Jeanne d'Arc - Frédéric Rateau - E-Book

Jeanne d'Arc E-Book

Frédéric Rateau

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Beschreibung

1429: la France est occupée par l'étranger et divisée par la guerre civile. Jeanne d'Arc n'a pas dix-huit ans. Elle reçoit la mission divine de secourir le roi et libérer la France. Elle n'est pas prise au sérieux par la noblesse et le clergé incapables de mettre fin aux massacres. L'Etat est inexistant. Le peuple souffre. Orléans lutte seule depuis des mois. La suite de l'histoire est plus ou moins connue. Pendant deux ans nous suivons sa route. Nous découvrons un roi toujours indécis porté par les évènements; habitants et soldats enthousiastes pleins d'espoir qui se rallient à sa bannière. Les conséquences politiques sont considérables. Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France, dans ce monde où le dauphin doutait d'être le dauphin, la France d'être la France, l'armée d'être une armée, elle refit l'armée, le roi, la France. Le pouvoir monarchique se renforce détriment des féodaux tandis que le peuple aspire à passer l'occupant. Elle inspire une multitude d'oeuvres culturelles. Le passage de Jeanne ne fut-il que celui d'une comète qui aurait laissé uniquement les poussières d'une légende, colportée par la propagande royaliste, contrôlée par l'Eglise, relayée par le patriotisme républicain? Depuis Jeanne d'Arc le peuple entretien l'idée qu'il puisse s'armer quand l'Etat est défaillant. Il prend légitimement sa propre défense dans un élan patriotique. Les évènements de la Bastille en 1789 et des canons de la Commune en 1870 le confirment. Pour gagner la 1ère Guerre Mondiale la République pourtant laïque appelle au secours Jeanne d'Arc. Revenue à l'honneur, elle est glorifiée dans le roman historique comme l'image personnifiée de Marianne. La réalité historique est-elle déformée par la légende?

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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TOME 1: Jeanne d'Arc de Domrémy à Compiègne.

Les XIV & XV ème siècles - Le contexte politique de 1380 à 1429

1: Jeanne d’Arc de Domrémy, à Chinon et Blois.

2: La délivrance de l’Orléanais.

3: La chevauchée vers Reims

4: La campagne de Paris

5: La campagne sur la Loire la Champagne et Compiègne.

Epilogue

Annexes:

Annexe 1- Arbre généalogique des dynasties françaises et anglaises.

Annexe 2- Traité de paix entre Charles VI, roi de France et Henri, roi d'Angleterre. Déshéritement de Charles VII. carte de la France en 1420.

Annexe 3- La maison natale à Domrémy.

Annexe 4- La famille de Jeanne d'Arc.

Annexe 5- L’église de Domrémy.

Annexe 6- Les vêtements de Jeanne d'Arc.

Annexe 7- Le siège d’Orléans- Octobre 1428 - Avril 1429

Annexe 8 - Liste des « capitaines » français- compagnons de Jeanne d’Arc.

Annexe 9- Lettres de Jeanne d’Arc.

Annexe 10- Lettres de Charles VII-

Annexe 11- Lettre de Guy et André de Laval à leur aïeule et mère 8 juin 1429

Annexe 12- Lettre de 2 Allemands observateurs du siège dOrléans juin 1429

Annexe 13- Lettre de Perceval de Boulainvilliers au Duc de Milan 21 juin 1429

Annexe 14- Lettre de trois gentils hommes à Marie d'Anjou 17 juillet 1429

Annexe 15- Lettre de Jacques de Bourbon à l’évêque de Laon le 24 Juillet 1429

Annexe 16 - Lettre d'Alain Chartier écrite après le sacre.

Annexe 17- Lettre du Duc de Bedford à Charles VII 7 août 1429

Annexe 18- Jeanne d’Arc à Bourges hiver 1429-1430

Annexe 19- Le règne de Charles VII après Jeanne d’Arc.

Annexe 20: Chronologie.

Sources

A Jean, mon père et mes enfants: Sébastien, Anne-Sophie, Aurélien et Marine.

« Les Hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle »

Napoléon Bonaparte, Lieutenant d’artillerie, discours à Lyon en 1791.1

1 Bonaparte est lieutenant au 4ème Régiment d’Artillerie à Valence quand il participe à un concours d’éloquence organisé par l’académie de Lyon (Cf « Bonaparte » André Castelot Ed.FAMOT 1977.)

Avant propos

Nous sommes en 1429, le 04 mars, arrive à Chinon une jeune fille qui vient de Domrémy, une petite paroisse des environs de Vaucouleurs dans le duché de Bar, limitrophe du duché de Lorraine. Elle vient de parcourir 500 km, par mauvais temps, sur de mauvaises routes, à travers le pays hostile bourguignon avec sa petite escorte. Elle a reçu la mission de Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite d’aller voir le dauphin pour l’aider à son couronnement à Reims.

En cette époque médiévale, les populations souffrent des guerres, des épidémies et de la famine. La foi et la superstition troublent les esprits. Charles n’est donc pas surpris par l’arrivée de cette jeune femme visiblement exaltée. D’un naturel méfiant, après deux jours de réflexion, il consent à la recevoir le 06 mars. Adolescente aux allures androgynes, vêtue en habits d’homme et les cheveux coupés à la garçonne, Jeanne fait preuve d’un aplomb que seuls les gens inspirés par une mission divine peuvent se croire autorisés. Charles se laisse convaincre par le Duc d’Alençon d’accepter de vérifier les dires de la pucelle en la faisant soumettre à un examen théologique et médical à Poitiers. Après cette longue enquête de moralité2, il est finalement décidé que le dauphin Charles n’avait pas grand chose perdre à l’autoriser de se joindre au convoi de ravitaillement prévu pour la ville d’Orléans assiégée.

L’exaltation de Jeanne a sous doute galvanisé les troupes, et inspiré une peur déraisonnable aux troupes ennemies. La nouvelle de la libération d’Orléans le 08 mai, en deux jours seulement, par « la Pucelle », se répand dans toute l’Europe. En Angleterre l’évènement est ressenti comme un affront. Dans les semaines suivantes plusieurs villes tombent. Après la victoire de Patay le 18 juin, au lieu de libérer la Normandie toute proche il est décidé de légitimer le roi, prendre la route du sacre à Reims et pour cela de conquérir d’autres villes. Mission accomplie de 17 juillet.

A l’époque, pour beaucoup en France et en Europe, l’intervention divine ne fait aucun doute et l’enthousiasme est général en faveur de la Pucelle.

Aujourd’hui une autre analyse est possible.

Certes les guerres ne sont que querelles d’aristocrates, batailles rangées, mariages forcés, assassinats politiques en France comme en Angleterre.

Une chose est certaine, quand les seigneurs partent loin en croisade, quand ils s’entretuent pour des histoires dynastiques que personne ne comprend, le peuple de son côté, ne se sent pas concerné. Mais ce conflit a lieu en France, et les seigneurs féodaux, sensés protéger les habitants et le clergé se montrent incapables d’y mettre fin. La chevalerie est décimée à Crécy, Poitiers, Azincourt. Le seigneur laisse sa famille et son fief, sans autorité, sans protection, sans loi. Le peuple prend conscience qu’il est étranger à ces querelles mais que c’est lui qui en paye le tribut le plus lourd. Les massacres sont épouvantables dans les campagnes reculées. La gendarmerie n’existe pas. Les villes assiégées obligées de se renforcer à grand frais d’impôts, ne sont pas épargnées. Le commerce des ressources est empêché. Quand ils ne sont pas tués par la guerre et les brigands, les ruraux sont décimés par la peste. Il n’y plus personne pour cultiver et le mauvais climat s’en mêle. Les famines sont endémiques. Les jacqueries et les révoltes bourgeoises dans les villes réclament des réformes. Chacun constate l’échec du système féodal décapité et la cupidité des seigneurs anglais qui pillent à bon compte la France.

A partir du moment où la population se sent concernée par la guerre livrée chez elle, le conflit change de nature.

Il est plus facile de comprendre les villes qui accueillent dans la liesse une des leurs. Les habitants comprennent que le salut ne peut venir que de l’un ou de l’une d’eux puisque les seigneurs sont incapables de les protéger. D’ailleurs, à peine est elle arrivée à Orléans que les habitants passent à l’attaque le 30 avril, sans qu’elle en soit informée.

Comment ne pas comprendre l’impatience de Jeanne à vouloir libérer le pays de l’occupation anglaise.

Jeanne veut profiter de cette dynamique, « les voies » la poussent à poursuivre le combat, elle est persuadée que ses heures sont comptées.

Jeanne d’Arc donne l’impulsion de la résistance.

Venant de la frontière entre la France et la Lorraine elle fait prendre conscience aux gens qu’ils partagent beaucoup en commun, à commencer par un ennemi. Dans les villes, notamment à Orléans, le peuple monte aux créneaux, jamais cette expression n’aura autant de sens. Les habitants comprennent que si tout le peuple se lève, aucune troupe ne peut lui résister.

Il se trouve que les troupes anglaises stationnées en France sont peu nombreuses. Les Anglais ne se risquent plus à sortir de leurs places fortes. Dans les campagnes, sur les chemins, les paysans révoltés harcèlent les troupes peu nombreuses. Les paysans, parfois eux mêmes anciens soldats, installés dans des villages désertés par la peste et les massacres sont bien entrainés à l’emploi des armes.

Charles VII lui, ne comprend rien à tout çà. Il profite d’une trêve d’août à décembre négociée avec le Duc de Bourgogne, pour retourner passer l’hiver à Mehun-sur-Yèvre. Comment ne pas comprendre la colère de la Pucelle quand elle constate l’apathie du roi et sa faiblesse à vouloir négocier avec son cousin quand il renonce devant Paris pourtant sur le point d’ouvrir ses portes.

Jeanne suit donc le roi à Bourges, s’impatiente, lève une petite troupe échoue le 23 novembre à la libération de la Charité sur Loire. La trêve est rompue le 1er janvier 1430. En mai 1430, Compiègne est assiégée par les Bourguignons. Elle s’y rend mais elle est trahie. Les portes de la cité sont refermées alors qu’elle revient d’un combat. Le roi refuse de payer la rançon. Elle est vendue aux Anglais pour 10 000 livres.

Jeanne, exaltée, intransigeante, impatiente n’écoutant que ses voies, gênait beaucoup de monde dans les deux camps. (Tome 1).

L’idée des anglais est de faire condamner Jeanne par l’Eglise afin de démontrer que sa « mission divine » n’était inspirée que par le diable. La présence d’une sorcière dans la cathédrale à Reims entache de nullité le sacre de Charles. Dieu ne peut être que du côté des Anglais. Le procès a lieu à Rouen en 1431. Le caractère politique du procès ne fait aucun doute. (Tome 2: « Procès et condamnation 20 février-30 mai 1431 »)

Le 16 décembre 1431 Henri VI (9 ans) est couronné roi de France et d’Angleterre à N-D de Paris. La guerre continue sans Jeanne d’Arc (Cf Annexe:« le règne de Charles VII après Jeanne d’Arc »).

Conscient que son sacre doit être lavé de tout soupçon d’irrégularité, Charles VII, « le Victorieux », dès la reconquête de la Normandie, ordonne le 15 février 1450 à l’université de Paris une enquête qui confirme les vices de la procédure de condamnation. Ce procès voit sa révision ordonnée par le pape Calixte III en 1455. Un second procès est donc instruit par l’Eglise qui conclut, en 1456, à l'innocence de Jeanne, la réhabilite entièrement et légitimise définitivement le règne de Charles VII. (Tome 3 « Procès en nullité de la condamnation de 1431- Enquêtes de 1450 & 1452- Procès de 1455-1456 »).

Des deux cotés de la Manche, Jeanne d’Arc contribue au développement des patriotismes anglais et français.

Sa fulgurante épopée laisse dans le ciel de l’histoire les poussières d’une étoile filante qui écrivent en lettres d’or « Jeanne », à côté de celui d’Achille héros grec fauché en pleine jeunesse et en pleine gloire. Elle fait inscrire « Jésus » et Maria » sur son étendard. Elle célèbre Marie et contribue à promouvoir le culte de la Vierge, comme l’ont fait avant elle les Saints, l’Université de la Sorbonne, les chefs de la France depuis les premiers siècles de l’Eglise. Elle n’est pas qu’une héroïne, sans peur face aux épées dégainées, c’est aussi le personnage féminin symbolisé des rares femmes de l’histoire.

Cependant son souvenir est effacé par les monarques Valois et Bourbons. Il n’est certainement pas bon pour la stabilité de la monarchie d’entretenir l’idée que le peuple puisse prendre légitimement sa défense. Les évènements de 1789 et de la Commune vont le confirmer.

Louis XIII, au passage, retire le titre de noblesse à la famille.

C’est la République pourtant laïque qui la glorifie dans son roman historique, comme l’image personnifiée de Mariane.

Béatifiée en 1909 après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat puis logiquement canonisée en 1920, après la Grande Guerre, Jeanne d'Arc devient en 1922 sainte patronne secondaire de la France par la lettre apostolique Beata Maria Virgo in cælum Assumpta in gallicæ. Les Orléanais célèbrent son souvenir depuis 1432. La République institue sa fête nationale le 2ème dimanche de mai par la loi en 1920. Chaque année depuis 1457 (suite à l'arrêt de réhabilitation de Jeanne d'Arc, prononcée à l'archevêché de Rouen le 7 juillet 1456), les Fêtes Johanniques d'Orléans donnent lieu (le matin du 8 mai) à la lecture d'un de Jeanne d'Arc, au cours d'une messe solennelle, où sont conviées les différentes autorités, les institutions laïques ou non. Presque tous les présidents de la Vème République ont répondu à l’invitation.

Elle est dans de nombreux pays une personnalité mythique qui a inspiré une multitude d’œuvres littéraires, historiques, musicales, dramatiques et cinématographiques.

Le passage de Jeanne d’Arc ne fut-il que celui d’une comète, qui aurait laissé uniquement les poussières de la légende, colportée par la propagande royaliste, contrôlée par l’Eglise, relayée par le patriotisme républicain?

La vérité historique est-elle déformée par la légende?

La lecture des chroniques de l’époque nous la montrent au combat (tome 1).

Le premier procès dont les minutes ont été conservées, bien qu’il s’agisse de procédure inquisitoriale, nous permettent de nous rapprocher de la vraie Jeanne d’Arc qui répond à ses juges.

Le deuxième procès donne une lecture enrichie du souvenir des témoins.

Frédéric RATEAU Janvier 2021.

2 Les archives de Poitiers n’ayant pas été conservées les chroniques servent de source au récit.

Annexe 1: Arbre généalogique simplifié des dynasties française et anglaise.

Les XIV et XVème siècles, de 1380 à 1429 transition entre le « Moyen-Age » et la Renaissance.

Le royaume de France de la féodalité vers la genèse de l’Etat moderne, et le développement des villes et naissance du capitalisme marchand international.

a dynastie capétienne a mis en place en France le système féodal. En théorie le pouvoir du roi est au dessus de celui des seigneurs qui forment un ordre de guerriers avec sa hiérarchie. De très puissants seigneurs vassaux prêtent serment de fidélité à leur suzerain.

Il y a une relation contractuelle entre suzerains et vassaux :

Le suzerain doit à son vassal:

-l’entretien par l’attribution de terres, de droits, ou d’une rente, généralement sous la forme d'une concession de fief.

- la protection militaire.

En contrepartie, le vassal est tenu de fournir à son suzerain:

-aide militaire (service d’ost),

-assistance matérielle (rançon, la chevalerie du fils aîné, le mariage de la fille aînée ou le départ en croisade),

-présence au conseil du roi.

La subordination du vassal est librement consentie. Elle commence par « l’hommage », le vassal s’agenouille et place ses mains jointes dans celles du roi, le roi le relève, lui donne le baiser de la paix et ensuite le vassal prête « serment » de fidélité en posant la main sur la bible ou des reliques. Officiellemen t le roi remet son fief au vassal.

Les familles les plus riches et de plus grande notoriété exercent les plus grandes fonctions. Le comte administre des fonctions d’ordre public au nom du roi. Si le seigneur est duc, il administre plusieurs comtés et ses revenus sont ceux de son territoire. Certains princes, les duc de Bretagne, d’Aquitaine, de Bourgogne, vassaux du roi se sont constitués des duchés peuplés qui les rendent parfois plus riches et plus puissants que le souverain.

Le domaine capétien est originellement celui de l’Ile de France, de la vallée de la Loire et des comtés limitrophes avec la Bourgogne et la Lorraine.

Pour l’administration du royaume, le roi est assisté en son conseil d’un connétable et d’un chambellan et louis IX institue les baillis au Nord et sénéchaux au Sud et comme cela ne suffit pas pour pacifier le pays il interdit les guerres privées entre les seigneurs et il créé le Parlement de Paris, cour de justice suprême à laquelle tous les habitants du royaume, peuvent théoriquement faire appel des jugements prononcés contre eux par les tribunaux seigneuriaux.

Le roi favorise les bourgeois en luttant contre les excès de pouvoir des seigneurs locaux.

Sur le modèle de la relation suzerain-vassaux, les liens sont créés entre la classe guerrière et celle des paysans. Le chevalier assure la protection des paysans qui en échange fournissent les produits de leurs récoltes ou élevages. La protection des paysans s’exprime sur plusieurs plans; celui de la guerre: le chevalier part combattre, sur le plan de la défense: le château abrite les personnes et les biens, sur le plan des récoltes: le seigneur chasse les animaux sauvages nuisibles aux récoltes.

Le découpage du sol se créé sur le réseau seigneurial, sur les besoins de sécurité et les nécessités économiques, parfois la proximité d’une abbaye prospère. Les familles, par solidarité se retrouvent près de leur lieu de culte, notamment les lieux de pèlerinages et les cimetières où se conserve le souvenir de leurs morts. Il n’est donc pas surprenant que le réseau paroissial vienne naturellement se structurer autour des lieux économiques d’échanges et près des centres de pouvoir où l’on retrouve l’abbaye, l’évêché, ou le château. L’église s’installe au cœur du village.

En même temps que la mise en place de cet ordre seigneurial et ecclésiastique, l’habitat rural s’est structuré autour de l’existence de liens familiaux et sociaux.

Les villages s’installent durablement dans un point géographique propice à l’exploitation optimum des ressources. Les techniques agraires nouvelles apparaissent. Pour les partager les paysans expriment leurs compétences dans de nouveaux métiers, enseignés souvent de père en fils, ou par des maîtres artisans. : meuniers, laboureurs, cultivateurs, charrons, maréchal (ferrand), sabotier, maçons, verriers, tisserands, commerçants. Autour d’eux les bergers, manœuvriers, les journaliers paysans sans terre. L’exploitation du terroir est plus intense, les rendements sont améliorés et la population des villages augmente rapidement. Le développement de la monnaie permet encore de faciliter les échanges et peu à peu les villages se transforment en villes.

Les royaumes de France et d’Angleterre entrent dans un conflit séculaire qui trouve son origine dans l’occupation de l’Angleterre par le duc de Normandie. A sa mort en 1087 Guillaume le Conquérant laisse trois fils: Robert, est sans autorité sur son duché de Normandie, Guillaume, est roi d’Angleterre mais décède accidentellement peu après, alors Henri hérite du trône d’Angleterre. En 1105 il débarque en Normandie, combat son frère Robert à la bataille de Tinchebray et le fait prisonnier au château de Cardiff jusqu’à sa mort en 1134. Henri 1er se fait sacrer roi d’Angleterre et duc de Normandie. A sa mort en 1135 il laisse une fille, Mathilde mariée au comte Geoffroy V d’Anjou « Plantagenet ». Etienne de Blois, son cousin en profite pour lui ravir le trône d’Angleterre. En 1150, Geoffroy V cède son duché de Normandie à son fils Henri (Guillaume le Conquérant est donc son arrière grand père). Il hérite des comtés de Touraine, du Maine et de l’Anjou en plus de la Normandie. Le 18 mai 1152 à Poitiers, il épouse Aliénor d’Aquitaine, ex-épouse de Louis VII. Il se fait adopter par le cousin de sa mère, Etienne de Blois le 06 novembre 1153 et devient héritier du trône d’Angleterre. Le 25 octobre 1154 Henri II Plantagenet devient roi d’Angleterre, couronné le 19 décembre à Westminster. Il est à la tête d’un empire à 21 ans. En 1156 il rend hommage à Louis VII pour ses fiefs sur le continent. La Normandie est l’enjeu d’une guerre économique entre Henri II et Louis VII puis son fils Philippe Auguste. Ils attisent la rivalité entre Henri et ses fils notamment Richard. Quand ils deviennent rois, Richard cœur de Lion puis son frère Jean sans terre sont en guerre contre Philippe Auguste de 1194 à 1204. Les Anglais ne conservent que les Iles Anglo-Normandes. Philippe Auguste fait construire à Rouen une forteresse. Dès l'époque de Philippe-Auguste, s’ouvre pour la France une période prospère. En 1214 Philippe Auguste est victorieux à Bouvines de la coalition européenne de Jean sans terre et de l’empereur Otton IV. La France s'impose ainsi comme la première puissance de l'occident chrétien qui se manifestera par les deux croisades du règne de Saint-Louis et la fondation à Paris de la première université d’Europe. C’est le temps des cathédrales gothiques. Faisant suite à sa rivalité avec les Plantagenêts, l'Aquitaine et la Normandie sont rattachées à la France dès le début du XIIIè siècle. L'achèvement de la croisade des Albigeois, en 1229, se termine par l'annexion du comté de Toulouse en 1271. Ces constants affrontements sont ceux de deux dynasties françaises : Plantagenêt et Capétiens3, pour la souveraineté et le contrôle des fiefs de Guyenne. Les nobles qui composent l'armée anglaise sont essentiellement d'origine française. Les troupes d’infanterie anglaises sont essentiellement recrutées localement en France (Anjou, Guyenne, Normandie, Bretagne etc.). Cette guerre féodale s’achève définitivement le 19 juin 1299 avec le traité de Montreuil-sur-Mer ratifié par Philippe le Bel et Edouard 1er. Ils prévoient le mariage de leurs enfants: Isabelle fille de Philippe avec Edouard fils d’Edouard 1er. Ces dispositions sont confirmées le 20 mai 1303 par le traité de Paris.

Au XII et XIII siècles l’invention de la charrue et du collier d’épaule, l’assolement et le défrichement permettent la culture des céréales et la population s’accroît. Mais les partages successoraux réduisent les parcelles qui deviennent moins rentables. Pour gagner des terres cultivables certaines régions utilisent la nouvelle invention du moulin à vent pour assécher les marais et créer des polders.

Au XIV siècle on trouve difficilement des terres à défricher et les conditions climatiques changent. Beaucoup de régions comme les Flandres sont en surpopulation et s’orientent vers une économie de commerce pour importer des denrées agricoles. En Angleterre, dès 1279, la moitié des paysans dispose de la superficie de 5 hectares nécessaire pour nourrir une famille de cinq personnes. La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse, ce qui entraine une diminution des revenus fiscaux de la noblesse, une augmentation de la pression fiscale et des tensions au sein de la noblesse et de la population rurale. Beaucoup de paysans tentent alors leur chance comme ouvriers saisonniers dans les villes pour des salaires très faibles. L’évolution de l’économie vers la spécialisation de la production et le commerce, du fait de la pression démographique en ville, engendre des tensions sociales en milieu urbain. Le XIVe siècle est marqué par les problèmes économiques et une crise agricole. Le refroidissement climatique du « petit âge glaciaire », la sécheresse avec une année exceptionnelle en 1303, suivie d'une période très humide de 1312 à 1319 la peste noire de 1347-1352 qui a tué plus du tiers de la population européenne, sont la cause de désertification des campagnes et de famines.

La noblesse doit rechercher un moyen de compenser la diminution de ses revenus fonciers. C’est ainsi que la noblesse anglaise dont les revenus fonciers sont les plus touchés, pousse le roi à la guerre.

La guerre est une solution: par le pillage, par les rançons perçues sur la capture de l’ennemi, par le prélèvement d’impôts (la taille) pour la financer. Ces impôts sont impopulaires. Divers troubles sociaux éclatent à Paris et dans le monde paysan avec la Jacquerie ou dans les milieux artisanaux déjà structurés de la Flandre.

En 1328, Charles IV, dernier fils de Philippe IV, meurt sans héritier mâle. Sa sœur Isabelle, reine d’Angleterre, est écartée de la succession. La France se choisit comme roi Philippe VI de Valois qui est le neveu de Philippe IV le Bel. L’Angleterre prétend que la dynastie des Valois usurpe le pouvoir sur les droits de Edouard III, petit fils de Philippe le Bel

Ainsi le mariage d’Isabelle et d’Edouard II, qui scelle la fin de la guerre féodale est l'un des casus belli de la guerre dynastique de la guerre de Cent Ans. L’Angleterre et la France ont donc intérêt à augmenter leurs possessions territoriales pour accroître leurs rentrées fiscales et renflouer leurs finances.

En France, le roi Philippe VI et ses successeurs pensent aussi que le prélèvement d’impôts pour financer une guerre est le meilleur moyen de renflouer les caisses de l’Etat.

La Guyenne, la Bretagne, la Flandre, la Normandie sont des régions très stratégiques que chaque dynastie a un besoin vital de conserver sous leur influence. Ces rivalités conduisent rapidement à la guerre. Les deux principales puissances européennes sont rivales sur le plan dynastique et économique. Le transport de fret se fait essentiellement par voie maritime en Manche et Méditerranée ou fluviale sur le continent.4 L’essor du commerce rend les régions dépendantes les unes des autres au-delà des limites des royaumes.

La Champagne et la Bourgogne communiquent par le Rhône avec la Méditerranée au Sud et la Manche au Nord, elles alimentent Paris via la Seine et ses affluents et sont donc pro-françaises. L’Aquitaine qui exporte son vin en Angleterre, la Bretagne qui exporte son sel et les Flandres qui importent la laine britannique ont tout intérêt à être dans la sphère d’influence anglaise, qui propose des avantages fiscaux par rapport à la France.

Ainsi, les marchands flamands, se révoltent contre la pression fiscale française; Plusieurs batailles les opposent au roi de France: Courtrai en 1302 (où la chevalerie française est vaincue, les bourgeois flamands montrent que les villes peuvent battre militairement l’ost royal, mais Philippe VI mate les rebelles flamands à Mons-en-Pévèle en 1304 et Cassel en 1328. Les Flamands apportent leur soutien au roi d’Angleterre, déclarant même en 1340 qu’Édouard III est le légitime roi de France.

La Normandie devient une zone d’échanges très importante avec la Beauce et l’Ile de France et l’intensification de la liaison trans-manche grâce à ses ports et aux progrès techniques maritimes. Edouard III décide de conquérir la France en commençant par la Normandie.

Cette guerre dynastique connait plusieurs phases:

L'Angleterre remporte d'abord de nombreuses victoires. Le 19 septembre 1356, Jean le Bon est battu à la bataille de Poitiers, il est fait prisonnier. La France doit payer une rançon. Le pays sombre dans l’anarchie. En 1355 et 1356 les états généraux visent des réformes fiscales et prélèvement d’impôts et 1357 impôt pour la rançon du roi. Deux membres bourgeois Etienne Marcel et Robert Le Coq veulent installer Charles de Navarre5 à la tête d’une nouvelle dynastie que le parlement contrôlerait à l’instar de l’anglaise. En 1358, un soulèvement en Normandie est organisé par Charles de Navarre, les Anglais et Etienne Marcel, mais le dauphin, le futur Charles V, se fait nommer régent et retourne la situation. Jean le Bon peut regagner la France en 1360, après la signature du traité de Brétigny qui lui rend la liberté, mais cède un tiers du pays à Édouard III. Il n’a pas payé toute sa rançon. Il stabilise la monnaie grâce à la création du franc, mais les déserteurs pillent les campagnes et ruinent le commerce. Il tente ensuite d'en débarrasser le pays en les menant en croisade contre les Turcs avec l'argent du Pape. Charles V est sacré en 1364, il restaure l'autorité royale.

En 1378, les Anglais ne contrôlent ainsi plus que quelques villes sur le continent.

À partir de la mort de Charles V en septembre 1380, le pouvoir royal s’affaiblît. Le contexte économique difficile, conduit à une période de guerre civile en Europe, le royaume d'Angleterre en sort le premier.

Au XV siècle, Henri V d'Angleterre repart en guerre contre la France, bon moyen de relancer son économie. Il profite de la folie du roi Charles VI et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Fort de son alliance avec les Bourguignons, il obtient la couronne de France pour son fils Henri VI par le traité de Troyes signé en 1420.

Cependant, les pillages commis en France et dans les Flandres par les troupes d’occupation anglaises renforcent le sentiment national naissant et rendent difficile le maintien des Anglais en France.

En 1429, l'épopée de Jeanne d'Arc renforce la légitimité de Charles VII.

Six ans plus tard, celui-ci conclut la paix d'Arras avec le duc de Bourgogne ; les Anglais sont vaincus dans plusieurs batailles (notamment avec la reprise de Paris, en 1436, par le connétable ) et ne contrôlent plus, en 1453, que Calais sur le continent (qui ne sera reprise par la France qu'à l'issue du siège de Calais en 1558), la paix étant signée en 1475 (traité de Picquigny).

Les conséquences de cette guerre sont lourdes pour le système féodal, le commerce et la Chrétienté.

La noblesse est décimée par les batailles de Crécy, Azincourt, Poitiers.

Le pouvoir central du roi est renforcé par Charles V et de Charles VII. Ils suppriment certains droits seigneuriaux, et rendent tous les hommes directement sujets du roi. Puis, le servage et les corvées sont rendus responsables de la mauvaise exploitation des terres et de divers désordres. Le roi avait déjà aboli ces droits dans ses propres domaines, mais il fallait exiger les mêmes réformes chez les nobles et également sur les terres des abbayes. Charles VII réorganise l'administration (création des parlements de province aux pouvoirs limités) ainsi que les armées françaises en créant la première vraie armée permanente de la couronne et fait de l'artillerie une force à part entière. Il met fin à la guerre de Cent Ans. C'est à partir de son règne que les rois de France s'affirment de plus en plus sur les seigneurs, ce qui entraîne le déclin progressif du système féodal en France.

Cet ensemble d'événements constitue la crise de la fin du Moyen Âge.

A la faveur de ce très long conflit, qui a ravagé la France, émerge la naissance de deux nations.

La Chrétienté féodale unie et hiérarchisée par Rome s’est morcelée par le Schisme. Les Eglises nationales choisissent leur pape, le latin n’est plus la langue universelle. Les monarchies se concentrent autour d’une langue commune. La disparition de la chrétienté féodale au profit d’une Europe des Nations profite à la conquête turque qui menace la prospérité des Etats européens. Les Portugais déjà privés de la Méditerranée par d’autres puissances européennes à la fin du XV siècle partent au contournement de l’Afrique. A la recherche d’autres routes maritimes ils découvrent de nouveaux continents. Une ère nouvelle s’ouvre : la Renaissance.

es rivalités dynastiques anciennes existent à l’intérieur de la France entre les familles d’Orléans, de Bourgogne, de Valois et de Navarre. Elles sont compliquées par les liens familiaux avec la couronne d’Angleterre. 6

Les deux royaumes connaissent des problèmes internes. En France ils sont dus à la folie du roi et en Angleterre à une crise économique du règne de Richard II et finalement un changement dynastique.

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En septembre 1380, Charles V de Valois meurt a 42 ans. Son fils de douze ans seulement devient le roi Charles VI mais il est placé sous la tutelle de ses oncles, les ducs: Louis d’Anjou, Jean de Berry, Philippe II de Bourgogne « Le Hardi ». Ils forment un conseil de régence en remplacement du conseil du roi. Les anciens conseillers de Charles V, « les marmousets » sont renvoyés.

Le règne de Charles V est marqué par une baisse importante des revenus fonciers, les campagnes ayant été dépeuplées par la peste, les pillages des compagnies de déserteurs et la stratégie de la terre déserte qui a vaincu les troupes anglaises. La noblesse a été décimée par les batailles de Crécy et de Poitiers, en contre coup le pouvoir royal s’est affermi, les seigneurs mettent leurs terres en fermages pour en tirer des profits réguliers mais moins rentables.

Le Trésor Royal bénéficie d’une fiscalité qui fidélise les vassaux. Les ducs du conseil de régence puisent dans ce trésor, à l’instar du duc d’Anjou qui part à la conquête du royaume de Naples. En Angleterre Richard II est en proie aux difficultés économiques par arrêt des commerce de sel, de vins et de laine et il est obligé d’augmenter les impôts. Il est impopulaire.

Philippe le Hardi, duc de Bourgogne possède les Flandres depuis 1384. Gand et Bruges s’opposent à son autorité avec la complicité de l’Angleterre. Il détourne une grande partie des troupes rassemblées à l’Ecluse pour débarquer en Angleterre pour aller mater Bruges et Gand. Ces villes se soumettent et obtiennent en contre-partie le droit de commercer avec l’Angleterre et approvisionnent leur ateliers avec la laine anglaise importée. Ainsi depuis 1385 le Hardi, qui tire une grande partie de ses revenus de ses relations avec les Anglais, est favorable à la trêve avec l’Angleterre.

En 1388, Charles VI, âgé de 20 ans, désire s’émanciper de la régence. Il garde ses oncles comme conseillers et fait revenir les anciens ministres de son père, les marmousets. Les « marmousets » ou « petits vieux » n’étaient pas nobles mais issus de la bourgeoisie, juristes et financiers considérés comme parvenus par la vieille aristocratie jalouse de leur pouvoir.

En 1392 Jean IV de Bretagne, allié du roi d’Angleterre tente de faire assassiner Olivier de Clisson, connétable de France, chef de file des marmousets qu’il accuse de comploter contre lui. Charles VI est convaincu que ce n’est pas seulement sa politique mais aussi sa personne qui est visée derrière cet attentat. Il donne l’ordre d’une expédition punitive en Bretagne contre Jean IV. Sur le chemin de retour de cette mission, dans la forêt près du Mans, un exalté se précipite vers le roi en criant. La troupe poursuit son long chemin sous la chaleur accablante quand un soldat fait tomber sa lance bruyamment sur le casque d’un autre. Le roi sursaute, il se voit menacé. Il est pris d’une crise de folie et tue plusieurs soldats de son escorte. Charles VI n’a que vingt-quatre ans.7

Les deux oncles du roi, le duc Philippe de Bourgogne et le duc Jean de Berry annulent la campagne contre le duché de Bretagne et s’en prennent à ceux qui l’avaient conseillée au roi, « les marmousets », car les deux oncles avaient besoin de Jean IV de Bretagne pour négocier la paix avec l’Angleterre.

L’état du roi Charles VI se dégrade à chaque nouvelle crise.

Les oncles, Philippe le Hardi duc de Bourgogne et Jean II duc de Berry, et la reine Isabeau de Bavière prennent le pouvoir. Le duc d’Anjou troisième fils de Charles V est lui en campagne en Italie.

Le frère de Charles VI, Louis 1er d’Orleans, 20 ans est jugé immature. Il est entouré d’une cour extravagante, et lui même est turbulent.

Le 28 janvier 1393 Isabeau de Bavière organise au château de St Pol une fête pour le mariage d’une de ses suivantes, Catherine avec un chevalier de Vermandois. C’était l’usage de faire un « charivari » en contre-point des cérémonies religieuses ennuyeuses des mariages. Hugues De Guisay a l’idée d’animer la fête avec une danse et cinq compagnons et le roi (25 ans) déguisés en sauvages dans l’obscurité.: Milon, comte de Joigny,

Le sacre de Charles VI. Grandes Chroniques de France (Jean Fouquet), vers 1455-1460.

Philippe II de Bourgogne dit le Hardi, tableau anonyme du xvie siècle, château de Versailles.

Yvain de Galles, dit le bâtard de Foix, Ogier de Nantouillet et Charles-Aymard de Poitiers.. Le roi mène ses compagnons « sauvages » enchainés. Le duc d’Orléans entre ivre dans la salle et pour voir qui se cache sous les masques des fêtards, il approche sa torche qui enflamme les déguisements faits de toiles de lin enduites de poix recouvertes de plumes et d’étoupe. Quatre membres de la noblesse périssent . La vie du roi est sauvée par la duchesse de Berry qui utilise une robe pour étouffer les flammes sur ses vêtements. Cette soirée que l’on appelle « le bal des ardents » est racontée par Froissart dans ses chroniques. Il présente le duc d’Orléans comme le principal responsable de la tragédie et du traumatisme psychologique, plongeant un peu plus le roi dans la maladie. Pour se racheter le duc d'Orléans donne des fonds pour construire une chapelle à l'église de l'ordre des Célestins.8 Une messe pour le repos des quatre âmes y est dite quotidiennement.

La réputation d'Orléans est ainsi fortement entachée à la cour et auprès des Parisiens.

Louis d’Orléans est écarté du conseil de régence à l’instigation du duc de Bourgogne.

Revenons en Angleterre. En 1394 le roi Richard II est veuf et n’a pas d’héritier. Il recherche un mariage. Pour éviter qu’il ne se marie avec une princesse d’Aragon, Philippe le Hardi lui propose d’épouser Isabelle de Valois, la fille du roi Charles VI. Son intérêt est de sécuriser la trêve en cours et de renforcer ses liens économiques de ses terres avec l’Angleterre. Isabelle n’a que 5 ans mais on dit à Richard qui en 28 qu’il est encore jeune et pourra faire éduquer la princesse à son bon vouloir. Louis d’Orléans, frère de Charles VI et Thomas duc de Gloucester oncle de Richard II sont très opposés à ce mariage. Le 09 mars 1396 le contrat de mariage est signé, il prévoit une dot de 800 000 livres. 300 000 livres immédiatement remises sont versées dans le Trésor anglais, tandis que le reste de la somme doit être restitué si Richard II vient à mourir avant qu'Isabelle ait atteint ses douze ans. Le cas échéant, Isabelle pourra retourner en France avec toutes ses possessions.

mariage Isabelle de valois et Richard II (chronique Jean Frois-sart)

En 1399 Richard II part en Irlande pour réprimer des troubles. Son cousin Henri Bolingbroke duc de Lancastre9, en profite pour revenir d’exil, s’allier avec le duc d’York et autres seigneurs et oblige Richard II à abdiquer et l’enferme à la Tour de Londres. En passant la couronne d’un cousin à l’autre, la dynastie Plantagenet est remplacée par celle des Lancastre. Le nouveau roi d’Angleterre c’est Henry IV.

Charles VI exige à présent le retour de sa fille Isabelle de Valois qui a 10 ans et le remboursement de sa dot, sauf 300 000 livres versées à Richard II en 1396. Henri IV refuse et rappelle le paiement du reliquat de la rançon du roi de France Jean II, capturé à la bataille de Poitiers en 1356. Il retarde au fil des mois suivants les négociations avec Charles VI, et hésite à répudier la trêve conclue par Richard II en 1396.

En 1399 pour intimider son neveu Louis d’Orléans (27 ans), Philippe le Hardi amasse autour de Paris de nombreuses forces. Les deux autres frères du roi, le duc de Berry et le duc d’Anjou se joignent à Isabeau de Bavière pour obtenir un accord entre les deux partis.

Le 27 mai 1401, Henri IV accepte de renvoyer Isabelle en France, elle a alors 12 ans. Il reporte la restitution de sa dot à une date ultérieure, qui ne sera en fait jamais retournée à Charles VI. Dès le retour de sa fille en France, Isabeau de Bavière prévoit de la remarier d’abord avec Jean Marie Visconti duc de Milan qui renonce en 1403. Elle est mariée à Charles d’Orléans en 1406.

Philippe le Hardi augmente ses pouvoirs en 1402 en devenant régent du duché de Bretagne (Jean V de Bretagne est très jeune pour succéder à son père Jean IV).

Louis d’Orléans profite en 1402 d’un voyage en Flandres de son oncle le Hardi pour obtenir du duc d’Anjou son entrée au conseil de régence et la charge de « souverain-gouverneur des aides ». Ce titre lui donne le droit de lever un impôt exceptionnel pour l’entretien d’une armée afin de poursuivre la guerre.

A son retour à Paris Philippe le Hardi demande au roi le titre de « co-souverain-gouverneur des aides », à égalité avec Louis d’Orléans. Les deux hommes intriguent l’un contre l’autre au conseil.

Louis d’Orléans se moque d’être impopulaire à Paris à cause de la levée d’impôts. Il est provoquant à l’égard des Anglais et sa vie dissolue, si elle n’est pas différente des mœurs chez les princes de l’époque, est dénoncée par la propagande bourguignonne. En 1403, sa maitresse Mariette d’Enghien donne naissance à son fils Jean, futur Dunois « Bâtard d’Orléans. ». Il y a des rumeurs sur ses relations avec d’autres dames mais surtout la reine Isabeau de Bavière avec laquelle l’université de Paris les accuse de dilapider le trésor royal.

En avril 1404, Philippe le Hardi va à Bruxelles pour prendre le duché de Brabant à l’occasion d’une succession. Le 27 avril 1404 il décède brusquement en cours de route.

Le 23 mai 1404 son fils « Jean sans peur10 » devient duc de Bourgogne et prête hommage au roi de France Charles VI. Il a 33 ans. Il est duc de Bourgogne. Ses comtés représentent une très grande part de l’actuelle Belgique. (Carte en annexe). Il poursuit la politique de son père Philippe le Hardi, en jetant les bases d'un État bourguignon indépendant d’un seul tenant, tout en jouant de son influence à la cour de France. Il garantit aux habitants des villes le maintien de leurs privilèges. Il passe pour être un glorieux guerrier populaire malgré la rançon de 200 000 ducats payée par son père pour sa libération après Nicopolis.

Il s’attire les faveurs de Charles VI et de la reine Isabeau de Bavière en mariant sa fille Marguerite au dauphin Louis de Guyenne, puis son fils aîné, le futur Philippe le bon avec Michelle de Valois, la fille de Charles VI. En échange de ses deux mariages la reine Isabeau de Bavière promet au duc de Bourgogne de défendre ses intérêts.Ayant succédé à son père, poursuivant la même politique, Jean Sans Peur s’oppose à son cousin Louis d’Orléans. Cependant, « Jean sans Peur » n’est que le cousin du roi Charles VI et à ce titre il ne peut pas prétendre jouer un rôle de premier plan au Conseil.

Anonyme, Jean sans Peur.

En 1405 l’Angleterre s’agite du côté de la Bretagne, la guerre parait inévitable.

Dans ce contexte le 21 mars 1405 la mère de Jean Sans peur décède, il devient encore plus puissant en héritant des comté de Flandres, d’Artois et de Bourgogne.

La reine Isabeau de Bavière et son beau frère le duc d'Orléans décident de lever une nouvelle taille en 1405 car la guerre menace. La population gronde, Jean Sans peur refuse que la taille s’applique en Bourgogne et en Bretagne. Il se rend ensuite dans les Flandres dont il est le seigneur et promet qu’il ne lèvera ni les impôts que le duc d’Orléans demande ni d’armée pour aller reprendre Calais, car il n’est pas question de ruiner les Flandres avec un conflit contre les Anglais.

Pendant qu’il est dans les Flandres, pour régler les successions de Bourgogne et des Flandres, Jean Sans peur est loin de Paris. Il perd de son influence et de ses revenus dans la capitale. Dans le même temps, son cousin et rival, Louis d’Orléans fait l’acquisition du duché de Luxembourg et de quelques comtés dans l’Est.

A partir de 1406 les ressources du duché de Bourgogne de 59 % du Trésor Royal, tombent à 24 %, alors que les dépenses de fonctionnement des États bourguignons ne cessent de s’alourdir. Pour compenser les pertes Jean sans Peur prend le risque d’augmenter les impôts dans son duché et les Flandres.

Les tensions augmentent entre les deux cousins.

Le duc d’Orléans, est le gendre de Jean Galéas Visconti, à ce titre il revendique des fiefs en Italie. Il veut faire intervenir Charles VI militairement en sa faveur dans la péninsule italienne. De plus, il semble vouloir faire rompre la trêve franco-anglaise, allant jusqu'à provoquer Henri IV d'Angleterre en duel. Pour financer ses projets guerriers, il veut faire lever des impôts, ce que Jean sans Peur ne peut tolérer, car les Flamands dépendent totalement des importations de laine d’outre-Manche et auraient été ruinés par un embargo.

En août 1405, Jean sans peur rassemble une armée pour prendre le contrôle de la capitale. Il sait que les parisiens sont favorables à ses réformes d’allègement d’impôts. Il veut obliger le roi à convoquer les états généraux pour les faire appliquer. Il part d'Arras le 16 août, avec 800 chevaliers et arrive à Louvres près de Sarcelles. Louis d'Orléans et la reine prennent la fuite au château de Pouilly-le-Fort, près de Melun. Ils donnent l'ordre d’y conduire le Dauphin Louis et ses frères le lendemain.

Jean sans Peur intercepte le convoi, à Juvisy et ramène le Dauphin Louis 11 à l’hôtel d’Artois à Paris. Il a le soutien des ducs de Berry et de Bourbon, et convoque une grande assemblée où siège le Dauphin le 26 août 1405.

Au cours d'un discours, Jean sans Peur s’adresse au Dauphin Louis. Il réaffirme son allégeance au Royaume de France et à son souverain. Il dénonce la gestion du royaume par le duc d’Orléans, la corruption, ses craintes quant à l'exercice du pouvoir par son rival. Pour s’allier le clergé, il condamne la pression fiscale qui écrase l'Église en particulier. D’après lui, le maintien de cette politique conduit le peuple français à sa perte. Il conclue en déclarant que le seul but de son armée sera de défendre Paris contre le duc d’Orléans.

Rivalité croissante Jean Sans Peur - Louis d'Orléans

Joignant le geste à la parole, le duc de Bourgogne fait venir ses troupes à Paris. Il reçoit les renforts de huit cents hommes d'armes commandés par le duc de Limbourg, et six mille hommes réunis par Jean III de Bavière.

Lorsqu’il apprend ce discours public et l’arrivée de ces troupes, Louis Ier d'Orléans ne peut accepter l’injure. La France se trouve au bord de la guerre civile.

La ville de Paris est acquise à la cause du duc de Bourgogne, ses habitants, les bourgeois, les magistrats de la ville espèrent cependant une réconciliation entre les deux rivaux.

Louis d’Orléans réunit une armée, au nom du roi, puis entame en septembre le blocus de la capitale.

Autour de cette lutte de propagande, chaque camp choisit une symbolique particulière.

Le duc d’Orléans menace clairement ses ennemis: il choisit d’accompagner son emblème de bâtons noueux et d’une devise: « Je l'ennuie » qui à l’époque signifie: « Je porte le défi ».

En réponse, Jean sans Peur, lui, choisi comme emblème un rabot, avec la devise, en flamand : « Ic houd ! » (« Je [le] tiens ! »). A cette époque, de 1409 à 1411 il se fait construire l’hôtel de Bourgogne à Paris, encore aujourd’hui on peut y voir sur un vitrail deux rabots sculptés. Sur beaucoup de miniatures, Jean sans Peur se fait représenter avec des rabots sur ses vêtements.

Le 10 octobre 1405, Charles VI, dans une période de lucidité, enclenche un processus de négociations pour éviter la guerre entre les princes.

Le duc de Bourgogne, qui promet des réformes institutionnelles aux maîtres de l'université de Paris, obtient dès lors leur soutien. Mais les coûts d’entretien de son armée nombreuse dans Paris le poussent vers le compromis. Le 17 octobre 1405, la paix est conclue. Le duc d'Orléans jure de se conformer aux futures décisions du Conseil du roi, auquel siège le duc de Bourgogne.

Les deux ducs se livrent alors à une intense propagande.

Les Bourguignons disent que le frère du roi, Louis d'Orléans, « qui hennissait comme un étalon après presque toutes les belles femmes », est accusé d'avoir voulu séduire voire « esforcier » la duchesse de Bourgogne. Ils font courir la rumeur que ce séducteur aurait été l'amant de la reine Isabeau . La propagande bourguignonne le présente comme le père véritable de Charles, le dernier fils du roi (futur Charles VII). De son côté, le duc Louis d’Orléans se rapproche de la reine et bénéficie de la bienveillance de son frère le roi lors de ses phases de crise.

Le 27 janvier 1406, une ordonnance réorganise le Conseil royal. Le duc d’Orléans soutenu par les duc de Berry, d’Anjou et de Bourbon, confirme le duc de Bourgogne dans la succession des responsabilités exercées par son père mais en contre partie, pour l’isoler, il procède à l’épuration des conseillers bourguignons du Conseil. C'en est trop! Jean sans Peur est évincé du pouvoir et ridiculisé par le duc d’Orléans. Pour obtenir le soutien des états généraux, il écrit aux grands du royaume et aux bourgeois des grandes villes. Il se positionne comme un défenseur des intérêts du peuple. Il expose ses vues différentes sur le Schisme de l’Eglise. Il tente de lever des fonds dans ses provinces car il ne peut plus puiser librement dans le Trésor royal d’où son père tirait 9/10 de ses revenus.

Christine de Pisan remet un livre au duc Louis d'Orléans, enluminure du Maître de la Cité des dames, L'Épître Othéa, vers 1410-1414, British Library, Harley 4431, fo 95 r

Dès lors, pour ne pas perdre sa position et son influence politique au Conseil de Régence, Jean Ier de Bourgogne décide de faire assassiner son cousin Louis d’Orléans. Il attend une opportunité.

Le 29 juin 1406 à Compiègne, Isabelle de Valois, 17 ans est remariée avec Charles d’Orléans 12 ans. Ce mariage va présenter des conséquences importantes mais il faut revenir un peu en arrière pour l’expliquer. En effet, le 04 juin 1404, Charles VI et Isabeau de Bavière marient leur fille Isabelle (veuve de Richard II) avec son cousin germain Charles qui est le fils du duc Louis d’Orléans. Le pape d’Avignon Benoit XIII accorde la dispense le 05 janvier 1405. Henri VI insiste pour qu’elle soit mariée avec son fils mais Charles VI refuse car il réclame toujours la restitution de la dot donnée à Richard II.

En 1407, le duc Louis Ier d'Orléans est assassiné sur ordre de Jean sans Peur.

C'est le 23 novembre 1407, dans la nuit, que Louis d’Orléans est assassiné. Il sort de l'hôtel Barbette, rue vieille du Temple, résidence de la reine, qui vient d’accoucher. Il est accompagné de deux écuyers et quatre valets, quand ils sont attaqués par dix huit meurtriers. Le duc a la main coupée et le crâne entièrement fendu en deux. Dans leur fuite les assassins ont semé des chausse-trappes dans les rues afin de ralentir d'éventuels poursuivants. Ces indices mènent les enquêteurs vers l'hôtel d'Artois, résidence parisienne du duc de Bourgogne. Isabeau, alertée par les cris dans la rue, se réfugie avec ses enfants à l’hôtel Saint Pol, résidence du roi. Les princes se réunissent chez le duc d’Anjou, la tension est extrême. Jean sans Peur doit se justifier. Le 26 novembre, lors d'une séance du Conseil royal, il avoue son crime à son cousin Anjou et à son oncle Berry. La chronique raconte: « par l’introduction du diable il avait faire ce crime par Raoul d’Auquetonville et ses complices, puis il dit « Je vais pisser », il quitte la salle très vite et il s’enfuit à Lille.

Le peuple de Paris qui ne l’aimait pas, ne cache pas sa satisfaction d’être débarrassé du duc d’Orléans grâce au duc de Bourgogne.

Valentine Visconti, veuve du duc d'Orléans, demande justice au roi. Ce dernier ordonne au parlement de Paris une audience solennelle qui se réunit à Paris le 21 décembre 1407. C’est ce qu’on appelle un « lit de justice ». Le 28 février 1408 après avoir publié un manifeste dans lequel il dit « qu’il a agit par amour du roi » Jean sans peur convoque l’université chez lui, hôtel d’Artois le 08 mars. Dans une audience solennelle Maître Jean Petit, théologien, justifie dans un discours de quatre heures le « tyrannicide ». Il déclare que louis d’Orléans a tenté d’empoisonner le roi, de le faire déshériter par le pape, entretenu des armées opprimant le peuple et fait alliance avec les ennemis du roi. Il explique que le roi étant empêché (pour maladie), tout sujet, donc le duc de Bourgogne pouvait tuer le duc Orléans, ce tyran. Le 09 mars 1408 une lettre patente de Charles VI assure Jean Sans peur qu’il n’a rien à craindre d’avoir fait tuer le duc d’Orléans. Le 28 août 1408, accompagnée de sa belle-mère Valentine Visconti, Isabelle nouvelle duchesse d'Orléans et de Valois se rend vêtue de noir à Paris afin de défendre devant son père Charles VI la mémoire du défunt duc d’Orléans son beau-père, accusé le 8 mars précédent par le théologien Jean Petit d'être devenu un tyran. Elle réclame justice en son nom.

Le 11 septembre 1408 le parti d’Orléans organise une réponse dans une audience solennelle au Louvre. Thomas du Bourg prononce un discours démontant les arguments de Jean Petit. Il condamne le crime, démontre que le duc d’Orléans n’était pas un tyran et proclame que le duc de Bourgogne avait commis un « cruel homicide ». Mais cette déclaration politique ne peut pas être suivie d’effets puisque la force armée est du côté bourguignon.

Le 23 septembre 1408, Jean sans peur écrase les bourgeois et ouvriers liégeois révoltés à la bataille d'Othée, il obtient l'alliance des duchés de Luxembourg et de Lorraine, et continue la construction de l'État bourguignon.

Maître de la Chronique d'Angleterre, Assassinat du duc Louis d'Orléans, enluminure, vers 1470 ?-1480 ?, Enguerrand de Monstrelet, Chroniques (abrégé), vers 1470-1480, Mss, fr. 2680, Paris, Bibliothèque nationale de France.

La tour Jean-sans-Peur construite de 1409 à 1411 Vestige Hotel de Bourgogne de Robert d’Artois disparu, rue Etienne Marcel Paris.

L’action du lit de justice contre Jean sans Peur est éteinte avec la mort de la veuve Valentine Visconti, survenue le 4 décembre 1408. Le 9 mars 1409, dans les 21 articles du traité de Chartres rédigés par le seigneur de Marcoussis, Jean de Montaigu12, Jean 1er de Bourgogne « Jean sans peur », avoue officiellement sa responsabilité concernant le meurtre de Louis Ier d'Orléans « par sa volonté et par ses ordres, pour le bien du royaume » Il présente des excuses à ses enfants 13qui lui accordent en larmes leur pardon en la cathédrale Notre Dame de Chartres. Il leur fait prêter serment sur les Évangiles de respecter cette paix et donc de ne pas se venger.

Le 07 octobre 1409, profitant d’une crise du roi, Jean sans Peur donne l’ordre au prévôt de Paris, Pierre des Essarts, d’arrêter son dernier ennemi politique au Conseil, Jean de Montagu. Après un procès sommaire, Montagu est décapité au gibet de Montfaucon, le 17 octobre 1409, l’emprise du duc de Bourgogne sur le gouvernement est totale.

Le 31 décembre 1409, malgré ses 12 ans, le dauphin Louis de Guyenne14 est nommé chef du Conseil du Roi, du fait de l'incapacité de son père, atteint de démence.

Sa mère Isabeau de Bavière et son beau-père Jean sans Peur sont les vrais dirigeants du Conseil.

Présentation d'un livre à Jean sans Peur, vers 1410-1412, détail d'une enluminure du Maître de la Mazarine, Livre des merveilles, ms. Français 2810, fo 226 ro, BnF, département des manuscrits.

Le 15 août 1410, Charles d'Orléans, 16 ans, fils du duc assassiné, veuf15 depuis peu se remarie avec Bonne d’Armagnac, (petite-fille du duc de Berry). Il réclame vengeance auprès de son beau-père, le comte Bernard VII d’Armagnac. Soutenu par son beau-frère le connétable Charles d’Albret16, Bernard d’Armagnac prend la tête des fidèles de feu le duc d'Orléans, le 15 avril 1410, jour des fiançailles. Ils forment à Gien une ligue avec les duc de Berry et de Bourbon et le comte d’Alençon, les «Armagnacs», qui va combattre les Bourguignons.

La guerre civile entre Armagnacs au Sud et Bourguignons au Nord, est lancée. Le roi Charles VI « le fol » est incapable cette fois-ci de l’empêcher en raison de son état de démence.

La reine Isabeau comprend que son intérêt est de se rallier avec l’homme fort. Elle signe à Chartres un pacte avec le duc de Bourgogne qui obtient la garde du dauphin Louis.

En 1411, la reine Isabeau de Bavière retourne à Paris. Jean sans Peur s'empare de l'autorité royale, le 20 octobre il crée une commission de réformation de l’administration des finances et demande à son prévôt Pierre des Essarts de révoquer les officiers du parti d’Orléans. Il se charge de l’éducation de son jeune gendre le dauphin Louis de Guyenne et tente, en novembre 1411, d'évincer les Armagnacs du Conseil de régence.

En Angleterre, Henri IV malgré ses problèmes de santé se pose en arbitre du conflit Armagnac-Bourguignons. En juillet 1411 Jean sans Peur lui propose quatre villes flamandes et une aide à conquérir la Normandie et le mariage de sa fille Anne au prince de Galles en échange d’une aide militaire. Il envoie 800 chevaliers et 2000 archers anglais sous les ordres du comte d’Arundel. Cette aide est bien venue car Charles d’Orléans attaque Paris. Les bourguignons les repoussent et les Anglais impopulaires dans Paris retournent à Calais.

Les Armagnacs contre-attaquent du 1er février au 4 mars 1412 ils envoient une ambassade à Londres et en échange d’une aide militaire dans leur guerre contre les Bourguignons, ils proposent à Henri V d’offrir l’Aquitaine; le duc de Berry lui propose le Poitou à son décès et le duc d’Orléans la ville de Périgueux. Plusieurs villes seraient occupées en garantie. L’accord conclu à Bourges et signé par Henri V à Westminster est porté à la connaissance de Charles VI et du duc de Bourgogne le 06 avril 1412. Ils partent assiéger Bourges obligeant les duc de Berry et d’Orléans à négocier. Armagnacs et Bourguignons se réconcilient le 22 août à Auxerre. Mais c’est trop tard, les Anglais profitant de la guerre civile en France débarquent une armée considérable de mercenaires auxquels il est promis de se payer sur le produit de leurs pillages. Les gains sont si importants que le roi anglais dont les caisses sont vides ne voit que des avantages à régler ses problèmes économiques et de politique intérieure en venant faire la guerre en France.

Mariage Charles d’Orléans & Bonne d’Armagnac le 15 août 1410 (détail « très riches heures duc de Berry »)

Le duc de Bourgogne épargné par les grandes chevauchées anglaises renforce sa position. Sur le plan économique les commerçants bourguignons sont favorisés à Paris, les voies de communications entre ses fiefs et l’Angleterre sont maitrisées. Le duc de Bourgogne prône l’affaiblissement du pouvoir central du roi, la diminution des impôts en diminuant les officiers royaux corrompus et il flatte les bourgeois des villes en leur proposant l’autonomie financière et militaire.

Le duc Charles d’Orléans n’a que 18 ans, il a le soutien de son beau père d’Armagnac mais il est connu surtout pour ses troupes impopulaires, son oncle le duc de Berry a 72 ans. Le duc Jean de Bourbon se rapproche du duc de Bourgogne en mariant son fils Charles avec Agnès de Bourgogne, et le duc Louis II d’Anjou est toujours à la recherche du duché de Naples hérité de sa mère. Le duc Jean V de Bretagne en lutte interne avec la famille de Penthièvre n’est pas fiable non plus à l’extérieur car il préserve ses intérêts économiques avec l’Angleterre et les mercenaires bretons nombreux dans tous les camps montrent la politique fluctuante du duc. Les Armagnacs, partisans d’un pouvoir royal centralisé et fort sont impopulaires car cela passe par un impôt et une administration centralisés.

En janvier et février 1413 sont organisés les états généraux de langue d’Oïl. Le moine Benoit Gatien, théologien dénonce la guerre civile dont il attribue la responsabilité au meurtre du duc d’Orléans et il dénonce les gaspillages et propose la fin du versement des pensions royales au profit des ducs, donc celui de Bourgogne est le principal bénéficiaire. Les Bourguignons répondent qu’il faut réformer la Chambre des comptes supprimer les administrateurs et officiers royaux. Le roi entre dans une nouvelle crise de démence. Le dauphin Louis de Guyenne, gendre du duc de Bourgogne, exerce nominalement le pouvoir au nom de son père toujours malade. En 1413, il doit faire face au soulèvement d'une partie des Parisiens menés par la corporation des bouchers de Simon Caboche, agent du parti Bourguignon. Une manifestation a lieu place de Grève à Paris avec le soutien de la corporation des marchands de vins de Bourgogne. Ces hommes de mains qui manient le couteau sont du côté Bourguignons car ils ont eu accès à l’hôtel des Echevins. Ils ont contre eux les corporations des métiers du luxe: étoffes, épices, orfèvres qui, plus riches, occupent les emplois administratifs les plus élevés.

Lors de l'émeute du 27 avril 1413, la foule parisienne vient réclamer sous ses fenêtres les têtes des « traîtres », en premier lieu celle de Pierre des Essarts. Le dauphin réplique qu'il n'y a pas de traître chez lui, mais il doit finalement céder. Une liste de cinquante personnes à châtier est lue sous la pression des émeutiers par son chancelier Jean Jouvenel des Ursins. Furieux, Louis se plaint de cet affront au véritable instigateur de cette émeute, son beau-père le duc Jean sans Peur. Le dauphin est ainsi contraint de s'entourer de conseillers bourguignons. Jean sans Peur qui soutien secrètement la révolte des Cabochien se trouve débordé par les massacres dans la capitale. En mai Louis de Bavière, le frère de la reine est arrêté ainsi que plusieurs autres notables. Le 27 Mai le roi est obligé de signer l’Ordonnance cabochienne qui regroupe les revendications du duc de Bourgogne contre le renforcement de l’Etat mais le texte est mal construit. Ces troubles publics installent une anarchie dont les Parisiens et les nobles se plaignent. Le 28 juillet à Pontoise un accord est conclu pour mettre un terme à la révolte. Jean sans Peur s’incline et viennent y souscrire les représentants du Parlement, de l’université et de la Chambre des comptes. Le dauphin Louis prend la tête d’une expédition punitive dans Paris, fait libérer Louis de Bavière et disperse les Cabochiens de la place de Grève.

Les exactions des partisans de Simon Caboche discréditent Jean sans Peur aux yeux de la bourgeoisie parisienne, le roi de Sicile, le duc de Berry et le dauphin, Louis de Guyenne. Le 27 aout Jean sans Peur tente d’enlever le roi. Louis de Bavière déjoue le complot porte St Antoine arrête les fugitifs sauf Jean sans Peur qui parvient à s’échapper dans les Flandres. La répression s’abat sur les Cabochiens.

Henri IV meurt à Westminster le 20 mars 1413, Henri V son fils règne; il a 26 ans. Confronté à des troubles en Angleterre il est contraint de négocier aussi bien avec les Bourguignons qu’avec les Armagnacs. Il conclue une trêve d’un an le 08 octobre 1413 avec l’archevêque de Bourges et Charles d’Albert; et à Calais avec les Bourguignons un mariage avec Catherine, fille de Charles VI