Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Découvrez les petites joies et les grandes peines de cinq jeunes étudiants sur un campus universitaire
L’automne touche à sa fin dans la ville wallonne de Louvain-la-Neuve, au coeur de la Belgique. Voici un des nombreux kots présents sur le campus, ces logements que les étudiants partagent la semaine et désertent le week-end pour regagner le cocon familial. Les colocataires s’appellent Chloé, Diego, Laura, Tristan et Maylis, toutes et tous engagés dans des études supérieures. Débridés par l’atmosphère particulière de cette jeune cité, ils se cherchent et se questionnent, à la croisée des chemins entre grande adolescence et vie active.
On les suivra durant quelques semaines. Leurs quotidiens se complètent et plusieurs fois se confrontent. Sorties, guindailles, études, avenir et amours, des plus sincères aux plus légères... On vit avec eux leur quête de sens et d’aventure, période de légèreté, d’insouciance, mais aussi d’apprentissage à l’indépendance. Un scénario pour série télé ? Non. Une étude sociologique ? Non. Un vrai roman, mais décalé, photographies en rafale de la vie néo-louvaniste : passions, explosions, ivresses et réconciliations, mais aussi songes, réflexions, engagements et décisions. Avec l’amitié et la solidarité en toile de fond.
Un premier roman prometteur qui décrit avec talent et authenticité ce moment si particulier, au sortir de l'adolescence.
EXTRAIT
Louvain-la-Neuve.
Sortie de terre en 1971, la benjamine des villes belges trouvait son origine dans un conflit communautaire, dû à des divergences linguistiques. Le campus avait pris forme en quelques années pour accueillir les étudiants francophones de l’université catholique de
Louvain, une institution bilingue située en territoire flamand. Sur ces champs vierges, les responsables avaient formé l’idée d’une ville à échelle humaine, où les voitures seraient bannies. Un projet ambitieux, presqu’une utopie.
Du haut de ses 21 ans, Chloé avait déjà sillonné de nombreux pays, mais nulle part ailleurs elle ne se sentait chez elle comme ici. Ce lieu était façonné pour épouser la vie estudiantine, son coeur battait au rythme du calendrier académique. Une cité de briques et de béton, où l’histoire était encore à écrire, où les rêves pouvaient grandir.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Céline Noël a écrit ce premier roman durant l’été de ses 20 ans. Étudiante à Louvain-la-Neuve, elle se destine aux métiers de l’édition. Souvent émouvante, quelques fois humoristique sinon taquine, la plume de Céline est jolie et fluide, vive et franche, empreinte d’un soupçon d’érotisme. Grands adolescents et jeunes adultes vont apprécier, probablement maintes fois sourire et se retrouver dans ces dialogues corrosifs. Leurs parents, quant à eux, vont apprendre... ou se souvenir !
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 197
Veröffentlichungsjahr: 2017
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Céline Noël est lauréate du Prix Jeune Public Brabant wallon de la Fondation Laure Nobels1 – 3ème édition. Elle a écrit son roman entre ses 20 et 22 ans.
Avec enthousiasme et subtilité, l’auteure a amélioré son texte initial sur base des conseils judicieux du jury adulte de la Fondation, des lecteurs qui ont composé le jeune jury du Brabant wallon et des relecteurs et relectrices de la Compagnie CLéA.
Au point de remporter ce prix haut la main, attribué en partenariat avec le Brabant wallon. A travers cette participation, le Brabant wallon souhaite encourager la lecture et l’écriture, notamment chez les plus jeunes, et rappelle une nouvelle fois son enthousiasme au soutien et à la mise en lumière de ces jeunes artistes et de leurs créations.
Enfin, les co-présidents de la Fondation Laure Nobels et les Editions Memory y ont apporté le contrôle final.
Nous félicitons de tout cœur Céline Noël.
Le Conseil d’Administration de la Fondation Laure Nobels
1 La Fondation Laure Nobels finance la publication et la promotion d’œuvres littéraires en français, écrites par de jeunes auteurs belges. Pour déterminer les bénéficiaires, la Fondation soumet les manuscrits présentés par les jeunes à la lecture critique d’un jury indépendant. Composé d’experts en littérature, celui-ci évalue l’originalité et la qualité des œuvres proposées. Chaque année, un lauréat est récompensé par le Prix de la Fondation Laure Nobels. Les années impaires, celui issu du groupe des 15-19 ans, et les années paires, celui issu du groupe des 20-24 ans. Chaque année, un deuxième lauréat est récompensé par le Prix Jeune Public Brabant wallon de la Fondation Laure Nobels. Chaque prix consiste à introduire l’œuvre sur le marché de la littérature, selon toutes les normes professionnelles en vigueur dans le monde du livre.Plus d’infos : www.fondationlaurenobels.be
Afin de rendre la lecture de ce roman agréable, un glossaire figure en fin de livre pour expliquer certains termes en caractères italiques dans le texte. Ceux-ci sont typiques de la Belgique, du milieu universitaire ou de la ville de Louvain-la-Neuve elle-même.
A tous les cœurs à prendre
L’alarme du téléphone retentit. 7h30.
Chloé grogna et se tourna vers le grand métis allongé contre elle. Elle étudia les traits de son visage : de longs cils, un nez de travers, une perle noire à l’oreille gauche. Tant de détails qu’elle n’avait pas remarqués la veille sous les effets conjugués de l’alcool et de la nuit. Ce jeune homme ne brillait pas particulièrement par sa beauté – un 6/10, tout au plus – mais elle avait cédé à son regard aguicheur.
A présent, il la fixait avec des yeux ternes, voilés par le manque de sommeil.
Il s’extirpa des couvertures en bougonnant et ramassa le téléphone qui vibrait sur le parquet.
Il s’appelait Martin ou peut-être Maxime. A moins que ce ne soit Mathieu. Quelque chose par « M ». Chloé n’avait jamais été douée pour retenir les prénoms.
— Tu as cours où ? demanda-t-elle avec un bâillement.
— Au Montesquieu.
Mister M ne semblait pas d’humeur loquace. Il ramassa ses vêtements qui traînaient au sol et s’habilla rapidement. Un pull à capuche barré de l’inscription « Bachelor of Law », un jeans déchiré et une paire de baskets décolorées. La tenue standard pour les soirées universitaires, presqu’un uniforme.
L’étudiant passa autour du cou un cordon au bout duquel pendaient un trousseau de clés et un gobelet réutilisable, puis s’approcha de Chloé et posa un baiser rapide sur ses boucles emmêlées.
— Je t’appelle bientôt.
— D’accord, bon cours !
Il lui fit un signe de la main et quitta la chambre.
Chloé éteignit la lampe et se blottit dans la moiteur des draps. Il ne l’appellerait pas. Elle en était certaine ; il ne lui avait pas demandé son numéro. Peu importait, c’était même mieux ainsi. L’aube avait dissipé l’excitation de la nuit.
Elle respira l’odeur de cigarette froide que le garçon avait laissée dans la pièce, et referma les yeux. Elle ne commençait les cours qu’à 10h45 et la nuit avait été courte.
Louvain-la-Neuve.
Sortie de terre en 1971, la benjamine des villes belges trouvait son origine dans un conflit communautaire, dû à des divergences linguistiques.
Le campus avait pris forme en quelques années pour accueillir les étudiants francophones de l’université catholique de Louvain, une institution bilingue située en territoire flamand. Sur ces champs vierges, les responsables avaient formé l’idée d’une ville à échelle humaine, où les voitures seraient bannies. Un projet ambitieux, presqu’une utopie.
Du haut de ses 21 ans, Chloé avait déjà sillonné de nombreux pays, mais nulle part ailleurs elle ne se sentait chez elle comme ici. Ce lieu était façonné pour épouser la vie estudiantine, son cœur battait au rythme du calendrier académique. Une cité de briques et de béton, où l’histoire était encore à écrire, où les rêves pouvaient grandir.
Ici, les étudiants n’étaient que de passage, juste le temps d’obtenir un diplôme. Pendant ces quelques années, ils pouvaient refaire le monde et laisser émerger leurs projets les plus audacieux. La ville devenait alors le théâtre de soirées à thème, spectacles, manifestations et débats en tout genre. Des dizaines d’associations y militaient pour un monde plus juste.
La jeune fille vivait là depuis un an et demi, dans un des nombreux kots de la ville – ces logements que les étudiants partageaient la semaine et désertaient le week-end pour regagner le cocon familial. Elle s’était habituée à ce rythme de pendule, entre Louvain-la-Neuve et Dinant. Elle apprenait à voler seule, sans tout à fait quitter le nid.
Elle chérissait son émancipation inachevée : être indépendante, libre, mais joliment insouciante.
En ce début du mois de novembre, les étudiants commençaient à fréquenter les bibliothèques. Le jour déclinait de plus en plus vite et les arbres pointaient leurs branches nues à travers le brouillard matinal.
Chloé adorait ce moment de l’année, qu’elle faisait rimer avec la douceur des plaids et du chocolat chaud. C’était la neuvième des quatorze semaines de cours que comptait le quadrimestre. Il n’était plus question de pique-niquer sur les pavés de la Grand-Place ou de se prélasser à la terrasse d’un bar. Toutefois, les examens pouvaient encore patienter. Il restait trois semaines de sorties, sans compter celle-ci, et Chloé comptait bien en profiter.
Chaque nuit, du lundi au jeudi, les soirées fleurissaient dans Louvain-la-Neuve. La Casa, le CESEC, la MDS, la Lux, toute une nomenclature avec laquelle Chloé avait appris à jongler. On distinguait les cercles, qui regroupaient les étudiants par faculté, et les régionales, où l’on se rassemblait selon sa ville d’origine. Toutefois, partout, la même ambiance emportait les fêtards, et la bière coulait à flot, à 1€ le verre. Toutes les entrées étaient libres et on prenait plaisir à passer d’un endroit à l’autre.
Lorsqu’on lui avait dépeint pour la première fois ces soirées, au sol si sale que beaucoup enfilaient des bottes en caoutchouc pour s’y rendre, Chloé avait ouvert de grands yeux incrédules et s’était promis de ne jamais y mettre les pieds. De plus, il lui semblait peu raisonnable de sortir en pleine semaine. Elle comptait bien adopter une hygiène de vie saine et se lever de bonne heure le matin, même quand elle n’avait pas cours à 8h30.
Pourtant, quelques mois après la rentrée, elle ne pouvait déjà plus imaginer son quotidien sans cette vie nocturne.
— Salut ! lança Chloé en entrant dans le commu.
La bouche pleine de corn-flakes, Diego lui fit signe de la main, tandis que Laura bâillait un bonjour.
La pièce servait de cuisine, de salle à manger et de salon au cinq étudiants du kot. En guise de décorations, on avait collé quelques photos sur le mur, et une guirlande de fanions décolorés qui pendaient lâchement. Laura avait ajouté quelques affiches reprenant des citations de Simone de Beauvoir sur la condition de la femme. Cela manquait d’élégance, mais la bonne humeur qui régnait suffisait souvent à chasser l’austérité de la peinture blanche.
— Tu as une mine affreuse. Le brushing after-sex ne te réussit pas, commenta Laura avec un clin d’œil.
La jeune étudiante en archéologie sirotait une tasse de thé, le teint frais comme celui d’une poupée. Même dans le T-shirt XL qui lui servait de pyjama, elle gardait une allure de mannequin.
Chloé lui tira la langue et commença à tartiner une tranche de pain, tout en rassemblant ses boucles en queue de cheval, afin de se donner une meilleure allure.
Sa cokoteuse continuait à la fixer par-dessus sa tasse fumante :
— Pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Ne fais pas ta prude, je veux des détails ! Est-ce que c’était un bon coup ?
— Vu à quelle vitesse il a filé, je suppose que ce n’était pas exactement le grand amour, commenta Diego entre deux cuillères de céréales.
Chloé fit la moue. Elle oubliait parfois que vivre en communauté impliquait de renoncer à une part de son intimité. Toutefois, elle n’aurait échangé ses cokoteurs pour rien au monde, même si la vaisselle traînait, que les cheveux bouchaient la douche et que le papier toilette venait souvent à manquer. Laura, Diego, Tristan et Maylis formaient pour elle une seconde famille, une fratrie solidaire où chacun veillait sur les autres.
— Je ne pense pas que je le reverrai. Ça n’a pas spécialement collé entre nous.
Diego la couva de son regard chocolat, plein d’empathie.
— Ne t’en fais pas, tu trouveras quelqu’un d’autre.
— Ou plusieurs autres, précisa Laura.
Le jeune homme mima l’indignation, sans pouvoir retenir un sourire.
— Toutes les filles ne sont pas aussi nymphomanes que toi, tu sais.
— A quoi bon se caser maintenant ? On a toute la vie pour la routine, la vaisselle à tour de rôle et la monotonie au lit. Autant multiplier les expériences tant qu’on a vingt ans. Il faut faire sa jeunesse. Un mec, un soir et au suivant !
— N’entache pas mes rêves de prince charmant et d’amour éternel, protesta Chloé en repoussant les miettes de son petit-déjeuner.
— Laisse tomber tes airs de vierge effarouchée, tu te tapes un garçon différent chaque semaine. Arrête de prétendre que seul l’amour véritable t’intéresse.
— Ça n’empêche que j’aimerais bien rencontrer quelqu’un de sérieux. Mais chercher un copain à l’unif, c’est comme faire les soldes le 29 juillet : tous les modèles intéressants sont déjà partis.
— Profite de ton célibat plutôt que rêver d’une aventure à l’eau de rose ! 1) Tu es jeune. 2) Tu es jolie. 3) Tu rencontres des mecs célibataires sans arrêt. 4) Etre en couple, ça craint.
Chloé répondit d’un haussement d’épaules amusé. Quand Laura commençait à argumenter point par point, il était vain de protester.
— Je ne suis pas d’accord avec ton point 4, intervint Diego, tout en se versant du jus d’orange dans un verre ébréché.
— Allez Diego, tu es en couple depuis quatre ans. Ne viens pas prétendre que ça ne te manque pas de pouvoir draguer une inconnue. A quand remonte le dernier orgasme de ta copine, simulation exclue ?
Sous la table, Chloé envoya un coup de pied à sa cokoteuse.
— Quoi ? s’enquit l’intéressée en écarquillant ses yeux clairs.
— Laura, il n’est même pas encore 10h, tu ne pourrais pas remettre à plus tard la conversation Cinquante nuances de Grey ?
— Ça va, je me tais.
Elle leva ses jolies mains manucurées en signe de reddition. Chloé profita du silence pour changer de sujet.
— Au fait, Diego, Juliette est-elle prête pour son Erasmus en Espagne ?
— Plus ou moins. Il faut encore qu’elle trouve un logement. Ce n’est pas évident de dénicher quelque chose dans une ville qu’on ne connaît pas.
— Fais attention : ils sont chauds, les Espagnols, prévint Laura. Ils vont pervertir ta copine, tu verras. Enfin, ça ne lui ferait pas de mal : je la trouve un peu coincée.
Chloé leva les yeux au ciel. Derrière son visage angélique, sa colocataire cachait une véritable Gossip girl, doublée d’un esprit libertin. Avec ses remarques directes et sans tabou, elle ne manquait pas d’animer les conversations.
Chloé plaça son assiette dans l’évier en promettant de faire la vaisselle plus tard, puis se dirigea vers sa chambre.
— Je vous laisse, mon séminaire de socio m’appelle. Bonne journée mes chatons !
Le contrôleur siffla deux fois et les portes du train se refermèrent.
Son sac coincé entre les genoux, Maylis laissa son visage glisser contre la vitre froide. Le dimanche soir, le train reliant les gares d’Ottignies et de Louvain-la-Neuve ne chargeait que des étudiants et des valises. Chacun regagnait son kot, avec du linge propre et des provisions.
Maylis avait hâte de savourer les rouleaux de printemps et le potage au poulet encore chaud qui l’attendaient dans son sac. Ses parents tenaient un petit restaurant vietnamien et ils glissaient toujours un peu de leur savoir-faire dans les bagages de leur fille unique. A leur manière, ils lui manifestaient leur soutien. Eux qui avaient suivi une scolarité sans prétention montraient beaucoup de fierté à l’idée que Maylis s’engage dans des études de droit. Elle n’osait pas leur dire que les premiers cours la laissaient peu convaincue et déjà noyée dans la matière. Tout s’embrouillait dans son cerveau et les textes indigestes ne l’éclairaient pas davantage.
La jeune fille ferma les yeux et se laissa bercer par le roulement du train. Elle faisait ce trajet toutes les semaines depuis septembre. Pourtant, elle ressentait toujours autant de fatigue en arrivant à son kot. Elle avait même songé à passer certains week-ends à Louvain-la-Neuve, mais la perspective de flâner dans le commu désert lui mettait le moral à zéro.
C’était Diego qui lui avait proposé la chambre. Ils côtoyaient la même unité scoute et une colocataire du jeune homme laissait sa place pour devenir fille au pair en Irlande. Maylis n’avait pas hésité.
Il n’était pas toujours simple d’être la benjamine du groupe. Au début, elle avait détesté Louvain-La-Neuve. Le confort de la maison familiale lui manquait, elle dormait mal, les cours finissaient parfois à 18h, voire plus tard. Lorsqu’elle rentrait de la fac, découvrir la salle de bain inondée et la vaisselle mal lavée la mettaient toujours de mauvaise humeur. De plus, elle perdait contact avec ses anciens amis et la distance devenait dure à supporter. Elle aurait voulu remonter le temps, revenir à l’époque des devoirs et des récrés, où tout paraissait plus simple.
Diego l’avait beaucoup soutenue, surtout au début. Son sourire accueillant et sa bonne humeur l’avaient mise à l’aise et, peu à peu, elle s’était ménagée une place parmi les autres. Elle avait apprivoisé la ville et renoncé à la nostalgie. La page du lycée était tournée ; il fallait écrire la suivante.
La voix mécanique la tira soudain de ses pensées. « Lou-vain-la-Neuve-Université. Gare terminus ». Maylis reporta son attention sur le bavardage des deux filles qui se tenaient sur la banquette, face à elle.
— Alors, taureau : vous êtes sous l’influence de Mars. Vos relations seront passionnées et tumultueuses. Attention à ne pas blesser vos proches.
— Et pour moi ? s’enquit sa voisine tandis que le train ralentissait.
— Vierge, c’est ça ? La chance vous suit dans toutes vos entreprises. Si vous êtes célibataire, une rencontre pourrait vous surprendre en fin de semaine.
Maylis eut un sourire triste. Si seulement cela pouvait se réaliser. Née le 28 août, elle était vierge en astrologie, comme en amour.
Comment se faisait-il qu’elle n’ait jamais couché avec personne, à dix-huit ans passés ? C’était la question que lui avaient répété les rares personnes à qui elle avait confié sa vie affective. Ou plutôt son absence de vie affective.
En réalité, il ne s’agissait pas vraiment d’un choix ; la vie avait décidé pour elle.
Maylis avait toujours cru en l’amour et elle l’avait espéré à chaque instant. Où qu’elle soit, elle scrutait les visages, guettait un regard, un sourire.
Ses amies racontaient avec arrogance leurs aventures et gloussaient fièrement en jouant à « Je n’ai jamais ». Maylis les écoutait sans un mot. Elle n’avait rien à mentionner, sinon les deux ou trois ados couverts d’acné qui s’étaient entichés d’elle au lycée. Bien sûr, elle avait craqué sur certains garçons, mais ces coups de cœur juvéniles s’apparentaient plus à d’innocents fantasmes qu’à l’amour véritable.
Maylis n’était pourtant pas laide – ses origines asiatiques lui conféraient même un certain charme – mais elle restait timide et effacée devant les garçons qui lui plaisaient.
Ses amis en couple l’enjoignaient à se montrer plus entreprenante. Facile à dire, quand on a quelqu’un a son bras.
Elle aurait voulu vivre dans une de ces séries où chaque personnage trouve son âme sœur et où la timidité devient attachante.
Elle ressentait souvent le poids de la solitude. Cela la prenait au hasard, sans prévenir. Un beau restaurant lui inspirait tout à coup un dîner aux chandelles. Lorsqu’un nouveau film sentimental venait à l’affiche, elle s’imaginait assister à la séance main dans la main. Et si la neige se mettait à tomber, elle se prenait à regretter de n’avoir personne contre qui se blottir pour se tenir chaud.
Tous ces instants quotidiens, ces petits riens anodins, lui pesaient chaque fois un peu plus.
Le train s’immobilisa et les portes s’ouvrirent. Sur le quai, le roulement des valises rappelait le hall d’un aéroport. Des centaines de jeunes encombraient les voies, comme chaque dimanche soir.
Maylis tira son sac sans enthousiasme. Une pluie fine enveloppait la ville et brouillait sa vue. Elle grimpa lentement les grands escaliers qui s’élevaient au bout du quai. Au-dessus des trois volées de marches, des étudiants de l’Improkot annonçaient un spectacle théâtral et distribuaient des dépliants en noir et blanc. Maylis sourit face à l’énergie de ces jeunes publicitaires. Ils répétaient leur message avec verve, malgré la nuit tombée et le temps maussade. Elle rangea le papier dans sa poche et se promit d’y jeter un œil plus tard.
En arrivant à l’université, Maylis espérait sincèrement mettre fin à ses dix-huit années de célibat monotone. Nouvelle ville, nouveaux visages, nouvelles règles. Elle s’était prise à croire les voix compatissantes qui lui assuraient : « Tu verras, ça viendra ».
Pourtant, rien n’était venu, sinon une vive déception.
Ici à Louvain-la-Neuve, tout allait vite. Les semaines filaient, les profs galopaient dans la matière, les soirées se programmaient quelques heures à l’avance. Les amants ne prenaient pas le temps de se découvrir. Ils s’embrassaient, avides, pressés, et plus si affinités.
Maylis doutait chaque jour davantage de rencontrer un garçon qui accepte de se calquer sur son rythme, de se connaître pas à pas. De prendre le temps.
Elle voulait donner son cœur avant de donner son corps.
Trouverait-elle un jour quelqu’un qui la rendrait heureuse ? Finirait-elle sa vie sans avoir connu l’amour ?
Elle y pensait souvent. Une vie sans un je t’aime. Juste une accumulation de déceptions, d’années à espérer et de rêves écaillés par le temps.
Elle chassa ces pensées et sourit en songeant que son horoscope lui annonçait une semaine surprenante. Qui sait, après tout ?
— On continuera ce chapitre la semaine prochaine. Bonne soirée à tous.
18h15. Les tablettes claquèrent dans l’auditoire et les étudiants affluèrent vers la sortie. Chloé massa ses poignets, endoloris par la prise de notes. Ce prof se laissait porter par son enthousiasme, sans considération pour les claviers qui pianotaient frénétiquement pour rattraper le flux de ses paroles. Après deux heures à ce rythme, Chloé était lessivée.
Maylis l’attendait dans le hall du bâtiment, souriante dans sa veste vert foncé. Elles s’étaient portées volontaires pour faire les courses de ce soir. En échange, les garçons se chargeraient de la cuisine et, comme à son habitude, Laura préparerait le dessert.
— Jolie veste !
— Merci, je l’ai achetée ce matin, dans le magasin qui vient d’ouvrir. Ils font 50% de réductions sur le premier achat.
— Waouw, ça vaut le coup. On passera faire un tour, la galerie ne ferme qu’à 20h. Tu as la liste de ce qu’on doit prendre ?
Maylis désigna son smartphone.
— Tout est là. On mange des fajitas. Pour les boissons, on a carte blanche, avec un budget de 5€ par personne.
— Ok, on va voir ce qu’on peut faire avec ça.
A cette heure, les étudiants emplissaient le supermarché pour improviser un repas ou une soirée arrosée. Le rayon alcool s’avérait le plus lucratif de l’établissement, dans cette ville marquée par les sorties. Maylis et Chloé y flânaient sans conviction.
— Il reste un demi-bac2 de bière de la dernière soirée, on peut en reprendre un, proposa la plus jeune.
— Ok, mais je prends de la sangria pour moi. La bière insipide, ce n’est pas mon truc. En plus, ça me donne mal au ventre.
— Une bouteille d’alcool fort ? Gin, vodka ou rhum ?
— Vodka. J’ai des softs pour diluer, pas besoin d’en acheter.
Maylis coinça la bouteille sous son bras et fit jouer ses ongles manucurés sur l’écran du téléphone.
— Ça nous fait 3,95€ pour le bac et 7,99€ pour la vodka, donc presque 12€. Est-ce qu’on ne prendrait pas une deuxième bouteille de vodka ? On est quand même cinq.
— Oui, tu as raison, prends-en même trois. On aura des réserves pour la prochaine fois.
Elles ajoutèrent deux paquets de chips – les moins chers – à leurs achats, puis filèrent vers les caisses.
— Ce n’est pas aujourd’hui que je vais perdre du poids, commenta Maylis en regardant les produits glisser sur le tapis roulant.
La remarque tira un rire bref à Chloé.
— Je pense que toutes les filles grossissent à l’université, tu sais. J’ai pris 3kg en un an et demi.
Maylis dévisagea le visage mince de sa cokoteuse, sans paraître rassérénée. Chloé devait être anorexique au lycée, car malgré quelques kilos en plus, son corps filiforme semblait dépourvu de toute graisse superflue.
— Et tu as essayé de retrouver ton poids ?
— Au début, oui. J’ai tenté de faire un peu plus attention, mais entre les grignotages en cours, l’alcool, les pizzas surgelées et les encas en rentrant de soirée, ce n’est pas facile de lutter.
— Je vais à l’aérobic toutes les semaines et je n’ai pas perdu un gramme depuis la rentrée. C’est déprimant.
Chloé observa la mine dépitée de la jeune fille, tout en composant le code de sa carte bancaire. Maylis était loin d’être enveloppée. Sa petite taille et ses joues pleines la faisaient paraître plus ronde que d’autres, mais sa silhouette se dessinait harmonieusement sous ses vêtements élégants.
-On ira courir ensemble au lac, si tu veux. Il fait un peu froid, mais ça fait du bien de prendre l’air. J’y vais souvent avec Tristan.
— C’est d’accord.
Maylis sourit et saisit le sac plein à craquer.
Chloé aurait voulu la rassurer, lui dire qu’elle ne devait pas être gênée de son corps. Qu’elle avait du charme, que quelques kilos n’altéraient pas son apparence. Toutefois, elle savait par expérience que de telles remarques restaient souvent impuissantes face à des complexes bien ancrés, surtout lorsqu’elles venaient d’une fille longiligne.
Chloé sentait les blessures de sa colocataire, derrière son sourire calme et sa bonne humeur. Elle aurait voulu protéger Maylis de ses peurs.
Cependant, elles ne se connaissaient que depuis quelques semaines et la jeune fille craignait de se montrer trop intrusive.
Elle attrapa le second sac de courses et changea de sujet.
— Allez, faisons un peu de shopping. Renouveler notre garde-robe ne nous fera pas de mal, on ne sait jamais que l’on rencontre notre âme sœur ce soir !
— Tu crois vraiment qu’on va trouver le mec de notre vie à la Casa ? interrogea Maylis avec une moue sceptique.
— Pas vraiment, mais ça ne m’empêche pas d’espérer.
La cadette se rappela soudain la prédiction astrologique et retrouva le sourire. L’optimisme de sa cokoteuse était contagieux. Après tout, pourquoi pas ?
2 En Belgique, les bières communes sont généralement vendues en caisses en plastique consignées comprenant 24 bouteilles. On les appelle des « bacs » de bière. Un demi-bac correspond donc à 12 bouteilles.
Chloé avait rencontré un étudiant avec qui cela aurait pu marcher. Une seule fois.
C’était lors d’une soirée dans le kot
