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Un homme d’état anglais a dit que l’avenir était au peuple qui produirait le plus de houille. Si cette prédiction de Robert Peel doit se vérifier, aucune contrée plus que les États-Unis d’Amérique n’a le droit d’en revendiquer l’application. Les bassins carbonifères de ce pays ont des dimensions qui sont en rapport avec l’étendue du continent lui-même. Les seules mines de la Pennsylvanie ne sont-elles pas aussi étendues que toutes celles de l’Angleterre, et tous les gisements des États-Unis ensemble n’ont-ils pas une superficie vingt fois plus grande ?…
Une autre substance minérale, devenue presque aussi indispensable aux usages quotidiens des sociétés civilisées, est le pétrole. Proche parent de la houille, le pétrole est surtout employé comme lumière, et à ce titre il fournit aux ménages et aux ateliers industriels l’éclairage le plus économique. Les États-Unis ont véritablement le monopole de cette utile matière, qui avant eux, depuis le temps des Babyloniens, des Égyptiens et des Perses, n’était qu’une curiosité minéralogique…
La découverte des placers aurifères de la Californie en 1848 a eu le privilège d’occuper longtemps l’attention. Qui ne songea un moment à émigrer vers l’eldorado du Pacifique, qui ne suivit avec avidité les étranges nouvelles qui en arrivaient par tous les courriers? …
À PROPOS DE L'AUTEUR
Ancien élève de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne (entré en 1849, sorti en 1852),
Louis Somonin était apprécié par les professeurs de l'Ecole pour son intelligence.
Né à Marseille en 1830, où son père était imprimeur et journaliste.
Il occupe diverses positions dans des mines en Italie et en France : Houillères de Saint-Etienne, d'Epinac, Aix en Provence, directeur des Mines de Toscane. Il voyage beaucoup : en Californie (1859) où il cherche de l'or, au Chili (1860), à La Réunion (1961) où il cherche de l'or et trouve du péridot, à Madagascar (1863) dans les mines de charbon, à nouveau aux Etats-Unis (1867) dans le Far West.
Comme journaliste, il travailla avec Emile de Girardin, fondateur de journaux populaires bon marché.
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Seitenzahl: 130
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Les richesses souterraines et les mines des États-Unis.
Les richesses souterraines et les mines des États-Unis
Louis Simonin
EHS
Humanités et Sciences
LE CHARBON, LE FER, LE PETROLE.
Un homme d’état anglais a dit que l’avenir était au peuple qui produirait le plus de houille. Si cette prédiction de Robert Peel doit se vérifier, aucune contrée plus que les États-Unis d’Amérique n’a le droit d’en revendiquer l’application. Les bassins carbonifères de ce pays ont des dimensions qui sont en rapport avec l’étendue du continent lui-même, et alors que la Grande-Bretagne, depuis quelques années, scrute avec émotion les réserves de ses domaines souterrains, les états de l’Union fouillent toujours plus ardemment leurs richesses houillères sans se demander encore s’il est possible d’assigner une limite à la durée, sinon aux confins de v cette exploitation. Les seules mines de la Pennsylvanie ne sont-elles pas aussi étendues que toutes celles de l’Angleterre, et tous les gisements des États-Unis ensemble n’ont-ils pas une superficie vingt fois plus grande ? La houille dispense partout la lumière, la chaleur, la force, le mouvement ; elle est l’âme de tous ces ingénieux mécanismes qui suppléent de plus en plus aux bras de l’homme, dont l’emploi est si cher en Amérique. C’est pourquoi il n’est pas un point des États-Unis révélant un indice de charbon où le gîte ne soit immédiatement interrogé, attaqué, recoupé par des galeries ou des puits, et cela, quelque éloigné qu’il soit, au pied des Montagnes-Rocheuses ou sur les rivages du Pacifique, dans le Colorado ou en Californie. Ce n’est pas seulement de houille que la nature a été généreuse envers l’Amérique du Nord, c’est aussi de ce minerai qui ne peut plus se passer de la houille et avec lequel on produit le métal à la fois le plus commun et le plus utile, le fer. Ce minerai est là-bas partout répandu en amas, en filons, en couches épaisses et même en véritables montagnes, témoin ces gîtes fameux de la Pennsylvanie, du Missouri, du Michigan. La houille sert à traiter le minerai dans de vastes foyers. Le métal sort de la pierre à l’état de fonte, transformée bientôt en fer et en acier. Ici comme en d’autres contrées, les gîtes ferrifères marchent volontiers de conserve et font bon voisinage avec les gîtes houillers ; ils sont même quelquefois en concordance, en superposition complète avec eux. Ce qui est plus important, c’est que le chiffre de la production, pour la houille comme pour le fer, est allé en croissant dans des proportions très rapides. Les États-Unis produisent aujourd’hui en houille le tiers, et en fer la moitié du chiffre de la Grande-Bretagne, qui est de beaucoup, en ces deux matières, le pays le plus fécond du globe ; demain ils l’auront atteinte, et dès lors ils la laisseront bien loin derrière eux.
Une troisième substance minérale, vulgaire comme les précédentes et devenue presque aussi indispensable aux usages quotidiens des sociétés civilisées, est le pétrole. Proche parent de la houille et lui-même houille liquide, on peut le dire, le pétrole est surtout employé comme lumière, et à ce titre il fournit aux ménages et aux ateliers industriels l’éclairage le plus économique. Les États-Unis ont véritablement le monopole de cette utile matière, qui avant eux, depuis le temps des Babyloniens, des Égyptiens et des Perses, n’était qu’une curiosité minéralogique. La nature, dans la distribution qu’elle en a faite au globe, s’est montrée encore plus prodigue envers les États-Unis que pour les produits précédents. Elle a semé sous le sol, principalement en Pennsylvanie, des lacs de cette houille fluide et donné à ce seul état à peu près le privilège exclusif de la production du pétrole. Les extractions, déjà énormes, des premières années sont maintenant de beaucoup dépassées, et l’on ne sait où s’arrêtera cette récolte toujours plus abondante de l’huile de pierre.
Ces faits n’ont rien de surprenant aux États-Unis, car il serait facile de constater pour d’autres produits souterrains, soit parmi les métaux plus ou moins communs, le plomb, le zinc, le cuivre, le mercure, soit parmi les métaux précieux, l’or et l’argent, des phénomènes analogues. Les mines de plomb du Wisconsin et du Missouri égalent celles de l’Espagne, et les mines de zinc de ces deux états celles de la Belgique, de la Silésie et de la Sardaigne ; les mines de cuivre du Michigan sont les rivales de celles du Chili, et New-Almaden de Californie a fait pâlir pour toujours l’Almaden d’Espagne, exploité depuis les Phéniciens. Est-il besoin de rappeler que l’Australie elle-même n’a jamais produit plus d’or que la Californie ? Et toutes les mines de l’Amérique espagnole, hier encore si réputées, ont-elles jamais donné une quantité annuelle d’argent égale à celle que fournit aujourd’hui le seul état de Nevada ? En vérité, quand on réfléchit à ces choses, on est conduit à se demander s’il y a là un simple phénomène de hasard, ou si la nature, qui semble ne rien faire en vain, avait quelques vues secrètes lorsqu’elle favorisait avec une préférence si marquée la partie du continent américain où devaient s’asseoir et s’étendre un jour les États-Unis.
I. LE CHARBON.
Si l’on jette un coup d’œil sur la carte géologique qui accompagne le dernier volume du neuvième recensement des États-Unis, récemment publié par le gouvernement fédéral, on remarque une énorme tache noire courant dans la direction des monts Alleghany ou Appalaches, qui est celle des côtes de l’Atlantique, et traversant les états de Pennsylvanie, Ohio, Maryland, Virginie, Kentucky, Tennessee, Alabama. Trois autres taches, dont une est plus étendue encore que la première et situées toutes les trois en arrière de celle-ci, empâtent la moitié de l’état de Michigan, ceux d’Illinois et d’Indiana, enfin ceux de Missouri, Iowa, Kansas, Arkansas et Texas. C’est là l’indication conventionnelle de la surface occupée par les principaux bassins houillers des États-Unis. Si l’auteur n’a pas fait mention d’autres gîtes carbonifères, c’est que la faible étendue de quelques-uns de ces gîtes relativement aux premiers aurait à peine permis de les indiquer par un point sur la carte. Ces dernières mines s’étendent entre autres au pied des Montagnes-Rocheuses dans l’état de Colorado, ou sont disséminées le long du grand chemin de fer du Pacifique à travers les territoires de Wyoming et d’Utah. Il faut noter enfin celles qui gisent dans l’Oregon ou en Californie, au pied du Mont du Diable, près de la baie de San-Francisco.
Les gisements de Pennsylvanie sont de beaucoup les plus renommés, les plus productifs. A lui seul, cet état extrayait en 1872 environ les trois quarts de tout le combustible que fournissait l’Union, et les deux tiers de sa production totale, qui était alors d’environ 30 millions de tonnes, se composaient de charbon anthraciteux. L’anthracite ou charbon de pierre proprement dit, — à la houille friable, bitumineuse, doit seul être réservé le nom familier de charbon de terre, — l’anthracite n’est exploité qu’en Pennsylvanie en grandes masses ; l’extraction en est peu importante dans les états de Rhode-Island et de Massachusetts. C’est l’idéal du charbon fossile, presque du charbon pur comme le diamant. Enlevez-lui quelques centièmes de cendres et donnez-lui la limpidité qui lui manque, vous aurez la reine des gemmes. Il est tel échantillon d’anthracite qui renferme presque au-delà de 95 pour 100 de carbone fixe ; le peu qui reste est dévolu aux matières volatiles, qui ne consistent souvent qu’en un peu d’eau combinée ou interposée, et aux cendres. Les Américains sont fiers de ce combustible, et remarquent que leur pays seul en est largement doté. En Europe, un coin de la Grande-Bretagne, le pays de Galles, où sont les mines de Swansea, et un département de France, l’Isère, où sont les mines de la Mure, en produisent seuls des quantités assez notables, et encore la qualité n’en est pas comparable à celle de l’anthracite américain. Celui-ci est toujours compacte, dur, d’un noir de jais, d’un éclat semi-métallique, ne tache jamais les doigts, ne produit ni poussière ni fumée. Grâce à la quantité considérable de carbone qu’il contient, il développe entre tous les combustibles minéraux le maximum de chaleur ; c’est comme du coke naturel. L’anthracite est par excellence le combustible domestique. Le cannel-coal des Anglais, cette houille terne, chargée de bitume, qui s’allume comme de la chandelle et jette une flamme vive et blanche, n’a pu lui ravir que quelques foyers des maisons riches ; lui, on le rencontre dans tous les poêles, dans toutes les cheminées. Comme il exige un assez grand tirage, il n’est pas utilisé seul à bord des navires à vapeur : il faut pour cela le mélanger à des combustibles bitumineux. Comme il ne colle pas en brûlant à la façon de la houille maréchale, il est aussi impropre à la forge ; mais ces énormes foyers où l’on traite le minerai de fer, les hauts-fourneaux, l’emploient avec avantage au lieu du coke ou de la houille flambante crue. En 1868, à Haukendauqua (Pennsylvanie), nous l’avons vu jeter en blocs volumineux dans la gueule des fours, et nous avons salué là l’inventeur de ce procédé métallurgique, le vénérable M. Thomas, venu en 1840 du pays de Galles pour apprendre aux Américains à consommer l’anthracite dans le traitement du minerai de fer.
C’est dans l’est de la Pennsylvanie que sont concentrés les charbons anthraciteux. Ils occupent trois bassins distincts, superficiellement peu étendus, très rapprochés, de directions sensiblement parallèles, et qui sont quelquefois appelés du nom des cours d’eau qui les traversent, le Schuylkill, le Lehigh et la Lackawanna. La première et la seconde de ces rivières sont des affluents de la Delaware, qui passe à Philadelphie, la troisième se jette dans la Susquehanna, dont l’embouchure est au-dessous de celle de la Delaware. Le pays où sont dispersés les mines et les chantiers d’exploitation est magnifique. Les cours d’eau qui l’arrosent roulent à travers des roches schisteuses, feuilletées, distribuées pittoresquement, des eaux claires, poissonneuses, teintées de vert. Une partie de ces cours d’eau est naturellement navigable, l’autre a été canalisée, et il est commun de voir les canaux aller parallèlement avec le rail, qui s’allonge ici de tous côtés. La voie d’eau, bien que moins rapide, est plus économique que la voie ferrée, ce dont il faut tenir compte dans le transport des charbons. Les arbres qui couronnent la crête et le flanc des vallées, les chênes, les hêtres, le châtaignier, le noyer, l’érable, et sur les plus hautes cimes les pins et les sapins, distribuent partout la verdure et l’ombre, et maintiennent dans l’air une humidité bienfaisante. Ces forêts ont été de tout temps exploitées. Les troncs les plus gros, les plus sains, abattus à la hache, débités à la scie, fournissent au mineur une partie des étais dont il a besoin pour soutenir ses puits, ses galeries, ou les pièces équarries qui lui servent à façonner la charpente des engins particuliers qu’il emploie.
Dans cet état de Pennsylvanie, caressé avec tant d’amour par la nature, l’histoire commence de bonne heure ; il faut remonter à deux siècles pour arriver aux temps héroïques de la colonisation, si rapprochés du présent pour d’autres états. Nous sommes sur la terre de Penn, l’hôte fidèle et pacifique des Indiens Delaware, tout près de Philadelphie, la cité de l’amour fraternel, qu’il fonda en 1682, — à Reading, dont les quakers jetèrent également la première pierre vers le milieu du siècle passé. Peu de villes américaines sont aussi heureusement situées et aussi belles que celle-ci. Elle domine une riche plaine semée de céréales, bornée à l’horizon par la ligne bleue et doucement ondulée des montagnes. Reading montre avec orgueil aux visiteurs sa cour de justice, ses églises monumentales et son joli cimetière, qui, dans ce pays où le champ de l’éternel sommeil est transformé partout en jardins fleuris et en promenades pleines d’ombre, mérite encore d’être cité.
Franchissons les années et regardons autour de nous. De nouveaux centres de population se sont créés, Pottsville, Tamaqua, Danville, Allentown, Scranton, Wilkesbarre, séjour des mineurs, des fondeurs, des forgerons, des mariniers, — Williamsport, où sont d’importantes scieries de bois, Harrisburg, qui renferme après Pittsburg les plus vastes fonderies, les plus grandes forges et fabriques d’acier. Partout règne l’aisance, ce qu’on nomme ici le confort ; partout des magasins abondamment pourvus, des rues bien alignées, des places larges, aérées, plantées d’arbres, des édifices élégants, somptueux. Le bien-être général réagit sur les habitudes privées. Il y a dans quelques cottages de mineurs, entourés d’un jardin, une espèce de luxe ; on ne se contente pas du nécessaire, on veut un peu de superflu, et la ménagère diligente, soigneuse, délicate, met une sorte de point d’honneur à embellir la demeure de l’ouvrier. Partout on se nourrit bien. On fait trois repas par jour, on mange de la viande à chaque repas ; le beurre, la pomme de terre ne manquent jamais, et, comme boisson, le café et le thé, arrosés de lait.
La population minière forme comme une petite armée qui compte aujourd’hui 60000 individus dans ses rangs. Elle est d’ordinaire assez bonne et disciplinée, assidue à sa tâche ; mais les jours de paie on ne rapporte pas au logis tout ce qu’on a reçu, on dépense follement une partie du salaire si péniblement gagné, et dans les buvettes répandues à profusion les disputes et les coups naissent facilement. Tout ce monde est d’ailleurs bien mêlé ; il y a là des Allemands, des Irlandais, des Anglais, des Gallois, chacun apparaissant avec les caractères particuliers et surtout les inimitiés instinctives de sa race. Par moments éclatent des grèves : elles s’étendent quelquefois sur un mot d’ordre des chefs et les injonctions des comités sur toutes les mines en même temps. Ce qu’on veut, c’est la même chose partout : une augmentation de salaire avec une diminution des heures de travail. Les meneurs ferment avec des menaces la porte des chantiers à ceux qui, lassés d’attendre, voudraient y retourner. Des rixes, des batailles commencent, et le désordre est à son comble quand se présentent les constables ou la milice, la garde nationale de l’endroit. Des coups de feu sont tirés et des morts jonchent le sol. Enfin, après avoir longtemps parlementé de l’un à l’autre camp, celui des patrons et celui des ouvriers, on fait une cote mal taillée, on augmente un peu les salaires ou l’on réduit d’une heure la journée, sauf à revenir parfois sur ces concessions dès que le commerce languira. Qu’ont gagné les ouvriers anglais, qu’ont gagné les Américains aux grèves formidables suscitées dans les mines de charbon, les usines à fer, les filatures, et jusque dans les travaux des champs ? Peut-être une faible augmentation de salaire, après des mois entiers de lutte, de souffrances, de privations, que rien ne pourra compenser.
Pendant l’été de 1868, nous parcourions le bassin anthracifère de la Pennsylvanie, aux environs de Pottsville. La population des ateliers souterrains s’était mise en grève. Sur toute l’étendue des mines, pas un puits ne marchait, pas une machine ne fonctionnait. Ce calme inaccoutumé avait quelque chose de pénible. Çà et là, on rencontrait des groupes de mineurs, la face morne, discutant ou silencieux. D’autres étaient tristement assis sur le pas de leur porte, ou une bêche à la main s’occupaient sans entrain autour de leur potager. La femme, les enfants, ne disaient rien, mais avaient faim. Sur nombre de points, des menaces, des violences, avaient eu lieu pour empêcher de travailler ceux qui voulaient rester à l’ouvrage. Sur une mine, un cercueil vide fut déposé une nuit avec une inscription significative. C’était plus qu’une plaisanterie sinistre, c’était une menace de mort pour ceux qui seraient tentés de reprendre le travail, et, si cette fois il n’y eut pas lieu de la mettre à exécution, elle fut implacablement exécutée dans une autre grève quelques années plus tard. Tous les jours, c’étaient de longues processions et d’interminables
