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Les Editions Memory nous présentent un livre-roman, écrit par l’héroïne !Une histoire triste, mais racontée de telle façon qu'elle se transforme en bonheur ! L' auteur Jules Boulard entraîne le lecteur dans une spirale de beauté et de fraîcheur en laissant Marie-Cerise, l'héroïne de son roman, raconter son vécu, avec le premier cahier d'écriture qu'elle vient d'acheter. Marie-Cerise livre, petit à petit, avec une infinie délicatesse, son présent, son passé, les drames qu'elle a traversés...mais qui, sous sa plume émouvante de confiance et de foi dans la vie, deviennent des perles, de belles perles de nacre qu'elle va laisser émerger de son cœur, et lui offrir une grande pacification de son passé ; elle peut maintenant commencer quelque chose de nouveau : elle renaît à l'espérance, à la joie de vivre, à l'amour. Marie-Cécile interrompt son journal au moment où elle sent qu'elle va basculer dans quelque chose de très émouvant...et qui la rendra très heureuse : une nouvelle naissance ! On peut le dire de cette manière, en effet : bien que notre « naissance » soit sans doute l'étape la plus importante de notre vie, nous avons la faculté de construire, et de vivre « de nouvelles naissances », des démarrages dans une autre vie, une autre conception de la vie, et qui peut amener bien du bonheur !L'écriture, particulière et un peu déroutante au départ, devient très vite un enchantement ! C'est très fin, très beau, c'est une heure de bonheur, et l'auteur suscite très bien la curiosité de continuer jusqu'au bout, réservant ses plus grosses « surprises » le plus loin possible, au rythme de l'écriture et du vécu actuel de cette femme, qui a pour nom réel « Marie-France » mais que son père avait rebaptisée, très joliment, « Marie-Cerise » ! Une très belle détente de fraîcheur et d'amour.
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Seitenzahl: 75
Veröffentlichungsjahr: 2014
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Il est là. Le voilà, devant moi.
Il est là. Il attend.
Il est le premier.
Je suis inquiète.
Non ! Je n’ai pas peur. Simplement inquiète.
Inquiète, oui, mais… heureuse aussi.
J’ai osé. C’est important. C’est un grand moment.
Il est là. Il m’attend. C’est mon premier cahier.
Je ne savais pas que c’est aussi beau un premier cahier.
Il est là. Tout simplement.
Il m’attend, et, déjà, je suis heureuse.
Je suis heureuse parce que j’ai osé acheter un cahier.
Et aussi parce que je vais oser écrire.
Quoi ? Je ne le sais pas encore.
Et pourtant, ce sera très important.
Ce sera un grand moment.
Ce que je vais écrire sera une trace.
Une trace de moi.
Une petite trace de moi, comme un dessin.
Un dessin à l’encre qui ne s’effacera pas.
Quoi ? Pourquoi ?
Je ne le sais pas encore. Ce n’est pas facile.
Mais, puisque j’ai acheté ce beau cahier, je dois écrire.
Alors, pour m’obliger, j’écris déjà la date de demain.
Il faudra donc que je continue.
Samedi, 26 mars 1980
Je sais ce que je dois écrire.
Je vais y écrire ce que je pense.
Ce qui me rend inquiète ou heureuse.
Ce que j’attends : les grands moments de ma vie.
Ces mots, ces petits dessins à l’encre ce sont mes traces.
Déjà, je suis heureuse d’avoir écrit ces lignes.
Cinq petites lignes de petits dessins mal tracés et voilà déjà que je ne suis plus la même.
Je regarde cette trace de moi et je pense que, dans un an, dans cinq ans, elle existera encore.
Écrire.
Comme se regarder dans le miroir.
C’est comme se voir dans les yeux d’un ami.
Un cahier, c’est un ami.
Un cahier, c’est un ami qui vous veut du bien.
Un cadeau.
Demain, à mon ami le cahier, je ferai un cadeau, moi aussi.
Je sais ce que j’écrirai.
Je lui offrirai des mots de fleurs.
Je lui écrirai des fleurs.
Des fleurs qui me ressemblent.
Heureuse. Je ne suis plus inquiète.
On n’est pas inquiète à côté d’un ami.
Je le referme, mon cahier.
Nous avons un secret. À deux.
Dimanche, 27 mars 1980
C’est promis. Je l’ai promis.
Je vais écrire des mots de fleurs, des noms.
Lilas. Tulipe. Pensée. Pervenche. Primevère.
Il y a aussi rose et réséda, géranium, giroflée, etc.
Il y a des fleurs et des plantes qui me font penser à autre chose.
Par exemple : cactus et capucine.
Quand je pense aux cactus, c’est aux épines.
Les roses aussi ont des épines.
Pourquoi pense-t-on que les épines des cactus sont plus méchantes que celles des roses ?
Pourtant, une fleur de cactus c’est très joli.
Le cactus me ressemble…
Ou… est-ce moi qui ressemble au cactus ?
J’aime aussi les pensées. Surtout les petites pensées sauvages.
Elles sont si sauvages et si timides qu’elles se cachent dans le gazon.
Je ressemble aussi à une pensée sauvage.
Je me cache, timide et sauvage, dans le silence.
Les fleurs aussi se taisent.
Mais elles sont belles. Elles parlent aux yeux.
Plus elles ont de couleurs, plus elles sont belles, plus elles disent, mieux elles parlent.
La violette est encore plus timide que la pensée.
Pourtant, il suffit d’une violette dans un pré pour savoir que le printemps est là.
Il y a des jours où je ressemble au cactus.
D’autres jours je ressemble à une violette.
Je vais glisser une pensée entre les pages de mon ami le cahier.
Une pensée, c’est un vrai cadeau.
Je me demande… quand j’aurai appris, quand je saurai bien lire et bien écrire, si je ressemblerai encore aux violettes ?
Mardi, 29 mars 1980
Hier, je n’ai rien écrit.
C’est parce que j’ai eu de la visite.
J’en parlerai plus tard parce que c’est important.
Maintenant je regarde mon cahier et ce que j’ai écrit.
Tous ces petits signes, ces lignes, ces dessins ronds ou pointus ont pris du sens.
Je crois plutôt que c’est moi qui leur donne du sens et même de la vie.
J’ai écrit, j’ai tracé des signes, et voilà soudain que ces signes me racontent une histoire.
Cette histoire, c’est la mienne : l’histoire d’un cactus qui, parfois, devient une violette ou une pensée.
On pourrait croire que c’est une histoire d’enfant.
Non.
C’est mon histoire.
Et j’ai quarante ans.
La semaine dernière, avant d’acheter mon cahier, je pensais que je n’avais rien à dire.
Maintenant, avec ce cahier devant les yeux, et toutes ces pages blanches, j’ai envie de raconter cette histoire, la mienne.
Je me demande s’il y aura assez de pages.
Mercredi, 30 mars 1980
Je l’ai déjà écrit. J’ai eu de la visite.
C’était lundi dernier.
J’ai eu la visite de mon voisin, de notre nouveau voisin.
Voilà une semaine qu’il habite à côté.
Il est venu me rendre visite pour faire connaissance.
Nous avons bavardé.
Lui aussi a quarante ans, ou un peu plus.
Il se nomme Alain.
Je ne lui ai pas dit tout mon prénom « Marie-France ».
Je lui ai dit simplement « Marie ».
Pourtant, France, c’est mon prénom préféré.
Sans doute parce qu’il me fait penser à des paysages que j’aime beaucoup.
Je ne voulais pas que mon voisin Alain me pose trop de questions sur le pays.
Je ne connais que ce que j’ai vu.
Et puis nous avons parlé de jardinage.
J’aime beaucoup parler des fleurs, des fruits,des plantes ou des légumes.
Je les connais très bien. Et tout ce que j’en sais,je l’ai appris toute seule.
Beaucoup de personnes apprennent dans les livres.
Moi, j’ai appris beaucoup de choses en travaillant, des choses que les autres personnes ne connaissent pas.
À un certain moment, mon voisin Alain m’a demandé si j’aimais lire.
Je me suis caché le visage.
Je pense qu’il posait la question pour pouvoir m’apporter des livres et… revenir ici.
Je ne savais pas ce qu’il fallait répondre, alors je lui ai répondu :– Je préfère… J’aime mieux écrire…
Alors, Alain m’a demandé ce que j’écrivais. Je lui ai encore répondu :– Des choses personnelles.
Et nous avons ri.
Je crois qu’il reviendra.
Cela me fait un peu peur.
Demain, si j’en ai le temps, je ferai un autre cadeau à mon ami le cahier.
Je lui écrirai des noms de fruits.
Jeudi, 31 mars 1980
Dans le verger de ma maison, il y a plusieurs sortes de fruits.
Ce sont de très vieux arbres plantés par mon père.
Plusieurs arbres ont été brisés par le vent.
Certains l’ont été parce qu’ils portaient trop de fruits.
Leurs branches cassaient sous le poids.
Quand la plus grande branche du pêcher s’est brisée, j’ai été très triste.
C’était un peu comme si quelque chose s’était cassé en moi.
Cela fait très longtemps déjà. J’étais encore enfant, et pourtant je ne l’ai pas oublié.
Je pense qu’un jour j’écrirai ce qui s’est brisé en moi, et j’espère que ça me fera du bien.
Quand la branche du pêcher s’est brisée, il y avait une grande quantité de fruits.
Des fruits très beaux, mais ils n’étaient pas mûrs.
Je suis certaine qu’ils auraient été très bons, et même délicieux, pleins de bon jus sucré.
Ils auraient fait un bon dessert.
Ce qui s’est brisé, en moi, aurait aussi pu devenir une très grande joie.
Mais je ne le raconterai pas aujourd’hui.
Plus tard !
Sans doute cela me fera du bien de l’écrire. Je me demande si ça m’aurait fait du bien de l’écrire à ce moment-là ?
Mais en ce temps-là, je ne savais pas écrire, et je n’avais pas encore acheté de cahier.
Nous sommes un peu comme les fruits.
On dit même que certaines personnes sont les fruits de l’amour.
Je ne sais pas si c’était mon cas.
J’aimerais bien lire ce que l’on écrit sur cela.
Écrire, c’est un peu vivre deux fois.
Lire et relire aussi.
L’autre jour, j’ai parlé des fleurs, et j’ai écrit que j’étais comme une pensée parfois, et d’autres fois comme un cactus.
Si, aujourd’hui, je parle des fruits, je dirais que je suis pareille à une cerise, bien ronde, bien rouge.
Une cerise de quarante ans… bien mûre.
Il arrive aussi que je ressemble à un citron.
Le cactus et le citron, c’est quand je suis triste ou fâchée.
Nous sommes tous comme des fruits, comme des paniers, des corbeilles, des plateaux pleins de fruits.
Certains jours on est plutôt cerise, ou pomme ; d’autres jours un peu poire ou pêche, des fruits très fragiles.
Il y a encore les prunes, les mirabelles, les reines-claudes.
Comme toutes ces sortes de fruits, on a une saveur, notre caractère.
Parfois aussi on est dur et sec, comme une noix ou une noisette.
Avec ces fruits-là, il faut casser quelque chose pour bien goûter le fruit, sa saveur, le goût du fruit.
Bien entendu, dans les pommes et les poires, il y a des pépins.
C’est peut-être ce que nous portons en nous de triste.
