L’Alchimie et la Médecine - René Allendy - E-Book

L’Alchimie et la Médecine E-Book

René Allendy

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Beschreibung

Si la Médecine emprunte ses éléments à toutes les sciences naturelles, c’est, semble-t-il, à la Chimie qu’elle doit le plus. Cette dernière, en préparant les remèdes, est l’adjuvant indispensable de toute thérapeutique médicale. Mais, en outre, elle nous explique l’étiologie de certaines maladies (intoxications) et même certaines lésions anatomo-pathologiques de l’organisme. Elle apporte aujourd’hui un appoint considérable au diagnostic et elle est à la base d’une grande partie de l’hygiène…
L’Alchimie est, en effet, beaucoup plus qu’une chimie naissante. Elle est la science d’adaptation d’une philosophie entière : la philosophie Hermétique, tradition des antiquités les plus reculées, élaborée dans les sanctuaires initiatiques des temples. — L’origine de ces doctrines se confond avec celle de toutes les religions dans lesquelles les mêmes principes généraux, les mêmes symboles se retrouvent, comme nous le verrons par la suite. 
L’Hermétisme est donc, avant tout, cette science d’avant-garde, cette science-synthèse aux vues fécondes d’ensemble et ses théories qui, depuis le début des temps historiques, n’ont pas cessé d’avoir des adeptes, devaient bien avoir leur retentissement en Médecine. 


À PROPOS DE L'AUTEUR,

René Allendy (1889-1942) est un médecin, psychanalyste et essayiste français. Figure importante de la diffusion de la psychanalyse en France, il s’intéresse très tôt aux liens entre médecine, psychologie, symbolisme et spiritualité. Proche des milieux intellectuels et artistiques de l’entre-deux-guerres, il explore dans ses travaux les correspondances entre le corps, l’inconscient et les traditions anciennes. Dans "L’Alchimie et la Médecine", René Allendy propose une lecture originale de l’alchimie comme savoir symbolique et thérapeutique, reliant les processus psychiques aux transformations du vivant.

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Seitenzahl: 174

Veröffentlichungsjahr: 2025

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L’Alchimie et la Médecine

L’Alchimie et la Médecine 

Études sur les théories hermétiques dans l'histoire de la médecine

AVANT-PROPOS

À l’origine des civilisations, la Science et la Philosophie se confondent ; elles s’harmonisent en un système complet et s’expriment symboliquement par les dogmes religieux. Alors les savants ne sont pas spécialisés dans telle ou telle branche, mais leurs connaissances sont générales et communes : aussi le caractère primordial du savoir primitif est l’esprit de synthèse. N’étant gênés par aucune idée préconçue, par aucun système préexistant, les hommes de ces civilisations jeunes peuvent, mieux que leurs successeurs, émettre des idées d’ensemble, des théories générales, qui, bien souvent se vérifieront de plus en plus dans la suite. Ces idées, nées spontanément d’une observation fort restreinte, sont comme les lumières qui, brillant dans les ténèbres, éclairent dans toutes les directions autour d’elles. Les hommes qui viendront après s’engageront chacun dans leur voie et iront explorer de plus en plus loin les mystères de la nature, mais ils seront d’autant plus séparés les uns des autres qu’ils avanceront chacun davantage et s’éloigneront de leur point de départ commun. Leur science deviendra spéciale, analytique, particulière, mais les idées d’ensemble sur ce monde qu’ils fouillent par fragments s’effacent de plus en plus, minées qu’elles sont par les systèmes particuliers. Alors, ayant perdu leurs notions générales, ils seront de plus en plus exposés à errer, à se perdre, à revenir sur leurs pas.

Or, il n’est peut-être pas de science qui ait autant eu à souffrir de ce manque de synthèse entre les diverses branches des connaissances diverses, que la Médecine — et cela, parce qu’elle est peut-être la plus complexe de toutes les sciences appliquées. En effet, une science appliquée est un essai de synthèse des autres ; aucun de ses éléments ne lui appartient en propre, et c’est pourquoi chaque découverte, chaque hypothèse nouvelle dans les sciences naturelles, est venue apporter à la Médecine un progrès ou au contraire, ruiner ses systèmes et ses théories.

Au moment où la découverte récente du Radium, qui est une véritable pierre philosophale par ses curieux effets, est venue ébranler le dogme de la spécificité des corps simples — alors que quelques biologistes cherchent scientifiquement à créer de toutes pièces la cellule vivante — et que la thérapeutique avec l’opothérapie, les sérums et les métaux colloïdaux, est venue remettre en honneur de vieilles recettes oubliées, il nous a paru intéressant de jeter un coup d’œil en arrière.

Si la Médecine emprunte ses éléments à toutes les sciences naturelles, c’est, semble-t-il, à la Chimie qu’elle doit le plus. Cette dernière, en préparant les remèdes, est l’adjuvant indispensable de toute thérapeutique médicale. Mais, en outre, elle nous explique l’étiologie de certaines maladies (intoxications) et même certaines lésions anatomo-pathologiques de l’organisme. Elle apporte aujourd’hui un appoint considérable au diagnostic et elle est à la base d’une grande partie de l’hygiène. Au point de vue physiologique, elle rend compte des phénomènes de la digestion, de la respiration, de l’absorption même et L. Figuier a pu écrire un mémoire très complet sur l’importance de la chimie dans les Sciences médicales (Thèse d’agrégation. Paris, 1853). De là vient qu’un nombre immense des médecins qui ont laissé une trace dans l’histoire de la médecine, furent en même temps des chimistes.

Au début des civilisations, la chimie n’intervient que dans la préparation des remèdes. Cette opération peut même prendre un caractère religieux et s’accompagner de prières et d’incantations de toute sorte. Ce n’est que beaucoup plus tard que les notions chimiques influencent la thérapeutique théorique : c’est par exemple la médecine de Paracelse qui s’applique à obtenir des extraits et des principes actifs. — Enfin, c’est seulement au cours d’une civilisation avancée comme la nôtre que la chimie peut analyser soigneusement les produits, donner une idée exacte de leur composition, et, par l’examen des produits d’excrétion, aider au diagnostic.

Or, ce n’est guère qu’au XVIIe siècle que la chimie proprement dite se détacha de l’Alchimie. Si l’on songe à l’importance énorme qu’eurent les idées des alchimistes au Moyen-âge, en Europe, et auparavant, chez les Arabes, si l’on considère que les médecins, en raison de leurs connaissances plus étendues, se sentaient tout particulièrement attirés par l’Alchimie, on voit qu’il y a là un champ d’étude extrêmement vaste sur les rapports de la Médecine et de l’Alchimie. C’est pourquoi, au XVIe siècle, le Docteur Joachim Tanke proposa de créer, dans toutes les Universités, une chaire d’alchimie. L’Alchimie est, en effet, comme nous le montrerons, beaucoup plus qu’une chimie naissante. Elle est la science d’adaptation d’une philosophie entière : la philosophie Hermétique, tradition des antiquités les plus reculées, élaborée dans les sanctuaires initiatiques des temples. — L’origine de ces doctrines se confond avec celle de toutes les religions dans lesquelles les mêmes principes généraux, les mêmes symboles se retrouvent, comme nous le verrons par la suite.

L’Hermétisme est donc, avant tout, cette science d’avant-garde, cette science-synthèse aux vues fécondes d’ensemble et ses théories qui, depuis le début des temps historiques, n’ont pas cessé d’avoir des adeptes, devaient bien avoir leur retentissement en Médecine.

Mais nous verrons en outre, en l’étudiant, que l’alchimie n’est pas seulement la recherche de l’or artificiel. Elle est variée et complexe et toutes ses branches s’unissent logiquement en ce sens, qu’en définitive, elle est la Science de la vie.

Les astrologues disaient que c’est la même planète Mars et le même signe du Scorpion qui influencent les alchimistes et les guérisseurs, mais il suffit de consulter l’histoire pour voir, pendant des siècles, rayonner autour des mêmes grands noms, le double prestige de médecin et d’alchimiste.

Il convient, au début de cette étude, d’en préciser les termes. Or, s’il est aisé de définir la Médecine : “ la Science ou l’art de guérir les maladies ” il est impossible de donner de l’alchimie une idée exacte sans en exposer les théories, les applications et les symboles.

PREMIÈRE PARTIE

L’ALCHIMIE

Son objet. — Ses théories. — Ses symboles

L’Alchimie présente un triple caractère ; elle poursuit un but chimique, avec la Pierre philosophale ; physiologique avec la Palingénésie et l’Homunculus, et thérapeutique, avec la Panacée Universelle. Elle est basée tout entière sur un système philosophique : l’Hermétisme, dont elle est l’application pratique aux choses de la nature. Elle cherche à transformer la forme extérieure des corps, à transporter, à reproduire la vie. Elle est donc la Science des transmutations, et elle veut être une sorte de Physiologie intégrale des trois règnes.

Notre chimie n’est donc qu’une petite branche de la Science hermétique qui s’est spécifiée et qui s’est séparée du tronc : c’est, pour mieux représenter cette comparaison, une bouture de l’alchimie.

Si l’on ignore généralement, aujourd’hui, le véritable caractère de l’alchimie, cela tient, selon nous, à une question de mots : D’après le dictionnaire général de Hertzfeld, Darmsteter et Thomas, le mot “ Alchimie ” est attesté en français, dès le XIIIe siècle, tandis que “ Chimie ” n’apparaît qu’au XVIIe. Si nous faisons abstraction de l’article arabe “ al ”, article qui s’est conservé dans beaucoup d’emprunts (Alcoran, Alkermès, etc.), nous avons une racine qui existe d’ailleurs dans toutes les langues occidentales (Kösting, Latinisch Romanisch Worterbuch) et qui a une origine grecque puisqu’on la retrouve chez le lexicographe Suidés, sous la forme χημεία. L’étymologie de ce mot est d’ailleurs fort obscure. M. Meillet, professeur au Collège de France a bien voulu m’écrire son avis à ce sujet : " Supposant l’orthographe χημεία inexacte, dit-il, on a pensé à χυμεία de χέω, je verse (Cf. χυμός, le chyme), mais on ignore, en somme, quelle est l’origine de ce mot qui apparaît à l’époque impériale sans qu’on sache d’où il sort. » Ajoutons cependant qu’on en a rapproché la racine hébraïque “ Khams ” (idée de chaleur), identique d’ailleurs à la racine sanscrite “ Kam ” et au grec καμνω. Nous verrons dans la suite qu’on a été plus loin encore et qu’on a voulu y voir un reste du nom de “ Cham ” fils de Noé qui se spécialisa dans les arts du feu et dont l’Egypte devint le pays (terre de Cham). — Quoi qu’il en soit, nous voyons le mot grec χημεία nous revenir par l’intermédiaire des Arabes, sous la forme “ Alchimie ”, et ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’apparaît la “ Chymie ” qui, à son origine, est absolument synonyme d’“ Alchimie ”. Puis, avec le temps, une distinction s’est faite : Les chimistes, au sens actuel du mot, pour se distinguer des hermétistes dont ils s’étaient séparés, ont laissé exclusivement à ces derniers le nom d’alchimistes et c’est surtout à l’époque de Lavoisier que cette distinction a été définitivement consacrée — et, quoiqu’artificielle, elle a prévalu. D’autre part, la ressemblance des deux termes incline tout naturellement à faire croire que l’alchimie — aujourd’hui oubliée — n’était qu’une sorte de chimie. D’où le point de vue étroit et inexact de la seule transmutation métallique sous lequel on la considère.

Les Théories

En formulant le principe de la résistance opposée à la force, la physique moderne a consacré la notion fondamentale et très générale de la dualité. Toute chose, en effet, se présente sous un aspect double : les êtres organisés sont mâles ou femelles ; chaque force est positive ou négative : ainsi la force mécanique est positive quand elle travaille, négative quand elle résiste. La chaleur est positive dans le chaud, négative dans le froid. La lumière est positive dans la clarté, négative dans l’obscurité ; le jour s’oppose à la nuit. L’électricité est de même positive ou négative. Un composé chimique est acide ou alcalin. Enfin, les qualités abstraites opposent également leurs deux aspects : on est bon ou méchant, grand ou petit… etc. — La notion de dualité est donc celle qui s’impose le plus immédiatement à l’esprit. Mais en observant de plus près, on remarque qu’entre les deux aspects opposés, il y a toujours un terme intermédiaire qui résulte de l’équilibre de leur antagonisme. Entre le mâle et la femelle, il y a l’embryon qui est asexué. Entre le père et la mère, il y a l’enfant. La force combinée à la résistance produit le travail. La chaleur et le froid ont un intermédiaire tempéré. Entre la lumière et l’ombre il y a la pénombre, le crépuscule. Le courant électrique qui va du positif au négatif tend à l’état neutre. L’acide s’unit à la base pour donner un sel neutre. Nous voyons ainsi ce nouvel aspect, le neutre, se présenter comme le résultat de deux forces antagonistes qu’il équilibre et qu’il résume. Tandis que chacune de ces forces antagonistes peut être conçue, isolée, l’intermédiaire ne peut exister que par elles et par leur action réciproque : il est, en quelque sorte, l’addition des deux principes. Et si nous voulons, avec les Pythagoriciens, donner de ceci une représentation numérique, nous représenterons par 1 l’aspect positif, par 2 l’aspect négatif : l’union de ces deux nombres 3, représentera le terme neutre et l’intermédiaire.Poussons plus loin nos spéculations : Considérons ensemble les trois aspects d’une même chose : père, mère, enfant, ou bien : force, résistance, travail, ou bien : clarté, obscurité, pénombre, ou encore : grand, petit, moyen. Nous concevons sans peine que l’ensemble de ces trois termes constitue une notion nouvelle ; ce sera : la famille, l’énergie, la lumière, la grandeur : ce sont déjà des abstractions, des notions plus complexes, mais encore faciles à saisir. Or, chacune de ces notions représente bien un tout, une unité nouvelle. Comparons ces notions nouvelles entre elles : elles nous paraîtront, quoique avec moins d’évidence, présenter encore un double aspect chacune : Il y a des familles plus puissantes que d’autres : les premières seront positives, les secondes négatives ; il y a un mode d’électricité, de calorique plus actif que l’autre : le premier sera positif, le second négatif. Appliquons maintenant le raisonnement analogique qui est la clef de voûte de l’Hermétisme et nous dirons que notre seconde catégorie de forces antagonistes va comporter, comme la première, des résultantes, des produits neutres : Les Pythagoriciens représenteront ces notions nouvelles de la façon suivante :

4 pour l’unité composée positive et active,

5 pour l’unité composée négative et passive,

6 pour leur combinaison d’équilibre, terme neutre, et ainsi de suite.

Pour synthétiser, nous avons :

Eléments de 1er ordre

Positif : 1 ;

Négatif : 2 ;

Neutre : 3

principes constituants

Eléments de 2e ordre

Positif : 4 ;

Négatif : 5 ;

Neutre : 6

organismes des 3 règnes

Eléments de 3e ordre

Positif : 7 ;

Négatif : 8 ;

Neutre : 9

les astres

Eléments de 4e ordre

Positif : 10 ;

Négatif : 11 ;

Neutre : 12

la divinité

Afin de mieux comprendre le symbolisme numérique, remarquons que les nombres 1-4-7-10 nous apparaissent comme des unités d’ordre différent et de plus en plus complexes. Le nombre 1 va représenter le principe constituant : le soufre par exemple ; le nombre 4 va représenter l’être organisé (qui s’exprime par 4 qualités, 4 éléments, 4 humeurs, 4 tempéraments) ; le nombre 7 est l’unité du monde astral (les 7 planètes) ; le nombre 10 est l’unité divine (les 10 Séphiroths de la Kabbale, les 10 ordres de bienheureux : Cf. plus loin). Le nombre 12 est le nombre parfait par excellence puisqu’il symbolise l’équilibre dans ce plan intellectuel ou “ divin ”. — Retenons en particulier que l’être organisé, avec ses quatre éléments de manifestation, est lui-même une synthèse des trois formes (positive, négative et neutre) du principe constituant, et cela nous symbolise la théorie capitale en alchimie, des trois principes et des quatre éléments.

L’Hermétisme est une philosophie d’analogie, et par conséquent unitaire. De même que tous les nombres se réduisent en définitive à l’unité, de même tous les phénomènes de la matière, des êtres vivants, de l’esprit, de la divinité, se ramènent à une même force dont la double polarité engendre un mouvement perpétuel. Nous venons d’en voir la symbolisation numérique : Ce n’est pas la seule. Il existe beaucoup d’autres signes pour exprimer la même idée.

Représentons, par exemple, par une barre verticale la force positive, par une barre horizontale la force négative et superposons ces deux barres. Elles formeront une figure symétrique ayant pour centre le point neutre de leur rencontre : c’est la croix des Gnostiques et probablement aussi des Rose-Croix : c’est un signe d’adaptation.

Les Gnostiques ont voulu voir dans le nom divin hébraïque formé des quatre lettres : Iod-Hé-Vau-Hé, un symbole de même genre. Les trois premières lettres, différentes entre elles, représentent les trois principes. La dernière, qui est une répétition, donne au tout la valeur d’une unité complexe d’ordre supérieur : Ainsi levé serait, comme la nature, formé de trois principes (trois lettres différentes) et de quatre éléments (quatre lettres en tout).

Les lettres I. N. R. I. qu’on lit sur la croix chrétienne seraient susceptibles de la même interprétation — et, au lieu de s’en tenir à la lecture habituelle (Iesus Nazarethus sex Iudæorum) certains alchimistes avaient fabriqué, d’une manière quelque peu fantaisiste, cet axiome : Igne Natura Renovatur Integra.

On peut encore représenter l’aspect positif par une surface ou un volume plein, l’aspect négatif par une surface ou un volume vide : la réalisation, l’“ intermédiaire ”, consistera à mettre le plein dans le vide. De là, tous les symboles phalloïdes de l’antiquité dans lesquels on ne veut souvent chercher qu’une obscénité. Mais le symbole le plus important par son ancienneté et sa répétition dans les Œuvres alchimistes est le Serpent Ouroboros (le Serpent qui se mord la queue). Sa bouche ouverte représente l’espace vide, le passif, sa queue le volume plein, l’actif ; le plein est attiré par le vide et le serpent mord sa queue. De cette attraction des pôles de noms contraires va résulter le mouvement perpétuel. Or, le signe qui s’impose pour symboliser ce mouvement, c’est le cercle qui n’a ni commencement, ni fin, et c’est pourquoi le serpent est enroulé en un cercle fermé. L’Ouroboros, venu des Grecs, comme nous le verrons, semble avoir une origine plus lointaine dans l’Inde. Ainsi, dans une figure dite “Pradjapati” destinée à figurer la création du monde et reproduite par Ménard (La Mythologie dans l’art), on voit Brahma qui émet un triple souffle aboutissant, d’une part à une femme (principe passif), de l’autre à un homme (principe actif) et, entre les deux, à un couple formé d’un homme et d’une femme se tenant par les mains (principe d’équilibre). Au-dessous est l’œuf du monde, à l’intérieur duquel on voit précisément l’Ouroboros entouré des douze signes du Zodiaque. Rapprochons-en encore, l’image hindoue de Brahma se mordant le pied. Dans beaucoup d’autres symboles l’Ouroboros se retrouve avec la signification d’une force universelle doublement polarisée.

Il y a d’autres représentations encore. Plaçons-nous au point de vue astrologique : Des deux astres principaux qui éclairent la terre, le soleil et la lune, le soleil qui a sa lumière propre et qui est le pivot de tout le système est véritablement actif et fixe. La lune qui ne fait que refléter sa lumière est passive et mobile. Or, le soleil se représente par un point entouré d’un cercle : le point, c’est le soleil lui-même, le cercle, c’est le mouvement perpétuel des astres qui gravitent autour de lui. Quelquefois, on simplifie le signe en un cercle seul. La lune se représente par sa forme la plus typique : le quartier, avec ses deux cornes. Or, au point de vue astrologique, la planète qui combine les deux influences du soleil et de la lune et qui est par conséquent leur résultante, c’est Mercure, hermaphrodite noyé dans la lumière du soleil dont il ne s’éloigne jamais, mais qu’il reflète cependant, Mercure qui unit la raison du soleil à l’imagination de la lune, la gloire à la bassesse ; aussi, le signe astrologique de Mercure est formé de la réunion des deux signes précédents, à laquelle on a ajoute une croix, symbole de la réalisation et de l’adaptation. C’est pourquoi encore Hermès Trismégiste, représenté sous sa forme divine du dieu Thôt, aura sur sa tête le cercle surmonté de deux cornes. Et quand Hermès ainsi coiffé, étendra les bras en croix, il représentera très exactement le hiéroglyphe de Mercure, le dieu de la Science et de la philosophie, le dieu de l’adaptation.

Les deux serpents, blanc et noir, qui s’enroulent, symétriques, autour de la hampe du Caducée pour aboutir à la boule d’or qui la surmonte, représentent encore la double polarité de la même force et sa réalisation.

Les deux triangles, blanc et noir, qui se superposent pour former l’étoile à six branches des gnostiques et des francs-maçons représentent la même chose : le triangle blanc à sommet supérieur, c’est la force d’évolution, la volonté, l’activité, la divinité ; le triangle noir dont la pointe regarde en bas symbolise l’involution, la nécessité, la passivité, l’esprit du mal. De leur équilibre incessant résulte une figure parfaite : la réalisation, l’intermédiaire.

Les symboles peuvent ainsi varier à l’infini : nous citerons encore à titre de curiosité et pour montrer comment la philosophie hermétique se rapproche beaucoup du bouddhisme, le signe dit “Pa-koua” qui figure, par exemple, sur les vieux timbres-poste de Corée, qui montre bien le blanc et le noir, l’actif et le passif, se combiner en une figure circulaire qui exprime l’évolution perpétuelle. Mais, comme il n’y a pas de lumière sans ombre, ni de nuit sans lueur, la partie blanche porte un point noir et la partie noire un point blanc : C’est aussi une manière schématique de représenter les deux dragons qui se poursuivent l’un l’autre en un perpétuel mouvement.

Ainsi, l’on peut retrouver partout symbolisée l’idée fondamentale de la philosophie hermétique. Nous allons maintenant étudier en détail les adaptations théoriques de ces idées générales.

I. La Matière

Voyons tout d’abord la constitution de la matière et plus particulièrement celle des métaux :

Le métal est formé d’un principe actif qu’on désigne par le terme de “ Soufre ” d’un principe passif, le “ Mercure ”, et d’un principe neutre, le “ Sel ”. Il est bien évident que les termes de soufre, mercure et sel ne sont qu’une terminologie pour désigner des abstractions et il est ridicule de dire que les alchimistes considèrent tous les corps comme des sulfures d’hydrargyre. Ces principes ne sont qu’une modalité de l’Energie universelle (Telesme d’Hermès, Aither de Paracelse) et ainsi les alchimistes ramènent la matière à la force comme de nos jours Ramsay.

Le soufre s’appelle encore “feu inné” et est le principe de la forme. Le mercure est l’humide radical, ou principe de la substantation. C’est lui à que certaines substances doivent leur propriété d’engendrer un liquide appelé “ phlegme ” ou de passer elles-mêmes à l’état liquide quand on les soumet à l’action de la chaleur. On désigne encore le mercure par un mot formé de la première et de la dernière lettre des trois alphabets : latin, grec, hébraïque ; c’est le mot AZOTH, bien différent de notre azote (α-ζώη) dont le nom signifie qu’il est impropre à la vie. Enfin, le sel s’appelle base essentielle ou Hylé et constitue le principe mixte de la manifestation objective (St. de Guaita).

Jean Fabre, dans l’Abrégé des Secrets Magiques (Paris, 1636