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Ce deuxième cahier de la collection « Interrogations suspendues » suit la même perspective que le premier : le bien-être durable et la sagesse. À la différence du précédent qui étudiait l'inefficience du concept pour connaître la réalité profonde des choses, le concept intervient ici comme soutien pour approfondir la perception de la réalité jusqu'au ressenti. Les choses sont vues avec une impression de concret. Les concepts utilisés ne sont pas envisagés comme des objets intellectuels mais comme des symboles, c'est-à-dire qu'ils sont directement liés à une expérience intérieure. La première partie du cahier est consacrée à des notions qui permettent de mieux cerner la sagesse transcendante. La deuxième partie examine les défauts du matérialisme dans la quête de la sagesse. La troisième s'intéresse à la vie quotidienne avec pour objectif d'utiliser les insalubrités de l'environnement social comme moyen de purification de la conscience. Ainsi sont étudiés les influences médiatiques, la validité des informations, le cas des dictatures, les comportements en mode croyance et en mode discernement. La prise de conscience des influences malsaines et leur traitement intérieur permet de garder une clarté d'esprit dans les environnements délétères inhérents à la perte du sens de la vie.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
Introduction
Conseils de lecture
Bivouacs de lumière
PARTIE I CONCEPTS
Les symboles
La vacuité
La non-dualité
Bivouacs 2
La conscience
Qui puis-je bien être ?
Bivouacs 3
Je sais que je ne sais rien
Le sentiment de soi
Bivouacs 4
Intelligence, conscience et sagesse
PARTIE II MATÉRIALISME
Bivouacs 5
Le mirage
Les défauts du matérialisme
Bivouacs 6
L’idée d’une transcendance
PARTIE III LA VIE SOCIALE
Croyance et discernement
Bivouacs 7
La reconnaissance
Action et réaction
Bivouacs 8
Lexique
Sources
Du même auteur
Le karma, l’illusion, les concepts, le moi, la réalité, l’auteur, la société, la liberté, le temps, l’espace, les pensées, la raison, les afflictions, le corps, les phénomènes extérieurs, l’instant…
Ce deuxième cahier du triptyque « Interrogations suspendues » suit la perspective du premier : le bien-être durable et la sagesse.
À la différence du précédent qui étudiait l’inefficience des concepts pour connaître la réalité profonde des choses et à fortiori la réalité ultime, le concept intervient ici comme soutien pour approfondir la perception de la réalité jusqu’au ressenti.
Il est nécessaire de s’extirper de la cage aux concepts pour bénéficier d’une expérience intérieure. Les choses sont décrites dans ce cahier en leur donnant une impression de concret lorsque c’est possible. Ce concret qui apparaît habituellement dans un contact avec l’expérience sensorielle, peut également provenir de l’esprit, puisque c’est lui en définitive qui décrète que telle expérience est concrète. À cette fin, les concepts utilisés ne doivent pas être envisagés comme des objets intellectuels mais comme des symboles, c’est-à-dire comme des balises qu’ils permettent l’accès à une expérience intérieure.
Il ne s’agit pas ici d’entrer dans des méditations libératrices mais de développer des réflexions préparatoires dans lesquelles le « moi » est encore présent.
Les questions qui jalonnent ce cahier ne peuvent être résolues par l’esprit dualiste qui reste comme suspendu devant une énigme en impasse.
La première partie de ce livre est consacrée à des concepts qui permettent de mieux cerner ce qu’on appelle la sagesse transcendante.
Une deuxième partie examine les défauts du matérialisme dans un chemin*, et notamment son impossibilité d’accéder à la transcendance.
Une troisième partie traite de la vie quotidienne, et principalement de deux modes d’appréhension de la réalité, le mode « croyance » et le mode « discernement ». L’objectif est de se servir des insalubrités de l’environnement social comme moyen de purification de la conscience, au lieu de les regarder avec à portée de main une valise d’afflictions prêtes à l’emploi.
Parmi les chapitres, il y en a huit de nature non analytique (Bivouacs…) librement inspirés d’un chant de Milarépa.
Les réflexions qui composent ce cahier s’adressent aux personnes en quête de bien-être dans la vie de tous les jours, ainsi qu’à celles qui souhaitent une transformation plus profonde, par la compréhension et la connaissance, capable de conduire à une vie libre d’illusions. Elles préparent également à la pratique méditative.
Les méditations de relaxation ou de thérapie ne donnent pas une idée claire de ce qu’est une méditation libératrice, parce qu’elles ne s’intéressent qu’à la santé et au bien-être à court terme, sans vraiment s’ouvrir à la transformation. Ce cahier permet de combler cette lacune avec quelques fragments chuchotés d’un début de profondeur.
La lecture de ce texte demande une grande honnêteté vis-à-vis de soi-même. Elle gagne à se dérouler dans une atmosphère méditative avec l’oreille de la vigilance et la parole non discursive du silence intérieur.
Comme dans le cahier précédent, celui-ci ne présente aucune nouveauté, sauf erreur, car c’est justement en enlevant ce qui est nouveau en soi qu’on découvre l’origine. S’il s’y trouvait quelque chose de neuf, ce ne serait encore qu’une fabrication qu’on aurait oublié de retirer de l’entrepôt des illusions.
Thèmes abordés :
Dans la première partie intitulée « Concepts » : les symboles, la vacuité, la non-dualité , la conscience, « qui puis-je bien être ? », « je sais que je ne sais rien », le sentiment de soi, « l’intelligence, la conscience et la sagesse ».
Dans la deuxième partie «Matérialisme » : le mirage, les défauts du matérialisme et l’idée d’une transcendance.
Dans la troisième partie « La vie sociale » : la croyance et le discernement, la reconnaissance, l’action et la réaction.
La première partie du sous-titre « traverser la matière » s’explique ainsi : Si quelques yogis peuvent véritablement traverser la matière avec leur corps, parce qu’ils ont maîtrisé les éléments, il n’en est pas de même pour la majorité des êtres humains. Ici, la signification reste symbolique, et traverser la matière, c’est aller au-delà de cette matière par la compréhension qu’elle n’a pas de réalité propre. De l’extérieur, la matière se manifeste comme un ensemble de phénomènes plus ou moins inertes, une espèce de support à la vie. Quand on connaît la nature de ces phénomènes, on connaît la matière au sens intérieur du terme, et on peut aller au-delà, dans leur intimité profonde.
Ce chapitre rappelle les indications mentionnées dans le cahier n° 1. Le contenu de cet écrit est un ensemble d’amorces de réflexions inspirées par le bouddhisme. Il n’est pas souhaitable de le considérer comme un enseignement (il existe d’ailleurs toute une littérature authentique sur les voies de connaissance). La meilleure façon de procéder pendant la lecture est de ne rien croire et d’utiliser au maximum son discernement. Le lecteur est invité à se rappeler que ce sont ses propres opinions qu’il doit travailler et non celles de la compilation d’opinions nommée Syénten. Autrement dit, la façon dont on lit ce cahier est bien plus importante que son contenu.
Si un lecteur désirait se forger une opinion par comparaison avec d’autres avis, il lui faudrait connaître l’opinion de milliards d’êtres, et cette méthode n’aboutirait qu’à un point de vue statistique bon à exhumer sur un réseau social ou sur un plateau télé, mais sans intérêt pour soi-même, car totalement fabriqué.
Une approche possible serait de considérer ce texte comme une suite de fragments à traiter en trois étapes :
1. Lecture : la lecture d’un fragment du texte formant un tout. Ce peut être un paragraphe ou tout un chapitre.
2. Pause : une pause silencieuse et paisible.
3. Réflexion : une réflexion sur notre propre opinion concernant le sujet traité.
Lecture
Nous lisons d’abord le texte en prenant conscience de nos réactions en temps réel. Nos acceptations, nos troubles et nos refus permettent de mieux connaître nos a priori, nos croyances et toutes sortes d’afflictions nuisibles à une écoute authentique et à une compréhension fertile. Il n’y a rien de difficile dans cette manière de faire : on lit de la façon habituelle avec en plus une vigilance vis-à-vis des jugements et des réactions qui peuvent s’élever en nous comme la contrariété, l’accord, le choc, l’ennui, l’impatience, l’incompréhension, etc. Il est impossible de comprendre un texte si notre esprit est à califourchon sur un cheval fantasque. Cette façon de lire permet donc de remonter à la conscience diverses aliénations de notre mental et d’en tenir compte par la suite.
Il serait sans intérêt de se contenter d’accepter ou de refuser ce qui est écrit, c’est-à-dire de lire en mode* croyance.
Pause
Puisque la lecture a pu agiter notre esprit, nous faisons une pause dans un lâcher prise total pour le remettre dans un état paisible, clair et ouvert. On peut imaginer un ciel bleu d’été, sans nuages ni objets volants. À l’issu de cette pause, toutes nos réactions émotives sont retombées, et nous sommes parfaitement à l’écoute de notre intériorité.
Réflexion
Une fois l’esprit reposé, nous traitons le sujet à notre façon sans oublier l’inefficience des concepts pour réaliser la sagesse, et la nécessité de s’engager dans la méditation après cette préparation conceptuelle. Notre lucidité doit être aiguisée.
Il est important de lire ce texte en mode* discernement. Cette remarque est expliquée maintenant au moyen d’un exemple. Supposons que nous sommes en mode* croyance, et que nous avons une réaction positive à la lecture d’un paragraphe, c’est-à-dire que nous croyons à l’idée qui s’y trouve développée. Mais plus tard, en regardant un enseignement authentique, on s’aperçoit que cette idée est fausse. Nous n’avions rien remarqué pendant notre lecture parce que nous étions en mode croyance, en mode confiance inconditionnelle. Si nous avions été en mode discernement, nous aurions vérifié l’idée intellectuellement puis plus profondément par une technique comme la méditation, et nous aurions eu une appréciation plus juste et plus claire sur la question.
Lorsque nous lisons un texte d’un maître authentique, nous avons tendance, sous la fascination, à rester confortablement en mode croyance, ce qui n’est pas efficace. Le bouddha historique demandait de ne pas croire ce qu’il disait, non que ses paroles étaient fausses, mais il utilisait ce moyen habile pour obliger ses disciples à regarder plus profondément en eux.
Ce cahier est très inconfortable du fait qu’il ne s’agit pas d’un enseignement authentique, et qu’il oblige d’autant plus au discernement. C’est comme si on devait boire un verre susceptible de contenir du poison. Il faut noter que l’auteur ne cherche pas à piéger qui que ce soit, que ses erreurs sont involontaires ou qu’il a pris des risques dépassant l’outrecuidance, et qu’il espère que le discernement empêchera les lecteurs de tomber dans des erreurs qui nuiraient à leur progression vers la liberté intérieure.
Les opinions de ce cahier concernent la recherche de l’ultime et peuvent rendre la vie quotidienne plus légère et plus tranquille, à condition d’être suivies de réflexions personnelles, de méditations ou de périodes de lâcher prise.
Les sources sont indiquées à la fin du cahier. Aucune n’est signalée dans le texte lui-même, ce qui cache au lecteur l’origine de telle idée : la parole d’un maître réalisé ou d’un esprit dualiste. Cet oubli volontaire empêche le lecteur de se vautrer dans le lit douillet du mode croyance*, et l’oblige à utiliser pleinement son discernement.
À la fin du livre, se trouve un lexique qui présente par ordre alphabétique les définitions de quelques éléments de vocabulaire, avec la signification qui leur est attribuée dans ce cahier. En voici la liste :
Chemin, Cheminement, Conditionnements,
Esprit, Expériences métaphoriques
Illusion, Karma
Méditation, Méthodes verticales et horizontales,
Mode croyance et discernement, Moi, Mondain,
Sagesse, Science de l’esprit, Sciences mondaines, Solidification,
Sphère sensorielle et motrice,
Tétralemme, Transcendance,
Vérité, Voiles.
Un mot contenu dans le lexique est suivi d’un astérisque (*) les premières fois qu’il apparaît dans le texte.
Les murs de l’enclos mondain
Sont traversés par la lumière
De la confiance et de la force...
Les murs de l’enclos mondain
Sont devenus grande transparence…
Vois l’ouvrier qui polit
Le miroir de son esprit
Pour observer le ciel...
Ainsi tout devient clair
Peu à peu, en patience
Les voiles se retirent…
Observer un ciel sans nuages
Dans le creux béant de l’esprit…
Se poser dans la solitude
De ces lieux déserts
Où vécurent ceux qui
Transformèrent leur esprit
Avec persévérance et sans souci...
C’était au milieu des montagnes
Dans des abris précaires...
Dans les villes d’aujourd’hui
S’ouvrent des refuges cachés
Loin des agitations délétères...
Là nous pouvons observer
La nature de l’esprit et ses lois
Comme le firent d’autres avant nous
En écoutant les mots du sage...
Cette partie présente quelques concepts de base utiles à la compréhension de la suite du cahier. Ils complètent ceux qui ont été exposés dans le cahier n° 1.
Collection d’opinions que le lecteur remplacera avantageusement par les siennes
Ce chapitre présente une définition du symbole propre à ce cahier.
Wikipedia raconte ceci : « Le mot « symbole » est issu du grec ancien sumbolon (σύμβολον), qui dérive du verbe συμβάλλεσθαι (sumballesthaï) (de syn-, avec, et -ballein, jeter) signifiant « mettre ensemble », « apporter son écot », « comparer ».
Dans ce cahier, les concepts (Cf. cahier n°1) sont considérés comme des pensées organisées et complexes. Certains d’entre eux proviennent d’objets perçus, d’autres sont liés au sujet, c’est-à-dire à l’esprit lui-même, d’autres encore sont des abstractions purement intellectuelles reliées à divers autres concepts, et d’autres sont mixtes c’est-à-dire qu’ils se composent des trois catégories précédentes. On peut même considérer que tous les concepts sont mixtes, avec une dominante dans l’une des catégories précédemment citées.
Le mot « symbole » est utilisé avec diverses significations. Dans les voies spirituelles, il joue un rôle particulier très important, et il est utile de le comparer avec ce qu’on appelle un concept.
Le symbole est un nom associé à une expérience spirituelle intérieure profonde. L’étiquette, le nom, que l’on colle sur ce type d’expérience en embrasse certains aspects et permet d’y accéder.
La différence entre un concept et un symbole spirituel est que le premier demeure sur le plan horizontal, tandis que le second fait partie d’un chemin vertical. Chez les personnes où le symbole n’est associé à aucune expérience intérieure, il régresse à l’état de concept et perd son intérêt pour la réalisation spirituelle.
En dehors des symboles spirituels, il existe de nombreux symboles mondains qui peuvent être des étiquettes métaphoriques ou non dotées d’une certaine résonance collective. Ces symboles mondains impliquent parfois un aspect affectif de la personne, mais ne ramènent jamais à une expérience intérieure profonde.
Les symboles peuvent être représentés par des images, des sculptures, etc. Dans le cas d’une image, le symbole est l’ensemble de l’image et de la représentation intérieure que l’image permet de ramener à la conscience de la même manière que le nom.
Le symbole maçonnique de l’équerre par ex. renvoie à une expérience intérieure acquise par le travail du tailleur de pierres avec l’équerre. Ce symbole comporte ici un volet extérieur puisqu’il s’agit d’une initiation d’artisan, mais il en existe également de plus profonds utilisés à partir d’une expérience purement intérieure, comme par exemple la « vacuité » dans le bouddhisme.
S’agissant d’un travail intérieur, on ne dit pas « réfléchir à un symbole » mais « méditer sur un symbole » ou « méditer un symbole ».
Dans la spiritualité, la plupart des concepts sont en réalité des symboles, car ils représentent des vérités expérimentées dans la vie intérieure, inaccessibles à la pensée discursive.
Il semble y avoir beaucoup de façons de méditer sur un symbole. Un jour, on a demandé à l’auteur encore enfant de méditer, sans autres explications. Ensuite, il a compris que le demandeur en ignorait le sens. Il existe certainement une multitude de personnes qui ont tenté cette pratique sans comprendre vraiment de quoi il s’agissait. Comment exprimer ce qui est au-delà des concepts ? La méditation a tellement de sens, dont certains dévoyés, qu’il en résulte une extrême confusion. Pour s’en sortir, l’unique solution consiste à méditer suivant des méthodes spirituelles authentiques.
Méditer, ce n’est pas rêver, car dans le rêve on passe d’une image à une autre, comme cela se produit dans des moments de distraction. Or dans la méditation, il y a beaucoup d’attention. Le symbole n’est certainement pas vu comme une image enfouie dans la pénombre d’un rêve.
La méditation sur un symbole a pour but de transformer le méditant sur un point particulier suscité par le symbole.
Les paragraphes suivants développent quelques amorces de compréhension de la méditation sur un symbole.
Méditation sur un symbole
Un symbole est un nom associé à une expérience intérieure. Le symbole que l’on médite est comme la main qui tient la torche, tandis que la conscience en est la lumière. L’expérience à laquelle le symbole est rattaché s’effectue grâce à certaines facultés mentales ; il n’y a rien à voir, et pourtant cette expérience dans le non visible transforme la conscience. La conscience est comme posée dans la matrice proposée par le symbole.
Effet des expériences répétées
Dans cette vue, c’est de notre expérience qu’il s’agit, nous l’avons maintes fois répétée, et à chaque répétition, la matrice devient plus stable, la lumière plus assurée.
Participation d’un être éveillé
À présent, nous considérons le cas où notre esprit est uni à celui d’un être éveillé. Une hypothèse parmi d’autres consiste à penser que celui-ci a réalisé le symbole avant nous et ce faisant a construit la matrice. Notre conscience, par son union à l’esprit de cet être, accède alors également à cette matrice. Nous retrouvons les conditions de son expérience. En conclusion, quand nous sommes unis à un être éveillé, notre expérience s’effectue beaucoup plus facilement et sans erreur. Le symbole utilisé n’est pas indifférent, il est en relation avec l’activité développée par des êtres éveillés sur leur chemin*.
Dans cet aspect, l’être éveillé est semblable au grimpeur qui escalade pour la première fois un versant et laisse des points d’ancrage que d’autres pourront utiliser.
Un maître éveillé enseigne avec des mots, mais aussi silencieusement, par sa présence. La matrice mentionnée précédemment est une métaphore de cet enseignement silencieux.
Composition symbolique
Le paragraphe précédent montrait l’avantage de l’union à un être éveillé, mais négligeait la façon dont elle se réalise. Il arrive que l’on utilise une composition symbolique pour représenter un être éveillé, dans ses qualités transcendantes. Cette composition est constituée de multiples symboles. Par exemple elle représente un personnage en deux ou trois dimensions qui porte des objets symboliques représentant des qualités transcendantes. Son corps est symbolique. On peut d’abord analyser conceptuellement ces objets symboliques, voir les qualités qu’ils représentent. On mémorise ces qualités, de sorte que leur signification devienne spontanée. On n’a alors plus besoin de donner un nom à l’image, celle-ci renvoie directement à une qualité. Ensuite, lorsqu’on se concentre sur le personnage symbolique, toutes les qualités sont ressenties simultanément, le mode de pensée discursif n’est plus nécessaire. En les ressentant de manière correcte, on s’unit aux qualités de l’être représenté par le personnage symbolique. On s’unit à son esprit, et on acquiert ainsi des qualités authentiques au lieu des amorces de qualités que nous avions fabriquées dans la première phase de la méditation. Cette pratique demande de longs moments de concentration.
Les qualités transcendantes n’appartiennent pas à l’esprit dualiste mais à la sagesse dont elles sont des aspects.
Transmission de l’influence spirituelle
S’unir à l’esprit du maître pourrait être facile en sa présence, même si dans la réalité le disciple doit être doté de certaines capacités et d’une qualité d’ouverture extraordinaire. Le problème est que le maître n’est pas auprès de nous physiquement. Son enseignement conceptuel peut être transmis oralement ou par écrit, mais il existe également un enseignement transmis silencieusement, par sa seule présence. On appelle influence spirituelle l’actuation de cette présence chez un être réceptacle. L’influence spirituelle se transmet d’un maître à son disciple qui deviendra ensuite lui-même le transmetteur de l’influence spirituelle à son disciple, et ainsi de suite sans coupure. Une lignée est une chaîne ininterrompue de transmission de maître à disciple. Ainsi peut-on s’unir à l’esprit d’un maître. On parle parfois d’ésotérisme lorsque la transmission de maître à disciple est silencieuse, mais ce mot est source de nombreuses confusions.
Imaginons que nous méditons sur un symbole. Nous vivons une expérience intérieure liée à celui-ci. Nous avons peut-être commencé par réfléchir sur ce symbole, par lui trouver des qualités conceptuelles, puis nous sommes restés silencieux. Cette expérience nous éclaire.
On peut se demander quelle est la source de cet éclairage, savoir en premier lieu s’il vient de l’intérieur ou de l’extérieur de notre esprit. Lorsque nous méditons sur un symbole, il n’y a rien qui soit en dehors de l’esprit, nous pouvons donc considérer que l’éclairage vient de l’intérieur.
L’esprit est très vaste. Il contient tous les univers, tous les êtres ordinaires et éveillés… La méditation sur le symbole va nous mener dans une intelligence particulière de l’esprit, propre au symbole. C’est cette lumière ciblée qui est une condition de l’efficacité de la méditation symbolique. Nous « verrons » donc plus profondément à l’aide de cette matrice d’intelligence.
Il y a autant de méditations symboliques que de symboles, et ces méditations diffèrent suivant les traditions. Un symbole est considéré comme efficace pour un méditant s’il reçoit une bénédiction, mot qui désigne une transformation réelle de l’esprit. Il s’agit le plus souvent de transformations partielles, ce qui oblige à reprendre souvent sa méditation. La méditation sur la vacuité par exemple demande beaucoup de temps pour aboutir à la libération de la souffrance.
Il y a donc une grande quantité de symbolismes (spirituels). Certains sont liés à la connaissance, comme la vacuité. D’autres recherchent l’union avec la réalisation d’un être éveillé, pour avancer vers sa propre réalisation, comme dans le cas des méditations sur des déités, symboles de qualités transcendantes. La méditation sur les déités va permettre d’unir l’esprit du méditant aux qualités d’un esprit éveillé.
Il y a bien d’autres types de symboles. Chacun peut essayer d’y comprendre quelque chose par lui même. La plupart du temps, on ne sait pas vraiment pourquoi cela fonctionne, mais cela fonctionne, c’est un fait, et c’est le but recherché. Les limitations de l’esprit dualiste ne permettent d’appréhender qu’un petit début conceptuel d’une activité qui ne l’est pas.
Croyance et foi
Pour distinguer entre un concept et un symbole à partir d’exemples, on va examiner la différence entre la croyance et la foi, sans oublier que la variété des sens attribués à ce dernier terme est porteuse de confusion. La croyance est conceptuelle, il s’agit d’une certitude à propos d’un concept (la croyance en un dieu par exemple). On croit en quelque chose, en quelqu’un, en une vérité, en un idéal, etc. Par contre, la foi n’a pas d’objet, elle n’appartient pas au système conceptuel mais est reliée à une expérience intérieure, parfois une réalisation. Dans la foi, c’est l’expérience intérieure qui dicte la certitude. On peut aussi considérer que c’est l’expérience intérieure qui se manifeste avec une qualité de certitude, ou bien encore que l’expérience intérieure est la certitude. Il n’y a aucun expérimentateur qui soit le sujet de cette certitude, mais l’expérience elle-même est certitude. Ceci oblige l’expérimentateur de s’effacer dans la non-dualité de l’étage supérieur. Aussi lorsqu’une personne déclare « j’ai la foi », elle triche un peu, car elle disparaît (en tant que sujet) au moment où la foi s’élève ; ce n’est donc pas elle qui a la foi.
Si la foi est certitude, c’est parce qu’elle est connaissance en soi, tandis que la croyance ne s’applique qu’à la dualité. Lorsque nous sommes plongés dans l’eau, nous avons la certitude d’être plongés dans l’eau, il n’y a pas besoin d’arguments pour valider cette certitude. L’eau elle-même se passe d’arguments pour être de l’eau. Il en est de même de la foi.
Le travail intérieur est stérile lorsque le pratiquant est en mode croyance, il est beaucoup plus fertile avec l’expérience de la foi. En mode croyance, la tendance est à fabriquer ce que dicte un idéal, tandis qu’en mode foi, cette tendance n’existe plus, puisque tout est là. La foi peut se transformer en une réalisation spirituelle libératrice, et non la croyance.
Le symbole de la vacuité
Le symbole de la vacuité du bouddhisme est un nom donné à l’absence de nature propre. Dire qu’un phénomène est vacuité, c’est dire qu’il n’existe pas en dehors de ses dépendances, qu’il n’est pas autonome, qu’il n’est pas substantiel. On médite donc sur la vacuité, parce que c’est dans l’intériorité que l’on peut observer et reconnaître cette vérité, laquelle n’est pas visible par la perception extérieure. Une fois la vacuité réalisée, le symbole est abandonné pour éviter entre autres l’existence d’une dualité subtile entre l’expérimentateur de la vacuité d’une part et le concept de vacuité d’autre part.
Le symbole de l’ouverture, de la compassion
Il est possible d’utiliser un concept à la façon d’un symbole en l’intériorisant. Au lieu de voyager dans les dépendances conceptuelles de ce concept, on l’expérimente dans l’intériorité, au-delà des pensées, des émotions et des images.
L’ouverture (du cœur), par exemple, se réalise dans l’espace intérieur en lâchant prise sur le mental. Il en est de même pour la compassion, au sens bouddhique du terme, c’est-à-dire indépendante du soi (désintéressée) et universelle (s’adressant à tous les êtres de tous les mondes, qu’ils soient amis, ennemis ou indifférents).
Symboles universels
Certains symboles sont considérés comme universels, c’est-à-dire qu’ils sont efficients pour la totalité des êtres humains. Ce qualificatif peut aussi indiquer que l’interprétation du symbole est la même pour tout le monde, ou qu’il existe des interprétations pour ce même symbole dans de multiples cultures, l’aspect universel s’appliquant au contenant et non au contenu. En général, les symboles sont liés à une culture ou à une tradition spirituelle. Ils sont des aides sur un chemin particulier, qu’il est préférable de ne pas mixer avec des symboles d’autres traditions.
Ce que n’est pas un symbole spirituel
Les symboles utilisés dans le théâtre mondain sont en fait des concepts qui drainent tout un réseau de pensées et d’émotions, sans jamais aller jusqu’à l’intériorité pure. On peut prendre l’exemple du symbole du « drapeau ». À l’origine, il y a bien un objet drapeau, en général une pièce d’étoffe. Il peut ensuite représenter un groupe, une nation, un parti, etc. Des concepts peuvent lui être associés, comme l’état, une communauté économique, sociale, etc. Des émotions perturbatrices peuvent être également attachées au symbole, comme l’orgueil, la fierté, le mépris des autres, mais rien de l’intériorité qui permettrait une quelconque réalisation spirituelle. Ce n’est d’ailleurs pas le but.
Collection d’opinions que le lecteur remplacera avantageusement par les siennes
Ce chapitre présente les défauts de la croyance en la réalité des choses (substantialité et permanence) dans un chemin*, et l’avantage d’examiner la richesse de la notion de vacuité.
Les sujets suivants sont abordés :
Vue dualiste
Enquête
Vacuité et sagesse
Définition de la vacuité
Nécessité de méditer
Vacuité et méditation
Vacuité et analyse conceptuelle
Vacuité et interdépendance
Exemple de la table
Métaphores des aspects de la vacuité
Semblable au rêve
Effets de l’examen du concept de vacuité
Dans la vue mondaine contaminée par le dualisme, les tendances et les afflictions, tout ce que nous voyons est considéré comme existant : la nature avec sa végétation, les êtres sensibles, les productions humaines telles que les maisons, les entrepôts, etc. Tout ce que l’on peut toucher, voir, entendre, sentir ou goûter est jugé existant.
L’espace et le temps semblent exister aussi, au moins pour des raisons pratiques : l’espace est le contenant indispensable à la présence de la matière, et le temps est un sous-entendu commode pour expliquer le changement.
De ce fait, exister signifie principalement apparaître à nos sens. Les éléments comme le vide, l’espace, le temps existent indirectement, par inférence à partir de ce qui existe directement.
Certaines choses existent temporairement à l’intérieur de notre esprit : les pensées, les émotions, les ressentis, les images. Bien qu’elles ne bénéficient pas de la participation des sens, leur existence est acceptée par l’ensemble des êtres humains.
L’enquête qui suit (Vacuité et... à Semblable au rêve) consiste en une étude du concept de vacuité dans une perspective de bien-être et de sagesse. L’objectif est de pouvoir vivre au milieu des apparences dans la vie quotidienne sans les saisir de manière égotique, pour éviter les conséquences karmiques*.
Voici précisé le sens de certains termes utilisés dans ce chapitre :
La substance est ce qui est permanent et qui possède une existence propre.
L’essence d’un phénomène est ce qu’il est à l’état pur. On l’identifie parfois au terme « nature ». Lorsqu’on cherche l’être d’un phénomène on aboutit à l’essence, et si on interroge sa constitution on aboutit à la nature.
La matérialité est ce qui paraît consistant pour la perception sensorielle, ce qui semble avoir un volume, une profondeur.
La notion de vacuité est fondamentale dans le bouddhisme du grand véhicule qui utilise la méditation sur la vacuité des phénomènes et du soi pour se libérer des voiles*. La méditation sur la vacuité du soi libère des voiles émotionnels et celle qui porte sur la vacuité des phénomènes affranchit des voiles cognitifs.
La vacuité d’un phénomène exprime le fait qu’il n’a pas de nature propre et qu’il n’apparaît qu’en dépendance de causes et de conditions. Ce sont des conditions, c’est-à-dire la présence de certains autres phénomènes, qui déterminent son apparition. Ce concept est complémentaire de celui de « phénomène en totale dépendance ». Faussement considérée comme un synonyme de vide, la vacuité n’est qu’une absence d’existence propre, de nature propre, d’essence, mais elle n’est pas vide de clarté ou de présence par exemple.
Comment la méditation sur la vacuité peut-elle libérer des voiles* émotionnels et cognitifs ? Reconnaître qu’un phénomène n’a pas d’existence propre, c’est empêcher de le saisir, car on ne peut saisir le vide. Ne saisissant pas, ne s’appropriant pas, on ne génère pas d’empreinte karmique dans le continuum de conscience, on devient libre de karma* et d’afflictions. Ces dernières, en effet, sont des réactions émotionnelles qui ont lieu suite au « contact sensation » d’un phénomène. Par exemple, lorsqu’on nous insulte, il y a contact auditif avec l’insulte, sensation désagréable et réaction par la colère, le mépris ou la peur. Sans réaction (saisie) à la sensation désagréable résultant de l’insulte, on resterait calme.
La notion de vacuité utilisée dans le chemin* bouddhique a une définition précise, c’est l’absence d’existence propre. Un phénomène est vacuité s’il n’existe pas par lui-même, s’il a besoin de la présence d’autres phénomènes pour apparaître. Par exemple la notion de père n’existe que s’il a au moins un enfant. En absence de progéniture, il n’est pas un père. La notion de père est donc vacuité. Dans cet exemple, la vacuité est facile à découvrir, puisque le concept de père est l’un des termes de la relation « père enfants ».
Tous les phénomènes sont vacuité. En effet, ils sont impermanents (à part quelques exceptions comme l’espace) : ils apparaissent à un certain moment, se maintiennent pendant une durée qui peut être très longue à l’échelle humaine, puis disparaissent.
