L'atome et l'esprit - Charles Lévêque - E-Book

L'atome et l'esprit E-Book

Charles Lévêque

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Les forces innombrables, infiniment variées, dont l’ensemble compose l’univers jouent sans cesse un jeu auquel l’homme ne peut jamais, quoi qu’il fasse, demeurer indifférent. Sa destinée en effet suit toujours plus ou moins les chances diverses de la partie engagée. Il s’efforce donc, autant qu’il est en lui, de diriger les coups, et pour cela d’entrevoir, comme disait Jouffroy, le dessous des cartes dont la nature physique ne lui présente que le dessus. Entrevoir le dessous des cartes dans le jeu des choses entre elles et avec nous, c’est pénétrer jusqu’au sanctuaire mystérieux où se cachent les énergies secrètes, les âmes, en un mot les causes secondes. C’est affirmer l’existence, déterminer la nature, marquer les caractères distinctifs des puissances de l’univers, non d’après l’expérience, qui n’a pas d’yeux pour les apercevoir, mais d’après l’idée que s’en forme la raison. C’est travailler à cette science supérieure qui répand les clartés idéales sur la confuse réalité. Ceux-là y travaillent qui conçoivent et affirment l’atome d’éther dans les vibrations lumineuses, l’atome chimique au sein de la molécule de l’or et du cristal, l’âme sous le tissu de la plante, l’esprit dans les volontés de l’animal. Le philosophe ne mérite son nom qu’à la condition de démontrer ces conceptions diverses et d’en former une interprétation plus ou moins complète de l’univers. Alors la nature apparaît, grâce à lui, non plus comme une énigme indéchiffrable, mais comme une œuvre admirablement intelligible…

À PROPOS DE L'AUTEUR 

Jean Charles Lévêque (1818-1900) est un philosophe français spécialisé en métaphysique et esthétique. Agrégé de philosophie en 1842, il enseigne dans plusieurs lycées avant de devenir professeur au Collège de France en 1857. Il est reconnu pour ses travaux sur la science du beau et récompensé par plusieurs académies. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques dès 1865, il laisse son nom à un prix de métaphysique. 

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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L'atome et l'esprit

L'atome et l'esprit

ou la philosophie de la nature et de l’esprit

La nouvelle philosophie de la nature : l'atome et l'esprit{1}

Les forces innombrables, infiniment variées, dont l’ensemble compose l’univers jouent sans cesse un jeu auquel l’homme ne peut jamais, quoi qu’il fasse, demeurer indifférent. Sa destinée en effet suit toujours plus ou moins les chances diverses de la partie engagée. Il s’efforce donc, autant qu’il est en lui, de diriger les coups, et pour cela d’entrevoir, comme disait Jouffroy, le dessous des cartes dont la nature physique ne lui présente que le dessus. Entrevoir le dessous des cartes dans le jeu des choses entre elles et avec nous, c’est pénétrer jusqu’au sanctuaire mystérieux où se cachent les énergies secrètes, les âmes, en un mot les causes secondes. C’est affirmer l’existence, déterminer la nature, marquer les caractères distinctifs des puissances de l’univers, non d’après l’expérience, qui n’a pas d’yeux pour les apercevoir, mais d’après l’idée que s’en forme la raison. C’est travailler à cette science supérieure qui répand les clartés idéales sur la confuse réalité. Ceux-là y travaillent qui conçoivent et affirment l’atome d’éther dans les vibrations lumineuses, l’atome chimique au sein de la molécule de l’or et du cristal, l’âme sous le tissu de la plante, l’esprit dans les volontés de l’animal. Le philosophe ne mérite son nom qu’à la condition de démontrer ces conceptions diverses et d’en former une interprétation plus ou moins complète de l’univers. Alors la nature apparaît, grâce à lui, non plus comme une énigme indéchiffrable, mais comme une œuvre admirablement intelligible. La science qu’il édifie ainsi, c’est, depuis plus de vingt siècles, la métaphysique. De modernes savants, — messieurs Berthelot et Laugel entre autres, — l’appellent la science idéale. Le nom de philosophie idéaliste de la nature est peut-être celui qui lui convient le mieux.

Dans ces dernières années, le crédit de cette science des causes a paru gravement compromis. De tous les points de l’horizon, des ennemis se sont levés contre elle. Cet assaut général était de nature à ébranler les convictions les plus éprouvées. Cependant les vétérans de cette philosophie française qui prend pour point de départ l’observation de l’homme intérieur sont restés fidèles à l’esprit qui depuis cinquante ans soutient et anime leurs études. Ils se séparent sur certains points sans doute, et il faut se réjouir de ces divergences, car la science en tirera profit ; mais le fait certain et capital, c’est que durant la récente crise philosophique aucun penseur se rattachant de près ou de loin au grand mouvement de 1818 n’a renoncé à l’interprétation métaphysique de la nature.

Expliquer cette constance par l’entêtement ou par l’esprit de routine, ce serait faire à ces penseurs consciencieux et convaincus une injure gratuite. Leur ferme attitude a de tout autres causes. Ils se sont dit d’abord que la vérité expérimentale et la vérité rationnelle n’étant après tout qu’une même chose, elles devaient tôt ou tard se confirmer réciproquement ; puis, suivant avec attention le prodigieux mouvement scientifique de l’époque présente, ils se sont assurés que beaucoup de savants, par leurs tendances philosophiques, n’ont cessé de justifier et justifient chaque jour davantage les espérances des métaphysiciens. La science moderne, je dis plus, la science actuelle, s’appuie sur un ensemble de conceptions idéalistes affirmées ou supposées. Ces conceptions, pour la plupart, sont celles auxquelles aboutit le spiritualisme ; mais voici qui est plus curieux : les sciences positives se montrent parfois sur les questions capitales plus hardies, plus avancées, plus téméraires que pas une doctrine philosophique. C’est à tel point qu’en ce moment même elles hasardent un idéalisme vraiment nouveau, que les spéculatifs de profession acceptent en partie, mais qui pourtant dépasse de beaucoup l’extrême limite de leurs inductions légitimes. Ainsi la métaphysique, vouée, selon de sinistres prophéties, à une mort prochaine, prend une vie et une force nouvelles, et cela avec la coopération parfois intempérante des sciences qui, disait-on, devaient la tuer. Si le fait est vrai, quel éclatant démenti donné aux prédictions positivistes !

Or ce fait est certain. Il n’y a plus à en douter quand on a étudié d’importants travaux récemment publiés. De nombreux savants reviennent à cette recherche de l’invisible, de l’idéal et des causes dont on s’était flatté de les dégoûter à jamais. Ni les trésors de l’observation, ni la beauté des lois nouvellement découvertes, ne satisfont leur soif de connaître. Il leur faut une philosophie idéaliste de la nature, et quand ils ne la trouvent pas toute prête, sous la main, ils l’improvisent. Les preuves surabondent ; mais pour aujourd’hui, je n’appellerai en témoignage que la chimie et l’histoire naturelle. Sur la philosophie des chimistes, mon guide sera le dernier ouvrage théorique de M. Ad. Würtz. Il y a deux sortes de chimistes : ceux qui ont peur de la philosophie et ceux qui possèdent l’art de s’y appuyer. M. Würtz est de ces derniers. Tout en exposant fidèlement les résultats de l’expérience, il les voit et les fait voir de haut. Si je ne me trompe, il dirait volontiers de la science et en particulier de la chimie ce que Bossuet disait de la vérité en général, qu’elle est semblable à l’eau des fontaines, et qu’on doit l’élever pour la mieux répandre. Aussi l’Histoire des doctrines chimiques depuis Lavoisier jusqu’à nos jours fait-elle penser en même temps qu’elle instruit ; mais l’intérêt principal de ce remarquable morceau de littérature scientifique, c’est qu’on y assiste au développement continu pendant soixante années d’un idéalisme chimique auquel ont travaillé les plus illustres savants, et qui semble atteindre en ce moment son dernier degré de précision. C’est au sujet de cette philosophie que je consulterai surtout M. Würtz. Quant aux naturalistes, je demanderai leurs théories à trois hommes différents d’origine, de tendance, d’opinion. M. Agassiz, Suisse de naissance et professeur à Cambridge, en Amérique, est une puissante intelligence. Observateur pénétrant, penseur fécond en intuitions larges et profondes, du reste étranger, comme il le dit lui-même, à tout esprit de bigoterie ou de secte, il ne craint pas de se montrer idéaliste jusqu’à relever au nom de la zoologie les types génériques du platonisme. Notre compatriote M. de Quatrefages, plus circonspect, mais éminent par le talent d’exposition, la méthode et l’impartialité, établit en ce moment l’anthropologie sur un système d’hypothèses empruntée à la psychologie. Enfin un Allemand partisan avoué des idées darwiniennes, M. Schaaffhausen, professeur à Bonn, a trouvé le secret d’édifier, en se fondant sur la théorie de l’évolution, une zoologie spiritualiste dont les perspectives hardies s’étendent à l’infini dans le passé et dans l’avenir. Les doctrines de ces savants ont d’autant plus de signification qu’ils ne sont enrôlés sous aucune de nos bannières philosophiques. En méditant sur leurs travaux, je suis arrivé aux conclusions suivantes, que je vais essayer de justifier par la démonstration. D’abord il y a au fond de la chimie moderne un idéalisme tantôt conscient, tantôt inconscient, mais nettement caractérisé. En second lieu, les naturalistes actuels ont aussi leur métaphysique, peut-être plus hardie encore. Enfin cet idéalisme scientifique, quoique parfois aventureux, n’est ni tout à fait hypothétique ni purement chimérique. Il répond aux vues les plus neuves de certains penseurs aussi solides que brillants, et il signale un mouvement auquel la philosophie proprement dite doit résolument s’associer pour l’empêcher d’avorter et pour recouvrer cette hégémonie intellectuelle à laquelle son honneur et son devoir lui commandent également d’aspirer.

I.

Parmi les premières sciences où se soit exercée l’activité naissante et inexpérimentée de l’esprit humain, la chimie est assurément l’une des plus anciennes. Sans la faire remonter jusqu’à Mezraïm, fils de Cham et premier roi d’Égypte, sans en chercher les origines dans la douteuse sagesse des prêtres égyptiens, il est permis d’en reconnaître au moins les germes au fond des systèmes qui furent les préludes de la philosophie grecque. Dès cette époque, l’étude de la nature, confondue avec celle de la matière, était déjà idéaliste, car elle assimilait les forces physiques tantôt à des âmes, tantôt à des dieux. L’abus qu’elle faisait de l’hypothèse et de la conjecture était compensé par de fermes tendances philosophiques. A partir de notre ère, ce fut l’esprit de chimère qui l’emporta. Alors et au moyen âge, on rencontre de plus en plus marquées les traces de l’alchimie, cette recherche ardente et folle qui visait à découvrir le double secret de convertir les métaux en or et de prolonger à volonté la vie de l’homme en la dérobant aux maladies. Au premier siècle, Caligula tentait d’extraire de l’or d’une grande quantité d’orpiment, mais le peu de succès de son expérience ne tardait point à le dégoûter. Bien d’autres devaient réussir aussi peu sans toutefois perdre courage. Dix siècles plus tard en effet, l’alchimie, malgré ses mécomptes, s’obstinait à vivre d’espérance. L’une de ses plus fameuses victimes fut un médecin nommé Rhazès, à qui cette science infligea deux déceptions cruelles. Renommé pour son habileté à produire de l’or, il fut incapable d’arracher à ses cornues la somme de dix pièces d’argent promise en dot à sa femme, et subit la prison pour dettes. Plus tard, atteint de cécité à la suite d’une cataracte, il reconnut, à ses dépens, son impuissance à commander aux maladies. Peu à peu cependant l’alchimie, instruite par ses échecs même, se rapprochait des voies scientifiques. Certes, au moment où le grand souffle de la renaissance excitait les intelligences et les poussait à toutes les audaces, Paracelse était encore alchimiste et astrologue. Il admettait, sous le nom de grand arcane, une matière première d’où la Divinité, selon lui, tirait tous les êtres, qui sont autant d’arcanes particuliers. Sans doute il a écrit des pages extravagantes où il prouve que certains homuncules semblables à nous peuvent naître en dehors des voies physiologiques ; pourtant l’alchimie est à ses yeux autre chose que l’art de faire de l’or. C’est par excellence l’art de plier à notre usage les forces physiques en imitant habilement les opérations de la nature elle-même, qu’il nomme le premier des alchimistes. Lorsqu’il tenait ce langage dont la bizarrerie cache une réelle profondeur, Paracelse était le véritable précurseur de la chimie moderne. Imiter en effet les actions et les réactions de la nature, comme elle défaire, refaire, décomposer, recomposer les corps, telle devait être la puissance expérimentale de la nouvelle science chimique. D’autre part, personnifier la nature, la considérer sinon comme un alchimiste unique, du moins comme un ensemble de forces invisibles et idéalement conçues, dont il faut surprendre les habitudes et les lois, telle devait être la puissance théorique du chimiste au XIXe siècle. De ces deux puissances, on peut dire que Lavoisier a fondé la première, Dalton la seconde.

Lorsque Lavoisier parut, l’alchimie agonisait ; mais elle n’était pas morte. Soutenue par la pensée que les métaux étaient des corps composés et par l’incorrigible espoir d’en retirer beaucoup d’or, elle s’obstinait dans ses anciennes pratiques. Lavoisier lui porta le coup de grâce en démontrant que les métaux sont des corps simples ; mais là ne se borna point l’œuvre de son génie. Généralisant la notion des corps simples, il l’éleva au suprême degré de clarté. Il proclama simples les corps dont on ne peut tirer qu’une seule espèce de matière, qui, soumis à toutes les épreuves, se retrouvent toujours les mêmes, indestructibles, indécomposables. Après avoir défini ces corps, Lavoisier montra qu’ils étaient doués du pouvoir de s’unir entre eux et de former par là des corps composés sans que cette union entraîne la moindre perte de substance. Il constatait en effet, la balance à la main, que chaque combinaison renferme toute la matière des corps qui y sont entrés. Ces quelques principes d’apparence si modeste portaient dans leurs flancs la plus brillante et la plus heureuse des sciences modernes. Dès ses premières années, elle se développa rapidement à l’aide de sa méthode, dont la précision est incomparable. Sa puissance fut complète lorsqu’elle eut découvert avec Wenzel et Richter la loi des proportions définies, avec Dalton la loi des proportions multiples. Ces lois lui avaient livré le secret de l’action réciproque des éléments. Par elles, la chimie connaissait désormais les conditions mathématiques dans lesquelles s’accomplissent les mariages des substances qu’elle rapproche. Elle devenait maîtresse de former à son gré ces unions mystérieuses ou de les dissoudre quand il lui plairait. Réalisant enfin le vœu de Paracelse et se conformant au précepte de Bacon, elle imitait à volonté la nature et devenait, au moins dans certains cas, sa rivale.

Au moment même où ses lois lui étaient révélées par des faits éclatants, la chimie voulut pénétrer, au-delà de l’expérience, jusqu’à la substance des corps et jusqu’à la cause interne des changements qu’ils éprouvaient. Trente ans à peine après les premières observations de Lavoisier, cette science sentit la nécessité de grouper les phénomènes autour d’une théorie qui en éclairât l’étendue et les relations. Dès lors on la surprend en flagrant délit de métaphysique. Ce qui paraîtra plus étonnant encore, c’est que l’idéalisme chimique inauguré à cette époque est resté en crédit, s’est fortifié avec les années, et exerce aujourd’hui un empire presque incontesté. Pour comprendre et mesurer l’essor que prit la chimie théorique il y a soixante ans, il faut savoir comment on fut conduit à adopter l’hypothèse des atomes.

En 1804, Dalton étudiait à Manchester la composition de deux gaz, le gaz des marais et le gaz oléfiant, formés l’un et l’autre d’hydrogène et de charbon. Il reconnut que, la quantité de charbon restant la même, le gaz oléfiant renferme exactement moitié moins d’hydrogène que le gaz des marais. Frappé de cette proportion de 2 à 1, il voulut étudier au même point de vue la composition de l’acide carbonique et de quelques autres corps. Le résultat de ses recherches fut celui-ci : lorsqu’un corps simple donné forme avec un autre corps simple une suite de combinaisons, le poids de l’un de ces corps restant le même, les poids de l’autre varient suivant des rapports numériques très simples. Quoi de plus simple effectivement que les différences de 1 à 2, 1 à 3, 2 à 3, 1 à 4, qui expriment ces rapports ? C’est là ce qu’on a nommé la loi des proportions multiples, dont la formule a été trouvée par Dalton. Un exemple rendra cette loi aisément intelligible. Qu’on prenne de l’azote et de l’oxygène et qu’on en forme une série de composés en conservant toujours la même quantité d’azote, soit 175 parties, on obtiendra le tableau suivant :

Le protoxyde d’azote renferme, pour

175 parties d’azote

100 d’oxygène

Le bioxyde d’azote

175 —

200 —

L’acide nitreux

175 —

300 —

L’acide hyponitrique

175 —

400 —

L’acide nitrique

175 —

500 —

Entre les chiffres de ces deux colonnes, les relations sont saisissantes. Un seul et même nombre occupe la première, tandis que dans la seconde figurent des quantités qui varient comme les nombres simples 1, 2, 3, 4, 5. Notons que cette belle loi embrasse et confirme celle des proportions définies, laquelle est encore plus facile à comprendre, et consiste en ceci, que, pour former par exemple du protoxyde d’azote, il faudra dans tous les cas invariablement associer 175 parties d’azote à 100 parties d’oxygène. Il y a là une proportion déterminée, fixe, constante, qui constitue une loi. Avant Dalton, cette permanence avait été contestée ; elle le fut encore de son temps, notamment par Berthollet. Elle ne l’est plus aujourd’hui. En posant cette loi, en y ajoutant celle des proportions multiples, la chimie est venue attester deux fois les habitudes régulières de la nature et l’ordre merveilleux auquel elle obéit.

Après avoir constaté ces intéressants phénomènes, Dalton eut l’ambition de les interpréter théoriquement. Pour expliquer le jeu si merveilleusement régulier des combinaisons chimiques, il eut recours à une hypothèse très claire dont il sut encore augmenter la clarté. Évoquant les corpuscules autrefois imaginés par Démocrite, il supposa que les parties dernières qui s’associent dans les corps mis en présence sont des atomes d’une étendue réelle et d’un poids constant. Partant de là, il disait que, si deux corps se combinent selon la loi des proportions définies simples, un atome du premier s’unit à un atome du second. Si les combinaisons ont lieu selon la loi des proportions multiples, on admettait qu’un atome du premier corps s’unit successivement à un, deux, trois, quatre, cinq atomes du second. Entre les molécules complexes des corps composés, il établissait les mêmes rapports qu’entre les atomes des corps simples réunis par l’affinité. Enfin le poids d’un corps n’était plus que la somme des poids de ses atomes. On raisonnait sur des termes précis, on s’entendait avec soi-même, les abstractions prenaient corps.