L'Antarctique en héritage - Henri de Gerlache - E-Book

L'Antarctique en héritage E-Book

Henri de Gerlache

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Beschreibung

« Les souvenirs d’expéditions en Antarctique ont toujours bercé l’histoire de ma famille. Des images et des récits si familiers, et pourtant si lointains...

Je me suis alors hasardé à replonger dans la mémoire de ces hommes partis pour l’aventure, chacun à leur époque, dans ces régions glacées encore largement inconnues. En 1897 d’abord, avec l’expédition d’Adrien, mon arrière-grand-père marin, commandant de la Belgica, au cours de laquelle pour la première fois des hommes ont surmonté le terrible hiver antarctique. Et en 1958, avec son fils Gaston et l’aventure scientifique de la base Roi Baudouin, qui a permis à la Belgique de confirmer sa présence sur le continent banc et de compter parmi les pays qui ont convenu de dédier cette immense terre à la paix et à la science. »

En complément du film documentaire L’Antarctique en héritage, Henri de Gerlache retrace dans cet ouvrage l’intégralité de cette pérégrination, mêlant archives exceptionnelles et témoignages inédits.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE :

"Un livre passionnant." - La Dernière Heure

"Fascinant testament." - Paris Match

"Un magnifique livre, richement illustré et rempli d’anecdotes et d’histoires fantastiques." - Vers L’Avenir

"Henri de Gerlache rend un très bel hommage à ses ancêtres (...), ces aventuriers sans limites." - Guest

"Une passion pour l’Antarctique qui s’exprime à nouveau dans ce livre." - Le Soir

À PROPOS DE L'AUTEUR :

Henri de Gerlache est l’auteur et le réalisateur d’une vingtaine de documentaires depuis 1998. Dans des domaines aussi divers que la montagne, la musique classique, l’aventure et l’exploration ou la culture en général, ses documentaires ont tous été diffusés sur de grandes chaînes européennes (il collabore régulièrement avec Canal+ et Arte). Cofondateur d’Alizé Production à Bruxelles et d’Arctic Productions à Paris, il est également producteur.

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Seitenzahl: 140

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Henri de Gerlache est l’auteur et le réalisateur d’une vingtaine de documentaires depuis 1998. Dans des domaines aussi divers que la montagne, la musique, l’aventure et l’art, ses documentaires ont tous été diffusés sur de grandes chaînes européennes (il collabore régulièrement avec Canal + et Arte).

Cofondateur d’Alizé Production à Bruxelles et d’Arctic Productions à Paris, il est également producteur.

Adrien de Gerlache Explorateur polaire 1866-1934

Gaston de Gerlache Explorateur polaire 1919-2006

Non, non, pas acquérir. Voyager pour t’appauvrir. Voilà ce dont tu as besoin.

Henri Michaux

L’avenir rêvé d’alors, c’est le présent d’aujourd’hui. Mais quelle réalité n’atteignit jamais le doux éclat des rêves !

Adrien de Gerlache

Pour Alice…

Préface

Sur la plage de Gerlache

Je me souviens. Enfant, j’aimais les explorateurs et les explorations. Je voyageais par la pensée. Je menais mon bateau au bout du monde. Je filais par l’esprit jusqu’aux contrées polaires. Au Groenland. En Antarctique…

L’Antarctique… J’y suis aujourd’hui. Pour de bon ou pour de vrai, comme disent les gosses… Une baleine souffle. Notre bateau touche la péninsule. Les falaises gris-brun de Brown Bluff, l’île Devil, l’île Half Moon, l’île Cuverville… Cap sur la fabuleuse et bien nommée baie du Paradis . Et Port-Lockroy, d’où l’on peut envoyer une lettre aux bons soins de la poste britannique… Le chenal de Lemaire, avant l’île Petermann, Port-Necko et l’archipel Melchior… Glaciers sublimes, banquises blanc-bleu, mer de cobalt entre les icebergs, falaises plus noires et terrifiantes que les faces nord de l’Eiger ou des Jorasses… Et quel est le nom du détroit sur lequel nous naviguons ? Le détroit de Gerlache…

Adrien de Gerlache… J’avais une douzaine d’années quand j’ai lu le récit de l’expédition belge de la Belgica, en 1897-1899, avec ce commandant qui portait le même prénom que mon père (j’imaginais mon père à la passerelle du navire !), et son second lieutenant, le norvégien Roald Amundsen, le futur vainqueur du pôle Sud… Je me suis juré, à cette époque, que j’irais moi aussi en Antarctique. Pour y voir ce que les explorateurs y avaient contemplé. Pour en éprouver les sortilèges. Pour y jouir de la splendeur des plates-formes qui vêlent de monstrueux icebergs tabulaires… Un groupe de manchots à jugulaire, Adélie et papous gicle en surface et file vers la côte. Je comprends la raison de leur panique : un phoque-léopard les a pris en chasse – gueule écarlate et crocs aussi longs et acérés que ceux de son homonyme de la savane !

Un zodiac est à l’eau… Nous slalomons entre les blocs gelés qui ressemblent à des maisons de conte. Nous touchons quelques rochers râpés par l’érosion, sur lesquels se réfugient les manchots et se perchent des goélands, des cormorans, des skuas au bec crochu et des chionis immaculés. Je marche sur ces minéraux que domine un glacier. Je suis sur l’île Orne. Très précisément sur ce que les cartes marines appellent la « plage de Gerlache »… Ni sable, ni cocotiers : le minéral, la glace et l’eau de mer. Avec cette obsédante et délicieuse idée que, tant d’années après, j’ai mis mes pas dans les pas de l’explorateur.

Là… Je sais que c’est un rêve – le fruit de mon imagination restée puérile. Mais je ne puis m’empêcher de supposer que cette marque dans la roche, c’est l’empreinte du soulier d’Adrien de Gerlache, le héros qu’enfant j’associais à la figure de mon père, et avec l’arrière-petit-fils duquel il m’est arrivé de me balader sur d’autres sentiers sauvages…

Le livre que voici raconte l’histoire d’une famille d’exception. Je veux dire à son auteur, Henri de Gerlache, qu’il a bien de la chance d’en incarner l’héritier génétique et spirituel. La lignée des Adrien n’en aura, en tout cas, jamais fini de rêver des deux pôles !

Yves Paccalet

Avant-propos

Là où le cinéma s’arrange pour toujours générer du fantasme et du mystère – pouvoir de séduction de la salle obscure –, le documentaire dérange par sa capacité à explorer le réel et à offrir un miroir parfois déformant de notre propre existence. Un documentaire agit comme un album photo de famille que l’on redécouvre, savant mélange du mystère des visages cadrés à un moment précis et de la joie de se voir vivre encore.

Et tandis que le reportage contient quelque chose d’industriel, le documentaire est encore l’un des rares métiers de l’audiovisuel à toucher au métier d’artisan. Un vrai luxe, puisque c’est essentiellement le temps qui fait la différence. Le stagiaire doit faire vite pour grimper les échelons du système. L’apprenti, lui, continuera à s’initier tout au long de sa vie : il patiente. On ne mesure pas assez la chance de pouvoir (ap)prendre chaque instant quand on filme le réel. C’est peut-être encore plus inédit quand on s’attache à une histoire proche, à celle de sa propre famille. Ma famille et plus précisément mes grands-pères se sont rendus célèbres par leur engagement, chacun à leur époque, dans la région sans doute la plus inhospitalière du globe : l’Antarctique.

Il y eut tout d’abord mon arrière-grand-père Adrien, qui organisa la première expédition scientifique en Antarctique en 1897. À bord de la Belgica, scientifiques, officiers et matelots furent les tous premiers hommes à surmonter l’hiver polaire et leurs découvertes scientifiques firent le tour du monde. Le fils d’Adrien, mon grand-père Gaston, prit le relais soixante ans plus tard en créant la première base belge de recherche en Antarctique, la base Roi Baudouin. Depuis, toute la famille est empreinte de cette image de « grands explorateurs du froid » et, même si j’eus parfois préféré qu’ils explorent des contrées de soleil et de palmiers, leur extraordinaire engagement dans la découverte de l’Antarctique a permis à notre pays d’avoir un rôle à jouer parmi les grands de ce monde dans l’avenir de ce continent de quatorze millions de kilomètres carrés.

Souvent, je me suis questionné sur la raison profonde qui poussa ces hommes à se rendre dans des contrées aussi inhabitables et lointaines. L’attirance pour l’inconnu, la soif de découvertes, la recherche de sensations fortes ou le besoin d’horizons lointains…? Rien de tout cela ne me paraissait assez crédible ou suffisant, jusqu’à ce que je puisse à mon tour voyager et constater que la sensation de liberté que suggère le départ contient en soi un début d’explication : plus l’inconnu est grand et le voyage lointain, plus cette sensation de liberté s’accroît… Une émotion particulière qui existe pour tous ceux qui s’en vont.

Aventurier en herbe, explorateur chevronné, marcheur de grands chemins, abonné au club de vacances en plein air ou simple promeneur du dimanche : l’important, c’est l’émotion du départ, le bonheur de se sentir nouveau-né au monde puisque, sur la route, tout devient possible.

Et si le choix s’est porté sur l’Antarctique, ce n’est pas tant qu’Adrien rêvait d’avoir très froid mais que, justement, ces mers d’au-delà du cercle polaire étaient encore à découvrir. C’est vrai, comme disait l’autre, que le désir de voyage chez les marins, c’est pire : il y a les vivants, les morts, et puis ceux qui vont en mer. Cette catégorie d’apatrides, proche des artistes, éternels voyageurs, qui se lancent à la recherche d’horizons neufs, de flots vierges, d’aventures extraordinaires et de découvertes inénarrables, sont insatiables.

Ils ne peuvent s’arrêter de naviguer, au risque de sombrer à jamais sur la terre. Le véritable marin aura toujours une histoire de voyage à raconter et, même si l’on doute parfois de la véracité de l’aventure, on sait bien que chez eux plus qu’ailleurs, il n’y a pas de vérités, il n’y a que des histoires…

Gaston

Ma petite histoire à la (re)découverte de l’aventure familiale commence chez mon grand-père Gaston. Il a toujours vécu dans une jolie propriété dans le petit village de Mullem, en Flandre orientale, avec sa femme surnommée Lily. Au bout du hall de la maison, un long couloir mène au vestiaire puis au bureau de Gaston. Mes grands-parents ont toujours eu des « bureaux » bien à eux dans leur maison et j’y vois aujourd’hui comme un lieu de retraite pour chacun – le jardin secret indispensable au couple, diraient les psychologues –, un des nombreux savoir-vivre de nos grands-parents qui ont traversé le vingtième siècle à deux.

Juste l’inverse de celui de sa femme, le bureau de Gaston est de facture plutôt austère et bien rangé, en bois clair et à l’odeur sucrée du tabac de pipe. Des photos de navires au large ornent les murs à côté de grandes cartes du continent antarctique et de personnages sépias du siècle dernier sous cadre. Une impressionnante bibliothèque polaire couvre un pan de mur entier. C’est toujours dans son bureau que Gaston reçoit lorsqu’ il s’agit d’affaires importantes. Enfants, nous étions parfois conviés dans cet antre pour recevoir un cadeau symbolique ou entendre une recommandation particulière. Rituel sobre mais efficace, puisque nous avons tous été impressionnés par ce lieu et la figure de grand-père.

Je décide ce matin d’aller le voir, de lui parler de ce projet de film sur la famille et de lui expliquer comment j’ai accepté de prendre celui-ci en charge. Gaston refuse toutes les interviews depuis quelques mois, il se méfie comme toujours des journalistes, des propos hâtifs qu’ils peuvent tenir et qui lui ont valu quelques malheureuses affaires. Vu son grand âge, il se méfie aussi de lui-même, de n’avoir pas la mémoire assez vive pour me relater ses aventures et celles de son père.

Il me reçoit dans son bureau, perd peu de temps en bavardages, me demande presque aussitôt ce que j’attends précisément de lui, ajoute qu’il ne se sent plus très capable d’être interviewé, mais qu’avec son petit-fils, c’est différent et qu’il accepte bien volontiers… Ces quelques mots m’indiquent clairement la valeur de la faveur qu’il me fait.

Je comprends que je suis devenu à ce moment précis un témoin privilégié pour raconter l’histoire de la famille à une quatrième génération. Peut-être entrevoit-il enfin l’occasion par mon intermédiaire de prendre le temps qu’il faut pour intéresser ses dix-huit petits-enfants dispersés à l’aventure antarctique… Quoiqu’il en soit, je ressens à cet instant une responsabilité de lui avoir fait cette demande, d’autant que ma grand-mère, qui le connaît comme personne, me glisse d’une voix toujours inspirée : Henri, il faut faire vite… En avant la musique !

Les conseils d’une grand-mère méritent toujours une oreille attentive. Le rendez-vous est donc fixé à une semaine plus tard, juste le temps de reporter de quelques jours un voyage prévu pour un tournage au Ladakh, de trouver la petite équipe qu’il faut pour filmer et de me rafraîchir la mémoire, en commençant par relire attentivement Retour dans l’Antarctique, le livre de Gaston, que je ne suis même pas certain d’avoir parcouru entièrement.

Ce qu’il y a de plus familier est paradoxalement ce qu’il y a de plus lointain, comme si la famille contenait quelque chose de profondément encombrant dont il vaut mieux d’abord se débarrasser avant d’en retrouver l’essence. Jamais je n’aurais imaginé me retrouver un jour dans cette étrange situation de faire un film sur mes ancêtres, tant cela me semblait si loin et si proche à la fois.

En préparant ces quelques journées de tournage, je pense souvent à l’histoire de ce documentaire tourné récemment dans l’abbaye de la Grande Chartreuse et intitulé Le Grand Silence. Le réalisateur, voisin d’enfance de l’abbaye, avait écrit à l’Abbé supérieur pour lui demander la permission de venir filmer la vie des moines et d’en faire un documentaire. La lettre est restée sans réponse pendant dix longues années, puis, un beau jour, le réalisateur reçut une réponse précisant que la communauté avait bien reçu sa demande et qu’après mûre réflexion, elle l’acceptait, sous les conditions suivantes : pas de lumière additionnelle à celle que pourvoient la nature et le lieu, pas de musique autre que celle des moines et de la nature environnante et pas de personne autre que lui pour venir filmer et avec une caméra seulement…

Sans faire d’excessives introspections, je perçois l’aventure filmique que je m’apprête à vivre comme un glissement naturel après dix années de pratique du métier. Comme s’il avait fallu se forger une identité multiple avant de pouvoir accepter ses propres racines avec la distance nécessaire. Sans révolte adolescente, ni fougue aveugle.

Je choisis d’organiser cette entrevue filmée de manière simple et discrète. Ne pas vouloir créer une image juste, mais juste une image. De petites caméras, peu de lumières et un ami opérateur, Pierre Haelterman, compagnon de cordée depuis de nombreuses années, que Grand-père connaît également.

Nous sommes le 3 juin 2006. Je me retrouve face à un grand-père inquiet de vouloir bien faire : raconter avec justesse à ses enfants ce qu’il a vécu. Je suis évidemment touché et presque intimidé de tant de précautions à mon égard et je tente autant que possible de détendre l’atmosphère en créant, avec Pierre, une ambiance intimiste, propice à la conversation. Nous fermons les rideaux du bureau. Seuls quelques rayons de lumière viennent éclaircir la pièce par endroits. Le manchot empaillé est placé à côté de Grand-père et moi en face. Derrière lui, une rose solitaire, placée par ma grand-mère, apporte au cadre la tonalité qu’il manquait.

La conversation filmée commence, dans un joyeux désordre, avec des silences, quelques essoufflements, un peu de tenue de circonstance, beaucoup de sincérité et de rares absences.

Voici en substance, par extraits, et agrémenté de quelques commentaires, ce que nous nous sommes dit pendant ces trois belles journées d’entretiens.

Henri de Gerlache : Comment vous est venue l’idée d’organiser l’expédition de 1957 ?

Gaston de Gerlache : Elle est venue toute seule, je dois dire. Et presque sans que je m’en aperçoive. En ce sens que j’ai eu pendant plusieurs mois une personnalité dédoublée. L’une, dubitative, qui observait l’autre, confiante. Et puis, au fur et à mesure que le projet prenait corps, c’est-à-dire lorsque la décision de m’accorder un subside approchait, j’ai fini par y croire, avant d’y croire tout à fait.

HdG : Est-ce quelque chose que vous attendiez depuis longtemps ? Attendiez-vous 1957 pour organiser une expédition en Antarctique ?

GdG : Je n’attendais certainement pas 57. Cette Année Géophysique Internationale(1) fut un stimulant. Mais je ne l’ai pas attendue. Je ne savais pas qu’elle allait arriver. Et c’est à mesure que je m’intégrais dans le projet que je me suis dit : pourquoi ne pas la commander moi-même, cette expédition ? Je me suis alors présenté non plus comme Gaston de Gerlache, mais comme Gaston de Gerlache, chef de la future expédition antarctique belge.

HdG : L’idée vous est venue assez naturellement ?

GdG : C’est cela. Pourquoi ai-je fait ces démarches, pourquoi me suis-je intégré dans le projet ? C’est parce que je voyais autour de moi, autour de notre pays, des pays qui envisageaient d’établir une base polaire pour cette Année Géophysique Internationale et je remarquais que ces pays avaient tous une tradition polaire. D’où ma question première : pourquoi nous, Belges, qui avons une tradition polaire aussi importante que d’autres pays, ne faisions-nous rien ? Nous devions faire quelque chose !

HdG : C’était donc quelque part un devoir de mémoire.

GdG : Un devoir de mémoire familial pour une part, mais également un devoir de mémoire national.

Bien sûr, soixante ans après l’expédition d’Adrien, le monde a changé, tout comme les enjeux scientifiques. Nous sommes en 1957, en pleine guerre froide, et, malgré tout, un ensemble de nations, États-Unis et URSS en tête, décident d’unir leurs forces pour faire de l’Antarctique un immense laboratoire de recherche commune. L’objectif principal consiste à mieux connaître l’atmosphère et de progresser en météorologie depuis les différentes bases dispersées sur tout le continent. Gaston, à 38 ans, en pleine force de l’âge, même s’il n’a pas attendu 1957 pour vivre, pressent bien que c’est le moment idéal pour lui de se lancer dans l’aventure antarctique. Une décision presque inconsciente, puisqu’il n’entrevoyait certainement pas l’ampleur du travail à accomplir. Qu’importe, l’occasion était trop belle et le devoir passionnant. L’occasion aussi pour lui de se rapprocher de son père qu’il avait si peu connu, mais surtout de perpétuer un héritage qui était devenu celui d’un pays tout entier.

HdG : Il a fallu choisir des hommes. Cela n’a pas dû être facile.

GdG : Il a fallu choisir des hommes, oui, et une équipe. Celle-ci a été choisie en fonction du programme à réaliser. J’ai donc dû trouver des spécialistes dans les différents domaines concernés. Il fallait une équipe météo forte parce que, dans le programme de l’Année Géophysique, la partie météorologique était très importante. Dans chaque base, il y avait des équipes météorologiques de haut niveau. Pour cela, j’ai eu la chance d’avoir le soutien du Wing Météo de la Force aérienne.

HdG : Quelles étaient les grandes lignes du programme ?

GdG : Essentiellement l’étude des sciences de la haute atmosphère. Et tout ce qui était relatif à la haute atmosphère devait nous intéresser et devait avoir de notre part une réponse.

HdG : C’est un sujet qui vous intéressait déjà avant de vous engager dans cette expédition ou vous l’avez découvert en préparant celle-ci ?