L'alimentation de mon enfant - Stéphane Valentin - E-Book

L'alimentation de mon enfant E-Book

Stéphane Valentin

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Beschreibung

Comprendre et améliorer l'alimentation des plus jeunes

Les enfants sont conscients, de plus en plus tôt, de leur apparence. Ils veulent plaire. Ils veulent être minces. Et de plus en plus de parents se soucient du poids de leur enfant. Dans notre monde actuel, les pièges des sucres et des graisses sont partout et bien cachés. Ces pièges ne se sont pas présents uniquement à cause du changement de rythme de notre vie quotidienne, mais également liés à l’éducation des enfants : un facteur essentiel. Souvent, la nourriture est instrumentalisée et utilisée pour récompenser ou punir.
En parallèle d’une analyse approfondie des causes d’une « malnutrition » moderne, Stephan Valentin, docteur en psychologie, présente dans cet ouvrage une multitude de conseils pour aider les parents à choisir les bons aliments au quotidien. Il démontre et déculpabilise le fait que l’on peut, aussi, avoir quelques rondeurs et néanmoins être bien dans sa tête. Il montre, par exemple, quelle est la nutrition optimale d’un enfant de neuf ans sur une journée. Il explique également pourquoi le fast food et le manque d’exercice ne sont pas toujours facteurs de surpoids chez les jeunes. De plus, ce livre propose toute une sélection de recettes savoureuses et faibles en calories, afin de proposer à son enfant une alimentation saine et équilibrée.

Avec ce livre inédit et intelligent, vous trouverez pour votre enfant un juste équilibre entre santé physique et psychologique !

EXTRAIT

Dans notre monde agité, le temps est devenu un bien précieux. Nous en avons de moins en moins pour nous occuper de notre famille et de nous-mêmes. Faire la cuisine, préparer des produits frais, c’était pour nos mères, voire nos grands-mères. Dans nos emplois du temps surchargés, les plats tout prêts, le «vite-préparé» a trouvé sa place. Mais qu’en est-il des conséquences pour notre santé ?
Les « bonnes habitudes » alimentaires s’installent dès l’enfance. Nos goûts en matière d’aliments se forgent durant nos premières années. Il est donc primordial de faire découvrir à nos enfants une variété d’aliments, afin qu’ils puissent choisir ceux qu’ils aiment, mais aussi de les mettre en garde contre des aliments nocifs pour la santé. Il ne s’agit pas d’interdire, mais de limiter.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Stephan Valentin, docteur en psychologie et spécialiste de la petite enfance, est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’enfance et a reçu plusieurs prix littéraires pour ses romans et ses livres jeunesse. Auteur à succès, il participe régulièrement à des émissions radiophoniques et télévisuelles.

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Seitenzahl: 184

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Remerciements tout particuliers à mon amie Diane Chatelut, pour son aide à la rédaction de cet ouvrage.

Je voudrais également remercier le docteur Robert Jaeschke pour sa participation au chapitre « Bouger, bouger, bouger », ainsi que la nutritionniste Miriam Eisenhauer pour ses conseils précieux.

INTRODUCTION – Prenons notre temps

Dans notre monde agité, le temps est devenu un bien précieux. Nous en avons de moins en moins pour nous occuper de notre famille et de nous-mêmes. Faire la cuisine, préparer des produits frais, c’était pour nos mères, voire nos grands-mères. Dans nos emplois du temps surchargés, les plats tout prêts, le « vitepréparé » a trouvé sa place. Mais qu’en est-il des conséquences pour notre santé ?

Les « bonnes habitudes » alimentaires s’installent dès l’enfance. Nos goûts en matière d’aliments se forgent durant nos premières années. Il est donc primordial de faire découvrir à nos enfants une variété d’aliments, afin qu’ils puissent choisir ceux qu’ils aiment, mais aussi de les mettre en garde contre des aliments nocifs pour la santé. Il ne s’agit pas d’interdire, mais de limiter.

Encourager son enfant à bouger, à pratiquer une activité physique et avoir un œil sur son temps passé devant les écrans fait également partie de « la difficile » mission des parents. Plus tôt vous installerez ces habitudes, plus cela sera évident pour votre enfant.

Cela signifie-t-il que l’on ne puisse plus rien faire pour un enfant en surpoids ? Bien au contraire. Cet ouvrage vous aidera à trouver vos solutions. Quelles sont les origines du surpoids ? Comment prendre les « bonnes habitudes » qui aideront votre enfant à retrouver un équilibre ? Quelles sont les répercussions psychologiques du surpoids sur votre enfant ? Vers quels professionnels se tourner ? Voici les différentes questions abordées dans cet ouvrage, afin que vous ne soyez plus seul(e) avec la problématique : « comment dois-je nourrir mon enfant ? ».

À TABLE

Sans nourriture, l’homme ne peut pas vivre. Manger et boire font partie de ses besoins essentiels. Eh oui, c’est une évidence ! Nous n’avons pas vraiment le choix… Mais le fait de manger est-il une simple question de survie ? Qui n’a jamais pris de grand plaisir à déguster un plat délicieux ? Quel parent n’est jamais entré en conflit avec son enfant à cause d’un dessert ? Et qui n’a jamais été dégoûté au moins une fois dans sa vie par un légume ?

Si la nourriture livre au corps humain l’énergie et les nutriments qui sont absolument nécessaires à sa santé et à son bien-être, elle est également source de plaisir et de déplaisir, voire de dégoût. Elle comporte également une dimension affective, car le fait de donner à manger, ou bien de manger en compagnie d’autres personnes, sous-entend un échange émotionnel. C’est un moment de partage et d’amour, par exemple dans le cas d’une mère qui nourrit son bébé.

La situation du repas, c’est-à-dire comment et avec qui nous mangeons, est donc tout aussi importante pour notre alimentation que l’aliment lui-même. N’avez-vous pas remarqué qu’on mange toujours un peu plus quand on est en bonne compagnie ?

Dans ce premier grand chapitre, nous allons aborder la nourriture sous différents angles, afin de découvrir son importance pour notre corps, pour notre psychisme, mais aussi pour les relations avec l’autre.

La nourriture, carburant de la vie

Notre corps est en quelque sorte une machine. Et une machine a besoin d’un carburant pour fonctionner : respirer, bouger, penser, agir, rester en bonne santé… Mais puisque notre corps ne peut pas fabriquer tout seul ce carburant, il doit le chercher dans un apport extérieur : la nourriture. Ainsi, manger est un comportement vital duquel dépend notre survie physique et mentale. Manger est également indispensable pour la croissance et le développement de notre organisme. D’ailleurs, dès la naissance, le nouveau-né est capable de boire du lait maternel.

¤ Se nourrir

Se nourrir est pour ainsi dire la fonction principale de manger. Ce que nous mangeons en revanche est influencé de beaucoup de facteurs, tel que notre âge, nos préférences gustatives, notre culture, l’offre alimentaire à notre disposition, nos conditions de vie ou notre budget financier réservé à la nourriture. Entre en jeu également la personne qui nous prépare à manger, ou encore nos propres talents de cuisinier.

¤ Partager

Nous mangeons aussi pour partager un moment avec l’autre, ce qui permet avant tout de renforcer la cohésion d’un groupe de personnes, comme la famille. En mangeant ensemble, on se sent uni. Mais ce que nous mangeons peut tout aussi marquer l’appartenance à un groupe.

Les repas en famille ou avec des collègues de travail peuvent également présenter une situation où une certaine hiérarchie refait surface. Qui est assis où et à côté de qui ? Qui sert les autres ? Qui commence à manger ? Naturellement, le moment du repas est une formidable occasion pour communiquer avec l’autre et échanger.

¤ Se faire plaisir

Nous mangeons également pour nous faire plaisir. Savourer un bon plat, apprécier la couleur et la forme des aliments – tout en étant attentif aux sons produits par le fait de les croquer, et en utilisant ses sens tels que l’odorat et le goût –, manger peut alors représenter une expérience sensorielle qui mérite de ne pas se dépêcher sans cesse, mais de mastiquer lentement.

¤ Apprendre

En découvrant de nouveaux plats et des aliments qui attisent notre curiosité, nous sortons de notre zone de confort, et peut-être aussi de notre routine quotidienne. Cela nous aide à développer nos sens et notre palette gustative.

Naturellement, manger peut provoquer des émotions comme la peur ou la joie. Cela peut renvoyer également à des troubles alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie. Manger est finalement une activité très complexe. Que ce soit au niveau des fonctions organiques de notre corps ou de notre psychisme. Et ce que nous mangeons participe tout autant à ces deux dimensions.

Les sept nutriments de base

Tous les éléments nutritifs devraient être présents en quantité suffisante dans notre alimentation. Ceci dit, notre corps n’a pas besoin des mêmes quantités pour tous. Il n’existe pas non plus un seul aliment qui possède toutes les substances nutritives importantes. C’est pour cette raison qu’une alimentation variée et équilibrée est si importante. Et le choix est grand : les fruits, les légumes, les féculents, les sucres lents comme le pain, les pâtes et les pommes de terre, le lait et les produits laitiers, la viande, le poisson, les œufs et les boissons…

¤ Mais en parlant d’« éléments nutritifs », de quoi s’agit-il en fait ?

Notre alimentation devrait comporter sept constituants de base : les glucides, les lipides, les protéines, les vitamines, les oligo-éléments, les sels minéraux et l’eau. Tous ces éléments nutritifs sont nécessaires au bon fonctionnement des organes vitaux de notre corps. Et à chacun son rôle : les uns sont énergétiques (caloriques), les autres utilitaires (vitamines, oligo-éléments, minéraux).

¤ Parmi les éléments nutritifs énergétiques on compte

> les lipides,

> les glucides,

> les protides.

Les lipides (ou graisses) sont constitués d’acides gras et

√ sont une source d’énergie très importante pour notre corps, qui peut être utilisée immédiatement ou stockée dans les cellules graisseuses,

√ devraient apporter 30 à 35 % des calories totales d’une journée, sachant qu’un gramme de lipides fournit 9 calories,

√ transportent des vitamines liposolubles,

√ jouent un rôle esthétique pour notre corps,

√ contribuent à la souplesse et à la fluidité des membranes des cellules.

Les lipides peuvent être d’origine végétale (margarines, huiles…) ou animale (viandes, poissons, produits laitiers…).

Les glucides, connus également sous le nom d’hydrates de carbone, jouent un rôle fondamental dans notre organisme par leur apport énergétique, en produisant de la force et de la chaleur. Ils sont impliqués dans la structuration et le fonctionnement des organes, des cellules et des tissus.

« Tous les glucides, au cours de la digestion, sont dégradés plus ou moins vite en une molécule de glucose, le plus simple de tous les glucides1 ». On trouve les glucides avant tout dans les aliments riches en amidon, comme le pain, les pâtes et le riz. Certaines boissons, dont les jus de fruits et celles contenant du sucré ajouté, peuvent également apporter des glucides. D’ailleurs, les sucres sont les composants de base de tous les glucides.

Les glucides interviennent également

√ dans la sensation de satiété,

√ dans les performances intellectuelles,

√ dans l’amélioration du sommeil.

Les protides sont constitués d’un ou de plusieurs acides aminés et sont le constituant des cellules des muscles, des cheveux, des ongles, de la peau… On les trouve entre autres dans les poissons, les viandes et le lait. Certains végétaux, comme le soja, contiennent également des protides.

Les protides servent par exemple

√ au renouvellement et à la synthèse des cellules de l’organisme,

√ à la protection du corps contre l’extérieur (ongles, cheveux, peau…),

√ comme apport énergétique en cas de jeûne prolongé,

√ au maintien de la structure des composants de notre organisme.

Les protéines sont des molécules faisant partie de la famille des protides. Elles participent au renouvellement quotidien et à la restauration des tissus de notre organisme, comme les tissus musculaires, les cheveux, les ongles, la peau… Elles sont les éléments bâtisseurs des muscles, du cœur, du sang, du cerveau et des organes. De plus, « elles assurent de nombreuses fonctions physiologiques, par exemple sous la forme d’enzymes digestives, d’hémoglobine, d’hormones, de récepteurs et d’immunoglobulines2 ». Les protéines sont essentielles à la production d’anticorps par notre organisme, et donc à la défense contre les maladies.

« L’organisme est capable de synthétiser des sucres ou des graisses à partir de protéines, mais il ne peut synthétiser des protéines qu’à partir de protéines3. »

On peut trouver les protéines d’origine animale dans les produits laitiers, la viande rouge, la volaille, le poisson, les crustacés, les coquillages, les œufs et les fruits de mer, et celles d’origine végétale dans les céréales et les légumes secs.

Enfin, il y a les vitamines, les oligo-éléments et les sels minéraux. Ils sont tous les trois essentiels au bon fonctionnement de notre organisme, de par leur implication dans le déroulement des réactions chimiques, et ils sont les composants de certains tissus. Les oligo-éléments et les minéraux participent en outre à l’élaboration de certaines hormones et protéines. La grande différence entre ces deux éléments réside dans la quantité dont notre organisme a besoin (les oligo-éléments sont nécessaires en quantité plus faible).

Les vitamines participent à toutes les réactions chimiques, en régulant les réactions métaboliques permettant la libération d’énergie et la synthèse des tissus. Elles peuvent inhiber des phénomènes d’oxydation des membranes cellulaires. Une autre de leurs actions principales est la fonction coenzymatique : « la vitamine se fixe sur l’enzyme qui catalyse une réaction chimique et agit conjointement avec elle. Par exemple, la vitamine B2 agit comme une coenzyme dans la production d’énergie par oxydation du glucose4 ».

Fontaine, je boirai de ton eau

L’eau est un élément essentiel à la vie et aussi à notre corps, constitué en moyenne de 65 % d’eau. On peut dire que cela correspond à environ 45 litres d’eau pour un adulte pesant 70 kilos. Le cerveau humain en contient 85 % et les cellules 40 %. Quant au plasma sanguin, au liquide céphalo-rachidien, à la salive, aux larmes ou encore à la sueur, ils sont composés de 91% à 99% d’eau.

¤ L’eau a de multiples fonctions

Le fait que l’eau soit aussi importante pour notre corps s’explique par ses caractéristiques idéales.

LE TRANSPORTEUR

Elle transporte des globules, des cellules, des nutriments (par exemple, jusqu’au cœur).

L’ÉNERGÉTICIEN

L’eau aide aussi à l’élimination des déchets organiques, par l’évacuation urinaire via les reins. Elle nettoie donc notre corps.

LE RÉGULATEUR

L’eau est également un régulateur thermique qui maintient notre température corporelle constante, et qui intervient lorsque nous avons de la fièvre.

L’ARCHITECTE

L’eau irrigue notre peau et hydrate les cellules. Grâce à elle, les fonctions cellulaires sont améliorées.

LE COMMUNICATEUR

Toutes les réactions cellulaires de notre corps ont besoin d’eau qui, comme l’indique sa formule chimique, H2O, contient l’atome d’hydrogène (H). L’eau permet aussi la communication des cellules entre elles.

Puisque le corps humain ne peut pas stocker l’eau, car il l’élimine en permanence, par la transpiration, la respiration et l’urine, nous devons compenser ces pertes en buvant régulièrement. Un adulte de taille moyenne a besoin d’une quantité globale de 2,5 litres d’eau par jour. Les aliments en apportent environ un litre et les boissons 1,5 litre.

Quelle quantité d’eau journalière pour mon enfant5?

par la boisson

0 à 4 mois : 620 ml

4 à 12 mois : 400 ml*

1 à 9 ans : environ 940 ml

10 à 14 ans : environ 1,4 l

* À partir de cette tranche d’âge, l’eau est également apportée par la nourriture.

Chez les adolescents et les adultes :

15 à 65 ans : 1,5 l

Femmes enceintes : 1,5 l

Femmes qui allaitent 1,7 l

Guérir en mangeant

Les aliments ne sont pas seulement de la nourriture. En le nourrissant sainement, les aliments peuvent protéger l’enfant de certaines maladies, de l’obésité ou encore des maladies cardiovasculaires. Une alimentation correcte, en tant que mesure de santé, devrait donc être adoptée, dans l’intérêt de chacun de nous.

Hippocrate, le père de la médecine, savait déjà que certaines maladies peuvent être guéries par la nourriture. Sur tous les continents, des légumes, des fruits, des herbes et des plantes sont utilisés en médecine traditionnelle. L’ail, par exemple, est conseillé pour soigner l’asthme, la pression artérielle élevée, les rhumatismes et la diphtérie.

Ainsi, la nourriture nous fait vivre, nous protège des maladies et nous en guérit à la fois. Mais elle peut également attaquer notre corps et notre santé. Elle déploie ses effets selon l’utilisation que l’on en fait. S’informer des bienfaits et des méfaits des aliments est donc le premier pas vers une vie saine.

Au début était la bouche

Le terme « oral » a pour origine le mot latin os, oris (« bouche ») qui signifie « qui se fait par la bouche » et aussi « qui se transmet par la bouche ». Le neurologue autrichien et fondateur de la psychanalyse Sigmund Freud avait utilisé ce terme pour nommer la première des trois phases de sa théorie sur la sexualité infantile : « le stade oral ». Pourquoi « oral » ? Au cours de ce stade, le nourrisson découvre que sa bouche peut être une source de plaisir et de satisfaction, fournie par l’acte de succion, durant la tétée. Le réflexe de succion est d’ailleurs acquis à la huitième semaine de vie intra-utérine chez le fœtus. Dès la seizième semaine de grossesse, celui-ci est capable de sucer son pouce. Environ trente minutes après la naissance, le réflexe de succion doit être au maximum pour donner de la force pour la première tétée, c’est un automatisme. Après le sixième mois de vie, ce réflexe a ordinairement disparu.

À la bouche est donc conférée très tôt une fonction vitale : elle sert à ingérer de la nourriture et permet ainsi d’apaiser sa faim. Au fur et à mesure, le nourrisson fait l’expérience de cette sensation agréable quand le lait maternel chaud coule dans sa bouche. C’est ainsi que celle-ci se sensibilise et lui procure un moment de plaisir, tout comme l’avait décrit Freud.

Comment le bébé découvre-t-il son monde ?

En grandissant, le bébé va diversifier la fonction de sa bouche, y porter tous les objets qu’il arrive à saisir, mais, cette fois-ci, dans le but de les découvrir, en particulier leur goût, leur texture… C’est de cette manière que le bébé cherche à explorer son environnement et à faire de nouvelles expériences.

Mais pourquoi le bébé le fait-il à l’aide de sa bouche ? Pourquoi ne lui suffit-il pas de regarder seulement un objet ? En fait, au cours de sa première année de vie, le bébé n’est pas assez développé pour traiter des informations uniquement par la vision. Puisque le bébé a fait l’expérience de l’utilité de sa bouche pour absorber la nourriture, l’identifier et en éprouver du plaisir, il l’utilise également pour collecter des informations.

Au début, les bébés distinguent le monde et ses objets sous deux formes opposées : le rugueux et le lisse, le bon et le mauvais goût, et ce qu’il est possible d’avaler ou non. Les dents vont parfaire son exploration cognitive. Dans la deuxième moitié de la première année de vie du bébé, les dents sont les outils les plus durs du corps. À cet âge, la musculature de la mâchoire est alors très forte et la muqueuse buccale très sensible. Pour cette raison, la bouche devient la partie du corps la mieux qualifiée pour différencier les objets.

La bouche est un instrument pour le bébé. C’est un organe qui l’aide dans ses recherches et dans ses perceptions.

Au cours de cette phase, le bébé ne cherche pas seulement à incorporer les objets dans le but d’une meilleure représentation cognitive. Il souhaite également « avaler » maman et papa, et certains parents se retrouvent effectivement mordillés par leur bébé. Cela fait partie des tentatives du bébé de s’approprier ses parents, car, pour lui, il n’y a pas encore de différence entre des contenus physiques et psychiques. Cette manière de « mettre à l’intérieur de lui » pour garder en lui ses parents renvoie à des processus d’incorporation, qui participent au développement psychique du bébé.

Un effet apaisant

Nous avons abordé au début de ce chapitre le plaisir que le bébé ressent en tétant, mais ce bien-être ne renvoie pas forcément à une excitation. Il s’agit avant tout d’un effet calmant. Les mères qui allaitent peuvent d’ailleurs le confirmer : leur bébé s’endort pendant l’allaitement, le mamelon encore dans la bouche. Ce même effet calmant peut être également obtenu par la succion du pouce ou de la tétine, et de nombreux bébés refusent de renoncer à les utiliser, afin de pouvoir s’endormir tranquillement. Lorsque le bébé a faim, le fait de sucer son pouce peut l’aider à patienter jusqu’au repas. La sensation de bien-être procurée en tétant ou en suçant favorise la réduction d’angoisses et de stress. L’oralité signifie donc aussi la satisfaction des besoins de contact avec la peau, de chaleur, de sécurité et d’être rassuré. Au cours de la première année de la vie de l’enfant, l’oralité fait ainsi partie de son développement émotionnel, sensorimoteur et cognitif normal.

INFO : ORALITÉ ET RÉGRESSION

Une fois adulte, l’oralité garde son effet excitant, par exemple dans le fait d’embrasser quelqu’un. Mais son effet apaisant se déploie aussi. Fumer ou manger dans une situation de stress, par exemple, est un réflexe bien connu pour se calmer. Ce type de comportement s’entend comme un mouvement de régression. Inconsciemment, nous sommes renvoyés à la première année de notre vie où nous avons fait l’expérience que l’oralité permet de se détendre et de se sentir rassuré.

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es

La nourriture est bien plus pour nous, êtres humains, qu’un « combustible » qui fait fonctionner notre corps. Ce que nous mangeons, comment et quand nous mangeons est source d’une quantité d’informations sur notre personne. À titre d’exemple, le champagne, les huîtres et le caviar sont certes des aliments, mais ils sont en même temps considérés comme des symboles de réussite sociale. De bonnes manières à table font penser à une bonne éducation… Ce qu’on mange et comment on mange informe l’autre sur qui on est ou qui on aimerait être.

Pour l’anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss6, il y aurait une différence fondamentale entre la nourriture crue ou cuite. Il explique que les peuples qui ne connaissent pas le fait de cuire la nourriture ne possèdent pas dans leur langage le mot « cuit », ni le mot « cru », puisque cette différence ne peut pas être exprimée. Ces deux termes, « cru » et « cuit », symbolisent selon Lévi-Strauss l’opposition fondamentale entre la « nature » et la « culture ». « Cru » désigne tout ce qui est naturel et correspond aussi à la nature de l’homme. « Cuit », en revanche, renvoie à « l’origine culturelle » et à tout ce que l’homme a créé, et donc aux processus d’apprentissage. Cuisiner des aliments est ainsi une forme de médiation entre nature et culture. Le cuisinier, lui, serait un médiateur culturel entre le produit cru et l’homme en tant que consommateur.

Pour Claude Lévi-Strauss, un cuisinier surveille le processus de la cuisson et ainsi la socialisation.

Je mange, donc je suis

Notre appartenance culturelle s’exprime par les traditions, les coutumes, la langue… mais aussi par nos aliments. Les pâtes font par exemple penser automatiquement à l’Italie, les pommes de terre à l’Allemagne. La baguette appartient à la France. Et le touriste qui insiste pour obtenir des croissants au petit déjeuner en Thaïlande est sûrement d’origine francophone…

Beaucoup d’émigrants préservent, dans leur pays d’accueil, leurs habitudes alimentaires en continuant à cuisiner leurs plats, afin de préserver leur identité culturelle et se souvenir de leur pays.

Manger grec, asiatique, mexicain ou africain – au restaurant ou chez soi – nous permet de nous ouvrir culturellement, de découvrir de nouvelles choses et d’apprendre à les apprécier. La culture et les coutumes culinaires d’un pays le rendent tout aussi intéressant que ses monuments historiques et ses musées. Des plats typiques nous renseignent sur son climat, son agriculture, la nature des sols sur lesquels poussent les fruits et légumes.

L’identité culinaire d’un homme se développe au sein de sa famille, dès l’enfance. Ce que maman cuisine et comment nous avons appris à manger nous marque pour la vie, tout comme notre préférence ou notre aversion à propos de certains plats. Mais la cantine à l’école, les repas chez des amis, ou encore la religion, forment également notre identité culinaire.

La dimension affective de la nourriture

La nourriture confère aussi un certain pourvoir. Celui qui est responsable de l’alimentation de la famille peut avoir un certain contrôle sur elle et utiliser sa cuisine pour clarifier certains points de vue. Et ceux qui mangent, ou plutôt qui ne mangent pas, peuvent tout aussi exercer une pression sur l’autre, comme par exemple un enfant qui refuse de manger.

S’alimenter est un moyen de communiquer avec l’autre. C’est un partage et un échange.

Mais la nourriture transporte aussi des émotions. Une grand-mère qui prépare le plat préféré de son petit-enfant y mettra, par exemple, bien plus que des épices. Une femme amoureuse, ou un homme qui courtise sa bien-aimée, fera certainement très attention aux choix de ses plats pour conquérir l’autre. Eh oui ! L’amour passe aussi par le ventre…