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Le parcours d'une nation qui a su se faire une place au sein de l'Europe
Ignorée de l’Europe pendant des siècles, la Finlande est demeurée en dehors des grands courants qui ont traversé l’histoire, elle a été absente de la grande famille des peuples qui produisirent, au milieu des guerres et du chaos, des œuvres maîtresses dont s’enorgueillissent les lettres et les arts du vieux continent.
Prise dans un étau entre deux États également impérialistes, elle leur a servi de champ de bataille. C’est sur son territoire que se sont affrontées leurs rivalités et leurs ambitions, de sorte que, constamment envahie et ravagée, elle a en quelque sorte oublié d’exister.
Depuis son accession à l’indépendance, elle s’est fait une place parmi les nations européennes par son dynamisme et son exemplaire courage face à l’adversité. Longtemps contrainte à une politique prudente par le voisinage menaçant de la Russie soviétique, elle peut à présent jouer pleinement son rôle au sein de l’Union Européenne.
Un ouvrage complet qui retrace l'évolution de la Finlande à travers les siècles !
EXTRAIT
Cette attitude résolue lui vaut de jouer dans l’Union un rôle beaucoup plus important que le faible chiffre de sa population le laisserait penser. Nordique et occidentale, démocratique par nature, elle a d’ailleurs montré qu’elle savait être fidèle à sa tradition plus que centenaire de modernisme égalitaire, élisant en 2001 une femme, Tarja Halonen, à la présidence de la République, puis en 2003 une autre femme, Anneli Jäätteenmäki, au poste de Premier ministre.
Le présent ouvrage n’a qu’un but, celui de faire succinctement la lumière sur l’histoire de la Finlande qui, quoique millénaire, est restée longtemps obscure du fait de son éloignement géographique.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Diplômé de finnois de l’Institut national des langues et civilisations orientales,
Bernard Le Calloc’h a été jusqu’en 2009 le vice-président de l’Association française pour le développement des études finno-ougriennes. Il est l’auteur d’une cinquantaine d’articles sur la Finlande, l’Estonie et les peuples finno-ougriens de Russie.
Il a reçu en 2007 le «Grand prix pour voyage d’études, missions et travaux» de la Société de géographie, dont il est, par ailleurs, membre d’honneur du conseil d’administration.
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Seitenzahl: 219
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Le château fort de Savonlinna se trouve sur une île du lac Pihlajavesi, au milieu d’une région si riche en lacs qu’on a parlé à son sujet de « plaine liquide ». Il a été construit de 1475 à 1477, dans le but de protéger le pays Savo des attaques venues de l’Est. Plusieurs fois assiégé et pris par les Russes au cours des temps et singulièrement au cours du XVIIIe siècle, il a été à chaque fois restauré.
Depuis l’indépendance, il est devenu un musée historique. On y donne chaque été des représentations d’opéra et des concerts.
INDÉPENDANTE seulement depuis 1918, membre du Conseil de l’Europe depuis 1982, la Finlande, enfin libérée de la menace soviétique, est entrée dans l’Union Européenne le 1er janvier 1995, suite à un référendum qui donna au « oui » 57 % des suffrages. Depuis lors, elle s’est constamment montrée désireuse de prendre pleinement sa part au développement des institutions communautaires et a adhéré sans hésitation à la monnaie unique ainsi qu’à la politique de libre circulation des hommes et des marchandises, malgré les réticences de sa voisine suédoise et le refus de sa voisine norvégienne. Cette attitude résolue lui vaut de jouer dans l’Union un rôle beaucoup plus important que le faible chiffre de sa population le laisserait penser. Nordique et occidentale, démocratique par nature, elle a d’ailleurs montré qu’elle savait être fidèle à sa tradition plus que centenaire de modernisme égalitaire, élisant en 2001 une femme, Tarja Halonen, à la présidence de la République, puis en 2003 une autre femme, Anneli Jäätteenmäki, au poste de Premier ministre.
Le présent ouvrage n’a qu’un but, celui de faire succinctement la lumière sur l’histoire de la Finlande qui, quoique millénaire, est restée longtemps obscure du fait de son éloignement géographique.
Bernard Le Calloc’h
LE PEUPLE FINNOIS n’est pas l’habitant originel de la Finlande. Il est un étranger qui s’y est implanté au cours des siècles, à la suite de migrations. Par sa langue, il appartient à la famille finno-ougrienne, elle-même probablement branche du groupe hypothétique ouralo-altaïque, ce qui signifie en l’état actuel des connaissances qu’il a eu pour point de départ la région située entre l’Oural et la Volga, après que les rameaux samoyède puis ougrien s’en furent séparés en marchant vers l’est. À cette époque lointaine, c’est-à-dire il y a 5 000 ans, il existe encore une certaine unité linguistique, mais pas forcément politique ou raciale entre les différentes peuplades finno-ougriennes demeurées dans leur habitat primitif. Mais aux alentours de l’an 1 000 avant J-C, la famille est déjà en voie de dispersion, et c’est au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne que toute unité prend fin par suite d’un long mouvement centrifuge des fractions dont se compose le noyau initial. Celles-ci entreprennent alors des migrations en différentes directions, apparemment pour des motifs alimentaires qui tiennent aux aléas de la vie errante, mais aussi sans doute pour des motifs économiques car le commerce des fourrures fait alors son apparition.
La fraction qui constituera plus tard le peuple finlandais s’avance en un siècle de son foyer ancien vers les bords de la Baltique où ses premiers éléments arrivent vers l’an -400. En se séparant de ses frères de race, ou tout au moins de langue, le peuple finnois se divise, pour une raison qui est demeurée inconnue, en deux branches. La première gagne la partie nord-ouest et ouest de l’Estonie, cependant que la seconde s’avance au même moment vers l’isthme de Carélie et les lacs Ladoga puis Onega. Celle qui se trouve en Estonie sera la plus importante du point de vue historique : par ses tribus qui demeureront définitivement dans le pays, elle donnera naissance au peuple estonien ; par les tribus qui gagneront la Finlande actuelle, elle donnera naissance au peuple finlandais. À cette époque, ces tribus sont exclusivement nomades. Elles vivent de chasse et de pêche, ce qui les amène à se déplacer souvent à la recherche du gibier et du poisson. Elles ne pratiquent pas encore l’agriculture et ne se livrent qu’à un commerce rudimentaire qui se réduit au troc. Quant aux activités artistiques, elles sont insignifiantes.
Dans quelles conditions cependant les Finnois stationnés au sud du golfe de Finlande gagnèrent-ils la rive septentrionale où ils devaient trouver leur habitat définitif ? L’histoire écrite étant muette à ce propos, c’est la linguistique, l’onomastique, l’anthropologie et l’archéologie qui prouvent aujourd’hui indéniablement qu’elles franchirent les eaux du golfe à travers les îles de Saaremaa (Ösel) et de Hiiumaa (Dagö) où certaines tribus demeurèrent même assez longtemps pour que d’importantes trouvailles archéologiques aient pu y être faites.
Les langues finno-ougriennes
Il a longtemps paru incroyable, ou tout au moins difficile à concevoir que des tribus essentiellement terriennes aient pu entreprendre la traversée de la mer en bateau ou sur des radeaux en vue de conquérir un nouveau territoire, d’autant qu’il n’apparaît pas qu’elles y aient été poussées par les Baltes, au contact desquels elles se trouvaient. Peuple nullement maritime à ses origines et qui n’était même pas arrivé à un degré de civilisation suffisant pour se donner une organisation supratribale, les Finnois n’avaient franchi que des fleuves guéables dans leurs migrations précédentes. Néanmoins, l’archéologie montre qu’il serait impossible d’imaginer autrement l’arrivée dans leur pays.
Le savant Alfred Hackmann, dans un livre sur l’âge de fer en Finlande (Die ältere Eisenzeit in Finnland) estime que cet âge s’est poursuivi jusqu’aux environs du VIe siècle de notre ère. Mais il n’y a de traces archéologiques de cette période que dans la région Sud-Ouest du pays, spécialement en Varsinais-Suomi (région de Turku), dans la vallée du Kokemäenjoki (région de Pori), et vers l’embouchure du Kyrönjoki (région de Vaasa). De l’examen de ces trouvailles, il a été possible d’établir qu’à cette époque trois couches de population appartenant à des cultures différentes avaient cohabité.
La première était formée par ceux qui apparaissent comme les aborigènes de la Finlande, même si on sait qu’ils sont aussi venus d’ailleurs au cours du premier millénaire avant notre ère : les Lapons. C’est à eux que fait allusion dans sa Germania l’auteur latin Tacite lorsqu’il parle des « Fenni ». Un siècle plus tard, Ptolémée décrit également les Lapons sous la même appellation. Les origines de ce peuple sont mystérieuses car, s’il parle une langue finno-ougrienne, il est sur le plan anthropologique totalement distinct des Finnois. On suppose généralement qu’il a adopté sa langue lors d’une migration, par contact avec des tribus finno-ougriennes voici environ 4 000 ans.
La seconde était sans nul doute scandinave et donc de langue germanique. On sait très peu de chose sur elle si ce n’est qu’elle n’a apparemment pas opposé de résistance aux envahisseurs venus du Sud. Elle disparaîtra avant le VIIIe siècle sous l’effet d’un phénomène d’assimilation aux nouveaux conquérants.
La troisième présentait des caractères de civilisation qui rappelaient celle des peuples baltes. Cette dernière couche de population était en réalité finnoise et se composait de deux tribus, les Häme et les Suomi ; une troisième tribu plus ou moins hypothétique, les Kainuu, a peut-être également existé. En tout cas, la philologie permet d’établir que ces premières tribus finnoises qui s’étaient avancées jusqu’en Estonie méridionale avaient vécu dans le voisinage des peuples baltiques auxquels elles avaient emprunté une partie de leur culture et même de leur vocabulaire. Les mots d’origine balte que l’on relève dans la langue finnoise aujourd’hui encore en apportent la preuve. Ils datent tous de cette époque préfinlandaise. En outre, les sites archéologiques, nombreux dans les régions immédiatement voisines de la mer, se font de plus en plus rares à mesure qu’on s’en éloigne. Au moment où l’on quitte le Varsinais-Suomi, elles cessent tout à fait. Il nous faut en conclure que la population scandinave primitive et les premiers Finnois de l’âge de fer demeuraient dans la région la plus méridionale du pays et ne tentèrent pas au début de se répandre ailleurs au détriment des Lapons. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’ils entreprendront de peupler l’intérieur du pays et qu’ils finiront par atteindre le cercle polaire et même l’océan Arctique.
Cette concentration dans le Sud-Ouest du pays s’explique d’abord par la relative clémence du climat qui y règne, du fait de l’influence maritime prépondérante par rapport à l’intérieur et au Nord. Elle tient aussi tout simplement au fait que le noyau primitif d’où est issu le peuple finnois de Finlande était très réduit, sans doute moins d’une vingtaine de milliers d’individus. Il y avait donc une place pour tout le monde dans les premiers siècles et la nécessité de pousser davantage vers l’intérieur n’apparaîtra qu’à la fin du Moyen Âge.
Lorsqu’on sait quel était le mode de vie des premiers Finnois et dans quelles conditions se faisaient leurs lentes migrations, il devient impossible d’admettre qu’ils seraient arrivés en Finlande en traversant les marécages et les forêts vierges qui couvraient alors, au nord de l’Ingrie, l’isthme de Carélie. Au surplus, de cette éventuelle entreprise échelonnée sur plusieurs siècles, il ne serait resté aucune trace. De toute façon, s’ils étaient venus par l’isthme en contournant le golfe à l’Est, les Finnois auraient tout naturellement eu tendance à coloniser d’abord cette région et non pas la côte Sud-Ouest. Il n’est donc plus discutable que l’entrée des Finnois en Finlande s’est faite par la mer au cours des IVe, Ve, VIe et VIIe siècles de notre ère. Elle a pu se faire ainsi parce que, au contact des peuples baltes, les proto-Finnois s’étaient initiés à la navigation maritime, ainsi que Ptolémée nous le laisse entendre, d’ailleurs, clairement.
Les premiers établissements finnois en Finlande (VIe siècle)
Au même moment, l’autre branche partie de l’Estonie par la voie terrestre gagnait la région des lacs Ladoga et Onega et en commençait le peuplement, laissant en Ingrie de petits groupes qui formeront deux peuples fennophones minuscules les Ingriens et les Votes disparus seulement au cours de la seconde moitié du XXe siècle sous l’effet de leur absorption dans le milieu russe. Quant aux tribus parvenues plus à l’Est, elles donneront naissance vers le VIIIe siècle au peuple carélien, le plus proche parent des Finnois Suomi. Au cours d’une longue marche vers le nord et l’ouest, à travers les forêts et les marécages, les Caréliens se sont retrouvés à partir du XIIe siècle au contact de leurs anciens frères, et une petite partie d’entre eux habite même aujourd’hui le territoire finlandais indépendant. Si, entre-temps, leur langue a évolué séparément, le dialogue avec les nouveaux habitants de la Finlande n’en est pas moins toujours possible et c’est même parmi les Caréliens que se constituera ultérieurement le trésor de poésie populaire qui servira de fond au Kalevala.
Les populations finno-ougriennes de la Baltique
Ingriens et Votes sont éteints depuis environ 1980
L’OCCUPATION DE LA FINLANDE MÉRIDIONALE par les Finnois ne s’est pas faite rapidement. Elle a mis plusieurs centaines d’années, au moins quatre cents, avant de prendre fin au cours du VIIe siècle. L’étude des documents archéologiques et les recherches linguistiques permettent en effet d’établir que l’envahisseur est venu s’installer sur la côte septentrionale du golfe par petites vagues successives, en quelque sorte par familles, c’est-à-dire pas du tout de la manière dont se font généralement les conquêtes. Les îles de Saaremaa et de Hiiumaa ont généralement constitué une étape intermédiaire, mais une étape de longue durée, puisque beaucoup de familles y sont demeurées un siècle ou même deux et ne sont parties à l’aventure, plus vers le nord, que sous l’effet de l’arrivée de nouveaux migrants en provenance d’Estonie.
À cette époque, la langue parlée par les Finnois, les Estoniens et les Caréliens en voie d’éparpillement, est encore la même, compte non tenu de différences locales ayant du reste toujours existé chez les Finno-Ougriens primitifs, en raison de la vie nomade et dispersée qu’ils menaient, puisqu’aussi bien ils ignoraient non seulement les villes mais également les villages. Les trois langues nouvelles n’ont donc commencé leur évolution indépendante qu’après le VIIe siècle. C’est ce qui explique qu’elles soient encore proches aujourd’hui, malgré certains phénomènes aberrants comme, par exemple, la disparition de l’harmonie vocalique en estonien.
Les tribus finnoises qui occupèrent leur patrie définitive n’eurent pas à livrer combat pour s’y implanter et c’est sans doute ce qui explique qu’elles aient poursuivi leur mouvement à travers plusieurs siècles. En pénétrant en Finlande, elles ne rencontrèrent en effet qu’une population extrêmement clairsemée qui ne disposait d’aucune organisation centrale. Dès lors, elle n’avait aucun moyen de s’opposer à elles par la force. Il s’agissait de quelques colonies scandinaves fixées dans la région littorale Ouest, en face des îles d’Aaland. Les tribus Suomi et Häme s’installèrent donc tout bonnement au milieu de ces colonies et vécurent, semble-t-il, en paix relative avec elles. Selon le témoignage des mots finnois d’origine scandinave datant de cette époque, les Finnois apprirent beaucoup de leurs nouveaux voisins. En tout cas, le contact fut assez étroit, sinon dominateur, pour que ceux-ci ne tardent pas à s’assimiler, au point de disparaître complètement en tant qu’élément distinct. Cette première fennisation des Scandinaves eut des effets heureux sur les nouveaux conquérants dont la civilisation fit de notables progrès et commença même à changer fondamentalement de caractère ainsi que nous l’indiquerons plus loin.
Signalons que c’est dans la même région de la Finlande qu’habite encore aujourd’hui une minorité de langue et de culture suédoise. Celle-ci n’est cependant pas constituée des descendants des populations trouvées par les Finnois lors de leur arrivée. Il est prouvé qu’elles avaient cessé d’exister dès la fin du IXe siècle. Les Suédois vivant actuellement en Finlande sont en réalité des descendants des colons venus lors des croisades d’évangélisation entreprises pour la conversion des païens finnois à la foi chrétienne (1150-1350) et des familles immigrées qui s’installèrent dans le pays pendant l’époque où la Finlande fit partie du Royaume de Suède (1249-1809).
Au moment où ils arrivent en Finlande, les Finnois se trouvent en contact avec un autre peuple qui, lui, demeure à l’intérieur du pays, le peuple lapon. Selon toute vraisemblance, il faut le tenir pour le plus ancien habitant de la péninsule. Mais il est lui-même un étranger venu peut-être du Nord de la Russie à une époque reculée, après avoir échangé sa langue originelle contre la langue finnoise d’une tribu inconnue. Parce qu’il se nomme lui-même Same on a longtemps cru qu’il pouvait être un parent plus ou moins proche des Samoyèdes, lesquels parlent une langue ouralienne et ont un type physique assez voisin. Mais cette thèse est aujourd’hui abandonnée et l’origine des Lapons demeure pour le moment un impénétrable mystère.
Toujours est-il que, très dispersé, n’ayant aucune organisation supra-tribale ni par conséquent de pouvoir central, resté à un degré de civilisation qui à cette époque devait déjà être inférieur à celui des conquérants finnois, il avait vraisemblablement été éloigné des régions côtières plus clémentes et plus riches par les premiers colons scandinaves. Dès ces temps reculés, les Lapons constituent un ensemble ténu de familles nomades ayant entre elles des liens très lâches, se livrant à la pêche, à la chasse, mais aussi à l’élevage du renne ; elles semblent n’avoir jamais été douées d’aucune ardeur guerrière. Si, en quelques endroits, certains se fennisent peut-être, la plus grande partie entreprend de remonter vers l’Est et le Nord à mesure que les Finnois se répandent et prennent possession du pays. Cela leur vaudra de conserver jusqu’à nos jours leur individualité, leur langue et leurs traditions ; mais en quelques siècles, ils seront repoussés si haut qu’ils finiront par fixer leur habitat permanent au-delà du cercle polaire.
Pendant les trois siècles qui suivent l’occupation, les Finnois demeurent essentiellement chasseurs et pêcheurs, comme l’étaient à la même époque la plupart des autres peuplades finno-ougriennes. L’agriculture semble bien n’avoir été, au cours de toute l’époque païenne, que le complément d’activités presque exclusivement orientées vers la traque du gibier dans les immenses forêts du continent et vers la pêche du poisson sur les côtes découpées de la Baltique, ainsi que dans les innombrables lacs. Ce genre de vie prédateur et primitif n’admettait que la dispersion des familles et des tribus. Il correspondait à des institutions qui ne dépassaient pas encore le stade de l’âge de fer supérieur. Aucune organisation étatique n’était donc possible. Les tribus vivaient séparément, sans cohésion entre elles, et n’avaient pas de chefs communs. Bien plus, elles étaient souvent en lutte pour la conquête de nouveaux territoires, bien que la place ne leur manquât pas.
Par contre, à peine les premiers colons scandinaves assimilés, elles entrèrent, par la voie même de leur voisinage immédiat, dans le champ d’activité des Vikings dont elles subirent l’emprise. C’est que, en effet, sur l’évolution ultérieure des Finnois, l’expansion viking qui s’est épanouie surtout de 800 à 1050 a eu une influence décisive. Ces aventuriers téméraires et brutaux, doués du plus vif esprit d’entreprise, parcouraient sur leurs bateaux rapides les mers environnantes, se livrant à la fois au commerce, à la guerre et au pillage, préparant inconsciemment la population littorale à une organisation nouvelle. Les aventures vikings amenèrent à portée des Finnois les premières traces de la civilisation européenne. C’est en prenant connaissance des formes de vie économique, sociale et politique de l’Ouest que ces barbares finno-ougriens, demeurés jusque-là à l’écart des courants qui secouaient le continent, cessèrent de vivre dans l’ignorance du monde européen. Dans les débuts, les Vikings – encore appelés Varègues à l’Est et Normands à l’Ouest – faisaient de fructueuses incursions en pays finnois où, faute d’une organisation quelconque, la population était une proie facile pour ces pirates sans scrupule. Cependant, les Finnois firent preuve d’un esprit d’adaptation suffisant pour qu’en peu de temps, modifiant leur genre de vie et passant à la défensive, ils s’avérèrent dignes de leurs maîtres. Tandis que la grosse majorité du peuple se sédentarise presque complètement, adoptant l’élevage et la culture, on voit apparaître les premiers signes d’une vie commerciale qui avait été jusqu’ici très réduite. De chasseurs et pêcheurs qu’ils étaient restés jusque-là, les Finnois deviennent éleveurs et même agriculteurs dans la mesure toutefois où ils peuvent mettre en exploitation sous un climat rude à l’été court les maigres terres granitiques prises sur les forêts. C’est de cette époque que datent les premiers ports finlandais de Turku et de Koivisto (ce dernier n’existe plus, il se trouvait au sud de Viipuri).
Les expéditions de chasse et de pêche, l’imposition des tribus lapones du Sud, l’organisation d’un premier système de défense dépassant les limites de la tribu, la création de pistes jusqu’aux rades de la côte, enfin l’installation de la route dite « des Varègues aux Grecs » dont une branche passait par la Finlande, expliquent l’essor relatif que connut alors la vie des païens finnois. Bien plus, certains documents suédois démontrent qu’ils en vinrent même à se livrer à leur tour à des incursions en terre étrangère comme le faisaient justement les Vikings.
Vers l’an 1000, le christianisme prend racine en Scandinavie. À la suite de cet état de choses nouveau, les incursions des Vikings sur les côtes finlandaises se font plus rares et ce sont les Finnois qui prennent leur succession dans la Baltique. Au cours du XIe siècle et au début du XIIe, l’esprit d’offensive et d’entreprise est passé de l’autre côté du golfe de Bothnie. Alors que l’intérieur du pays reste vide d’habitants, c’est le littoral qui constitue le centre de toutes les activités. Sans bien en prendre conscience, le peuple finnois est devenu un peuple maritime.
Les Vikings (ou Varègues) et la Finlande
Mais il est aussi demeuré fidèle à ses croyances primitives, c’est-à-dire à l’animisme chamaniste. Il vénère le feu, les éléments et la nature. En même temps, il croit à la toute-puissance des ancêtres qu’il révère avec crainte. Le culte auquel se livrent les chamanes tient à la fois de la magie et de l’exorcisme. Cette religion, qui donne un esprit aux rivières, aux lacs, aux arbres, et même aux rochers, exige des sacrifices rituels, des danses, des cérémonies diverses, qui rappellent en bien des points l’animisme des peuples de Sibérie. C’était la croyance commune à tous les Finno-Ougriens et que, les premiers, les Hongrois vont abandonner au profit du christianisme au XIe siècle. Les Finnois se montreront plus rebelles.
La première campagne de grande envergure menée par les Suédois chrétiens en Finlande eut lieu vraisemblablement en 1 154. Elle était dirigée par le roi Éric Jedvardsson lui-même, dit « le saint ». Les Finnois subirent une défaite sanglante et par la force des choses une partie d’entre eux dut accepter, bon gré mal gré, le baptême. Cela se passait, d’après la tradition populaire, en 1155, à la source de Saint-Henri, à Turku.
Le roi ne quitta le pays avec son armée qu’après y avoir installé l’évêque Henri, premier évangélisateur de la péninsule, chargé de poursuivre le travail de conversion commencé par les armes. Son premier soin fut d’édifier des églises, notamment la première église épiscopale à Koroinen, près de Turku. Mais il s’agissait de fragiles constructions de bois dont aucune ne subsiste. Encore sous l’effet de leur défaite, les Finnois donnaient l’impression d’une proie facile. Il fallut rapidement déchanter.
La christianisation et la conquète suédoise
La province d’Uusimaa
Pendant l’hiver 1156, un paysan païen du nom de Lalli assassina Henri, sur la glace du lac Köyliö, moins de deux ans après son intronisation, non loin de la chapelle de bois qu’il avait fait construire à Kokemäki. Les baptisés s’empressèrent aussitôt d’abjurer le christianisme et de reprendre leurs habitudes animistes. Henri a été canonisé par l’église catholique comme martyr au siècle suivant et il est devenu le saint patron de la Finlande comme Éric l’est de la Suède ou Étienne de la Hongrie.
C’est alors que, peut-être pour la première fois dans leur histoire, les Finnois prirent conscience de leur particularisme. Ils se rendirent compte qu’accepter la foi imposée par le vainqueur étranger, c’était non seulement renoncer aux traditions ancestrales et payer de lourds tributs, mais c’était aussi admettre à plus ou moins brève échéance le joug d’un peuple étranger.
Or, au même moment, la Russie de Pskov et de Novgorod s’aperçut du danger que représentait pour elle l’expansion suédoise en Finlande et vint en aide aux païens finnois. Pratiquement, vers 1170, il n’y avait pas plus de chrétiens dans le pays qu’avant 1154. Profitant des crises dynastiques qui paralysaient alors la Suède, et à l’instigation des Russes, les Finnois, aidés de Caréliens et d’Estoniens également païens, se ruèrent en 1187 sur la Suède, mirent à sac la ville de Sigtuna, (au nord de Stockholm) alors principale agglomération viking, s’avancèrent jusqu’à Uppsala dont ils massacrèrent l’archevêque, et commirent sur leur passage de terribles ravages.
En 1191, puis en 1202, les Danois tentèrent à leur tour d’évangéliser les Finnois, mais sans plus de succès que leurs prédécesseurs. Mieux organisés qu’auparavant, les Finnois purent rejeter l’étranger à la mer et lui infliger de lourdes pertes. La situation ne devint meilleure que lorsque le pape Grégoire II nomma le dominicain anglais Thomas, évêque de Finlande et lui fournit, pour appuyer sa mission, une armée capable de le soutenir efficacement. Débarqué en 1220, Thomas dut faire face à une résistance considérable. Cependant, son travail de christianisation porta ses fruits et en 20 ans, de 1220 à 1240, il réussit à contraindre une partie de la population, surtout celle de la région Sud-Ouest, en Varsinais Suomi, à renoncer aux idoles et à se laisser baptiser. Avec l’autorisation expresse du pape, on commença la construction de la cathédrale de Turku en 1229 dont la consécration, à la suite des troubles et des guerres, n’eut lieu qu’en 1290. Du moins le catholicisme semblait-il désormais prendre racine solidement. Notons à cette occasion que c’est surtout dans les îles d’Aaland et dans l’archipel de Turku que subsistent encore les plus anciennes églises de style roman du XIIIe siècle, puisque c’est là que le catholicisme commença par prendre pied dans le pays. De ces premiers monuments, il en reste malheureusement très peu, car, pour la plupart, ils ont été brûlés ou détruits au cours des siècles.
C’est alors que, voyant le succès du dominicain, le prince Jaroslav de Novgorod entreprit sans plus tarder la conversion des Caréliens à l’église grecque (1227). Dès 996, les saints Serge et Germain avaient fondé dans une île du lac Ladoga le monastère orthodoxe russe de Valamo, afin de répandre la foi grecque parmi les populations caréliennes des alentours. Mais leurs efforts de prosélytisme s’étaient heurtés à la farouche résistance des intéressés et le paganisme n’avait pas reculé d’un pouce à la mort des pieux fondateurs. Le couvent était déjà tombé en ruines quand vint la christianisation.
La séparation qui résultera de cette conversion des Finnois à deux églises, non seulement différentes mais antagonistes, aura de nombreuses conséquences. Bien que parlant une langue presque semblable, les deux peuples de Finlande et de Carélie se sentiront souvent par la suite quelque peu étrangers l’un à l’autre. Cette situation n’est pas sans rappeler celle qui, aujourd’hui encore, oppose les Croates catholiques aux Serbes orthodoxes de l’ancienne Yougoslavie.
Toujours est-il que Thomas se rendit à l’évidence, il ne pourrait jamais voir son travail couronné d’un plein succès tant qu’il n’aurait pas mis fin aux intrigues des Russes. Ceux-ci, en effet, étaient doublement dangereux en ce qu’ils soutenaient la révolte des animistes païens tout en s’efforçant de les amener au schisme grec. C’est pourquoi une armée constituée surtout de Norvégiens et de Suédois partit en 1240 faire la guerre aux princes de Novgorod afin d’appuyer la conversion des Finnois. Mais l’entreprise aboutit à un échec complet. Sous la direction d’Alexandre Nevski, les Russes anéantirent l’armée chrétienne à l’embouchure de la Néva. Alors, il ne fallut pas un mois pour que tout le beau travail de Thomas fût réduit à néant, et pour que le feu païen qui couvait sous la cendre se réveillât plus violent que jamais. Quittant le pays, Thomas alla se réfugier en Angleterre et finit ses jours dans la cellule d’un moine.
Les Suédois qui, jusque-là, avaient considéré la conversion des Finnois comme leur devoir de chrétiens plutôt que comme un moyen d’accroître leur puissance, décidèrent, après la victoire des Russes, de passer à des méthodes plus énergiques. Craignant de voir ces derniers conquérir la Finlande, ils trouvèrent plus simple de les y précéder. Le Connétable Birger Jarl, beau-frère du roi, fut mis à la tête d’une puissante armée en 1249 et envoyé de l’autre
