au procès de ré-habilitation)
Sa personnalité laisse perplexe l’entourage du roi. Elle se présente toute vêtue de noir « pourpoint et chausses attachées, robe courte de gros gris noir » (rapport du greffier de la Rochelle), les che-veux noirs coupés à l’écuelle. Elle parle sans timidité au roi. Pour mon-trer tant d’assurance et d’insolence, c’est que son voyage n’a pas été si pé-rilleux que çà. Le fait d’avoir reconnu le roi lui donne-t-il le droit d’obtenir des armes?
On raconte que le jour de son arrivée, un homme à cheval voit entrer celle qui est an-noncée et dit : « Est-ce là la Pucelle ? » et il se moquait grossièrement sur son titre, reniant Dieu. « Ah dit Jeanne, tu le renies, et tu es si près de ta mort ! » Dans l'heure qui suivit, l'homme tombait à l'eau des douves et se noyait.
Reconstitution par « Histopad » de la salle de la rencontre Charles VII-Jeanne dArc.
Les plus favorables ne savent quoi penser et « demandent à voir » la suite des évènements.
Le roi la confie à Guillaume Bélier, son Lieutenant à Chinon, dont la femme est dévote et de bonne réputation.
Il ordonne aussitôt qu’une enquête discrète soit diligentée dans le pays natal de la visi-teuse. Pendant ces quelques jours d’attente elle est confrontée à des gens d’église et à des personnages de la cour. Sans perdre son calme et son assurance devant l’évêque ou devant La Trémouille elle répond à toutes les questions. Elle sollicite une mission guerrière, on lui répond que c’est une femme. Elle prétend ne pas être ridicule au combat des armes.
Un jour après le dîner, le roi fait une promenade à cheval avec le duc d’Alençon, dans la prairie sur les berges de la Vienne. Elle les rejoint au galop, et leur fait une démonstration de sa maîtrise de la lance. Le duc d'Alençon, impressionné, la félicite et lui donne un cheval.
Ces entretiens se poursuivent jusqu’à sa chambre dans la tour du fort du Coudray, at-tenante au château.
Un jour enfin, elle vient trouver le roi et lui dit : « Gentil dauphin, pourquoi ne me croyait vous ? Je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume et de votre peuple : car saint Louis et Charlemagne sont à genoux devant lui, en faisant prière pour vous ; et je vous dirai, s'il vous plait, telle chose, qu'elle vous donnera à connoitre que me devez croire. »
Jeanne lui dit quelque chose en privé.
Il y a là deux versions:
- L’auteur de la chronique dit qu’il y a des témoins de sa déclaration: le duc d'Alençon, Robert Le Maçon seigneur de Trèves (en Anjou), Christophe d'Harcourt et Gérard Machet, confesseur du roi. Après lui avoir fait jurer de ne rien révéler, elle dit au roi « une chose de grande conséquence qu'il avait faite bien secrète ; dont il fut fort ébahi : car il n'y avait personne qui pût le savoir que Dieu et lui ».
- D’autres, disent que les témoins sont à l’écart mais qu’ils ont vu le roi impressionné: « Ce qu'elle a dit, nul ne le sait, écrit Alain Chartier en juillet 1429, mais il est bien manifeste qu'il en a été tout rayonnant de joie ; comme à une révélation de l'Esprit Saint ».
Quel est ce signe ? Jeanne est interrogée par ses juges. Elle confirme les derniers témoi-gnages: « qu'elle ne pense pas que personne ait été alors avec le roi, quoiqu'il y eût bien des gens assez près ». Mais en même temps elle déclare qu'elle ne veut rien dire. Elle persiste longtemps dans ce refus, malgré tous les demandes réitérées de ses juges il n’a pas été possible d’en savoir davantage.
Mais une parole de Jeanne est entendue dans sa conversation avec le roi. Des propos tenus avec une telle autorité que l’entourage proche ne peut en croire ses oreilles: « Je te dis de la part de Messire que tu est vray héritier de France et fils du roy. »
Cette phrase, est reproduite en français, dans les minutes du procès, pasdans la dépo-sition de Pasquerel, l’aumônier de Jeanne.
Plus tard, le sire de Boisy ancien chambellan de Charles VII raconte à Pierre Sala qu’un jour Charles entra dans son oratoire et à haute voix prononça une prière à Dieu. Il dit à Dieu que « s’il était le vrai héritier de la maison de France, (il en avait le doute à cause de la rumeur sur sa mère Isabeau) et que le royaume devait lui revenir de droit, il plût à Dieu de l’aider à le garder et le défendre, sinon de lui permettre de se sauver pour trouver un refuge. »
Cette prière de Charles, connue de Dieu seul, ou à travers le secret d’une confession, lui est rappelée dans les paroles de Jeanne.
Comment pouvait-elle en connaitre le secret, pense Charles. C’est une révélation.
Jeanne a besoin que le roi croit en elle et le roi a besoin de croire en lui même.
Charles reprend confiance mais il est prudent, il pense à raison qu’il ne faut pas confier son destin à cette pucelle inconnue même si sa foi, sa piété paraissent sincères.
Avant de ce décider, il veut s’éclairer des lumières des membres de l’Université de Pa-ris qui lui sont restés fidèles et siègent au Parlement de Poitiers. Par une enquête prélimi-naire solennelle il veut connaitre l’inspiration de la Pucelle et donner à sa futur décision un argument juridique incontestable.
Jeanne comprend la résolution du roi car elle déclare:
« En nom Dieu, dit-elle, je sais que j'y aurai bien à faire : mais Messire m'aidera. Or allons de par Dieu ». Elle se rappelle certainement que Beaudricourt avait eu la même idée en faisant appel au curé de son village.
A Poitiers, Jeanne est l’invitée de l'une des plus honorables familles de la cité : celle de Jean Rabateau, avocat général au parlement. Tout l’épisode de Poitiers est raconté par les témoignages et la « Chronique de la Pucelle »12
