Imagerie mentale et psychothérapie - Grazia Ceschi - E-Book

Imagerie mentale et psychothérapie E-Book

Grazia Ceschi

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Beschreibung

L’ouvrage présente une vision récente des techniques d’évaluation et d’intervention psychologique fondées sur l’imagerie mentale.

Ces techniques, qui s’appuient sur une base empirique de plus en plus importante, suscitent un très vif intérêt dans le milieu de la psychologie clinique anglophone. Néanmoins, elles restent encore largement inconnues du public francophone.

Ce livre est conçu comme une revue critique de psychopathologie cognitive avec un double objectif : offrir une synthèse de la littérature scientifique récente sur les images mentales en psychopathologie cognitive expérimentale, et mettre à disposition du public francophone un certain nombre d’outils d’évaluation et d’intervention dans le cadre de l’imagerie mentale. Les présentations théoriques sont complétées par des exemples d’application dans des domaines cliniques tels que l’état de stress posttraumatique, les troubles de l’humeur, l’anxiété sociale, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles du comportement alimentaire ou les addictions.

Un ouvrage de référence destiné aux psychologues cliniciens et aux chercheurs francophones.

À PROPOS DES AUTEURS

Docteur en psychologie, Grazia Ceschi est actuellement maître d’enseignement et de recherche à la section de psychologie de l’Université de Genève. Elle est également psychothérapeute certifiée et engagée en tant que formatrice et superviseur en psychothérapie cognitive. Ses intérêts de recherche portent sur les images intrusives, l’évaluation cognitive des événements aversifs, les biais d’attention sélective ainsi que les processus de mémoire autobiographique des traumatismes dans le cadre de l’état de stress post-traumatique, de l’anxiété, des troubles obsessionnels compulsifs et/ou des comportements addictifs.

Arnaud Pictet, docteur en psychologie, s’est joint à l’@ET.lab juste après avoir mené à bien un doctorat à l’Université d’Oxford, dans le laboratoire du professeur Emily Holmes. Psychologue clinicien et chercheur, Arnaud Pictet s’intéresse au rôle de l’imagerie mentale dans les troubles de l’humeur et au développement d’interventions psychologiques visant à entraîner l’imagerie positive dans le cadre de la dépression.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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À Stana, Milan et Danilo (AP)À Gisella et Bruno (GC)

LES AUTEURS

Les éléments présentés dans ce livre sont le fruit de l’expertise développée au sein de l’Unité de Psychologie Clinique des Émotions et du Traumatisme (Abnormal Emotion & Trauma Lab ; @ET.lab), laboratoire de recherche et de formation créé en 2011 à l’Université de Genève par Grazia Ceschi.

Docteur en psychologie, Grazia Ceschi est actuellement maître d’enseignement et de recherche à la section de psychologie de l’Université de Genève. Elle est également psychothérapeute certifiée et engagée en tant que formatrice et superviseur en psychothérapie cognitive. Ses intérêts de recherche portent sur les images intrusives, l’évaluation cognitive des événements aversifs, les biais d’attention sélective ainsi que les processus de mémoire autobiographique des traumatismes dans le cadre de l’état de stress post-traumatique, de l’anxiété, des troubles obsessionnels compulsifs et/ou des comportements addictifs.

Arnaud Pictet, docteur en psychologie, s’est joint à l’@ET.lab juste après avoir mené à bien un doctorat à l’Université d’Oxford, dans le laboratoire du professeur Emily Holmes. Psychologue clinicien et chercheur, Arnaud Pictet s’intéresse au rôle de l’imagerie mentale dans les troubles de l’humeur et au développement d’interventions psychologiques visant à entraîner l’imagerie positive dans le cadre de la dépression.

Les auteurs sont également membres du pôle d’excellence en Sciences Affectives (CISA) de l’Université de Genève et tirent bénéfice des ce vaste réseau de compétences dans le domaine des émotions. Finalement, aussi bien Arnaud que Grazia sont particulièrement engagés dans une démarche citoyenne, ouverte sur la cité, permettant à de nombreuses personnes en souffrance, y inclus des populations réfugiées, de pouvoir bénéficier d’interventions psychologiques ou de programmes d’entraînement à la résilience, fondés théoriquement et empiriquement, tout en restant facilement disseminables et accessibles au plus grand nombre.

AVANT-PROPOS

L’imagerie mentale a occupé une place importante dans l’évolution des psychothérapies, notamment la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Au cours des vingt dernières années, il y a eu un intérêt grandissant pour la recherche et les pratiques cliniques en lien avec l’imagerie mentale. Les données empiriques accumulées dans différentes disciplines, de la psychopathologie expérimentale aux neurosciences cognitives, ont montré que l’imagerie mentale avait des propriétés fascinantes, aussi bien en tant que dimension majeure du fonctionnement psychologique qu’en tant qu’outil thérapeutique potentiel pour venir en aide aux personnes souffrant de troubles émotionnels. Les interventions centrées sur l’imagerie mentale ont été appliquées à une variété de domaines, de la dépression et l’anxiété jusqu’aux troubles alimentaires et aux addictions. Elles peuvent donc représenter un outil très utile dans le répertoire du psychologue clinicien.

Ce livre a pour objectif de fournir aux psychologues cliniciens et aux chercheurs francophones un état des lieux de la recherche actuelle sur l’imagerie mentale, ainsi que des conseils et des exemples pour utiliser l’imagerie dans leur pratique clinique. L’ouvrage illustre magnifiquement bien le rôle critique de l’imagerie mentale dans un grand nombre de troubles psychologiques, aussi bien sur le plan de l’évaluation que de l’intervention. Il met également à disposition du lecteur des questionnaires traduits en langue française ainsi que des procédures pour aider les cliniciens intéressés par l’utilisation des techniques d’imagerie mentale. J’ai eu la chance d’avoir l’un des auteurs du livre, le Docteur Arnaud Pictet, comme doctorant dans mon laboratoire du département de psychiatrie de l’Université d’Oxford. Les recherches d’Arnaud ont porté sur le développement de programmes informatisés innovants qui visent à promouvoir l’imagerie positive chez des personnes souffrant de dépression. À son retour à Genève, Arnaud a eu l’opportunité de travailler dans l’équipe du Docteur Grazia Ceschi, qui dirige l’Unité Clinique de l’Émotion et du Traumatisme de la faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Université de Genève. Maître d’enseignement et de recherche et psychothérapeute, Grazia a développé un intérêt très fort pour l’imagerie mentale aussi bien dans sa pratique clinique que dans ses activités de recherche, notamment en lien avec l’état de stress post-traumatique et le trouble obsessionnel compulsif.

C’est un immense plaisir de voir ce domaine si fascinant désormais accessible à un public francophone et de constater que la Suisse ouvre la voie à des techniques innovantes en matière de prise en charge psychothérapeutique. Je vous souhaite plein succès et des découvertes passionnantes sur l’imagerie mentale !

Professeur Emily Holmes

Division de Psychologie Département des Neurosciences Cliniques Institut Karolinska Stockholm

Mai 2017

INTRODUCTION

Incontestablement, l’imagerie mentale constitue l’un des « thèmes chauds » de la psychothérapie cognitive contemporaine. La publication récente d’au moins six numéros spéciaux consacrés aux processus d’imagerie en psychopathologie cognitive atteste de l’incroyable effervescence de ce secteur de recherche ainsi que de sa pertinence clinique (pour plus de détails voir : Memory, 2004, vol. 14, no 4 ; Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 2007, vol. 38, no 4 ; International Journal of Cognitive Therapy, 2011, vol. 4, no 2 ; Imagination, Cognition and Personality, 2011, vol. 31, no 1-2 ; Journal of Experimental Psychopathology, 2012, vol. 3, no 2 ; Frontiers in Psychiatry, 2015, vol. 6).

Une image mentale est une représentation d’une information perceptive ou sensorielle (par exemple, d’un événement passé) générée en l’absence d’une perception directe dans l’environnement externe (Kosslyn, Ganis, & Thompson, 2001). Cette représentation perceptive puise sa source dans la mémoire de la personne. Elle est constituée, la plupart du temps, de plusieurs modalités sensorielles. Par exemple, si nous nous imaginons la promenade que l’on a faite hier en forêt, notre image mentale peut inclure des composantes visuelles (comme la forme et la couleur des arbres), auditives (comme le craquement des feuilles sous nos pieds), olfactives (comme l’odeur de la terre humide et des champignons) ou encore kinesthésiques (comme le mouvement de notre corps en train de marcher). Toutes ces composantes concourent à faire de l’image mentale une expérience de reviviscence vécue comme étant « proche de l’expérience réelle ». À l’appui de cette observation phénoménologique, des études récentes de neuro-imagerie ont démontré que l’imagerie mentale et la perception réelle étaient sous-tendues par des structures cérébrales communes (Pearson, Naselaris, Holmes, & Kosslyn, 2015).

Les images mentales induisent souvent des réactions émotionnelles et physiologiques comparables à celles qui se manifestent dans une expérience réelle. Pour vous en convaincre, voici un scénario que vous pouvez imaginer mentalement en fermant les yeux :

Imaginez que vous venez d’acheter un beau citron jaune que vous vous apprêtez à utiliser pour agrémenter votre thé. Vous coupez le citron en tranches et vous en portez une à votre nez pour en inhaler l’arôme. Son odeur est irrésistible et vous croquez la tranche pour en goûter la saveur. En mordant la tranche, le jus du citron, acide et froid, coule dans votre bouche. Vous posez cette première tranche de citron après l’avoir goûtée pour en saisir une seconde. En la pressant au-dessus de votre tasse de thé, une giclée de jus asperge votre visage et atteint votre œil droit.

Si vous avez imaginé cette situation de manière vivace, comme si vous y étiez réellement, alors il est très probable que vous ayez réagi à l’acidité du fruit (d’abord en salivant lorsque vous avez goûté la première tranche de citron, ensuite en clignant des yeux lorsque le jus a giclé). Ces réactions physiologiques (salivation, picotements dans l’œil, etc.) ainsi que le ressenti émotionnel qui y est associé (plaisir, surprise, etc.) se sont produits en dépit du fait que l’acidité du citron n’était qu’imaginaire. Ce phénomène est dû au lien étroit qui existe entre l’imagerie mentale et toutes les facettes de la réponse associées à l’expérience réelle (sentiment subjectif, expression émotionnelle, réaction psychophysiologique, tendance à l’action, etc.).

Comme nous le détaillerons dans les chapitres qui suivent, les images mentales ne sont pas forcément récupérées en mémoire de manière volontaire. Des indices de récupération externes (tels que, par exemple, un bruit ou une odeur particulière) ou internes (tels que, par exemple, un sentiment d’insécurité, une idée ou l’impression d’être fatigué) peuvent, en effet, activer la récupération mnésique d’une image mentale de manière automatique et involontaire. Cette récupération involontaire se traduit par « l’intrusion » dans le champ de la conscience d’une image mentale. Comme nous le verrons plus en détail dans le chapitre 2, les images intrusives sont très fréquentes dans toute une série de troubles psychopathologiques (Brewin, Gregory, Lipton, & Burgess, 2010). Ces intrusions s’associent souvent à une forte détresse émotionnelle.

Malgré leur pertinence clinique, il est important de souligner ici que les images involontaires ne sont pas le propre des personnes en souffrance psychique. Elles se manifestent également dans la population tout-venant. Ainsi, il a été démontré que, en moyenne, chacun d’entre nous fait plusieurs fois par jour l’expérience d’images intrusives (entre 3 à 6 images par jour selon les études ; Bernsten & Hall, 2004 ; Berntsen, 1996 ; Mace, 2004). La quantité d’images intrusives varie fortement en fonction des personnes et des situations. Par exemple, elles apparaissent plus fréquemment en période d’attention flottante, lorsque nous laissons vagabonder notre pensée ou lorsque nous sommes engagés dans des tâches répétitives qui n’exigent que de faibles ressources attentionnelles (Krans, de Bree, & Moulds, 2015). Par ailleurs, il est intéressant de noter que les images involontaires rapportées par les personnes tout-venant sont principalement positives, à l’inverse de celles décrites par les personnes souffrant de troubles psychopathologiques (Zaragoza Scherman, Salgado, Shao, & Berntsen, 2015).

Le lien étroit qui existe entre imagerie mentale et états émotionnels a été démontré dans un grand nombre d’études empiriques. D’une part, les états émotionnels s’accompagnent fréquemment d’images mentales dont la tonalité affective est congruente. Ainsi, par exemple, les personnes souffrant d’anxiété sociale auront tendance, en situation d’anxiété, à générer une image négative d’elles-mêmes dans laquelle elles se voient montrer des signes extrêmement visibles d’anxiété (souvent en lien avec des situations sociales aversives vécues dans le passé ; Hackmann, Clark, & McManus, 2000). De manière analogue, chez les personnes présentant des idées suicidaires, un état de tristesse ou de désespoir peut entraîner l’apparition d’images mentales mettant en scène le projet suicidaire (Holmes, Crane, Fennell, & Williams, 2007). D’autre part, les images mentales déclenchent souvent des états émotionnels intenses et congruents au contenu de la visualisation. Ainsi, par exemple, les personnes qui visualisent une rencontre sociale rassurante auront tendance à se sentir apaisées, alors que celles qui s’imaginent subir un rejet social auront plutôt tendance à ressentir de l’anxiété (Ceschi, Banse, & Van der Linden, 2009). De par ces liens étroits et réciproques entre imagerie mentale et vie affective, l’imagerie mentale occupe une place de choix dans la compréhension des troubles émotionnels (Holmes & Mathews, 2005, 2010).

Dans le prolongement de ces idées, les modèles cognitifs de la mémoire autobiographique les plus aboutis soulignent le lien qui existe entre l’imagerie mentale, en particulier dans sa forme visuelle, et les souvenirs autobiographiques (Conway & Pleydell-Pearce, 2000 ; Rubin, 2005). Dans ces modèles cognitifs de la mémoire autobiographique et du Self, les images mentales sont considérées comme des représentations extrêmement riches de nos expériences passées (avec de nombreux détails perceptifs et émotionnels), mais aussi de notre identité, de nos croyances et de nos buts personnels. Par rapport aux pensées verbales, plus analytiques et abstraites, les images mentales offrent donc une voie d’accès privilégiée à nos états émotionnels. Cette supériorité de l’imagerie mentale sur le langage avait déjà été soulignée par Aaron Beck il y a 50 ans. Ce dernier notait que le travail sur les images permettait d’accéder aux « cognitions chaudes » (c’est-à-dire aux pensées chargées en contenus affectifs) et représentait donc un outil puissant pour ouvrir la voie au changement psychologique. Ces observations ont été confirmées plus tard par les études menées en laboratoire qui ont démontré qu’une pensée représentée sous la forme d’une image mentale avait davantage de retentissement émotionnel qu’une pensée verbale (Holmes & Mathews, 2010).

L’emploi de l’imagerie mentale en tant que technique d’intervention psychologique n’est pas chose nouvelle (pour une revue historique, voir Edwards, 2011). Cependant, les techniques d’imagerie mentale ont récemment bénéficié d’un regain d’attention grâce, notamment, aux démonstrations empiriques de l’efficacité thérapeutique de la Rescénarisation en Imagerie (RI ; Holmes, Arntz, & Smucker, 2007 ; Stopa, 2011). La RI, dont l’objectif est d’intervenir directement sur le contenu des images mentales problématiques afin d’en modifier l’interprétation, a été appliquée à de nombreux troubles, tels que l’état de stress post-traumatique (ESPT ; Smucker, Dancu, Foa, & Niederee, 1995), les troubles de la personnalité (Arntz, 2011), l’anxiété sociale (Wild, Hackmann, & Clark, 2007) ou encore la dépression (Wheatley et al., 2007). Dans le chapitre 4, nous présenterons des données empiriques et des instruments pratiques en lien avec l’application de la RI. Des exemples d’application de la RI à différents contextes cliniques seront décrits dans le chapitre 5 (nous verrons, par exemple, l’application de la RI à l’ESPT au point 1.2, une autre application à la dépression au point 2.1, à l’anxiété sociale au point 3.1, ou encore aux symptômes obsessionnels compulsifs au point 4.1 de ce même chapitre).

Bien évidemment, l’utilisation de l’imagerie mentale en psychopathologie cognitive ne se limite pas à la RI. Notre livre passe ainsi en revue un ensemble d’outils psychologiques en lien avec les processus d’imagerie mentale. Ces applications sont mises au service tantôt de l’évaluation psychologique (par exemple, lors de la formulation de cas cliniques, voir le point 2 du chapitre 2), tantôt de l’intervention psychologique visant l’apprentissage et/ou la modification des pensées, des états émotionnels et/ou des comportements (chapitres 4 et 5).

Comme nous le verrons dans ce livre, l’utilisation fondée théoriquement et empiriquement de l’imagerie mentale dans le champ de la psychopathologie cognitive expérimentale est désormais vaste et bien documentée. L’imagerie mentale se fonde sur un réservoir extrêmement riche de connaissances empiriques et théoriques qui puisent leurs sources dans des pratiques de guérison qui ont vu le jour il y a plus de 20 000 ans (Edwards, 2011). Ces pratiques ont connu un regain d’intérêt suite aux récentes avancées dans les domaines de la psychologie cognitive, de la psychopathologie expérimentale et des neurosciences (pour une revue de cette littérature, voir Pearson et al., 2015).

Les chapitres 2 et 4, ainsi que les annexes en fin d’ouvrage, fourniront des instruments pratiques afin que les professionnels de la santé mentale puissent transférer les connaissances scientifiques sur l’imagerie mentale à leur pratique clinique quotidienne. Plus spécifiquement, le lecteur trouvera en annexe la version française (effectuée par une technique de traduction/rétro-traduction) de nombreuses échelles développées récemment dans le but de mesurer une ou plusieurs facettes de l’imagerie mentale. C’est, par exemple, le cas de l’Échelle d’Utilisation Spontanée de l’Imagerie Mentale de Kosslyn et collaborateurs (SUIS-F : voir version française dans l’annexe 1), du Questionnaire sur la Vivacité de l’Imagerie Visuelle (VVIQ-2-F ; annexe 7) ou encore du Questionnaire de Plymouth sur l’Imagerie Sensorielle (PSIQ-F ; annexe 11). Si ces trois échelles sont utilisées principalement à des fins de recherche pour déterminer le niveau général d’utilisation de l’imagerie mentale dans la vie quotidienne, d’autres échelles ont été développées dans le but d’explorer des dimensions plus « cliniques » de l’imagerie mentale. Ainsi, l’imagerie intrusive pourra être évaluée par le Questionnaire sur la Réponse aux Intrusions (RIQ-F ; Clohessy & Ehlers, 1999 ; annexe 2), l’Échelle d’Impact de l’Événement (IES-R-F ; Weiss & Marmar, 1997 ; annexe 3), l’Échelle d’Impact des Événements Futurs (IFES-F ; Deeprose & Holmes, 2010 ; annexe 4) ou le Questionnaire sur l’Expérience de Craving (CEQ-F ; May et al., 2014 ; annexe 9). Ces échelles, que nous mettons à disposition du public en langue française, permettent d’identifier les principaux mécanismes à la base des processus d’imagerie mentale et d’en suivre l’évolution au fil d’une prise en charge. Les annexes du présent ouvrage sont également complétées par des outils pouvant guider l’observation clinique de l’imagerie mentale lors de la prise en charge. Ainsi, l’annexe 5 reproduit le canevas d’un entretien semi-structuré d’évaluation des images intrusives. Les informations recueillies pourront être résumées dans la « Fiche de micro-formulation d’une image intrusive » (annexe 6) qui offre un cadre d’analyse et de formulation du cas spécifique présenté par le patient. Cette analyse minutieuse peut être complétée par une observation plus large des images intrusives observables au fil du temps (voir, par exemple, le « Journal pour le relevé des images intrusives », proposé dans l’annexe 10). Finalement, nous proposons également deux protocoles d’intervention (« Un aide-mémoire pour la réalisation d’une intervention psychologie fondée sur la Rescénarisation en Imagerie », annexe 12, et le récent Protocole d’Imagerie Mentale Fonctionnelle (FIT) inspiré des travaux d’Andrade et al., 2016 ; annexe 13).

En résumé, outre une synthèse critique de la littérature contemporaine relative à l’imagerie mentale en psychopathologie cognitive, le présent ouvrage met à disposition du lecteur divers outils encore trop difficilement accessibles en version française. Notre souhait est que ces outils pratiques et les données théoriques, empiriques et cliniques qui les accompagnent puissent contribuer à la dissémination de l’imagerie mentale dans la pratique clinique des professionnels francophones.

CHAPITRE 1

L’imagerie mentale en psychopathologie cognitive

Dans ce chapitre, nous présenterons les racines de l’utilisation des techniques d’imagerie mentale au fil de l’histoire de l’humanité et de la psychothérapie. Après cette brève présentation historique, ce chapitre se consacrera aux principales théories contemporaines du traitement cognitif des images mentales ainsi qu’à leurs implications cliniques. Une attention particulière sera portée à la description des processus cognitifs subjacents à la production d’images mentales récupérées en mémoire autobiographique aussi bien de manière volontaire qu’involontaire.

1.1 Historique

Dans ses notes historiques sur l’imagerie mentale, Edwards (2011) souligne que les pratiques de visualisation ont été utilisées depuis plus de 20 000 ans pour anticiper le changement du cours des événements ou pour « cicatriser » les séquelles des traumatismes psychologiques. Depuis cette époque, les images mentales ont nourri la réflexion sur la connaissance humaine. Ainsi, les rituels fondés sur l’imagerie mentale se déploient du chamanisme atavique à la réalité virtuelle, en passant par l’ancienne Égypte et les praticiens de la Grèce antique.

Important outil de connaissance du monde, du futur et de soi-même, la réflexion sur l’imagerie mentale a nourri l’histoire de la philosophie. Dans sa célèbre allégorie de la caverne (livre VII de La République), Platon expose en des termes métaphoriques le difficile cheminement de l’homme vers la connaissance de la réalité. Cette dernière est réduite à des images simplifiées et déformées qu’il est difficile de transmettre aux autres. Dans la caverne de la nature humaine, où nous sommes tous prisonniers, enchaînés le dos à l’entrée, nous ne pouvons connaître la réalité que par ses ombres portées sur la paroi de la grotte. Cette connaissance, indirecte et partielle, est certes difficilement partagée, car construite sur des images mentales issues d’expériences individuelles. Cependant, ce n’est qu’au travers de ces représentations sensorielles subjectives que l’homme peut se construire une représentation de la réalité. Ces images mentales lui permettront ainsi d’agir et, à terme, d’espérer s’affranchir de ses chaînes.

Les premières utilisations psychothérapeutiques de l’imagerie mentale, proposées par Pierre Janet dans L’automatisme psychologique (1889), ont été largement ignorées du vivant de l’auteur (Van der Kolk & Van der Hart, 1989). Janet y décrit l’utilisation de diverses méthodes d’intervention psychologique s’appuyant sur l’imagerie mentale comme, par exemple, la « substitution des images », ou le « dialogue imaginaire ». Ainsi, par exemple, Janet rapporte le cas d’une femme qui souffre d’un deuil pathologique et qu’il aide à remplacer l’image intrusive de son fils décédé par une image plus sécurisante de fleurs en éclosion (métaphore de la vie qui continue). Une autre de ses patientes, Justine, a vu dans son enfance deux personnes mourir du choléra. Adulte, elle en conserve une crainte envahissante de mourir de cette même maladie. Accompagnée par Janet dans un voyage imaginaire au cœur de ses peurs, Justine finit par dénicher au fond de son esprit l’image du choléra, qu’elle imagine comme étant bleuâtre et puant. L’apparition de cette image mentale, fantaisiste mais effrayante, ouvre un premier espace de dialogue entre la patiente et Janet. Ce dialogue permettra une réévaluation des craintes de Justine et, progressivement, une amélioration de sa symptomatologie. Marie, une autre patiente de Janet, présente une cécité de conversion de l’œil droit. Cette cécité de longue durée a commencé pendant l’enfance après avoir dormi à la gauche d’une fillette dont le visage était couvert de pustules et de croûtes à cause d’une dermatose. Janet remplace le souvenir traumatique du visage meurtri par l’image d’un joli visage de jeune fille. La cécité de Marie s’améliore. Au carrefour entre hypnose, psychosomatique et psychanalyse, les méthodes de Janet utilisent l’imagerie mentale pour explorer et modifier les émotions et les croyances qui alimentent la souffrance des patients. Dans ce sens, les procédures décrites par Janet peuvent être considérées comme le véritable ancêtre des interventions psychologiques cognitives décrites dans ce livre.

Au XXe siècle, l’imagerie mentale ne disparaît pas entièrement du champ de la psychothérapie occidentale. Son utilisation reste toutefois marginale avec, malgré tout, quelques exceptions notoires, comme son emploi dans le cadre de la Gestalt-thérapie et des premières vagues de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC).

Psychanalyste réputé, bohème, humaniste, intéressé à l’art et à la culture, Fritz Perls (1893-1970) développe la Gestalt-thérapie aux États-Unis dans les années cinquante. L’imagerie mentale y est largement utilisée lors d’exercices de « mise en scène » des plaintes des patients. Elle permet de dépasser les résistances inhérentes à l’élaboration des contenus cognitivement et émotionnellement pénibles et donc évités. De ce fait, la visualisation permet de revisiter mentalement les unfinished business (les « problèmes non résolus ») ou les Gestalts restées « ouvertes ». Afin d’aider ses clients à « fermer » ces Gestalts, Perls leur suggère de commencer le processus thérapeutique par l’identification d’une image mentale en lien avec leur plainte. Cette image mentale est souvent retrouvée en rêves ou récupérée de manière spontanée lors de processus associatifs en partant de la plainte évoquée (par exemple, « Avez-vous un exemple spécifique ? »). Une fois l’image identifiée, Perls encourage son patient à fermer les yeux afin de focaliser son attention sur les sensations corporelles et les émotions associées à l’image mentale qui est revécue volontairement dans le cadre de la prise en charge. Ce travail permet de décloisonner l’interprétation liée à l’image d’origine et, surtout, d’exprimer les besoins restés jusqu’alors inavoués ou inassouvis. Au fil de ce travail, une restructuration cognitive de la situation problématique peut se produire spontanément ou être encouragée par un questionnement de la part du thérapeute. Bien que très riche, cette approche n’a pas fait l’objet de validations empiriques.

Dès les années soixante-dix, Aaron T. Beck (psychiatre américain, né en 1921, considéré comme le père fondateur de la psychothérapie cognitive) intègre cet outil en l’alimentant de sa propre réflexion sur les patients anxieux (Beck, Emery, & Greenberg, 1985). Selon Beck, les anxieux présentent des croyances qui sont contradictoires par rapport aux situations qu’ils redoutent, ce qu’il appellera la double croyance ou système de double standard. Loin du danger, les anxieux fonctionnent prioritairement dans un système de croyances rationnel qui leur permet d’évaluer la probabilité du danger comme étant relativement faible (cold cognitions). Par contre, à proximité d’une menace (réelle ou redoutée), des images mentales involontaires font irruption dans leur esprit et déclenchent une forte détresse émotionnelle et des pensées catastrophistes (hot cognitions). C’est dans ces « cognitions chaudes » (et non pas dans leur pendant froid) que gît le véritable substrat des croyances dysfonctionnelles et des réactions émotionnelles pathologiques que l’on observe en psychopathologie. Pour Beck, l’amélioration clinique exige donc l’accès aux « cognitions chaudes » contenues dans les images mentales. C’est par la restructuration de ces représentations perceptives et émotionnelles, bien plus que par l’analyse (même socratique) des plaintes de la personne, que passera la réussite thérapeutique.

Ces considérations renferment des éléments importants de notre compréhension contemporaine de l’imagerie mentale en psychopathologie cognitive. Cependant, les intuitions cliniques de Beck sur l’imagerie mentale ne seront adoptées que bien des années plus tard. Par exemple, dans son travail pionnier d’exploration des images mentales, Beck constate que les images les plus pénibles sont généralement récupérées en mémoire de manière involontaire et associative, car elles sont déclenchées par la rencontre fortuite avec des stimuli sensoriels externes (comme un bruit de crissement de pneu sur la route) ou internes (comme l’accélération du rythme cardiaque). Pour Beck, les personnes se comportent face à ces stimuli comme s’ils étaient des signaux d’alerte annonciateurs de la menace redoutée (par exemple, un accident de la route, un infarctus). L’identification de ces indices de récupération mnésique est donc cruciale afin de procéder à l’identification des craintes de la personne et des croyances dysfonctionnelles qui y sont associées.

Ces considérations, en avance de 20 ans sur les développements contemporains de la TCC, ont contribué à faire circuler l’idée que l’imagerie mentale pouvait constituer un outil d’exploration et d’intervention extrêmement utile pour la prise en charge des patients anxieux et dépressifs. Cependant, ces idées ont survécu au sein des courants TCC de manière relativement confinée, s’appuyant davantage sur des observations cliniques que sur des recherches scientifiques. Néanmoins, certains grands noms de la psychologie et de la psychothérapie du XXe siècle se sont illustrés par leur utilisation de l’imagerie mentale à des fins thérapeutiques. C’est le cas notamment de Joseph Wolpe (1958) qui utilisait l’imagerie mentale pour effectuer des désensibilisions systématiques in sensu ou d’Arnold Lazarus (1968) qui proposait à ses patients déprimés de modifier leurs images mentales en se projetant dans le futur au travers de scénarios hypothétiques qui se terminaient positivement.

Dans le domaine de la recherche, les travaux de Peter Lang et d’Allan Paivio ont fortement contribué au développement des connaissances sur l’imagerie mentale. Intéressé par la puissance émotionnelle de l’imagerie mentale, Peter Lang (1979) a proposé un modèle théorique selon lequel l’image d’un stimulus chargé émotionnellement (par exemple, une araignée) activerait en mémoire un réseau associatif d’informations (perceptives, sémantiques, motrices) qui serait identique à celui activé pendant l’expérience réelle. Cette correspondance perceptive entre image mentale et réalité explique, selon Lang, pourquoi une interaction « imaginaire » avec un stimulus peut déclencher des réponses émotionnelles semblables à celles observées lors d’une interaction réelle avec ce même stimulus. Considérant que l’imagerie mentale permet de simuler une expérience « quasi réelle », Lang a suggéré que celle-ci soit exploitée dans le contexte clinique afin d’encourager les patients à s’exposer (en imagination) à ce qu’ils craignent. Pour Lang, l’exposition en imagerie devait faciliter les processus d’extinction et d’habituation aux stimuli redoutés (Lang, Melamund, & Hart, 1970).

Sur un plan plus théorique, Paivio (1971) a postulé que l’information visuelle et l’information verbale étaient traitées dans des systèmes de mémoire indépendants bien qu’interconnectés. Selon cette hypothèse dite du « double système de codage de l’information », il y aurait un système mnésique dévolu à la gestion de l’information visuelle et un autre dévolu à la gestion des informations verbales et linguistiques. Selon Paivio (1991), les personnes présenteraient des différences interindividuelles dans leur mode préférentiel de traitement de l’information. En choisissant ce mode de traitement préférentiel, la personne optimalise ses compétences d’apprentissage et de mémorisation. Ainsi, certains individus auraient une préférence pour le traitement linguistique (les « verbaliseurs »), alors que d’autres auraient davantage recours au mode imagé (les « visualiseurs »). Cette différence dispositionnelle peut être mesurée à l’aide du questionnaire de Paivio (Paivio & Harshman, 1983). La distinction entre « verbaliseurs » et « visualiseurs » permet de personnaliser les programmes de revalidation neuropsychologique en fonction des prédispositions inter-individuelle (Seron, 2002). D’après cette perspective, l’imagerie mentale comme outil d’apprentissage devrait être prioritairement utilisée chez les « visualiseurs ».

Ce n’est qu’au début du XXIe siècle que les interventions psychologiques portant sur les images mentales ont véritablement émergé dans le champ de la psychothérapie cognitivo-comportementale. L’intérêt académique pour l’imagerie mentale s’est développé en Europe (prioritairement en Angleterre et au Pays-Bas) vers le tournant du millénaire, sous l’impulsion de personnes charismatiques et en avance par rapport au « Zeitgeist » TCC, telles qu’Ann Hackmann (1998), Emily Holmes (2004), Arnoud Arntz (2012), Mervin Smucker (1995) ou Paul Gilbert (2004). À cette époque, la plupart des cliniciens et des chercheurs TCC restait pourtant suspicieux à l’égard des techniques d’imagerie mentale. Ainsi, le 30 juillet 2007, Ann Hackmann (pionnière de l’imagerie mentale en Angleterre) se confiant à un collègue sud-africain lui rappelait qu’à l’Université de Londres « on nous interdit de lire des choses sur l’hypnothérapie ou de planifier des études avec ces méthodes ». La même année, Thomas Dowd (2004) se rappelle d’un collègue lui disant de ne pas utiliser l’imagerie mentale parce qu’elle est « puissante » (ces communications personnelles sont rapportées par Edwards, 2007, p. 307 ; traduction personnelle).

Actuellement, le domaine des interventions fondées sur l’imagerie mentale est en pleine effervescence, et les premiers résultats obtenus sont très prometteurs. L’objectif de ce livre est de synthétiser cette littérature pour convaincre le lecteur francophone de l’intérêt et de l’utilité de l’imagerie mentale en psychopathologie cognitive.

Pour l’essentiel

L’histoire de l’imagerie mentale se déploie sur une période d’au moins 20 000 ans, depuis les rituels chamaniques de nos ancêtres jusqu’à la réalité virtuelle la plus récente.Les premières utilisations psychothérapeutiques de l’imagerie mentale ont été proposées par Pierre Janet vers 1889.Au XXe siècle, l’imagerie mentale ne disparaît pas entièrement du champ de la psychothérapie occidentale. Son utilisation reste toutefois marginale avec, malgré tout, quelques exceptions notoires, comme son emploi dans le cadre de la Gestalt-thérapie, de l’hypnose et des premières vagues de thérapie comportementale (par exemple, dans les tâches d’exposition en imagerie).Ce n’est qu’au début du XXIe siècle que les interventions psychologiques portant sur les images mentales ont véritablement émergé dans le champ de la psychothérapie cognitivo-comportementale, principalement en Angleterre et aux Pays-Bas.Actuellement, le domaine des interventions fondées sur l’imagerie mentale est en pleine effervescence, et les résultats obtenus quant à son efficacité thérapeutique sont prometteurs. Malheureusement, pour l’heure, l’imagerie mentale en psychologie clinique reste peu accessible au public francophone.

1.2 Les images mentales en psychopathologie cognitive

1.2.1 Le Self se fait son cinéma

Les images mentales sont des représentations sensorielles qui peuvent être porteuses d’un message important sur la personne, en lien étroit avec son Self et ses buts. Bien plus que les représentations verbales, les images mentales peuvent être considérées comme le véritable langage du Self (Conway, Meares, & Standart, 2004 ; Conway & Pleydell-Pearce, 2002). Les plus influents théoriciens de la mémoire autobiographique (voir, par exemple, la figure 1) soutiennent l’idée qu’il existe un lien étroit entre images mentales, Self, mémoire autobiographique et identité (Conway, 2005 ; Mace, 2007 ; Rubin, 2005 ; Singer, 2005 ; Tulving, 2002).

Figure 1 – Illustration schématique du modèle « Self memory System (SMS) » (adapté de Conway, 2005 ; Conway & Holmes, 2005 ; Conway & Pleydell-Pearce, 2000 ; Conway, Singer, & Tagini, 2004).

En dépit de quelques divergences d’opinions, comme illustré dans la figure 1, la grande majorité des psychologues cognitivistes contemporains considèrent le Self comme une entité mentale complexe, intégrant dans une représentation cohérente et stable des souvenirs autobiographiques stockés sous la forme d’images vivaces et riches en détail sensoriels (par exemple, « Le 5 janvier 2002, j’ai eu cet accident de ski qui a changé ma vie… »). Ces informations idiosyncratiques, stockées en mémoire épisodique, s’articulent avec des représentations définissant le soi de manière plus conceptuelle (en lien, par exemple, avec le soi idéal) telles que, par exemple, les connaissances sémantiques de soi (par exemple, « Je suis quelqu’un de courageux… »), les scripts personnels conditionnels (par exemple, « Si je montre mes faiblesses, alors personne ne m’aimera ») ou inconditionnels (par exemple, « Il faut être fort »), les buts de la personne (par exemple, « J’aimerais être un aventurier »), ainsi que ses croyances, normes et valeurs.

Malgré sa fonction de stabilisation du fonctionnement psychique, il ne faut pas concevoir le Self comme une représentation figée. Bien au contraire, le contenu du Self est constamment reconstruit dans le moment présent. Le Self est, à la fois, un contenu (Self-contenu) et un processus de reconstruction d’une représentation identitaire en fonction du vécu et des buts de la personne dans l’ici et maintenant (Self-processus). Le produit conscient de cette reconstitution peut s’exprimer dans une image mentale.

1.2.2 Récupération volontaire des images mentales

Les images mentales peuvent être retrouvées en mémoire par deux processus de récupération distincts : l’un dit « volontaire », l’autre « involontaire ». Ces deux processus de récupération sont étroitement liés. Ainsi, une recherche volontaire peut parfois aboutir à la récupération involontaire d’une image mentale. À l’inverse, la récupération involontaire peut déclencher un certain nombre de cycles d’élaboration et de recherche volontaire d’images mentales de remplacement.

Le processus de récupération volontaire, dit génératif, permet la récupération d’une image mentale à partir d’instructions (par exemple, imagerie mentale guidée) ou d’objectifs personnels (par exemple, « Je veux garder en mémoire l’image d’un lieu sûr »). La construction de l’image mentale se fait à partir d’informations stockées en mémoire autobiographique, par des cycles d’élaboration et de recherche, en partant du niveau le plus général vers le plus spécifique. Ces cycles de recherche orientent l’activation des images sensorielles (système de mémoire épisodique) qui vont se présenter à la conscience sous la forme d’une image mentale complexe. Pour investiguer ce processus, Haque et Conway (2001) ont réalisé une série d’études dans lesquelles ils proposaient à des participants de retrouver des images mentales aussi détaillées et vivaces que possible à partir d’indices verbaux (comme le mot « vacances »). Les réponses des participants étaient relevées à 2, 5 et 30 secondes et catégorisées en « image mentale spécifique », « savoir autobiographique général », et « rien ne se présente à l’esprit de la personne ». Après seulement 2 secondes, 44 % des souvenirs rapportés étaient des images mentales spécifiques. Cette rapidité dans l’activation d’une image mentale vivace et détaillée plaide en faveur d’une récupération mnésique directe plus que d’une récupération fondée sur des cycles de recherche générative. Cependant, le pourcentage d’images spécifiques augmente avec le temps, et donc avec le nombre de cycles de recherche et d’élaboration en mémoire autobiographique. Après 5 secondes de recherche volontaire, le pourcentage de récupération d’images mentales spécifiques passait à 70 %. Après 30 secondes de recherche volontaire en mémoire, la grande majorité des réponses fournies par les personnes (90 %) correspondaient à la récupération d’une image mentale spécifique. Dans l’ensemble, cette étude montre que les images mentales font fréquemment l’objet d’une récupération directe et rapide. Il est néanmoins intéressant de constater qu’environ 10 % des souvenirs rapportés après 30 secondes de recherche volontaire restaient, malgré tout, au niveau du souvenir générique. En outre, dans une petite minorité de cas (environ 1 %), les personnes affirmaient que même après 30 secondes de recherche active « rien ne leur est venu à l’esprit ». Ceci pourrait s’apparenter à la récupération générative tronquée que l’on décrit couramment chez des patients déprimés du fait de leurs problèmes d’attention et de concentration, ou leur besoin d’arrêter précocement les cycles d’élaboration et de recherche des souvenirs autobiographiques afin de limiter la souffrance associée à la récupération d’une image mentale spécifique. Ainsi, il a été démontré que les personnes souffrant de dépression tendent à rappeler des souvenirs autobiographiques aspécifiques ou généraux (pour une revue de cette littérature, voir Williams et al., 2006). Bien que ces recherches aient porté sur les souvenirs narratifs exposés verbalement, le manque de spécificité pourrait également s’appliquer à la récupération volontaire d’images mentales. Des recherches futures devraient permettre de vérifier cette hypothèse.

La littérature portant sur les effets de l’imagerie mentale volontaire sur les émotions, les processus cognitifs, les attitudes ou les performances réelles est tellement vaste qu’elle dépasse de loin l’objectif de ce livre. En dehors des effets sur les troubles émotionnels (par exemple, ESPT, dépression, anxiété sociale, TOC, abus de substances) que nous détaillerons, l’imagerie mentale volontaire (ou guidée) a couramment été utilisée pour induire des émotions (y inclus dans les laboratoires de psychologie pour notamment modifier les jugements, les stéréotypes ou les attitudes des gens ; Blair, Ma, & Lenton, 2001), ainsi que pour améliorer l’apprentissage et les performances dans divers secteurs tels que la réhabilitation motrice, l’éducation ou le sport (Martin, Moritz, & Hall, 1999).

Dans le domaine de l’émotion, une étude récente souligne de manière élégante la similarité d’activation cérébrale que l’on peut obtenir en réponse à des sources émotionnelles externes, tout comme en réponse à des sources internes générées par imagerie mentale (Suess & Rahman, 2015). Dans cette étude, les auteurs comparent les potentiels évoqués au niveau cortical produits par la perception d’expressions faciales de joie, colère ou neutres, avec ceux produits par l’imagination de ces mêmes expressions faciales en absence de toute stimulation externe. L’étude montre que le cerveau répond de manière analogue (et à des temps comparables) aux événements émotionnels imaginés et réellement perçus. Cette conclusion s’accorde avec une longue série de résultats de laboratoire initiés par les observations de Peter Lang (1993). À cette époque déjà, l’équipe de Lang avait montré que les réponses psychophysiologiques périphériques (par exemple, rythme cardiaque, respiration, conductance de la peau) obtenues par l’exposition à des objets menaçants (par exemple, pistolet, serpent) pouvaient également être obtenues suite à la visualisation mentale de ces mêmes objets. Ces résultats s’accordent avec ceux ayant montré les effets de l’imagerie mentale sur les diverses composantes du processus émotionnel (sentiment subjectif, réponse psychophysiologique, activité cérébrale ; voir par exemple, Ceschi et al., 2009). Dans ce domaine, les études les plus innovantes ont montré de manière solide que les structures corticales en lien avec les circuits de l’émotion sont impliquées dans les processus d’imagerie mentale d’événements ou de stimuli à caractère émotionnel (Kim et al., 2007 ; Kosslyn et al., 1996).

Un nombre important de travaux s’est également penché sur l’influence de l’imagerie mentale sur la performance motrice et sportive (Driskell, Cooper, & Moran, 1994), voire sur l’apprentissage moteur ou les aspects cognitifs du contrôle de l’action (Mast, Berthoz, & Kosslyn, 2001). Ces recherches ont permis d’établir que l’imagerie mentale pouvait favoriser ce type d’apprentissage et même sa rééducation après accident (Di Nuovo, De La Cruz, Conti, Buono, & Di Nuovo, 2014). Cet effet se fonde sur la similitude de l’activité cérébrale observable en situation de réalisation de l’action et de simulation mentale de l’action. Les données empiriques concernant l’entraînement moteur par imagerie mentale se sont multipliées à la fois dans le cadre de l’apprentissage d’actions motrices simples que complexes, tels que le golf (Frank, Land, & Schack, 2013), le tennis et le football (Wriessnegger, Steyrl, Koschutnig, & Müller-Putz, 2014). Cette vaste littérature indique globalement que l’imagerie mentale entraîne des effets bénéfiques sur la réhabilitation motrice et l’apprentissage d’actions complexes, surtout lorsque l’imagerie mentale est utilisée en combinaison avec l’exécution motrice réelle (Wriessnegger et al., 2014).

1.2.3 Récupération involontaire des images mentales

La grande majorité des études psychologiques portant sur l’imagerie mentale s’est focalisée sur les processus de récupération volontaire, en négligeant les processus de récupération involontaire. Or il est désormais reconnu que les images involontaires sont aussi fréquentes que celles qui sont volontaires (Rasmussen & Berntsen, 2011).

La madeleine de Proust constitue l’illustration emblématique du processus de récupération involontaire d’images mentales spécifiques (Proust, 1913). Dans cet exemple, un indice de récupération (le goût de la madeleine) révèle à la conscience du protagoniste, dans une effervescence de détails sensoriels et affectifs, tout un pan de sa vie que ce dernier pensait à jamais oublié. Cette récupération mnésique, soudaine et spontanée, se produit par un mécanisme d’association involontaire déclenché par un indice de récupération (Berntsen, 1996 ; Brewin et al., 2010). N’importe quel stimulus externe (par exemple, un son, un goût, un bruit, un objet) ou interne (par exemple, une douleur, une émotion, une pensée) peut déclencher une image mentale.

Le lien entretenu entre ce stimulus déclencheur et l’image mentale récupérée peut être sémantique (le mot « vacances » qui déclenche l’activation directe d’une image mentale des vacances spécifiques). Cependant, ce lien est souvent idiosyncratique et inconscient (voir l’exemple de Proust). Dans ce sens, suivant un principe de correspondance spatio-temporelle, n’importe quel stimulus encodé au moment de l’événement d’origine peut acquérir le statut d’indice de récupération et peut déclencher successivement l’activation, directe et non désirée, d’une image intrusive (Rothschild, 2000).

Les premières descriptions d’images involontaires relèvent de la psychopathologie et plus particulièrement de la description de l’état de stress post-traumatique (ESPT). Depuis leur création en tant que catégorie nosographique (American Psychiatric Association, 1980), les symptômes de reviviscence (regroupant diverses formes de récupération involontaire d’images mentales en lien avec le traumatisme d’origine, telles que les flash-back ou les cauchemars) sont considérés comme étant une manifestation clé des tableaux cliniques d’origine post-traumatique. De par cet intérêt né au sein de la littérature sur l’ESPT, beaucoup de ce qui est actuellement connu au sujet des images intrusives relève d’observations de personnes souffrant d’un trouble de l’adaptation à une situation stressante.

Ces observations suggèrent que les images intrusives (flash-back) tendent à être répétitives, non désirées et difficilement contrôlables. Elles sont considérées comme des reproductions très réalistes (bien que souvent partielles) de l’événement traumatique d’origine, dont elles constituent une forme de souvenir perceptif. Ces images intrusives (souvenirs, fragments de souvenirs) sont issues d’un processus de récupération mnésique de type associatif, activé par la rencontre fortuite avec un indice de récupération (un stimulus en lien avec le traumatisme d’origine). Ces souvenirs vivaces, automatiques et détaillés de l’événement traumatique contrastent avec la mémoire défaillante du traumatisme couramment décrite en situation de narration verbale (par exemple, souvenirs du drame confus, récit fragmenté, oubli de points importants de l’événement). Pour expliquer ce paradoxe apparent, le modèle de la double représentation mnésique du traumatisme (Brewin, 2003 ; Brewin, Dalgleish, & Joseph, 1996) propose l’existence de deux systèmes de mémoire du traumatisme distincts et fonctionnant en parallèle.

Le système de Mémoire Accessible Verbalement (VAM) assure l’encodage d’informations avec une haute discrimination, de qualité, en association avec leur contexte temporel et spatial. Cet encodage verbal se fait lentement, par la répétition des informations pertinentes qui, progressivement, se consolident dans un souvenir autobiographique accessible verbalement et volontairement. Le fonctionnement du VAM est favorisé par un niveau modéré d’activation physiologique et entravé par des activations de forte intensité. Il permet la récupération volontaire de représentations traumatiques au sein d’une narration verbale (souvenir autobiographique courant).

Le système de Mémoire Accessible Situationnellement (SAM), permet un encodage rapide, mais imprécis, de nombreux détails sensoriels du traumatisme. En revanche, il n’encode pas les informations contextuelles liées à l’adresse spatio-temporelle du souvenir. C’est le SAM qui constitue le système mnésique à la base de la récupération des images intrusives du traumatisme.

Il a été proposé que le rétrécissement attentionnel entraîné par une situation stressante, tout comme la perte des fonctions hippocampiques, diminue la quantité d’informations encodées dans le VAM (Brewin, 2003). Cette diminution de l’encodage verbal du traumatisme peut être accentuée par des réactions péritraumatiques courantes, telles que la dissociation (Hagenaars & Krans, 2011). Cependant, vu que l’information sur le traumatisme est importante pour la survie de la personne, elle se voit néanmoins encodée de manière rapide mais superficielle (perceptive) au niveau du SAM. Les images intrusives et les flash-back peuvent donc être considérés comme des représentations du traumatisme perceptives et sommaires, qui font irruption dans la conscience de la personne pour l’alerter d’un danger potentiellement imminent. Leur réactivation fréquente par des indices de récupération permet néanmoins progressivement à la personne d’effectuer un traitement en profondeur de cette information traumatique perceptive. Cette élaboration progressive va entraîner un recodage des informations traumatiques du SAM vers le VAM. La nouvelle représentation du traumatisme qui en résulte, accessible consciemment et verbalement, permettra d’inhiber l’activation automatique des informations du SAM. Ceci entraînera progressivement une diminution des images intrusives.

1.2.4 La modulation de la fréquence des images intrusives

L’idée selon laquelle les images intrusives sont issues d’un mécanisme mnésique spécifiquement dévolu au traitement des informations traumatiques a donné lieu à une vive controverse entre tenants de la double représentation mnésique (Brewin, 2003 ; Brewin, Dalgleish, & Joseph, 1996) et tenants d’une vision plus unitaire de la mémoire autobiographique (Berntsen, 2009 ; Rubin, 2005 ; Rubin, Boals, & Bernsten, 2008). Ces derniers, travaillant prioritairement avec des populations non cliniques, ont montré que les images intrusives ne sont pas uniquement le propre des personnes ayant vécu un traumatisme. En effet, les images intrusives se manifestent aussi chez les individus tout-venant. Par ailleurs, selon ces chercheurs, l’activation des images involontaires suit les mêmes principes généraux de la récupération volontaire de souvenirs autobiographiques courants. Par exemple, comme c’est le cas pour les souvenirs autobiographiques courants, les images intrusives sont plus souvent positives que négatives, et souvent en lien avec des événements chargés émotionnellement (Berntsen, 2009). Du fait de ces observations, les tenant d’une vision unitaire de la mémoire autobiographique sont arrivés à la conclusion que les souvenirs courants ne diffèrent pas des images intrusives pour ce qui est de leur processus d’encodage et de stockage en mémoire. La seule différence entre images intrusives et souvenirs autobiographiques courants réside dans leur mécanisme de récupération (l’un étant involontaire, l’autre volontaire) et dans la manière dont ils accèdent à la conscience (l’un de façon intrusive, l’autre délibérée). Les deux processus de récupération varient, néanmoins, en ce qui concerne leur efficacité à activer certains types de souvenirs. Ainsi, en accord avec Conway et Pleydell-Pearce (2000), la récupération involontaire est principalement mise au service des représentations pertinentes pour soi, et en lien avec l’identité et les buts de la personne.

Dans la grande majorité des études, les images involontaires ont été évaluées à l’aide de compte rendu écrit quotidiennement dans un journal (Mace, 2004). Les résultats obtenus indiquent que les images involontaires sont une expérience quotidienne relativement courante, du moins tout aussi fréquente que la récupération de souvenirs volontaires (Rubin & Berntsen, 2009). Cependant, l’incidence des images involontaires varie fortement entre les individus : certaines personnes rapportent de nombreuses intrusions, d’autres pas du tout. À ce jour, cette variance interindividuelle n’a pas été totalement expliquée. La littérature permet néanmoins d’identifier deux classes de facteurs qui peuvent infléchir la fréquence des images involontaires :

(a) ceux qui affectent les conditions d’encodage et de consolidation des informations stockées en mémoire,et (b) ceux qui affectent les processus de récupération mnésique.

(a) Les modifications de la fréquence des images mentales en fonction des variations dans l’encodage et la consolidation mnésique

Au-delà des divergences d’opinions, la majorité des chercheurs contemporains reconnaît que la fréquence des images involontaires est modulée par des facteurs agissant au niveau de l’encodage et de la consolidation mnésique de l’information (on considère que la consolidation mnésique se déroule dans les 6 heures qui suivent directement l’événement). Ce domaine d’étude s’appuie sur le modèle de la mémoire de travail de Baddeley (1986), qui se fonde sur les deux principes suivants : toute image mentale est constituée d’informations visuo-spatiales, et tout encodage (ou consolidation mnésique) d’une information nécessite des ressources de traitement (ces dernières pouvant être tantôt visuo-spatiales, tantôt verbales). Sur cette base, de nombreux auteurs ont postulé que le traitement des stimuli stressants (comme le visionnage d’un film d’horreur) nécessite des ressources visuo-spatiales. Ainsi, en situation d’encodage des stimuli stressants, la saturation des ressources de traitement visuo-spatiales (par exemple, par l’exécution d’une tâche visuo-spatiale concurrente, comme jouer au jeu Tétris®) devrait diminuer les ressources disponibles au traitement du stimulus stressant et, par conséquent, réduire la fréquence des images intrusives en lien avec le stimulus. Diverses études de laboratoire ont apporté des preuves allant dans ce sens (par exemple, Andrade, Bosworth, & Baugh, 2012). Les travaux d’Emily Holmes, notamment, ont montré que la fréquence des images intrusives suite au visionnement d’un film stressant variait en fonction de la double tâche effectuée soit pendant le visionnement du film, c’est-à-dire pendant l’encodage (Holmes, Brewin, & Hennessy, 2004), soit juste après le visionnage, c’est-à-dire pendant la période de consolidation mnésique du film (Holmes, James, Coode-Bate, & Deeprose, 2009). En accord avec l’idée de compétition pour les ressources de traitement, les recherches de Holmes ont montré que les images intrusives diminuaient suite à l’exécution d’une tâche concurrente de type visuo-spatiale, alors que cet effet n’était pas observé suite à l’exécution d’une tâche verbale.

À l’inverse, il a également été montré que l’occurrence des images involontaires pouvait être augmentée par un encodage superficiel des informations (data-driven processing), par opposition à un traitement en profondeur, dit conceptuel (conceptually-driven processing ; Brewin et al., 1996 ; Ehlers & Clark, 2000). L’encodage superficiel des informations renvoie à l’analyse des caractéristiques perceptives des stimuli (par exemple, la couleur d’une voiture, le bruit de crissement des pneus ou encore le parfum de l’agresseur), alors que l’encodage conceptuel se focalise principalement sur la signification de la situation vécue par l’individu. Ce dernier processus cognitif, de type top-down, est guidé par les croyances et l’apprentissage cumulés avant le traitement de l’information. En accord avec l’hypothèse de la prévalence d’un traitement orienté vers les propriétés perceptives de la situation dans la production d’images mentales, des recherches empiriques ont montré que la fréquence des images intrusives pouvait être augmentée par des traits de personnalité ou des états psychologiques favorisant un traitement superficiel de la stimulation, tels que ceux obtenus lors de la dissociation. Ainsi, il a été montré que la fréquence des intrusions pouvait être modifiée par la sévérité de la dissociation péritraumatique (Murray, Ehlers, & Mayou, 2002), par l’induction d’un état de dissociation en laboratoire (Holmes et al., 2004) ou par certaines informations contextuelles favorisant un traitement plus perceptif de la situation (Krans, Pearson, Maier, & Moulds, 2016). Dans l’ensemble, ces études ont montré qu’un traitement superficiel de l’information peut favoriser l’encodage des informations visuo-spatiales au détriment d’un traitement en profondeur donnant accès à l’encodage des informations accessibles verbalement, en lien avec l’attribution de sens. Par conséquent, un traitement superficiel (data-driven processing) en situation péritraumatique augmente le risque de développer ultérieurement des images intrusives de l’événement traumatique encodé.

(b) Les modifications de la fréquence des images mentales en fonction des mécanismes de récupération mnésique

Concernant les mécanismes de récupération mnésique, un ensemble croissant d’études récentes suggère que l’occurrence des images mentales peut être influencée par de nombreux facteurs agissant au moment de la réviviscence, tels que la détresse émotionnelle (Berntsen, Rubin, & Salgado, 2015), la fréquence et la qualité des indices de récupération (Vannucci, Pelagatti, Hanczakowski, Mazzoni, & Paccani, 2015), un état d’attention diffuse ou l’intensité émotionnelle de l’information récupérée et sa centralité par rapport à l’identité de la personne (Berntsen et al.