Et Diego se déconnisa - Fabrice Serolf - E-Book

Et Diego se déconnisa E-Book

Fabrice Serolf

0,0

Beschreibung

Psychologue de formation, Fabrice Serolf rêve depuis toujours d'embrasser le statut d'écrivain. A travers ce premier roman, il laisse sa plume se promener dans des univers qui lui sont chers : la psychologie, l'aventure et l'amour. Le lecteur se prend vite d'affection pour Diego, personnage principal tantôt agaçant, tantôt attachant, qu'il voit évoluer au fur et à mesure des pages à travers ses forces et ses failles. Tout l'intérêt de ce roman réside dans le fait que Diego sommeille en chacun de nous et que l'on peut facilement s'identifier à cet homme qui avance dans la vie en se délestant page après page, de tous les poids accumulés pendant l'enfance. Avec son "Manuel de Déconnisation", il nous offre une opportunité unique: celle d'entamer notre propre transformation, de nous réconcilier avec nous-même et avec les autres. Saisissons-là, car il nous démontre avec ses mots que le chemin en vaut la peine. Fabrice Serolf réussit un tour de force à travers ce roman qui traite de la résilience : une fois qu'on a fait la connaissance de Diego, on n'a plus envie de le quitter et l'on arrive à la fin de ce roman avec la furieuse envie qu'il nous offre une suite. Karine B.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 316

Veröffentlichungsjahr: 2024

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Toute ressemblance entre une personne « non-déconnisée » ou en processus de déconnisation, et une autre ayant réellement existé peut être le fruit de concours de circonstances ou de sources d’inspiration ayant donné lieu à ce roman purement fictif.

Sommaire

AVANT-PROPOS

CHAPITRE 1 : A L’ECOLE DE LA VIE : UNE DÉCONNISATION PROGRESSIVE

Jocelyne alias Joyce

Le 14 décembre 2003, naquit Elsa

Flavie

Une vie de bohème

Célestine

Un monde tout pourri

Diego avait fait la conquête de Maryline

Pour autant, Diego continuait sa vie de bohème.

Célestine

Elsa

Célestine

Le passé de Diego avec son père

Sur la route de Thuir

A l’hôtel de Thuir

Nanette

Le trajet en voiture jusqu’au BAM

CHAPITRE II : L’EXPÉRIENCE DE L’AU-DELÀ

L’état de décorporation

Colette

Daniel

Le lâcher prise et le contrôle

Flavie

L’envie de savoir de Diego

A la découverte de Dieu

Retour au big-bang

CHAPITRE III : LE RETOUR

Madame le Maire de Saint Ultime-sur-Guiers

Sur la tombe de Colette

La mante religieuse

AVANT-PROPOS

Il est des rencontres qui déterminent la suite de notre chemin de vie. Colette, thérapeute de l’âme, fut l’une d’entre elles. J’avais 23 ans lorsque ma cousine Nathalie, me voyant effondré, en plein chagrin d’amour, m’avait conduit auprès d’elle.

Une fois rétabli, je voulus plus, je souhaitais m’améliorer, me « déconniser »

Déconnisation*: Définition. Nom commun. Féminin. (Néologisme). Processus consistant à enlever de la connerie de soi par la prise de conscience des choses.

Se déconniser* : Verbe intransitif. (Néologisme). Se dit d’un individu qui enlève la connerie qu’il a en lui par la prise de conscience des choses pour voir le monde d’une toute autre manière, avec sagesse et humilité. Ce terme fut prononcé pour la première fois par Colette, grande thérapeute de l’âme, malheureusement méconnue du grand public, décédée le 11 mai 2016, enterrée à St Jean-de-Bournay (38) en toute humilité.

*Définitions extraites du Manuel de Déconnisation

Voilà deux termes qui ne sont pas encore inscrits dans le dictionnaire, qui désignent ce qui touche tout être humain qui cherche à déconnecter les mauvaises programmations qu’il a en lui pour s’élever spirituellement.

Ces deux mots ont fait leur apparition officielle pour la première fois dans le Manuel de Déconnisation élaboré par Fabrice Serolf sous l’inspiration de Colette en l’an de grâce 2020.

Pour se déconniser, il faut en finir avec celui que l’on était pour devenir quelqu’un de nouveau. L’épreuve est rude, car tout comme le phénix, cet animal mythique qui renaît de ses cendres, il s’agit d’accepter de se distancer de celui que l’on était jusqu’à le perdre…

Le 4 août 2020 fut peut-être le plus beau jour de la vie de Diego, car en cette belle journée d’été, il vécut l’expérience ultime qui bouleversa sa vie… Le 4 août 2020 à 18H28, Diego mourut.

CHAPITRE 1

A L’ECOLE DE LA VIE : UNE DÉCONNISATION PROGRESSIVE

19 ans – Rachel et les concours de circonstances

*Diego – Tableau psychiatrique :

Profil abandonnique. Dépendance affective assortie d’un syndrome de Dom Juan.

*Etude de cas extraite du Manuel de Déconnisation

Diego avait 19 ans. Pas très grand, brun, la peau mate, yeux marron en amande, un sourire charmeur, il aimait les femmes à la belle plastique. C’était un petit con prétentieux, arrogant et narcissique qui semblait vivre pour plaire. Ce petit tombeur de ces dames additionnait, voire conjuguait les relations sentimentales se prenant quelques claques de la part de jeunes filles appréciant peu d’être considérées comme de vulgaires trophées.

Cette année-là, il avait rencontré la petite Rachel autour d’un feu de camp interdit sur le bord de mer comme il y en avait encore dans les années 90.

Rachel était particulièrement jolie et le jeune homme avait jeté son dévolu sur elle. Cette même nuit, comme pris dans un tourbillon torride et fougueux de baisers, les deux jeunes entrèrent dans la toile de tente canadienne de Diego et passèrent la nuit entière à s’étreindre sauvagement, sous le regard impassible d’une mante religieuse qui se tenait accrochée sur la partie grillagée en nylon de la toile.

Après avoir passé trois jours dans les bras l’un de l’autre au camping de Portiragnes, Diego devait partir.

Il y eut les adieux déchirants que l’on trouve ridicules quand on y repense 30 ans plus tard, l’échange d’adresses et de téléphone, et les promesses de se revoir que l’on ne tient habituellement jamais.

Et pourtant… Diego et son cœur d’artichaut étaient bien décidés à revoir Rachel.

Le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas, dit-on. Et lorsque l’on est amoureux, on est bien souvent hors sol. Cet imbécile de Diego semblait s’être élevé dans les airs à mille lieux de la terre ferme tel un ballon gonflé à l’hélium.

En cette année de grâce 1992, il existait un rite de passage à l’âge adulte nommé « service militaire ». Aussi, deux jours après être rentré chez sa môman (chez laquelle il vivait, n’ayant pas encore coupé le cordon), il se décida à résilier le report de son temps d’armée.

Quand Diego s’amourachait d’une fille, ce n’était pas à moitié, et là il s’était mis dans le cœur et dans la tête qu’il rejoindrait Rachel en faisant son service militaire près de chez elle. Le problème était que la jeune fille habitait chez ses parents, dans un bled perdu dans la Lozère, près de Mende.

Le jeune homme se rendit au Quartier Général Frère, la base militaire de Lyon.

« Bonjour, j’aimerais partir près de Mende. », avait-il déclaré à l’Officier Conseil qui l’accueillait.

« Bien… Mais vous voulez être dans l’Armée de Terre ? L’armée de l’Air ? La Marine ?... », lui répondit celui-ci interloqué.

« Peu importe, du moment que je suis près de Mende ! »

L’Officier Conseil regarda sur une carte de France.

« … Eh bien… Il n’y a rien à Mende ! C’est un trou paumé !... La base la plus proche est à 150 kilomètres de Mende… à Nîmes ! »

« Eh bien va pour Nîmes ! … S’il n’y a pas plus près… », dit Diego déterminé.

Dix jours plus tard, Rachel avait quitté le camping à son tour, et

Diego entreprit de la rejoindre une semaine.

Il prit deux trains, puis un bus car aucun train ne desservait ce lieu perdu dans la nature.

Il s’assit au fond du bus et une jeune fille prit place sur le siège d’à côté. Ils engagèrent une discussion dans laquelle elle lui glissa qu’elle suivait une formation en apprentissage dans la photographie. Allons savoir d’où viennent certains déclics qui orientent notre vie dans un sens ou un autre, Diego eut l’un de ces déclics. Il pensa à sa sœur qui cherchait sa voie professionnelle… Il récupéra les coordonnées de l’institut de formation dans lequel travaillait la jeune fille, puis en ce temps où les téléphones portables n’existaient pas encore, il transmit tout cela à sa mère depuis une cabine téléphonique.

Arrivé à bon port, il prit dans ses bras celle qu’il pensait être l’amour de sa vie, et prit plaisir à faire des galipettes en tous genres avec elle pendant son séjour d’une semaine, puis repartit dans des adieux « adolescentriques » tout aussi déchirants que les premiers pour travailler durant le mois d’août en tant qu’animateur auprès d’adolescents au centre de vacances de Saint Offenge, petit village perdu près d’Aix les Bains.

Encore une fois, les téléphones portables n’existaient pas encore, et les cabines téléphoniques étaient de vraies mange-fric. Aussi, maintenir un lien à distance une fois par semaine par un bref coup de fil interrompu parce que l’on n’a plus de monnaie à mettre dans l’appareil, était chose risquée à un âge où loin des yeux, loin du cœur, les amours éternelles ne duraient le plus souvent que quelques semaines voire quelques jours.

Au beau milieu de la colonie de vacances, le petit animateur pleurait toutes les larmes de son corps. Sa bien-aimée venait de lui annoncer que pendant qu’il était loin d’elle, son voisin lui faisait faire des tours de poney… et pas que...

« Et puis, lui, il habite à côté de chez moi et il va se faire réformer… alors que toi, on ne sait pas encore où tu seras affecté »… Telle fut l’explication de Rachel.

Diego se consola rapidement dans les bras de Clara, animatrice aux gros nichons qui lui servit de pansement. Puis, quand il rentra à la maison, un courrier l’attendait sur la table du salon. La lettre lui indiquait qu’il devait partir sur la base militaire à Nîmes le 1er octobre 1992. En d’autres termes, « Bienvenue chez les fusiliers commandos parachutistes de l’air ! ».

Diego poursuivit la relation avec Clara. Elle s’était offerte à lui au centre de vacances de Saint Offenge et, sans se poser davantage de questions, il prit cela comme un cadeau du ciel.

Une partie du problème résidait dans le fait que toute histoire connaît une fin, et que lorsque l’on a un profil abandonnique, séparation rime avec damnation. La deuxième partie du problème, était que dans le royaume de la superficialité, rares sont les amours solides qui perdurent dans le temps. Ainsi, Diego eut vite fait de tourner en rond dans cette relation.

Un matin, alors qu’il roulait au volant de sa première voiture, une R5 bordeaux, son regard fut attiré par une affiche publicitaire sur laquelle une énorme mante religieuse tenait entre ses pinces un sachet de thé à la menthe « Thé glacé de la Menthe Religieuse, une boisson fraîche pour étancher votre soif ! »… Diego avait la curieuse sensation d’être poursuivi par cette bestiole qu’il croisait un peu partout sur son chemin. Mais pourquoi ce gros insecte vert l’intriguait-il ?... Il demeura perplexe un instant lorsqu’un chauffard interrompit le cours de ses pensées en se rabattant brutalement devant lui.

« Eh connard !! », hurla Diego.

S’il avait pu le broyer entre ses doigts… Diego se ressaisit et poursuivit son chemin ressassant sa frayeur et sa frustration de ne pouvoir faire payer ce danger public. Ses pensées d’impuissance et de colère le dévoraient lui faisant oublier la mante religieuse.

Le jeune sportif hyperactif en quête de mouvement, d’activités extrêmes en tous genres, découvrait face à lui une jeune femme molle, casanière, qui préférait camper devant sa télé en buvant de la tisane, plutôt que faire du saut à l’élastique. Malgré toutes les différences qui les opposaient et qui auraient conduit n’importe qui à mettre un terme à cette histoire sans avenir, il maintenait ce lien. Sans doute était-il gratifiant pour le jeune séducteur de s’exhiber main dans la main avec sa conquête sous le regard envieux et parfois même jaloux des autres hommes. Bien au-delà de cela, le visage attendrissant de ce petit charmeur dissimulait une âme tourmentée en quête de confiance en soi et de reconnaissance de la part des autres.

Après avoir fait ses classes à Nîmes, Diego fit son temps d’armée à Aix-en-Provence. Chez les fusiliers commandos parachutistes de l’air, il trouvait un équilibre de vie, tantôt crapahutant dans la garrigue, F.A.M.A.S. à la main, tantôt retrouvant Clara chez ses parents qui vivaient non loin, durant ses permissions.

Au début, les deux jeunes gens étaient heureux de se rejoindre sur le quai de la gare. Une main trapue tenait fermement des doigts fins et délicats. Tous deux arpentaient les rues d’Aix en Provence, lui, musclé, attitude dynamique, baskets aux pieds, vêtu très simplement d’un pantalon et d’un blouson en jean recouvrant un tee shirt blanc, et elle, stature élancée, brune, habillée chiquement d’une robe noire, des colliers de perles et bracelets en tous genres ornant son corps. Les deux silhouettes formaient un couple improbable. Perchée sur ses hauts talons, elle le surplombait de quelques centimètres, et ils déambulaient tels Don Quichotte et Sancho Pansa se tenant par la main.

Très rapidement, une forme d’ennui s’instaura chez Diego, et les disputes prirent le dessus sur le plaisir d’être ensemble. A vrai dire, ce pseudo-couple avait tellement peu en commun, à part peut-être « faire sexe ».

Le temps s’écoulait lentement, Diego accomplissant son devoir militaire, chaussé d’une paire de rangers, et vêtu d’un treillis, d’un béret. Se rendre auprès de Clara était de moins en moins plaisant. Les querelles pour des futilités qui mettaient en scène l’ego de Diego étaient de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses. La relation se dégradait peu à peu. Le regard vif et pétillant de Diego cherchait à échapper à la lassitude des yeux bleu-gris, mornes et délavés de Clara. Le jeune homme pensait à rompre…

Clara parlait régulièrement d’avenir et cela oppressait Diego qui trouvait déjà bien trop longues les journées passées avec elle.

Comment trouver le courage de dire stop à une relation ? Comment couper le lien quand on est abandonnique ? Curieux mélange de sentiments : à la culpabilité de blesser l’autre, s’entremêlait l’angoisse du vide de la solitude.

Diego en avait pris son parti. Il passait un peu de temps avec Clara, puis allait respirer auprès de ses camarades de régiment… L’armée avait bon dos ! Tandis qu’il n’envisageait que de courtes parenthèses avec Clara, celle-ci idéalisait la vie à deux. Elle lui parlait d’appartement, de bébé… Diego suffoquait.

Son service militaire venait de s’achever et l’étau se resserrait.

L’idée d’une vie en couple se précisait.

Sa liberté était précieuse, et « le quotidien, ce n’est pas les vacances », pensait-il.

« Comment lui dire non ? »

Curieux paradoxe : alors qu’il ne la rendait pas heureuse dans cette relation, l’idée même de casser ses projets et de la voir triste était une souffrance. Trop empathique, le mal de l’autre devenait sien.

« Il faut qu’elle me vire ! », pensa-t-il.

Cette pensée prit forme le jour où la mère de Clara lui présenta un album de photos de famille. Côte à côte, assis sur le grand canapé en cuir, elle lui montrait les traditionnelles photos que ceux qui sont nés dans les années 70 connaissent bien. Il y avait des photos de Noël, sur lesquelles Clara et ses frères et sœurs posaient joyeusement en famille, pantalons à carreaux, pulls bariolés pièces en cuir cousues aux coudes, près du sapin, au milieu des cadeaux. Et au milieu des photos de vacances à la mer et à la campagne, se trouvaient quelques portraits de Tonton Bébert et Tata Lulu attablés lors du repas de mariage de la sœur de Clara. Sur l’une des photos du mariage, les figurines des deux mariés dominaient une pièce montée.

« Prochainement, ce sera toi qui seras là ! », lui avait-elle dit, désignant les mariés du doigt, et en le regardant fixement.

Si Diego avait eu des ailes, il aurait déguerpi pour s’envoler loin, loin, le plus loin possible.

Dans un élan d’hyperactivité, comme si la suractivité lui donnait la sensation d’être vivant, il s’inscrivit à la fac de psychologie tout en se dégotant des petits jobs à gauche et à droite.

Il se sentit pris à la gorge le jour où Clara lui annonça qu’elle avait trouvé un appartement pour faire leur petit nid douillet du côté de Lyon. Le logement était bien situé, « joli », et peu onéreux… Bref, Diego ne put lutter.

Face à cette annonce, et à l’inéluctabilité d’une vie à deux, la sangle qui l’étranglait se resserra d’un cran supplémentaire, et des mots qui résonnaient déjà en lui prirent plus d’ampleur, revenant sans cesse en boucle.

« Il faut qu’elle me vire, il faut qu’elle me vire ! »

Deux mois plus tard, Clara avait la joie de détenir entre ses mains les clés de l’appartement.

Diego avait lui-aussi le double du trousseau dans ses mains, mais il portait en lui la même déprime que l’ours du Parc de la Tête d’Or, résigné à vivre derrière les barreaux de sa cage. Accompagné de ses parents lorsqu’il avait 5 ans, il avait vu l’animal tourner en rond, enfermé dans son enclos de 9 ou 10 mètres carrés bétonnés, sous les rires des enfants et le regard d’un public curieux et bruyant. A présent, il le comprenait, car c’était un peu lui, cette bête prise au piège. Dans le regard de Diego comme dans celui de l’ours du Parc de la Tête d’Or, on pouvait lire la résignation, et derrière la résignation le secret espoir d’une délivrance.

Le père de Clara avait fait un ultime aller-retour avec une remorque pour installer les meubles de la chambre de sa fille dans l’appartement. Assis sur le fauteuil en osier que Clara avait importé de chez elle, cafardeux, le regard de Diego se perdait, balayant lentement un tour d'horizon de gauche à droite.

A gauche, une fenêtre sans rideaux qui donnait tristement sur un parking, un mur blanc cassé suivi d'un autre, et en haut de ce mur, de la peinture craquelée. En face de lui, un carton de déménagement posé sur le lino beige, au milieu de la pièce, rendait ce lieu vide. Puis, il y avait l'encadrement de la porte blanche qui donnait sur le couloir, et à sa droite le clic-clac de Clara. Diego leva les yeux et discerna quelques auréoles sur le plafond blanc autour du luminaire, qui n'était qu'une ampoule habillée d'une sorte de chapeau en osier... appartenant à Clara. Les autres pièces, sobres, respiraient autant la déprime. Deux cartons étaient stockés dans la grande cuisine vide. Dans la salle de bain, un meuble bleu clair classique comme on en faisait dans les années 80 était calé sous le lavabo blanc, banal, et au-dessus, se tenait le miroir d’une armoire à pharmacie. Une chambre, au sol moquette marron, tachée de part et d’autre, murs blancs, fenêtre sans rideaux, était déserte à pleurer. Et puis il y avait une autre chambre, à la tapisserie blanche et bleue, agrémentée des objets de Clara : un placard en pin, un lit en bois, une table de chevet elle-aussi en pin, posée sur une moquette bleu-gris, couleur des yeux de Clara.

Diego n’aspirait qu’à fuir cet univers morose pour respirer l’air pur qu’offrait le monde extérieur. Il avait l’impression de payer pour un appartement qui était la réplique de la chambre de Clara. C’était son projet à elle, il ne se sentait pas chez lui, et il n’arrivait toujours pas à le lui dire...

Portant à lui seul, toute la lâcheté masculine du monde entier, il entreprit inconsciemment d’être exécrable. Fuyant son domicile, il était tantôt à l’université, tantôt sur un lieu de travail, traînait les pieds pour rentrer après son entraînement de judo, ou encore partageait avec ses amis un dernier verre qui ne cessait de se remplir. Diego partait tôt et rentrait tard. Il désertait ce domicile dans lequel, du plus profond de son cœur, il n’avait jamais voulu s’investir, et qu’il regagnait la boule au ventre dans la nuit.

Un mois après leur mise en ménage, Diego retrouva Clara effondrée, en larmes. Face aux absences de Diego, dans une région qu’elle ne connaissait pas, sans travail, les yeux bleu-gris de Clara, humides, étaient plus délavés que jamais. Confrontée à une profonde solitude, elle craqua :

« Je n’en peux plus Diego ! Je n’en peux plus... Tu n’es jamais là ! Je n’en peux plus ! »

Décidément, Clara était bien loin de la vie de princesse qu’elle avait idéalisée. Où était le prince charmant qu’elle s’était imaginé ?

L’univers nous donne ce qu’on lui demande. Et Diego avait tellement prié :

« Pourvu qu’elle me vire ! Il faut qu’elle me vire ! »

Mais l’univers exauce nos vœux… à sa manière.

« Je ne veux plus de cette relation !... Je ne veux plus de toi !... Dégage !»

« - … Diego, j’ai rencontré quelqu’un ! », lui lança-t-elle.

« - Quoi ?! Mais qui c’est ce type ??!!

-Tu ne le connais pas !... Mais je suis sûre que lui, au moins, me rendra heureuse ! »

Diego eut le réflexe du petit garçon qui regagne de l’intérêt pour le jouet qu’on vient de lui prendre. Blessé dans son amour propre de Dom Juan, il lui demanda pourquoi une telle décision.

Il essaya de la convaincre de laisser une dernière chance à leur histoire, comme s’il abattait les dernières cartes de son jeu.

Lui qui avait tant espéré ce moment pour échapper à la culpabilité de trancher, prenait une claque bien méritée qui venait froisser son orgueil et sa jalousie. Elle le virait !… Et en plus, parce qu’elle venait de rencontrer un autre mec qui lui avait ouvert les yeux sur ce qu’elle vivait…

La salope !!

La boule au ventre, il se tenait face à elle. La petite Clara molle et fragile s’était transformée en un dragon sans pitié.

« En fin de semaine mon père vient récupérer mes meubles. Et je repars avec lui ! », lui dit-elle sans ménagement.

Il essaya un geste tendre en approchant ses mains de sa taille, mais elle les chassa fermement.

« Laisse-moi tranquille maintenant ! »

Il comprit que cela marquait la fin du dernier round.

Alors il tourna les talons, franchit le seuil de la porte et tandis qu’il se dirigeait vers sa Super 5, il entendit le « VLAM ! » bruyant de la porte qui claqua derrière lui.

Très curieusement, dès qu’il s’assit au volant de son véhicule, sa boule au ventre se dissipa instantanément. Il déclencha le contact de la voiture et sortit du parking, léger, serein.

Les années passèrent et cet idiot de Diego ne put s’empêcher de poursuivre un chemin sentimental empreint de rencontres plus ou moins sordides, plus ou moins belles.

Il avait néanmoins retiré une leçon de cette mésaventure.

*« Oser dire ‘’stop’’ lorsque la relation n’est pas épanouissante, car être acteur de la séparation vaut beaucoup mieux que de la subir. »

*Leçon de vie extraite du Manuel de Déconnisation

Jocelyne alias Joyce

Curieux de comprendre ce qui animait l’être humain, et peut-être encore plus, ce qui l’animait lui, Diego s’était pris de passion pour l’étude de la psychologie à l’Université Lumière Lyon 2.

Il était parallèlement directeur d’un centre de loisirs qui accueillait des pré-ados et des adolescents dans la commune de Corbas, et avait fait la connaissance de la directrice du centre aéré qui prenait en charge les plus petits. C’était une rencontre des plus banales qui soient. Elle se prénommait Jocelyne et trouvant son prénom trop ringard, préférait se faire appeler « Joyce ».

Diego avait essuyé plusieurs expériences sentimentales qu’il avait vécues comme des échecs. Il voyait autour de lui ses copains construire une vie à deux, et cette image d’un bonheur idyllique avec celle qui pourrait être sa petite âme sœur lui faisait envie. Il était fatigué de chercher celle qui était faite pour lui, et de ressortir, une fois de plus, d’une rupture, le cœur libéré certes, mais à nouveau brisé en se rendant compte qu’elle n’était pas celle qu’il espérait.

La mante religieuse l’avait accompagné tout au long de son avancée, faisant son apparition ici et là, tantôt dans le coin du miroir de la salle de bain, tantôt derrière la porte de la chambre… Elle semblait l’observer, et lui, faisait de même à chaque rencontre. Ses deux grosses pinces terrifiantes auraient pu se prénommer « angoisse ».

Des angoisses ? Diego en était rempli. Angoisse de solitude, angoisse d’abandon, peur d’être trompé, peur d’être trahi…

Mais là, face à Jocelyne, ses angoisses restaient tapies au fond de lui… Peut-être tout simplement parce que l’angoisse pointe le bout de son nez avec la force des sentiments, et que l’intensité n’était pas au rendez-vous...

Il la trouvait jolie. Elle paraissait saine d’esprit. Et il voulut se convaincre qu’elle était celle qu’il cherchait. Il n’éprouvait pas les sentiments passionnés qu’il avait connus avec d’autres dont il portait encore les stigmates. Tant mieux, c’était plus confortable et moins angoissant ! Sans chercher vraiment à savoir qui elle était, il voulut là encore, se convaincre que c’était mieux ainsi.

Pour Diego, le monde était divisé en deux. D’un côté, il y avait les femmes sensuelles que l’on pouvait aimer d’un amour torride et passionnel, avec lesquelles on pouvait vivre une vie intense et pimentée, mais avec lesquelles, accompagné de l’idée angoissante de les perdre, les séparations se terminaient toujours par un déchirement incommensurable. Et de l’autre côté, il y avait les femmes mettant en avant leurs qualités maternelles et maternantes, avec lesquelles on pouvait vivre des amours plats, fades, mais rassurants car de faible intensité.

Quel triste monde était celui de Diego ! En proie à ses angoisses abandonniques, il ne concevait pas de pouvoir construire une vie sentimentale si ce n’était que sur des amours médiocres.

De son côté, Jocelyne voyait son horloge biologique avancer. Tandis qu’autour d’elle, les ventres de ses sœurs et amies s’arrondissaient, à 34 ans, elle n’avait toujours pas d’enfant, pire, elle n’avait jamais encore présenté un homme à sa famille. Diego n’était certes pas très grand, mais il était plutôt mignon, avait une situation stable et paraissait cultivé. C’était l’opportunité !

Neuf mois plus tard, Joyce était enceinte.

Le 14 décembre 2003, naquit Elsa

La fille de Diego, Elsa, vit le jour le 14 décembre 2003, comme un cadeau pour le jour anniversaire de sa maman.

Le 13 décembre au soir était un samedi cette année-là. Diego avait fait venir des invités-surprises et prévu une raclette pour l’anniversaire de sa compagne.

Peu avant le repas, il caressa le ventre arrondi de la future maman et s’adressant au bébé qui s’y logeait, il approcha sa bouche de la membrane qui les séparait et lui murmura : « Tu es gentille Elsa, s’il te plaît, tu nous laisses finir la raclette et ensuite, tu sors quand tu veux !... »

Les invités partirent vers deux heures du matin et peu après que le dernier ait franchi le seuil de la porte, sa compagne lui dit d’un ton serein mais ferme : « Diego, je suis en train de perdre les eaux. »

Le stress fut davantage pour lui qui se mit à faire quelques tours dans la chambre avant de rationaliser les choses et charger la voiture des quelques valises que sa compagne avait méticuleusement rangées dans un coin.

A la clinique, la sage-femme l’associa activement pour aider à l’accouchement. Il pressait le ventre de sa conjointe celle-ci ne ressentant pas les contractions à cause de l’anesthésie du rachis. Le médecin dégagea la tête du bébé, puis ses épaules, et lui fit l’un des plus beaux cadeaux de sa vie en lui proposant de saisir son enfant sous les aisselles pour la sortir du ventre de sa mère.

Il inaugura cette nouvelle vie en coupant le cordon qui reliait sa fille à sa mère, même si celui-ci perdura encore longtemps sur le plan psychique par la suite.

Après avoir annoncé l’heureuse nouvelle aux proches, ceux-ci arrivèrent à la clinique, comme les rois mages (mais en plus nombreux) jusqu’à la crèche, chargés de cadeaux.

Après cette nuit blanche, son beau-père lui proposa une boisson chaude dans un bar situé à deux rues de la clinique.

… Et tandis qu’il prenait place devant son chocolat chaud, une comptine pour enfant chantée par un inconnu dont la voix rappelait celle de Serge Gainsbourg, sortit comme par magie d’un juke-box comme un petit clin d’œil du ciel.

« Dors, dors, petite Elsa,

Dors petit cœur, le marchand de sable a sonné l’heure... »

Ce fut un de ces moments forts que la vie réserve à ceux qui savent voir ces petits détails qui apparaissent comme magiques et qui font aimer par-dessus-tout le fait d’exister.

Nul n’est devin, on avance en expérimentant. Et Diego n’aurait jamais parié sur la tournure des événements de sa propre vie. Peu après la naissance d’Elsa, les relations s’étaient détériorées entre Joyce et lui. Il ne s’y retrouvait plus.

Il avait la désagréable sensation d’être transparent. Vivant en couple, avec un enfant, dans une petite maison de campagne, Joyce avait le sentiment d’avoir accompli son idéal de vie. Son caractère taciturne avait peu à peu amené Diego à se distancer de ses proches. Il n’invitait plus à la maison, car cela était source de conflit. Le couple vivait en autarcie, coupé de toute vie sociale.

Dans une volonté inconsciente de reproduire le schéma familial de ses parents, Joyce cherchait à gérer tout ce qui avait trait à la maison. Là où beaucoup d’hommes se seraient résignés à accepter ce type de fonctionnement, Diego réagissait impulsivement, refusant de se soumettre à cette femme aigrie qui lui donnait des ordres.

Elle, insistait sur le confort de l’enfant, et avait la volonté étrange de l’élever sous cloche dans un environnement aseptisé, instaurant un climat calme et silencieux dans le respect des siestes… une sorte de couvent pour Elsa.

Lui, avait l’envie de lui faire découvrir le monde, dans sa diversité, l’emmenant en voyage, à la plage, à la montagne, en Espagne, et partout ailleurs, participant aux fêtes locales, dansant, chantant, riant, s’émerveillant devant les spectacles de la nature, des feux d’artifices, de danses, et bien d’autres choses encore… au détriment sans doute du rythme de sommeil de la petite.

Il ne supportait pas de sentir une autorité sur lui, et encore moins lorsqu’il la percevait comme illégitime. Il était le père d’Elsa, et ses initiatives ne valaient pas moins que celles de sa conjointe.

Tournée vers son enfant, elle avait des idées préconçues et arrêtées sur ce qu’elle voulait concernant l’éducation de sa fille. Lorsque Diego souhaitait faire valoir sa vision des choses, c’était un combat qu’il emportait une fois sur deux après avoir déployé beaucoup d’énergie. Le peu d’amour qui préexistait avait laissé place aux reproches. Diego continuait d’être présent auprès de sa fille qu’il aimait par-dessus tout, tout en fuyant l’ambiance du foyer familial.

Il s’était construit un équilibre de vie en s’investissant dans le travail et le sport quand il ne s’occupait pas d’Elsa.

Rompre était toujours un problème pour lui, et ça l’était d’autant plus à présent qu’il était père. Pour rien au monde, il aurait cédé sa place à un autre homme que sa fille aurait appelé « papa ».

Alors il choisit de quitter cette relation en partant sur la pointe des pieds, en la laissant s’effilocher tout doucement.

Jocelyne, centrée sur elle-même, semblait considérer Diego comme un meuble appartenant au petit monde qu’elle s’était créé. Il était l’homme qui ramenait l’argent à la maison, lui permettant d’envisager comment elle poursuivrait le déroulé de son projet de vie.

Devant cette indifférence, Diego glissa du lit conjugal au clic-clac sans qu’elle n’en fût affectée. Puis ils firent chambre à part… puis appartements séparés sans qu’elle ne parût contrariée. Diego partageait du temps avec sa fille, faisait les courses, payait les charges. L’image de la petite famille heureuse était là pour ravir les yeux des voisins. Les apparences étaient sauves. Joyce poursuivait son plan de vie, tandis que Diego domptait sa solitude par la force des choses, se sentant désespérément seul dans cette relation...

Cinq ans après la naissance d’Elsa, Diego annonça à Joyce, en prenant des détours alambiqués, que cette situation de couple ne lui convenait pas et qu’il préférait arrêter là leur histoire commune. Joyce semblait contenir une colère grandissante en elle. Son rêve, tout ce qu’elle avait projeté s’effondrait comme un château de cartes. Lorsqu’il ajouta qu’il envisageait de s’acheter une maison pour lui seul, elle comprit que sa décision était sans appel. La colère de Jocelyne se transforma en rage. Son visage se crispa, sa mâchoire inférieure opérant à des grincements de dents involontaires et son regard s’assombrit brutalement. Diego préféra partir avant de subir l’assaut des mitrailles des yeux de mort injectés de sang de Jocelyne.

Il n’est pas facile pour celui, ou plutôt en l’occurrence, « celle » qui subit la séparation de refaire surface. Mais que faire ? Faut-il choisir de rester dans une vie qui ne nous ressemble plus juste pour sauvegarder des apparences d’une vie de famille ?

Il lui semblait avoir tout essayé jusqu’à se retrouver dans une impasse. Il ne voulait pas faire « comme si ». Quelle image du couple de ses parents sa fille allait-elle avoir ?… Celle d’un couple non épanoui qui se déchire régulièrement pour des broutilles ?? Après avoir pesé le pour et le contre, après avoir surmonté sa culpabilité, il avait pris sa décision.

Durant les années qui suivirent, une sorte de « gentleman agreement » s’était établi entre Joyce et Diego, Joyce renfermant en elle une immense rancœur à l’égard de celui qui avait brisé ses rêves de couple et de famille. Ils « composèrent » dans l’intérêt de leur enfant.

Elsa était à présent une jeune fille de 13 ans et la rancœur de Joyce avait fait place à une gigantesque rancune. Il pensait avoir réussi sa séparation et en était plutôt fier. Mais, Joyce, aigrie, aspirait à faire payer à Diego le prix de sa souffrance.

Il allait chercher sa fille un week-end sur deux chez sa mère, comme la plupart des couples séparés et exerçait en tant que psychologue. Il avait compris beaucoup sur le pourquoi de ses erreurs, mais il était toujours aussi idiot. Il s’évertuait à répéter les mêmes schémas en comprenant pourquoi il les répétait, mais sans comprendre comment ne plus les reproduire.

Avec le temps et un zeste de maturité, il aimait se pencher sur ce qu’il avait vécu et s’offrir un moment de nostalgie en observant les concours de circonstances qui avaient ponctué sa vie.

Sa vie sentimentale continuait à ne pas être un succès. Elle avait été davantage une succession de femmes qu’il avait aimées plus ou moins. Les séparations étaient douloureuses à chaque fois. Et avant chaque séparation, la peur de perdre l’autre.

Ses patients s’étaient avérés sans le savoir de bons thérapeutes, lui permettant de comprendre sa peur abandonnique.

Diego repensa à toutes les tranches de vie qu’il avait traversées au cours de son existence terrestre : l’enfance et les playmobils, l’adolescence et l’envie de plaire, la première mise en ménage, la seconde… la parentalité, la séparation, la famille recomposée, la famille décomposée aussi… Puis il y eut un tome de sa vie fait de parenthèses sentimentales plus ou moins longues, qui étaient apparues dans une volonté de reconstruire quelque chose de brisé… Jusqu’à l’apparition de Flavie…

La vie est curieusement faite. Pas de maître sans esclave ; pas d’esclave sans maître. Ses patients lui avaient appris que les concours de circonstances n’étaient pas le fruit du hasard. Les gens se rencontrent car leur problématique est sur la même longueur d’onde. C’est la loi de l’attraction.

Aussi, lui, l’homme non-affirmé face aux femmes qu’il aimait, par peur de les perdre, rencontrait sur son chemin des femmes séductrices et peu fiables qui piquaient sa jalousie et sa possessivité. Certaines ayant conscience de leur pouvoir sur lui, apparaissaient autoritaires voire tyranniques. Elles étaient aussi belles qu’elles pouvaient être dures avec lui. Hypnotisé, addict, il se consumait et se laissait consommer entre leurs mandibules.

Diego était devenu un expert dans l’étude des « petites nanas détraquées », pour autant il répétait inlassablement le même schéma.

Il avait testé la « bipolaire malmenante », la « caractérielle insatisfaite », la « borderline capricieuse », « l’hyperthyroïdique piquant des crises de nerfs »…

Au milieu des particularités qui rendaient chacune de ces femmes insupportables, chacune à sa manière, il y avait quelques constantes.

1ère constante : Diego s’était épris de la beauté physique de chacune d’entre elles.

2ème constante : Chacune d’entre elles le savait et abusait de ses charmes.

3ème constante : Elles menaçaient de rompre dès qu’elles étaient contrariées.

4ème constante : Elles étaient contrariées souvent.

5ème constante : Elles piquaient régulièrement des crises de nerfs.

6ème constante : Elles le poussaient dans ses retranchements les plus lointains.

7ème constante : Elles se victimisaient, le faisant passer pour un monstre violent lorsqu’il réagissait aux attaques qu’elles lui adressaient.

Flavie apparaissait comme la synthèse de toutes ces femmes, une sorte de bouquet final marquant la fin d’une tranche de vie.

Flavie

Flavie était propriétaire d’une écurie située au fin fond de la cambrousse à plus de 70 Km de chez Diego. Petite, fine, armée de beaux yeux bleus perçants, cette passionnée de chevaux était le genre de jolie femme, dont le charme ne laisse aucun homme indifférent.

Deux mois après avoir consommé leurs premiers baisers, le « tout-beau tout-rose » des premiers temps avait à nouveau glissé dans un rapport de force dominant/dominé. La peur de perdre l’autre, la précipitation… Diego était sous emprise. Il était tel un toxicomane en manque de sa cam. Et son héroïne s’appelait Flavie.

Il était tombé amoureux de la belle cavalière dont les longs cheveux blonds flottaient au vent lorsqu’elle lançait sa jument au galop. Ce cœur d’artichaut de Diego s’était épris d’elle au point d’être prêt à tout accepter par peur qu’elle ne le quitte.

L’amour rend aveugle, dit-on. En effet, l’amour revêt plusieurs formes, et c’est surtout un amour nommé Éros qui rend con. Éros, l’amour qui prend la forme de la passion, est cet amour qui embrase les cœurs… Il est aussi, l’amour qui peut amener un homme à sa perte. Éros survient souvent par la force du sexuel, cette énergie très puissante. Il est l’amour torride que l’on voit dans les films lorsque le héros et l’héroïne se plaquent contre les murs dans une scène intense, le tourbillon de passion érotique l’emportant sur la lucidité qui permet de voir l’autre tel qu’il est. C’est pour cela qu’après un ou deux mois de relation, lorsqu’Eros perd de sa fougue, il amène parfois les deux amoureux à se découvrir tels qu’ils sont, provoquant les premières désillusions et les premiers clashes dans la relation.

Flavie avait surmonté jadis l’épreuve terrible d’un cancer de la thyroïde qui avait manqué d’avoir sa peau.

« Ce qui ne tue pas, rend plus fort ». Flavie était ressortie plus forte de son combat contre la maladie, ceci au prix d’y avoir aussi gagné en égocentrisme et en égoïsme. Elle avait développé une dureté extrême à l’égard des autres, pensant détenir La Vérité suprême sur tout. Devant ce caractère autoritaire assorti d’un charisme naturel, son entourage semblait se prosterner devant elle.

Notre petit diable intérieur vient parfois nous tendre la main pour nous secourir dans les moments de désarroi. Et lorsque nous acceptons le service rendu, nous ignorons quelle en sera la facture. Celui de Flavie lui avait donné la volonté au prix de prendre goût au pouvoir. La belle cavalière avait besoin en permanence, d’être la seule, l’unique, les autres n’étant pour elle que des figurants.