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Le manga
Death Note a incontestablement marqué toute une génération, aussi bien au Japon qu’en Occident. Dessinée par Takeshi Obata et scénarisée par Tsugumi Ohba, cette oeuvre complexe est un shōnen sans en être un. Plutôt que de suivre à la lettre les codes du genre, elle préfère les tordre afin de raconter une histoire sombre et mature. S’il s’agit avant tout d’un thriller efficace, le récit déploie aussi des thématiques propres à la société japonaise, telles que la jeunesse désabusée, le suicide, ou encore l’influence des sectes.
Dans cet essai, le docteur en littérature Clément Pelissier explore le duel psychologique entre Kira et L sous toutes les coutures. Il étudie notamment l’idéologie des personnages, les symboles religieux venant nourrir l’histoire, les thèmes sociaux et philosophiques, et bien entendu la composante policière. Le processus créatif des deux artistes, Obata et Ohba, est également présenté.
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Seitenzahl: 366
Veröffentlichungsjahr: 2022
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À mes deux camarades Rémy L. et Jonathan Maël G.
En souvenir du collège et de notre passion commune pour les anime.
Et en souvenir de Death Note, bien entendu.
J’aurai mis quatorze ans à le faire, mais je me suis finalement penché sur l’affaire Kira, messieurs !
BIENVENUE, DÉTECTIVE ! Si vous avez ouvert ce livre, c’est que vous êtes intrigué par l’affaire Kira et les carnets de la mort. Sombre épopée s’il en est. Les pouvoirs du death note ont fait date dans l’histoire du manga. La recette du tueur assisté de forces occultes s’est révélée aussi savoureuse qu’efficace. Depuis 2003, les motivations de Kira, que l’on connaît sous le véritable nom de Light Yagami, ont passionné les lecteurs de shônen à travers le monde. Songez qu’aujourd’hui encore, des récits paraissent et des forums s’animent à l’aube de nouvelles conjectures sur l’histoire, sur ses personnages, voire sur les intentions supposées des mangakas.
Cet ouvrage poursuit les mêmes objectifs : questionner, interpréter, vibrer au rythme d’une œuvre culte. Considérez-le comme un rapport d’enquête à propos du death note, une relecture, une réflexion sur les actions et l’univers portés par l’ambition d’un jeune homme hors du commun. Aidé par son carnet surnaturel, Light Yagami croyait pouvoir changer le monde. Sa quête fascinante et terrible a envouté des millions de lecteurs et suscité nombre de questions. Je ne peux pas prétendre avoir les réponses, car après tout même les dieux de la mort ne savent pas tout ce qui concerne le death note… Alors un humain, pensez donc !
En revanche, j’ai suivi les actions et idées de Kira, j’ai enquêté aux côtés de L et de ses successeurs. J’ai réfléchi aux implications de ce simple mais ô combien puissant don de pouvoir tuer quiconque a son nom inscrit dans un cahier. Page après page, j’ai palpité au rythme de ce thriller psychologique ciselé par l’esprit de Tsugumi Ohba et les mains de Takeshi Obata. Je ne suis pas sorti indemne de cette expérience, qui à l’époque se révéla la plus saisissante qu’un récit illustré m’avait fait vivre. En 2007, alors que les tomes de Death Note étaient traduits en France chez Kana, j’ai compris à quel point les mangas pouvaient être fascinants, dans leurs mots autant que dans leurs dessins. J’y discernais une alchimie incroyable. Lire l’histoire écrite et dessinée éveillait au moins autant d’émotions que regarder un film. L’anime de Tetsuro Araki adaptant le récit, diffusé dans l’Hexagone à partir de 2008, finit d’ailleurs de confirmer ce ressenti. Les dessins d’Obata et l’histoire d’Ohba m’apparurent alors rehaussés d’une bande-son et d’un jeu d’acteurs (en version originale) presque hypnotisants.
Le choc fut tel que je me crus capable de produire un écrit dès ce moment-là. En juin 2008, je venais de terminer le dernier épisode de l’anime, et j’avais pour habitude de philosopher dessus avec quelques camarades de classe. J’étais alors habité par un désir irrépressible d’exprimer mes sensations par écrit. Avec une grande fierté, j’avais enregistré le fichier texte sous le nom d’une « étude Death Note »… Heureusement que L et ses disciples se sont montrés plus persévérants que moi dans la traque de Kira. Contrairement à eux, mon entrain ne dura que quatre jours ! À peine le temps de quelques paragraphes, et ma résolution d’écriture alla butiner ailleurs. J’en étais donc resté là. La clé USB contenant mon ébauche avortée prenait la poussière dans les ténèbres d’un tiroir. Cet abandon était peut-être dû à une frivolité d’adolescent ou à mon inexpérience dans le procédé d’analyse, mais cette tentative restait significative pour moi. Je continuais d’aspirer à, un jour, rattraper ce rendez-vous manqué. Je voulais écrire à propos de Death Note.
Depuis, je n’ai pas rencontré de dieu de la mort… mais j’ai croisé l’équipe de Third Éditions. Ses membres m’ont donné l’opportunité que je n’espérais pas, mais qui m’attendait quand même. Je peux à présent écrire et vous parler du death note, avec quelques années, de l’expérience et de la motivation en plus. C’est ce qui fera la différence : je ne suis plus tout à fait seul désormais pour reprendre et achever ce projet. De plus, même si la démarche relève toujours d’un pari excitant mais risqué, je crois avoir atteint la maturité nécessaire pour un tel exercice. Je veux suivre les traces de L et replonger dans ce qui fait l’originalité et la force de Death Note.
C’est ici qu’une mise en garde s’impose. Tsugumi Ohba a toujours dit que son seul but en élaborant son manga était de mettre en scène un duel psychologique prenant la forme d’un thriller. Ce manga n’a pas a priori été conçu comme une histoire dramatique, et il n’était pas non plus question de faire de ce récit l’enjeu d’un débat passionnel entre le bien et le mal. Pourtant, des sensations ont émergé, le récit a touché les lecteurs. Death Note est un exemple d’œuvre culte nous rappelant à tous que les créations ne dépendent pas que d’elles-mêmes ni de leurs inventeurs. Dès lors que l’on s’en empare, elles font résonner pour chacun d’entre nous un ensemble d’idées, de sens, d’affects et de biais culturels. Le récit, le dessin et même les propos des mangakas ont poussé les chercheurs de sens à interpréter, sans qu’il soit systématiquement possible ni même souhaitable de faire émerger une « vérité ». Il existe aussi une part grisante et non négligeable de liberté dans la réception d’une œuvre.
Je souhaite aborder Death Note comme un récit qui m’a fait vibrer et qui m’a fait aller plus loin que lui-même. Il faut donc considérer les théories et les analyses de ces pages pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des propositions, des hypothèses argumentées qui ont pour point commun de vouloir soutenir la lecture d’un récit passionnant. Si vous êtes réfractaire à ce genre de démarche et imperméable aux analyses, cette enquête risque bien de vous déplaire. Je vous conseille alors de refermer le dossier Kira. En revanche, si la curiosité, la ferveur ou bien les deux à la fois vous ont amené ici, alors nous allons discuter. Nous allons plonger ensemble au cœur des pages et des lignes du death note.
Pourquoi ce manga ne nous laisse-t-il pas insensibles ? Peut-être parce qu’il nous parle de la mort. Le sujet n’est pas fondamentalement réjouissant, mais il est universel. L’idée maîtresse de l’œuvre d’Ohba et Obata est qu’un objet banal pour les dieux confère aux humains la possibilité de choisir qui doit mourir. Mais les choses vont plus loin, précisément parce que le principe est simple : un nom sur une page induit un trépas. Bien que le carnet funeste et les dieux de la mort soient des piliers de la narration, ils restent souvent en arrière-fond pour laisser le champ libre à d’autres idées, conscientisées ou non.
Ainsi, en nous parlant de vie et de mort, je crois que Death Note nous parle aussi de psychologie, de spiritualité ou encore d’idéal. Il évoque peut-être plus simplement un monde qui nous est familier, un décor entravé dans les errances de la société et la perversité des humains. Tout au long de ses 108 chapitres – rassemblés sous le terme « Pages » –, Death Note jongle avec les symboliques et les représentations. De l’imagerie chrétienne jusqu’au shintoïsme, en passant par les hommages au Japon et au reste du monde, l’œuvre fait converger les problématiques sociétales et les bestiaires surnaturels. Le récit mesure son rythme et son action afin de nous offrir le spectacle d’un duel acharné et virevoltant entre deux idées du monde. Surtout, il nous amène tout naturellement à constater que les dieux de la mort peuvent raffoler des pommes et s’ennuyer ferme.
Que diriez-vous, détective, de m’accompagner dans cette enquête palpitante ?
Passionné par la culture pop, Clément Pelissier en a fait son métier à la suite d’un doctorat à Grenoble consacré aux comic books et aux super-héros. Devenu conférencier, il adore partir à la conquête de nouveaux terrains d’étude et trouve un plaisir sans égal à écrire et à partager, aussi bien sur les jeux vidéo et les mangas que sur les séries télévisées. Il intervient souvent auprès du grand public sur la culture pop, et anime depuis 2016, avec Jonathan Fruoco, le podcast thématique Pop en stock France. Son premier ouvrage, Explorer Kaamelott. Les dessous de la Table ronde chez Third Éditions, est sorti en 2021.
CE PREMIER CHAPITRE est l’occasion pour les nouveaux enquêteurs de se familiariser avec le récit et les principes qui régissent cette œuvre. Pour les vétérans de l’investigation qui connaissent déjà bien les pages du manga, il pourra s’agir d’un rappel plus ou moins nostalgique, qui leur redonnera un peu de l’adrénaline secrétée par la lecture de ce thriller si particulier. Ce résumé de l’histoire peut aussi bien faire office de totale découverte que de simple dépoussiérage du carnet. Pour les lecteurs souhaitant se plonger directement dans l’analyse, il est bien entendu possible de bondir vers le chapitre suivant.
MONDES D’ENNUI
Notre palpitant thriller débute paradoxalement sur un ennui profond. Celui de Ryûk pour commencer. Dans le monde des dieux de la mort, la paresse et le jeu gouvernent les mornes créatures. L’un d’entre eux, Ryûk, s’apprête pourtant à rompre la monotonie : son death note est tombé sur terre… Il a atterri dans la cour d’un lycée japonais, où le surdoué Light Yagami s’ennuie également. En pleine torpeur, ce dernier voit le carnet sur le sol. Il le ramasse par simple curiosité et croit d’abord à une blague, quand une première règle traduite en anglais lui apprend que toute personne ayant son nom inscrit dans le death note mourra. Heureux de cette distraction à l’humour macabre, il le garde avec lui. Le soir même, le journal télévisé couvre en direct une prise d’otages dans une école. Les nom et photo du criminel apparaissent à l’écran, et Light, désabusé, décide de tenter l’expérience. Quand les autorités annoncent la mort soudaine du preneur d’otages dont il a écrit le nom, le jeune homme est troublé. Un second test le lendemain lui apporte pourtant la preuve des pouvoirs de l’objet.
L’apparition de Ryûk dans le monde – et dans la chambre – de Light balaye les ultimes doutes du lycéen. Le dieu de la mort constate par ailleurs qu’entre la chute du cahier sur terre (cinq jours plus tôt) et son arrivée, Light a noirci les pages du death note de manière méticuleuse. Il informe ce dernier que le carnet est désormais sien et qu’il accompagnera lui-même le jeune homme jusqu’à la disparition de l’objet ou de son possesseur. Ryûk avoue avoir laissé tomber volontairement son carnet dans le monde des humains dans l’espoir de tromper son ennui mortel. Pour Light, le death note devient non seulement une source de divertissement, mais aussi et surtout l’occasion divine de changer ce monde qui le dégoûte.
AFFAIRE EXCEPTIONNELLE ? MESURES EXCEPTIONNELLES ! KIRA CONTRE L
Investi de sa nouvelle quête de justice, Light Yagami travaille alors à éliminer les criminels. Ces événements sont bientôt remarqués, et les conséquences ne se font pas attendre. D’abord, sur Internet et les réseaux de rumeurs, la légende de Kira (prononciation japonaise de l’anglais killer, littéralement « tueur ») prend de l’ampleur et trouve sa place dans les consciences. Ensuite, les médias, et surtout les plus hautes instances de police, commencent à se pencher très sérieusement sur l’affaire. Cependant, les autorités sont impuissantes à identifier, freiner ou simplement comprendre le mode opératoire de Kira. Cette situation est inédite à tous points de vue et une réunion au sommet des polices du monde confirme l’évidence. Pour espérer capturer une ombre, il faut quelqu’un de l’ombre. Le détective le plus mystérieux et le plus efficace de la planète s’empare du dossier Kira. « L » ne communique que par le biais d’un ordinateur et d’un dénommé Watari. Sa réputation le précède, et lorsqu’il demande l’entière collaboration de tous les enquêteurs mobilisés, il crée la surprise. Tout particulièrement celle de la police japonaise, que le détective prend à parti. Il démontre alors que les heures de décès et les victimes convergent vers l’idée que Kira agit depuis le Japon, puis requiert la diffusion d’un message vidéo à l’attention du tueur.
Lorsque L s’adresse à Kira à la télévision, Light se trouve dans sa chambre, en train de contempler son œuvre s’étalant sur les pages du death note. Lind L. Tailor défie en direct le meurtrier devant les caméras. Piqué au vif, Light scelle le sort de l’impudent à grands coups de stylo rageurs. Tailor est donc frappé d’une crise cardiaque en direct, l’occasion pour L de refermer son piège : ce n’était qu’un condamné à mort que le véritable détective a exhibé à la télévision afin d’attirer l’attention de Kira. Dissimulé derrière son ordinateur et sa voix numérisée, L pousse la provocation et défie son adversaire de l’éliminer sur-le-champ. L’une des règles principales du death note, soigneusement consignées par Ryûk, stipule cependant que pour que la mort advienne, la personne tenant le stylo doit écrire le vrai nom de sa cible et avoir son visage en tête. Ce sont bien sûr deux informations dont Light ne dispose pas – et L en déduit aisément que le pouvoir de Kira connaît des limites.
Fou de rage d’avoir été berné, Light Yagami se fait la promesse solennelle de débusquer L et de le tuer. Le détective prête le même serment à l’encontre de Kira. Ainsi s’ouvre le duel qui perdurera pendant la majeure partie du manga, à l’image d’une immense bataille stratégique que Ryûk va prendre grand plaisir à contempler !
LE JEU DU CHAT ET DE LA SOURIS
À partir de là, Light sait qu’il va devoir affronter un adversaire plus redoutable que la police qui tâtonne à l’aveugle. En plus de continuer à appliquer la justice de Kira, il doit bien évidemment s’assurer que personne ne remonte sa trace, tout en se débarrassant d’un détective aussi stratège et obstiné que lui-même. Bien sûr, il lui faut aussi rester un étudiant modèle. Il met donc en place un certain nombre de défenses dans sa chambre, qui lui garantiraient la discrétion et la destruction du cahier si cela devait se révéler absolument nécessaire. Durant cette période, Light s’amuse autant qu’il continue d’accroître sa maîtrise des règles du death note. Il n’hésite donc pas à utiliser les criminels comme des jouets pour ses expérimentations. Grâce au carnet, il est possible de choisir l’heure de la mort et d’en déterminer précisément les circonstances. Light fait donc en sorte de brouiller les pistes de L qui semblent converger vers un étudiant à cause des heures de décès. Il programme à sa guise le moment de la mort des victimes, y compris pendant les horaires de cours. C’est alors qu’il découvre que le death note, aussi puissant soit-il, n’est pas sans limites. En effet, écrire les circonstances d’un décès qui seraient physiquement et humainement contradictoires avec la situation de la personne visée (par exemple, demander à ce que quelqu’un meure au Japon dans une heure alors qu’il se trouve au même moment à l’autre bout de la planète) n’aboutit qu’à une simple crise cardiaque. Light en profite également pour narguer ouvertement L, en faisant dissimuler par certaines victimes de faux indices inutiles. Le détective ne reste pourtant jamais désarçonné très longtemps et la guerre des nerfs s’intensifie…
Friand de pommes autant que du spectacle, Ryûk informe Light qu’il existe un moyen radical de prendre l’avantage sur l’ennemi. Les possesseurs de death notes ont le droit de faire un pacte avec le dieu de la mort qui les suit. En échange de la moitié de leur durée de vie, les humains qui passent ce marché se voient conférer des yeux semblables à ceux des dieux. Avec de telles pupilles, il devient possible de voir le nom de n’importe quelle personne que l’on observe, ainsi que sa durée de vie ! Beaucoup trop désireux de régner longuement sur son monde idéal, Light refuse cet échange. Le dieu lui souligne aussi son impartialité : il ne lui révèlera jamais sa propre durée de vie ni le nom de L s’il venait à le voir. Light a cependant un atout dans sa manche, et pas des moindres : son père Sôichirô Yagami est le policier en charge de diriger l’enquête sur Kira au Japon. Son fils prodige peut donc en toute discrétion pirater son ordinateur et se tenir informé en permanence de l’avancée de sa propre traque…
Entretemps, L est passé à la vitesse supérieure et a demandé secrètement au FBI d’intervenir pour enquêter sur les membres du bureau d’enquête japonais et leurs proches. Douze agents se déploient sur le territoire et prennent leurs cibles en filature. Tout aussi impartial qu’il se prétende, Ryûk se sent personnellement très ennuyé d’être suivi en permanence – bien que Light soit évidemment le seul à voir et entendre son dieu de la mort. Informé de la filature, le jeune homme manipule un criminel et parvient à connaître le nom et le visage de l’agent. Il le force à dévoiler son jeu et sa plaque pendant le détournement d’un bus dont Light a orchestré chaque minute dans le death note. Patient, il mettra en temps voulu fin à la vie du dénommé Raye Penber, non sans l’avoir préalablement manipulé sous la menace de Kira et du cahier. Il entre ainsi en possession des noms et visages de tous les agents du FBI, qu’il ne tarde pas à exécuter. Confronté à l’hécatombe de ses forces, le Bureau américain se retire de l’affaire Kira. Naomi Misora, fiancée de Raye Penber et ancien agent du FBI, réclame justice et enquête de son côté sous une fausse identité. Alors qu’elle rencontre Light et se rapproche dangereusement du secret de Kira, le jeune garçon parvient in extremis à connaître son vrai nom et à l’éliminer en décrivant son suicide dans une page du death note.
C’en est trop pour une majorité des enquêteurs de l’affaire Kira. Tous agissent à visage découvert et sous leur vraie identité, s’exposant à chaque seconde au pouvoir du tueur. Seule une poignée de policiers reste soutenir les efforts de Sôichirô Yagami dans la traque. Pourtant, la confiance envers L est érodée : le détective reste dans l’ombre et dans l’anonymat le plus total tandis que ses soldats tombent au front. Le détective n’a plus le choix : il décide d’une réunion à huis clos dans sa chambre d’hôtel pour se dévoiler en personne aux enquêteurs.
DANS L’OMBRE ET EN PLEINE LUMIÈRE : LIGHT ET RYÛZAKI
Le détective rencontre ainsi la cellule d’enquête dirigée par Sôichirô. Celui qui se présente sous le pseudonyme de Ryûzaki entretient des soupçons sur deux familles de la police, notamment celle des Yagami. Il demande à ce que des caméras et micros soient placés dans leur domicile. Ryûk va de nouveau devoir intervenir par intérêt personnel : la présence de caméras dans la maison de Light, et surtout dans sa chambre, l’empêche d’assouvir son désir de pommes ! Les appareils ne peuvent capter ni la présence ni la voix du dieu de la mort, mais les fruits qu’il tient dans sa main et porte à sa bouche pourraient être vus en train de flotter. Capable de traverser toutes les surfaces et de se glisser dans chaque recoin, Ryûk déniche donc l’emplacement de tous les dispositifs de surveillance dans la maison des Yagami. Light exploite ensuite le moindre angle mort pour continuer d’agir avec le death note et se comporte le reste du temps en parfait adolescent. Beaucoup trop parfait de l’avis de Ryûzaki. Loin de lever les soupçons, le garçon ne fait alors que les renforcer.
L franchit un pas de plus lorsque Light est admis à l’université à la rentrée suivante. Le détective s’inscrit dans la même promotion et aborde le jeune homme directement. Il dévoile immédiatement sa couverture, s’assurant ainsi de faire condamner Light s’il venait à mourir par une troublante coïncidence après leur rencontre.
Tenant à garder son potentiel ennemi au plus près de lui, L envisage d’intégrer le jeune homme à la cellule d’enquête pour ses remarquables capacités d’analyse. Cette recrue supplémentaire ne serait pas de trop, car Kira passe désormais à l’action en menaçant une chaîne de télévision par le biais de vidéos. Si la juste cause du bienfaiteur du monde n’est pas reconnue et si la police ne renonce pas aux poursuites, les conséquences seront funestes. L et Light ne sont pas dupes longtemps : le premier parce qu’il constate un mode opératoire beaucoup trop amateur pour être crédible ; le second parce qu’il sait être le seul Kira que le monde connaisse. Le père de Light entreprend une mission de sauvetage des journalistes otages de Kira – dont les pouvoirs s’avèrent bien réels – et récupère les vidéos.
Ce second Kira nous est dévoilé dans l’intimité de la lecture : Misa Amane, idole pop des jeunes, est une fervente admiratrice de Kira et de sa mission, car celui-ci a rendu justice en éliminant l’assassin de ses parents. Elle est elle aussi entrée en possession d’un death note et est suivie par Rem, une déesse de la mort qui la protège corps et âme. Contrairement à Light, Misa a accepté le pacte des dieux de la mort et possède des pupilles semblables aux leurs. Son ultimatum à la police se voit bien sûr refusé par les autorités et la récupération des vidéos diminue ses moyens de pression. Misa décide alors de tout faire pour rencontrer Kira et se faire aimer de lui, tandis que L confirme l’intégration de Light à la cellule d’enquête. Ses soupçons envers lui ne se sont pas estompés – et ne le seront pour ainsi dire jamais.
AMOURS AVEUGLES
Light est bien sûr avantagé grâce à sa nouvelle position au bureau d’enquête, mais doit à tout prix s’en servir pour rencontrer ce mystérieux admirateur et canaliser ses élans. La vidéo inclut en effet des termes tels que « échange des yeux » et « dieux de la mort » ! Un danger évident pour Light qui ne souhaite pas que son mode opératoire soit révélé au grand jour. Finalement, Misa parvient à s’adresser à lui au travers d’un message codé et convient d’un rendez-vous secret. Elle le repère aisément au milieu de la foule et en déduit son statut : les yeux divins qu’elle possède lui permettent de repérer le possesseur d’un death note.
À la grande horreur de Light, la jeune fille se rend chez lui, lui montre son propre carnet et le supplie de faire d’elle sa petite amie. Les deux adolescents touchent le death note de l’autre de façon à dévoiler les dieux qui les accompagnent. Rem se présente alors à Light et apprend aux deux mortels qu’elle a confié à Misa un death note d’un autre dieu de la mort s’étant consumé d’amour pour la jeune fille. Celui-ci s’est tué lui-même en se servant du carnet pour sauver Misa d’un agresseur et changer ainsi son destin. C’est une infraction qui constitue un des rarissimes moyens de tuer un dieu de la mort. Fascinée par cette humaine capable de faire mourir d’amour un dieu, Rem s’est attachée à elle en s’associant au death note abandonné. La protectrice prévient Light qu’elle n’hésitera pas à le tuer s’il essaye de s’en prendre à Misa. Le jeune homme décide alors d’utiliser son adepte transie – avec le plus complet consentement de cette dernière – en vue de servir ses plans.
De son côté, L ne se laisse pas berner facilement. Il suspecte quelque chose d’anormal dans la conduite de cette jeune fille, folle amoureuse de Light, qui le suit désormais partout. Il demande à son intermédiaire Watari de perquisitionner l’appartement de Misa. Beaucoup moins prudente que Light, celle-ci a laissé des indices permettant à L de conclure qu’elle est probablement le second Kira. Misa est donc arrêtée et Light demande à être incarcéré pour lever les soupçons qui pèsent sur lui-même. Comme toujours, le jeune homme a toutefois minutieusement calculé sa démarche. Il se sert d’une règle du death note qui stipule que si le possesseur du carnet renonce à ses droits et le rend au dieu de la mort, tous les souvenirs qui y sont associés disparaissent de sa mémoire. Sentant l’action de L très proche et s’attendant à une arrestation, il a préalablement convenu avec Rem, Ryûk et Misa de renoncer aux carnets au cours de leur détention, ce qui a pour effet de rendre les deux humains amnésiques, et donc de porter un grand coup à la résolution de l’enquête. De plus, Light s’est conféré une sécurité supplémentaire en demandant à Ryûk d’inscrire deux fausses règles dans les death notes : si aucun nom n’est écrit pendant plus de treize jours, l’utilisateur du death note meurt ; et si le carnet est détruit, tous ceux qui l’ont touché mourront.
Par solidarité avec son fils, Sôichirô Yagami demande à L de l’incarcérer aussi. Comme prévu, les souvenirs liés aux death notes s’effacent quand les dieux en reprennent possession, et Ryûk quitte le monde des humains.
MÉMOIRE DANS LA PEAU
Comme on peut s’en douter, Light Yagami n’aurait pas renoncé à pareille puissance ni à sa quête sans assurer ses arrières. Avant son amnésie, il a demandé à Rem de confier le death note à un être avide de pouvoir et de richesse pour semer la confusion et renforcer la crédibilité de sa propre innocence. La déesse a donc légué un death note à Higuchi, un industriel qui se sert des pouvoirs du carnet pour le compte et la prospérité du groupe Yotsuba. De son côté, L finit par libérer ses deux suspects après un ultime test : il demande au père de Light de menacer de les exécuter. Incapables de faire usage de leur pouvoir, Light et Misa prouvent au détective que même s’ils ont été un jour coupables, ils n’ont désormais plus de moyen de tuer. Cette conclusion est suffisante pour que L travaille avec Light… menotté à lui.
Pendant un temps, les deux garçons vont ainsi lutter contre les agissements de Yotsuba, ce groupe obscur dont la mort soudaine de tous les concurrents s’avère des plus suspectes. Ce n’est plus un seul homme mais un conseil d’administration entier qui est informé des pouvoirs du death note. Celui-ci s’en sert pour le profit de l’entreprise, sans que l’identité du tueur soit révélée au sein du groupe. Light et Misa, toujours amnésiques et véritablement motivés à arrêter Kira, sont mis à contribution pour aider L à surveiller la firme.
De son côté, Rem n’a pas terminé sa mission et se dévoile enfin à Misa ; elle lui explique son amnésie et lui rappelle le passé, notamment son contact avec le death note et les consignes de Light. Grâce à elle, la jeune fille repère Higuchi et le manipule pour qu’il révèle ses actes. Elle transmet alors les preuves de la culpabilité de l’industriel à L, qui passe à l’action pour le pousser à se compromettre. Le death note qu’Higuchi possédait est ainsi découvert et le plan de Light suit le cours prévu : en touchant le carnet, L et ses collègues peuvent désormais voir les dieux de la mort. De plus, Light le touche également, recouvrant ainsi l’intégralité de ses souvenirs. En guise de bouquet final, suivant les instructions préparées, Misa entre en possession de l’ancien death note de Light, que Ryûk avait enterré selon sa demande. La mémoire revient alors également à la jeune fille. Le dieu de la mort fait son retour et réalise une seconde fois l’échange des yeux avec Misa (elle y avait renoncé automatiquement en rendant le death note). Comme ordonné par Light dans le passé, celle-ci se remet à tuer des criminels avec le carnet, ce qui la propulse irrémédiablement dans le viseur de L, étant donné que ce dernier est désormais au courant du mode opératoire de Kira.
Light démontre à ce moment le plein potentiel de sa manipulation : trop attachée à Misa qui vient de perdre encore une fois la moitié du temps qui lui reste à vivre, Rem décide de tuer L et Watari avec son carnet personnel, car elle craint que Misa ne soit un jour découverte et arrêtée. Transgressant alors le tabou des dieux de la mort en influençant le destin, Rem disparaît dans la poussière. À cet instant, Light gagne sur tous les fronts : L meurt effectivement dans ses bras après avoir acquis la certitude que Misa et lui sont les deux Kira originels, mais sans avoir le temps ni la force de le révéler au grand jour. Enfin, Light récupère le death note de Rem à l’abri des regards.
LE RÈGNE DE KIRA ET LA RELÈVE DE L
C’est la fin d’une ère et le début d’une autre. Le premier arc du manga s’achève sur ces funestes événements, qui – dans la diégèse – se déroulent en 2004. Le second débute après une ellipse de cinq ans. Le nouveau monde a largement conscience de la présence de Kira et de ses châtiments. Si L avait pris la précaution de ne plus diffuser d’information publique concernant les criminels, l’essor d’Internet complique ce contrôle. Kira – désormais Misa – continue à rendre sa justice, et Light a pris la relève de L. Il est entré officiellement dans la police et a accès à toutes les informations dont il a besoin. La cellule d’enquête sur Kira est toujours active, notamment sous l’impulsion de Sôichirô Yagami.
À ce moment-là, trois death notes différents se trouvent sur terre. Misa se sert du premier qui avait été enterré à la demande de Light. C’est Ryûk qui s’y trouve désormais associé. Le deuxième carnet en circulation est celui que Rem a laissé en mourant ; Light l’a discrètement volé et en demeure l’unique propriétaire. Le troisième est celui qui aura le plus changé de mains : c’est le carnet que Ryûk a laissé tomber au début du récit. Light s’en est emparé, puis l’objet a été confié à Higuchi avant que L et la police ne le mettent en sûreté.
M ET N, LES VRAIS SUCCESSEURS
En 2004, la nouvelle de la mort de L est arrivée à la Whammy’s House. Fondée par Watari, cette institution recueille et forme des orphelins à haut potentiel intellectuel. Au moment où L disparaît, il y a dans ce manoir deux successeurs pressentis, deux surdoués aux compétences d’analyse hors du commun : Mello et Near. « M » est alors l’opposé de « N ». D’un caractère enflammé, le premier est considéré comme très impulsif en comparaison du second, beaucoup plus posé. S’ils sont antagonistes dans leurs méthodes, ils n’en sont pas pour autant ennemis, et l’arrestation de Kira constitue leur ultime défi.
Lorsque notre récit reprend, Near a compilé toutes les recherches sur Kira et dirige le SPK1, un bureau d’investigation secret américain associé au FBI. L’existence du death note est alors connue des réseaux de l’ombre. Mello a aussi fait son enquête : il sait que la police et Kira détiennent chacun un death note. Il veut donc les récupérer et n’hésite pas à employer des méthodes peu orthodoxes. Il intègre la mafia et fait enlever Sayu, la sœur de Light, contre qui il exige comme rançon le death note détenu par Sôichirô Yagami, leur père. Informé des agissements peu louables de Mello, Near intervient et contacte le nouveau L (en vérité Light) pour proposer son aide. Sôichirô se rend alors au secours de sa fille avec le carnet. Sachant que Near et le nouveau L sont sur ses traces, Mello brouille les pistes en détournant l’avion de l’enquêteur au dernier moment. Il amène ce dernier en plein désert, dans une base souterraine à l’abri des regards et des communications avec L – qui était resté en ligne avec son père. Toujours en contact avec Near, Light comprend vite que malgré leurs méthodes opposées, ces deux nouveaux adversaires sont faits du même matériau que l’ancien L. Sôichirô n’a alors d’autre choix que de donner le carnet à Mello pour faire libérer Sayu selon les règles convenues de l’échange.
L’ARC SIDOH : ÉTAT DES LIEUX
À cet instant de l’histoire, L et N décident d’unir leurs forces pour retrouver M. Near soupçonne que son ancien camarade tentera de s’en prendre au SPK. En effet, Mello menace le président des États-Unis avec le death note et demande que les informations concernant l’organisation lui soient révélées. À cet instant, le jeune homme souhaite devancer son rival Near en capturant lui-même Kira. Il confie ensuite l’usage du carnet à un homme de main, Kal Snydar, qui se sert de l’objet pour éliminer une majorité des membres du SPK. Heureusement, Near est parvenu à dissimuler une partie des données personnelles de ses agents, ce qui lui permet de survivre avec quelques hommes.
En parallèle, un nouveau dieu de la mort fait son apparition sur terre. Sidoh est venu chercher son death note. En effet, il l’a égaré il y a des années dans le monde des dieux de la mort et un congénère indélicat le lui a volé : Ryûk ! Sidoh est donc le propriétaire légitime du death note récupéré par Light en 2004, mais il s’est fait berner par son congénère… Il faut dire que ce dieu n’est guère consciencieux et se laisse facilement manipuler. Ryûk accepte de l’aider, car il a le devoir de rendre le carnet qu’il a effectivement volé, sous peine de sanctions. C’est ainsi que ce nouveau dieu de la mort retrouve le propriétaire actuel de son carnet. Il apprend alors à Mello l’existence des fausses règles du death note et l’avantage du pacte des yeux, que Kal Snydar s’empresse de passer. En effet, Sidoh ne peut pas récupérer son carnet de force. Il doit donc attendre que Mello accepte de le lui rendre, ce que ce dernier promet de faire une fois qu’il aura capturé Kira.
L’ARC SIDOH : LE PLAN DE LIGHT
De son côté, Light fomente un plan depuis que Ryûk l’a informé de la présence de Sidoh et de la quête de son death note. En contactant le président des États-Unis, il obtient des informations du FBI, parmi lesquelles quelques photos des membres de la mafia dont Misa se sert afin de repérer le possesseur du death note, Snydar (le seul dont elle ne peut voir l’espérance de vie malgré ses yeux de dieu de la mort). Light fait alors programmer le décès de tous les alliés de Mello.
La jeune fille contacte ensuite la police en se faisant passer pour Kira. Sous cette couverture, elle annonce qu’il est inacceptable qu’une organisation telle que la mafia détienne un carnet. Elle indique également qu’elle a programmé dans un second death note la mort des membres de la mafia, mais que l’identité de certains d’entre eux lui échappe – comme celle de Mello, dont la photo n’a pas été trouvée. Misa/Kira apprend enfin aux enquêteurs qu’elle connaît le lieu où se cache l’organisation criminelle – car Light a mené l’enquête de son côté – et demande la collaboration de la police. Les enquêteurs ont ordre de supprimer Mello en se servant d’un autre death note qu’elle leur envoie (qui est donc en réalité celui que Light a secrètement récupéré dans les cendres de Rem) et en faisant l’échange des yeux avec le dieu qui lui est associé, à savoir Ryûk2. Il est convenu que le pacte se fera entre ce dernier et le père de Light au moment de l’assaut.
L’ARC SIDOH : DÉNOUEMENT
C’est ainsi que Sôichirô Yagami se retrouve face à Mello et fait l’échange des yeux avec Ryûk comme convenu. Il apprend alors le vrai nom de M et le transmet à son fils : leur adversaire se nomme Mihael Keehl. Misa ayant effectivement prévu la mort de la mafia dans les pages du carnet, l’organisation est détruite à l’heure voulue, mais Sôichirô – en raison de sa grande valeur morale – se retrouve incapable d’inscrire le nom de Mello dans son death note. C’est alors que l’un des mafieux agonisants parvient à trouver la force de lui tirer dessus. Mello en profite pour s’enfuir en abandonnant son death note, que Light récupère au nom de la police. Il tente de faire écrire le nom de M à son père, mais Sôichirô Yagami succombera à ses blessures en refusant de le faire. Ce vertueux policier ne saura jamais la vérité sur son fils : puisque Light a renoncé à sa propriété sur ce death note, les yeux divins de son père ne lui révèlent rien, même sur son lit de mort. Au contraire, il est enfin persuadé que son fils n’a rien à se reprocher et peut donc s’en aller en paix. Devant les enquêteurs, Light rend ensuite son carnet à Sidoh, qui repart ainsi dans son monde.
L’ALLIANCE ENTRE M ET N
Après cet échec cuisant, Mello se sent humilié et décide d’entrer dans les locaux du SPK par la force. Il souhaite collaborer avec Near – même s’il est trop orgueilleux pour l’admettre – dans le but de capturer Kira. Afin d’établir une relation de confiance, Near accepte de donner à Mello la seule photo existante de son visage, un objet qui pourrait lui être fatal s’il tombait entre les mains du tueur. De mauvaise grâce, M donne alors à N certaines informations connues de lui seul, dont l’existence des dieux de la mort et la fausse règle des treize jours. C’est alors que Near comprend que la détention de Light a pu avoir été orchestrée afin d’innocenter ce dernier aux yeux de l’ancien L. À partir de cet instant, les soupçons sur le jeune homme deviennent particulièrement vifs. Ne reste plus qu’à le compromettre…
ADORATEURS
Conscient du danger grandissant que représentent Near et ses contacts, Light décide d’en finir et d’accélérer sa conquête. Les États-Unis se sont rangés à la cause de Kira après l’échec cuisant du SPK, qui agit désormais de manière non officielle. De plus, Light nomme Demegawa en tant que porte-parole de Kira. Ce présentateur de télévision servile et cupide se trouve à la tête d’un groupuscule d’adorateurs du légendaire tueur. De son côté, Near tente de convaincre certains membres du bureau d’enquête japonais que le nouveau L tire les ficelles de tous ces événements. La méfiance s’installe. Afin de protéger ses arrières, Light transmet le death note détenu par Misa à Teru Mikami, un procureur idéaliste fanatique qui voit dans les actes de Kira une manifestation divine. Persuadé d’agir au nom de Dieu, celui-ci devient le nouveau Kira et fait le pacte des yeux avec Ryûk. Ce stratagème n’est toutefois pas suffisant et l’étau se resserre. Aizawa et Mogi, deux agents de la cellule japonaise, se rangent du côté de Near, car trop de questions dérangeantes restent en suspens depuis que Light dirige l’enquête…
À cet instant, le jeune Yagami se trouve dans une posture d’autant plus fâcheuse que Teru Mikami commence à agir de son propre chef. Il utilise son death note pour éliminer Demegawa et toute sa secte, qu’il estime hérétiques. Décidé à resserrer la bride de son cheval fou, Light contacte Kiyomi Takada, une ancienne camarade de classe désormais présentatrice de télévision, et lui révèle secrètement son identité. Dévouée à la cause de Kira, Takada sert alors d’intermédiaire entre Light et Teru Mikami, qui finit par comprendre que les actes de « Dieu » sont en péril et accepte de suivre les ordres. Ainsi, Light s’assure aussi bien de la servilité de Mikami que de celle de Takada.
Alors que la présentatrice commence à rapporter publiquement les volontés de Kira, Near découvre l’existence du procureur Mikami et déduit que son aveuglement dans ses interventions publiques en fait le larbin idéal pour le vrai Kira. De son côté, Light fait tout ce qu’il peut pour brouiller les pistes : il transmet notamment des pages du death note à Takada pour qu’elle prenne le relais de Mikami. Par mesure de sécurité, il fait en sorte que ce dernier fabrique un faux death note pour embrouiller Near si jamais ce dernier venait à l’arrêter. Le procureur se déplace donc avec la contrefaçon lorsqu’il est pris en filature. Il manipule ses poursuivants en leur faisant croire que c’est son carnet qui agit, alors qu’il transmet les informations en secret à Takada.
BATAILLE FINALE
Un peu plus tard, Mello passe à l’action et enlève Kiyomi Takada. Toutefois, son vrai nom est désormais connu, ce qui permet à l’otage de le tuer grâce à une page du death note qu’elle dissimulait sur elle. En apprenant la situation de sa complice, Light décide de programmer son immolation volontaire avec une page de son propre death note qu’il garde soigneusement pliée et cachée dans sa montre. En parallèle, Teru Mikami décide aussi, de son propre chef, d’assassiner Takada grâce au carnet, alors qu’il ne devrait pourtant pas s’en servir à ce moment-là. L’occasion est trop belle pour Near : ses hommes parviennent ainsi à localiser le vrai death note de Mikami, puis le remplacent par un faux.
Entretemps, le détective a acquis la certitude que Misa fut à un moment donné Kira. Cependant, la jeune fille ayant renoncé à son death note pour le confier à Mikami, elle est de nouveau amnésique, raison pour laquelle il ne peut plus l’inculper et la relâche. Néanmoins, il a tout ce qu’il lui faut pour arrêter Light Yagami. Il convie ce dernier à une rencontre avec les membres du SPK dans un hangar à l’extérieur de la ville. De son côté, Mikami se tient prêt à agir sur les ordres de Light, désormais convaincu que sa victoire est totale.
Devant son adversaire d’un calme olympien, le jeune homme exulte et se révèle à tous en tant que Kira. Dissimulé dans l’ombre, Teru Mikami a pu – avec l’aide des pupilles des dieux de la mort obtenues par le pacte avec Ryûk – inscrire les noms de tous les membres du SPK et de Near dans son death note. Ou plutôt dans son… faux death note. Bien entendu, les inscriptions sont sans effet et le SPK l’arrête, récupérant alors les preuves accablantes que représentent leurs noms et l’absence de celui de Light dans son carnet.
Ce dernier s’est offert le luxe d’attendre la dernière seconde pour jubiler, mais quand les crises cardiaques n’adviennent pas, il comprend qu’il est perdu. Il s’est trahi et son masque tombe. Le jeune Yagami sombre alors dans une folie frénétique et essaye de faire comprendre le bien-fondé de sa quête une dernière fois. C’est alors que Near révèle le vrai death note et que les membres du SPK peuvent finalement voir Ryûk dans le hangar. Au comble de la rage et de la terreur, Light ordonne au dieu de la mort d’éliminer ses ennemis. Lassé de ce jeu et déçu de la déchéance pathétique du jeune homme, Ryûk refuse et le remercie de la distraction qu’il lui a procurée. Light tente une ultime manœuvre, mais se fait tirer dessus. Il est stoppé ensuite par le jeune policier Matsuda, trahi et fou de douleur, alors qu’il allait se servir de son propre sang pour écrire des noms dans sa page cachée du death note, gardée dans sa montre.
Mourant et au paroxysme de la peur, il ne peut rien faire d’autre qu’endurer les secondes suppliciées de sa fin alors que Ryûk accomplit son devoir : il inscrit le nom de Light Yagami dans un nouveau death note personnel obtenu auprès du roi des dieux de la mort.
Ainsi disparaît Kira dans le néant…
ÉPILOGUE : LE MONDE D’APRÈS
2010. Un an après, le naturel du monde est revenu au galop. Les gens recommencent à vivre comme si Kira n’avait jamais existé. Teru Mikami est mort en prison, au comble de la folie. Le SPK a été démantelé, mais Near, devenu le troisième L, continue les enquêtes. Il est fréquemment assisté par les agents de l’ancienne cellule d’enquête japonaise. La chronologie officielle du manga fait état de la mort de Misa – qui a divisé sa durée de vie par deux fois – en février 2011. Dans certaines régions du monde, de petits groupes se réunissent à la faveur de la lune, priant pour le retour de Kira.
Voilà un récit aussi dense que palpitant, n’est-ce pas ? L’anime comporte quelques rares différences, notamment sur la fin. Nous y reviendrons spécifiquement en temps voulu, mais c’est bien le manga qui va principalement nous occuper. On comprend que le scénario et l’ambiance sont des piliers fondateurs de cette œuvre. C’est donc entre les lignes du death note que nous allons devoir regarder. Derrière les circonvolutions de l’enquête, derrière les idéaux des personnages, un ensemble de représentations se déploie et nous rassemble. Pour garder esprit et méninges alertes durant cette recherche, gardez-vous donc quelques pommes juteuses à portée de main. Et surtout, laissez-vous entraîner au cœur de l’affaire Kira.
1. Secret Provision for Kira, qui ici signifie « mesures secrètes contre Kira ».
2. Tout comme Rem s’était associée au carnet du dieu de la mort s’étant sacrifié pour Misa, Ryûk s’est associé à l’ancien carnet de Rem. Notez également que Light ne perd pas la mémoire en envoyant ce death note à la police, car il garde toujours contre lui le carnet de Misa.
