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Découvrez sans attendre tout ce qu'il y a à savoir sur l'univers d'Indiana Jones !
En moins de dix ans, de la quête emblématique de l’Arche d’alliance en 1981 à celle non moins fabuleuse du Saint Graal en 1989, le phénomène Indiana Jones n’aura peut-être jamais été réellement dépassé par une autre œuvre de son époque, sinon par l’indéboulonnable Star Wars. L’archéologue américain, aventurier dès son plus jeune âge, représente l’aboutissement de plusieurs siècles de récits d’aventure, symbolisant une humanité à la poursuite de ses repères perdus… qu’il convient alors de chercher dans le passé.
Cet ouvrage porte ainsi une responsabilité qu’il convient de ne pas mésestimer, celle de faire le point sur toutes les quêtes d’Indiana Jones, au cinéma comme à la télévision, sur l’Histoire qui les rend possibles, sur les artefacts qui les subliment ou encore sur les rencontres qui enrichissent leur signification profonde. Une manière pour nous de célébrer l’œuvre de Steven Spielberg et de George Lucas, quintessence du cinéma de divertissement.
Un ouvrage pertinent à propos des aventures du plus célèbre des archéologues !
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Seitenzahl: 660
Veröffentlichungsjahr: 2022
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L’AVENTURE EST-ELLE FORCÉMENT BELLE ?
Confinement et chaleur caniculaire dans le Gard, dans le Sud de la France (avec barbe erratique, un des avantages du « masque obligatoire », et cheveux longs en prime), paraissent le moment idéal pour revenir sur les traces du passé.
Entre 1979 et 1981, j’ai été engagé pour jouer dans deux films, Du sang sur la Tamise et Les Chiens de guerre, et également dans le drame documentaire britannique La Mort d’une princesse, qui se déroule en Arabie saoudite. C’est ce dernier qui a poussé Steven Spielberg à me proposer le rôle de René Belloq dans Les Aventuriers de l’arche perdue.
J’ai rencontré Steven Spielberg et George Lucas pour la première fois dans un petit bungalow en briques rouges à la périphérie des studios Universal à Los Angeles. Tous deux étaient allongés sur le sol et écoutaient l’un des premiers lecteurs portables de cassettes, via les premiers mini-haut-parleurs que nous ayons jamais vus. Ils m’ont invité à m’asseoir avec eux afin de partager leur émerveillement. Ce n’est qu’après avoir exprimé notre admiration commune pour cette nouvelle technologie que la raison de ma venue fut enfin abordée : « Est-ce que vous aimeriez lire le scénario ? » Eh bien, pourquoi pas ! Quelque temps plus tard : « Alors, ça vous a plu ? » Eh bien, oui ! « Parfait, nous vous tiendrons au courant dans la semaine. »
Plus tard, en Tunisie, j’ai reçu une véritable leçon de cinéma. Spielberg courait sans cesse entre trois caméras, sous une chaleur de 40 °C, s’arrêtant à peine pour regarder à travers les objectifs. Sans aucun doute, il savait ce qu’il faisait. Il criait des instructions aux acteurs pendant que les caméras tournaient ; une fois satisfait de la scène, il filait vers la suivante. Le scénario indiquait que je participais à un échange avec d’autres personnages sous une tente, avant d’être confronté à des centaines de figurants répartis sur plusieurs hectares de désert. C’était sur le site des fouilles de Tanis. L’énergie et surtout la vision de Steven étaient extraordinaires et vous emportaient avec lui. Les Aventuriers de l’arche perdue partageait la même équipe technique que celle des Chiens de guerre, filmé au Belize. Si, là-bas, il avait déjà fait chaud, ce n’était rien en comparaison de la Tunisie, où tout le monde tombait d’épuisement. Steven déjeunait à l’aide de conserves qu’il avait apportées, ce qui lui permit d’être le seul membre du tournage à ne pas tomber malade à cause de la nourriture. Ainsi, il a pu terminer le film dans les délais. Un exploit extraordinaire.
Quand on y pense, la vie représente certainement la plus grande des aventures. Bien sûr, il y a toujours des moments plus difficiles, comme lors de mes premiers camps scouts par exemple, sans oublier les tourments de l’adolescence. Mais elle peut aussi s’avérer joyeuse, capable d’émerveiller, s’approchant même à de rares moments d’un état de grâce.
Quant aux pilleurs de tombes et autres profanateurs de sépultures, ces hommes et ces femmes qui creusent littéralement la matière, ils justifieraient sans aucun doute leur activité d’abord comme une nécessité économique ; prendre de petits risques dans l’éventualité de gros profits. Je doute cependant que leur vie soit réellement synonyme d’aventure, car il manque très probablement là une caractéristique pourtant essentielle : le plaisir.
Au commencement étaient les chirurgiens qui, pour certains, achetaient sous le manteau des cadavres plus ou moins bien conservés à des fins de dissection et d’études anatomiques tandis que des archéologues, à l’instar de René Belloq et d’Indiana Jones, ordonnaient des fouilles afin de mettre la main sur des objets anciens, avec parfois d’énormes récompenses à la clé.
De toute évidence, il y avait un fossé économique entre William Burke et William Hare, célèbre duo de meurtriers à Édimbourg qui revendaient les cadavres de leurs victimes, et Robert Knox, le médecin légiste qui leur passait régulièrement commande. De même qu’il existait d’évidentes inégalités sociales entre l’archéologue Howard Carter et les hommes qu’il employait sur le terrain.
Mais tous ont en commun d’avoir financièrement tiré profit des corps ou d’antiquités négligées ou sacrées. Les marbres du Parthénon, que Lord Elgin a emportés avec lui au début du dix-neuvième siècle et qui sont depuis conservés au British Museum, sont à l’origine d’un litige durable entre Londres et Athènes. Par ailleurs, l’héritage de Howard Carter contient un certain nombre de « découvertes » égyptiennes non reconnues, voire illégales.
Dans tout ça, quelqu’un a-t-il pensé à Indiana Jones ? Car si on y regarde de plus près, l’Arche d’alliance termine le film dans un immense entrepôt qui semble rempli de trésors volés.
Il est permis également de faire une comparaison pertinente avec les conditions de travail dans le monde du cinéma. En effet, il est de notoriété publique que pour la grande scène des fouilles de Tanis, de nombreux ouvriers ont été employés sous la férule d’un entrepreneur tunisien peu scrupuleux qui les a privés de leur indemnité de repas. Un éternel recommencement ?
Si, de nos jours, la notion d’aventurier peut tout aussi bien s’appliquer à un investisseur dans le capital-risque qu’à un adolescent fumant en cachette dans un parc, je suggère à titre personnel que l’aventure avec un A majuscule se doit d’être positive et rédemptrice, car c’est tout ce dont nous avons besoin en ces temps pour le moins troubles.
Nous avons entamé cette nouvelle décennie en faisant désormais face à une crise écologique majeure – ou plutôt en nous détournant d’elle – qui, à son tour, fut éclipsée par la pandémie de Covid-19, qui a révélé une fois de plus l’insuffisance d’une grande partie des gouvernements.
À cela s’est ajoutée l’interpellation meurtrière de George Floyd. L’indignation fut mondiale. Le constat, sans appel : « Voilà notre société. Voilà quelque chose que nous pouvons et que nous devons changer. »
En d’autres mots : une aventure des temps modernes.
Dès lors, durant cette période troublée, nous avons entrevu une Terre avec moins de pollution. Nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas nécessaire que tout le monde se rende au travail. Nous avons compris que l’esprit de communauté était quelque chose de plus fort que les centres commerciaux. Et nous avons tous été sensibilisés à la véritable signification des mots « travailleurs essentiels ». Ce sont des personnes dont nous ne pouvons pas nous passer dans nos sociétés actuelles et pourtant, un grand nombre d’entre elles étaient auparavant méprisées et négligées. Maximiser les profits ou bien maximiser les biens publics ? Ce sont deux conceptions opposées.
Une fois que nous aurons réalisé qu’un vrai changement PEUT se produire, il sera dès lors impossible de l’arrêter ; ce dont les élites à la tête des pays ont peur et la raison pour laquelle elles nient le jeune pouvoir, mentant et nous trompant sans cesse, avant de finalement recourir à la violence.
Il s’agit d’une grande aventure commune. En finir avec le racisme, les inégalités et, enfin, partager équitablement notre planète. Les plus jeunes d’entre nous l’ont déjà compris et agissent en conséquence. Ils seront notre salut.
Le renouveau d’un monde drôle, inspirant et joyeux.
Paul Freeman
Interprète du personnage de René Belloq dans Les Aventuriers de l’arche perdue.
« C’est un archéologue et un anthropologue. Un Philosophiæ doctor. Il a un doctorat, c’est un professeur d’université. En fait, c’est aussi une sorte de casse-cou, un intrépide. Mais il s’est lancé dans la récupération d’antiquités, leur découverte. Ce qui devient une occupation très lucrative pour lui, donc plutôt que d’être un archéologue, il devient une sorte d’archéologue hors la loi. Et il finit vraiment par être un pilleur de tombes, sur contrat. Les musées l’emploieraient pour dérober des objets dans les sépultures. Ou les localiser. Dans le cercle de l’archéologie, il connaît tout le monde, c’est donc une espèce de détective privé pilleur de tombes. Un musée lui donnera une mission… C’est un chasseur de prime. »
George Lucas, “Raiders of the Lost Ark” Story Conference Transcript (23-27 janvier 1978)
Sous la chaleur écrasante et humide de la forêt péruvienne, une ombre se profile depuis plusieurs jours dans la dense végétation de la région d’Espíritu Pampa, le royaume perdu des Incas. En réalité loin d’être vierge, le territoire traversé par l’explorateur porte en lui un glorieux passé, hanté par des ruines parfois très imposantes, mais dont la réelle signification se noie dans le flot des millénaires tourbillonnant dans l’infini. Accompagné du professeur Harry Ward Foote de l’université de Yale, naturaliste et chimiste renommé, de son ami d’enfance et chirurgien de l’expédition le docteur William G. Erving, ainsi que de travailleurs locaux relégués au rôle de porteurs, un aventurier se dévoile. Regard déterminé, chapeau Fédora vissé sur la tête, veste de chasse et pantalon treillis dépareillés, ce très bel homme de trente-six ans dissimule une belle carrière aux universités de Harvard et de Princeton dans l’Est des États-Unis, en tant qu’enseignant d’histoire et de politique.
Personnalité académique, voire publique, passionnée par la culture antique d’Amérique du Sud – une branche bien peu développée à son époque –, il délaisse volontiers ses costumes universitaires taillés sur mesure contre un apparat bien peu distingué, mais lui permettant d’appréhender les hauteurs des environs de Cuzco en ce mois de juillet 1911, à quelque deux mille mètres d’altitude.
Ce qui semble un bon résumé de l’ouverture du film Les Aventuriers de l’arche perdue (Raiders of the Lost Ark, 1981) est toutefois l’un des plus célèbres récits d’expédition archéologique de notre temps. Hiram Bingham, troisième du nom, avec ses sidekicks dignes du docteur John Watson, ne porte pas de revolver Smith and Wesson ou un fouet accroché à la ceinture. Pourtant, il partage plus d’un point commun avec Henry Walton Jones junior, dit « Indiana », à commencer par son âge et la jungle péruvienne accueillant une expédition qui marquera la science moderne. Bingham ne découvre évidemment pas une idole de la fertilité en or massif, poursuivi par un rocher géant et traqué par les guerriers chachapoyas, mais il met au jour, aidé par des paysans locaux, le Machu Picchu, grande cité inca considérée comme la dernière capitale de cette civilisation éteinte. Cette découverte le rend immensément célèbre, notamment après un article publié dans le très respecté National Geographic d’avril 1913. Un patrimoine mondial d’une beauté rare dans les monts embrumés du Pérou, que le notable américain identifie formellement par son travail et son acharnement. L’histoire est belle, et l’exploit est louable, en plus d’alimenter les fantasmes de la haute société américaine et même mondiale.
Mais la réalité des événements sous-tend rapidement de nombreuses interrogations. Aussi noble soit la démarche scientifique d’Hiram Bingham, elle n’est en réalité pas différente des découvreurs du tombeau de Toutankhamon menés par Howard Carter en 1922 dans la vallée des Rois en Égypte, ou quand l’homme blanc accapare les merveilles d’autres civilisations pour ses propres musées : au fil des années et des expéditions qui suivent, l’universitaire pille sans scrupule des dizaines de milliers d’objets présents sur le site du Machu Picchu. Un scandale latent qui ne prend fin qu’en 2007, avec un accord trouvé entre l’université de Yale et le gouvernement péruvien pour la restitution de ce qui est, fondamentalement, un patrimoine n’appartenant qu’à son pays d’origine, dérobé avec la complicité du contribuable américain1. Pire encore, la découverte de la « cité perdue des Incas2 » est très vite revendiquée par d’autres personnes : le missionnaire anglais Thomas Payne, présent sur le sol péruvien plusieurs années avant l’arrivée de Bingham, va jusqu’à prétendre lui avoir littéralement montré le chemin. Des enquêtes amènent alors des historiens et journalistes, lors du conflit opposant le Pérou à Yale, à retrouver de vieilles cartes archivées du dix-neuvième siècle mentionnant clairement la capitale inca. Ils constatent également la présence, tout à fait légale puisque autorisée par le gouvernement péruvien, d’un ingénieur et homme d’affaires allemand, Augusto Berns, contrebandier d’objets incas et propriétaire d’une scierie sur le mont opposé de la cité qu’il écume dès 1867… Vraisemblablement, le Machu Picchu n’a jamais été complètement perdu de toute son histoire.
De quoi entacher grandement la mémoire d’Hiram Bingham, qui a toutefois le temps de faire entrer son nom dans la postérité avec son ouvrage faisant encore référence de nos jours – et par ailleurs passionnant à lire –, sa démarche scientifique étant malgré tout à saluer. Il est suivi par d’autres grands explorateurs qui, eux non plus, ne détonnent pas avec l’image d’Épinal du bel aventurier intrépide traversant des territoires vierges, à l’instar de l’archéologue britannique Percy Fawcett, disparu dans la jungle brésilienne en 1925 alors qu’il était à la recherche d’une cité égarée qu’il indique sur ses cartes par un « Z3». Son ami et célèbre auteur Arthur Conan Doyle4, passionné par les récits de Fawcett, écrit alors The Lost World en 1912, transposant tous les fantasmes de l’aventurier moderne au sujet des mystères du monde dans des œuvres littéraires d’exception. De l’autre côté du miroir, Indiana Jones, quant à lui, explique à ses élèves qu’un X n’indique jamais l’emplacement d’un trésor, mais retrouve finalement la trace de Fawcett, ainsi que sa cité perdue, en 1926 dans l’univers étendu5. Ou quand la réalité rejoint subrepticement la fiction…
Quelque soixante-sept années après la découverte polémique et pourtant fabuleuse d’Hiram Bingham, face à Steven Spielberg et Lawrence Kasdan, qui deviendront respectivement réalisateur et scénariste des Aventuriers de l’arche perdue, George Lucas dévoile consciencieusement ses notes. Elles décrivent un héros archétypal aux contours encore assez peu précis, un universitaire et chasseur de trésors aux méthodes peu académiques, œuvrant dans l’ombre de croyances crépusculaires, dans un vingtième siècle déjà bien engagé.
L’idée ne date cependant pas de 1978. Dans l’attente anxieuse du succès que sera finalement Star Wars un an plus tôt, le jeune homme de trente-trois ans dévoilait déjà ses pistes de réflexion à son ami Steven quant à une série de films sur l’archéologie. Il imaginait ça comme un concentré des références qui l’ont vu grandir, des pulp magazines aux films de genre bien présents dans l’industrie à Hollywood.
Mais, au-delà de ce concept somme toute conventionnel, l’univers se voit pratiquement relégué à un rôle secondaire. C’est son incarnation qui marquera les esprits, profondément, durablement. Indiana Jones est, peut-être bien, ce que George Lucas a en vérité toujours rêvé d’être.
Il serait cependant faux de supposer que le cinéaste, comme il est souvent fait mention, s’inspire exclusivement des exploits d’Hiram Bingham pour créer son personnage. Il ne le cite d’ailleurs pas une seule fois dans sa conférence privée de 1978, qui n’avait alors pas vocation à être rendue publique. Constitué d’une multitude d’idées toutes issues de la pop culture moderne, l’archéologue partage néanmoins de vrais points communs avec l’histoire des découvreurs des dix-neuvième et vingtième siècles, car ce sont précisément ces derniers qui ont eu une influence majeure sur la fiction de notre époque. Henry Walton Jones junior en deviendrait alors une énième représentation fantasmée, somme de toutes les précédentes. Sa démarche scientifique, culturelle, théologique et plus que tout historique n’a rien de vraiment nouveau.
En plaçant l’action tardivement, en 1936, dans le premier film6, Lucas casse néanmoins les codes. Bien après toutes les découvertes majeures du siècle, le héros doit faire face à un immense péril avec la montée du nazisme, alimentant par ailleurs une curieuse rhétorique du bien contre une puissance militarisée et génocidaire, déjà développée dans Star Wars. Cela n’empêche pas Indiana Jones de commettre des actes jugés, avec un certain recul, comme antiscientifiques. Cette moralité incertaine quant à la préservation d’artefacts culturels, dont la place n’est en réalité pas dans les musées des pays colonisateurs, mais peut-être plutôt dans les tombeaux dans lesquels ils sont supposés voir défiler l’éternité, reflète les besoins d’un récit innovant. Lucas l’annonce dès son brainstorming avec Spielberg et Kasdan : Indiana Jones est aussi un hors-la-loi, un chasseur de primes. Il garde néanmoins un regard exigeant et éduqué sur son époque, et c’est peut-être bien ce qui va le mieux définir le personnage.
Plus qu’héroïque, cette figure d’un temps pas si lointain doit inscrire ses actes dans le siècle de toutes les inventions, et va d’ailleurs slalomer entre les grandes personnalités historiques et les événements majeurs qui se présentent inexorablement au héros. Il est, plus que tout le reste, un témoin de l’Histoire. Son action fait par conséquent écho à son époque de bien des façons : la lutte du bien contre le mal certes, mais surtout l’impuissance de la science et de l’esprit cartésien – par extension l’Homme – face à l’inexplicable et à l’omniscience – par extension Dieu –, caractérisées par des aventures à taille humaine.
Au début des années quatre-vingt et dans le sillage du phénomène Star Wars, Indiana Jones s’impose comme une forme de renouveau, tranchant avec la radicalité des protagonistes masculins très moralisateurs de l’âge d’or d’Hollywood, pour adopter la rugosité de Clint Eastwood, un mélange incertain entre la classe d’Humphrey Bogart et la négligence de Peter Falk7, la masculinité de Toshirō Mifune, le flegme de Sean Connery, le tout saupoudré d’irrévérence teintée d’humour à la Han Solo. Peu importe finalement la quête de l’Arche d’alliance dans cette course contre les nazis ; le film se doit de plaire au plus grand nombre et ne cherche pas spécialement à concilier intellectuels et profanes, cinéphiles et spectateurs lambda. Ce cinéma, c’est bien évidemment la révolution de Star Wars de George Lucas, mais aussi celle de Steven Spielberg avec Les Dents de la mer (Jaws, 1976), de Martin Scorsese avec Taxi Driver (1976), de John Carpenter avec Halloween (1978) ou encore de Ridley Scott avec Alien (1979).
En 1981, la presse associe les premières aventures de l’archéologue aux Saturday Action Matinees8, ces projections adaptées à toute la famille, ayant lieu dans les cinémas populaires des États-Unis en matinée ou en après-midi. Indiana Jones doit plaire à tout le monde, du père de famille à la mère responsable des achats, en passant par les jeunes filles éprises du héros comme aux jeunes garçons qui vont s’identifier à lui. Aucune prétention particulière dans la démarche cinématographique du duo Lucas-Spielberg, qui est d’ailleurs chahuté par une certaine intelligentsia qui, à l’époque, pointe la démarche grotesque et marketing de ce cinéma vide de sens qui s’apparenterait plutôt à de la comédie de bas étage, assorti d’un budget indécent9. On reproche à ses créateurs d’avoir été bercés par des programmes télévisés de qualité discutable dans les années cinquante, et de chercher à prolonger l’enchantement d’une nostalgie régressive, se traduisant par ce plaisir coupable que deviennent les aventures de Jones. Le cinéma vaudrait mieux que ça.
La violence des propos à l’égard de ce cinéma populaire poursuivra en réalité tous les films de la saga, jusqu’à voir progressivement les fans de la première heure – et les suivants – prendre enfin le pouvoir pour affirmer haut et fort qu’il s’agit là d’un très grand cinéma désormais révolu. Les mêmes qui fustigeront le quatrième volet, en adoptant bien étrangement la même rhétorique que les réfractaires du premier film en leur temps. Un cinéma divertissant, plein d’aventures et de rebondissements, aux séquences inclassables, voire totalement extravagantes, servi par une musique extraordinairement rythmée et orchestrée. Indiana Jones n’a-t-il jamais été autre chose que cela ?
En moins de dix ans, de la quête emblématique de l’Arche d’alliance en 1981 à celle non moins fabuleuse du Saint Graal en 1989, le phénomène Indiana Jones n’aura peut-être jamais été réellement dépassé par une autre œuvre de son époque, sinon par l’indéboulonnable Star Wars dont l’univers étendu n’est alors pas encore beaucoup plus vaste que celui de l’aventurier américain. L’engouement populaire dont il fait l’objet est moins probant, mais s’impose toutefois comme un vecteur culturel à la valeur sans cesse croissante. Car bien que chef de file d’un genre dont il dépoussière l’esthétique et renouvelle les codes, Star Wars s’inscrit dans un nouvel âge d’or pour la science-fiction, précédé notamment par Star Trek et accompagné, avant et après sa sortie, d’une somme impressionnante de productions au cinéma et à la télévision plus ou moins du même acabit.
Indiana Jones, bien que s’appuyant sur quelques films antérieurs, mais à la formulation moins directe en termes d’aventure et d’action10, s’impose au début des années quatre-vingt comme l’archétype qui modélisera sans le vouloir les notions d’aventure et de héros au cinéma. L’évocation même de l’archéologie lui est associée, instinctivement, par le plus grand nombre, allant jusqu’à susciter des vocations bien réelles11. Si bien que, quarante ans après sa création, le public ne peut se défaire de cette figure si familière et continue de célébrer ce que les lecteurs du magazine Empire élisent en 2020 comme le plus grand héros de l’histoire du cinéma, devant Ellen Ripley (Alien) et Iron Man. Le même vote, cinq ans auparavant, reflétait le mouvement de l’industrie du cinéma, ses succès et ses échecs, et voyait alors James Bond arriver en deuxième place (007 Spectre était la grande actualité de l’été) et plaçait Han Solo de Star Wars sur la troisième marche du podium. Tous deux sont sévèrement rétrogradés quelques années plus tard, le manque de nouveauté pour l’agent secret et la désaffection du public pour Solo : A Star Wars Story en 2018 expliquant ces résultats. Sans actualité et malgré un quatrième film mal-aimé, Indiana Jones, lui, conserve encore et toujours sa stature de favori absolu, envers et contre tous12. Une victoire qui est également celle d’Harrison Ford, indissociable du héros à l’écran, que l’on imagine mal voir céder sa place… et pourtant.
George Hall, River Phoenix, Corey Carrier, Sean Patrick Flanery… Jeune ou vieux, du début à la fin du vingtième siècle, Indiana Jones évolue bien au-delà des films lui étant consacrés et connaît alors de nombreuses incarnations, et pour certaines très loin d’être honteuses. Les Expanded Adventures13, par analogie à l’Expanded Universe de la saga de science-fiction de George Lucas, développent la partie immergée des péripéties de l’archéologue, dans un fourmillement de quêtes, de rencontres et de décryptages des mythes et légendes comme rarement le cinéma, voire la littérature, l’aura fait auparavant. Cette lecture complexe du personnage, devenu parangon de l’héroïsme, s’installe toujours en contradiction avec les très nombreux protagonistes de Star Wars, dont la multiplicité justifie la construction d’un monde imaginaire qui se veut d’une richesse hors du commun. Indiana Jones est, pour sa part, seul face à l’Histoire, la traversant sans nécessairement l’influencer, la contemplant sans réussir à vraiment en saisir la portée.
Appréhender un tel univers offre quelques frayeurs, d’autant plus lorsque les perspectives historiques et mythologiques font à ce point écho à notre propre réalité. Son décryptage ne se limite donc pas aux films ni même à la dimension fictionnelle du personnage et de ses aventures, au risque de déprécier une œuvre bien plus complexe et imposante qu’elle n’y paraît. Cet ouvrage porte ainsi une responsabilité qu’il convient de ne pas mésestimer, celle de faire le point sur toutes les quêtes d’Indiana Jones, sur l’Histoire qui les rend possibles, sur les artefacts qui les subliment ou encore sur les rencontres qui enrichissent leur signification profonde.
Un tel engagement ne pouvait pas être totalement mené à bien sans un sidekick d’exception. Paul Freeman, alias René Émile Belloq, majestueux premier vilain de la saga dans Raiders en 1981, signe la préface de ce livre avec dévotion. Celui que John Rhys-Davies, alias Sallah Faisel el-Kahir, considère comme la véritable grande révélation de Raiders en 198114 est avant tout un humaniste convaincu, homme de théâtre et féru d’histoire. Ce flamboyant comédien représente bien plus qu’un second rôle dans l’univers de la saga et offre la possibilité à cet humble ouvrage de se faire une place de choix dans le cœur des aficionados.
Une passion dévorante qu’il conviendra toutefois de modérer par ces quelques mots teintés d’ironie, ceux d’un professeur d’université de Princeton cherchant à canaliser l’enthousiasme de ses jeunes étudiant(e) s ; en réalité un message caché de la part du malicieux George Lucas en réponse à ses détracteurs, que chacun interprétera à sa façon…
« Alors, oubliez vos rêves de cités perdues, d’explorations exotiques et de fouilles de par le monde. Nous ne déchiffrons pas de cartes pour exhumer un trésor, et un X n’a jamais, jamais marqué son emplacement15. »
L’auteur : Romain Dasnoy
Fondateur de Wayô Records et d’Overlook Events, spécialisé dans le cinéma et le jeu vidéo, concepteur et producteur des concerts officiels Dragon Ball, Saint Seiya, Tribute to John Williams ou encore TV Series Live, il est également à l’origine des performances scéniques en Europe de Joe Hisaishi, Danny Elfman ou encore Final Fantasy. Passionné par le rapport qu’entretiennent la narration et la musique, il conçoit lui-même ses événements musicaux, écrit dans la presse spécialisée depuis le début des années 2000 et produit la première chronique entièrement dédiée à la musique de jeu vidéo sur une grande radio nationale (France Musique). Il signe L’Histoire de Final Fantasy VI en 2017 aux Éditions Pix’n Love, Le Guide des compositeurs de musique de film en 2017 et Le Guide des séries de science-fiction en 2019 chez Ynnis Éditions, La Saga Red Dead : Vengeance, Honneur et Rédemption en 2020 chez Third Éditions, tout en écrivant des nouvelles de science-fiction publiées chez Rivière Blanche. En 2021, il lance sa chaîne YouTube dédiée à l’analyse narrative, MacGuffin Maker.
1 La question divise : selon Sharon Flescher au National Public Radio en 2011, directeur exécutif de l’International Foundation for Art Research, le désaccord entre Yale et le gouvernement péruvien était plutôt d’ordre contractuel, les artefacts rapportés par Bingham l’auraient été dans un cadre tout à fait légal. Le Pérou parle, lui, de prêts qui n’ont jamais été rendus, donc volés.
2 Nom que donne Hiram Bingham à son livre, publié en 1948 (édition Duell, Sloan & Pearce).
3 Son histoire a été rendue célèbre par le livre biographique La Cité perdue de Z : une expédition légendaire au cœur de l’Amazonie de David Grann (The Lost City of Z : A Tale of Deadly Obsession in the Amazon, 2009) adapté au cinéma en 2016 par James Gray.
4 1859-1930. Écrivain, médecin et chirurgien, créateur du personnage de Sherlock Holmes.
5Indiana Jones et les Sept Voiles, Rob MacGregor (Indiana Jones and the Seven Veils, 1991).
6 Le deuxième film, Indiana Jones et le temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984), se déroule un an avant, en 1935.
7 1927-2011. Acteur et producteur américain connu pour son rôle dans Columbo à la télévision, mais aussi pour ses drames et ses polars. Il a la particularité de toujours arborer un style assez peu soigné, pour des personnages souvent très profonds. Son nom est bien cité par George Lucas, ainsi que les autres, pour décrire Indiana Jones.
8 “Raiders of the Lost Ark : The Ultimate Saturday Matinee”, Rolling Stone Magazine (juin 1981).
9 L’impressionnant pamphlet contre le film et le cinéma de Lucas et Spielberg par Pauline Kael pour The New Yorker (juin 1981) peut être considéré aujourd’hui comme l’un des exemples les plus fameux de contre-intuition artistique et intellectuelle appliquée au cinéma de divertissement…
10 À l’exception peut-être, dans une approche et à une période différentes, des films James Bond, que Spielberg souhaitait réaliser avant de faire Indiana Jones.
11 Fredrik Hiebert, archéologue respecté de la National Geographic Society, confirme voir de nombreux étudiants choisir cette voie sous l’influence, au moins partielle, d’Indiana Jones (CNN Entertainment, 2011).
12 Six personnages de Star Wars figurent dans ce top 50 des plus grands héros de tous les temps en plus d’Han Solo, dont Luke Skywalker, Leia Organa et Obi-Wan Kenobi. Indiana Jones leur tient tête, même sans actualité depuis plus de dix ans !
13 Littéralement, les « aventures étendues », même si le terme n’est pas officiellement traduit.
14 Propos recueillis par Peter W. Lally et Ralph van den Broeck (The Indy Experience.com).
15Indiana Jones et la dernière croisade, 1989.
Ἄνθρωπὸς ἐστὶ πάντων χρημάτων μέτρον
« L’homme est la mesure de toutes choses. »
Protagoras (Sur la Vérité, cinquième siècle avant J.-C.)
« Une nuit, Père et Mère sont entrés dans ma chambre. Ce qu’ils ont dit a changé ma vie.
Henry Jones senior : “– Écoute attentivement, Junior.
Anna Jones : – Chéri, nous allons partir en voyage à travers le monde ! ”
Son nouveau livre était un si grand succès qu’il a reçu des invitations à parler dans toutes sortes d’écoles et d’universités. Princeton lui a donc donné un congé. La seule chose triste était de dire au revoir à Indiana. »
Indiana Jones, 1908 (Les Aventures du jeune Indiana Jones, La malédiction du chacal, 1992)
Lorsque Henry Walton Jones, jeune étudiant à l’université d’Oxford en Angleterre né en Écosse en 1872, rencontre Anna Mary, belle Américaine de six ans sa cadette, il n’imagine pas le destin qui le liera à l’un des plus grands mystères de notre civilisation. Après s’être marié, le couple s’installe à New Haven dans le Connecticut aux États-Unis, et le professeur spécialisé en langues médiévales reçoit une illumination qui le conduira à vouer sa carrière à la quête du Saint Graal. Peu de temps après s’être installé à Princeton dans le New Jersey, le couple met au monde un garçon, le 1er juillet 1899, qui fera leur fierté. C’est dans un cadre idyllique et bien entouré qu’Henry Walton Jones junior grandit, dans une ville qui se veut dynamique et dotée de tout le confort moderne, dans un siècle où la technologie avance à grandes enjambées. Alors que son père entre comme enseignant à la prestigieuse université de Princeton, les premières communications transatlantiques sans fil ont lieu, les frères Wright font voler le premier avion motorisé, et l’électricité est généralisée partout, favorisant la recherche et la connaissance. Dans ce monde de tous les possibles, Junior – comme son père l’appelle constamment – devient rapidement un petit espiègle et farceur, très proche du chien malamute de l’Alaska qui lui est offert, qu’il nomme Indiana. Si proche qu’il finit par se faire lui-même appeler ainsi dès l’âge de six ans, ce que refusent néanmoins de faire ses parents. Le petit garçon est également très aventureux : à peine avait-il appris à marcher qu’il se risquait à grimper sur le toit de la maison, obligeant Henry Jones, pourtant bien peu sportif lui-même, à monter le récupérer. Avec ses amis, dont celui qui deviendra le célèbre Paul LeRoy Bustill Robeson1, Junior n’hésite jamais à braver les interdits et, toujours accompagné d’Indiana, fait montre d’un esprit vif et curieux, qui va non sans occasionner quelques frayeurs, comme la fois où il fit sauter un générateur électrique dans le but d’en percer les mystères. Ainsi, son chien devient souvent l’objet de ses expériences, et il essaie même de l’envoyer sur la Lune à bord d’une montgolfière. Comme beaucoup d’enfants de son âge, il aime également jouer au baseball, son sport préféré ; il est fervent supporter des New York Giants.
En parallèle à cette enfance insoucieuse, le père de famille mène une belle carrière d’universitaire et publie quelques livres dans sa spécialité, l’histoire et les langues médiévales, à tel point qu’en 1908, à seulement trente-six ans, sa réputation est internationale ; l’auteur devient de plus en plus demandé dans des institutions du monde entier afin de présenter ses travaux. Les voyages étant longs et compliqués au début du vingtième siècle, la décision est prise de prendre un congé sabbatique, autorisé par l’université de Princeton, pour entreprendre un périple de deux ans à travers le globe qui sera le point culminant de la carrière d’Henry Jones senior. Un voyage effectué en famille, qui va permettre à Junior de visiter de nombreux pays et civilisations, même s’il faut pour cela laisser son chien à Princeton, ainsi que stopper son éducation académique à seulement neuf ans. Avant de se rendre à leur première destination officielle, les membres de la famille traversent l’Atlantique pour l’Angleterre, ralliant ainsi facilement l’Europe en s’arrêtant à Oxford pour y retrouver Helen Margaret Seymour, gouvernante et tutrice d’élèves de la prestigieuse université, désormais retraitée, bien qu’encore très active. L’idée de prendre en charge l’éducation de Junior pendant la tournée mondiale lui déplaît au départ : le garçon est trop jeune, et déjà si impertinent ! Mais la perspective d’un beau voyage dans autant de pays finit par lui faire accepter d’accompagner les Jones, le père ne pouvant de toute façon pas se résoudre à renoncer à elle. Ensemble, ils prennent un nouveau ferry pour un périple de plusieurs jours en direction du Caire, en Égypte.
Pendant qu’Henry Jones senior donne ses conférences à l’université de la ville, Miss Seymour part découvrir les joyaux du pays avec Junior – les grandes pyramides de Gizeh –, mais ils sont abandonnés par leur guide. Plus tard dans la journée, ils rencontrent un ancien étudiant d’Oxford que la tutrice connaît bien. Thomas Edward Lawrence2, soldat anglais déployé dans la région, reconnaît en lui le fils du professeur d’université dont il admire les livres. Le jour suivant, il les invite à rejoindre une fouille menée par un archéologue local, Howard Carter3. Alors que le chercheur fait l’excavation d’un tombeau inconnu, un meurtre se produit, faisant entrer Junior dans une intrigue hors du commun pour quelqu’un de son âge. À peine le mystère résolu, c’est en direction de Tanger au Maroc que la famille se rend, hébergée par le journaliste du Times, Walter Harris4. Le jeune garçon se lie d’amitié avec un habitant de son âge, Omar. Dans le jeu de l’évasion contre l’avis de ses parents, il se retrouve kidnappé, ainsi qu’Omar, par des marchands d’esclaves qui l’emmènent jusqu’à Marrakech. Le jeune Américain est sauvé de justesse par Harris qui dépense, pour le « racheter », une fortune au nez et à la barbe de « propriétaires » peu scrupuleux. Même si la situation a de quoi traumatiser, Junior reste serein, et montre même déjà une forme de grande témérité quand il s’agit de secourir son ami Omar.
Son éducation par l’entremise de Miss Seymour se déroule bien. Dans chaque pays, il s’adapte parfaitement aux us et coutumes et exerce ce qui semble être un talent inné pour les langues étrangères. Alors que la troupe se rend en Italie, à Florence, il planche sur les lois de la physique et du magnétisme. Son père étant toujours très pris et absent, Junior et sa mère font la connaissance d’un compositeur local à la popularité grandissante, Giacomo Puccini5, qui semble avoir du mal à monter une version de son célèbre opéra Madame Butterfly. Anna Mary Jones tombe sous le charme de cet intellectuel iconoclaste, auteur d’une prouesse esthétique et musicale qui ne laisse pas la femme insensible. Marquée par les absences répétées de son mari et en manque de repères dans ce long voyage qu’elle n’a en réalité pas voulu, elle cède aux avances du compositeur. Cependant, Anna ne vit pas bien cette relation interdite, malheureuse sous le regard impuissant de son fils qui, du haut de ses neuf ans, se rend bien compte de la situation. Le péril de l’amour vient aussi perturber le jeune garçon qui, quelques mois plus tard à Vienne en Autriche, fait la connaissance de Sophie de Hohenberg6, fille de l’héritier du trône de l’Empire austro-hongrois François-Ferdinand. Cette relation encore enfantine marque cependant Junior par la dimension d’inaccessibilité de la demoiselle à laquelle il se heurte. Avec innocence, il lui achète un cadeau. Avec naïveté, il ne réussit pas à l’approcher au château de la famille royale, alors qu’il y était invité quelques jours auparavant avec son père. C’est finalement avec détermination qu’il finit par s’y infiltrer sans se faire prendre par les nombreux gardes, qu’il réussit à atteindre la chambre de la jeune fille et à lui remettre ainsi son cadeau.
Cette période est propice à l’apprentissage pour le garçon de désormais dix ans, non seulement via les livres et les leçons inculquées par Miss Seymour, mais aussi dans les rencontres qu’il fait au quotidien, dans des langues qui lui sont bien souvent inconnues. Alors que son père lui donne un journal pour y écrire son expérience et ses sentiments durant le voyage, Junior observe le monde avec bienveillance, protégé de tout préjugé. Tantôt au contact de l’art contemporain lors de son passage à Paris où il rencontre Pablo Picasso, Edgar Degas, Georges Braque et Henri Rousseau, et qu’il se lie d’amitié avec Norman Rockwell7, tantôt au contact de la nature comme en 1909 en Afrique lorsqu’il croise Theodore Roosevelt8, le vingt-sixième président des États-Unis, qu’il tente de raisonner devant le massacre de la nature dont il est témoin, provoquant le courroux de son père devant tant d’inconvenance. Le voyage se veut aussi synonyme de chocs culturels. Il assiste en Inde à la pauvreté extrême lorsqu’il se promène avec Jiddu Krishnamurti9, confronté aux notions de croyance et de religion, ou lorsqu’il fugue en Russie pour se retrouver sur la route avec un vieil homme à la philosophie extraordinaire, Léon Tolstoï10.
Durant ce long voyage, ses relations avec son père ne sont jamais très développées. Henry Jones senior est particulièrement occupé par la préparation de ses conférences, et n’a guère le temps d’être réellement présent pour sa famille. Un épisode reste toutefois marquant pour le jeune garçon lorsque, en Grèce, père et fils partent seuls pour atteindre un monastère reculé dans les terres, sur l’idée de la mère qui veut les rapprocher. Au terme de plusieurs péripéties, ils se retrouvent coincés dans un ascenseur à action manuelle, perchés au milieu d’une falaise toute une nuit. Alors que Junior se familiarise avec la philosophie au travers des grands penseurs grecs, il reconnaît également en son père une figure qui lui sera éternelle. Enfin, c’est en août 1910 que les Jones terminent leur périple après deux longues années à explorer le monde et ses civilisations, ses peuples et sa beauté, pour retourner à Princeton aux États-Unis, où la vie reprend son cours normal et où le fidèle Indiana retrouve son maître là où il l’attendait depuis tout ce temps.
Les mois et les années passent, et l’éducation de Junior se fait plus intense. Certaines semaines, son père ne lui parle qu’en français, en allemand ou encore en espagnol, en plus d’une heure de cours de latin tous les matins. Il est le seul enfant de son entourage à connaître par cœur la mythologie grecque à un âge où l’on se familiarise encore avec sa propre langue natale. Henry Jones senior prépare alors son fils à une carrière de linguiste, comme lui, mais se montre souvent très distant. Les voyages continuent, souvent à petite échelle, comme lorsque la famille se rend à La Nouvelle-Orléans, où le garçon découvre le jazz qui continuera à tant le fasciner. Il retourne cependant en Europe dès 1912 pour rejoindre sa tutrice Miss Seymour. Cette dernière hérite d’une fortune de son cousin décédé, et souhaite alors remercier les Jones pour le tour du monde dont elle a profité les deux années passées. Junior y va seul, ses parents étant très occupés. En réalité, sa mère est malade, et son père, comme d’habitude, n’est préoccupé que par son travail. Ce voyage s’avère enrichissant, avec notamment la rencontre d’un auteur célèbre ami de sa tutrice, Arthur Conan Doyle. Finalement, Miss Seymour décide de revenir aux États-Unis avec le jeune garçon afin de revoir les Jones et passer du temps avec eux. Pour rentrer, ils choisissent un paquebot d’exception pour son voyage inaugural, le Titanic, fierté de la compagnie de transport maritime britannique White Star Line. Alors que la tutrice semble courtisée par un vieux colonel que Junior suspecte d’en vouloir à sa fortune, l’enfant croit également entendre qu’un complot se jouerait pour torpiller le bateau. Le drame se produit malheureusement, sans pour autant réussir à confirmer l’origine du naufrage, mais Miss Seymour et son élève s’en sortent miraculeusement.
De retour à Princeton, un terrible événement se produit. Atteinte de scarlatine et ayant caché sa condition à son mari, Anna Mary décède le 16 mai 1912, laissant un fils et son père désemparés. Afin de les soutenir dans cette épreuve, Miss Seymour décide de rester un peu plus longtemps. Elle les accompagne dans leur déménagement à Moab dans l’Utah alors qu’Henry Jones senior enseigne à l’université de Four Corners à Las Mesas dans l’État voisin, le Colorado. La mort de sa femme ne fait que renfermer davantage le professeur dans sa fascination pour le Saint Graal, qui devient une véritable obsession. Junior fait alors quelques expéditions avec sa tutrice, et rejoint les Boy Scouts of America, récente organisation mettant à contribution la jeunesse américaine dans des activités supposées développer leur sens civique. C’est ainsi qu’à la fin de l’été 1912, il tombe avec l’un de ses camarades sur des pilleurs au parc national des Arches, menés par un personnage à l’allure d’aventurier et coiffé d’un chapeau Fédora. Les deux scouts s’éloignent de leur troupe pour suivre ces hommes afin de comprendre ce qu’ils recherchent. Depuis un point d’observation en hauteur au sein des tunnels creusés jadis par les Amérindiens, ils assistent à la découverte de la croix de Coronado, célèbre artefact conquistador perdu, que Junior reconnaît immédiatement. Dans un élan de témérité qui fait son principal trait de caractère, le jeune garçon dérobe le précieux objet et s’enfuit, persuadé de la nature crapuleuse des pilleurs. La course-poursuite à cheval l’emmène plus loin dans le désert et il tente de s’évanouir dans un train du cirque Dunn & Duffy qui passait par-là. C’est en tombant du toit dans l’enclos du lion qu’il s’empresse de saisir un fouet accroché au wagon pour tenir l’animal à distance ; un accessoire qu’il ne sait pas vraiment utiliser et qui lui fend le menton jusqu’au sang. C’est finalement en se jouant de l’homme au chapeau par un tour de passe-passe dans le wagon du magicien que Junior réussit à s’enfuir.
Haletant et pensant avoir définitivement semé les pilleurs, il arrive chez lui et se rend directement auprès de son père pour lui faire part de son aventure, mais ce dernier est trop occupé à compléter son journal du Graal. Le shérif local arrive alors au domicile des Jones, le jeune homme remarque toutefois qu’il est accompagné de la bande qui le poursuivait. Forcé de rendre l’artefact, il est néanmoins salué par le mystérieux aventurier qui, admiratif de sa pugnacité, lui pose son Fédora sur la tête.
Les deux années qui suivent ne sont pas de tout repos pour le garçon qui, à treize ans, cumule déjà de nombreux voyages et rencontres. Entre l’école et les activités au sein des scouts, il ne passe pas une journée vide de sens ou d’intérêt, et doit encore se plier à une tournée des universités de son père, dont le travail sur le Saint Graal commence à faire parler de lui comme un éminent spécialiste. Alors qu’ils retournent en Europe, un vieil ami d’Henry Jones senior, Marcus Brody, ancien étudiant d’Oxford et de Princeton, collaborateur au National Museum des États-Unis, emmène Junior en expédition archéologique en Égypte à la recherche d’un artefact perdu, la bague d’Osiris. Sur place, ils sont aidés par un garçon les accompagnant dans les ruines, Sallah Faisel el-Kahir. Ils trouveront même, presque dix ans avant Howard Carter, la tombe de Toutankhamon.
De retour aux États-Unis, Junior voit son école entièrement ravagée dans un incendie. Sans Miss Seymour, le père préfère envoyer son fils en France avec l’un de ses assistants, à la recherche d’une mystérieuse lettre de Louis IX, écrite avant de participer à la huitième croisade en 1270. Les deux Henry Jones se rejoignent pour rallier Istanbul en Turquie, à la poursuite du Saint Graal. Ils apprennent alors que François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois et père de Sophie de Hohenberg dont Junior était tombé amoureux, vient d’être assassiné. L’Europe s’enfonce alors dans une crise politique qui mènera inexorablement à la guerre. Le reste de l’année 1914 s’accompagne d’un retour à Princeton où le jeune garçon travaille dans des trains à vapeur, avant de retourner sur la trace de l’artefact christique en Chine et en Inde. Mais les voyages deviennent de plus en plus mouvementés après l’éclatement de la guerre, les explorateurs sont en prise avec des agents allemands ou japonais les forçant à revenir au plus vite aux États-Unis.
Cette période se révèle à la fois formatrice pour Henry Jones fils, qui forme son esprit à s’adapter aux différentes cultures et à s’exercer quotidiennement aux langues étrangères. Mais c’est surtout avec la fascination de son père pour le Saint Graal et la culture médiévale que va germer dans son esprit son envie d’évasion, au-delà des langues mortes et des vieilles légendes. L’année 1915 est une période de tranquillité, avec ses amis et son chien Indiana à Princeton. Le jeune homme s’ennuie pourtant, et, déjà très éduqué pour son âge en plus de paraître plus vieux que ses camarades à seulement seize ans, il rêve d’évasion et d’indépendance. Plusieurs rencontres vont satisfaire sa soif d’aventure et faire de lui ce qu’il deviendra, alors que le monde s’enlise dans ce qui sera l’un des plus effroyables conflits que l’humanité ait connus.
1 1898-1976. Artiste multitalent afro-américain, natif de Princeton.
2 1888-1935. Plutôt connu par son surnom de « Lawrence of Arabia » (Lawrence d’Arabie), il est rendu célèbre lors de la Première Guerre mondiale alors qu’il rallie les troupes arabes à la cause du gouvernement britannique.
3 1874-1939. Célèbre archéologue et égyptologue britannique, découvreur du tombeau de Toutankhamon en 1922.
4 1866-1933. En vivant la plus grande partie de sa vie au Maroc, il est devenu l’un des journalistes et auteurs spécialisés en Moyen-Orient les plus respectés, y compris des autochtones.
5 1858-1924. Considéré comme l’un des plus grands compositeurs de son temps, et le plus important auteur d’opéras, avec Giuseppe Verdi.
6 1901-1990. L’assassinat de ses parents est le déclencheur de la Première Guerre mondiale, et elle perdra par la suite ses titres de noblesse et possessions familiales, tout en restant une personnalité très appréciée.
7 Ces cinq noms sont ceux de véritables peintres qui avaient élu domicile à Paris, considérée comme la capitale de l’art lors de la Belle Époque.
8 1858-1919. En Afrique, lors de ses safaris, Theodore Roosevelt tue plus de 11 000 entités animales, dont environ 5 000 mammifères, sous couvert d’étude et de compréhension de la nature sauvage.
9 1895-1986. Considéré comme un messie au début du vingtième siècle lors de sa jeunesse, il voyagea par la suite beaucoup, et réfuta les préceptes des religions.
10 1828-1910. Grand écrivain et essayiste russe, auteur du célèbre roman Guerre et Paix.
« – Que vas-tu faire quand tu auras trouvé ton diamant et les richesses de tes rêves ?
– Rentrer à la maison, devenir archéologue.
– Ça, c’est ce que tu feras si tu ne trouves pas ton trésor.
– C’est ce que je veux faire.
– Alors, tu n’as pas besoin de ce diamant pour réaliser tes rêves. Combien de temps vas-tu les mettre de côté pour rechercher ce diamant dont tu n’as pas besoin ? Le temps, Indy, est la chose la plus précieuse que l’on a. »
Bronislaw Malinowski et Indiana Jones, 1919 (Les Aventures du jeune Indiana Jones, Le trésor de l’œil du paon, 1995)
Le début de l’année 1916 se déroule dans l’insouciance. Celui qui se fait désormais systématiquement appeler Indiana, Indy pour les intimes, partage son temps entre les études et son travail de garçon de café où il sert des sodas, une position bien peu flatteuse pour sa génération. Prochainement, un bal doit se tenir à l’université avant les vacances de printemps, et ce qui paraîtrait comme anodin se retrouve dans tous les esprits à Princeton. Le jeune homme est censé emmener à cette soirée sa petite amie, Nancy, fille d’Edward Stratemeyer11, dans une superbe voiture de marque franco-italienne Bugatti qui, malheureusement, tombe en panne. Lors d’une rencontre avec son père et des ingénieurs de Thomas Edison, il apprend l’existence d’un projet de voiture électrique, qui serait plus sûre, plus propre et plus économe que son pendant à énergie fossile. John Thompson, collaborateur d’Edison, accepte par ailleurs de réparer le générateur de la Bugatti, dont la pièce est si rare qu’elle n’arriverait pas à temps pour le bal. Mais l’ingénieur est enlevé sous les yeux d’Indy, qui débusque un complot allemand visant à voler une technologie qui serait bien utile à leurs efforts de guerre en Europe. Parce qu’il ont sauvé son ingénieur, Edison a une idée pour les remercier : c’est dans son prototype de voiture électrique que les deux jeunes gens se rendent à la soirée, sous les regards ébahis de leurs camarades.
Cependant, cette soirée sonne comme la fin d’une époque pour Indy. Ce dernier veut autre chose, ne pas se retrouver bloqué avec son père, dans une ville qui ne convient plus à ses besoins d’évasion. Le mois suivant, père et fils profitent de la pause printanière pour se rendre chez la tante Grace Jones au Nouveau-Mexique, où le jeune homme renoue avec un cousin légèrement plus âgé, Frank, avec qui il part camper avec l’autorisation de leurs parents – en réalité, les deux ont un plan bien différent, celui d’aller rencontrer des femmes mexicaines pour passer du bon temps. Mais sur place, ils assistent à un drame : un groupe de pistoleros attaque les commerçants et repart avec un important butin. Lancé à leur poursuite, Indy se retrouve capturé et à deux doigts d’être exécuté, quand leur chef s’interpose pour rappeler à ses troupes leur code d’honneur. Il n’est autre que Pancho Villa12, à la tête de révolutionnaires, entouré d’hommes aux différents profils, dont l’un détonne énormément. Plutôt enveloppé, muni d’une moustache, d’un accent français et d’un regard perdu, Rémy Baudouin se présente à Indiana comme un Belge immigré aux États-Unis qui a fini par rallier la cause mexicaine. Ensemble, ils prêtent main-forte à l’effort révolutionnaire, mais la situation très critique de la guerre en Europe amène Rémy à vouloir y retourner pour s’enrôler dans l’armée de son pays. Sensible au ressenti de son nouvel ami, Indy décide de se joindre à lui.
À Dublin, où ils travaillent pour payer le ferry qui les emmènera jusqu’à Londres, ils sont pris dans la tourmente de l’insurrection de Pâques 1916, voyant un terrible affrontement éclater entre les Irlandais et les Anglais. Les deux camarades arrivent ensuite dans la capitale britannique et trouvent le bureau de guerre pour s’inscrire sur les listes de l’armée belge – Indy le fait sous un pseudonyme, Henri Defense. Le soir, il tombe sous le charme d’une jeune femme, suffragette militante, contrôleuse dans un bus, Vicky. Afin de la revoir, il se rend à une réunion politique pour l’émancipation des femmes, où il assiste à un discours de Sylvia Pankhurst13. Après s’être davantage familiarisé avec sa conquête, il décide de l’emmener à Oxford où il a prévu de rendre visite à Miss Seymour, son ancienne tutrice, qui le sermonne de s’être enrôlé dans l’armée sans même en avoir tenu informé son père resté à Princeton. Elle a également une vision bien différente du progressisme de Vicky, qui s’énerve facilement et va jusqu’à manquer de respect à la vieille dame. Mais cette dernière ne lui en tient pas rigueur, car elle aime les esprits vifs et engagés. Après quelque temps à Oxford, le couple repart pour Londres. Indy doit malheureusement faire ses adieux : il part pour le front avec son ami Rémy… sans savoir s’il reverra celle qui pourtant semblait tenir à lui autant que lui à elle.
Après une période d’entraînement au Havre en France, le duo rejoint la neuvième infanterie belge et se retrouve rapidement dans les tranchées en Flandres. Indiana, avec son esprit vif et sa capacité d’analyse, passe rapidement les échelons et devient caporal. Néanmoins, la troupe subit de lourdes pertes, au point de voir le jeune homme devenir le plus haut gradé. Avec son escouade, dont Rémy, ils sont envoyés en Somme pour renforcer la quatorzième compagnie française sur place, en attendant un arrivage de cadres belges pour prendre la relève. Mais cette célèbre bataille, durant plusieurs mois en 1916, est tout aussi meurtrière que celle de Verdun, et les survivants sont faits prisonniers. Dans la confusion, Indy ne retrouve pas Rémy et ignore s’il s’est fait tuer. Il rencontre alors un autre soldat belge de son régiment, Émile, qui lui propose de revêtir un uniforme de l’armée française afin de bénéficier d’un meilleur traitement. Ils sont conduits dans un camp où se trouvent de nombreux Français. Ensemble, ils creusent un tunnel pour tenter une évasion qui tourne court puisque Émile est tué et Indy, capturé. On reconnaît alors en lui le lieutenant Pierre Blanc – le propriétaire de l’uniforme qu’il porte –, un spécialiste de l’évasion. Il est conduit dans un quartier de haute sécurité dont il serait impossible de s’échapper, le château de Dusterstadt, sur une petite île au milieu du Danube. Les autres prisonniers voient rapidement en lui un espion allemand, mais Indy persiste à se dire français. Malgré un accent irréprochable, le chef de la troupe des détenus comprend rapidement : le nouveau venu est en réalité américain. Ce meneur, imposant par la taille et doté d’une grande assurance, est le capitaine Charles de Gaulle14, déjà héros de guerre, qui fomente une tentative d’évasion, à laquelle se joint Indy. Ensemble, ils réussissent à déjouer l’attention des gardes en se cachant dans des cercueils. Cependant, alors qu’Indy réussit à s’échapper, le soldat français est rattrapé. Il devra poursuivre sa captivité15. Le jeune Américain reste en France et vient aider l’effort de guerre près de Verdun, où il devient coursier, notamment au service du haut commandement de la deuxième armée française, l’une des cinq grandes armées déployées dès 1914. Les dissensions sont grandes, les généraux Robert Nivelle et Charles Mangin sont souvent en désaccord avec le général Henri Philippe Pétain16. Dans son travail quotidien, Indiana chevauche une moto pour délivrer des messages, des ordres et des informations cruciales pour la stratégie militaire. Il est souvent attaqué par l’ennemi et voit même son véhicule bombardé par un avion. La bonne nouvelle est que Rémy est en vie et qu’il avait été déployé dans une unité d’infanterie, mais qu’il fut blessé au combat. Indy va le voir à l’hôpital et comprend que son ami en a marre de cette guerre, qu’il est terrifié à l’idée de retourner au front. Plus tard, cette idée lui vient également en tête : fatigué par ce conflit insensé et des ordres qui sont autant d’actes politiques visant à conforter les décisions dans l’opinion publique, au détriment de la vie des soldats, Indy simule une attaque pour n’avoir jamais à livrer une décision de frapper qui aurait été aussi stupide qu’inutilement meurtrière.
Après un bref passage à Paris où il s’éprend de l’artiste Mata Hari17, le jeune homme demande un transfert et se retrouve en Afrique avec Rémy. Cette fois, ils évoluent en qualité de lieutenants. Supposés être en station à Nairobi au Kenya, les deux amis se perdent néanmoins en se trompant plusieurs fois de train, puis dans le désert africain. Ils finissent par trouver un camp militaire où ils rencontrent Frederick Courtney Selous18, qu’Indy avait déjà côtoyé dans cette région du monde en 1909 avec ses parents et Theodore Roosevelt. Tous ensemble, ils déjouent de nombreuses manœuvres des Allemands qui déploient des efforts considérables pour occuper le terrain. Plus tard, c’est auprès de l’armée congolaise que les deux amis finissent leur mission sur le sol africain, avant de revenir à Paris pour rejoindre les équipes du renseignement belge. Mais accablé par la désorganisation de cette institution, Indy préfère faire son possible pour intégrer les services secrets français. Alors que Rémy prend une confortable couverture dans un café à Bruxelles, son compagnon rejoint une équipe de reconnaissance aérienne. Il endosse tour à tour de nombreux rôles dans les services d’observation et d’espionnage, le menant en 1917 à Barcelone, à Prague, à Saint-Pétersbourg ou encore au Caire, où il retrouve même son vieil ami Thomas Edward Lawrence.
En 1918, la guerre continue, mais commence à montrer des signes de victoire pour les Alliés. Au cours de ses missions, Indy tombe une nouvelle fois sous le charme, tantôt d’une jeune fille en Italie en suivant les conseils d’Ernest Hemingway19, tantôt d’une institutrice américaine à Istanbul, alors qu’il revêt parfois des identités sous couverture, comme journaliste de la Balkan News Agency pour approcher des cibles.
En novembre de la même année, l’Allemagne capitule. Après de longues années de lutte sur tous les continents, Indy et Rémy sont fatigués et souhaitent tourner la page. Ils démissionnent de l’armée belge et se rendent en Angleterre. La tutrice Miss Seymour est supposée les rejoindre à la gare d’Oxford, mais ne se présente pas. Malheureusement, la vieille dame est morte une semaine plus tôt d’une grippe. Elle laisse toutefois une lettre à Indy lui demandant de renouer avec son père ainsi que de continuer son éducation, lui qui, si jeune, s’engagea dans la Grande Guerre.
Quelques semaines plus tôt, les deux compagnons avaient trouvé un plan rédigé en grec ancien. Ce dernier dévoile l’emplacement d’un gros diamant qui serait l’un des yeux d’une statue en or représentant un paon qui aurait appartenu à Alexandre le Grand. Persuadés de l’existence de l’artefact, ils se rendent à Alexandrie en Égypte. Indy y recroise la route d’Howard Carter, l’égyptologue toujours actif dans la région. Les fouilles n’ont jamais vraiment cessé dans la vallée des Rois, et s’intensifient malgré parfois la crainte que plus rien ne puisse être découvert. En se rendant au musée, les deux amis trouvent un nouvel indice sur une vieille tablette et se rendent compte qu’elle intéresse également un mystérieux personnage affublé d’un cache-œil. En réalité, plusieurs personnes sont déjà sur les traces de ce fabuleux diamant, et c’est une drôle d’équipe qui prend pour cible Indy et Rémy : un homme qui se révèle être un Allemand, Zyke, et une jeune Anglaise, Lily, tous deux chasseurs de trésors. La tablette indique qu’une clé donnera l’emplacement du temple où se trouverait la pierre précieuse à l’aide du plan en leur possession ; malheureusement, la chambre des deux amis est cambriolée et le document est volé.
À la poursuite de leurs « concurrents », ils embarquent sur un bateau censé se rendre à l’endroit où se trouve ce lieu caché. Là, ils apprennent où est le diamant ; en effet, l’autre groupe détient la clé mentionnée par la tablette, celle qui, associée au plan, révèle l’emplacement du temple. Sur place, la bataille s’engage et Indy parvient à voler la clé, quand Zyke s’empare d’un coffre qu’il ne peut toutefois pas ouvrir. De retour à l’hôtel, ils constatent que l’Allemand est mort, doublé par l’Anglaise Lily. Sur un bateau en direction de Singapour où un acheteur est intéressé par le diamant, des pirates attaquent l’embarcation et ses voyageurs, apparemment au courant de la présence du coffre et de son contenu de valeur. Après une longue bataille où Lily perd la vie, les deux amis accostent sur une île où des habitants finissent par les accueillir. Parmi eux, l’anthropologue Bronislaw Malinowski20
