Hadès - Christophe Fourrier - E-Book

Hadès E-Book

Christophe Fourrier

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Beschreibung

Quand le virus Hadès est repéré et baptisé, il est déjà trop tard. Hadès, le souverain des enfers, invisible et terrible. Tout a commencé par un simple rhume, inoffensif mais surtout passé inaperçu tant il est banal en ce mois de février. Puis très vite, trop vite, la mort s’installe et abat quasiment la population mondiale. Quelques-uns sont épargnés, d’autres, isolés, n’ont pas été en contact avec le terrible virus. Comment survivre ? Pourquoi survivre ? Des militaires surentraînés, un agent de mairie, un technicien de laboratoire et sa fille, une mère et ses enfants, les rares survivants doivent apprendre à composer avec une nature désormais hostile, à la vitalité surprenante et incontrôlable. Que reste-t-il de l’humanité quand le Monde s’est effondré ? Les survivants accepteront-ils d’en préserver les dernières braises ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Christophe FOURRIER est personnel soignant et auteur de romans. Il publie depuis 2020, des romans d’anticipation, policiers ou fantastiques. "Hadès" est son premier roman, réédité par 5 Sens éditions. L’histoire anticipe une pandémie virale, écrite avant la crise du COVID-19. Le texte que nous vous proposons n’a pas été modifié.

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Seitenzahl: 318

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Christophe Fourrier

 

Hadès

 

 

À Virginie,

« Joyeuse est l’existence à qui sait reconnaître son Trésor caché… »

 

Préface de l’auteur

La première publication de Hadès a été lancée en mai 2020, en pleine épidémie du COVID-19. J’avais proposé le manuscrit en août 2019, le contrat d’édition fut signé en janvier 2020, juste avant le déclenchement de l’épidémie.

Pour la trame de ce roman sur une pandémie virale mortelle, j’ai étudié les retours d’expérience de la crise du virus H1N1. Après discussions avec mon ami le Dr. Willy Sutter, mon choix pour Hadès, le virus de mon roman, s’est porté sur un virus responsable d’une détresse respiratoire aiguë.

Alors que la conception du livre progressait, quelle ne fut ma surprise lorsque des expressions comme « confinement » ou « pénurie de masques », envahissaient notre espace audiovisuel. Ma fiction semblait inonder notre réalité.

Personnel hospitalier moi-même, je me souviens avoir traversé le boulevard Voltaire à Paris, complètement désert. L’endroit, cité dans mon roman dans le même état, me donna une impression de malaise : jusqu’où iraient les similitudes ?

Plus tard, la République de Seine-et-Marne est revenue sur ces coïncidences troublantes, dans un article du 3 août 2020.

Le but premier de mon roman était de placer les personnages dans une situation terrible : que deviendrions-nous si notre Monde s’effondrait ?

La confrontation, brutale car désormais sans protection, avec la nature serait terrifiante.

C’est en effet l’autre thème principal du livre. Sans une présence humaine nombreuse, les végétaux, les animaux, la vie sauvage, reprennent leurs droits, toute leur place.

Que resterait-il de l’Humanité, quelle part d’humanité chez les survivants, si tout s’écroulait ?

 

Je remercie 5 Sens éditions de redonner une chance à Hadès de toucher son public, et je vous laisse découvrir le roman, jamais retouché ni réécrit à aucun moment de l’épidémie, je le précise.

En dehors de corrections mineures, le texte est le même que celui retenu en tant que manuscrit original à la fin de l’année 2019

Février…

Les touristes sont malgré tout très nombreux dans le quartier du Palais-Royal en ce mois de février. Ce sont les vacances scolaires d’hiver, un père de famille s’assoit en terrasse du restaurant fast-food, avec vue sur le Louvre et les arcades du Palais-Royal. Il fait froid, mais les enfants insistent pour être dehors, et puis à l’intérieur la place manque.

Tandis que les enfants déballent les burgers sur leur plateau, leur père ne peut s’empêcher de regarder vers ses quatre voisins, deux femmes et deux hommes, assis devant trois modestes cafés en gobelets de carton. Leurs attitudes l’interpellent car ils semblent se conduire comme deux couples, proches, se tenant la main, alors qu’il n’y a aucune tendresse dans leurs paroles ou leurs regards.

C’est au fond ce qui l’a interloqué en s’attablant avec sa fille et son fils, c’est cette impression de fausseté. De loin il semble que ce soient des couples, mais de près, les regards sont braqués vers l’extérieur du groupe, et les paroles échangées sont brèves, tranchantes, efficaces.

Et puis ça y est, le père de famille comprend en voyant l’étui de révolver qui dépasse du blouson de cuir de la femme la plus proche. Ce sont des policiers en civil, qui surveillent l’autre côté de la rue, vers les arcades.

L’objet de leur surveillance est un jeune homme habillé en doudoune, pantalon fuseau et chaussures de sport. Grand, athlétique, l’homme multiplie les allées et venues devant les magasins, suivant des touristes, regardant, jaugeant, marquant l’arrêt puis abandonnant sa cible pour une raison inconnue.

Deux policiers se lèvent et s’éloignent enlacés, avec l’intention de faire le tour des arcades, pour couvrir le côté du Louvre. Les deux autres restent assis près de la petite famille, finalement rassurée par la présence des policiers.

Le jeune homme n’est pas un voleur professionnel, il est étudiant en section sport, plutôt bon en athlétisme. Il court vite, il le sait, faire deux ou trois coups à toutes les vacances scolaires est d’un bon rendement. Téléphones portables, portefeuilles garnis de devises, sont faciles à subtiliser à ces abrutis de touristes, empêtrés dans leurs sacs d’achats de produits de luxe. Le jeune n’a aucun scrupule à les délester de quelques centaines d’euros, par surprise, sans grande violence, à l’arraché comme le disent les flics.

Le jeune tousse encore de ce rhume commencé il y a trois semaines, sans fièvre, mais qui a un peu ralenti ses performances au stade.

Performances qui sont tout de même largement au-dessus de celles de ce gros touriste chinois qui peine à ranger son large portefeuille dans une sacoche en bandoulière de marque.

« Si les mecs se mettent à avoir des sacs à main, tant pis pour eux ! » ricane le jeune en quittant le mur contre lequel il posait une semelle. Il marche, vite, accélère, bouscule le chinois d’un bon coup d’épaule et crochète naturellement la sacoche qui se retrouve dans ses mains tandis que le touriste s’écroule contre sa femme. Avant même que le couple ne soit à terre, le jeune étudiant est parti au sprint vers le métro. Mais du coin de l’œil il voit deux flics qui courent vers lui, coupant là son trajet.

« Police ! Police ! Arrête-toi ! » entend-il derrière lui. « Merde la bac, ils sont quatre ! » pense le voleur.

Mais il sait qu’il est bon, il a dix-neuf ans, et les petites rues de l’autre côté de la Seine sont à sa portée. Les policiers ont leurs armes, menottes, gilets pare-balles, autant de poids qui les ralentit.

Le voleur transpire déjà, il a chaud malgré le vent froid qui souffle. Il se retourne, « merde encore deux baltringues derrière ! » se dit-il.

Les deux autres policiers sont récupérés en véhicule par le cinquième de l’équipage, ce sont toutes sirènes hurlantes qu’ils s’engagent dans la poursuite. À la radio le chef de groupe demande à une patrouille en tenue de récupérer les touristes choqués mais indemnes et alerte de la course-poursuite l’autorité, à la Préfecture de Police. Le but est d’« accrocher » à la vidéo surveillance ce voleur à l’arraché.

« Putain j’ai chaud, j’ai les pattes coupées… » halète le jeune homme. Il a traversé la Seine et court dans les rues montantes de la rive gauche. Au loin les sirènes s’affolent, mais ce n’est pas ce qui le préoccupe, c’est la respiration forte du flic derrière lui. « Il doit faire du sport ce con-là » pense le voleur.

« Ça y est, il tousse ! Je l’ai séché ! » se dit-il intérieurement quand il est soudain plaqué au sol comme dans un match de rugby.

La sacoche tombe de ses mains, qui sont attachées dans son dos. Le policier le relève et l’assoit, le regardant de haut avec le sourire, pas du tout essoufflé.

« Mais qui respire fort, qui tousse alors ? » se demande le jeune voleur, avant de se rendre compte que ces bruits viennent de sa propre poitrine.

« Tu devrais arrêter de fumer bonhomme et te mettre au sport ! » le plaisante le policier.

Le voleur est emmené menotté en voiture au commissariat. Les touristes retrouvent leur argent, et déclarent ne pas vouloir porter plainte, pressés de continuer leur voyage à Paris. L’officier de Police Judiciaire, une jeune trentenaire, regarde le voleur qui respire toujours fortement et déclare calmement : « Ils t’ont serré en flag’, ne rêve pas. Bon là, je te place en garde à vue et je t’auditionne dans une petite heure. Tu verras le procureur ce soir. »

Le jeune voleur est conduit en cellule, transpirant. Il s’affaisse sur le banc de bois, encore sous le choc d’avoir été si rapidement rattrapé.

L’OPJ récupère le rapport de l’équipage de la BAC qui repart en chasse dans le centre de Paris. Elle part déjeuner et revient une demi-heure plus tard, demandant que le jeune soit mené dans son bureau.

Sur un appel, elle descend aux cellules des gardés-à-vue, le jeune voleur pose problème, lui a-t-on dit. Quand elle arrive, deux policiers en tenue hurlent au jeune de se lever.

L’OPJ entre dans la cellule et regarde le visage du voleur.

La première chose qu’elle fait est de demander à ses collègues de bien vouloir « fermer vos gueules s’il vous plait ».

La seconde est de faire appeler le SAMU au plus vite.

Le jeune homme est livide, transpirant, avec des difficultés à respirer. La fouille n’avait pourtant décelé aucun stupéfiant…

« Qu’est-ce que tu as pris ? » demande-t-elle en tapotant la joue du jeune homme. La policière est surprise, le visage du voleur est brûlant.

À l’arrivée 7 minutes plus tard du véhicule du SMUR le voleur tousse longuement avant de perdre connaissance. Le médecin n’a pu obtenir de réponse à ses questions. La saturation en oxygène du patient est mauvaise, le cœur est en tachycardie, la respiration semble peu efficace.

Il place le patient sous masque à oxygène, puis décide de l’intuber. L’infirmier prélève du sang pour rechercher des éventuelles traces de toxiques, toutes négatives. Ce jeune ne se drogue pas. Sa température corporelle est de 41 °C.

À l’entrée en réanimation le jeune patient n’a toujours pas repris connaissance. La radiographie montre des « poumons blancs », inondés.

« SDRA : Syndrome de Détresse Respiratoire Aiguë » explique le chef de clinique à une jeune externe.

« Mais à quel agent pathogène ? » demande-t-elle en retour.

« C’est la question… »

 

Deux heures plus tard le jeune voleur décède, d’un arrêt cardiaque irrécupérable, dû à une insuffisance pulmonaire aiguë.

 

Officiellement, ce serait le premier cas de décès répertorié dans une étude épidémiologique, si seulement une avait pu être lancée…

Trois semaines plus tôt…

Stéphanie vient tout juste de terminer sa conversation avec sa mère. Elle prend un café à un distributeur et ressort du hall de l’hôpital où elle doit faire une présentation. Stéphanie est virologue, mais là, elle se sent surtout une petite fille et très en colère. À quarante ans passés elle vient de subir une énième séance de reproches de sa mère, veuve depuis peu.

Stéphanie n’est pas mariée, contrairement à son frère, Stéphanie a quitté son compagnon, contrairement à son frère, Stéphanie n’a pas d’enfant, et son frère en a déjà deux, « deux affreux garçons », dit tout haut Stéphanie en souriant.

Malgré son agacement de cette conversation récurrente avec sa mère, Stéphanie ne peut s’empêcher de sourire là où une autre s’effondrerait. Stéphanie n’est pas stupide au point de traverser les embûches de l’existence avec un sourire niais, au contraire. Elle porte sur ses écueils un regard désabusé, mais aussi presque amusé.

Oui elle n’a pas d’enfant, et heureusement pense-t-elle, car elle vient de quitter son compagnon.

En fait elle l’a plutôt viré de chez elle, de son appartement, dans lequel il vivait avec elle depuis quatre années. Elle lui a retiré les clefs et conseillé d’emporter toutes ses affaires, le lendemain étant le jour du passage des ordures ménagères. Certes sa mère le trouvait charmant, charmeur même ; et certes c’est l’hiver, et mettre à la porte du jour au lendemain celui qui partageait votre vie peut paraître sévère.

 

Certes…

 

« Mais quand deux jours avant Noël, ledit charmeur s’est permis, chez moi, dans mon lit, dans mes draps, de trombiner ma meilleure amie, ex-meilleure amie, je corrige ; il est normal de lui demander de partir séance tenante » murmure Stéphanie… « Et joyeux Noël à tous… »

Alors depuis plus d’un mois, Stéphanie trompe le monde autour d’elle par son sourire affiché, par un acharnement à travailler et une volonté de taire tout ce qui a trait à sa vie personnelle.

Stéphanie remercierait presque la nature de ne pas avoir réussi à tomber enceinte de cet homme qui est parti en emportant les bijoux qu’il lui avait offerts, très grande classe, une amitié de 20 ans et donc sa confiance dans la race humaine.

Stéphanie froisse le gobelet de carton et le jette dans une poubelle à l’entrée de l’hôpital. Elle croise plusieurs soignants et patients qui toussent, et fronce les sourcils quand deux soignants serrent ensuite les mains d’autres collègues.

Elle se demande si son aversion pour tout contact physique, en adéquation avec cette épidémie actuelle de rhume, est simplement temporaire ou non.

Elle regarde sa montre et rejoint la salle de conférences, affichant son sourire forcé.

 

*

 

Pierre embrasse sa fille lycéenne devant leur immeuble le long des quais de la marne, à Saint-Maur. Il la regarde partir avec ses chaussures de sport des années 80, son jean trop court aux pattes et son sac à dos aux bretelles ajustées, pour qu’il repose sur ses fesses.

Chaque jour Pierre pédale jusqu’à l’hôpital Trousseau par les quais de la Marne, ou à travers le bois de Vincennes selon son humeur.

Pierre est technicien de laboratoire en bactériologie. Il est d’après-midi ce jour-là et a prévu de passer voir son oncle sur le chemin de son travail, au niveau de l’Ile des Corbeaux, juste au pied de l’échangeur de l’autoroute A4.

Son oncle Lucien est la seule famille qu’il lui reste. Depuis son installation à Saint-Maur-des-Fossés à son divorce, Pierre lui rend souvent visite.

Ce frère de sa mère, militaire en retraite, toujours chasseur, est un parieur invétéré, d’où son choix de proximité avec l’hippodrome de Vincennes.

Ce matin-là, Pierre passe le voir car Lucien est malade, lui a-t-il dit au téléphone.

« Je traîne ce maudit rhume depuis ma dernière sortie de chasse avec les copains, saloperie de microbe ! » lui dit-il en robe de chambre marron tachée aux manches.

Il sort deux verres, va chercher une bouteille de vin blanc au réfrigérateur et lève un sourcil quand Pierre lui demande plutôt un café.

Les deux hommes sourient, c’est apparemment une blague habituelle entre eux deux. Pierre boit une immense tasse de café tandis que Lucien sirote un ballon de vin blanc, accompagné de biscuits secs tirés d’une vieille boite en fer.

Lucien n’est finalement pas fâché du divorce de son neveu, qui s’est rapproché de lui quand il a obtenu ce logement de l’hôpital, un peu plus loin, dans les immeubles le long des quais. Vieux célibataire sans enfant, voir son neveu et sa fille égaie ses vieux jours. Lucien fait de son mieux pour être un « tonton » des plus agréables. Il endosse même le rôle de grand-père de substitution, quoique tardif, pour sa petite-nièce Léonie, qu’il adore.

 

Ce matin-là, il était affairé à nettoyer ses deux fusils de chasse sur la table de salle à manger, au milieu de boites de cartouches, de flacons d’huile et de chiffon « non pelucheux » comme il précise.

« Tiens gamin, zou ! révision, tu vas me démonter et nettoyer le fusil à pompe » propose-t-il à son neveu.

 

*

 

Léonie rejoint une camarade de classe au coin de la rue tandis que s’éloigne à vélo son père.

Estelle a fait sa rentrée en seconde comme elle, venant d’emménager avec sa « famille » dans le quartier du lycée. Elle aussi vit seule avec sa mère divorcée. Les deux adolescentes se sont tout de suite entendues, nouvelles dans ce lycée où tous se connaissaient déjà depuis les années collège. Leurs vies parallèles les amusent, puisqu’elles partagent les mêmes week-ends de visite chez l’autre parent respectif. « Les juges font du copier-coller pour les dates » dit Léonie. « Grave ! » répond Estelle en riant. Léonie part ce vendredi soir chez sa mère, après le lycée. Même si elle ne veut pas le montrer, pour éviter de faire de la peine à son père, elle est néanmoins contente de rejoindre sa mère. Comme elle sera finalement très heureuse de retrouver son père et sa chambre le dimanche soir. Les filles resteront en contact durant ces deux jours, par trois ou quatre applications de réseaux sociaux qu’elles partagent.

Estelle est prise d’une quinte de toux alors que les deux amies entrent dans le lycée. « Ça va ? Dis donc, ça traine grave ton truc » remarque Léonie.

« Oui, ma mère m’a emmenée chez le médecin hier soir, il a dit que je n’ai pas de fièvre et que ça se termine… j’ai eu droit au sirop dégueu’ quand même, le truc vert couleur morve » répond Estelle en souriant.

« Je ne te fais plus la bise de la journée ! » affirme Léonie en riant.

 

Rhinite, peu ou pas de fièvre, toux, nez qui coule ou pas, maux de gorge ou non, les tableaux sont plutôt « bâtards » comme le disent beaucoup de médecins généralistes.

Les consultations pour cette épidémie de rhume qui court sont nombreuses, mais pas plus qu’à l’ordinaire, à la même époque de l’hiver. L’ennemi du moment reste la grippe, la vraie, avec forte fièvre et atteinte pulmonaire.

C’est celle-là qui est surveillée, il existe un réseau officiel de suivi de l’épidémie. Le « gros » serait passé en Ile-de-France selon les autorités sanitaires.

Peu de médecins font des prélèvements pour ce rhume, dont la plupart des patients atteints ne consultent même pas. Lavages de nez, paracétamol si besoin, les Français pratiquent l’auto-médication, encouragée par les autorités tant que les « symptômes ne persistent pas » selon la formule consacrée.

Les Français, les Allemands, les Belges, les Européens, les Chinois, les Russes, les Américains, les Africains, toute la planète donc, tous reniflent quelques jours sans s’inquiéter. Même dans l’hémisphère sud un rhume d’été n’interpelle pas vraiment. « Il » n’est pas méchant.

En fait ce virus qui semble presque anodin a fait le tour de la planète en 55 heures selon un chercheur indien de troisième cycle, qui s’en tient à l’étude des symptômes, sans connaître encore l’identification du virus en question. Quelques laboratoires devraient étudier les rares prélèvements envoyés.

Ce que le « thésard » n’a pas vu, c’est l’extrême contagiosité du virus. Ceux qui y échappent sont rares, et ce virus est masqué, caché, au sein de milliers d’autres virus responsables du rhume.

Chaque hiver, les virus déclenchant un rhume sont tellement nombreux qu’il est possible pour un même individu d’en subir plusieurs, dont seuls ceux qui durent plusieurs jours laissent un souvenir. Les autres sont enrayés assez vite par l’organisme.

Pour le chercheur, en appliquant ses modèles comportant de multiples virus en circulation simultanément, la probabilité qu’un seul agent pathogène infecte l’ensemble de la population mondiale en moins de cent heures est très faible.

Ce virus progresse donc de façon invisible, au milieu des autres maux de l’hiver.

Très contagieux, il n’a que peu d’effets immédiats, encore une raison de ne pas s’en inquiéter. C’est là où réside sa dangerosité : cette première infection n’en est pas une, c’est seulement la phase à peine visible de l’incubation.

C’est un virus très contagieux dans sa première phase quasi bénigne, puis il entre en incubation, pendant trois à quatre semaines.

 

Plus tard les rares équipes ayant commencé à travailler sur lui, ou plutôt, contre lui, le nommeront Hadès.

Hadès, le Souverain des enfers dans la mythologie grecque, est porteur d’un casque merveilleux qui le rend invisible à tous, autres dieux ou humains mortels.

Hadès est surnommé « celui que l’on ne voit pas », caché dans la multitude, attendant dans l’ombre que la mort frappe, et surtout, Souverain des enfers.

 

*

 

En voiture un jeune homme assis à l’arrière d’une berline du gouvernement lit une note de synthèse rédigée par sa secrétaire.

 

… L’expérience en pandémie mondiale récente est la gestion du SRA, Syndrome Respiratoire Aigu de 2003.

Le virus SARS. CoV avait été classé niveau 3+ par l’OMS ; plusieurs équipes mondiales étaient parvenues à son identification complète, génome séquencé, en quelques semaines.

Des traitements avaient été testés, certains avec succès. La pandémie mondiale avait été circonscrite, les pays développés qui avaient connu quelques cas, le plus souvent des soignants contaminés, avaient déroulé leurs mesures de prises en charge : Ambulances dédiées, escortées par des motards, services spécialisés, patients isolés, tous ces moyens étaient possibles pour appréhender quelques cas, mais pas des milliers, ni des millions.

Les autorités sanitaires redoutant justement de se trouver à moyens dépassés par une épidémie majeure entreprirent des actions préventives : dépistages aux aéroports des voyageurs présentant de la fièvre, un marqueur de l’infection, annulation des longs courriers vers certaines destinations, puis prophylaxie par vaccination de la population. Des milliers de doses furent préparées à la hâte, pour se révéler être inutiles, l’épidémie ayant été circonscrite en quelques semaines.

En France, même les programmes scolaires avaient été enregistrés pour permettre leur diffusion à la télévision en cas de confinement de la population.

Beaucoup de gouvernements européens, dont le nôtre, furent taxés d’alarmistes dans leur gestion de la crise, et plusieurs programmes d’analyse de cette gestion ont été déployés dans les années qui suivirent.

De nombreux malades infectés en réchappèrent avec un traitement adéquat. Le taux de contamination a permis de réagir et de développer des réponses sanitaires efficaces.

La gestion de cette réponse fut réévaluée en France, avec la création en 2016 de l’Agence Française de Santé Publique, chargée de la coordination des alertes sanitaires et de leurs traitements.

Partenaire incontournable de cette agence, le Service de Santé des Armées s’est vu confier dès 2008 la réalisation d’une mission particulière, en marge de la protection des populations et des forces armées.

L’État souhaitait se doter d’un moyen de fonctionnement protégé en cas d’une crise sanitaire majeure. Le palais de l’Élysée ne fut pas retenu, trop difficile à sécuriser.

Le problème était de disposer d’un site pouvant accueillir la Présidence, muni d’une chaine de décontamination type NRBC 1, de locaux de quarantaines ; une place facile à défendre et protéger de toutes intrusions extérieures, autonome en cas de besoin, pouvant accueillir des hélicoptères et proche de Paris.

Le château de Vincennes fut proposé par l’état-major.

Mais pour sécuriser un tel lieu, monter et faire fonctionner une chaîne de triage des malades et de décontamination type NRBC, encore faut-il s’assurer de disposer du personnel formé, en nombre suffisant, et surtout « sain », c’est-à-dire dont il est certain qu’il soit exempt de tout risque d’avoir été contaminé lui-même.

C’est à ce moment-là que le Groupement Pandémie a été créé. Classé Secret-Défense dès sa naissance, le GP-Vincennes comme il est nommé par les militaires a été monté à partir de personnels du Service de Santé des Armées et de l’Armée de Terre. Son effectif varie selon les départs et les recrutements entre 180 et 200 femmes et hommes.

 

En voiture, le jeune homme plie la feuille en trois et la range dans une poche de sa parka chaude. Encore une recommandation de sa secrétaire, « une vraie maman ! » dit-il tout bas en souriant

Le Groupement Pandémie

Dans son bureau le Colonel Constant répond à l’interphone de son ordonnance :

– Le conseiller de l’Élysée est arrivé mon Colonel.

Un homme d’une trentaine d’années entre dans le bureau du militaire, qui se lève et vient lui serrer la main. Régulièrement il est chargé par l’état-major de « faire la visite » à des conseillers civils de la Présidence, le château de Vincennes étant une des bases de repli du Président, selon les circonstances.

Il est cette fois question de présenter le Groupement Pandémie, comme chaque année au moment de la période grippale. Le colonel sourit chaque fois à l’appel du chef d’état-major du Président, qui lui annonce la venue d’un nouveau civil à informer, toujours en hiver.

Le colonel commence son exposé dans son bureau, au chaud, avant de poursuivre par une petite visite sur le terrain, le Fort-Neuf et ensuite les froides et vieilles pierres du château. À chaque fois ces civils sont frigorifiés et repartent bien rapidement.

Celui-là est bien couvert, remarque le colonel, qui commence son discours sans s’attarder sur les préambules de politesses, d’un débit très rapide.

– Le Groupement Pandémie des Forces Armées Françaises est situé au Fort-Neuf de Vincennes, base militaire jouxtant le château médiéval, l’ancien fort donc. Il regroupe environ 180 personnels, répartis en trois groupes, numérotés de 1 à 3, de 60 femmes et hommes. Dans chacun, l’effectif optimum de fonctionnement est de 50 soldats, sélectionnés parmi les 60 de son groupe. La mission de ces détachements est de prendre possession du château médiéval de Vincennes en cas de crise sanitaire ou d’attaque biologique, afin d’en faire une base opérationnelle pour les autorités dirigeantes civiles et militaires. Le but est de créer au sein des murs épais, défendus par des douves profondes, un ilot contrôlé, isolé de tout risque de contamination biologique, et où le personnel entrant pourra être évalué, décontaminé si possible, ou refoulé le cas contraire, voire placé en quarantaine. Le château étant déjà la solution de repli de l’Élysée dans le plan d’évacuation lors des crues centenaires, il dispose de toutes les commodités de communications sécurisées. « Rien ne sort et on contrôle tout ce qui rentre, sinon on tire » est la phrase privilégiée de nos sous-officiers pour résumer la mission. Pour garantir que les Groupes Pandémie soient exclus de tout risque intrinsèque de contamination virale non maitrisée ou inconnue, une rotation des effectifs a été mise en place, explique le militaire.

Le conseiller écoute attentivement, pas du tout perdu par les explications rapides. Le colonel est étonné, d’habitude il ne peut tenir son propos sans avoir été déjà interrompu trois fois à ce stade des explications. Il se lève et montre un plan de la base sur le mur.

– Dans le Fort-Neuf, trois bâtiments éloignés les uns des autres, tous parfaitement autonomes bien sûr, accueillent chacun un groupe, à quinze jours d’intervalles. Le groupe 1 entre dans un bâtiment pour un mois, puis le groupe 2 investit le second 15 jours plus tard. Quand 15 autres jours plus tard le groupe 3 prend ses quartiers, le groupe 2 n’est qu’à la moitié de son séjour, et le groupe 1 achève son immersion d’un mois. Ainsi les trois groupes tournent, enchaînant 15 jours de repos puis un mois en immersion, avec en permanence un chevauchement de deux groupes en immersion, comme vous pouvez le voir sur ce diagramme.

Le jeune conseiller se lève et étudie le planning, hochant la tête en connaisseur. Il sourit et s’adresse au militaire.

– Poursuivez Colonel Constant, je vous en prie.

– Immersion, le terme est emprunté volontairement aux sous-mariniers, car comme eux, les soldats des Groupes Pandémie sont littéralement coupés du monde durant un mois. En fait, le mot juste est « isolés », car toutes les nouvelles du monde leur parviennent, c’est même une obligation. Mais durant un mois, l’air qu’ils respirent, l’eau qu’ils boivent, les déchets qu’ils produisent, sont filtrés et sous contrôle. Durant leurs 15 jours de repos, chaque groupe prépare ses provisions en vivres et matériels pour entrer à nouveau en immersion. Ainsi avec un mois en quarantaine, nos experts ont estimé qu’en cas de pandémie ou d’attaque biologique, 50 à 100 hommes seraient sains de toute contamination extérieure possible.

Le colonel emmène le civil à travers la base, lui montrant un premier bâtiment.

– Dans chaque bâtiment les personnels disposent de toutes les ressources pour mener à bien leur mission : armes, munitions, tenues, sacs étanches, vivres, eau, matériels sanitaires. Seuls les véhicules sont garés en dehors des bâtiments, puisque conduits en tenues NRBC. Les bâtiments possèdent une cantine, des chambrées, une salle de sport, une armurerie, une infirmerie et une salle de commandement. Le personnel est averti qu’en cas de maladie grave, même au pronostic vital engagé, il appartient à l’officier responsable en lien avec le médecin militaire de décider ou non de l’évacuation du personnel.

– Et si quelqu’un est malade avant d’entrer, il risque de contaminer tout le groupe ? demande le conseiller.

– Chaque soldat passe un contrôle médical avant toute entrée en immersion, d’où une réserve de 10 soldats par groupe. À l’intérieur, les isolés sont en lien direct avec tous les canaux d’information civils et militaires. Ils peuvent être saisis de leur mission par le Président, le chef d’état-major des Armées, ou le chef de Corps du Groupement Pandémie, moi en l’occurrence.

– Avez-vous déjà déclenché une alerte ?

– À ce jour aucune alerte réelle n’a été déclenchée, mais plusieurs exercices ont été menés grandeur nature. Ces exercices ont été effectués par chaque groupe, à sa sortie d’immersion. Une fois le groupe « montant » installé, le groupe « sortant » ayant été retardé procédait à sa mission d’exercice : balles à blanc, masques à gaz à cartouche filtrante de formation, mais tenues NRBC réelles, été comme hiver. Durant leurs quinze jours de « repos » les groupes parcourent l’ensemble du château de Vincennes, en armes, afin de se familiariser avec tous les recoins de la bâtisse médiévale. Les personnels du Service Historique des Armées voient généralement d’un mauvais œil que « nos gars » se promènent dans les collections Secret-Défense… Mais nos soldats ont un degré d’habilitation très élevé, comme l’a rappelé un jour le chef d’état-major en personne au directeur, dit le militaire avec un petit sourire.

– Oui j’imagine. Comment se passe un exercice ? Je croyais que le château n’était plus qu’un musée, dit le jeune conseiller.

Le militaire sourit franchement cette fois, en guidant le civil dans la cour, en direction du donjon.

– Les exercices du Groupement Pandémie sont de deux types, le petit et le grand. Le grand impose que la simulation de l’évacuation du château en taille réelle soit réalisée, ce qui est bien moins discret que le petit exercice qui généralement a lieu la nuit ou aux heures de fermeture du site aux civils, car ce fleuron de la royauté, est également un lieu de recherche et un musée national en effet. Mais il est avant tout un terrain militaire. Au lancement de l’alerte, le Groupe Pandémie saisi s’équipe et se prépare à sortir en tenue NRBC de son bâtiment sous une heure. Durant cette heure, selon la procédure du grand exercice, un détachement d’infanterie du Fort-Neuf prend possession de tous les points d’entrée du château, et en interdit l’accès. À l’intérieur l’ordre d’évacuation immédiat est donné, les civils sont raccompagnés vers la sortie principale, tandis que les gardes intérieurs contrôlent que l’ensemble du site est évacué, toilettes comprises. Des patrouilles mobiles tournent autour du château, la gendarmerie et la police municipale de Vincennes bloquent les routes aux alentours, l’Avenue de Paris comprise. En une heure le site doit être entièrement vidé de tous ses occupants. Une heure après le déclenchement de l’alerte, le Groupe Pandémie saisi sort avec son matériel et monte dans ses véhicules prépositionnés par le service de maintenance et de mécanique du Fort-Neuf. Les cinquante femmes et hommes s’installent dans 9 véhicules, 6 VAB, (Véhicules de l’Avant Blindés) et 3 camions de transport type GBC 180. Les véhicules sortent du Fort-Neuf et pénètrent dans le château médiéval par la Tour des Salves, dont le pont a été consolidé pour supporter le passage des engins de 15 tonnes. Les VAB équipés de mitrailleuses vont se répartir aux points d’entrée du château, et le quatrième stationne près du donjon. Des équipes de deux à trois soldats vont se positionner sur les points hauts du château, sur le donjon et les tours d’angles. Ils sont équipés de fusils de sniper, d’une mitrailleuse lourde et rendent compte par radio au VAB PC. Pendant ce temps, le reste des soldats se partage en une équipe de montage de la chaine de décontamination, tandis qu’une autre répand des aérosols virucides et bactéricides dans l’ensemble du château.

– Cela prend longtemps ? interroge le conseiller, très attentif.

– La planification prévoit un temps de 6 heures pour traiter l’intégralité du site et 6 heures d’attente de dissipation des gaz. Durant douze heures, le groupe Pandémie restera en tenue NRBC pour les personnels se rendant à l’intérieur des bâtiments. Le détachement extérieur assurera la sécurité pendant les opérations de préparation du site.

Le militaire et le civil parviennent à l’arrière des bâtiments de la billetterie.

– Dans cette partie inaccessible aux visiteurs civils, sont stationnés ces conteneurs scellés avec le matériel de la chaine de décontamination, du bloc opératoire de campagne, des pompes filtrantes et des conduites d’évacuation des eaux usées à raccorder au réseau de ville. Le château possède ses propres groupes électrogènes, pris en mains par le Groupe Pandémie. Il est prévu qu’à la quinzième heure le site puisse accueillir les premiers membres du pouvoir politique pour procéder à leur intégration au site. Selon l’évaluation de la menace, les personnes à accueillir seront divisées en trois groupes : les sains, placés dans le Pavillon du Roi après décontamination et habillage ; les « quarantaine » en contact avec l’agent pathogène mais non malades, isolés dans le Pavillon de la Reine ; enfin les « malades », qui seront placés sous tente sur le parvis du château, pris en charge par une équipe médicale mobile de l’Hôpital Bégin, à charge pour eux d’être installés dans les quinze heures.

– Donc aucun habitant du secteur ne pourra être accueilli ici, j’ai bien compris Colonel ?

– Toute personne découverte lors de la décontamination devra être expulsée au plus vite et toute tentative d’intrusion sera « traitée » par un premier avertissement, puis par un tir de sommation et enfin par un tir de neutralisation, avant toute intrusion sur le site.

– Un tir de neutralisation ? À balles réelles, vraiment ? interroge le conseiller

– Il est clair pour les soldats engagés, que les civils seront nombreux à vouloir bénéficier de ce dispositif de sauvegarde, bien qu’il soit réservé aux autorités de gestion du pays, dont vous faites partie cher monsieur, dit le colonel d’un air entendu.

Quand le conseiller regagne sa voiture avec chauffeur de l’Élysée, il tousse et se mouche.

Le colonel le regarde monter à l’arrière et marmonne en regagnant son bureau :

– Ça y est, il s’est enrhumé… pfff les civils !

Le Déclenchement

Le lendemain du jour où le jeune voleur à l’arraché est décédé, a été appelé « le déclenchement de la pandémie virale Hadès » par l’OMS. En quelques jours les survivants ne parlèrent que du Déclenchement, ou de J-zéro.

Un journal satirique hebdomadaire qui parut la semaine de J-zéro titra « Hadés-clenchement ». La plupart des rares exemplaires parvenus aux kiosques encore ouverts ne trouvèrent aucun acheteur.

Au niveau mondial, outre les décès précoces intervenus la veille, ce qui commence à alerter les services sanitaires est une augmentation du trafic des télécommunications. Les appels téléphoniques se multiplient, les écoles et les crèches préviennent les parents que leurs enfants sont malades, les employés appellent leurs entreprises pour se déclarer inaptes. Les médecins généralistes sont sollicités de toutes parts, les hôpitaux voient affluer un nombre inhabituel de consultants.

En Australie, en plein été, les plages sont vides.

Les premiers vols internationaux sont déroutés pour plusieurs passagers malades, déclenchant des mesures contre-terroristes. Sur l’Aéroport de Moscou les militaires encerclent un avion sur le tarmac, attendant en vain une revendication d’hypothétiques preneurs d’otages. Dans le cockpit les deux pilotes sont morts.

Les premières alertes internationales sont lancées par l’Union Européenne, à midi heure de Paris, relayées par le CDC d’Atlanta cinquante minutes plus tard. En France, le SAMU et les Pompiers de Paris font remonter à 9 h 17 l’information d’une augmentation vertigineuse des interventions, pour des détresses respiratoires massives associées de fièvre. Devant le caractère national des messages d’alarme des acteurs sanitaires, l’acte terroriste est vite écarté, au profit d’une infection virale généralisée.

Le pire du scénario se profile quand un certain nombre d’hôpitaux font part du trop fort taux d’absences du jour. Les personnels soignants sont touchés par l’infection avant même d’avoir rencontré leurs premiers malades.

L’Agence Française de Santé Publique réagit très rapidement et déclenche tous les plans d’alerte pandémie en réserve à 10 h 30. Son directeur avertit de la catastrophe en cours l’Hôtel Matignon, qui le redirige vers l’Élysée, le Premier Ministre étant en visite sur un navire militaire en Méditerranée.

Les hôpitaux et les services d’urgence devenant saturés sous le nombre croissant de patients, et de décès, la Présidence et le gouvernement déclenchent une mesure de confinement général de la population, ordonnant à chacun de rentrer chez soi, et d’écouter les consignes diffusées par les médias. Il est alors 12 h 35.

 

Dès 11 h 11 le chef d’état-major avait alerté le Groupement Pandémie du Fort de Vincennes, déjà préparé sur l’ordre de son Chef de Corps. Les premiers malades au sein du Groupe 3, en période de repos au Fort-Neuf, avaient suffi à faire prendre conscience de l’ampleur du phénomène.

Le Groupe 2 pénètre dans le château à 11 h 39, alors que l’évacuation des rares personnels présents est en cours.

La garde interne au château quitte le site par le pont-levis principal à 11 h 56, emportant avec elle trois corps sur des civières.

La circulation automobile autour du château n’est pas interrompue par manque des effectifs de gendarmerie et de la police municipale, occupées à gérer les mouvements de panique.

Les rumeurs les plus folles circulent sur les réseaux sociaux, encourageant les gens à fuir à la campagne, occasionnant des kilomètres de bouchons autour des grandes villes.

Les premiers pillages ont lieu, les premières rixes.

Comme les personnels de santé, eux-mêmes touchés dans leurs effectifs, la police et les militaires font eux aussi face à un manque de ressources. Chacun tente de rentrer récupérer ses enfants par tous les moyens, et les appels au calme n’y font rien. Les chaines d’informations montrent que la crise est mondiale, accroissant en cela la panique, le sentiment d’insécurité. Des pharmacies sont pillées, prises d’assaut pour voler des antiviraux dont les noms circulent sur internet.

Le chaos est total dès le début de l’après-midi.

Le groupe Pandémie numéro 2 commence les opérations de désinfection du château à midi.

Dans le VAB-PC, le commandant Charles supervise les opérations. Il ordonne à ses hommes d’armer leurs fusils HK416, cartouche engagée et cran de sécurité positionné. Tous transpirent sous les tenues NRBC. Les cartouches filtrantes des masques à gaz limitent la vitesse de progression des équipes de désinfection. La respiration est limitée à un volume maximum d’air, incompatible avec un effort trop soutenu.

 

À midi, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, en pleine tourmente, deux gendarmes se présentent au laboratoire de virologie. Ils portent des masques FFP2 de protection, comme la plupart du personnel soignant et des malades en attente. Stéphanie a pris soin d’en faire distribuer à tous les malades entrants et au personnel, dès le début de matinée, à la remontée des premiers cas.

Les deux gendarmes montrent une photographie de Stéphanie à l’entrée du laboratoire, fermé à tous visiteurs. Un agent les conduit en salle de réunion de crise. Les gendarmes informent Stéphanie de sa réquisition pour le programme Pandémie.

Stéphanie avait oublié qu’elle avait effectivement été associée à un programme plus ou moins secret du Service de Santé des Armées à sa nomination comme Praticien Hospitalier. L’hôpital devait proposer des experts, c’est la petite dernière arrivée qui avait été désignée, sans trop vraiment savoir « ce qui en retournait ». C’était il y a 8 ans, se souvient Stéphanie, elle avait reçu régulièrement un questionnaire de renseignements à tenir à jour, ce dont elle s’était acquittée très scrupuleusement.

« Non mais vous vous rendez compte de ce qui se passe ici et partout ? ! » s’énerve un autre médecin contre les deux gendarmes.

L’un porte un fusil d’assaut en bandoulière.

« Oui, c’est pour cela que nous venons chercher madame, elle est attendue à la cellule de gestion de crise. Vous vous passerez d’elle. Prenez vos affaires Docteur, nous vous emmenons », répond le gendarme en déboutonnant l’étui de son arme de poing. Dans la pièce le silence est de mort. Stéphanie se lève et part dans son bureau, suivie des gendarmes. Dans la salle de réunion la cacophonie reprend plus fort, pleine de protestations et… de toux.

Stéphanie est en civil avec son sac à main et son sac de garde, toujours prêt dans son vestiaire.

Le gendarme lui place un thermomètre frontal, annonce 37, et lui demande de les suivre