Une poigne de fer - Catt Ford - E-Book

Une poigne de fer E-Book

Catt Ford

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Beschreibung

Nicolas Sayers, ayant besoin d'argent pour l'université, prend un emploi comme assistant de l'infâme photographe Damian Wolfe. Il s'agit juste prendre des photos, pas vrai ? Faux. Alors que Nick n'a jamais remis en cause le genre d'homme qu'il est ou ce qu'il veut vraiment dans la vie, travailler pour Damian lors d'une séance photo sur le thème du BDSM lui ouvre les yeux sur toutes sortes de possibilités sexuelles, et beaucoup d'entre elles incluent le beau M. Wolfe. Damian a de sérieux doutes quant à s'impliquer avec un homme plus jeune qui ne connaît rien sur le mode de vie BDSM, mais l'approche audacieuse et pleine d'humour de Nick face à de nouvelles expériences est trop séduisante pour y résister. Bien qu'il sache que ce pourrait être une erreur, Damian prend Nick dans sa vie. Faire l'expérience de la perte de contrôle, de la soumission et la douleur excite Nick plus qu'il n'aurait jamais cru possible. Avec Damian, il apprend à connaître ses propres désirs profondément enfouis et découvre que l'abandon de tout contrôle ne le rend pas faible que quelqu'un d'autre prenne le contrôle de son plaisir sexuel l'augmente, tout simplement. Et l'inverse est vrai pour Damian : le contrôle l'excite. Ils se mettent alors à explorer ces limites sensuelles ensemble, ne s'attendant pas à trouver l'amour en chemin.

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Seitenzahl: 400

Veröffentlichungsjahr: 2013

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Copyright

Publié par

Dreamspinner Press

382 NE 191st Street #88329

Miami, FL 33179-3899, USA

http://www.dreamspinnerpress.com/

Ceci est une œuvre fictive. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.

Une poigne de fer

Copyright © 2009 par Catt Ford

Traduit de l’anglais par Jade Baiser

Couverture: Catt Ford

Tout droit réservé. Aucune partie de cet e-book ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour tout autre demande d’information, merci de contacter Dreamspinner Press, 382 NE 191st Street #88329, Miami, FL 33179-3899, USA

http://www.dreamspinnerpress.com/

Édité aux Etats-Unis d’Amérique.

Première édition

Avril, 2009

Édition e-book en français : 978-1-61372-869-7

Dédié à mes amies les plus chères, Liriel et Kennedy, qui croient en moi, m’aiment, et sont toujours de mon côté.

Pour Liriel, qui a demandé cette histoire, parce que sans sa conviction absolue que je pouvais le faire, cette histoire n’aurait jamais été écrite.

Et pour Kennedy, qui m’a encouragée et tenu la main jusqu’au bout, même si ce n’est pas sa tasse de thé.

Prologue

ENENTENDANTle remue-ménage, Damian leva les yeux au ciel en se demandant pour la centième fois ce qu’il lui était passé par la tête le jour où il avait engagé un assistant aussi maladroit, maussade, irritable, énervant, immature, et inexpérimenté.

Prenant une grande inspiration histoire de calmer son irritation, il éleva la voix pour demander :

— Est-ce que tout va bien, Nicholas ?

— Ouais, lui parvint la réponse étouffée.

Même à distance, Damian pouvait capter sans mal la colère et la frustration du gamin.

—Qu’est-ce qu’il y a cette fois ? demanda-t-il.

Les yeux plissés dans un rire silencieux, Ashley s’était perché sur son tabouret, d’où il regardait Damian mettre en place les éléments de la prise de vue.

— Rien de cassable, lui répondit-on, sur la défensive.

— Il vaudrait mieux que tout soit nettoyé avant que je n’arrive, ordonna Damian avant de marmonner… ou que je n’aie une crise cardiaque.

La réponse fut inintelligible, mais le ressentiment, perceptible dans la voix désincarnée, était parfaitement clair.

— Pourquoi est-ce que je m’inflige ça ? soupira Damian, comme pour lui-même.

— En effet, pourquoi ? répéta Ashley en riant.

Il était pratiquement sûr de connaître la réponse à cette question ; l’infortuné assistant était de loin le plus beau jeune homme que Damian n’eût jamais engagé. Les assistants ne restaient jamais très longtemps en place, mais Ashley était convaincu qu’ils avaient tous des ‘compétences’ sans rapport aucun avec la photographie.

— C’était le meilleur candidat qui se soit présenté après le départ de Derek, grommela Damian, les yeux fixés sur le viseur de son appareil photo.

Le sujet de la séance d’aujourd’hui était une simple nature morte, mais Ashley en avait quand même le souffle coupé. Il n’y avait pas de meilleur photographe à Londres ces derniers temps ; Damian Wolfe pouvait transformer l’objet le plus simple en quelque chose d’exquis et d’enchanteur.

Cela avait pris une éternité, et tout le poids d’une longue amitié, pour qu’Ashley réussisse à convaincre Damian de prendre en photo son catalogue. Bien que ce dernier soit de nationalité américaine, avec un père français et une mère italienne, il était plutôt cosmopolite. Ses parents et lui avaient vécu un peu partout dans le monde, avant qu’il ne s’installe définitivement aux États-Unis une fois adulte. Après s’être retrouvé devant la Cour Suprême de Justice des États-Unis où son travail avait été jugé comme un exemple d’indécence, mais qui avait également confirmé son droit à la liberté d’expression, Damian avait constaté qu’il était plus à l’aise en Europe pour travailler et exprimer librement son art.

Il avait coutume de dire que, même si la Cour Suprême était de son côté, les États-Unis étaient tout simplement un pays trop jeune pour pouvoir apprécier l’érotisme. Ses compatriotes préféraient le sentimentalisme à la beauté. Calendriers sirupeux avec cottages recouverts de lierre et fleurs dans des vases ou, pire encore, bébés en costume d’animal, voilà tout ce que certains Américains méritaient aux yeux de Damian.

Il fut accueilli à bras ouverts sur la scène artistique londonienne, le procès ultra-médiatisé ayant fait de lui une célébrité. Et s’il dédaignait la renommée, il appréciait le fait que cela ait attiré l’attention de collectionneurs tels qu’Ashley.

Travaillant presque exclusivement dans le domaine de son intérêt personnel, Damian créait un magnifique érotisme masculin ; il pouvait photographier un nu montrant toute la délicatesse d’une rare orchidée, et pourtant utiliser le même modèle pour produire un cliché d’une puissance sexuelle graphique si brute, qu’il soulevait des doutes troublants dans l’esprit d’hommes qui n’auraient jamais considéré le corps d’un autre homme comme sexuellement excitant.

Bien sûr, tout cela était une source d’amusement inépuisable pour Damian.

Ashley Winthrop était un homme d’affaires spécialisé dans les jouets érotiques haut de gamme, et un mécène reconnu dans le monde des arts ; c’était aussi un fin connaisseur en matière d’érotisme.  Il avait acheté plusieurs photos de Damian Wolfe, s’arrangeant pour rencontrer l’artiste au vernissage d’une de ses expositions.

Conscients de leurs intérêts communs, ils étaient rapidement devenus amis. Ashley n’avait pas hésité à harceler Damian pour qu’il fasse quelques clichés des objets qu’il vendait, et au vu du résultat, il avait continué de faire pression sur l’artiste jusqu’à ce qu’il accepte de photographier l’ensemble de son catalogue.

Ashley savait déjà que ce catalogue d’exception était destiné à devenir lui-même un objet de collection. Prenant un sujet ordinaire tel qu’une paire de menottes, Damian avait créé un ensemble simple mais élégant. La lumière se reflétant sur l’acier était le vecteur d’une promesse à laquelle aucun soumis ne serait capable de résister. Il était impatient de voir ce que Damian pourrait faire avec un fouet.

Damian se déplaça pour ajuster l’angle d’une des menottes. Il enfila une élégante paire de gants en cuir noir pour s’assurer qu’il ne transférerait aucune empreinte ou grain de poussière sur la surface hautement réfléchissante.

L’entrejambe d’Ashley se contracta tandis qu’il regardait les mains sûres et gracieuses frotter le métal. La première fois que Damian avait pris une cravache dans le bureau d’Ashley, caressant distraitement le cuir tressé, Ashley avait reconnu en lui un autre Dominant. Il n’avait aucune envie de sentir la morsure du fouet lui-même, bien qu’il trouve le photographe des plus attirants, mais il désirait ardemment voir Damian en pleine action, avec le corps mince d’un soumis à genoux devant lui, s’abandonnant avidement à quelque délicieuse punition que Damian puisse concevoir.

Damian reprit sa position derrière la caméra et prit sa photo, parfaitement inconscient des pensées qui traversaient l’esprit de l’autre homme. Il était relativement satisfait. Ce n’était pas le mieux qu’il puisse faire, mais c’était un bon début.

— Je ne comprends pas pourquoi tu m’as harcelé pour que je fasse ça, grommela Damian, en repoussant ses longs cheveux sans quitter des yeux le viseur de la caméra. Je dois être au moins deux fois plus cher que n’importe quel autre photographe, et trois fois plus lent.

— Quatre fois plus lent et cinq fois plus cher, lui répondit joyeusement Ashley, en se frottant les mains. J’y ai bien réfléchi, Ian, et le rapport qualité/prix est en ma faveur.

Il ne pouvait pas voir le visage du photographe, caché derrière le voile de ses longs cheveux brillants, mais ce n’était pas ce qu’il admirait le plus de toute façon. Damian avait vraiment un corps magnifique ; de larges épaules, une taille fine, et de superbes fesses. Ashley savait qu’il n’y poserait jamais les mains, mais un homme avait le droit de rêver, pas vrai ? Bien qu’il soit futile d’exiger d’un homme comme Damian qu’il se soumette, Ashley ne pouvait s’empêcher d’être attiré. Ce qui le retenait d’agir, c’est qu’il n’était pas sûr de ne pas se retrouver les fesses en l’air, dans l’attente, soit de la morsure du fouet, soit du ‘baiser’ de ce qui promettait d’être un énorme pénis, si le renflement du pantalon de Damian était d’une quelconque indication.     

— En quoi est-ce une bonne chose ? demanda Damian, exaspéré par sa propre lenteur.

Ses critères étaient incroyablement élevés, mais il n’avait pas l’habitude que ses clients regardent par-dessus son épaule ; il travaillait selon sa vision des choses, et pour sa propre satisfaction.

— Non seulement les spécialistes de ce milieu vont se battre pour mettre la main sur ce catalogue, mais en plus ils devront payer pour l’avoir, dit Ashley. Et ils vont l’acheter. Ces menottes sont un produit classique de ma collection depuis près de cinq ans, et même moi, je me surprends à saliver devant elles. Je les achèterais dans la minute si j’avais quelqu’un à qui les passer. 

Damian se mit à rire.

— Je suis sûr que tu as quelqu’un qui attend de recevoir tes… délicates attentions.

Ses yeux glissèrent avec insolence sur le corps d’Ashley.

L’homme aux cheveux couleur fauve frissonna sous le regard scrutateur de l’alpha dominant, mais le petit sourire qui ourlait ses lèvres ne faiblit pas ; Ashley avait assez d’expérience pour ne pas perdre pied.  

— Je ne peux pas imaginer que tu n’aies pas… hum… testé tous ces articles avant de les soumettre à l’appréciation de tes clients. 

Ashley sourit, ses dents blanches brillant sous la lumière du projecteur.

— Je sais comment utiliser chaque objet, en effet. 

— J’en suis sûr, répondit Damian avec un sourire narquois, avant de se concentrer sur sa prise de vue.

Il était parfaitement au courant qu’Ashley était un joueur enthousiaste, et pas seulement un amateur qui vendait des jouets. Non que Damian joue encore lui-même ; il s’était lassé des soumis exigeants qui se comportaient mal rien que pour obtenir la punition qu’ils désiraient. Il avait décidé qu’un verre vide était mieux qu’un verre à moitié plein et il vivait en célibataire depuis cinq ans quand il était venu vivre et travailler à Londres : situation des plus ironiques pour quelqu’un qui gagnait sa vie dans le marché interlope de l’érotisme… Une ironie que Damian appréciait à sa juste valeur, mais il était maintenant convaincu que la satisfaction pure résultant de la stimulation visuelle fournie par ses modèles lui convenait mieux.   

À cet instant, Nick ouvrit la porte du studio, laissant entrer la lumière juste au moment où Damian était sur le point d’appuyer sur le déclencheur.

— Merde, Nicholas, tu ne peux pas frapper avant d’entrer ? aboya Damian sans lever les yeux.

Nick referma la porte précipitamment, irrité d’être réprimandé alors que les lumières du studio étaient toujours allumées ; il avait vérifié qu’il y avait bien un rayon lumineux filtrant sous le pas de la porte, même s’il n’allait pas en parler.

— Je désirais juste savoir si vous vouliez votre thé maintenant, demanda-t-il d’une voix sourde. 

Ashley regardait avec intérêt les yeux d’un noir velouté du jeune homme passer nerveusement du photographe aux menottes étincelantes, disposées comme un bijou sur un écrin de plumes sombres. 

— Éteins les projecteurs, Nicholas.

Traînant les pieds, le grand jeune homme mince se dirigea vers le bloc d’alimentation et s’accroupit pour appuyer sur le bouton. Il y eut un déclic et la pièce fut plongée dans le noir. À ce moment-là, la tension érotique planant dans la pièce se mit à ‘hurler’ aux oreilles d’Ashley. Le silence régnait. Aucun d’eux ne bougea, mais il ressentit avec acuité le fait qu’au moins une des personnes présentes dans le studio en avait vraiment envie.

Puis le flash de Damian déchira soudain l’obscurité en une série de pops. Le photographe prit plusieurs clichés, Ashley se souvenant qu’on appelait ça le bracketing{1}.

— C’est bon, Nicholas. Lumière, ordonna laconiquement Damian.

Un déclic, et les projecteurs furent rallumés. Ashley avait les yeux braqués sur Nick pour éviter de se laisser aveugler. Il était donc dans la position idéale pour voir le doux regard du jeune homme fixer avidement les menottes en déglutissant, avant qu’il ne reprenne son masque impassible.

Ashley jeta un coup d’œil à Damian, qui s’affairait encore avec son appareil photo.

Damian finit par se redresser.

— C’est tout pour aujourd’hui, dit-il d’un ton mécontent.

— Rappelle-moi pourquoi tu prends tes photos dans le noir ? demanda Ashley.

— Le filtre Étoiles, répondit Damian, succinctement. On va faire briller tes vieux standards de police comme autant de diamants.

Les ridules autour de ses yeux se plissèrent alors qu’il souriait en se passant une main dans les cheveux.

Il se rendit compte que Nicholas était toujours accroupi près du générateur.

— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il sèchement.

— Je vous ai demandé si vous vouliez du thé ?

Nicholas parlait d’une voix rauque très douce, et pourtant, Damian se montrait brusque et insolent envers lui.  

— Va le faire, ou va l’acheter, peu importe, ajouta-t-il, perdant tout intérêt pour la conversation. 

— Qu’aimeriez-vous avec votre thé, monsieur…, demanda Nick à Ashley avec le strict minimum de politesse.

— Winthrop, lui répondit aimablement Ashley, bien qu’il lui ait dit son nom au moins deux fois déjà. J’ai envie de quelque chose de sucré, un éclair peut-être, ou un napoléon. Je prendrai aussi un grand café au lait décaféiné à la cannelle. Avec de la crème fouettée. Sans calories! 

— Vous pensez vraiment que ça va changer quelque chose ? murmura Nick avant de se traîner hors de la pièce.

Damian rit dans sa barbe en entendant la pique de Nick ; les poings sur les hanches, il toisait les menottes comme si c’était un modèle récalcitrant refusant de prendre la pose. 

— Épouvantable pantalon baggy, murmura Ashley en regardant Nicholas.

S’il avait la stature du jeune homme, il porterait quelque chose de plus moulant, histoire de souligner le superbe modelé des fesses qu’il avait. Car il semblait avoir de belles fesses bien sculptées, mais ces jeans larges étaient trompeurs, comme Ashley l'avait déjà remarqué à ses dépens. Le dernier assistant en date de Damian, Derek, s’était non seulement avéré un peu grassouillet, mais en plus, il n’aimait pas jouer.  

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Damian distraitement.

— J’ai demandé une ‘gâterie’ à ton assistant, dit Ashley, souriant intérieurement devant son espiègle choix de mots.

Effectivement, cela attira l’attention de Damian, et il se permit un petit sourire satisfait.

— Il a eu l’air quelque peu consterné. 

— C’est certainement parce que je n’ai pas l’habitude de lui demander des gâteaux pour le thé. Je suppose qu’il a pris l’argent dans la caisse de secours et qu’il est allé à la pâtisserie au bout de la rue, répondit Damian d’un ton résigné. Allez, viens. Ce jeune écervelé a sûrement mis la bouilloire sur le feu sans la remplir d’eau, ou bien il aura carrément oublié de la mettre en marche. Je ferais mieux de vérifier. 

Ashley se laissa glisser du tabouret et suivit Damian dans la cuisine, les prunelles brillant de curiosité. Quelque chose bouillait en effet, et ce n’était pas le thé. Il était impatient de voir ce qui allait se passer. 

I

NICKGRAVIT les escaliers du métro quatre à quatre, en espérant qu’il ne serait pas encore en retard au travail, mais le train avait été retardé et il devait maintenant cavaler. Il dévala la rue à toutes jambes, jusqu’à l’entrepôt qui abritait l’atelier de Damian. Là, il attendit quelques instants pour reprendre son souffle. Il n’avouerait jamais à son patron qu’il avait dû courir pour être à l’heure. C’était mauvais pour son image.  

Il poussa la porte extérieure et préféra l’ascenseur à l’escalier, en espérant qu’il aurait réussi à récupérer avant d’arriver.

— Encore en retard ? lança Damian, sarcastique, en entendant la porte s’ouvrir.

Il ne prit pas la peine de se retourner et ne vit donc pas l’air penaud de Nicholas. 

Comme d’habitude, celui-ci adopta un ton revêche, ne trahissant aucun regret, si ce n’était le voile qui assombrissait ses grands yeux sombres.

— Je suis à peine en retard.

— Oui, eh bien, ça n’a pas vraiment d’importance ; le modèle est encore plus en retard ! fulmina Damian.

— Que vous voulez que je fasse ? bougonna Nick en jetant son sac à dos devant la porte, là où tous ceux qui la franchiraient ne manqueraient pas de trébucher dessus.

— Va voir si Gabe a besoin de quelque chose après avoir écarté du passage ce foutu sac, ordonna Damian. Je serai dans l’atelier.

Nick repoussa son sac du pied et se rendit dans la salle de maquillage bien éclairée, pour que le styliste puisse faire du bon travail. L’homme en question était petit et chauve, vêtu d’une chemise rose à froufrous, d’un jean serré au rendu satiné, et de bottes à hauts talons et embouts pointus. Calé sur sa chaise de maquillage, il était en train de lire un magasine, et il leva un regard taquin sur Nicholas en le voyant entrer.   

— Hé, beauté ! Tu es venu distraire une fille esseulée ? zézaya le styliste. 

Nick secoua la tête.

— Même pas dans tes rêves, Gabe. Tu as besoin de quelque chose ?

— Que dirais-tu d’une leçon de flûte ?

Nick eut l’air perplexe, puis il rougit en comprenant le sous-entendu salace.

— Va te faire foutre, branleur !

— Je n’en aurais pas besoin, si tu voulais bien aider cette jeune fille, ricana Gabe tandis que Nick prenait la fuite sans demander son reste.

Il adorait faire rougir les jolis petits hétéros. 

Après quelques coups de fils à l’agence et une autre demi-heure d’attente, Damian finit par émerger de son bureau pour congédier le styliste.

— Désolé, Gabe. Tu ferais aussi bien de rentrer chez toi. Il semblerait que le modèle se soit perdu en chemin... Il n’y aura pas de séance aujourd’hui.

— Vous savez que je suis payé de toute façon, pas vrai ? dit Gabe, en commençant à ranger ses pinceaux dans son sac. J’ai dû annuler une autre séance pour venir ici.

— Ouais, je sais. Je verrai ça avec le client. Je ferai à nouveau appel à toi la prochaine fois, lui promit Damian.

Gabe hocha la tête en rangeant son matériel. Damian signa son chèque, et le styliste conclut :

— Merci d’être aussi compréhensif. Certaines personnes dans le showbiz…

— Je sais, le rassura Damian. N’en dis pas plus ; ce n’est pas ta faute.

— Je m’arrache alors, mon chou, dit Gabe en reprenant ses manières habituelles.

Damian regarda la porte se refermer sans un bruit sur le styliste. Il sursauta en entendant Nicholas pousser la porte de la salle de bain, la faisant claquer contre le mur.

— Putain ! Tu n’es pas obligé de casser cette foutue porte, hein ?

— Désolé, dit Nick en rougissant jusqu’à la racine des cheveux.

Il baissa les yeux, et Damian se rendit soudain compte combien il était beau quand il était plongé dans la confusion.

— Viens dans l’atelier, ordonna-t-il sans s’assurer d’un coup d’œil par-dessus son épaule que Nicholas lui obéissait.

Nick s’exécuta, suivant silencieusement le photographe, en espérant de toutes ses forces qu’il serait capable de faire ce que Damian lui demanderait.

Une poigne de fer s’abattit au creux de ses reins, le poussant vers une toile de fond où était peinte une barre de ballet.

— Agenouille-toi là une minute, tu veux bien ? ajouta Damian. Je vérifie l’éclairage. 

Nick se mit à genoux et croisa les bras en soupirant, l’air renfrogné devant la caméra.

— Tourne-toi ! cria Damian en ignorant l’expression provocante. Non, complètement. Tourne-moi le dos, imbécile !

Nick pivota jusqu’à ce qu’il soit dos à la caméra.

— Retourne-toi vers moi. Par la gauche. Ta gauche! Ton autre gauche!

Damian soupira de frustration comme Nick se positionnait vers sa droite, dos à la lumière, avant de reprendre sa position initiale. Il se rapprocha vivement du jeune homme pour le saisir par les épaules, lui faisant adopter la posture qu’il voulait.

— Là ! C’est comme ça que je te veux. Reste là et ne bouge pas.

Damian se précipita derrière la caméra en jurant dans sa barbe. Il se demanda pourquoi il n’avait jamais remarqué les pommettes sculptées et la mâchoire élégante de son jeune assistant – au contraire de ses yeux ; difficile de les rater avec leurs longs cils. Mais le nez de Nicholas, lui, l’obsédait, canalisant toute l’irritation que lui inspirait l’incompétence de son assistant. Sa légère asymétrie semblait avoir capté la vision de Damian lorsqu’il regardait Nicholas, mais quelque chose, dans la façon dont les lumières venaient caresser le visage du jeune homme, faisait ressortir toute sa beauté.   

— Nicholas…, dit doucement Damian, fasciné par cet instant de grâce.

Comment avait-il pu être aussi aveugle ?

— Oui ? répondit Nick, sans oser bouger.

— Le modèle a annulé la séance. Et j’ai cette idée, un concept ; ça ne me quitte pas. Je veux faire cette photo. J’ai besoin de la faire, expliqua Damian.

Nick se retourna pour lui faire face et acquiesça. Damian le dévisagea, surpris. On aurait dit que Nicholas comprenait son besoin de créer l’image qu’il avait en tête et qu’il était d’accord avec lui ! Qu’est-ce qu’il étudiait à l’université, déjà ? Peu importe. Damian ne se rappelait même pas le lui avoir demandé. 

— J’ai besoin d’un modèle pour cette photo. Je peux me servir de toi ?

— Que voulez-vous que je fasse ? demanda Nick d’une voix intriguée que Damian ne se souvenait pas de lui avoir jamais entendue.

— J’ai besoin de travailler la pose, et tu me coûteras moins cher qu’un modèle. Juste avec quelques objets d’Ashley, ajouta Damian, en désignant d’une main cavalière la table où étaient disposés divers fouets et objets à lanières.  

— D’ac…D’accord, fit Nick d’une voix faible, avec une fascination nerveuse. 

— Bien. Lève-toi et débarrasse-toi de ton accoutrement, ordonna Damian. J’ai besoin de voir ta peau nue.

Il sourit malicieusement, s’attendant à devoir convaincre le jeune homme qui allait certainement lui opposer un refus… Mais non ! Il eut la surprise de voir Nicholas se déshabiller sans aucune hésitation, jetant son tee-shirt de côté. Il se levait pour enlever ses chaussures et ouvrir son pantalon, quand il réalisa que Damian le fixait. Et là, il hésita.

— Je ne m’y prends pas comme il faut ?  

Damian se mit à rire.

— Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de se déshabiller. Surtout… 

Il se tut, pensant qu’il ne serait pas très sage de faire un commentaire osé avec son assistant. D’un autre côté, vu la façon dont les choses se passaient d’habitude, Nicholas ne resterait pas de toute façon.

— Surtout avec un joli petit cul comme le tien, continua-t-il, se disant que ça ne changerait pas grand-chose si Nicholas s’enfuyait dans la nuit en poussant les hauts cris.

Pas de modèle, pas de photo, du moins pour aujourd’hui.

— Des chaussettes vertes ? 

— Oh. Je pensais juste que je ne devrais peut-être pas jeter mes vêtements au sol, murmura Nick, ignorant le commentaire sur ses chaussettes de couleur vive.

— Jette-les où tu veux, tant que ce n’est pas sur le décor, dit Damian, magnanime, excité à l’idée d’avoir un modèle obéissant pour jouer pendant quelques heures.

De cette façon, il pourrait mettre son idée en scène avant que le modèle hors de prix n’arrive.

Nick finit de se dévêtir, se sentant un peu troublé. Comme Damian ne lui prêtait plus attention, il ne traîna pas. Et, nu, attendit l’instruction suivante.

Damian se rapprocha et le prit par le bras, l’entrainant vers un petit monticule.

— Agenouille-toi là-dessus ; j’ai mis de la mousse dessous. Ce sera moins douloureux pour tes genoux.

— Dos à la caméra ? demanda Nick.

Damian leva les yeux au ciel.

— Oui, dos à la caméra. Juste là.

Il tendait un bras impérieux de façon insultante. 

Nick se mit à genoux, soulagé qu’il y ait un rembourrage sous la toile. Il avait des genoux cagneux, et le sol nu lui avait fait mal quand il s’était agenouillé la première fois.

Damian revint vers lui avec un bruit de cliquetis, et Nick jeta un coup d’œil anxieux au photographe. Il portait des restrictions en cuir noir,  reliées entre elles par une chaine en argent.

— Donne-moi tes mains, ordonna Damian.

Nick lui tendit ses poignets.

Les manchettes en cuir, de la longueur d’un gant, s’étiraient à peu près jusqu’aux coudes de Nick. Damian fixa les boucles sur son bras droit et fit passer la chaine par-dessus la barre qui se trouvait en face de Nick. Elle était haute, arrivant presque à la hauteur des épaules de Damian, et Nick dut soulever les bras pour que photographe puisse lui fixer la seconde manchette. 

Après qu’il l’eut solidement attaché à la barre, Damian caressa l’épaule couleur miel de Nick.

— Ça va ?  

— Ouais.

Damian trouva la voix de Nicholas un peu essoufflée, mais il était tellement excité de voir sa vision artistique prendre vie qu’il n’y prêta guère attention, bondissant de nouveau derrière la caméra pour régler les angles et les éclairages.

Il réprima un sursaut en voyant les muscles souples et fermes qui tendaient les frêles épaules, les fesses rondes et tentatrices, et les boucles sombres qui brillaient sous la lumière des projecteurs. Il avait vraiment été aveugle, se dit Damian, émerveillé. C’était une chance que le modèle blond insipide qu’il avait engagé pour cette séance ne soit pas venu. Nicholas était parfait. Il se délecta de la vue des muscles des cuisses nues qui se contractaient légèrement tandis que Nicholas s’efforçait de rester immobile.

Damian vérifia sa mise au point et prit rapidement quelques clichés.

— Tout va bien ? demanda-t-il. 

— Oui, ça va, dit Nick en se retournant pour jeter un coup d’œil par-dessus son épaule au moment où Damian prenait une photo.

— Évite ça si tu ne veux pas qu’on te reconnaisse, nu et menotté comme tu l’es. Reste… parfaitement… immobile ! grogna Damian.

Nick reprit vivement la pose, son cœur battant la chamade. Il était surpris que Damian n’entende pas ses battements de cœur affolés. Savoir que l’autre homme allait posséder une photo de lui, nu et attaché à une barre, fit se contracter son sexe, et il n’était même pas gay ! N’est-ce pas ? Non, pensa Nick résolument, il ne l’était pas, et il ne le deviendrait pas. Il rendait juste service à son employeur. Rien de plus.   

Son cœur reprit un rythme normal quand les flashs cessèrent. Le silence s’éternisa un peu trop, et il allait de nouveau se retourner pour voir ce que Damian mijotait quand il sentit quelque chose de froid, sur sa cheville. 

— Que… Qu’est-ce que c’est ? demanda nerveusement Nick, tressaillant alors que le métal froid se refermait sur sa cheville. 

Damian lui écarta les jambes d’un coup de pied, sans répondre. Nick se sentit soudain très vulnérable et exposé, son sexe à demi gonflé, ses testicules pendant là où il était sûr que Damian pouvait les voir. Bon Dieu, le photographe voyait probablement tout ce qu’il y avait à voir !   

Nick sursauta quand Damian lui écarta encore plus les jambes et qu’un autre métal froid se refermait sur son autre cheville. Lorsque les mains puissantes le relâchèrent, il essaya de resserrer les cuisses, mais cela lui était impossible. 

— Tu n’as aucune raison de t’inquiéter ; c’est juste un écarteur, dit Damian d’une voix satisfaite. Excellent. Ça te va à merveille. À croire que tu es né pour un porter un.

Des bruits étouffés firent comprendre à Nick que Damian était retourné derrière sa caméra. Il se sentit un peu plus en sécurité, mais pas complètement.  Ligoté comme il l’était, il pouvait à peine bouger. Nick n’avait jamais pu satisfaire Damian auparavant, et entendre l’approbation dans la voix de son employeur était… enivrant. D’un autre côté, il n’avait jamais eu non plus les jambes maintenues écartées et immobilisées. Une expérience dérangeante. Il était en train de calculer s’il pouvait se lever avec l’écarteur, quand les lumières du flash commencèrent à crépiter en l’aveuglant pratiquement.    

— Vous auriez pu me prévenir ! cria Nick avec une énergie qui le surprit lui-même.

— Désolé, répondit Damian d’une voix distraite. 

Nick savait très bien que le photographe ne penserait pas non plus à le prévenir la prochaine fois. Il se tortilla inconfortablement ; porter ces liens le faisait se sentir encore plus nu que lorsqu’il avait enlevé ses vêtements. Il se demandait combien de temps Damian…

Les flashs l’aveuglèrent encore, mais cette fois, il ne dit rien. 

— Cambre un peu les fesses. Non, vers moi. Un peu plus. Non, là c’est trop, remets-toi comme tu étais. Bien, un peu en arrière. Là ! Ne bouge plus !

Les flashs crépitèrent en une succession rapide, et la hanche de Nick commença à lui faire mal. Il espérait pouvoir tenir la pose aussi longtemps que Damian le voudrait sans avoir de crampes dans le dos.

— D’où vient cette cicatrice?

— Oh, désolé, murmura Nick. Euh, un accident. J’ai dû être opéré.

— Elle est magnifique, répondit Damian.

Nick fut indigné ; comment pouvait-il dire ça ? Le jeune homme savait très bien qu’elle était horrible ; il avait connu l’enfer quand il l’avait eue.

— Ha ha ! s’exclama-t-il d’une voix sarcastique.

— La ferme, dit Damian d’une voix rêveuse. 

Nick se tut. Le photographe n’écouterait pas ce qu’il avait à dire de toute façon. Et lui, il commençait à avoir des fourmis dans les bras.  

— D’accord, tiens-toi un peu plus droit. Maintenant, tourne légèrement la tête sur ta gauche. Oh, trèsbien, tu te rappelles où est ta gauche. Je veux que la lumière capture le contour de ta pommette et la ligne de ta mâchoire. Voilà. Ne bouge plus. 

Il y eut à nouveau une succession de flashs. Maintenant qu’il savait que Damian ne prenait pas son visage en photo, Nick s’autorisa à fermer les yeux. Quand les crépitements cessèrent, il tendit ses bras pour étirer les muscles de son dos, essayant d’apaiser la tension croissante dans ses épaules. 

— Tu veux bien arrêter de te tortiller ? Reste immobile jusqu’à ce que je te dise que tu peux bouger, ordonna Damian avec irritation, s’avançant à grandes enjambées pour lui faire reprendre sa position initiale. Fais ce qu’on te dit, mon garçon.

— Oui, Monsieur ! siffla furieusement Nick.

— Et arrête de parler, ou je te musèle, le menaça Damian. 

Le jeune homme se figea tout entier, à l’exception de son sexe qui gonfla sous un soudain afflux de sang. La chaleur de son entrejambe le mit mal à l’aise, mais il ne voulait pas savoir si Damian était sérieux à propos de sa menace. Il avait toutefois l’air de l’être.   

Nick sursauta en sentant des mains chaudes se poser sur ses hanches. Quelque chose effleura ses fesses et il glapit, même si ça ne lui avait pas du tout fait mal.

— Ne bouge pas, bon sang!

Merde, pensa Nick, il avait vraiment l’air sérieux ! Il se concentra pour maintenir son corps dans la position exacte que Damian lui avait fait adopter.

Son dos et ses hanches finirent par donner des signes de faiblesses et Nick dut bouger, en laissant échapper un petit gémissement. Il poussa un cri et tressaillit alors qu’une main s’abattait avec force sur le bas de son dos, envoyant un éclair de chaleur sur sa fesse gauche.

Il se retourna instinctivement juste au moment où le flash se déclenchait.

— Est-ce que tu vas te tenir tranquille maintenant, ou bien tu veux que je te donne encore une fessée ?

La voix de Damian s’était élevée directement derrière lui, alors que le photographe tenait son déclencheur à distance dans la main. Nick resta silencieux et se retourna de nouveau dos à la camera. Il voyait très bien en esprit la trace de la main de Damian, rouge sur la peau blanche de ses fesses. Il fut soudain très mal à l’aise et humilié à l’idée que Damian ait pris une photo de lui dans cette position compromettante. Quelle mouche l’avait donc piqué de s’être déshabillé et agenouillé sans résistance, tandis que Damian prenait encore plus de photos ? Non qu’il ait vraiment le choix maintenant qu’il était attaché. Cela seul suffit à le faire frissonner tout entier.  

— C’est bon, souffla Damian en prenant le dernier cliché.

Il sembla revenir à lui et gloussa devant le corps mince de son assistant, ainsi étiré et attaché, les muscles jouant sous sa peau douce tandis qu’il se forçait à rester immobile ; l’image même d’une promesse sensuelle. 

— Désolé, Nicholas. Je me suis laissé un peu emporter par ma vision, s’excusa-t-il en s’approchant pour délivrer le jeune homme.

Il eut un petit rire en voyant l’empreinte de sa paume s’inscrire sur la fesse ronde du gamin. Il avait vraiment fait ça ?

Il s’agenouilla derrière Nicholas, se penchant un peu plus que nécessaire afin de humer le léger parfum de vanille qu’exhalait la peau du jeune homme, tandis qu’il libérait ses chevilles.

Nick frissonna et les poils de duvet fin, dans son dos, se hérissèrent sous l’effet de la chaleur du corps de Damian, si près de lui. L’autre homme resta agenouillé derrière lui pendant un moment, alors que Nick était toujours menotté, jambes écartées. Si Damian décidait de prendre son plaisir, Nick ne serait pas capable de l’en empêcher. Il était terriblement effrayé, et pourtant son sexe le trahissait, en restant douloureusement dur.  

Damian remarqua que le gamin tremblait, et relâcha doucement un bras en maintenant l’autre, sentant que Nicholas était sur le point de prendre la fuite avec une menotte toujours attachée à son poignet. Une fois qu’il l’eut libéré, le jeune homme sauta sur ses pieds avec une grâce un peu empruntée. Toujours dos à Damian, il courut ramasser ses vêtements et s’engouffra dans la salle de bains en claquant la porte derrière lui. 

Damian resta où il était, faisant courir ses doigts sur les lanières de cuir encore tièdes de la chaleur de Nicholas. Il sentait une odeur d’excitation dans l’air. Le gamin avait donc été excité par cette séance ? Jusque-là, Damian avait été bien trop concentré sur ce qu’il faisait pour examiner les conséquences d’avoir un beau jeune homme nu et attaché, à genoux devant lui. 

Il ne put s’empêcher de sourire en entendant la porte du studio claquer violemment. Cela voulait probablement dire qu’il ne verrait plus Nicholas, mais bon Dieu, le gamin était délicieux ! Son sexe pressant douloureusement contre sa fermeture éclair, Damian dut la baisser pour se soulager un peu. Quand il sortit son sexe, l’air frais caressa ses chairs échauffées, et le contact apaisant de sa main fut agréable. Il ferma les yeux, toujours agenouillé là où Nicholas avait été attaché, et commença ç se masturber, se réjouissant de la beauté du tableau qu’ils avaient créé ensemble. Il éjacula sur la toile où s’était agenouillé Nicholas avec un petit gémissement étouffé.  

NICKN’AVAIT jamais été aussi soulagé de suivre la mode. C’était une chose d’être un libre penseur et d’aller à contre-courant, mais il était quelquefois très utile de porter des pantalons baggy, ne serait-ce que pour cacher une énorme érection. 

Il sentait son sexe osciller à chaque pas, son boxer frottant doucement contre le gland. Il redoutait de jouir dans son pantalon sans plus pouvoir se retenir avant d’arriver dans son minable appartement.

Il trouva une place assise car le métro était plutôt vide à cette heure. Mais il se releva vivement en constatant combien son érection tendait son pantalon. Seul un aveugle n’aurait rien remarqué. Il fit mine de s’intéresser aux publicités des stations successives, s’efforçant sans grand succès de calmer son excitation. 

En règle générale, il avait plusieurs érections par jour et se masturbait au minimum une fois, mais il était maintenant plus dur que de la pierre. Quand il descendit à sa station, chaque pas lui fut pénible. Il se demanda pour la première fois s’il n’aurait pas mieux fait de porter un slip. Il serait à coup sûr plus… confiné quand il était dans cet état, non ? Nick grogna ; rien que de penser au mot ‘confiné’, ça le fit bander de plus belle.  

Il n’y avait rien à faire, sinon se dépêcher. Il franchit le vestibule de son immeuble et se rua dans les escaliers. L’effort fourni permit à son érection de retomber un peu. En ouvrant sa porte, il espéra qu’il avait son excitation sous contrôle, car il ne voulait pas satisfaire ce qui l’avait causée… quoi que cela puisse être.

Il se rendit dans la minuscule salle de bain et baissa son pantalon et son caleçon dans un seul geste. Debout sur le rebord de la baignoire, il se contorsionna pour voir ses fesses et l’empreinte de la main qui rosissait encore sa peau.  

— Quel imbécile, Nicky, murmura-t-il en se moquant de lui-même. Mais à quoi est-ce que tu pensais ? Si tu pensais tout court ! 

En tout cas, elle était bien là ; une marque rouge aux contours un peu pâlichon. Sous son regard scrutateur, l’empreinte de la paume ‘palpita’, envoyant des impulsions rythmiques dans son aine. Son membre recommença à gonfler en pointant vers le plafond. Il ne se rappelait pas avoir jamais été aussi dur, et ça le tuait.  

Il essaya de se remémorer les seins de sa dernière petite amie en date – ou à défaut, ceux de la précédente – tandis qu’il se caressait, faisant passer son pouce sur le méat de son sexe déjà humide. Il accéléra la friction en haletant, ajoutant une légère pression à chaque passage, mais il n’arrivait toujours pas à… Soudain, le claquement de la main de Damian s’abattant sur ses fesses résonna dans sa tête, et il éjacula avec un cri rauque, plus longuement et plus violemment que jamais.

Quand il reprit ses esprits, il était à genoux, se retenant d’une main au lavabo, l’autre enroulée autour de son sexe mou, pantelant rien qu’au souvenir de ce qui s’était passé entre son employeur et lui.

— Oh, merde ! chuchota-t-il.

APRÉSque Damian eut nettoyé et se fut remis de ses émotions, il apporta sa caméra dans la chambre noire pour développer le film. Il lui arrivait de prendre des photos numériques, mais il préférait son vieil appareil photo ; cela lui permettait plus de contrôle sur l’éclairage, la profondeur du champ, et la netteté de l’image.  

Il était impatient de développer ses clichés et de voir ce qu’ils donnaient.

Il mélangea patiemment les produits chimiques, y ajoutant l’accélérateur. Il plaça le film dans le dérouleur et attendit de voir ce qui allait sortir. Quand l’extrémité du négatif apparut, il se pencha plus près, l’odeur âcre lui remplissant les narines. Il souleva le bord pour l’examiner sous la lumière rouge et un sourire flotta sur ses lèvres.

Une fois le film entièrement déroulé, il le posa sur la vitre éclairante bien qu’il soit encore humide. Même sans l’aide de la loupe, il put se rendre compte que c’était une pose parfaite pour mettre en valeur les écarteurs et les menottes. Ashley serait ravi. 

La soumission de ce corps ligoté, associé à l’indéniable élégance de ses courbes, faisaient de Nicholas le modèle parfait pour ce travail. 

Sauf que Nicholas n’était pas un modèle. En fait, le jeune homme ne reviendrait sûrement jamais travailler ici. Damian sourit tristement en survolant le reste des négatifs. Il marqua une pause en voyant le cliché où il avait donné une claque sur les fesses de Nicholas.

Il s’humecta les lèvres. Délectable ! La caméra avait capturé l’instant où Nicholas regardait par-dessus son épaule, la bouche entrouverte sous le coup de la surprise, les yeux écarquillés dans lesquels brillaient la peur, le choc, et une excitation que – Damian en était sûr – il aurait préféré cacher.

La contorsion de son corps révélait un mamelon affriolant, à la large aréole sombre, qui ne demandait qu’à connaître la petite morsure de la pince-téton. Nicholas s’était suffisamment tourné sur cette photo pour que l’on distingue – tout juste – son sexe, un sexe dur et tendu, assoiffé de caresses.

Damian effleura le renflement de sa verge excitée, sous son jean, en admirant l’empreinte de sa paume sur la fesse de Nicholas, telle une marque de propriété, la peau rougie contrastant avec la pâleur laiteuse des chairs subtilement incurvées. 

— Il faut que je me fasse une copie de cette photo, murmura Damian.

Ce cliché allait devenir la pièce maîtresse de sa collection privée, celle qu’il n’avait jamais montrée au reste du monde.

Il se caressa jusqu’à ce qu’il explose dans un orgasme colossal, les yeux fixés sur le meilleur cliché qu’il ait jamais pris. Il baissa enfin les paupières en atteignant le septième ciel.  

NICKSE réveilla en sursaut. Le réveil n’avait même pas sonné. Il sourit tristement. Après avoir éjaculé dans la salle de bain, il avait essayé de se remettre à ses études, mais son esprit s’évadait de ses livres toutes les deux secondes.   

À présent, il était couché dans une flaque de sperme qui refroidissait rapidement. Et son sexe était à nouveau presque dur.

— Mec, se dit Nick à haute voix, il faut que tu arrêtes de penser à ça.

Mais non, rien à faire… Son bas-ventre se contracta tandis qu’il se repassait en esprit les événements de la veille, étape par étape. Il avait cru savoir ce qu’il faisait quand il s’était déshabillé. Il étudiait l’art, et il avait déjà servi de modèle ; en plus, il avait regardé Damian travailler, et l’homme n’avait jamais peloté un de ses modèles sous couvert de leur faire prendre une pose ou une autre.

Il devait y avoir quelque chose en lui, pensa-t-il tristement. Quelque chose dont il n’avait pas conscience, mais que Damian avait décelé, le poussant à l’attacher. Non, pas simplement l’attacher, mais lui mettre des restrictions en cuir aux poignets, et lui étirer les bras pour le ligoter à la barre. Sans parler des écarteurs. Le métal froid avait contrasté agréablement avec la chaleur des doigts de Damian, qui l’avait délicieusement effleuré en lui entravant les chevilles. 

Il roula sur les genoux. Sans même s’en rendre compte, il se mit à caresser ses testicules de la main gauche et son sexe de la droite. Il repensa à la douceur des doigts de Damian sur son bras, puis à cette poigne de fer qui l’avait ‘puni’ d’une claque sur les fesses.

Nick jouit encore dans un grand cri, cambrant le dos pour s’offrir à l’homme qu’il imaginait derrière lui.

II

ASHLEYÉTAIT impatient.

— Quoi, le bougre n’est pas venu ?

— Non, répondit Damian, et son agence n’arrive pas à le localiser. Il va falloir qu’on prenne un autre modèle.

Il était un petit peu distrait. Nicholas n’était pas venu non plus, et il avait lui-même passé une nuit agitée. Chaque fois qu’il avait essayé de s’endormir, il s’était retrouvé en train de rallumer la lumière, pour admirer la marque qu’il avait faite à Nicholas, s’attirant son  regard choqué.  

Il décida de brûler les négatifs. Après tout, le jeune homme n’avait pas donné son accord, il n’était donc pas éthique que Damian les conserve. Oui, il les brûlerait.

Mais pas tout de suite.

— Alors, qu’est-ce que tu préfèrerais ? Un blond, un brun ? demanda Ashley en feuilletant le catalogue de l’agence. On va devoir les recevoir en personne, pas vrai ?

— Bien sûr. On ne peut jamais savoir s’ils disent la vérité sur ces fiches. Il y en a même qui mentent sur leurs mensurations, fit Damian.

— Ils donnent leurs mensurations ? s’exclama Ashley avec enthousiasme en regardant les fiches.

— Taille et poids, Ash, pas la longueur, répondit Damian avec un petit sourire narquois.

Il se tourna en entendant le léger craquement de la porte qui s’ouvrait. Nicholas se tenait là, posant sagement son sac dans un coin, hors du passage.

— Bonjour Damian, monsieur Winthrop. Vous voulez un café ? marmonna-t-il, les yeux baissés.

Il n’osait pas regarder Damian, de peur que l’autre homme se moque de lui. Ou pire, que Damian devine rien qu’à le voir qu’il avait passé la nuit à se masturber en pensant à lui… et, plus humiliant encore, à faire des choses pour lui.

— Oui, s’il te plaît, descends nous en acheter trois, ainsi que des muffins, répondit joyeusement Damian en lui tendant de l’argent.

— Un café au lait pour moi, renchérit Ashley. Un grand, à la cannelle…

— Je n’ai pas oublié, monsieur Winthrop. Grand décaféiné à la cannelle, crème fouettée basses calories.

Nick prit l’argent en évitant soigneusement toucher les doigts de Damian, et il s’éclipsa pour se rendre dans le café que son employeur préférait.

Ashley regarda Nicholas repartir d’un air incrédule, puis son regard se reporta sur Damian, qui souriait bêtement.

— Que lui as-tu fait pour qu’il se comporte aussi bien ?

— Oh, je lui ai juste donné une petite fessée, lui confia Damian.

Ashley rit de bon cœur.

— Si seulement ! Mais de nos jours, avec toutes ces poursuites en justice, on ne peut plus faire ça à ses employés. Et c’est bien dommage. Beaucoup de ces gamins pourraient s’améliorer sous une poigne de fer. Enfin, quoi que tu aies fait, il semblerait que ça marche. 

Damian rit lui aussi, se demandant ce que penserait Ashley s’il savait ce qui c’était vraiment passé.

— Un brun, reprit-il.

— Quoi, qu’est-ce que… ? Oh, le modèle. Oui, j’aurais tendance à être de ton avis, sauf pour ces lanières de cuir noir. Elles ressortent mieux sur un blond, précisa Ashley en penchant la tête pour scruter de nouveau les fiches. 

— Je pensais me servir de Nicholas pour quelques clichés, dit Damian, l’air de rien.

Le ton soigneusement évasif qu’il avait pris donna aussitôt la puce à l’oreille à Ashley. Il décida de taquiner un peu la proverbiale anguille sous roche...

— Je ne sais pas, mon cher Damian, tu ne peux pas entraîner  là-dedans un innocent comme lui, dit-il en se frottant le menton, l’air pensif. Il serait choqué. Très choqué.

Damian sourit, se rappelant avec quelle facilité Nicholas s’était déshabillé pour lui.

— Je ne pensais pas aux clichés coquins. Je me disais juste qu’il serait parfait pour certains vêtements en cuir.  

Ashley réfléchit.

— D’accord, il est beau garçon, même s’il est énervant. On lui demandera. Tu comptes le payer au tarif d’un modèle ? 

— S’il s’en sort bien. Je vais devoir faire une séance d’essai, bien sûr.

— Bien sûr, acquiesça Ashley, un petit sourire sur les lèvres.

La porte se rouvrit, et Nick reparut, portant en équilibre une boîte en carton contenant une sélection de pâtisseries et trois cafés. Il posa le tout sur la petite table de la cuisine, apportant en outre des serviettes et des assiettes en papier. Il sortit la crème du réfrigérateur et ajouta des cuillères pour le sucre. 

— Assieds-toi avec nous, Nicholas, dit Damian.

Nick le regarda entre ses cils à demi-baissés, sans lever la tête. Allait-il être licencié ou allait-on lui faire des avances ? Damian poussa un des cafés vers lui.

— Ashley a une proposition à te soumettre.

Nick rougit furieusement, se demandant si Damian avait dit au séduisant homme blond ce qui s’était passé la veille. Il fit mine de se lever, mais une main s’enroula à son poignet, le retenant.

Damian prit un ton apaisant pour calmer le jeune homme.

— Ce n’est pas si terrible, Nicholas. Il veut juste savoir si tu serais d’accord pour poser pour quelques vêtements.