L' arrogant - Catt Ford - E-Book

L' arrogant E-Book

Catt Ford

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Beschreibung

Cody Grainger  et Johnny Arrow se sont rencontrés dans l'arène, mais le lien qui les unit va bien au-delà de la simple confiance professionnelle. Passionnément amoureux l'un de l'autre, ils doivent faire face à la discrétion que leur impose le milieu macho du bull riding, et au danger constant de leur métier. Les obstacles semblent se multiplier entre eux et leur relation est mise à rude épreuve. Le plus gros obstacle ? Leur différence d'âge, dix ans les séparent. Cody n'a qu'une idée en tête, gagner les championnats du monde de bull riding avant la retraite. Frustré par son obsession envahissante, Johnny le quitte et, désespéré, Cody perd le goût de la compétition. Séparés l'un de l'autre, ils réalisent peu à peu l'étendue de leur amour, mais leur fierté les retient et pourrait bien avoir raison d'eux… 

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Seitenzahl: 599

Veröffentlichungsjahr: 2016

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L’arrogant

Par Catt Ford

Cody Grainger et Johnny Arrow se sont rencontrés dans l’arène, mais le lien qui les unit va bien au-delà de la simple confiance professionnelle. Passionnément amoureux l’un de l’autre, ils doivent faire face à la discrétion que leur impose le milieu macho du bull riding, et au danger constant de leur métier. Les obstacles semblent se multiplier entre eux et leur relation est mise à rude épreuve.

Le plus gros obstacle ? Leur différence d’âge, dix ans les séparent. Cody n’a qu’une idée en tête, gagner les championnats du monde de bull riding avant la retraite. Frustré par son obsession envahissante, Johnny le quitte et, désespéré, Cody perd le goût de la compétition. Séparés l’un de l’autre, ils réalisent peu à peu l’étendue de leur amour, mais leur fierté les retient et pourrait bien avoir raison d’eux….

Table des matières

Résumé

Dédicace

PETIT LEXIQUE DU BULL RIDING :

I. Une virée d’enfer

II. Retour au bercail

III. Parler de taureaux

IV. Alors comme ça, tu veux faire du bull riding, petit

V. Val et Johnny

VI. En Selle

VII. L’entrée dans l’arène

VIII. Tout le monde descend

IX. Vern

X. Le Passage à l’Acte

XI. Bobby Blue Mord La Poussière

XII. Sœur Christian

XIII. Le Charme de l’Expérience

XIV. La Chute

XV. Se Remettre en Selle

XVI. Se Relever Plus Fort

XVII. Le Vent a Tourné

XVIII. La Victoire

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Biographie

Par Catt Ford

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Droits d’auteur

Ce livre est dédié à tous les écarteurs qui risquent leur vie dans l’arène à chaque compétition pour protéger les riders. Je ne sais pas qui des deux est le plus fou.

PETIT LEXIQUE DU BULL RIDING :

Arène : Le bull riding (littéralement, « monte de taureau ») est une forme extrême de rodéo à dos de taureau, qui se déroule généralement dans une arène sportive, derrière des barrières de sécurité en métal d’environ deux mètres de haut. À une extrémité de l’arène, un commentateur sportif est installé dans une tribune depuis laquelle il énonce les scores, et à l’autre bout, un échafaudage en métal sur deux étages abrite les équipes de télévision, au-dessus des cages de contention. Souvent, un reporter est posté au pied des cages pour prendre les témoignages des riders qui entrent et sortent de l’arène.

Bras libre : Le bras du rider qui ne tient pas la corde et qui l’aide à épouser les mouvements de cabrage du taureau et à garder l’équilibre. Si ce bras touche le taureau, le rider est disqualifié.

Bonne main : Lorsque le taureau tourne dans le sens de la main directrice du rider.

Bull rope : Épaisse corde tressée, enduite de résine aux points de saisie, qui harnache le taureau et que le bull rider tient par sa main gantée. Une cloche y est traditionnellement attachée, elle sert de poids pour faciliter sa chute lorsque le rider la lâche avant de descendre.

Bullfighters : Aussi appelés écarteurs. L’équipe d’athlètes entraînés pour distraire le taureau et assurer la sécurité du rider. Leur rôle est d’attirer l’attention du taureau et de l’écarter coûte que coûte. Ils sont les « anges gardiens » de l’arène et sont prêts à tout pour protéger leur rider et les autres membres de leur équipe.

Cage à requins : Une cage en métal circulaire au milieu de l’arène, dans laquelle une équipe de télévision est installée pour filmer le cœur de l’action. Le clown ou la mascotte peuvent s’y réfugier si besoin.

Cages de contention : Les box en métal dans lesquels les riders harnachent le taureau avant d’être lâchés dans l’arène. Elles sont généralement au nombre de six, et les riders se préparent chacun leur tour. La personne responsable de l’ouverture des cages de contention doit attendre le signe de tête du rider.

Challenge : Si un rider pense qu’il y a faute ou que le chronomètre a mal fonctionné, il peut appuyer sur un bouton rouge appelé “ le bouton challenge ”. Si le challenge est refusé, le rider devra payer une pénalité de 500 dollars.

Changement de cap : Lorsqu’un taureau opère un changement complet de direction, de l’avant vers l’arrière, ou de la droite vers la gauche.

Claque : Si un rider claque le taureau avec sa main libre, il est automatiquement disqualifié.

Coriace : Un taureau particulièrement violent et difficile à monter, mais pas nécessairement un diable.

Cowboy : Un homme à cheval qui vient en aide aux écarteurs lorsqu’ils sont en difficulté avec un taureau trop violent.

Couvert : On dit d’un taureau qu’il est couvert lorsque le rider est parvenu à tenir sur son dos pendant les huit secondes requises.

Être dans le siphon : Lorsqu’un taureau se cabre et se met à tourner sur lui-même, et que le corps du rider est emporté sur le côté par la force centrifuge.

Déclencher le sifflet : Une alarme (généralement un coup de sifflet) retentit si un rider tient les huit secondes sans tomber, ou s’il commet une faute.

Diable : Un taureau violent qui charge systématiquement la moindre personne dans l’arène.

Directeur d’élevage : Le directeur d’élevage travaille en étroite collaboration avec les éleveurs pour choisir et présenter les meilleurs taureaux à chaque compétition.

Disqualification : Un rider peut être disqualifié si : 1) il touche le taureau de sa main libre 2) lâche la corde 3) un éperon reste coincé dans la corde à la sortie de la cage de contention.

Éleveur : Des éleveurs indépendants sélectionnent scrupuleusement, achètent, élèvent et entraînent des taureaux spécialement pour les compétitions de bull riding.

Encornage : Lorsqu’un taureau projette une personne à la force de ses cornes.

Équipement de sécurité : Les riders portent un gilet de sécurité, sorte de veste renforcée et matelassée. Le port du casque n’est pas obligatoire, les riders ayant besoin de leur vision périphérique. Ils portent en revanche souvent un chapeau de cowboy.

Finales : Le pointage s’étend sur l’année entière, à l’issue de laquelle les quarante meilleurs riders (et suppléants) se rendent aux finales du Championnat du Monde de bull riding.

Gant de protection : Le rider porte un épais gant de cuir à sa main directrice afin de se protéger d’éventuelles brûlures avec la corde.

Huit secondes : Pour se qualifier, un rider doit tenir au minimum huit secondes sur le dos d’un taureau lâché dans l’arène. Le chronomètre se déclenche lorsque l’épaule du taureau a franchi le portail de la cage et s’arrête au coup de sifflet marquant les huit secondes, ou s’il y a faute, ou s’il y a chute du rider. Le chronomètre peut continuer même si le rider a glissé jusque sous le taureau ; un rider est en lice tant qu’il n’a pas lâché la corde et n’est pas tombé au sol.

Jury : Quatre juges ont pour rôle d’évaluer les taureaux et leurs riders. Le taureau reçoit toujours des points, même si son rider tombe. Les critères de jugement du taureau sont la qualité de sa performance et l’intelligence avec laquelle il tente de désarçonner le rider. Les riders, quant à eux, sont jugés sur leur technique et leur contrôle, mais ne gagnent de points que s’ils tiennent huit secondes. Un bon usage des éperons peut valoir des points supplémentaires.

Lâché : C’est le propriétaire du taureau qui décide si les portes du box seront ouvertes à gauche ou à droite pour le lâché d’un taureau. Certaines bêtes performent mieux d’un côté que de l’autre.

Main directrice : Il s’agit de la main que le rider utilise pour tenir la poignée en cuir renforcée sur la corde tressée qui harnache le taureau.

Maltraitance interdite : Seuls les éperons émoussés sont autorisés. Les riders ne doivent recourir à l’usage des éperons que pour diriger le taureau, l’éperon ne doit jamais blesser.

Mauvaise main : Expression utilisée lorsqu’un taureau se cabre dans la direction opposée à la main directrice du rider.

Mettre pied à terre : Pour descendre de taureau après le coup de sifflet des huit secondes, le rider doit attraper la corde avec sa main libre, libérer sa main directrice de la poignée renforcée en cuir en gardant son équilibre, et se débrouiller pour descendre le plus prudemment possible.

Mule : Un taureau sans corne.

Pointage : Le taureau et le rider sont tous deux jugés sur leur performance, ils peuvent chacun gagner 50 points, le score maximal étant de 100 points. Il est dit que personne n’a jamais atteint ce score, mais certaines légendes réfutent cette information.

Points bonus : Les vainqueurs de chaque manche et de la compétition entière remportent des points bonus et une somme d’argent supplémentaire.

Portier : Le portier est posté dans l’arène et son rôle est d’ouvrir la porte de la cage de contention le plus vite possible après le signal du rider.

Qualifications : Chaque compétition permet, dans un premier temps, plusieurs passages aux riders. Durant cette première épreuve, ils accumulent des points pour se qualifier et accéder à la finale. Il peut y avoir jusqu’à quinze finalistes.

Rejet : Lorsqu’un rider est éjecté du taureau avant les 8 secondes réglementaires et ne marque aucun point.

Sangle latérale : Il s’agit de la corde lâchement nouée autour des hanches du taureau pour créer l’illusion qu’il peut s’en défaire facilement. Cette corde ne doit jamais toucher les parties génitales du taureau ; s’il est blessé, le rider ne percevra pas de quote-part à la vente du taureau après sa retraite.

Seconde monte : Dans certains cas, les juges peuvent décider d’accorder une seconde monte à un rider (par exemple : en cas de désaccord sur une faute, si un taureau se coince dans la cage à sa sortie, s’il est évident qu’un taureau n’est pas du tout performant ce jour-là, etc.)

Suspendu : Lorsque la main conductrice d’un rider reste prise dans la corde pendant une chute, on dit qu’il est suspendu. Le taureau traîne alors le corps du rider jusqu’à ce qu’il parvienne à se libérer ou que les écarteurs le fassent pour lui.

Tirage au sort : Le rider et le taureau de chaque paire sont tirés au sort, sauf lors des finales, durant lesquelles les riders peuvent choisir leur taureau sur une liste qui leur est fournie.

Virée : Expression employée pour parler d’une montée.

I. Une virée d’enfer

TOUJOURS LE même rituel. L’accélération progressive de son rythme cardiaque, le métal gelé de la barre de sécurité sous la paume de sa main, les spasmes de la bête agitée sous ses jambes serrées, l’étreinte de la corde autour de sa main gantée. Il fit un signe de tête au portier.

À l’ouverture de la cage, le taureau s’élança aussitôt dans l’arène en se cabrant violemment dans tous les sens, projetant l’arrière de son corps haut dans les airs avec une force phénoménale. La montée d’adrénaline familière l’envahit et le monde se mit à tourner au ralenti. C’était une expérience unique, incomparable. Cette sensation enivrante de ne plus rien peser, mais d’être tout puissant, de posséder une force herculéenne, mais d’être en apesanteur. Il allait gagner, il le savait déjà. Son corps épousait les ruades de l’animal avec souplesse, son équilibre était parfait. Le taureau s’excitait, il irradiait de colère. Il pouvait presque sentir la rage vibrer le long de sa colonne vertébrale, juste sous ses cuisses, mais rien ne pouvait le déstabiliser en cet instant.

Il était si concentré que pas même la clameur de la foule en délire ne lui parvenait, ni le bruit lancinant du gigantesque chronomètre. Il n’en avait pas besoin. L’égrènement effréné des centièmes de secondes de son horloge interne résonnait dans sa tête. Il savait déjà que, une fois encore, il allait remporter l’ancestral combat entre l’homme et l’animal.

Le défi mental et physique de l’épreuve, ces huit secondes d’hyper-vigilance, suivies de l’explosion d’endorphines après la victoire, étaient chaque fois si intenses que son corps lui semblait trop petit pour tout contenir.

Il prit lentement conscience des écarteurs qui se rapprochaient pour encercler méthodiquement le taureau. Le temps reprit son cours à une vitesse normale. Il était temps pour lui de descendre. Il tira sur la corde de sa main libre pour libérer l’autre, mais en se penchant pour l’attraper, il se retrouva pris dans le siphon et la gravité le fit tomber avant qu’il ne puisse détacher complètement sa main gantée. Heureusement, il tomba du bon côté, ce qui lui laissa la possibilité de se tenir tant bien que mal sur ses pieds et lui évita de se démettre l’épaule. Le taureau se débattit pour se débarrasser du poids encombrant qui le déséquilibrait désormais sur son flanc gauche.

Il tira désespérément sur la corde, mais rien n’y fit. Son gant était coincé. Un mouvement dans l’arène attira l’attention du taureau. Profitant de cette diversion, l’écarteur le plus proche s’approcha de l’autre côté, se saisit de la corde et le libéra avec des gestes rapides et efficaces. Il sentit aussitôt la tension dans les muscles de son épaule se relâcher, mais au même moment, le taureau se cabra violemment, l’envoyant valser dans les airs à une hauteur impressionnante. Il s’autorisa un sourire impie en direction de la foule qui retenait son souffle, avant de se mettre en position fœtale pour rouler et amortir le choc à l’atterrissage. Avant même de toucher le sol, il sut que la chute allait être rude. L’angle et la vitesse ne jouaient pas en sa faveur. Il heurta douloureusement le sable de l’arène et roula sur plusieurs mètres comme une poupée de chiffon, avant de s’immobiliser sur le dos.

Il était vivant. Il sourit comme un dément en regardant le ciel, puis réalisa très vite qu’il n’avait pas roulé assez loin et que le taureau en colère était trop près. Encore sonné par sa chute, il tourna la tête et aperçut comme au ralenti les sabots noirs et brillants de l’animal qui laissaient à chaque foulée dans le sol des indentations profondes et tranchantes. Il songea distraitement qu’il n’existait sans doute aucune veste de protection au monde qui puisse le protéger contre cela.

Quelques secondes plus tard, il recouvrit progressivement ses esprits et roula à toute vitesse sur le côté pour s’éloigner. Un nouveau mouvement quelque part dans l’arène attira l’attention de l’animal et il en profita pour bondir sur ses pieds et courir à toute vitesse jusqu’à la barrière de sécurité. Il se hissa par-dessus et retomba lourdement de l’autre côté, au moment exact où le taureau se jetait contre la rambarde avec une violence incroyable qui fit trembler toute la structure. Une seconde de plus et il se faisait écraser comme un vulgaire insecte. La voix de Johnny qui criait des ordres dans l’arène perça le voile de sa transe, et lentement, les bruits du monde lui revinrent. La foule scandait son nom : « Cody ! Cody ! ». Une jolie fille avec un tee-shirt noir moulant, assise au premier rang dans les gradins juste derrière lui, attrapa son visage entre ses mains pour l’embrasser avec enthousiasme. Cody sourit malicieusement et lui rendit son baiser, avant de grimper à nouveau par-dessus la barrière de sécurité pour sauter dans l’arène vide. Dans sa tribune, le commentateur était extatique.

— Et ceci, Mesdames et Messieurs, c’est exactement ce qui fait de Cody Grainger un rider spectaculaire ! 90 points sur un coriace plus que coriace ! Excellente saison pour Grainger, qui n’est pas descendu une seule fois sous la barre des 90 points depuis dix compétitions ! C’est le chômage qui guette les éleveurs de la région, à ce rythme, avec Grainger, même les taureaux les plus féroces ont l’air de gentilles vaches à lait ! Cody Grainger semble en excellente voie pour remporter ce championnat pour la deuxième année consécutive, une première dans l’histoire de cette compétition. Une chose est sûre, avec les points qu’il a accumulés, nous retrouverons immanquablement Grainger pour les finales de Las Vegas en octobre prochain !

La foule dans les gradins lui souriait comme s’il venait de sauver le monde. Des dizaines de personnes se pressaient contre la barrière en tendant les bras entre les barreaux pour le toucher. Cody avait du succès, il était le coup de cœur du public, et il le savait. Il tapa dans les mains des enfants surexcités avec son sourire en coin caractéristique, puis se tourna vers le tableau des scores.

90 points.

Il était au sommet de sa gloire.

— Pas mal pour quelqu’un qui est censé se remettre de sa dernière commotion cérébrale, le félicita malicieusement l’un des écarteurs qui lui rapportait sa corde.

Il la lui lança et Cody l’attrapa au vol d’une seule main. Il l’enroula soigneusement entre son coude et sa main.

— Merci, Reese, répondit-il avec un clin d’œil. Ce n’était qu’une toute petite, petite commotion, tu sais.

— Sérieusement, virée d’enfer Cody, c’était impressionnant, insista Reese en lui tapant amicalement dans le dos avant de rejoindre le reste de son équipe à la sortie des cages de contention.

Jinks, le clown qui amusait la foule entre chaque passage, s’approcha de lui avec un large sourire, souligné par la bouche rouge surdessinée autour de la sienne.

— Alors, comment c’est, la vie de star ?

— Je n’ai pas à me plaindre, répondit Cody dans une petite moue faussement modeste, en cognant son poing contre celui de Jinks. Et la vie dans la cage à requins ? Qu’est-ce que ça donne ?

Jinks fit un petit pas de danse, suivi d’un salut avec son chapeau ridicule.

— Si tu veux mon avis, c’est mieux que sur le dos de cette sale bête à cornes, chacun son truc.

Cody ricana et s’en alla rejoindre la sortie des cages en marchant avec prudence. L’un des gars de l’équipe médicale le repéra et vint à sa rencontre.

— Pas d’étourdissement ? demanda-t-il en attrapant son visage sans cérémonie pour examiner ses yeux. Tu as mis du temps à te relever de cette chute, pas de perte de connaissance ? Est-ce que tu as mal à la nuque ?

— Non, non, et non, répondit patiemment Cody. Rien de tout cela, tout va bien.

Il retira le casque de sécurité qu’il avait été forcé de porter à cause de sa commotion et récupéra son Stetson. Il voulait voir les derniers participants passer, juste pour s’assurer qu’aucun d’eux ne battrait son score. Le bull riding pouvait être aussi hasardeux que la roulette au casino. Un jour, on était champion, et le lendemain, on pouvait tout perdre. Dans le micro, le commentateur n’avait pas perdu son enthousiasme.

— Petit rappel des règles de la Fédération Nationale de Bull riding pour nos amis néophytes qui sont peut-être venus voir leur toute première compétition aujourd’hui ! Pour se qualifier, un rider doit tenir huit secondes sur son taureau. Le jury, composé des merveilleuses personnes que vous voyez assises à l’autre bout là-bas, doit attribuer une note sur 50 au taureau et une autre note sur 50 au rider, s’il a tenu ses huit secondes, pour une note totale sur 100 points ! Le score le plus haut jamais enregistré par la FNB est de 96,5. 30 riders sont aujourd’hui en lice, mais seuls les 10 meilleurs seront qualifiés pour la finale de demain ! Pour l’instant, c’est bien sûr Cody Grainger qui mène, avec son score de 90, mais rien n’est joué, et la concurrence est rude parmi les riders restants ! Dans un instant, c’est au tour du brésilien Juca Matos de faire ses preuves. Rappelons que Matos talonne Grainger de très, très près depuis le début de la saison. Ce rider est réputé pour la constance inébranlable de ses notes, rares sont les chutes avec lui. Et pendant qu’il se prépare, je vous propose de revoir en image la performance à couper le souffle de Cody Grainger !

Cody releva les yeux vers les écrans géants et observa attentivement son passage. En revoyant les images, il s’étonna lui-même d’avoir tenu huit secondes sur cette bête en furie. Il était même parvenu à jouer de l’éperon sur sa jambe extérieure, ce qui expliquait sans doute en partie son excellente note. Il grimaça en se voyant tomber du taureau et rester accroché comme une vieille serviette à la fenêtre d’un véhicule lancé à toute vitesse. Son cœur cessa de battre lorsqu’il aperçut Johnny, l’un des écarteurs, se jeter sur la trajectoire de l’animal, puis être encorné et projeté dans les airs comme s’il ne pesait rien. Les caméras suivirent son vol plané, puis Johnny atterrit dans un saut périlleux parfaitement exécuté et retomba sur ses pieds avec une grâce féline, avant de se précipiter à nouveau sur le taureau sans hésiter une seconde. Dans un synchronisme parfait avec la diversion du reste de l’équipe, il s’accrocha par surprise à son flanc droit et décoinça la corde de Cody en quelques secondes à peine.

Le public poussa un nouveau cri d’effroi en revoyant Cody atterrir et manquer de se faire piétiner. Puis Johnny plongea de nouveau entre le taureau et lui, flanqué de deux autres écarteurs. L’économie et l’efficacité de leurs gestes sur l’écran géant traduisaient avec justice la mécanique parfaitement huilée de leur travail, et en une minute à peine, ils avaient redirigé l’énorme animal en colère vers la porte de la cage. Sans la réactivité et le courage de Johnny, Cody aurait été réduit en bouillie. Cette seule pensée faisait se dresser ses cheveux sur sa nuque, mais c’était le risque que prenaient tous les riders chaque fois qu’ils entraient dans l’arène.

Juca Matos apparut à l’écran, il était en train de s’installer dans la cage de contention. Cody prit une grande inspiration et scanna les alentours du regard à la recherche de Johnny. Il le repéra facilement avec le gilet rouge de son uniforme. Lui et le reste de l’équipe étaient en train de se positionner pour le passage du prochain rider. Soulagé de le voir sain et sauf, Cody lui fit un signe de tête et un geste de la main, le cœur au bord des lèvres en repensant aux risques terribles qu’il avait encore pris pour assurer sa sécurité. À chaque compétition, Johnny risquait sa vie pour lui, et Cody devait gérer la frustration de ne rien pouvoir faire en retour. Il ne s’y habituerait jamais. Johnny lui adressa un sourire resplendissant et le soulagement de Cody céda rapidement la place au désir. Avec un peu de chance, Johnny et lui pourraient remédier à cela après la compétition.

Cody détacha le scratch de son gant de protection. Il ne restait plus que trois riders et il était le seul à avoir couvert son taureau sur ce tour. Il n’était pas inquiet que l’un des derniers participants se qualifie aussi, tout ce qui lui importait, c’était de conserver le meilleur score.

Sans grande surprise, Juca Matos couvrit son taureau et les deux autres se disqualifièrent sur un rejet.

À la fin de la compétition, Johnny lui donna une petite tape dans le dos en courant vers les vestiaires. Cody n’eut que le temps de sursauter et de se tourner pour apercevoir brièvement le rouge de son uniforme, mais il était déjà loin.

— Tu m’as l’air bien parti pour remporter la médaille de demain ! Félicitations ! cria-t-il par-dessus son épaule.

Cody sourit en le regardant s’éloigner, puis il trottina jusqu’au centre de l’arène et grimpa dans la cage à requins pour répondre aux questions de l’équipe de télévision qui s’y trouvait. Il leva les bras en l’air en signe de victoire et offrit son célèbre sourire à la caméra. Une avalanche de flashs d’appareils photo se déclencha et une pluie de confettis fut lâchée sur l’arène. La foule en délire scandait son nom, mais ce n’étaient que les premières qualifications. Il savait qu’il devrait redoubler d’efforts pour les finales du lendemain, il était même impatient. Il aimait cette incertitude, il aimait le challenge physique que représentaient les compétitions, il aimait les risques terribles de ce métier, le bull riding coulait dans son sang, c’était sa vocation.

— C’ÉTAIT DU sacré bon boulot, le bleu.

— Merci, Vern, répondit solennellement Johnny en essayant de ne pas sourire comme un maniaque en entendant le compliment de son capitaine.

— Desserre la mâchoire, tu as le droit d’être content de toi de temps en temps, le taquina Reese. Tu t’en es sacrément bien sorti.

— D’autant plus que l’équipe ne travaille pas ensemble depuis très longtemps, ajouta Vern en repassant la performance de Cody au ralenti sur le DVD de l’enregistrement de la journée. Le travail d’équipe, c’est la clé

— Dites donc, chef, vous avez l’air sacrément intimes, le taureau et vous, ricana Reese en pointant l’écran de la télévision du doigt. Vous êtes sûr que ce n’est pas ça, la clé ?

Vern avait une main sur le front du taureau, l’autre tenait l’une de ses cornes, et il dévisageait la bête droit dans les yeux en la dirigeant vers la sortie.

— L’essentiel, c’est que personne n’ait fini aux urgences, conclut le capitaine de l’équipe en levant les yeux au ciel.

Vern repassa l’encornage et le saut périlleux de Johnny en glissant un regard lourd de sens à Reese.

— Heureusement que certains d’entre nous sont encore jeunes et athlétiques.

— Oh, ne dites pas cela, chef, s’exclama Reese en portant ses deux mains à son cœur dans un geste dramatique. Vous n’êtes pas si vieux.

Vern ne releva pas et se tourna vers Johnny.

— J’ai entendu dire que tu connaissais Cody en dehors de l’arène ?

Johnny savait que cette question en cachait une autre, il décida de prendre les devants.

— Je travaille sur son ranch. Je sais que j’ai pris beaucoup de risques, mais quand un rider se retrouve suspendu, j’ai tendance à foncer.

Vern hocha la tête en signe d’approbation.

— C’était un bon réflexe, ce soir, tout le monde va rentrer chez soi sain et sauf, c’est la plus belle victoire que l’on puisse espérer. Je suis fier de travailler avec vous.

Reese joua des sourcils et lança un clin d’œil malicieux à Johnny.

— Souviens-toi de ce moment, le grand manitou ne distribue pas de compliments à la légère.

— Je vais l’écrire dans mon journal intime, lui répondit Johnny, et Reese éclata de rire.

Vern se leva et tendit les mains. Les deux autres le rejoignirent de part et d’autre pour former un cercle, et ils baissèrent la tête pour dire une rapide prière de reconnaissance, comme chaque fois qu’ils ressortaient de l’arène en un seul morceau.

— OK, les gars, j’y vais, nous nous retrouverons demain. Ne vous couchez pas trop tard et ne picolez pas, lança Vern en quittant les vestiaires de sa démarche de cowboy.

Une fois qu’il fut sorti, Johnny se tourna vers Reese.

— C’est une impression, ou il insiste lourdement avec l’alcool ?

— Ce n’est pas contre toi gamin, Vern est un ancien Alcoolique Anonyme, cela fait 20 ans qu’il n’a pas bu une goutte, c’est important pour lui, expliqua Reese en enfilant son chapeau. La dernière fois qu’il a trop bu, il s’est cassé une épaule dans l’arène. C’était il y a très longtemps, mais cela l’a marqué, il veut être sûr que personne ne refera la même erreur.

— Je suis désolé, je croyais que c’était parce que je suis Navajo, les gens ont tendance à croire qu’on est tous alcooliques.

— Non, Vern n’est pas comme ça, il sait bien qu’être alcoolique n’a rien à voir avec tes origines.

Reese le salua en tirant légèrement sur l’avant de son chapeau.

— Repose-toi un peu, le bleu, nous avons une grosse journée qui nous attend demain.

Johnny hocha la tête en le suivant à l’extérieur.

— Tâche de dormir aussi, à demain.

Ils se séparèrent sur le parking et Johnny s’arrêta un instant pour regarder le ciel et prendre une grande inspiration. Un sourire se dessina sur son visage. Il commençait à s’habituer aux débriefings DVD de Vern après chaque compétition. Il avait d’abord cru que leur capitaine faisait cela pour pointer leurs erreurs et les réprimander, mais plus le temps passait, plus il avait du mal à y croire. Depuis que Johnny les avait rejoints pour remplacer Chris Bellow après sa blessure, pas un seul rider n’avait fini sur un brancard. Une fois dans l’arène, Vern, Reese et lui travaillaient dans une symbiose quasi surnaturelle. Ils formaient un trio incroyablement efficace.

Johnny avait cependant remarqué que chaque fois qu’ils commençaient leur débriefing, tout le personnel de l’arène se dirigeait systématiquement vers la buvette. Après la conversation qu’il venait d’avoir avec Reese, il se demandait si ces débriefings n’étaient pas simplement un moyen subtil pour Vern de parer à la tentation de les rejoindre.

Johnny scruta l’horizon, il mourait d’envie d’une cigarette. Jamais la nicotine ne lui manquait autant que dans ces moments-là. Il se languissait du premier nuage de fumée bleutée paresseusement expulsé de ses poumons et de la traînée d’étincelles quand il jetait son mégot avant de l’écraser de son talon…

Il avait fumé sa première cigarette à l’âge de quatorze ans, pour faire comme les autres, pour avoir l’air cool. Puis il avait arrêté en décrochant son premier emploi dans un ranch, après son diplôme. Il fallait être en excellente forme physique pour gérer les chevaux. Et maintenant, plus que jamais, il se voyait mal courir dans tous les sens et faire des sauts périlleux la clope au bec. Il y avait assez de mégots partout sur le sol. Il avait ses défauts, comme tout le monde, mais il était écolo dans l’âme, et même adolescent, il avait toujours pris soin de jeter ses mégots à la poubelle.

Il enfonça ses mains dans ses poches et se mit en route. Il avait assez de temps pour rentrer et prendre une douche avant que Cody revienne du bar.

L’image de Cody suspendu au taureau, la main coincée dans la corde, lui revint en tête et il frissonna. Il aurait pu se blesser sérieusement. Il n’était ni l’écarteur le plus proche ni le mieux positionné, et pourtant, il avait foncé sans hésiter pour l’aider. Après que le taureau l’avait envoyé valser, il se souvenait parfaitement avoir atterri et aperçu Cody allongé sur le sol. Le taureau lui fonçait déjà dessus, il allait le broyer de ses sabots furieux. Johnny ne savait pas exactement comment il était parvenu à atteindre et distraire le taureau avant la catastrophe, c’était comme si la peur lui avait donné des ailes. En repassant l’action sur le DVD, il s’était vu arriver droit sur le taureau, sa chemise se prenant dans les cornes de l’animal enragé, et il s’était retrouvé propulsé par-dessus son dos. Il rit en y repensant, il avait eu plus de chance que de sens de la stratégie.

Mais Vern avait raison, tout ce qui comptait, c’était que personne n’ait été blessé.

En rentrant, il fonça droit dans la douche et poussa un soupir de soulagement en laissant le puissant jet d’eau chaude détendre ses épaules nouées. Après de longues minutes, il se cambra pour faire craquer ses vertèbres dans un horrible bruit de cartilage écrasé et coupa l’eau. Il se sentait déjà mieux. Il adorait son métier, mais après avoir passé la journée dans l’arène, le sable, la crasse et l’odeur des taureaux lui collaient à la peau. Il n’y avait rien de tel qu’une bonne douche. Il attacha sommairement ses longs cheveux encore humides et enfila un jean avant d’entrer dans la chambre de Cody.

C’était un niveau de vie nettement au-dessus de l’époque où il écumait les motels bon marché miteux quand il travaillait pour la ligue amateur. Cody pouvait se le permettre. Johnny s’installa sur le canapé devant la télé, une serviette de bain autour du cou, et zappa sur la chaîne sportive.

Il ne savait pas combien de temps s’était écoulé lorsque le bruit de la clé dans la serrure le tira de son sommeil.

— Qu’est-ce que tu regardes de captivant ?

— Tu sens la bière et l’arène.

Si Johnny était parfaitement honnête, il trouvait cela incroyablement sexy, il refusait juste de l’admettre à voix haute.

— Eau de Taureau, tu n’aimes pas ? C’est viril, répondit Cody avec un sourire en coin en jetant son chapeau sur la console à l’entrée.

— Si nous en reparlions après ta douche ?

— Comme tu veux, bébé, ne te rendors pas.

Cody embrassa Johnny sur le front et disparut dans la salle de bain en retirant ses vêtements sur son chemin et en les abandonnant par terre.

— Espèce de paresseux, marmonna Johnny, trop confortablement installé pour se donner la peine de ramasser derrière lui.

Il se réveilla de nouveau un peu plus tard à la sensation du bras de Cody autour de ses épaules.

— C’est mieux comme ça ? demanda-t-il en levant son autre bras et en se penchant sur Johnny pour lui faire sentir son aisselle.

— Va te faire foutre, protesta faiblement Johnny en le repoussant.

— Eh bien non, pas ce soir, il faut que je puisse m’asseoir sur le taureau moi demain, rétorqua Cody avec un regard lubrique.

— Ne me regarde pas de cette manière, moi aussi, j’ai besoin de marcher droit demain.

Cody noua paresseusement leurs jambes tendues devant le canapé.

— Tu portes trop de fringues, se plaignit-il.

— Nous pouvons vite y remédier, répondit Johnny en défaisant sa braguette et en levant les hanches pour retirer son jean et son caleçon.

— C’est nettement mieux, approuva Cody

Il caressa la cuisse de Johnny de son bras libre.

— Tout de suite après m’être retrouvé par terre dans l’arène, j’ai cru voir voler une chemise rouge, c’était toi ?

— Il fallait bien que quelqu’un se sacrifie, acquiesça Johnny, faussement sérieux. Cela m’aurait fait mal au cœur que tu te fasses écrabouiller au sommet de ta gloire.

— Mais qu’est-ce que tu foutais ? Le poirier sur le dos du taureau ?

— Je me suis jeté sur son chemin pour le distraire et ma chemise s’est coincée dans ses cornes. Il m’a balancé comme un malpropre, mais j’ai réussi un joli saut périlleux et je suis même parfaitement retombé sur mes pieds, expliqua Johnny avec fierté.

— Tu es complètement cinglé, je m’en serais sorti, tu sais ?

— Tu étais trop lent et le taureau arrivait trop vite, rétorqua-t-il d’un ton sérieux. Je n’allais pas te regarder te faire piétiner par une demi-tonne de taureau en colère.

— Merci, bébé, répondit doucement Cody en l’embrassant.

— Sympa, l’haleine de bière, grommela Johnny en reculant.

— C’est la tradition, les perdants paient leur tournée après la compétition, je n’allais pas louper ça. Écoute, je ne veux pas te voir prendre des risques inutiles pour moi.

— Ce n’était pas inutile, et je l’aurais fait pour n’importe quel rider.

— Tu as eu de la chance, et tu le sais.

Johnny se mit à rire.

— Il faut bien laisser croire au taureau qu’il a le dessus de temps en temps, c’est fair-play.

— Mais pour être fair-play, il faut déjà être en vie, grogna Cody.

Johnny se tourna vers lui et attrapa son sexe qu’il commença à caresser lentement.

— Je rêve ou tu essaies de changer de conversation ?

— Je ne sais pas, est-ce que ça marche ?

Cody laissa mollement tomber sa tête sur le dossier du canapé et poussa un soupir de plaisir.

— J’ai trop bu pour aller jusqu’au lit, mais je suis trop vieux pour baiser sur le canapé, grommela-t-il après quelques secondes.

— Honnêtement, je suis même étonné que tu aies une érection avec tout ce que tu as picolé, surtout à ton âge.

— Oh ! Je ne suis pas non plus si vieux que ça !

— Je n’en sais rien, moi, c’est toi qui te plains toujours de ton âge. Nous pouvons aussi rester sur le canapé et nous peloter comme des adolescents.

Cody l’embrassa pour le faire taire. Il glissa sa langue entre les lèvres de Johnny et une main entre ses jambes. Les hanches de Johnny poussèrent instinctivement vers l’avant. Être le centre de l’attention de Cody Grainger avait quelque chose d’enivrant. Cody n’était pas un homme patient, mais il était déterminé et il savait exactement ce qu’il voulait, quand il le voulait. Et il était clair qu’il voulait Johnny, maintenant. Johnny écarta davantage les jambes pour lui faciliter la tâche. Il humidifia sa main avec sa salive et reprit le sexe de Cody en main pour le masturber pendant qu’ils s’embrassaient.

Il aurait voulu faire durer le plaisir indéfiniment, mais c’était si étrangement excitant, si intime de simplement se caresser l’un l’autre, cachés sous la couverture du canapé en s’embrassant comme deux gamins qui découvrent le sexe. La main de Cody accéléra son rythme et Johnny éjacula sans prévenir, emporté par la surprise de son orgasme.

Il regarda paresseusement Cody utiliser le sperme qui avait giclé partout sur sa main pour se faire jouir à son tour. Il observa, captivé, le corps mince et musclé de son petit ami, tendu par le désir, ses hanches étroites qui allaient et venaient désespérément dans son poing, jusqu’à ce qu’il jouisse enfin, le dos arqué, la tête basculée vers l’arrière, les yeux clos. Puis, il retomba mollement sur le canapé, emporté par la fatigue et les effets de l’alcool. Il tourna lentement la tête vers Johnny pour un dernier regard, puis il s’endormit. Profitant de son inconscience, Johnny observa longuement son profil dans la pénombre de la pièce. Du bout de son index, il traça la cicatrice sur sa belle mâchoire carrée, un coup de corne de taureau qui lui avait valu des points de suture. Il laissa tomber sa tête sur l’épaule de Cody et s’endormit à son tour.

LORSQUE CODY se réveilla, il avait trop chaud, il collait de partout, sa tête le faisait atrocement souffrir, et il était seul. Il rejeta la couverture à ses pieds et tituba jusqu’à la salle de bain en plissant les yeux. Il passa aux toilettes, se rinça rapidement sous la douche, et en regagnant le salon, il trouva Johnny en train de prendre le petit-déjeuner, la télévision allumée sans le son en arrière-plan. Un sac en papier était posé sur la table et une délicieuse odeur de viande et de gras s’en échappait. Cody poussa un gémissement mi-plaintif, mi-reconnaissant.

— Café ? parvint-il à articuler.

— À côté du tube d’aspirine, derrière le sachet.

— Tu es mon sauveur, dans l’arène et dans la vie de tous les jours.

Ils mangèrent en silence, et après avoir englouti le contenu du sac de fast-food, Cody se sentit déjà beaucoup mieux.

— Comment peux-tu manger avec autant d’appétit un lendemain de cuite ?

— Je n’ai pas bu tant que cela, en fin de compte, répondit Cody en haussant les épaules. Et puis, il faut que je fasse le plein d’énergie, j’ai une compétition à remporter ce soir.

— Tu vas t’entraîner aujourd’hui ?

— Y a intérêt.

— Je peux venir avec toi ?

— Rendez-vous à la salle de sport, acquiesça Cody en terminant son café.

Ce n’était pas l’idéal, Cody le savait. Il aurait préféré pouvoir y aller directement avec lui et ne pas avoir à calculer leurs arrivées séparées, mais ils ne pouvaient pas prendre ce risque. Johnny n’avait rejoint la ligue professionnelle que très récemment, mais Cody avait déjà l’impression de faire les compétitions avec lui depuis des années. Malheureusement, le milieu du bull riding était plutôt rural et conservateur, et Cody doutait fortement que les gens acceptent que la star de l’arène se soit mise en ménage avec un autre homme.

Le bon côté des choses, c’était qu’il aurait l’occasion d’arriver le premier et de voir Johnny entrer dans la salle de sport. Il ne se lassait pas du spectacle, cela lui rappelait leur rencontre. Il adorait le sentiment de fierté et de possessivité qui s’emparait de lui lorsque Johnny débarquait et que tous les regards se tournaient vers lui, même ceux des hommes.

Johnny était difficile à ignorer. Grand, mince et musclé, sa belle peau foncée et ses longs cheveux noirs brillants tressés jusqu’au creux de ses reins avaient tendance à attirer l’attention. Il avait les pommettes hautes et saillantes, et de grands yeux brillants couleur d’obsidienne qui dévoraient ses pupilles et lui donnaient un regard intense. Il avait un nez de boxeur, cassé à plusieurs reprises, mais Cody trouvait que même ce défaut le rendait plus séduisant. Chacune de ses cicatrices lui donnait plus de mystère, et plus d’attrait. Il était le seul Navajo de la salle, même si de nombreux Indiens étaient dans la compétition cette année.

Johnny s’approcha en faisant mine de le saluer et posa sa serviette sur un banc de musculation. Ils s’entraînèrent en silence et en changeant régulièrement de machines. Cody ne pouvait pas s’empêcher de fixer son compagnon. Une fine pellicule de sueur brillait sur sa peau, soulignant les reliefs de sa musculature harmonieuse, il n’avait qu’une envie, c’était de se jeter sur lui. Malheureusement, il faudrait qu’il patiente jusqu’à ce qu’ils soient rentrés au ranch.

Au moment de rejoindre les douches, Cody choisit intentionnellement la cabine la plus éloignée de celle de Johnny, il n’était pas masochiste au point de risquer de se faire attraper le reluquant.

Une fois sortis de la salle de sport, ils se dirent au revoir et Cody regarda Johnny s’éloigner, un sourire discret aux lèvres. Ils ne se reverraient pas avant la fin de l’après-midi, au moment de rejoindre l’arène. Johnny devait assister aux exercices de relaxation qu’imposait Vern avant chaque match, et Cody avait pour habitude de s’asseoir au calme et dans le noir pour préparer mentalement chaque geste de sa montée. Et pour préparer sa victoire au moment où le jury lui remettrait la médaille et que la foule acclamerait son nom.

LE TAUREAU se jeta avec impatience contre le portail de la cage, et Cody manqua de s’y cogner aussi la tête. Dub le rattrapa in extremis par son veston, le sauvant probablement d’une énième commotion cérébrale. Pour autant que la dernière en ait vraiment été une. Quoi qu’en dise son médecin, il avait trente-deux ans et cela faisait plus de quatorze ans qu’il montait, il commençait à savoir quand on lui avait trop secoué le cocotier.

— Merci Dub, lança-t-il après une nuée de jurons.

— Ton taureau m’a l’air d’humeur exécrable, fit remarquer Dub, perché à califourchon sur la rambarde de sécurité, maintenant une poigne de fer sur le veston de Cody pour l’aider à retrouver son équilibre. Mais tu as connu pire, tu peux le dompter.

— J’espère bien, lui répondit Cody avec un sourire en coin en se réinstallant plus ou moins confortablement sur le dos du taureau.

D’ordinaire, Grizzly Rain était calme dans les cages, et réputé pour se changer en diable une fois dans l’arène, mais ce soir-là, il lui sortait presque de la fumée des nasaux tellement il était remonté. Ce qui pouvait jouer en faveur de Cody ; si les juges tenaient compte de son agitation dans les cages, ils seraient sans doute plus cléments dans leur notation.

Il enroula patiemment la corde autour de sa main gantée avant d’attraper la poignée, attentif aux violents gestes d’humeur de Grizzly Rain. Presque aussitôt, le taureau se jeta de nouveau contre la cage. Cody releva les jambes juste à temps. Plus d’un rider s’était bêtement fait broyer les jambes ainsi dans la cage de contention. Et ce n’était pas vraiment le moment de se déboiter le genou, il avait une compétition et un chèque à gagner.

Cody connaissait bien ce taureau. La plupart du temps, Grizzly Rain donnait une ruade tout de suite en sortant de la cage, puis tournait vers la droite, ce qui était une aubaine pour les riders droitiers comme Cody parce que c’était leur main directrice. Mais ce soir-là, dès l’ouverture de la cage, Grizzly Rain lui fit très vite comprendre qu’il n’avait pas l’intention d’être prévisible. Il fonça tête baissée dans l’arène et manqua de tomber à genoux, puis se redressa avant de se cabrer violemment, retomba sur ses pattes avant et s’arrêta brusquement. Désorienté par son attitude erratique, Cody manqua passer par-dessus sa tête et frôla le flanc du taureau de sa main libre. Quelques millimètres de plus et il aurait été disqualifié. Grizzly Rain se cabra de nouveau sans prévenir et Cody eut tout juste le temps de réagir et de pivoter les hanches vers l’avant pour rester en équilibre jusqu’à ce que le taureau retombe à terre. Cody devait se rendre à l’évidence, il ne trouverait pas de rythme ce soir-là, sa monture était vicieuse et illogique.

Il se souvint d’un conseil que son père lui avait donné : garde le menton baissé, serre les poings et accroche-toi. Ce ne fut pas la meilleure ni la plus agréable virée de la carrière de Cody, aucun doute là-dessus, mais il resta obstinément accroché à la corde en se jurant d’obtenir au moins des points pour sa persévérance, s’il parvenait à tenir huit satanées secondes.

Et il n’y avait sans doute pas d’âge pour écouter les conseils de son père, car il y parvint.

Huit secondes d’enfer sur le dos du diable. Le taureau semblait à présent déterminé à l’écraser contre les barrières de sécurité. Cody ne tenta même pas de descendre directement à terre, il attendit que l’animal fonce à nouveau sur les barrières, tirât sur la corde qui, Dieu merci, se dégagea cette fois-ci du premier coup, et agrippât la barre en métal la plus proche en laissant le taureau continuer sa course folle. Les écarteurs entrèrent aussitôt dans l’arène pour diriger tant bien que mal l’animal en furie vers la sortie. Cody attendit que l’arène soit vide, cramponné à la barrière, le cœur battant, puis se laissa retomber dans un nuage de poussière et tapa des poings sur sa poitrine avant de les lever en l’air dans un cri de victoire. Il était euphorique, la foule était en délire, et des confettis pleuvaient sur l’arène.

Après quelques tours d’arène pour saluer la foule, il se tourna enfin vers le tableau des scores : 91,5. Pas son meilleur score, mais certainement pas le pire. Peu importait que le prochain rider obtienne un 99 ou qu’il fasse sauter son taureau à travers des cerceaux en feu en chantant l’hymne national, Cody avait accumulé suffisamment de points pour être désormais impossible à rattraper.

C’était déjà lui le roi de la soirée.

De l’autre côté de la barrière, Dub se rapprocha de lui avec un immense sourire sur le visage.

— Je savais que tu aurais le dessus, le félicita-t-il.

— J’ai toujours le dessus, répondit Cody avec un regard lubrique.

— Arrogant et pervers, commenta Dub en secouant tristement la tête.

Depuis le temps qu’ils étaient amis et qu’ils concouraient l’un contre l’autre, Cody savait pertinemment qu’il plaisantait. Il appuya son dos contre la barrière et Dub posa les coudes sur un barreau à côté de lui.

— Dis-moi, le nouvel écarteur, celui avec la veste rouge, il est sacrément rapide.

Cody sentit le sang lui monter au visage. Il retira son casque pour se donner une contenance et remit son chapeau de cowboy en faisant mine de regarder de l’autre côté de l’arène.

— Il a sauvé ma peau plus d’une fois, répondit-il prudemment. J’ai entendu dire qu’il remplaçait Chris le temps que sa blessure guérisse.

— Si tu veux mon avis, Chris a fait son temps.

— Personne n’a demandé ton avis, répondit sèchement Cody.

Il ne pouvait pas s’empêcher de prendre la remarque à cœur. Il n’avait absolument pas envie d’entendre des remarques sur l’âge et la date de péremption de qui que ce soit.

Il se hissa sur la barrière de sécurité pour mieux apercevoir les derniers participants qui se préparaient, et pour échapper au rictus lourd de sens de Dub.

— Ne les fusille pas du regard de cette manière, personne n’a le niveau pour te détrôner, à part moi.

— C’est ce que nous allons voir, répondit Cody sur un ton de défi.

— Si tu crois que je vais te laisser gagner facilement, le prévint Dub avec un sourire carnassier. Tu n’es peut-être pas tombé du taureau, mais prépare-toi à tomber du podium.

— Et si tu parlais un peu moins et que tu concrétisais un peu plus ? Ça tombe bien, ça va être à toi.

Ils avaient beau se chercher sans arrêt et être concurrents, Cody le suivit jusqu’aux cages pour l’aider à s’installer sur le taureau sans hésiter une seconde. Ils étaient amis avant tout, et tout bon rider savait pertinemment qu’une fois dans l’arène, c’était entre soi et le taureau que tout se jouait. La seule compétition existante était contre soi-même.

Sur le chemin jusqu’aux cages, de nombreux riders offrirent à Cody des tapes dans le dos, comme pour le féliciter déjà de sa victoire. Il ne put s’empêcher de sourire, voilà qui devrait mettre Dub dans de bonnes dispositions. Il grimpa à califourchon en haut de la barrière, puis se pencha pour attraper Dub par son veston et l’aider à se stabiliser sur le dos du taureau.

— Tu n’as pas intérêt à me voler la vedette, le taquina Cody.

— Je vais me gêner, rétorqua aussitôt Dub.

Il avait du pain sur la planche, les participants restants étaient tous d’excellent niveau et le taureau qu’il montait ce soir-là n’était pas le plus impressionnant. Il tiendrait les huit secondes sans problème, mais le jury ne serait pas clément avec l’animal, Cody le savait. La victoire était à sa portée, il n’avait jamais fait d’année aussi bonne que celle-ci, ses scores étaient tout simplement vertigineux. Le chèque offert en récompense pour cette compétition leur permettrait, à Johnny et à lui, de rentrer au ranch et de se reposer tout l’été. Il avait hâte de faire un break.

Il observa attentivement le passage de Dub. Ce fut une belle prestation, mais pas assez pour finir en tête du classement. Son taureau n’était pas en forme, c’était l’un des aléas du bull riding. Après ses huit secondes, Dub sauta du taureau et se tourna presque immédiatement vers Cody, un pouce levé en l’air. À en juger par l’expression tendue sur son visage, ce n’était que par fair-play, et ce n’était sans doute pas ce doigt-là qui le démangeait.

Peu importait le nombre de victoires qu’il remportait, jamais Cody ne se lasserait de cette sensation. En cet instant, il était si heureux qu’il n’avait qu’une envie, sauter dans l’arène et faire le tour en courant et en poussant des cris de victoire. Choisissant de se contenir pour cette fois, il se dirigea vers la sortie des cages et répondit à quelques questions du journaliste de télévision qui y était posté, Rex Durham — il couvrait toutes les compétitions de grande ligue de cette saison. Cody profita de cette interview pour remercier ses sponsors, sa famille, ses fans et son pays, un pays dans lequel il avait la chance de pouvoir vivre de sa passion.

En faisant demi-tour pour rejoindre le centre de l’arène et saluer le public, il croisa Dub et lui offrit une poignée de main sincère. Il chercha instinctivement Johnny des yeux, mais le jeune homme était près de la sortie avec les autres écarteurs pour applaudir la fin du spectacle. La foule enthousiaste clamait le nom de Cody. Il courut jusqu’à la cage à requins et grimpa dessus en levant les bras au ciel sous une pluie de confettis et les lumières lasers. Des jets de flammes éclairaient l’arène par intermittence et de la musique rock sortait des enceintes à un volume d’enfer. Cody attrapa la boucle de ceinture remise au champion en guise de médaille et l’embrassa avec révérence devant les caméras. Puis il la leva dans les airs et fit un tour sur lui-même pour la présenter au public. Ce n’était ni sa première ni sa dernière boucle, mais elles étaient toutes uniques et chères à son cœur, chacune d’entre elles représentait des heures d’entraînement et une victoire bien méritée.

APRÈS UNE bonne douche et le débriefing habituel de Vern, Johnny alla rejoindre Cody au bar. Il enlaça brièvement Reese et Vern avant de les quitter, ils ne se reverraient pas avant trois semaines, pour la prochaine compétition à Chicago. Johnny les regarda monter dans leurs véhicules respectifs et quitter le parking de l’arène, sans doute pour rejoindre leurs épouses.

Il était rare que Johnny rejoigne Cody au bar après une victoire, et ce n’était peut-être pas plus mal. Ils étaient déjà si souvent ensemble, il était inutile d’éveiller les soupçons.

En arrivant devant le bar, Johnny pouvait déjà entendre les cris et les rires qui provenaient de l’intérieur. Il n’était pas un grand consommateur d’alcool, et il fallait vraiment avoir envie de passer la soirée avec une bande de cowboys en état d’ébriété, mais il ne pouvait pas ne pas venir, Cody lui en voudrait, s’il ne célébrait pas cette victoire avec lui.

Il entra et scanna la foule à la recherche de la silhouette familière de Cody. Il le trouva rapidement, perché sur le taureau mécanique, entouré d’une poignée d’autres riders qui l’encourageaient. Il avait une bière dans une main et il essayait de garder son équilibre sans rien renverser. Il tourna la tête et aperçut Johnny. Il lui lança aussitôt un regard séducteur. Johnny laissa échapper un petit rire gêné et se passa nerveusement la langue sur les lèvres. Heureusement, il y avait suffisamment de groupies dans le bar pour que, personne ne remarque à qui exactement ce regard était adressé.

Un homme s’approcha de lui pour se présenter

— Je suis Dub, offrit-il en lui tendant une main. Joli travail dans l’arène, ce soir, je crois que tous les riders te sont reconnaissants. Je t’offre une bière.

— Johnny, répondit-il en lui serrant la main. Merci pour la bière, mais c’est moi qui conduis ce soir, je vais rester à l’eau.

— Tu as rejoint la Ligue Pro après la blessure de Chris Bellow, c’est exact ?

— Vern m’a demandé de le remplacer, le temps qu’il se remette, répondit-il en hochant la tête.

— Tu fais un super boulot, tout le monde l’a déjà remarqué, le taquina Dub avec un petit coup de coude dans les côtes. Allez, passe une bonne soirée et ne bois pas trop d’eau, il n’y a rien de pire qu’un lendemain de non-cuite, ajouta-t-il dans un clin d’œil avant de rejoindre le reste des riders autour du taureau mécanique.

Johnny le suivit du regard et aperçut Cody qui était en train d’essayer de se mettre debout sur la selle du taureau en marche. Il renversait de la bière partout et il avait le visage rouge, il éclatait de rire chaque fois qu’il éclaboussait maladroitement les gens les plus proches. Dub arriva juste à temps pour le rattraper avant qu’il s’étale par terre, et avec l’aide d’un autre rider, ils hissèrent Cody une jambe sur chacune de leurs épaules pour le faire parader dans le bar.

Soulagé, Johnny se détendit en observant discrètement Cody. Dub venait de lui éviter une chute ridicule et de la transformer en défilé du vainqueur. Son premier réflexe avait été de se précipiter à ses côtés. Mécanique ou non, il ne pouvait pas supporter de voir un rider se débattre avec un taureau. Mais sa raison était plus forte que son instinct et il s’était fait violence pour rester là où il était. Que diraient les gens s’il se précipitait sur Cody comme un sauveur désespéré ? Que dirait Cody ? Il se mettrait sans doute à crier que ce n’était rien et qu’il était stupide de s’inquiéter. Ce n’était pas comme si tomber du taureau mécanique risquait de lui coûter la vie. L’appareil était entouré de matelas de sport recouverts de paille, il ne courait aucun danger.

— S’il ne passait pas sa vie à vouloir se faire remarquer aussi…, grommela Johnny avant de se mettre à rire malgré lui.

C’était du Cody tout craché. Ça allait même plus loin que ça, c’était typique de tous les riders, cette manie de devoir prouver au reste du monde qu’ils avaient des cojones, que ce soit dans ou en dehors de l’arène. Johnny s’approcha du bar et commanda une bouteille d’eau, puis il s’installa confortablement dans un coin du bar. Il ne lui restait plus qu’à attendre patiemment que Cody soit prêt à rentrer.

— JE SUIS trop vieux pour ces conneries.

— Tu n’as que trente-deux ans.

— Eh bien ce soir, j’ai l’impression d’être vieux.

— Trop vieux, pour boire autant, ou trop vieux pour l’arène ?

Cody passa un bras autour des épaules de Johnny pour s’appuyer sur lui pendant les quelques derniers mètres qui les séparaient de leur chambre d’hôtel.

— Les deux. Mais surtout pour boire autant.

— Tu ne penses pas que la commotion cérébrale de mercredi et ta blessure à la hanche ont quelque chose à voir av…

— C’est juste un bleu !

— Tu es complètement saoul. Je croyais que les vrais hommes tenaient mieux l’alcool. Il va falloir t’entraîner, si tu veux faire la fête de cette manière chaque fois que tu gagnes.

— C’est pas ma faute. Dub m’a payé un verre, et après, tout le monde veut me payer un verre, alors ensuite je paie ma tournée pour les remercier, et hop !, hoqueta-t-il en gloussant, le chèque, il est tout dépensé !

— C’est une tradition qu’il faut respecter, tu me l’as dit toi-même, le consola Johnny en essayant d’ouvrir la porte avec les clés d’une seule main.

Ils titubèrent ensemble à l’intérieur et il conduisit tant bien que mal Cody jusqu’au lit. Cody se laissa mollement tomber sur le matelas en rebondissant.

— Les traditions, des fois, c’est con, bouda-t-il, l’air terriblement sérieux.

— Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas les respecter.

Cody leva la tête du matelas et lui lança un regard appréciateur.

— Enlève donc tes vêtements, ça, c’est une belle tradition.

— Retire d’abord les tiens et nous en reparlerons, marchanda Johnny.

— Je crois que tu vas devoir les retirer aussi, se plaignit Cody. Je ne pense pas être en mesure de défaire des boutons dans l’état actuel des choses.

— Allons, allons, je suis sûr que tu as encore un peu… d’énergie, l’encouragea Johnny d’une voix séductrice en commençant lentement à se déshabiller.

Une fois nu, il retira l’élastique au bout de sa tresse et se passa une main dans les cheveux pour les libérer en cascade d’ébène soyeuse contre son dos. Cody porta une main à son entrejambe tendu en le dévorant des yeux.

— Regarde-toi, tu es tellement maigrichon, ça donne l’impression que tu es monté comme un cheval.

— Ce n’est pas qu’une impression, répondit malicieusement Johnny. Tu veux venir voir de plus près ?

— Et si tu venais voir de plus près ? rétorqua Cody en ouvrant sa braguette.

— Et si nous regardions ça de plus près tous les deux en même temps ?

Cody parvint tout juste à lever ses hanches assez haut, et Johnny vint à son secours en attrapant son jean par la taille et en le tirant, jusqu’à mi-cuisses.

— Hé, doucement.

Johnny l’ignora et grimpa sur le lit pour s’installer à califourchon sur lui. Il l’embrassa sans préambule, un baiser passionné et impatient. Cody avait le goût de la bière et des chewing-gums à la menthe, il aurait pu passer des heures à simplement l’embrasser, mais Johnny savait pertinemment qu’il avait intérêt à accélérer les choses, étant donné l’état de Cody. La sensation du jean rêche sur sa peau nue lui donna la chair de poule. Cela l’excitait d’être complètement nu et vulnérable contre le corps habillé de Cody.

Toujours à quatre pattes sur lui, il se tourna pour placer son sexe au-dessus du visage de Cody et prit le sien en bouche sans attendre davantage. Il donna un coup de hanches involontaire lorsque les lèvres de Cody se refermèrent à leur tour autour de son érection. Il n’avait pensé qu’à ça tout le week-end, au goût, à la sensation de Cody dans sa bouche, aux muscles de sa mâchoire, tendus pour l’avaler aussi profondément que possible. Il n’y avait pas de connexion plus primaire ni plus intime.

Ses genoux se mirent à trembler sous l’effort et Cody lui caressa langoureusement les hanches et les fesses, comme un encouragement silencieux. En se contorsionnant légèrement, il fit monter sa main jusqu’au torse de Johnny et lui pinça un téton, lui arrachant un frisson de plaisir. Sous la surprise, il relâcha le sexe de Cody dans un bruit humide et obscène qui ne fit qu’attiser le feu de son excitation. Il prit alors ses testicules en bouche et gémit en sachant que la vibration du bruit rendrait Cody fou de désir. Il reporta ensuite son attention sur son sexe tendu en jouant de sa langue sur toute la longueur, il savait exactement ce qu’il faisait, il connaissait les faiblesses et les réactions de son amant par cœur.

Cody laissa échapper un grognement et le rythme de ses hanches s’accéléra. Johnny détendit sa gorge et le laissa aller et venir dans sa bouche en se concentrant sur sa respiration.

Submergé par son propre plaisir, Cody arrêta de le sucer et Johnny sentit son sexe glisser de sa bouche. Cela n’avait pas d’importance, tout ce qui comptait pour lui, c’était d’offrir à Cody son orgasme de la victoire. Cody l’attrapa fermement par les fesses et Johnny gémit en sentant la caresse de son pouce contre la peau vulnérable de son entrée. Il redoubla d’efforts pour faire jouir Cody, appliquant du plat de sa langue une pression contre la veine sensible sous son sexe à chaque va-et-vient. Il sentit le sursaut imperceptible de son érection juste avant qu’il se mette à jouir et avala jusqu’à la dernière goutte.