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Parler des Enfers grecs est une tâche ardue tant le concept en lui-même est complexe. Malgré tout, comment les Grecs ont-ils su mettre en image ce monde invisible à leurs yeux ? Osez découvrir ou redécouvrir la mythologie grecque à travers l'histoire de l'art antique.
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Seitenzahl: 52
Veröffentlichungsjahr: 2021
À ma famille et mes ami(e)s.
Introduction
Chapitre I : L’imago sur la céramique grecque
Chapitre II : Montrer l’invisible aux Hommes
Représenter les Enfers invisibles
Paysage et architecture des Enfers
Chapitre III : Les personnages clés
Hadès et Perséphone
Hermès psychopompe et Charon
Hypnos et Thanatos
Chapitre IV : Les Enfers : une histoire de monstres
Cerbère
Les Gorgones
Chapitre V : Ressenti des Enfers: le châtiment divin
L’exemple de Sisyphe
Conclusion générale
Bibliographie
Parler des Enfers grecs est une tâche ardue, tant la chose est complexe. Les notions abordées dans cet essai touchent à des champs extrêmement larges. Le thème ici exploré étant La représentation des Enfers sur la céramique grecque, j’ai décidé de focaliser mon étude sur les images des diverses figures liées aux Enfers, et de me consacrer à l’étude de céramiques principalement attiques (territoire de la cité-état d’Athènes), mais également apuliennes1, et quelques autres laconiennes 2 , ioniennes 3 ou encore étrusques 4 , toutes produites sur une période allant du VIe siècle au IVe siècle av. J.-C. Dans cette étude seront donc présentées des céramiques dites à « figures noires », mais aussi à « figures rouges », ou encore des lécythes5 à fond blanc6.
De nombreux textes anciens nous sont parvenus, évoquant les Enfers grecs comme les œuvres d’Hésiode7, Homère 8 ou encore Virgile 9 . Ces textes se révèlent généralement vagues et mystérieux et ne contiennent pas de réelle description de ces Enfers. Par ailleurs, il convient aussi d’être très prudent quant à l’analyse des scènes mythologiques, mais également de prêter attention aux apparences : ce que l’on pense voir peut être erroné.
Le but de ce travail vise à montrer de quelle manière les Grecs ont su mettre en image sur des céramiques ce monde invisible à leurs yeux. Là est notre problématique principale. Nous verrons qu’il existe plusieurs moyens de déceler la présence de ces Enfers dans certaines scènes représentées sur ces objets que nous retrouvons en grand nombre dans nos musées et nos départements d’archéologie. Une cinquantaine d’œuvres seront ici étudiées et analysées afin d’éclairer ce phénomène.
1Apulie : ancienne région occupée par les Grecs, aujourd’hui située dans les Pouilles en Italie.
2Laconie : région de Grèce située à l’extrême sud-est de la péninsule.
3Ionie : région du monde grec antique située aujourd’hui en Turquie. La région historique s’étendait sur un peu moins de 200 km de rayon en partant de la ville d’Izmir.
4Étrurie : région d’Italie centrale pendant l’Antiquité, qui correspond aujourd’hui à la Toscane.
5Lécythe : vase grec utilisé pour stocker de l’huile parfumée destinée aux soins du corps.
6Lécythe à fond blanc : contenant très fréquemment utilisé comme vase funéraire. La panse de la céramique est de couleur blanche, ce qui fait ressortir les décors qui sont peint dessus.
7 Hésiode, Théogonie : 725 ; 767 ; 795.
8 Homère, Odyssée : X, 513 ; XIV, 10.
9 Virgile, Enéide : chant VI.
L’imago10 sur la céramique grecque
Pendant l’Antiquité, la céramique – du grec keramos, « argile, vase d’argile » – est un bien matériel commun : il se diffusait largement et était accessible à tous. L’apparition de représentations de l’au-delà sur ces objets permet d’aborder sa conceptualisation sous un autre angle que celui des poètes11. De nombreux exemples de production attique sont parvenus jusqu’à nous, dans des états de conservation variés.
Ces exemples ne forment qu’une infime partie d’un important phénomène de « communication », pour garder le terme employé par Stefan Schmidt12. La circulation des vases permettait donc une plus grande visibilité des images que sur d’autres supports (murs de sépulture, statues, etc.). Les récipients étaient utilisés, manipulés et probablement déchiffrés et lus par les « spectateurs » grecs.
La relation entre le vase et les images représentées dessus fait débat depuis le XIXe siècle. En 1936, le céramologue Charles Dugas13 lance la discussion autour d’une seule et unique question : pourquoi les Grecs ont-ils utilisé les vases comme supports de peinture ? Lui-même interprète cette pratique de la façon suivante : « une des raisons auxquelles la céramique devait son caractère était l’absence de papier dans le milieu où elle était issue ».
Il ajoute, par la suite, « la fonction des vases […] permet de diffuser auprès d’un plus grand nombre un enseignement par les yeux des valeurs de la société athénienne [...] ». Même si cette vision s’avère quelque peu obsolète (il y a des recherches plus récentes), il reste tout de même intéressant de la mettre en avant afin de nous rendre compte de l’évolution de la réflexion à ce sujet.
Ivonne Manfrini 14 , membre du Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes, fondé par l’historien spécialiste de la Grèce antique Jean-Pierre Vernant, complète l’hypothèse de Charles Dugas du point de vue technique. Elle explique que « mettre une image en vase c’est la mettre en volume, en gestes et en partage. C’est susciter une lecture qui engage le mouvement de l’œil, du corps, et un mode de fonctionnement de la mémoire qui convoque les capacités des spectateurs à associer et à permuter des signes iconiques, présents et absents, pour décoder des effets de sens à l’enseigne du jeu […] de la métaphore et du paradoxe ».
Les principaux épisodes des poèmes homériques ont ainsi été mis en image. Il en est de même pour les mythes concernant les dieux grecs et les héros. On note cependant que certains mythes sont représentés à une période puis laissent place à d’autres... On peut donc penser que les scènes imagées sur les céramiques peuvent être représentatives des goûts et des tendances de chaque époque.
Pendant toute l’Antiquité, les scènes mythologiques sont un choix de représentation au même titre que les scènes de la vie quotidienne. Les peintres décorent une grande variété de céramiques par des scènes d’inspiration diverses, mythologique ou non. Les Grecs avaient la possibilité de représenter des images sur de nombreux supports plats, pourtant ils ont choisi de peindre sur des objets en volume. Cette surface devait donc avoir certaines spécificités qui permettaient un développement que l’on qualifie aujourd’hui d’artistique.
