L'alcool sans tabous - Thomas Orban - E-Book

L'alcool sans tabous E-Book

Thomas Orban

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Beschreibung

Quelles sont les conséquences de ces excès ? Comment prendre conscience des dangers ? Comment profiter autrement ?

L’alcool est partout, de toutes les fêtes et de tous les événements ! Dès leur première sortie, les jeunes y sont confrontés, et la consommation démarre de plus en plus tôt. Pourtant, consommer de l’alcool avant 25 ans endommage le développement du cerveau et prédispose à l’alcoolisme ainsi qu’à des troubles psychologiques et comportementaux.
Changer le rythme de consommation tout en continuant à s’amuser est possible ! Vincent Liévin et Thomas Orban décortiquent les problématiques liées à l’alcool chez les jeunes et leur entourage. Ils en analysent le contexte, les influences (les réseaux sociaux notamment), les risques et les conséquences. Sans jugement ni stigmatisation, à travers des témoignages, des études scientifiques, des enquêtes et des QR codes renvoyant à des vidéos, ils livrent des conseils pratiques pour boire en société sans devenir dépendant et pour échanger sur le sujet, entre jeunes et entre adultes.

Comprendre, agir et se préserver face au mésusage de l’alcool !



À PROPOS DES AUTEURS

Thomas Orban est médecin généraliste depuis plus de vingt-cinq ans, expert auprès du Conseil Supérieur de la santé et membre permanent de son groupe Santé mentale. Membre de la Société française d’alcoologie, il a co-créé le Certificat Inter-Universitaire en Alcoologie et mis sur pied de nombreuses formations en alcoologie pour les généralistes. 

Vincent Liévin est journaliste indépendant spécialisé dans le domaine médical depuis vingt-cinq ans. Il est régulièrement associé aux publications du Fonds de la Recherche Scientifique et est également l’auteur de plusieurs ouvrages traitant de problématiques de santé publique.

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Seitenzahl: 188

Veröffentlichungsjahr: 2023

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L’alcool sans tabous

Thomas Orban - Vincent Liévin

L’alcool sans tabous

Introduction

La tentation est grande : l’alcool est partout, de toutes les fêtes, et on se réjouit déjà de savoir qu’il y en aura ! Dès la première sortie entre amis, la question de l’alcool se pose… très, très jeune, de plus en plus jeune. Pourtant, celles et ceux qui ont commencé à boire tôt dans leur vie (avant 15 ans) présenteront davantage d’épisodes de consommation de drogues (y compris la nicotine) mais également de façon plus fréquente et plus intense. L’addition devient salée pour nos jeunes.

Depuis la publication de notre ouvrage Alcool, ce qu’on ne vous a jamais dit1, nous nous sommes rendus dans de nombreuses écoles pour écouter la génération des 14-18 ans. Nous avons rencontré de nombreux jeunes très intéressés d’avoir des connaissances sur l’alcool, sur les ravages causés, sur les conséquences de leur consommation et les moyens de trouver des solutions. Nous avons abordé avec eux leur relation et celle de leurs amis avec l’alcool. De nombreux parents nous ont également interpellés : « Comment parler des boissons alcoolisées avec notre jeune, notre ado ? » Au cours de ces rencontres, l’envie a grandi de pouvoir parler concrètement du plus grand réseau social qui lie un humain à son verre, à sa bouteille : le vrai, le seul réseau, c’est peut-être bien l’alcool ! Combien d’amis garderiez-vous réellement autour de vous si vous leur disiez plusieurs soirs d’affilée : « Tu sais, ce soir, je ne bois pas », « J’ai pas envie », « Je rentrerai avant que tout le monde soit bourré », « Quand j’ai bu, je me trouve moche le lendemain, alors que sur le moment je me trouvais bien et que je m’éclatais. Je ne veux plus voir ça »… Au fil de nos conférences, les jeunes nous ont interpellés :

La défonce, le lendemain, « elle m’enfonce ». Ça va pas. Mais qu’est-ce que je peux faire ? Je veux continuer à boire de temps en temps, quand j’ai envie, quand ça me fait plaisir. Mais c’est possible de changer de rythme de consommation et de s’amuser encore ?

Évidemment ! Aucune situation n’est désespérée. Boire autrement, c’est possible mais ce n’est pas toujours facile. En Europe, les habitudes de binge ou heavy drinking augmentent fortement2. Alors que les adultes privilégient le goût, les jeunes choisissent aujourd’hui l’ivresse. La consommation excessive d’alcool se définit par plus de cinq boissons pour les hommes adultes et quatre pour les femmes adultes sur une période de deux heures3, aux États-Unis4. Alors que le début de la consommation d’alcool à 17 ans est associé à une prévalence5 à vie de la dépendance à l’alcool de 28 %, cette prévalence passe à 38 % lorsque le début de la consommation d’alcool a lieu avant l’âge de 15 ans6, 7. Même si tous les jeunes ne boivent pas d’alcool ni ne fument, l’alcool est un enjeu de santé publique.

Dans la littérature, la consommation précoce d’alcool est généralement définie comme étant une consommation d’alcool avant 15 ans. Les résultats issus de l’étude8 European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs (ESPAD), réalisée en 2015 dans trente-cinq pays, montrent qu’un adolescent sur deux (47 %) a déjà consommé de l’alcool au moins une fois à l’âge de 13 ans ou plus jeune. D’autres études9 ont révélé que les comportements à risque apparaissaient généralement au début de l’adolescence et se combinent entre eux. Par exemple, des adolescents consommateurs réguliers d’alcool adoptent en même temps un ou plusieurs autres comportements à risque, tels que la consommation de tabac, de cannabis ou les rapports sexuels non protégés.

Dans ce nouvel ouvrage, nous étudierons les facteurs de risques qui interviennent dans le mésusage d’alcool et le risque de dépendance. Nous verrons notamment que l’alcoolisme est une maladie génétique complexe et hétérogène. Il s’agit d’un trouble quantitatif, dans lequel l’incidence combinée à de multiples facteurs génétiques et environnementaux varie d’un sujet à l’autre – coexistant avec d’autres dépendances et troubles psychiatriques10. Nous analyserons également l’impact de ce produit hautement toxique sur leurs cerveaux. Car on oublie trop souvent que, avant 25 ans, le cerveau n’a pas terminé sa maturation. Or, la consommation d’alcool pendant l’adolescence endommage son développement de manière irréversible et prédispose largement à l’alcoolisme ou au mésusage d’alcool à l’âge adulte, ainsi qu’à toute une série de troubles psychologiques et comportementaux associés. Grâce aux dernières études, nous en savons beaucoup plus aujourd’hui qu’il y a vingt ans, dès lors rester inactif face à ce problème n’est pas une option. Nous verrons que l’apparition précoce de la consommation de ce produit11et lesantécédents familiauxde problèmes d’alcool12figurent parmi les facteurs les plus importants du mésusage de l’alcool. Nous sommes face à une dangereuse banalisation, qui peut provoquer des accidents de la route, générer des violences ou conduire au coma éthylique nécessitant une hospitalisation en urgence et qui, faute de soins, peut être mortel.

Les jeunes connaissent ces risques, mais ils sous-estiment les conséquences de leurs comportements, car pour eux ils font partie de la fête. Et la fête, c’est indispensable, car elle fait partie de leur vie. Dans ces constats, le contrôle de la famille et des professionnels ne s’exerce plus. Notre société contrôle très peu et très mal les lieux de vente et la publicité qui encouragent à consommer. Pour rappel, le Code de la Santé publique indique qu’il est

interdit dans […] les lieux publics de vendre ou d’offrir à titre gratuit de l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. Il est également interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques […] des mineurs de moins de 16 ans13.

qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable. Le non-respect de ces interdictions est pénalement sanctionné. Mais qui a déjà fait l’objet d’une sanction ? Nous faisons face à un marketing de plus en plus ciblé, de plus en plus agressif qui vise expressément les jeunes, leur mode de consommation et leur goût.

Alors, que faire ? Certainement commencer par dialoguer. Les parents et les jeunes prennent-ils le temps de se parler et de s’informer sur le sujet ? Comment tordre le cou aux idées reçues (« Avoir une cuite de temps en temps ce n’est pas grave... », « Mon fils a fini aux urgences mais cela n’arrive plus »…) ? Nous ne pouvons plus continuer de nous contenter d’un discours simpliste de prévention : « Fais attention. » Aujourd’hui, on le sait, faire de la prévention, c’est intervenir sur le développement du jeune, sur son comportement et sur son environnement.

C’est l’objectif de cet ouvrage, qui s’adresse tant aux adolescents qu’aux adultes et qui se veut un échange, un dialogue, pour s’entraider. Dans cette démarche dynamique, au fil des pages, vous trouverez des témoignages, des conseils pratiques, des solutions pour continuer de s’amuser, des QR codes renvoyant à des vidéos pour éclairer autrement, avec d’autres mots, sur les principales problématiques liées à l’alcool.

1. Orban (T.) et Liévin (V.), Alcool, ce qu’on ne vous a jamais dit. Les clés pour comprendre et aider, Bruxelles, Mardaga, 2022. Voir alcoolcequonnevousajamaisdit.com ; Un mot sur alcoolcequonnevousajamaisdit ? Un livre qui ne stigmatise pas ? Pourquoi ?, YouTube, 26 janvier 2022. En ligne : www.youtube.com/video/et5LMWyp77E

2. Gilmore (I.), Introduction, Alcohol and Alcoholism, vol. 49, n° 2, mars-avril 2014, p. 125. En ligne : https://doi.org/10.1093/alcalc/agt158

3. Ce qui entraîne une concentration d’alcool dans le sang de 0,08 % (Araoz (G.), Cultural Considerations. In What Drives Underage Drinking ? An International Analysis, Washington, DC, International Center for Alcohol Policies, 2004, p. 39-47).

4. Hingson (R. W.), Heeren (T.) et Winter (M. R.), Age at Drinking Onset and Alcohol Dependence : Age at Onset, Duration, and Severity, Archives of Pediatrics and Adolescent Medicine, vol. 160, n° 7, juillet 2006, p. 739-746. En ligne : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16818840/

5. En épidémiologie, la prévalence est une mesure de l’état de santé d’une population, dénombrant le nombre de cas de maladies, à un instant donné ou sur une période donnée.

6. Ibid.

7. Gilmore (I.), Introduction, op. cit.

8. The 2015 ESPAD Report, ESPAD, 2015. En ligne : http://www.espad.org/report/home

9. Gilmore (I.), Introduction, op. cit.

10. Buscemi (L.) et Turchi (C.), An Overview of the Genetic Susceptibility to Alcoholism, Medicine, Science and the Law, vol. 51, 2011, p. 2-6.

11. Grant (B. F.) et Dawson (D. A.), Age at Onset of Alcohol Use and Its Association with DSM-IV Alcohol Abuse and Dependence : Results from the National Longitudinal Alcohol Epidemiologic Survey, Journal of Substance Abuse, vol. 9, 1997, p. 103-110 ; DeWit (D. J.), Adlaf (E. M.), Offord (D. R.) et Ogborne (A. C.), Age at First Alcohol Use : A Risk Factor for the Development of Alcohol Disorders, American Journal of Psychiatry, vol. 157, n° 5, 2000, p. 745-750.

12. Buscemi (L.) et Turchi (C.), An Overview of the Genetic Susceptibility to Alcoholism, op. cit.

13. Art. L33423, Code la Santé publique. En ligne : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665/LEGISCTA000006171207/

Témoignage

Pourquoi Korat, un jeune artiste bruxellois a-t-il écrit une chanson14 sur l’alcool ? Nous l’avons rencontré pour mieux comprendre sa motivation, lui qui dit dans son clip que « l’alcool peut hypnotiser » s’est reposé sur un refrain assez explicite : « Je bois, je bois, j’oublie, du mal à faire le tri dans mes souvenirs de bière… »

Quel souvenir gardes-tu de tes soirées ?

Depuis l’adolescence, on entend beaucoup parler d’alcool. En grandissant, on se retrouve dans les soirées et, avec la pression sociale, on en vient à boire un petit verre. Puis, un de plus. Puis, de plus en plus. J’ai connu ça pendant l’adolescence et à l’université aussi, où on est confronté à ce phénomène à une plus grande échelle avec les cercles étudiants. Beaucoup de relations amicales tournent autour de l’alcool.

Pour lui, c’est important d’en parler, alors pourquoi pas au travers d’une chanson et d’un clip :

J’ai eu pas mal d’excès. Des soirées où l’on boit trop et où l’on se gère difficilement. Je trouvais ça de moins en moins agréable. On passe à côté de beaux moments après des soirées où l’on ne se souvient de rien. À la longue, ce qui me surprenait le plus, c’est que mon entourage voyait ça comme quelque chose de positif, du genre : « C’était une belle soirée, on a bien bu. » C’est justement sur ce point que je voulais mettre l’accent avec ma chanson. Je trouve que c’est un peu malsain que tout tourne autour des soirées, et que ceux qui ne boivent pas vraiment soient mis de côté parce qu’ils sont jugés pas assez fun. Il est pourtant possible de s’amuser sans boire.

Pour lui, « cette alcoolisation sociale peut verser dans une alcoolisation chronique et dangereuse. Cela laisse à penser que l’on peut se diriger vers l’alcool dès que l’on a un petit souci ». Il boit et ne proscrit pas l’alcool :« J’ai fait une pause d’alcool pendant un an et demi. Je voulais me recentrer sur moi-même et ma consommation. Depuis, j’ai recommencé à boire, mais sans excès et calmement. » Quant à la question de l’alcool à l’université :

On y observe du binge drinking parce que les jeunes boivent beaucoup et le plus vite possible, avec une « claque d’alcool » qui arrive d’un coup. C’est là qu’on a le black-out. Et comme beaucoup de jeunes rentrent à pied, ils font moins attention à ce qu’ils boivent.

14. Korat, Bières et aujourd’hui, YouTube, 3 juin 2022. En ligne : https://youtube.com/watch?v=uwYFGKSRGaA&feature=share

Chapitre 1 L’alcool, c’est fun ?

« Je suis pompette. Ma tolérance à l’alcool est proche de 0. Je suis en libre-service. »

Live TikTok, avril 2022

Chaque jour, les jeunes évoquent l’alcool sur TikTok.Comment en parlent-ils ? Avec quel langage ? Ce réseau social est aujourd’hui un véritable espace de communication qui leur permet de transmettre leurs expériences et de montrer leurs excès ou leur prévention à leurs amis. On y voit donc le pire comme le meilleur. À notre niveau, nous apportons aussi notre petite pierre à l’édifice de la prévention15.

Yvan, 18 ans, était très clair dans sa relation avec la boisson :

Quand on est alcoolisé, on n’ose plus aller vers les autres en soirée. J’y vais toujours avec deux amis. Je n’ai pas besoin de boire pour discuter avec eux, mais quand je veux aller vers d’autres personnes que je connais moins bien, je bois un verre de plus. Je me sens plus relâché et je discute plus facilement avec des gens que je ne connais pas ou avec qui j’ai déjà partagé des moments en étant joyeux. C’est donc plus facile de boire avec eux. On sait que ça se passera bien parce qu’on a déjà bu ensemble. Beaucoup de potes boivent les premiers verres pour être joyeux, pour se détendre. Les filles, elles, boivent des alcools forts dans des shots.

Il parle aussi des relations amicales face aux boissons :

L’influence des amis est souvent pour boire plus… et rarement pour boire moins. C’est une pression. On devrait sans doute arriver à faire changer ça un jour, mais je ne vois pas comment. En soirée, il y a toujours plusieurs personnes qui te proposent de boire un verre. Et à part l’un ou l’autre qui te connaît et qui voit que tu as trop bu, ils sont très peu nombreux à venir te taper sur l’épaule pour te dire : « Je crois qu’il est temps que tu arrêtes de boire. » Je ne l’ai même jamais vu en soirée.

Eau-de-vie ? Réellement de vie ?

1. Pourquoi boire ?

Une étude canadienne16 montre que, à l’université, la plupart des étudiants boivent pour le plaisir du goût (24,9 %), pour « faire la fête » (21,3 %) ou pour être sociables (16,9 %), alors que seuls 2,1 % le font pour échapper à leurs problèmes ou vaincre leur timidité.

Les chiffres de notre enquête montrent que les ados avant 18 ans recherchent avant tout une amélioration de leur capacité de rencontre, l’alcool agit pour eux comme un lubrifiant social. Sur un millier de jeunes dans différentes écoles, la conclusion est sans appel. Les jeunes boivent pour :

• « Être pétés, bourrés, la tête à l’envers » : 28 % ;

• Être désinhibés, socialiser, entrer en contact : 48 % ;

• Le goût qu’ils apprécient : 27 % ;

• Faire comme tout le monde : 8 % ;

• Tout oublier car la vie est trop dure : 15 %.

Par ailleurs, une étude française17 révèle que la recherche de « défonce » est le signe d’un mal-être profond chez les adolescents qui manifestent là une volonté de changer une réalité. « Il y a beaucoup de raisons de boire… », nous dit l’un des jeunes qui a participé à nos rencontres dans les écoles.

L’alcool est-il un dangereux algorithme ? Pourquoi ?

En pratique

Tu vas boire un verre avec des amis et tu veux contrôler ta consommation, alors ne prends pas ta carte bancaire, juste 5 euros en espèces dans ton portefeuille.

Le travail de Christophe Moreau18 montre par ailleurs que 80 à 90 % d’adolescents font la fête pour renforcer leur viesociale, sans souhaiter la perte totale du contrôle de soi. Seule une minorité utiliserait l’alcool pour un oubli de soi. Pourtant, les prin­cipales caractéristiques attendues d’une fête réussie sont : l’amusement/le rire, les amis et l’ivresse alcoolique, à égalité avec la musique.

► Boire avant 13 ans augmente de 47 % le risque de devenir un adulte alcoolodépendant. Ce risque tombe à 9 % si l’adolescent s’abstient jusqu’à ses 21 ans.

Le savais-tu ?

Les quatre raisons principales qui font boire19 : 1. La sociabilité (par exemple, pour mieux apprécier une fête, parce que c’est plus drôle, parce que l’alcool agit comme lubrifiant social qui facilite les contacts) ; 2. Le renforcement positif (« Cela m’amuse », « J’aime les sensations ou le goût ») ; 3. La conformité (« Pour faire comme les autres », « Parce que les autres m’y ont poussé ») ; 4. Le coping (« Pour oublier mes problèmes », « Pour m’aider lorsque je suis déprimé ou anxieux »).

#alcool : envie de boire ? 4 raisons

L’enjeu est clair pour les jeunes : l’alcool arrête le temps. Faire la fête, c’est aussi s’anesthésier, oublier ses problèmes.

→Et toi ? L’alcool arrête ton temps aussi ? Pourquoi veux-tu arrêter le temps ? Trouve au moins deux raisons. Écris-les et parles-en entre amis ou en famille.

2. Le binge drinking

Le binge drinking, c’est boire plus de cinq verres d’alcool en un temps très court (deux heures), le plus souvent dans le but d’atteindre l’ivresse le plus rapidement possible. Quarante pour cent des adolescents et 30 % des adolescentes reconnaissent avoir eu au moins un épisode d’intoxication éthylique importante au cours du dernier mois. Dans notre enquête auprès des jeunes, les chiffres de binge drinking varient : entre 35 % et 65 % déclarent avoir été ivres au cours du dernier mois.

De nos jours, le binge drinking constitue le principal problème des jeunes. Ils ne recherchent pas le goût, mais plutôt le fait de boire vite. Ils veulent être « pétés », « bourrés », « arrachés », « éclatés ». Ils aiment s’amuser en buvant de l’alcool, avoir une bonne ambiance, devenir euphoriques…

► LA question qui préoccupe les jeunes : « Qu’est-ce que je vaux ? »

Et puis, l’être humain a besoin de se jauger, de s’estimer par rapport aux autres, et tout particulièrement à l’adolescence. Les défis se réalisent évidemment autour de l’alcool. Comment donner aux jeunes une estime d’eux-mêmes suffisante pour qu’ils n’aient plus à « prouver » ? Nous remarquons également un phénomène particulier : la mise en ligne de vidéos d’ivresse, de concours, de jeux d’alcool, de vomissements… Un jeune boit-il parce que ses amis boivent ? Boit-il parce que ses parents boivent ? Boit-il pour décompresser, éliminer ses problèmes ? Boit-il plus facilement en groupe ? La désinhibition, l’euphorie, l’efficacité anxiolytique ou anesthésiante, les traditions culturelles sont autant de phénomènes liés à l’alcool20. Il reste aussi associé à la notion de virilité : pour les hommes principalement, il est symboliquement lié à l’accession à une identité sociale.

À quel âge certains jeunes commencent-ils à boire ? 13-14 ans ? Que faire ?

Mais pourquoi boire trop ? Pour Antoine Sansonnens, de l’université de Fribourg, les jeunes distinguent globalement deux formes principales de « trop boire » : l’une est positive, l’autre négative.

•La première forme renvoie aux effetsdésinhibants, volontaires, vécus et expérimentés comme agréables et procurés par laconsommation d’alcool :« être lancé »ou stimulé, avoir la conscience modifiée ou encore oser aborder des inconnus ;

•La seconde fait référence aux effetsinvolontairesde l’ingestion d’alcool vécus et expérimentés comme désagréables durant la soirée :vomissements, agressivité, maux de tête, évanouissement, somnolence, etc. Les limites entre ces notions restent cependant ténues car, selon les situations, lebasculementd’un mode à l’autre peut être soudain. Logiquement, le trop boire« positif »précède en général le mode négatif. Une forme de graduation est évoquée, principalement pour qualifier l’évolution physiologique en lien avec les trop boire comme s’ils étaient séquencés en étapes qui se succèdent21.

→Et toi ? Pourquoi bois-tu trop ? Y as-tu déjà pensé ?Y a-t-il quelqu’un avec qui tu peux en parler (famille, ami, médecin…) ?

Addiction : est-on addict à l’alcool ?

Le savais-tu ?

Nicolas Guegen, professeur de psychologie sociale à l’université de Bretagne-Sud, a mené une étude22 qui révèle que le niveau sonore incite à boire davantage :• 72 décibels (volume habituel) : 2,5 verres consommés ;• 88 décibels : 3,8 verres consommés ! Plus surprenant, le volume sonore transforme le temps passé à boire chaque verre :• 72 décibels : le jeune boit un verre en 14,51 minutes ;• Volume plus fort : Le jeune boit un verre en 11,45 minutes. « Les clients n’absorbent pas plus de bière à chaque gorgée, mais le verre se vide plus précocement, ce qui incite ensuite le client à recommander plus vite23 », précise l’universitaire. Il y a donc une excitation physiologique et psychologique poussant le sujet à décupler la fréquence de ses gestes24. Un élément qui s’ajoute au fait que l’alcool favorise la création de musique, comme le rappelle le film Drunk de Thomas Vinterberg (2020), qui questionne les liens entre la création musicale et la consommation d’alcool… L’ambiance a également un impact sur l’envie de boire :• Si l’ambiance est positive : les jeunes seront plus enclins à consommer, le but étant d’atteindre une forme d’harmonie entre son état interne et l’ambiance externe ;• Si l’ambiance se tend : une bagarre, une altercation peuvent faire « retomber » l’ambiance et neutraliser les effets des produits consommés.

►Risque de dépendance25 : x 3 si binge drinking à l’adolescence.x 4 si la consommation commence avant 15 ans.

Les effets du binge drinking sur le cerveau sont un élément majeur du développement des jeunes. Il a été démontré, sur base d’études en neuropsychologie et en neurosciences, que les binge drinkers présentent des modifications marquées du fonctionnement cérébral. Cependant, ces études se sont centrées sur des tâches cognitives (explorant par exemple la mémoire, l’attention ou les fonctions exécutives). Des études26 révèlent que le binge drinking conduit, au-delà des altérations cognitives, à des déficits marqués pour le traitement de stimulations émotionnelles, lesquels pourraient être impliqués dans le développement et le maintien des troubles associés à la consommation d’alcool.

Le savais-tu ?

Du nom d’une série télévisée, l’idée de la skin party est de tout s’autoriser durant un temps festif : sexe, alcool, drogues… no limits. Si de nombreuses données sont disponibles sur les conséquences aiguës de ces alcoolisations (hépatites aiguës, grossesses non désirées, violences, accidents de la route…), un intérêt croissant se porte sur les conséquences à moyen et long terme sur la qualité de vie, comme sur le fonctionnement neural et neurocognitif de ces pratiques27.

Les résultats d’autres recherches révèlent que le binge drinking conduit à des atteintes de la substance blanche et de la substance grise qui peuvent être liées à des déficits d’apprentissage etde mémorisation. Seuls quelques épisodes de binge drinking à l’adolescence suffisent pour entraîner une forte motivation pour la consommation d’alcool à l’âge adulte associée à une plus grande anxiété et une moindre réactivité du noyau accumbens à l’alcool28. Les binge drinkers semblent donc présenter le même type de déficiences que les personnes dépendantes à l’alcool, puisque les déficits concernent les mêmes fonctions cognitives.

Les similitudes entre les altérations cérébrales des binge drinkers adolescents et des alcooliques adultes ont conduit certains auteurs29 à suggérer l’hypothèse du « continuum », selon laquelle le binge drinking et l’alcoolisme chronique devraient être considérés comme deux étapes du même phénomène, induisant des déficits analogues, et non comme des pathologies indépendantes30. Ces résultats préliminaires suggèrent qu’uncercle vicieux pourrait s’enclencher avec l’habitude du binge drinking.

Les adolescents ont grandi dans une société addictogène, dans une culture de l’intensité et de l’immédiateté, et cher­chent en conséquence à expérimenter des états éthyliques plus intenses et plus rapides. Comment pourrait-il en être autrement dans cette société d’hyperconsommation?

En pratique

Pour éviter le binge drinking