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Au cours d’un dialogue riche et stimulant, Kamlesh Patel répond aux questions de Joshua Pollock sur les multiples aspects de la recherche spirituelle, et partage 40 ans d’engagement, d’expérience, de compréhension et de découvertes dans ce domaine.
Dans un style très direct, il explique ce qu’est la méditation, pourquoi méditer, et ce qui fait la particularité de l’approche Heartfulness: le rôle dynamique et central du cœur, la technique de la régénération et l’efficacité de la transmission yogique...
Heartfulness, c’est avant tout une invitation à passer de la pensée au ressenti, de la complexité du mental à la simplicité du cœur. Par son contenu pratique, ce livre permet de faire l’expérience d’une méthode simple et accessible qui a transformé la vie et la conscience de millions de gens.
À PROPOS DES AUTEURS
Kamlesh Patel est le guide spirituel et le responsable international Heartfulness. Son enseignement, fruit de décennies de recherche dans le domaine de la spiritualité, associe l’expérience pratique, la réflexion philosophique et les récentes découvertes scientifiques. Auparavant, il a travaillé à New York comme pharmacien pendant plus de trente ans.
Joshua Pollock, originaire des États-Unis, est formateur et praticien Heartfulness de longue date. Violoniste, il se produit et enseigne au niveau international. Il a par ailleurs collaboré avec le compositeur de musique de film A.R. Rahman, lauréat d'un Oscar pour la bande-originale de Slumdog Millionnaire. Il vit aujourd'hui en Inde.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
Nous ne savons jamais ce que la vie nous réserve, ce qui nous attend au coin de la rue, et cela fait partie intégrante du mystère et de la beauté de la vie. J’ai reçu de nombreuses bénédictions au cours de mes six décennies sur cette Terre, et l’une d’elles m’est venue alors que j’étudiais la pharmacie à Ahmedabad en Inde, en 1976. Grâce à un de mes copains étudiants, j’ai découvert la méditation Heartfulness. Et quelques mois plus tard, je me trouvais face à l’homme remarquable qui est aussitôt devenu mon premier guru et m’a guidé dans cette pratique. Il s’appelait Ram Chandra, et nous l’appelions Babuji.
L’effet de ma toute première méditation Heartfulness fut si profond qu’il était clair que j’avais trouvé ma direction et mon ancrage dans la vie. Mais l’effet de la rencontre avec Babuji alla même au-delà – ce fut quelque chose de si précieux, de si subtil dans son essence que cela dépasse toute description. Bien que depuis lors des univers et des dimensions se soient ouverts dans mon monde intérieur, cela ne représente qu’un aspect de ce qui s’est développé au cours de ces quarante dernières années. Plus merveilleuse encore est la richesse des qualités qui se sont manifestées au quotidien grâce à la pratique Heartfulness – l’amour, l’acceptation, l’humilité, le service, la compassion, l’empathie, et un but supérieur à l’existence.
Tout commence par le simple fait de méditer. On ne nous demande rien de spécial – nous sommes simplement assis, calmes, les yeux fermés, focalisant notre attention sur la Source de toute existence, dans notre cœur. Si nous parvenons à approcher le moment de la méditation avec l’innocence et l’émerveillement de l’enfant, notre univers intérieur se déploie naturellement devant nous. En méditant sur le cœur, nous explorons et faisons l’expérience du plus simple et plus pur aspect de notre existence – notre âme. Car tout ce qui la concerne est parfaitement naturel.
Les pratiques Heartfulness décrites dans ce livre nourrissent notre âme, enlèvent le chiendent et la boue qui la dissimulent, et libèrent cette étincelle d’innocence enfantine et cet émerveillement qui donnent tout son sens à la vie. Parallèlement, il nous faut vivre jour après jour dans le monde du stress urbain, des salaires et des hypothèques, des carrières et des relations. Les pratiques Heartfulness nous aident à simplifier nos interactions et à conduire notre vie quotidienne de manière enrichissante et épanouissante.
Si l’on vous disait qu’il existe un moyen pratique de transcender la souffrance et de prendre votre envol dans un ciel d’espoir et de plénitude, seriez-vous intéressé ? C’est précisément ce qu’offre Heartfulness – non pas en éliminant les problèmes ou en les écartant, mais en nous transformant de l’intérieur pour que nous puissions voir le monde avec un regard neuf, sans les filtres de nos limitations.
Dans la voie Heartfulness, nous explorons et nous élargissons notre conscience, et nous allons même au-delà, à la découverte de notre véritable potentiel. J’espère que vous prendrez plaisir à lire ce livre et mettrez à profit ce que j’ai appris jusqu’ici au cours de ce voyage qu’est la vie.
Kamlesh Patel, juin 2018
En août 2015, alors que je me trouvais dans mon bureau à Chennai, en Inde, ma femme est entrée avec mon téléphone. « C’est Kamlesh. Il appelle d’Europe », me lança-t-elle en riant. Apparemment, notre petite fille de deux ans avait répondu et avait eu sa propre conversation avec lui avant que ma femme s’en aperçoive. Quand j’ai pris le téléphone, il m’a dit : « J’aimerais que tu écrives un livre sur la méditation. » J’ai tout de suite accepté, non sans une certaine appréhension. Kamlesh, qui médite depuis plus de quarante ans et guide des chercheurs dans le monde entier, me paraissait bien plus qualifié pour écrire un livre sur le sujet.
Quand nous nous sommes rencontrés quelques semaines plus tard, je lui ai dit : « C’est plutôt vous qui devriez écrire ce livre. »
Il a ri et répondu : « Nous l’écrirons ensemble. »
Au cours des deux dernières années, nous avons eu de nombreuses discussions sur toutes sortes de sujets, en Inde et aux États-Unis. Ce livre est la chronique de nos conversations.
Adolescent, ma fascination pour les livres avait très tôt éveillé mon intérêt pour la spiritualité. J’étais persuadé qu’en cherchant assez longtemps dans l’énorme bibliothèque de mes parents, je trouverais un texte obscur et ésotérique qui me révèlerait tous les grands secrets de l’univers.
J’ai d’abord rencontré le Tao Te Ching, écrit par le sage Lao Tseu, une grande référence. Ce texte m’a fasciné par sa simplicité et sa sagesse, et a véritablement attisé la flamme de l’aspiration spirituelle dans mon cœur. Cela m’a conduit à parcourir les écrits des bouddhistes, des taoïstes, des soufis, des chrétiens et de bien d’autres. J’ai lu Aristote et Saint Augustin, Emerson et Épicure. Peu à peu, j’ai compris qu’à travers toutes mes lectures, je n’avais appris que les expériences et les idées des autres. Et les miennes ? Jusque-là, toutes mes connaissances étaient restées abstraites. Je m’étais familiarisé avec d’innombrables idées spirituelles, mais de manière livresque. J’avais rencontré tant de termes – éveil, satori, samadhi, illumination. J’avais besoin de découvrir par moi-même ce que ces concepts signifiaient, et je savais que cela exigeait une approche pratique.
Je me suis alors lancé dans une course folle à travers diverses pratiques. J’ai suivi des cours de méditation, essayé le yoga et étudié les arts martiaux. Un jour, j’ai rencontré un célèbre maître zen. Quand il m’a regardé, je n’ai pu que bégayer : « Je n’ai jamais rencontré de maître auparavant. »
« Mais cela t’arrivera ! » a-t-il répondu.
À cette époque, je méditais déjà quotidiennement – sans trouver la méditation très satisfaisante. C’était une véritable lutte, une chose difficile et fastidieuse. Après quelques années de recherche, mon enthousiasme a commencé à faiblir. Finalement, j’ai abandonné ma quête, me retrouvant les mains vides et légèrement désabusé.
En août 2002, alors que j’attendais devant un magasin de mon quartier, j’ai rencontré une étrangère. Au cours de notre conversation, elle m’a appris qu’elle pratiquait une forme de méditation appelée Sahaj Marg (qui signifie « voie naturelle » en hindi), connue aussi sous le nom de Heartfulness. Elle en parlait comme si cette méthode avait complètement changé sa vie.
Malgré ma curiosité, je restais légèrement sceptique. Ma propre expérience avait été très différente, et j’étais immunisé contre toute allégation concernant la méditation. Je me disais que je n’étais sans doute pas fait pour méditer. De plus, j’étais persuadé qu’une véritable voie ne pouvait pas se découvrir si facilement. Chercher un enseignant compétent signifiait pour moi faire un trekking dans les profondeurs de l’Himalaya ou dans un autre endroit reculé. Quelles chances avais-je de trouver une voie authentique lors d’une rencontre fortuite dans la rue ? Mais une petite voix me soufflait : « C’est possible… »
Un matin de septembre, ma mère m’a appelé, en larmes. Ma petite sœur venait d’avoir un accident de voiture. Elle était inconsciente et on la conduisait à l’hôpital. Personne ne pouvait dire si elle allait vivre ou mourir, et j’étais à l’autre bout du pays. Je ne pouvais rien faire. Vers minuit, ma sœur est morte, à l’âge de seize ans.
C’est un de ces moments où l’on a tendance à rechercher un sens, une spiritualité, de l’espoir. J’avais déjà cherché et n’avais rien trouvé. Malgré tout, j’ai décidé d’organiser une rencontre avec un formateur Heartfulness nommé Brian Jones. Brian est un artiste professionnel. Nous nous sommes rencontrés dans son atelier, rempli de peintures à différents stades d’exécution. En buvant un café, j’ai été impressionné d’apprendre que tous les formateurs Heartfulness étaient bénévoles et qu’aucun d’eux n’acceptait de rémunération. Brian m’a ensuite invité à passer dans une pièce voisine pour méditer, ou plutôt me donner un « sitting », comme il l’appelait. Il m’a fait signe de m’asseoir sur une chaise et a pris place sur un siège en face de moi. Il m’a expliqué comment méditer sur le cœur, ajoutant que son rôle serait simplement de méditer avec moi et que cela faciliterait ma propre méditation. Il m’a ensuite demandé de fermer les yeux et m’a dit : « Commence, s’il te plaît. »
Il est difficile d’expliquer ce qui a suivi. C’est bien plus tard que j’ai compris que j’avais eu un aperçu du samadhi – un état de profonde équanimité intérieure, où l’on dérive au-delà de soi, au-delà de l’ici et maintenant, au-delà de tout. Quand Brian a interrompu la méditation en disant : « C’est tout », j’ai eu l’impression d’être arraché à l’éternité.
Nous sommes restés en silence dans le calme post-méditatif, profitant de ce moment de détente tranquille. À cet instant, j’ai su que j’avais vécu une chose unique – une chose dont j’avais eu soif toute ma vie. Je ne savais pas ce qu’était cette « chose », mais pour la première fois, mon cœur était parfaitement joyeux et en paix. Plus tard, j’allais apprendre que cette expérience avait été suscitée par ce qu’on appelle la « transmission yogique ».
La voie Heartfulness est une méthode complète qui comporte trois pratiques de base : la méditation, le nettoyage ou régénération et la prière. Ces trois pratiques sont soutenues par la transmission yogique, qui est l’essence même de l’approche Heartfulness et la clé de son potentiel transformateur.
Par la méditation, nous passons de la complexité du mental à la simplicité du cœur. Car tout commence avec le cœur. Quand le cœur est en paix, le mental est au repos. Quand le cœur est content, le mental acquiert la perspicacité, la clarté et la sagesse. Nous croyons souvent que le cœur et le mental sont deux entités distinctes, souvent en conflit. Dans la méditation Heartfulness, nous utilisons le cœur pour réguler le mental, ce qui les mène tous deux à l’équilibre et à l’harmonie. Les deux entités se rejoignent dans une union méditative, et nous voilà entiers.
La méthode du nettoyage nous libère des diverses tendances mentales et émotionnelles qui souvent dominent notre vie. Grâce à ce nettoyage, nous purifions notre cœur en nous débarrassant de notre lourdeur intérieure, de nos tendances grossières et de nos désirs. Progressivement, notre nature authentique se révèle.
Dans la prière, nous affirmons notre connexion avec la Source spirituelle intérieure. L’acte de prier évolue vers un état de prière qui nous invite à nous unir à cette Source. Cet état crée une aspiration, un désir ardent, qui se transforme en une méditation profonde.
La pratique Heartfulness est apparue en Inde au début du 20e siècle. Son fondateur était un yogi nommé Ram Chandra, qu’on appelait Lalaji. Dès le début, celui-ci se montra ouvert et inclusif en acceptant des étudiants de toutes origines religieuses et sociales, ce qui était rare à son époque et dans son pays. Étant lui-même imprégné de traditions diverses, il les synthétisa et les adapta, créant ainsi une voie apte à servir une humanité de plus en plus modernisée. De nos jours, les chercheurs ont de multiples responsabilités et ne sont pas à même de se consacrer exclusivement à leurs aspirations spirituelles. Heartfulness propose une existence équilibrée et intégrée, où les aspects spirituels et matériels de la vie peuvent coexister harmonieusement.
Le successeur spirituel de Lalaji, qui se nommait également Ram Chandra, était habituellement appelé Babuji. Il perfectionna la pratique Heartfulness, l’amenant à sa forme actuelle et l’ouvrant aux chercheurs du monde entier. Le successeur de Babuji, Parthasarathi Rajagopalachari (Chariji), fut le troisième guide de la voie Heartfulness. À la mort de Chariji, le 20 décembre 2014, Kamlesh devint le quatrième guide de la lignée Heartfulness.
J’ai eu la chance d’avoir de nombreuses interactions avec Chariji, lorsque je me suis installé en Inde en 2008 pour y travailler. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, je me suis immédiatement souvenu de ce que le maître zen m’avait prédit des années auparavant. Mais j’ai compris plus tard que « rencontrer le maître » est quelque chose qui se passe à l’intérieur, plutôt qu’à l’extérieur.
Alors que je vivais en Inde, j’ai également fait la connaissance de Kamlesh, qui était mon voisin et le père d’un de mes amis. J’ai rapidement développé un grand respect et une grande affection pour lui. C’était l’un des êtres les plus authentiques et les plus terre-à-terre et réalistes que j’aie jamais connus. Je me souviens d’une situation où son fils avait remarqué qu’un des gardiens de notre immeuble semblait toujours malheureux. « Peut-être que la méditation lui ferait du bien ? » dit-il à son père qui répondit : « En ce moment, cet homme a plus besoin de pain que de Dieu. »
Kamlesh est né dans l’État du Gujarat, au nord-ouest de l’Inde, en 1956. Il a commencé à pratiquer Heartfulness en 1976, alors qu’il était étudiant en pharmacie. Après avoir obtenu son diplôme, il s’est installé aux États-Unis et a travaillé comme pharmacien à New York, tout en poursuivant sa pratique de méditation. En 2011, il a été officiellement désigné comme successeur spirituel de Chariji, ce qui s’est concrétisé le jour du décès de celui-ci.
Depuis lors, Kamlesh s’est entièrement consacré à ses devoirs spirituels, ce qui implique entre autres de diriger les activités de l’Institut Heartfulness et d’offrir un soutien continu aux chercheurs partout dans le monde. Il évite tout titre formel, mais beaucoup l’appellent Daaji, qui signifie « frère cadet du père » dans son gujarati natal. Cet ouvrage est une série de franches conversations entre Daaji et moi, dans lesquelles nous explorons la pratique et les principes de la méthode Heartfulness. Dans ces échanges, j’interroge Daaji sur toutes sortes de sujets. Certaines questions sont celles que j’avais en tant que débutant en méditation. D’autres m’ont souvent été posées dans mes activités de formateur Heartfulness. D’autres encore sont des questions qui me sont venues naturellement à l’esprit au cours de nos discussions.
Ce livre se compose de trois parties. La première examine la nature de la recherche spirituelle et démystifie la méditation et la transmission yogique.
La deuxième présente les pratiques principales de Heartfulness : la méditation, le nettoyage ou régénération et la prière. Elle alterne les connaissances de base et l’enseignement pratique. Chaque chapitre se termine par une marche à suivre qui nous guide dans ces pratiques simples. Des liens permettent d’accéder à des vidéos et à des enregistrements audio.
La troisième partie est une discussion à propos du rôle invisible mais vital du guru, et de son soutien dans notre voyage intérieur.
Heartfulness, la méthode est une invitation à faire l’expérience de la pratique simple qui a transformé ma vie et celle d’autres pratiquants Heartfulness dans le monde entier. Bien sûr, aucun livre ne pourra jamais nous transformer. Un livre peut nous apprendre la sagesse, mais il ne peut pas nous rendre sages. Un livre peut nous donner la connaissance, mais il ne peut pas nous faire faire l’expérience de sa vérité. Ce que ce livre offre est une méthode pratique qui a aidé de nombreuses personnes à découvrir cette vérité par elles-mêmes.
Nous avons beau chercher la spiritualité en divers endroits, la Source spirituelle ne peut jamais être trouvée à l’extérieur. Sa présence ne peut pas être comprise, elle ne peut être que ressentie. Et nous la percevons avec le cœur qui est l’organe du ressenti et du sentiment. Pratiquer Heartfulness, c’est chercher l’essence au-delà de la forme. C’est chercher la réalité derrière le rituel. C’est se centrer au cœur de son cœur et y trouver le vrai sens et la vraie satisfaction.
Le message de Daaji aux chercheurs est simple et direct : l’expérience est plus importante que la connaissance. Tout bon professeur le comprend. C’est pourquoi tant de formations proposent à la fois un cours magistral et un module de laboratoire. Daaji dit souvent qu’en cours on apprend les principes, et qu’en laboratoire on acquiert l’expérience pratique. Je vous invite à faire de votre propre cœur votre laboratoire et de la pratique Heartfulness votre expérience.
Dans toute expérience, il y a un expérimentateur, un sujet à expérimenter et un résultat. Dans l’expérience spirituelle, les trois rôles vous appartiennent. Vous êtes l’expérimentateur, vous êtes le sujet de l’expérience et vous en êtes le résultat. Dans cette expérience, il n’y a jamais d’aboutissement, mais un processus continu de découverte. Telles sont la joie et la merveille de Heartfulness.
Joshua Pollock
En entrant dans l’appartement de Daaji à Chennai, en Inde, je l’ai trouvé en train de se relaxer sur une balançoire intérieure. Alors que je m’approchais de lui, un sourire chaleureux s’est dessiné sur son visage.
– Comment vas-tu, mon frère ? m’a-t-il lancé en me tendant la main. Je me suis assis en face de lui. Un parent est sorti de la pièce voisine et m’a offert du thé. Daaji l’a arrêté.
– Donne-lui du café, il préfère ça.
C’était vrai.
Souvent, la première chose que les gens remarquent, à propos de Daaji, est cette aisance sereine en toute occasion. Une qualité rare qui semble toucher chacun. Ses mots sont bien choisis, mûrement pesés. Il se contente de dire ce qui est nécessaire à la transmission de l’essentiel. À l’auditeur d’explorer et de développer ensuite l’idée. Des périodes de silence ponctuent souvent son discours. Dans ces instants, on peut comprendre bien des choses – des choses plus importantes encore que ses enseignements. C’est une situation où l’on se sent dans une telle plénitude intérieure qu’on en vient à oublier toutes ses questions. Je craignais que cela m’arrive en interviewant Daaji ! Au contraire, j’ai découvert qu’une dynamique nouvelle s’établissait entre nous. Notre conversation s’est poursuivie sans relâche, et il a répondu à chaque question avec empressement et profondeur.
– Donc, tu es venu ici avec des questions, me dit-il.
– Oui, mais je commencerai par une seule : « Pourquoi méditer ? »
– Pourquoi pas ? rétorqua Daaji avec un sourire. Chacun aura une raison différente de le faire. Dans la vie, nos objectifs correspondent en général à nos besoins et à nos goûts personnels. Quelqu’un s’inscrira dans un fitness pour perdre du poids et quelqu’un d’autre pour se faire des abdos en plaquette de chocolat. Pourtant, tous deux fréquentent la même salle de sport. Lors de mes rencontres avec des pratiquants du monde entier, j’ai retrouvé certains schémas : les gens abordent la pratique méditative avec un large éventail d’objectifs. Beaucoup d’entre eux souffrent de leur mode de vie stressant et cherchent un moyen de se détendre. D’autres tentent de faire baisser leur tension artérielle. D’autres encore recherchent la clarté mentale ou un équilibre émotionnel. Mais après avoir médité un certain temps, ils commencent à récolter des bénéfices qui vont bien au-delà de ces objectifs. Ils découvrent souvent avec étonnement un profond sentiment de bien-être spirituel – un état qui s’exprime par une joie intérieure, et même de la béatitude. C’est comme si un affamé demandait un petit morceau de pain et qu’on lui offrait un banquet !
De plus, ces résultats sont palpables, immédiats. On peut les vivre après une seule méditation. Alors, si on répète l’expérience une deuxième, une troisième fois, et davantage… imagine l’effet cumulatif de ces multiples méditations !
– Mais la méditation répond-elle aussi à nos objectifs initiaux ?
– Oui, mais sans les cibler spécifiquement. La méditation normalise simplement l’état intérieur, quel qu’il soit. Une personne stressée dira que la méditation détend ; une autre, aux émotions perturbées, qu’elle l’apaise ; une troisième, pleine de colère et d’amertume dira qu’elle ouvre le cœur, qu’elle rend aimant.
La variété de ces réponses peut déconcerter, au point de se demander quel effet la méditation a réellement sur nous.
– Alors qu’est-ce qu’elle nous fait ?
– Elle crée du naturel. Au fur et à mesure qu’on avance vers le naturel, ce qui en soi ne l’est pas commence à disparaître. Il peut y avoir en nous mille variétés d’aspects « non naturels », mais il n’y a qu’un seul caractère naturel. En le trouvant, on résout un millier de problèmes.
Pourquoi méditer ? La réponse est complexe, parce que nos objectifs changent à mesure que nous progressons. La raison d’aujourd’hui diffère de celle de demain. Et c’est ainsi que ça doit être ! Au fur et à mesure que nous méditons, notre sagesse grandit. Nous comprenons mieux ce que nous sommes et ce que nous devrions être. La méditation est le véhicule qui nous emmène dans ce voyage infini.
– Si le voyage est infini, arriverons-nous un jour ?
– Où ça ? demanda Daaji en riant. Dès que tu te dis : « Ça y est, j’ai réussi », tu cesses de grandir. Tu cesses de bouger. L’évolution ne peut jamais prendre fin. On doit toujours être prêt à changer, prêt à passer à l’étape suivante, peu importe laquelle. Après l’avoir franchie, il faut être préparé et suffisamment flexible pour aller encore plus loin.
– Pourtant la littérature spirituelle regorge d’exemples de personnalités censées être devenues des êtres parfaits.
– Crois-tu qu’elles se définiraient ainsi ? En mathématiques, il existe ce qu’on appelle une asymptote. C’est une courbe qui se rapproche d’une droite, mais qui ne la rejoint qu’à l’infini. Elle s’en approche constamment, sans que les deux se rencontrent jamais. On peut comparer un aspirant très avancé à cette courbe. Il se rapproche toujours plus de la destination, sans jamais y parvenir. À tout instant, il est à la fois infiniment proche et infiniment éloigné du but. Pourtant, il ne cesse d’avancer. Tant que l’aspirant existe, le voyage est infini.
– Vers quoi avançons-nous ?
– Nous passons de l’égoïsme à l’altruisme ; du mental réactif au cœur réceptif ; de l’enfermement dans les replis de l’ego à notre libération de l’ego ; de l’ici et maintenant à l’existence éternelle et intemporelle ; de formes d’adoration à l’absence de forme ; de la contraction à l’expansion ; de l’inquiétude à la paix ; du superficiel à l’authentique ; de l’exigence à l’acceptation ; du déséquilibre à l’équilibre ; des ténèbres à la lumière ; de la pesanteur à la légèreté ; du grossier au subtil, de la périphérie au centre de l’Être, à la Source, au Soi.
Tu vois, le but de la méditation est de nous transformer. La transformation est également le but de la religion. C’est aussi celui du développement personnel et de la psychiatrie. Pourtant, chaque fois que nous tentons de nous changer, par quelque moyen que ce soit, nous rencontrons une énorme force d’inertie qui nous empêche d’atteindre nos objectifs.
Bien sûr, il y a beaucoup d’aide disponible. Les grands enseignements ne manquent pas, surtout de nos jours ! D’un simple clic de souris, nous accédons à la richesse de toutes les traditions, ou presque. Nous découvrons les dernières recherches scientifiques sur d’innombrables sujets. C’est l’ère de l’information. Cela dit, l’information ne peut nous aider que jusqu’à un certain point.
En riant, Daaji ajouta :
– Cela me rappelle un vieux dicton : « Les rats ont rongé des milliers de livres mais n’ont pas reçu pour autant un certificat d’érudition. »
Qu’apprenons-nous des enseignements ? S’ils suffisaient à eux seuls, à l’heure qu’il est nous serions tous transformés. Quand on y pense, tant de personnalités d’exception sont venues et nous ont laissé de grands enseignements. Pourtant, le monde reste tel qu’il est.
C’est ça, un rat de bibliothèque. Peu importe le nombre de choses qu’il apprend, il n’en devient pas plus sage ! La connaissance ne peut pas nous changer, tu vois. Nous savons tous que la patience est une vertu, mais la connaissance suffit-elle à nous rendre patients ? De même, nous connaissons tous la valeur de l’amour. Les grands maîtres en ont tous parlé. Mais savoir cela est une tout autre chose que de ressentir l’amour et de l’exprimer !
Qu’apprenons-nous de ces enseignements ? S’ils suffisaient à eux seuls, à l’heure qu’il est nous serions tous transformés. Quand on y pense, tant de personnalités d’exception sont venues et nous ont laissé de grands enseignements. Pourtant, le monde reste tel qu’il est. Les grands enseignements ne suffisent pas. La connaissance non plus.
On peut croire en l’omniprésence de Dieu, par exemple, mais est-ce qu’on ressent cette présence constante dans sa vie ? Sinon, à quoi cette croyance nous sert-elle ? Elle peut nous réconforter, mais cela ne remplace pas l’expérience de la réalité que cette croyance recouvre.
À ce moment-là, quelqu’un entra dans la pièce pour nous dire que nous pouvions déjeuner.
– Viens, dit Daaji. Allons manger.
Nous avons pris place à table, mais le repas n’était pas prêt. Il y avait eu un malentendu. Daaji se mit à rire.
– Tu vois, c’est de ça que je parlais. On ne peut pas satisfaire la faim de quelqu’un en lui promettant de la nourriture. Une simple croyance ne peut pas non plus rassasier un cœur avide.
Le déjeuner est finalement arrivé et nous avons mangé en silence. Puis Daaji reprit la parole.
– Par la méditation, nous nous tournons vers l’intérieur et nous nous connectons à quelque chose de plus élevé. Et cela, nous pouvons le trouver où que nous soyons. Nous n’avons pas besoin de faire des pèlerinages. Nous n’avons pas besoin de changer de vêtements, d’habitudes ou de nom. Nous n’avons qu’à fermer les yeux, assis tranquillement en méditation. C’est ainsi que nous acquérons une expérience spirituelle concrète.
L’expérience est ce qui différencie la spiritualité de la religion. La croyance sans expérience est creuse. Elle reste trop abstraite. Au quotidien, la plupart des gens comprennent cette distinction. Un cursus en sciences, par exemple, comporte à la fois des cours magistraux et des exercices pratiques en laboratoire. Les cours permettent de comprendre les principes, mais c’est en laboratoire qu’on voit leurs applications et qu’on se familiarise concrètement avec eux. Les connaissances transmises par un tiers sont confirmées par l’expérience directe.
Pour les questions spirituelles, les gens semblent plus conservateurs. La connaissance directe les met mal à l’aise, ils préfèrent s’en remettre aux enseignements prodigués par d’autres. Mais il arrive un moment où le cœur exige une expérience personnelle. La connaissance ne peut satisfaire ce besoin. La croyance non plus. C’est alors qu’ils se lancent dans une recherche spirituelle. Ne va pas prendre ce que je dis pour une critique de la croyance religieuse ! La religion constitue les fondations. Mais à quoi bon des fondations, si l’on ne construit pas dessus ? Un enseignement religieux peut être vrai, mais cela importe peu si l’on n’a pas réalisé cette vérité par soi-même. Tu vois, il ne suffit pas qu’un enseignement soit vrai. Il faut qu’il le soit pour toi.
L’expérience est ce qui différencie la spiritualité de la religion.
Nous devons prendre conscience de la vérité concrètement, et la méditation en est le moyen. Quand nous manquons d’expérience pratique, il peut nous sembler que les diverses religions parlent des langues différentes. Nous ne voyons alors que des chrétiens, des bouddhistes, des hindous, des musulmans, et tant d’autres. Pour combler les écarts, nous tentons d’en apprendre davantage sur les diverses religions. Or, cela peut les faire paraître encore plus divergentes ! Nous apprenons que les chrétiens recherchent le royaume des cieux, les bouddhistes aspirent au nirvana, les hindous poursuivent la libération et l’état d’aham brahmasmi (je suis Brahman), et les soufis cherchent fana-e-fana (la mort de la mort) et baqua-e-baqua (la vie de la vie).
On se dit qu’il est impossible que tous parlent d’une seule et même vérité. Et que si l’un a raison, les autres doivent avoir tort.
On se dispute, on se bat pour savoir quel Dieu est le vrai Dieu. On argumente pour déterminer quelle philosophie est véridique. On débat de la légitimité de leurs fondateurs. Certains, pensant que toutes les religions ont tort, en ressortent dégoûtés et finissent athées !
Quelle que soit votre tradition, je suggère toujours de la conserver – mais d’y ajouter la méditation. Elle vous aidera à aller plus loin et à découvrir l’essence de cette tradition.
Lorsqu’on médite et qu’on fait l’expérience de certains de ces états recherchés, on se rend compte qu’ils sont tous pareils. On ne peut plus être exclusif. On ne peut plus prétendre que seule sa propre tradition est correcte. On s’ouvre alors à tous les points de vue et on devient inclusif. À propos de quoi pourrait-on se disputer ?
Ainsi, quelle que soit votre tradition, je suggère toujours de la conserver – mais d’y ajouter la méditation. Elle vous aidera à aller plus loin et à découvrir l’essence de cette tradition. Vous verrez alors que toutes les religions ont la même essence.
Comme l’affirme ce célèbre vers du Rigveda : « La Réalité est une, mais les savants en parlent de bien des façons. »
Daaji fit alors une de ses volte-face caractéristiques.
– Cela dit, aussi convaincantes que soient nos expériences méditatives, elles ne parviennent pas toujours à nous transformer. Nos expériences peuvent être profondes. Elles peuvent être très agréables. Mais l’expérience personnelle se traduit rarement par des changements personnels. Un état d’extase nous rend-il automatiquement bon ? L’extase rend-elle aimant ? Daaji secoua la tête.
