Interrogations suspendues - O Syénten - E-Book

Interrogations suspendues E-Book

O Syénten

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Beschreibung

Ce cahier est une étude sur la nécessité de dépasser les concepts pour obtenir un bien-être authentique et réaliser la sagesse transcendante. Il a été écrit dans une perspective de bien-être et de sagesse. L'auteur y examine les limites de la philosophie dans la recherche de la sagesse, et la nécessité de dépasser les concepts. Le terme de philosophie se réfère ici à la philosophie de chacun, à nos opinions, certitudes, analyses, croyances argumentées ou non, en résumé à l'édifice conceptuel que l'on s'est constitué pour atteindre le sentiment de comprendre sa vie, ou du moins d'en savoir assez pour ne pas approfondir. Cette recherche intérieure peut être utile dans la vie quotidienne. Quand les influences deviennent chaotiques et qu'il est difficile de savoir où est la vérité, la méthode qui évite la manipulation comporte deux volets : l'un extérieur qui consiste à regarder les faits, à rechercher les sources et les motivations des informateurs, etc. et l'autre intérieur, souvent oublié, qui permet de garder une ouverture au monde à l'abri des perturbations du mental. C'est cet aspect intérieur que ce cahier développe en indiquant un moyen de passer du mode croyance au mode discernement, afin de rester libre face aux influenceurs de tous bords. Des informations complémentaires ainsi que des avis de lecteurs sont disponibles sur le blog : https://syenten.com/

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Seitenzahl: 260

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Sommaire

Introduction

L’idée du cahier

Conseils de lecture

Investigations

Le karma

° Moment naissant au bord du large

Méprise, illusion et croyance

° Moment 2

Les concepts

° Moment 3

Le moi

° Moment 4

La réalité

° Moment 5

L’auteur

° Moment 6

Le groupe

° Moment 7

La liberté

° Moment 8

Le temps

° Moment 9

L’instant

° Moment 10

L’espace

° Moment 11

Les pensées

° Moment 12

Les limites de la raison

° Moment 13

Les afflictions

° Moment 14

Le corps

° Moment 15

Les phénomènes extérieurs

° Moment 16

Lexique

Sources

Aux lecteurs

Introduction

Dans la recherche d’un bien-être qui ne soit plus à la merci des situations, il arrive un moment où il devient nécessaire de dépasser nos opinions philosophiques. L’impasse devant laquelle nous nous trouvons nous oblige à nous engager dans une intériorité directe, par delà les mécanismes conceptuels.

Ce cahier de réflexions s’adresse aux personnes en quête de bien-être dans la vie de tous les jours, ainsi qu’à celles qui souhaitent une transformation plus profonde, par la compréhension et la connaissance, capable de conduire à une vie libre d’illusions. Il convient également à celles que la dépendance ou l’agitation intellectuelles empêche de s’engager directement dans la fluidité lumineuse de la méditation.

Le travail sur nos opinions et nos croyances, indispensable dans une voie de sagesse, s’avère également précieux lorsque les éléments extérieurs qui participent à leur fabrication incluent bon nombre de manipulations et de mensonges.

Pour rester libre, il est nécessaire d’être vigilant et de prendre du recul par rapport aux diverses propagandes. La manipulation puise son efficacité dans une utilisation perverse des concepts, et une liberté par rapport à leur emprise est un atout pour conserver une indépendance d’esprit. Puisse ce cahier apporter une aide même modeste pour passer du mode « croyance » au mode « discernement » et permettre ainsi de devenir davantage ce que nous sommes plutôt que de nous soumettre à ce que l’on nous contraint d’être. Il permet à chacun de trouver un point de repère au-delà des tricotages intellectuels et de l’instillation de peurs. La méthode utilisée dans ce cahier consiste simplement à supprimer le venin des concepts.

Cependant, ce serait une erreur de penser que nous interrogeons ici la politique ou le social quand le véritable enjeu est l’intériorité, la vie du dedans, cet élan indicible nous poussant à dépasser les contingences artificielles qui nous happent de l’extérieur pour s’asseoir un moment sur un coussin de transparence, de lumière et de bienveillance. Le monde est ce qu’il est, c’est l’environnement d’aujourd’hui, un ensemble de contraintes qui, si elles sont traitées intérieurement avec en point de mire la sagesse, peuvent nous libérer de nos afflictions, illusions et souffrances. L’objectif est de pouvoir utiliser les concepts dans la vie quotidienne sans être contaminé par son venin ni devenir son esclave.

Au lieu de traiter uniquement le bien-être temporaire, ces pages proposent une préparation compatible avec les entraînements qui mènent au bien-être durable, et pour ce faire tirent profit de méthodes de transformation d’une école de sagesse très ancienne.

Ce cahier est un plaidoyer pour un dépassement de notre philosophie personnelle, de cette croyance qu’une connaissance profonde, universelle et transformatrice pourrait découler d’un jeu de concepts. Dans les sociétés modernes soumises à la logorrhée cacophonique des opinions, il manque souvent la prescience qu’il puisse exister quelque chose de plus profond, de plus signifiant et de plus fertile que des bavardages intellectuels pour se connaître et connaître sa relation au monde. Les opinions, même les plus futées, ne permettent pas d’atteindre la sagesse.

En déconstruisant les illusions, ce cahier essaie de placer le lecteur en ce moment privilégié où ses certitudes, en perdant un peu de leur solidité et de leur arrogance, laissent un champ libre pour aborder la perception beaucoup plus vaste dissimulée au-dessus des savoirs.

Plus que de l’intelligence, la lecture de ce texte demande une grande honnêteté vis-à-vis de soi-même. Les thèmes abordés sont le karma, l’illusion, les concepts, le moi, la réalité, l’auteur, la société, la liberté, le temps, l’espace, les pensées, la raison, les afflictions, le corps, les phénomènes extérieurs, l’instant... Les chapitres d’investigation analytique alternent avec des lectures paisibles (Moment naissant au bord du large) qui permettent d’atteindre un état spacieux de calme, de clarté et de lumière, c’est-à-dire de placer son esprit dans les conditions favorables à un travail plus profond et libérateur.

L’idée du cahier

Le dépassement de la philosophie envisagé dans ce cahier s’applique à la totalité de nos certitudes et de nos opinions personnelles, et non aux hypothèses des philosophes et des influenceurs professionnels, car c’est sur nos propres illusions, et non celles d’autrui, que nous devons exercer notre vigilance, ce sont elles qui nous retiennent dans une alternance imprévisible de bonheur et de mal-être.

La recherche du bonheur suppose l’existence, reconnue ou non, d’un mal-être et du désir de s’en libérer. Le bien-être est une autre façon de désigner l’absence de souffrance. Dans ce cahier, la question est traitée par une démarche analytique ponctuée de lectures apaisantes qui affleurent l’intériorité. N’est mentionné ici qu’un point de départ parmi d’autres, en espérant que la lecture de ces notes puisse contribuer à aborder notre existence avec plus de profondeur et d’humour, tout en améliorant notre bien-être et celui d’autrui.

La démarche analytique aboutit à une prise de conscience de l’aspect illusoire des opinions et des certitudes. Elle commence à desserrer les nœuds qui font obstacle aux connaissances plus subtiles qui permettront un jour de maîtriser notre destin. L’objectif n’est pas de douter de nos certitudes mais d’être sûrs qu’elles ne sont que des illusions. Cette conviction transformée par la méditation peut mener un jour à la réalisation de la sagesse.

Autrement dit, on ne parvient pas à la sagesse en restant dans l’enclos dualiste. Il faut nécessairement en sortir. Mais il est possible de préparer cette sortie à l’intérieur même de cet enclos en se libérant des croyances dont il se nourrit : c’est ce qui est tenté ici.

La sagesse est généralement enseignée par des maîtres authentiques, c’est-à dire des personnes qui ont réalisé ce qu’ils enseignent. Dans ce cahier, au contraire, elle est traitée par un esprit dualiste irréalisé. Dans le triptyque « écoute – réflexion – méditation » qui permet d’avancer dans la connaissance, ces pages concernent principalement la réflexion, l’écho individuel des enseignements écoutés. L’écoute permet de recueillir les enseignements, la réflexion de comprendre ce qu’ils signifient pour nous-mêmes, et la méditation de les amener dans les profondeurs de l’être, là où ils ne peuvent plus se perdre.

Les sources de ce cahier sont indiquées tout à la fin. Aucune source n’est signalée dans le texte lui-même, ce qui entraîne l’impossibilité de savoir si telle idée provient d’un maître réalisé ou d’un esprit dualiste. Cet oubli volontaire empêche le lecteur de se cantonner dans le mode croyance*, et l’oblige à utiliser pleinement son discernement. C’est un antidote à la « facebookisation » des esprits qui en outre permet de mieux trier les informations la plupart du temps orientées qui nous viennent des médias et des rumeurs.

Le bien-être peut être naturel ou fabriqué. Le premier correspond à notre nature profonde, tandis que le second se constitue en amassant des conditions favorables, comme vivre dans un lieu agréable, veiller sur sa santé, avoir des relations amicales, connaître l’amour, exercer un métier qui nous plaît, etc. Ce bien-être fabriqué n’est qu’un leurre puisqu’il peut disparaître en un instant à la suite de circonstances défavorables (quand les conditions du bonheur ne sont plus réunies). L’effondrement de cet édifice artificiel permet parfois de comprendre, mais un peu tard, que notre vie n’était qu’une construction factice, un paradis ou un enfer en toc. Mais lorsque le bien-être est associé à une meilleure compréhension de ce que l’on est, il devient de moins en moins dépendant des circonstances, de plus en plus naturel. Un bien-être uni à une connaissance authentique, dans le sens d’une réalisation intérieure, est indestructible, car cette connaissance ne fabrique rien, ne surimpose rien, mais se contente de révéler ce qui est là depuis l’origine : quelque chose d’indestructible, de joyeux, de paisible et de clair. C’est ce bonheur masqué par la méprise de chaque instant qu’il est nécessaire de trouver, plutôt que de s’épuiser à monter un kit éphémère et défectueux.

Notre philosophie personnelle n’est souvent qu’un corpus d’opinions déterminées par nos tendances, nos habitudes, glanées ça et là dans l’air du temps et dans quelques réflexions pressées et superficielles. Il est facile de comprendre que cette philosophie n’est pas libre, qu’elle est lourde d’illusions égotiques. Les moyens de dépassement de cette inertie existent pourtant depuis des temps immémoriaux, mais il semble que de nos jours s’est installée dans les mentalités une sorte de tabou qui empêche de fréquenter les déserts fertiles de l’esprit, c’est-à dire ses profondeurs non conceptuelles et non émotionnelles. Tout au plus accepte-t-on de s’y reposer de temps en temps, comme on va se distraire au bord de la mer après une longue période passée entre les murs d’une ville agitée et tonitruante. Parmi les nouvelles religions, il en existe de moins visibles que le consumérisme, et en particulier celle du concept, qui consiste en une fixation sur de simples objets intellectuels, aussi fragiles qu’une rangée de dominos dressée dans la tempête.

La philosophie ne peut être dépassée au moyen de nouveaux concepts. Au contraire, la transformation commence nécessairement par le silence intérieur. Les pages qui suivent sont une préparation à ce silence fertile, à l’usage de ceux qui l’ont contrarié incidemment par excès de bavardage intérieur ou extérieur, par surabondance de préoccupations ou d’activités, par colère ou addiction, par distraction ou torpeur, ou encore par trouille abyssale du vide.

Ce texte est donc une approche du moment de dépassement de la philosophie, quand tout a été dit et que le silence peut enfin livrer son secret. Ce moment remarquable peut transformer celui qui le perçoit intuitivement, qui s’y ouvre et s’y engage. Pour d’autres, rien ne remuera dans la demeure intérieure, et à travers la vitre de leur isolement dualiste, ils verront tout au plus un clair papillon battre des ailes dans un pays étrange auquel ils n’ont pas accès.

Nous avons une croyance « aveugle » en notre perception au point de la prendre pour une réalité absolue. Si cette croyance était moins forte, notre esprit serait plus aéré, plus dénoué, plus serein, plus libre, et le bien-être en serait amélioré. Les exercices proposés dans ce cahier permettent de mettre en doute la certitude inconsciente selon laquelle nous percevons quelque chose de définitif. De telles réflexions demandent à être prolongées ensuite par des méditations libératrices.

Ce cahier qui ne décrit rien de nouveau, et n’est cependant pas une simple compilation, développe quelques interrogations sans réponses qui sont autant de moyens de réduire ses propres illusions.

Si un terme bloque, si la compréhension fait défaut, il est inutile de se « prendre la tête », cette attitude ne faisant que nourrir un moi déjà bien rassasié. Les fumées brûlantes sortant des cheminées d’usines polluent l’atmosphère : trop de feu sous le crâne finit par obscurcir l’intelligence. Un concept qui semble obscur peut simplement indiquer chez le lecteur un manque de maturité pour le pénétrer. Aucune importance ! Autant prendre son temps et aller se promener dans les vertes prairies qui tapissent abondamment les plaines et les versants des rivages terrestres. Peut-être qu’un jour le même concept deviendra aussi lumineux qu’un cristal, ce sera alors l’occasion de consacrer le temps nécessaire à son entière digestion.

Il n’est pas aberrant de considérer ces pages comme une somme de balbutiements sur un sujet qui mérite d’être étudié profondément par la suite, en passant par des enseignements dispensés par des maîtres que l’auteur laisse au lecteur le soin de découvrir parmi la profusion de prétendants. Nul doute que le karma du lecteur lui trouvera le maître le plus adapté à son profil, et la rencontre le transportera peut-être dans une joie indicible, lui faisant oublier l’un des aspects fallacieux du karma : sa tendance à rejouer les tendances passées, ce qui signifie qu’il n’est pas impossible qu’une histoire vécue autour d’un faux maître dans d’autres existences puisse engendrer une nouvelle situation tout aussi erronée. D’où l’idée de ne jamais perdre son discernement face aux attraits trop mélodieux, la fascination n’étant qu’un agréable aveuglement.

Ce cahier n’est pas scientifique, car il ne s’agit pas ici de regarder à l’extérieur avec les yeux de l’arraisonnement, en utilisant d’ingénieux dispositifs, des appareillages ultra-sophistiqués, de vérifier des hypothèses, d’entrer dans de savants calculs, d’avoir une opinion sur la dernière théorie qui permet de connaître les décors voisins ou lointains au milieu desquels s’ébrouent notre corps et la planète, d’analyser les briques infinitésimales qui constituent nos mirages, d’admirer l’ordonnancement et l’irrésistible complexité des couches successives de majestueuses spéculations.

Ce cahier est aussi peu un témoignage, même intérieur, car le texte comporte des références à d’autres expériences et à de nombreux enseignements reçus. Il puise la plus grande partie de ses sources dans le bouddhisme, tout en sachant que ladite voie n’est pas le seul chemin de libération, et si la plupart des repères ici mentionnés en proviennent, il est certain que d’autres voies, adaptées à d’autres tempéraments, d’autres capacités, d’autres cultures et poussées par d’autres karmas, vont dans la même direction. Seulement, il est plus facile de parler de ce dont on a une proximité par la pratique que de ce qui est perçu de loin, dans des livres, à la télé, à la radio, sur le web, sur les réseaux sociaux, dans les salons de coiffure, au hammam ou au café du commerce.

Les « quatre vérités des Nobles » (premier enseignement du bouddha) consistent à prendre conscience du mal-être qui nous accompagne même quand tout semble aller bien, à comprendre que ce mal-être a des causes, c’est-à dire qu’il n’est pas le fruit du hasard, à comprendre qu’il peut être éliminé, et qu’il existe un cheminement pour le vaincre définitivement. Ces vérités observées par les êtres éveillés (les Nobles) sont à la portée de tous, le plus délicat étant sans doute d’être convaincu de la possibilité d’élimination définitive du mal-être.

En résumé, ce cahier n’a aucune vocation philosophique ou scientifique. Cette remarque liminaire est importante dans le choix de l’attitude à prendre pour l’appréhender. Son objectif serait plutôt d’encourager des personnes honnêtes à se connaître par eux-mêmes et à trouver une aide valide, adaptée à leur capacité et leur motivation. Ce texte constitue le simple encouragement d’un bizut à d’autres bizuts. Ensuite tout reste à faire. Pour l’approfondissement il sera nécessaire d’accoster d’autres rives, si la barque le permet et que les flots ne sont pas trop tumultueux. Il est inutile de souhaiter beaucoup de courage et de discernement aux aspirants. Puissent-ils ne pas tomber dans le piège des publicités à deux sous.

Conseils de lecture

Le lecteur est invité à regarder ce texte comme un champ d’amorces destinées à élever chez lui un certain nombre de pensées qu’il doit alors traiter en fonction de sa propre expérience. Attendu que le but est une transformation personnelle, juger le contenu de ces pages ne serait pas efficace. C’est comme si quelqu’un trouvait mauvaises les tomates consommées par le voisin alors qu’il est lui-même occupé à s’empiffrer de saucisses aux hormones.

Il n’est donc pas demandé au lecteur d’entrer dans le monde de l’auteur, mais d’approfondir son propre univers, et de voir à quel point il est brinquebalant et cousu de fil blanc. Tout est illusion dualiste, qu’elle soit appelée opinion, certitude, vérité ou réalité. Le lecteur devrait entrevoir que le monde qu’il perçoit et qu’il conçoit n’est qu’une fabrication sans réalité permanente, semblable à un rêve ou à un mirage.

Les opinions consignées dans ce cahier ne doivent pas être considérées comme issues d’une seule personne, mais plutôt comme une compilation d’opinions diverses qui ne sont pas obligatoirement cohérentes entre elles.

Si le lecteur est en désaccord avec une opinion donnée dans ce cahier, la méthode ne consiste pas à la démolir pour renforcer son ego mais à examiner sa propre opinion sur le sujet puisque c’est cette dernière qu’il doit approfondir. Supposons que le lecteur conteste l’opinion « On peut se sentir libre dans une dictature », il lui faut examiner son propre avis sur la question, c’est-à-dire par exemple « il est impossible de se sentir libre dans une dictature », et à partir de là comprendre ce qu’il entend par « liberté ».

Un physicien pourra par exemple réfléchir sur ses connaissances, et voir en quoi elles n’expliquent rien sur ce qu’il est lui-même. Suivant notre spécialité, il est toujours possible de réfléchir sur l’intérêt de nos savoirs dans un chemin de connaissance. Et si nous y voyons une utilité, il est intéressant d’approfondir cette croyance, de voir ce qu’elle met en œuvre, d’analyser les hypothèses, puis de se poser de nouveau la question du profit apporté par ces savoirs pour la connaissance de soi. Réification n’est pas réalisation, bien au contraire : réaliser ce que nous sommes ne consiste pas à combiner des concepts.

En outre, lorsque le lecteur n’est pas d’accord avec une opinion notée dans ce cahier, il est intéressant pour lui d’observer pendant quelques instants son état mental au moment de sa réaction. Est-il outré, a-t-il envie d’étrangler l’auteur de l’opinion, le méprise-t-il du haut de sa montagne ? L’observation peut être complétée par un examen plus systématique en prenant en compte trois aspects. Premièrement, il peut regarder son état physique au moment de sa réaction : sent-il des crispations, des tensions de la colère, une gêne respiratoire, des brûlures ou des refroidissements, des douleurs, etc. Le deuxième aspect concerne ses pensées : ses commentaires, le scénario qu’il invente pour contrer l’opinion, tout le bavardage intérieur qui s’installe dès la lecture de l’opinion. Le troisième aspect à considérer est l’affliction qui domine dans sa réaction. Ce peut être de l’orgueil, par exemple s’il se sent humilié par l’opinion, du mépris s’il se sent très au-dessus d’elle, de la jalousie si l’opinion lui paraît plus profonde que la sienne, ou bien de la colère s’il hait spontanément cette opinion sans même savoir pourquoi, ou bien encore de l’attachement si l’opinion est contraire à ses propres croyances, etc. Cet examen lui permettra de mieux se connaître.

Une approche possible parmi d’autres s’effectuerait en trois étapes (lecture, pause, réflexion) :

1) Lecture : nous lisons d’abord le texte en prenant conscience de nos réactions en temps réel. Nos acceptations, nos troubles et nos refus permettent de mieux connaître nos a priori, nos croyances et toutes sortes d’afflictions nuisibles à une écoute authentique et une compréhension fertile. Il s’agit d’une lecture à la façon habituelle avec en plus une vigilance vis-à-vis du lecteur, c’est-à-dire de soi-même. Il n’est pas possible de comprendre un texte si notre esprit est à califourchon sur un cheval fantasque. Cette façon de lire permet de remonter à la conscience diverses aliénations de notre mental.

2) Pause : puisque la lecture a pu agiter notre esprit, nous faisons une pause pour remettre notre esprit dans un état paisible, clair et ouvert.

3) Réflexion : une fois l’esprit reposé, nous traitons le sujet à notre façon sans oublier que l’objectif est de voir l’inefficience des concepts pour réaliser la sagesse.

La déconstruction décrite dans ce cahier a pour objectif d’entrer plus facilement dans la méditation. Elle ne change rien à la vie quotidienne, mais la rend plus légère et plus tranquille. Il n’y a rien à construire pour connaître la réalité profonde, il suffit de défaire ce qui la dissimule à chaque instant.

Le lecteur est amené à dépasser sa philosophie personnelle et non l’opinion de spécialistes en philosophie, car ces personnes ne sont pas lui et ne le seront jamais, même dans une autre vie. Son attitude devrait être la même vis-à-vis du copiste nommé « Syénten » qui n’est qu’une compilation d’opinions diverses. Si quelqu’un désire connaître sa propre philosophie, il suffit d’examiner avec honnêteté ses opinions, certitudes, objectifs, idéaux et croyances.

Ce cahier présente deux vues : la vue dualiste qui correspond à la vision ordinaire ou mondaine des choses et la vue approfondie qui découle d’une réflexion tournée vers la sagesse. La vue dualiste entraîne le maintien dans l’existence conditionnée, tandis que la vue approfondie prépare à s’en affranchir, d’où son profit pour les personnes motivées par leur libération du mal-être.

On peut aussi considérer ce cahier comme un assemblage de travaux pratiques, le travail d’un étudiant qui veut bien prêter sa copie, malgré toutes les erreurs, simplifications et omissions dont elle est parsemée. Ce n’est certainement pas un corrigé. Pour caricaturer : s’il est écrit dans le texte « J’ai mal aux pieds », le lecteur n’est pas obligé de s’inventer une douleur aux pieds, mais s’il souffre des mains, il s’intéressera à ses mains.

Le nombre de répétitions d’une même idée dans le texte peut sembler excessif, mais il est utile à l’approfondissement. Le sens s’enrichit à chaque répétition. Les énoncés humoristiques qui suivent ne sont évidemment pas à prendre dans leur sens littéral :

La première apparition de l’idée permet une simple lecture. Le sens est à peine effleuré. Elle satisfait les badauds et les distraits.

La deuxième apparition fournit une compréhension vague. Elle satisfait ceux qui souhaitent pouvoir en parler, comme les journalistes ou les politiciens, sans prendre ou avoir le temps d’approfondir. Nous ne sommes pas encore vraiment entrés dans le sujet.

La troisième apparition apporte une compréhension plus sérieuse et plus profonde. Elle touche les professeurs qui doivent enseigner sans déviation et répondre aux questions de leurs élèves, ainsi que les intellectuels qui doivent résister aux pièges de leurs adversaires les plus retors. Nous commençons à entrer dans le sujet, mais nous mettons surtout en jeu des placages conceptuels.

La quatrième apparition sort du bocal intellectuel et permet une compréhension plus fertile. Elle s’applique aux créateurs et ingénieurs, et à toutes les personnes qui ont une obligation de réalisation à partir de leur compréhension intellectuelle.

La cinquième apparition concerne les aspirants à la sagesse. Elle permet de comprendre l’idée dans toute sa profondeur et en même temps de prendre conscience de son aspect illusoire. Tandis que l’ingénieur sort du confinement intellectuel pour confronter les concepts à la réalité dualiste, l’aspirant à la sagesse s’en détache pour s’unir à la réalité intérieure puis à la réalité ultime.

Les sujets abordés dans ce cahier ne sont que des exemples. Chacun doit examiner ses propres opinions et non celles des autres, le but étant de voir qu’elles sont des illusions à dépasser pour parvenir à une connaissance authentique. Indépendamment de ce cahier, le lecteur est invité à examiner une à une ses opinions et ses croyances jusqu’au moment où il est certain de ne pouvoir rien dire sur leur véracité. Il est important de ne pas rester dans le doute, de penser par exemple qu’on ne peut rien affirmer mais que le professeur Tournesol en est capable, ou qu’il nous manque quelques données pour lever nos incertitudes, car en cas de doute le mental ne se sent pas vaincu, et sa défaite est nécessaire pour atteindre la sagesse. Au lieu d’être le corps, il adviendra un jour proche, lointain ou incalculable où nous serons la sagesse.

À la fin du livre, se trouve un lexique qui présente par ordre alphabétique les définitions de quelques éléments de vocabulaire, avec la signification qui leur est attribuée dans ce cahier. En voici la liste :

Conditionnements,

Esprit,

Illusion, Intuition,

Méditation, Méthodes verticales et horizontales, Mode croyance

et discernement, Moi, Mondain,

Sagesse, Science de l’esprit, Sciences mondaines, Solidification,

Sphère sensorielle,

Tétralemme, Transcendance,

Vacuité, Vérité, Voiles.

Un mot contenu dans le lexique est suivi de « * » les premières fois qu’il apparaît dans le texte.

Investigations

Cette partie présente les investigations réalisées sur différents thèmes dans un but utile au bien-être et à la sagesse. En effet, la façon habituelle de voir les choses engendre beaucoup de souffrances et d’afflictions, et favorise le mal-être et l’ignorance. Ces investigations doivent être complétées par des méditations* libératrices, car elles sont insuffisantes du fait de leur aspect égotique inhérent.

Le karma

Collection d’opinions que le lecteur remplacera avantageusement par les siennes

Ce chapitre introduit le concept de karma, et examine l’intérêt qu’il peut apporter dans les chemins de bien-être et de sagesse*.

Le passé laisse dans l’esprit* des empreintes qui deviendront manifestes. Les intentions et actes du passé tissent un réseau de tendances et de situations qui viendront à maturité dans le futur. Cette loi créatrice pourrait expliquer la « manifestation », le « manifesté », les apparences. Le décor et les situations de notre vie peuvent simplement être en relation avec notre passé, et ce qui apparaît comme une création ne serait que le résultat de nos actes. La manifestation est expérimentée de la même manière pour tous les êtres humains du fait de leur vécu similaire. Chaque esprit* produirait son propre monde, et tous ces mondes cohabiteraient dans le même espace.

On évoque surtout le concept de karma pour sa capacité à nous maintenir dans le mal-être. Aussi longtemps que l’esprit* est lui-même l’expérience de la situation, il n’y a aucune souffrance, mais lorsque qu’il se divise en sujet et en objet d’expérience, c’est-à-dire quand surgit un sujet (ego, moi*, soi) qui prend conscience de lui-même en tant que sujet, les choses se compliquent, et conjointement avec ce « moi » illusoire apparaît la souffrance. L’expérience de cette division de l’esprit* est facile à observer : supposons qu’il y a un paysage devant nous, nous pouvons le voir (contact visuel - expérience panoramique) ou le regarder (moi – regard – objet du regard). Lorsqu’on se contente de voir le paysage sans y prêter une attention particulière, on ne sera pas entraîné dans des commentaires, mais dès qu’on le regarde, on commence à en isoler des parties, viennent les jugements qui peuvent provoquer contentement ou contrariété. Entre voir et regarder, la différence est dans la présence ou non du « moi ». Les facultés sensorielles remplissent leur fonction dans les deux cas.

Le karma est la loi selon laquelle tout acte a un effet, et toute situation une cause. Le mot lui-même signifie action. Tout acte dépend de causes et de conditions. Il n’y a pas de situation ou d’événement qui ne survienne sans cause ni conditions. L’idée paraît simple, et pourtant seuls les êtres éveillés sont capables d’en connaître toutes les implications. Pour les êtres ordinaires, le karma est une croyance fragmentaire en ce sens qu’il peut être vérifié partiellement dans le cadre d’une vie, mais qu’il demeure dans le registre des croyances en ce qui concerne les vies futures.

On utilise le même mot « karma » avec différentes significations complémentaires. Il peut signifier « loi de causalité » à condition de ne pas voir dans la causalité une production matérielle, mais l’idée « ceci étant, cela se fait ». Il peut se référer à la résultante des actes passés comme dans l’expression humoristique : « avoir un mauvais karma » ou bien se rapporter aux actes actuels en tant que causes du futur comme dans l’expression « améliorer son karma ».

Nous dépendons donc de notre karma passé, c’est-à-dire des actes accomplis jusqu’à cet instant, et par nos actes actuels, nous préparons les conditions de notre futur. En apprenant la musique, par exemple, on prépare notre avenir de musicien. C’est le karma qui accomplit la rétribution des actes : dans cette hypothèse nul n’est besoin de juge, à moins de désigner le karma (nos actes passés) pour cette fonction.

La croyance au karma, qui s’oppose entre autres à la croyance au hasard, n’est pas spontanée, surtout en Occident, car elle nécessite de comprendre le sens d’un mot qui appartient à d’autres cultures et qui en outre diffère selon les cultures. Dans ce cahier, on examine l’intérêt de l’hypothèse du karma pour l’obtention de la sagesse*, car si le karma a une incidence sur cette réalisation, il est plus habile d’en tenir compte que de le nier. En d’autres termes, on examine l’intérêt de la notion de karma en tant que « vérité* de chemin ».

Le karma n’existe que dans la perception dualiste, c’est à dire en présence d’un « moi ». La libération consiste en particulier à nous affranchir de ce karma qui nous emprisonne dans le cycle douloureux des existences conditionnées, car il entraîne un futur qui, s’il ne se réalise pas dans la vie présente, contraindra à une nouvelle naissance (en mode dualiste).

Lorsqu’on quitte l’être, c’est-à-dire l’absence de « moi », et que l’on tombe dans l’esprit* dualiste, on devient en grande partie le pantin du karma tout en croyant être soi-même. Nous sommes comme des marionnettes qui se prendraient pour le marionnettiste.

En examinant attentivement les actes et les situations, il est possible de valider le karma dans la vie présente (croyance partielle au karma). En effet toute cause a un effet, et il n’y a pas de situation sans cause ni conditions, même si ces dernières sont multiples et indénombrables.

Le karma possède un domaine de validité plus vaste que l’existence présente, puisqu’il englobe toutes les existences. Un temps considérable (des milliards d’années et plus) peut s’écouler entre l’acte karmique et son effet. Cet aspect n’est vérifiable que par les êtres éveillés. Pour les autres, il reste la solution d’y croire ou de faire confiance aux enseignements de ceux qui sont parvenus à s’en affranchir. La loi karmique oblige à renaître aussi longtemps que toutes les conséquences des actes ne sont pas épuisées, c’est-à-dire perpétuellement si on n’intervient pas par une méthode non dualiste. Prenons l’exemple de la colère : celle-ci entraîne la nécessité d’une situation future où elle pourra être assouvie, par exemple une naissance dans un pays en guerre ou dans un milieu violent. Une autre conséquence sera de perpétuer la tendance à la colère.

Existe-t-il des arguments en faveur de la validité du karma sur de multiples existences ? Le karma est propre à la conscience de chacun, et nous sommes seuls à subir et à assumer notre karma. Nous pouvons par exemple réfléchir à ce que nous étions avant notre naissance. Est-ce que nous étions pour une part dans notre mère et pour une part dans notre père ? Cela semble-t-il plausible ? Il faudrait croire que la conscience puisse se combiner à une autre conscience, comme le sable se combine au ciment pour donner du mortier, et qu’elle est donc une espèce de substance. Il y a aussi l’hypothèse matérialiste du génome (qui lui est bien substantiel) qui consiste à croire que de la matière est capable de produire de la conscience.