Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Toutes recherches ayant pour objet les temps primitifs de l’humanité sont accueillies avec faveur en ce moment par le public lettré. On est désireux de savoir ce que furent et comment vécurent les premiers hommes. Depuis qu’il est admis que tous les peuples, même ceux qui tiennent aujourd’hui le premier rang parmi les nations civilisées, ont eu leur période d’enfance, on s’intéresse davantage aux tribus émergées de la barbarie qui sont le témoignage vivant de ce que nos ancêtres durent être jadis. Cette science de l’archéologie préhistorique, science tout à fait moderne, a fait des progrès rapides. Il est démontré déjà que les nations disséminées à la surface de la terre, de l’embouchure du Gange jusqu’en Irlande, sont issues d’une souche unique. Les érudits ont presque réussi à retracer les migrations qui les ont conduites, celles-ci au nord, celles-là au midi…
Les études de ce genre sont souvent très complexes. Dans l’ancien monde, par exemple, les événements de la vie ont si bien confondu les races, qu’il est malaisé de retrouver chez les individus de l’époque actuelle les vestiges de ce que furent leurs précurseurs il y a quelques milliers d’années. En Amérique, la tâche serait plus facile en apparence parce que les habitants du Nouveau-Monde ont vécu, — du moins on peut l’imaginer, — dans un isolement presque absolu jusqu’à l’arrivée de Christophe Colomb. Toutefois, à y regarder de près, il n’y a pas là non plus de populations vraiment homogènes, car les Européens trouvèrent, dès leurs premiers voyages au-delà de l’Atlantique, les phases de l’humanité les plus diverses.
À PROPOS DE L'AUTEUR,
Henry Blerzy est un auteur français dont les écrits s’inscrivent à la croisée de la réflexion historique, philosophique et symbolique. À travers ses travaux, il s’intéresse aux grands courants de pensée, aux héritages culturels et aux savoirs anciens, qu’il aborde avec une volonté de transmission et de clarification. Son approche rigoureuse, nourrie de recherches documentées, vise à rendre accessibles des thématiques complexes tout en invitant le lecteur à une lecture critique et éclairée.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 107
Veröffentlichungsjahr: 2025
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
L’Amérique avant Christophe Colomb
L’Amérique avant Christophe Colomb
L’archéologie préhistorique
Toutes recherches ayant pour objet les temps primitifs de l’humanité sont accueillies avec faveur en ce moment par le public lettré. On est désireux de savoir ce que furent et comment vécurent les premiers hommes. Depuis qu’il est admis que tous les peuples, même ceux qui tiennent aujourd’hui le premier rang parmi les nations civilisées, ont eu leur période d’enfance, on s’intéresse davantage aux tribus encore barbares ou récemment émergées de la barbarie qui sont le témoignage vivant de ce que nos ancêtres durent être jadis. Cette science de l’archéologie préhistorique, science tout à fait moderne, a fait des progrès rapides. Il est démontré déjà que les nations disséminées à la surface de la terre, de l’embouchure du Gange jusqu’en Irlande, sont issues d’une souche unique. Les érudits ont presque réussi à retracer les migrations qui les ont conduites, celles-ci au nord, celles-là au midi. Cela ne suffit pas. On veut savoir si cette communauté d’origine s’étend à d’autres populations du globe, on demande quelle variété de circonstances a favorisé l’essor des unes tandis que d’autres continuaient de vivre à l’état sauvage. Les études de ce genre sont souvent très complexes. Dans l’ancien monde, par exemple, les événements de la vie ont si bien confondu les races, qu’il est malaisé de retrouver chez les individus de l’époque actuelle les vestiges de ce que furent leurs précurseurs il y a quelques milliers d’années. En Amérique, la tâche serait plus facile en apparence parce que les habitants du Nouveau-Monde ont vécu, — du moins on peut l’imaginer, — dans un isolement presque absolu jusqu’à l’arrivée de Christophe Colomb. Toutefois, à y regarder de près, il n’y a pas là non plus de populations vraiment homogènes, car les Européens trouvèrent, dès leurs premiers voyages au-delà de l’Atlantique, les phases de l’humanité les plus diverses. Certaines peuplades habitaient des cavernes ou menaient la vie nomade ; d’autres avaient bâti des villes, construit des temples, et peut-être en auraient pu remontrer à leurs conquérants espagnols. Du détroit de Behring à l’isthme de Panama ; les immenses espaces de l’Amérique du Nord nourrissaient des millions d’hommes, les uns civilisés, les autres sauvages, qui n’ont pas laissé d’histoire ou dont l’histoire, si jamais elle fut écrite, a disparu à peu près jusqu’à la dernière page. Ce n’est qu’au XIXe siècle, trois cents ans après la découverte, que l’on s’est occupé de recomposer leurs annales, par conséquent lorsque les traditions orales étaient étouffées sous les idées nouvelles que les conquérants avaient apportées.
Faire revivre ces nations éteintes, tel est le cadre que M. Bancroft s’est donné la mission de remplir en se bornant à celles qui vivaient dans l’Amérique septentrionale à peu de distance de l’Océan-Pacifique. Son travail n’embrasse donc pas l’Amérique entière : l’Amérique du Sud est encore peu connue, à part le Pérou ; au nord, les états de la Nouvelle-Angleterre, et même tous ceux qui sont situés à l’est du Mississipi, ont peu d’intérêt pour l’ethnologue, car l’invasion anglo-saxonne en a presque tout à fait expulsé les indigènes. Au surplus le congrès international des Américanistes, qui s’est tenu à Nancy l’an dernier, n’a guère étendu davantage le champ de ses études. L’ouvrage de M. Bancroft est donc une encyclopédie assez complète de ce que l’antiquaire transatlantique a besoin de connaître. Il n’est pas inutile de dire sur quel plan a été rédigée cette compilation volumineuse. M. Bancroft a réuni dans une vaste bibliothèque toutes les œuvres originales relatives à l’Amérique ; il n’y a épargné ni soins ni dépenses, il a fait même plusieurs voyages en Europe dans le seul dessein de compléter ses collections. Cela fait, il en a extrait tout ce qui avait rapport à son sujet, puis les matériaux ont été condensés sous diverses têtes de chapitre. Au point de vue scientifique, la méthode laisse bien quelque peu à désirer ; il y manque de l’ensemble et surtout de la critique ; elle a par compensation l’avantage de ne rien omettre. C’est au lecteur qu’il appartient de faire un choix entre des témoignages parfois opposés, entre des conjectures souvent trop osées. Bien entendu, M. Bancroft a eu des auxiliaires. A l’en croire, chacun de ses cinq volumes n’eût pas demandé moins de dix années de travail à un homme seul. L’un a pris l’histoire proprement dite, un autre la mythologie, un autre l’architecture ou la linguistique. Cette singulière application des procédés industriels à la production d’une grande œuvre d’érudition ne laisse pas d’être ingénieuse ; il n’est pas extraordinaire que l’exemple en soit donné par un Américain des États-Unis.
I.
Il n’y a pas longtemps encore, l’histoire de l’humanité commençait avec les plus anciennes relations écrites ; tout au plus consentait-on à tenir compte des traditions orales rapportées par les auteurs les plus anciens sur la foi de ceux qui les leur avaient racontées. C’était trop se restreindre, puisque les nations étaient déjà vieilles lorsque les premiers livres furent écrits, et que c’est précisément dans la période antérieure à toute littérature qu’il faut rechercher les souvenirs d’origine ou de migration des peuples. L’érudition moderne se meut dans un espace plus large ; plusieurs sciences sont devenues ses tributaires. Pour elle, le linguiste étudie les divers idiomes morts ou vivants, il en compare les mots et la grammaire pour découvrir s’ils sont issus d’une langue commune ; l’antiquaire collectionne les débris des civilisations primitives que recèlent les tombeaux ou le sol des lieux anciennement habités ; le naturaliste mesure les crânes et les ossements des squelettes retrouvés sous terre ; l’architecte relève les plans des monuments qui ont résisté aux intempéries atmosphériques, il en restitue les proportions et les dispositions premières avec une imagination trop complaisante quelquefois ; enfin les inscriptions hiéroglyphiques fournissent à l’épigraphiste des renseignements d’une authenticité non douteuse, Ce qu’il faut de sage critique pour ne pas s’égarer avec des points de repère si fugitifs, on le comprend sans peine. Aussi l’historien des temps primitifs ne saurait-il trop se garder des hypothèses de fantaisie, dont les études américaines en particulier n’offrent que trop d’exemples. Il s’est trouvé des écrivains qui faisaient descendre les Peaux-Rouges des Juifs, sous prétexte qu’on retrouve sur les bords du Mississipi quelques mythes populaires analogues à ceux de la Judée ; d’autres, sur la foi de quelques étymologies trompeuses, veulent que les Chinois aient envoyé des colonies en Californie. Il importe de se persuader tout d’abord qu’une indication isolée est sans valeur parce qu’elle peut être due à une coïncidence fortuite. Les seules conclusions que l’historien ait le droit d’admettre, sont celles que fournissent d’accord les monuments, les langues, les caractères physiques de l’homme, ses mœurs et ses traditions. Lorsqu’on veut suivre pas à pas les progrès de la civilisation sur un grand continent, il faut encore tenir compte des conditions géographiques au milieu desquelles les peuples se meuvent. Cette remarque est d’autant plus importante dans la circonstance qu’il y a sous ce rapport une différence considérable entre l’ancien monde et le nouveau : en Asie et en Europe, même en Afrique, les principales chaînes de montagnes sont orientées de l’est à l’ouest ou à peu près ; en Amérique, elles le sont du nord au sud. On a prétendu avec assez de vraisemblance que les habitants de la zone tempérée furent les premiers à sortir de la barbarie. Plus près de l’équateur, l’homme vit au milieu de l’abondance sans souci ni travail, il n’éprouve pas le besoin d’améliorer son sort ; plus au nord, il ne subsiste qu’avec peine, la vie est une lutte pénible contre les éléments. Cette loi de nature s’est assez bien vérifiée dans l’ancien continent, où, depuis le massif central de l’Asie jusqu’au littoral de l’Atlantique, s’étale une large région ni trop chaude ni trop froide, uniformément fertile à peu d’exceptions près. Dès qu’une tribu, cantonnée dans cet espace, fut en possession des premiers instruments de civilisation, le feu, les métaux, dès qu’elle sut domestiquer les animaux utiles, cultiver la terre, elle eut aussi devant elle autant de place qu’il était besoin pour croître et se multiplier, pour s’étendre sans modifier les conditions de son existence. L’Assyrie, l’Égypte, l’Asie-Mineure, l’Europe méridionale tout entière, étaient à cet égard parmi les pays les plus favorisés du globe. En vertu de circonstances peu connues, les hommes qui vivaient sur les bords du Nil et de l’Euphrate surent les premiers labourer, construire des monuments durables, traduire leurs pensées par l’écriture. Dans la Gaule, en Italie, dans la vallée du Danube, des hommes de race différente, auxquels le sol et le climat n’étaient pas moins propices, empruntèrent à ces voisins du sud les connaissances qui leur manquaient. Pour les habitants primitifs de notre Europe, le bassin de la Méditerranée fut un foyer de lumières où tous profitèrent de l’expérience que les tribus les plus industrieuses avaient acquise. Ainsi la civilisation dont nous avons hérité passa tour à tour de l’Égypte en Grèce, de la Grèce en Italie, toujours plus brillante à mesure qu’elle s’avançait, et elle n’a eu de rivale en aucun lieu du globe. A une époque critique, elle fut mise en danger par un flot de barbares ; mais alors elle avait acquis assez de puissance pour leur résister, bien plus, elle les subjugua.
En Amérique, il en est autrement. Sous quel aspect s’y présente en effet la zone comparable, en latitude, au bassin de la Méditerranée ? C’est l’espace compris entre New-York et San-Francisco, où le continent offre le plus de largeur. Sur la côte atlantique, le climat est excessif, plus chaud en été, plus froid en hiver qu’il ne l’est dans l’Europe méridionale. Peut-être la rive gauche du Mississipi ne laisse-t-elle rien à désirer, — on verra plus loin qu’il y existe de nombreux vestiges d’une population industrieuse ; — mais la rive droite du grand fleuve n’est qu’une plaine d’une trop rigoureuse uniformité : au-delà vient la triste région des Lacs-Salés, puis des montagnes ; la fertilité ne reparaît plus que sur une bande étroite au long du Pacifique. Les découpures de notre littoral méditerranéen, le climat tempéré de notre Europe offraient bien d’autres ressources à des peuplades primitives. Celles-ci émigraient-elles vers le nord ou vers le sud, comme les y invitait la direction générale des cours d’eau, au nord elles abordaient des solitudes glaciales dont l’aspect n’a rien d’engageant, au sud apparaissait, entre les 30e et 35e degrés de latitude, une zone ingrate, assez semblable à ce que sont les steppes du Turkestan dans l’ancien monde. Au-delà, plus au sud, le climat redevient plus favorable, grâce à l’élévation du sol. Le magnifique plateau du Mexique se dresse à une altitude telle que la chaleur y est modérée malgré la proximité de l’équateur ; mais ce plateau est en quelque sorte une forteresse que limitent de droite et de gauche deux bandes malsaines de terres chaudes. Enfin, dans les provinces du Honduras et du Yucatan, le continent s’amincit, les montagnes s’abaissent, le sol est fécond autant qu’en aucun lieu du monde ; seulement la chaleur y est excessive, et la salubrité de l’air ne compense pas tout à fait ce désavantage. C’était là que la civilisation américaine devait s’épanouir, quoiqu’elle eut pu avoir aussi bien pour berceau le plateau de l’Anahuac, la vallée de l’Ohio ou celle du Sacramento.
Sans doute ces conditions physiques n’ont plus aujourd’hui qu’une influence restreinte, parce que l’homme blanc est armé de façon à lutter contre la nature elle-même. Aujourd’hui la condition de race a plus de puissance. La Suède, avec un sol ingrat et un climat sévère, est un des pays les plus cultivés de l’Europe ; l’Anglais prospère en Australie, où le noir indigène dépérit. L’Inde est aussi peuplée et produit autant que la plus riche province de la zone tempérée, en dépit du soleil tropical ; mais à l’origine il n’en fut pas ainsi. Les hommes primitifs, mal défendus contre les variations climatériques, en ont du subir l’influence à un degré que nous avons peine à concevoir. En outre, un continent trop compacte, entrecoupé de montagnes ou de déserts stériles, condamnait à l’isolement les tribus sauvages qui l’habitaient. Il n’y a pas d’exemple que la civilisation ait acquis un grand développement dans une lie au milieu de l’Océan, les circonstances naturelles y fussent-elles propices. Les peuples ne sortent de la barbarie que par le frottement qu’ils exercent les uns sur les autres. Dans l’Amérique septentrionale, il y avait comme des îlots où les nations vécurent à l’écart. Quoique les plus favorisées fussent parvenues dès le XVe siècle à un état social que les Espagnols admirèrent avec raison, aucune de ces civilisations natives n’a survécu. Bien plus, certains indices feraient croire que les peuples les plus civilisés avaient été écrasés longtemps avant l’arrivée de Christophe Colomb par une invasion de barbares, comme il serait arrivé dans le monde romain, si les Cimbres et les Teutons avaient triomphé de Marius cent ans avant Jésus-Christ. Si l’histoire avait été renversée dans l’un et l’autre hémisphère, peut-être un navigateur américain eût-il débarqué quinze cents ans plus tard sur quelque plage de la péninsule italique, et, sur le vu des ruines qu’il y eût aperçues, il aurait conclu que cette région avait appartenu jadis à une nation illustre, désormais disparue.
