Et l'Index!? - Sonia Combe - E-Book

Et l'Index!? E-Book

Sonia Combe

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Beschreibung

Où va l'édition savante? On ne s'étonnera pas du choix de l'autoédition pour un tel sujet. J'avais quand même soumis ce petit essai à plusieurs éditeurs, pas à ceux que j'épingle, ni à ceux dont je dis du bien, naturellement, et la plupart d'entre eux me répondirent de façon encourageante, voire chaleureuse et amusée. Et puis, finalement, je me suis dit que je tenais là un samizdat...

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Seitenzahl: 57

Veröffentlichungsjahr: 2023

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On ne s’étonnera pas du choix de l’autoédition pour un tel sujet. J’avais quand même soumis ce petit essai à plusieurs éditeurs, pas à ceux que j’épingle, ni à ceux dont je dis du bien, naturellement, et la plupart d’entre eux me répondirent de façon encourageante, voire chaleureuse et amusée. Et puis, finalement, je me suis dit, que je tenais là un samizdat …

À Philippe Grand, chartiste impitoyable

Sommaire

Index rerum ou nominum ?

Correcteur, un métier sinistré

La logique comptable

Pas de manichéisme !

De la misère (pas totale) en milieu universitaire

Et ailleurs ?

En guise de conclusion

« Depuis 2019, exception faite de l’annus horribilis de 2020, les Sciences humaines et sociales (SHS) ont renoué avec la croissance. ».1 C’est ce qu’affirmait en 2023 le Syndicat national de l’édition (SNE), qui parle en chiffres d’affaires et avance celui de 373 millions d’euros (+4,5% par rapport à l’année précédente). Bruno Auerbach, directeur de la Découverte aurait même ajouté : « Nous assisterions clairement à un renouveau des SHS. »

Voilà bien de quoi se réjouir ! Oui … mais à y regarder de plus près … à quel prix ? Ne serait-ce pas à celui de la dégradation des conditions d’édition des écrits savants dans les maisons d’édition qui tendent à les publier à moindre coût si ce n’est à moindre prix ? Une tendance que l’hyper concentration de l’édition devrait accentuer et à laquelle il ne nous reste plus qu’à espérer que l’édition indépendante encore respectueuse des auteurs (et des lecteurs), de même que l’édition publique sauront résister.

L’envie d’écrire sur le sujet me trottait depuis longtemps dans la tête. Historienne, auteure moi-même et contributrice de recensions d’ouvrages dans ma discipline, l’histoire contemporaine – sans compter quelques années d’expérience comme directrice de collection dans une maison d’édition –, je crois bénéficier d’un poste d’observatoire privilégié pour l’aborder. Une correspondance m’a donné l’impulsion nécessaire. Je vous la livre, assurée que l’attachée de presse des éditions de la Découverte que je connais, qui m’ont plusieurs fois publiée et dont j’apprécie en général le choix éditorial, ne m’en voudra pas d’évoquer ce désaccord.

Je m’étais permise la note suivante dans la recension d’un ouvrage :

Il est tout à fait regrettable qu’une maison d’édition comme la Découverte, qui propose des ouvrages savants, fasse l’économie d’un index. Pour l’auteur.e, faire un index peut être une véritable prise de tête, alors que cela prend bien moins de temps à un professionnel. Si la sanction ne touchait pas aussi les auteur.e.s, je boycotterais volontiers dans mes recensions ces maisons d’édition qui prétendent éditer des travaux scientifiques en en oubliant les règles.2

Bon, j’admets que ma note était raide. On aura compris que pour un éditeur doté de moyens moindres, je n’aurais pas formulé ce genre de remarque, en tout cas pas sous cette forme. J’aurais pu aussi faire montre de plus d’humour et dire que désormais je mettrais à l’index les ouvrages sans index mais, c’est ainsi, il arrive qu’on perde patience devant la dégradation de l’édition de la littérature savante dont la disparition de l’index me semble un indice majeur. J’aurais pu d’ailleurs, et de façon complémentaire, tout aussi bien l’aborder par un autre indice : la note en page de bas reléguée en fin d’ouvrage. Je renvoie pour cela à la tribune de Guillemette Faure dans Le Monde du 11 février 2023, qui m’a d’autant plus étonnée qu’elle vient d’une journaliste, ce qui prouve que ce ne sont pas les seuls spécialistes qui ont besoin de la note en bas de page (et sans doute d’un index). Renvoyer en fin de volume les notes en bas de page serait, je cite Guillemette Faure, « une manière de dire au lecteur tu ne me prendras pas en flagrant délit de ne pas citer mes sources, tout en lui glissant ne t’avises pas d’aller vérifier, tu perdrais un temps fou. Les notes en bas de page, poursuit-elle avec humour, ne s’appellent pas ainsi pour des prunes et, plus tard : C’est qui l’illuminé qui a pu proposer de mettre la note 250 pages plus loin et convaincre que c’était une bonne idée ? (…) Mettre les notes de bas de page en fin de chapitre, c’est le pire des compromis. Ça doit faciliter la vie des maquettistes. Les éditeurs ont peur que ça rebute le lecteur. » 3

Mais revenons à l’index. Ma remarque irrita l’attachée de presse qui s’en plaignit au journal, oui, je vous l’assure, et sa réaction me laissa dubitative : la collection dans laquelle était publié ce type d’ouvrage n’aurait pas nécessité d’index. En revanche, assurait-elle, un index nominum était réalisé chaque fois que cela était justifié et que l’auteur le souhaitait. En bref, c’est la collection qui était fautive…

Ma réponse ne s’est pas fait attendre :

Je suis ravie que ma note ne soit pas passée inaperçue. Peu importe à la personne qui lit le livre la collection à laquelle il se rattache, celui dont je parle méritait un index.

Et comme j’avais en mémoire une expérience personnelle récente, j’ajoutais :

Pour mon précédent livre dont j'avais fait moi-même l'index, selon les exigences de la maison d'édition qui le publiait alors, j'avais passé plusieurs jours en m'arrachant les cheveux. Remarquez, à la fin, j'aurais pu faire des index à la file, seulement voilà : ce n'est pas mon métier. Si vous lisez mes critiques d’ouvrages dans En attendant Nadeau, vous verrez que je fais cette remarque dès qu'elle s'impose et j'ai souligné récemment qu'une petite maison comme Otium, par exemple, qui a certainement moins de moyens que La Découverte, fait de ce point de vue un travail remarquable. Cela s'appelle le respect de l'auteur.e. (…)

Le respect de l’auteur.e, parlons-en et abordons-le par ce pas si petit bout de la lorgnette que serait l’index et qui pourrait s’avérer, « le point de départ d’une critique beaucoup plus large de l’édition savante mettant en cause ‘l’organisation sociale du savoir ‘, comme dirait M. de Certeau, c’est à dire aussi bien l’institution universitaire que les diverses instances éditoriales », me souffle cette fois Richard Figuier qui a derrière lui plus de trente ans de pratique de l’édition savante tant dans le privé que dans le public. Enfin, avec l’aval des connaisseurs de son œuvre que sont Brigitte Mazon et Bertrand Müller, je renverrais à Lucien Febvre selon lequel un livre d’histoire sans index n’aurait tout simplement pas été un livre d’histoire. On pourrait naturellement élargir ce jugement aux disciplines connexes.

Précisons qu’il n’est ici question que de l’édition en sciences humaines et sociales dont seront exclus les essais, quoique la frontière entre l’essai et l’ouvrage savant soit parfois difficile à déterminer. Ainsi, à l’heure où j’ai commencé cet essai (au dernier trimestre de l’année 2021), ai-je sous les yeux le livre d’Élisabeth Roudinesco Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires