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S’éloignant d’une conception idéologique héritée de la culture chrétienne visant à faire de la guerre une activité moralement répréhensible, Machiavel porte un regard novateur sur le sujet et replace la guerre au coeur de l’histoire politique en la percevant comme un élément indispensable à la construction de l’Etat, allant jusqu’à démontrer que la guerre est un gage de liberté. Il faut en effet que l’Autorité Publique se dote d’une milice nationale afin de défendre la République et ses institutions. Ouvrant la voie à la pensée politique moderne, L’Art de la Guerre devient ici un Art de la Liberté.Le texte est suivi d’une biographie de Nicolas Machiavel par Charles Louandre.
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Veröffentlichungsjahr: 2016
Copyright
L’Art de la Guerre
PRÉFACE DE NICOLAS MACHIAVEL
LIVRE PREMIER
LIVRE SECOND
LIVRE TROISIÈME
LIVRE QUATRIÈME
LIVRE CINQUIÈME
LIVRE SIXIÈME
LIVRE SEPTIÈME
VIE DE NICOLAS MACHIAVEL
Également Disponible
Notes de bas de page
Copyright © 2016 / FV Éditions
Image de la couverture :
Statue de machiavel par Lorenzo Bartolini
Traduction : Toussaint Giraudet (1521)
ISBN 979-10-299-0241-3
Tous Droits Réservés
par
Nicolas Machiavel
— 1469-1527 —
Portrait de Machiavel par Santi di Tito, XVIe siècle
*
S’éloignant d’une conception idéologique héritée de la culture chrétienne visant à faire de la guerre une activité moralement répréhensible à laquelle il ne faudrait avoir recours qu’en dernière limite, Machiavel porte un regard novateur sur le sujet et replace la guerre au coeur de l’histoire politique en la percevant comme un élément indispensable à la construction de l’Etat, allant jusqu’à démontrer que la guerre est un gage de liberté. Il faut en effet que l’Autorité Publique se dote d’une armée civique, d’une milice nationale sur le modèle notamment de l’Armée Romaine qu’il pose comme exemplaire, afin de défendre la République et ses institutions. Ouvrant la voie à la pensée politique moderne, L’Art de la Guerre, à l’inverse des mauvaises intentions que l’on prête souvent à Machiavel, devient ici un Art de la Liberté. Dans son ouvrage Le Prince, l’auteur écrivait d’ailleurs que « Le meilleur Etat est celui où les hommes vivent dans la concorde et où la législation nationale est protégée contre toute atteinte. En effet, il est certain que les séditions, les guerres, l'indifférence systématique ou les infractions effectives aux lois sont bien plus imputables aux défauts d'un Etat donné qu'à la méchanceté des hommes. (...) Un prince doit donc n'avoir d'autre objet ni d'autre pensée, ni s'approprier d'autre art que celui de la guerre, de son organisation comme de la discipline qui s'y rapporte - car c'est le seul art qui convient à celui qui commande, et il a tant de valeur que non seulement il maintient au pouvoir ceux qui sont nés princes, mais souvent il permet aux hommes de condition privée de s'élever à ce titre. À l'inverse, on voit que les princes qui pensent plus aux plaisirs qu'aux armes ont perdu leur État. Or, la première cause qui te le fait perdre, c'est de négliger cet art ; et la cause qui te le fait acquérir, c'est la maîtrise de cet art.»
FVE
citoyen et secrétaire de Florence,
à L’Art de la guerre
À Lorenzo Strozzi , gentilhomme florentin.
On a soutenu, Lorenzo, et l’on soutient encore tous les jours qu’il n’y a rien qui ait moins de rapport, rien qui diffère autant l’un de l’autre que la vie civile de la vie militaire. Aussi, quelqu’un embrasse-t-il le parti des armes, il quitte aussitôt avec l’habit, les mœurs les habitudes, la voix même et le maintien de la ville. Cet extérieur, en effet, ne peut convenir à quiconque veut être rapide et prêt à commettre toute espèce de violence ; on ne saurait garder des usages, des formes que l’on juge être efféminés, peu favorables à ses nouvelles occupations ; et peut-il être convenable de conserver l’extérieur et le langage ordinaire à celui qui, avec des blasphèmes et de la barbe, veut faire peur aux autres hommes ! Ce qui a lieu de nos jours rend cette opinion très vraie et cette conduite très conséquente.
Mais si l’on considère le système politique des Anciens, l’on verra qu’il n’y avait point de conditions plus unies que ces deux-là, plus conformes et plus rapprochées par un mutuel sentiment de bienveillance. Et, en effet, tous les établissements créés pour l’avantage commun de la société, toutes les institutions formées pour inspirer la crainte de Dieu et des lois seraient vaines si une force publique n’était destinée à les faire respecter ; et lorsque celle-ci est bien organisée, elle supplée aux vices mêmes de la constitution. Sans ce secours, l’État le mieux constitué finit par se dissoudre : semblable à ces palais magnifiques qui, brillants dans l’intérieur d’or et de pierreries, manquent d’un toit qui les défende des injures du temps.
Chez les Anciens, dans les républiques comme dans les monarchies, s’il y avait quelque classe de citoyens à qui on cherchât à inspirer de préférence la fidélité aux lois, l’amour de la paix et le respect des dieux, c’était surtout aux citoyens soldats. De qui, en effet, la patrie doit-elle attendre plus de fidélité que de celui qui a promis de mourir pour elle ? Qui doit plus chérir la paix que celui qui peut le plus souffrir de la guerre ? Qui doit enfin plus respecter Dieu que celui qui, en s’exposant chaque jour à une foule de dangers, a le plus besoin des secours du ciel ? Ces vérités avaient été bien senties de leurs législateurs et de leurs généraux ; Aussi, chacun se plaisait à célébrer et s’efforçait de suivre les mœurs austères et pures des camps. Mais la discipline militaire s’étant tout à fait corrompue et entièrement écartée des règles anciennes, il en est résulté ces funestes opinions qui répandent partout la haine pour les militaires et l’aversion pour leur commerce.
Quant à moi, après avoir réfléchi sur ce que j’ai vu et lu, il me semble qu’il ne serait pas impossible de rappeler l’état militaire à sa première institution, et de lui rendre quelque chose de son ancienne vertu. J’ai donc résolu, afin de ne pas passer dans l’inaction ce temps de mon loisir, d’écrire pour les partisans de l’Antiquité, ce que je ne puis savoir de L’Art de la guerre. Je n’ignore pas qu’il est téméraire d’écrire sur un métier que l’on n’a jamais exercé ; je ne crois pas cependant que l’on puisse le faire de grands reproches d’oser occuper, sur le papier seulement, un poste de général, dont beaucoup d’autres se sont chargés en réalité avec une plus forte présomption encore. Les erreurs où je puis tomber en écrivant peuvent être rectifiées, et n’auront nui à personne ; mais les fautes de ceux-là ne sont aperçues que par la ruine des empires.
C’est à vous, Lorenzo, à apprécier mon travail ; vous jugerez qu’il mérite la louange ou le blâme. Je vous l’offre comme un trop faible gage de la reconnaissance que je vous dois pour tous vos bienfaits. Il est d’usage de dédier ces sortes d’ouvrages aux hommes distingués par leur naissance, leurs richesses, leurs talents et leur générosité. Il n’y a pas beaucoup d’hommes qui puissent vous être comparés pour la naissance ou la fortune, bien peu pour les talents et aucun pour les qualités libérales.
Persuadé qu’il est permis de louer un homme qui, n’est plus, puisque la mort écarte de nous tout motif, tout soupçons même de flatterie, je ne craindrais pas de payer ici un juste tribut d’éloges à mon ami Cosimo Rucellai , dont je ne puis me rappeler le nom sans verser des larmes. Il possédait toutes les qualités qu’un ami désire dans son ami et que la patrie réclame dans ses enfants. Il n’est aucun bien, je crois, qu’il n’eût volontiers sacrifié pour ses amis ; et il n’est point d’entreprise si hardie dont il eût pu s’effrayer s’il y eût vu attaché quelque avantage pour sa patrie. Je déclare que, parmi tous les hommes que j’ai connus et fréquentés, je n’en ai pas rencontré de plus susceptible de s’enflammer au récit des grandes et belles actions. Le seul regret qu’au lit de mort il exprimait à ses amis, c’était de mourir au milieu de ses foyers, jeune et dépourvu de gloire, sans qu’aucun important service eût pu signaler sa carrière. Il sentait qu’il n’y avait rien à dire de lui, sinon qu’il avait été fidèle à l’amitié. Mais à défaut de ses actions, je puis, avec quelques-uns de ceux qui l’ont également connu, rendre un juste témoignage à ses brillantes qualités. Ce n’est pas que la fortune lui ait été tellement contraire, qu’il n’ai pu nous transmettre quelques souvenirs de la délicatesse de son esprit : il a laissé plusieurs écrits et, entre autres, un recueil de vers érotiques, auxquels il s’exerça dans sa jeunesse, sans avoir aucun objet réel d’amour, mais seulement pour occuper son temps jusqu’à ce que la fortune eût pu tourner son esprit vers de plus hautes pensées. On peut voir par ces écrits avec que succès il savait exprimer ses pensées et quel nom illustre il se serait acquis dans la poésie s’il en eût fait l’unique objet de ses études.
La mort m’ayant donc enlevé cet ami si cher, je ne puis autant qu’il est en moi, remédier à sa perte qu’en m’occupant de sa mémoire, et en me rappelant ces différents traits qui marquent ou la pénétration de son esprit ou la sagesse de sa raison ; et, à cet égard, je ne puis citer rien de plus récent que l’entretien qu’il eut dans ses jardins avec Fabrizio Colonna où celui-ci parla avec tant d’étendue sur l’art de la guerre, et où Cosimo se fit remarquer par des questions si heureuses et si sensées. J’étais présent à cette conversation, ainsi que quelques-uns de nos amis ; et je me suis déterminé à l’écriture pour que ceux des amis de , qui en ont été comme moi les témoins, se rappellent de nouveau et son talent et ses vertus. Ses autres amis regretteront de n’avoir pu s’y trouver, et pourront retirer quelque utilité des sages leçons qu’y donna non seulement sur l’art militaire, mais même sur la vie civile, un des hommes les plus éclairés de ce siècle.
Lesen Sie weiter in der vollständigen Ausgabe!
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