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A dix-huit ans, Pablo jeune homme déterminé et indépendant quitte le haras familial (cf. Derrière mon mur) pour réaliser son rêve d'enfant, se rendre en Italie à pied. Bercé dans la peinture depuis son plus jeune âge, il entre à l'Académie des Beaux-arts de Florence pour apprendre le métier de restaurateur. Il partage avec Enzo, Nino, Diego, Giovanni, ses amis italiens, une nouvelle passion, celle de l'aviron. le "club des cinq" ainsi formé survivra-t-il aux aléas de la vie ? A vous de le découvrir.
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Seitenzahl: 157
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Hommage à mon beau-frère Patrice.
Parti avant nous, tu nous rappelles
que nous sommes peu de chose ici-bas.
Si un de tes rêves devait se briser en mille morceaux,
N’aie pas peur de reprendre un de ces morceaux et de recommencer.
(Mencius -372 à -289 av J-C)
Sans lumière, je vis Sans toi, je meurs Dans l’obscurité mes mains te cherchent Je sens battre ton cœur.
Rêveur, solitaire dans une douce torpeur de fin de journée, sous une voûte étoilée de juin, je contemple le royaume éclairé des cieux, songeant aux âmes qui se promènent dans ce firmament en nous poussant vers notre destin. Persuadé que notre histoire est écrite dès la naissance, ce n’est pas un hasard si je pars demain. Mon astre céleste m’appelle vers d’autres horizons. Je quitte le haras où j’ai grandi, tourne le dos à un vécu heureux pour plonger dans un avenir incertain. Ma bonne étoile va-t-elle m’accompagner, me protéger ? Je m’interroge…
A dix-huit ans, avide d’aventures insolites, friand de nouvelles découvertes, je revendique la liberté de réaliser mon rêve, partir à Florence dans le berceau de la Renaissance et de l’histoire de l’art. J’ai effectué seul mes démarches d’inscription à l’école des beaux-arts. Ma décision, révélée le jour de mon anniversaire, a bouleversé mes parents. « Trop pressé » a dit ma mère, « Trop jeune » a pensé si fort mon père que je l’ai entendu sans qu’il m’adresse aucun reproche.
La veille de mon départ la nostalgie me gagne. Elle vient perturber ma sérénité. Des souvenirs, images, sensations affluent, se bousculent. Enveloppé par le parfum boisé de ma mère, bercé par sa voix chaleureuse, réconforté dans ses bras pour trouver consolation à mes peines et tourments, je m’abandonne…
L’absence de proximité, de câlineries de mon père perturba longtemps mon enfance. Son mutisme, pris pour de l’indifférence, m’a longtemps fait penser qu’il ne m’aimait pas avant de comprendre son manque de communication lié à son autisme. Les paroles apaisantes de maman ou de grand-mère Mady n’arrivaient pas à me rassurer. Vers sept ans, comprenant son trouble, je fus convaincu de son amour. Profitant pleinement de son intelligence, de ses connaissances hors du commun particulièrement dans le domaine artistique, j’ai rapidement progressé dans mon développement personnel. Prenant confiance en moi, s’en suivit un enrichissement qui me plaça rapidement aux premières places et développa chez moi un sens aigu des responsabilités.
Dérangé dans mes pensées par les miaulements de la chatte de la maison, je sors de mon semi-coma émotionnel. A pas de velours, elle se rapproche, dos allongé, tête tournée dans ma direction. D’un naturel indépendant, sauvage, habituellement peu encline aux caresses, elle a mis de côté sa méfiance légendaire pour venir se frotter à moi. Belle et féline, sa robe tricolore rayonne sous les lumières des réverbères ; ses yeux brillent dans la nuit.
— Qu’est-ce qui t’amène ma Chipie, tu ne vas pas chasser ce soir, aucune souris demain à ma fenêtre ?
Encouragée par mes paroles, elle bondit sur mes genoux, glisse sa tête sous ma main, quémande quelques caresses. Je gratouille délicatement son front, soulève son menton, flatte ses flancs. La belle émet quelques sons de contentement, son corps frissonne de plaisir, ses vibrisses frémissent.
— Tu viens me dire au revoir. C’est ça ? Tu as deviné que j’allais partir.
Elle se love, ronronne ; sa langue humide, râpeuse me lèche inlassablement les doigts. Un adieu ! Elle se redresse, s’étire. Ses yeux me fixent comme pour sonder mon âme. Ses pupilles parfaitement rondes, dilatées, sont une dernière caresse avant de sauter toute en souplesse. Elle se retourne une fois avant de disparaître dans la nuit.
Il est déjà très tard. Je regagne ma chambre, songeur et mélancolique.
Premier juillet, la nuit a été courte. La matinée est bien avancée quand je quitte le haras. Je m’arrête sous le porche. Il s’ouvre sur ma nouvelle vie. Le franchir engage mon futur.
J’embrasse d’un dernier regard la famille réunie sous la pergola. Un ultime salut avant mon grand saut dans l’inconnu. Cet abandon me fend le cœur mais je suis plus que jamais déterminé. Rien, personne ne pourrait me retenir.
Ma cousine Rose, que j’aime comme une sœur, sort du rang, court vers moi. Elle crie des paroles inaudibles qu’un vent annonciateur de pluie emporte au loin. De violentes rafales chargées de poussière font bruisser les feuilles de l’imposant saule blanc à l’ombre duquel j’ai passé des heures à réfléchir.
Je l’attends, rien ne presse …
— Pablo, il va bientôt pleuvoir, tu devrais remettre ton départ.
—Non, Rose. Ne t’inquiète pas, je suis bien équipé. Tu viendras me voir en Italie, n’est-ce-pas ? C’est la terre de nos ancêtres. Ça pourrait te plaire de marcher dans leurs traces.
—D’après Grand-père Mattia, nos arrières grands-parents habitent toujours Padoue. Connais-tu leur âge ?
— Papa n’en parle jamais. Demande à oncle Jeff. Il doit savoir. Je compte sur toi pour veiller sur la famille, Rose. Une bise et tu files. Je dois m’avancer, me trouver une place pour mon campement de nuit. La pluie qui arrive ne va pas me faciliter la tâche.
L’itinéraire à suivre est bien ancré dans ma tête : Meaux, La Ferté Gaucher, Romilly sur Seine, Troyes, Bar sur Aube, Langres, Besançon, Pontarlier, Lausanne, le Col du Grand Saint-Bernard, Aoste, Verceil, Pavie, Plaisance, Parme, Modène, Bologne, Florence. Il a été planifié, tracé via l’application « Garmin explore », fonction « Trackback », dans ma montre « GPS instinct », achetée spécialement pour l’aventure. Je pars avec une géolocalisation par satellite « Galileo », une boussole électronique, un altimètre barométrique. Cette haute technologie de baroudeur pour un aventurier en herbe a rassuré tout mon entourage.
J’entreprends ce voyage comme un pèlerinage. J’ai tant de fois imaginé la venue de Léonard de Vinci traversant les Alpes que je m’identifie à lui.
J’ai décidé de suivre la Francigena, la « voie des français ». Cet itinéraire tracé par l’évêque SIGERIC en 990, sorti de l’oubli devant l’engouement des pèlerins de Compostelle, renaît depuis peu de ses cendres. Balisé de Cantorbéry à Rome, déclaré itinéraire culturel européen en 1994, de nombreuses personnes l’empruntent aujourd’hui.
Florence est à plus de mille cents kilomètres.
Dans mon sac à dos, je porte dix-huit kilos de vêtements techniques légers spécialement étudiés pour un séchage rapide, des affaires de toilette, une trousse de secours, un ordinateur, une tente, un matelas mousse, un sac de couchage, des pinces à linge, des élastiques, une paire de tongs ; un équipement complet auquel j’ai ajouté des barres de céréales protéinées, des fruits secs pour lutter contre la fringale ou le coup de barre.
Au « Vieux Campeur » j’ai acheté des chaussures « Salomon X ultra Trek », recommandées par des professionnels, adaptées pour une marche active et des chaussettes anti-transpirantes qui m’éviteront ampoules, cloques, mycoses... Les tongs enfilées après la marche viendront soulager mes pieds de leurs efforts, voire de tous leurs maux et repousseront autant que faire se peut tous les bobos… Je dois les choyer un max. si je veux arriver à bon port.
Afin de palier à tous aléas météorologiques, un bob « Nike », une veste de pluie en goretex complètent mon équipement.
Prêt dès le lever du jour, il est plus tard que prévu quand je prends la route. Les adieux prennent toujours beaucoup de temps.
J’ai fait une dizaine de kilomètres quand la pluie qui menaçait se met à tomber. Je m’inquiète pour mon bivouac, bien déterminé à dormir en retrait de toutes infrastructures hôtelières pour un campement minimaliste.
La pluie s’étant rapidement arrêtée, j’avale allègrement les trente-neuf premières bornes. J’ai misé sur une moyenne d’une quarantaine de kilomètres par jour en suivant les balises du GR145.
Jusqu’en Suisse, je ne devrais pas rencontrer de difficultés majeures. La suite, montagneuse, escarpée sera sans doute plus difficile. Le poids que je porte va me faire souffrir. Je crains principalement la chaleur.
Ma condition physique est bonne ; elle est le résultat de mes entraînements et matchs de handball. Les joueurs de l’équipe m’ont laissé partir avec regrets. Je les abandonne juste avant le match de qualification pour la coupe de France. Ils ont été fairplay, m’ont souhaité bonne chance. Comme capitaine j’aurais aimé les porter à la victoire.
Mon premier arrêt est à proximité de la base de loisirs de Meaux, en bord de Marne, à l’entrée du parc naturel du Pâtis, à deux pas du centre-ville. Je me suis ravitaillé avant d’installer ma tente. Le coin est plaisant. C’est la première d’une longue série de nuits solitaires. J’ai écouté en marchant des airs d’opéra pour m’encourager. Demain je commencerai les cours d’italien, téléchargés sur mon smartphone, via l’Apple-store : un programme d’éducation, « Duolingo », un traducteur pour parler italien en un temps record. Les cours enregistrés par des natifs auront le mérite de me plonger rapidement dans l’ambiance.
J’ai dormi, cette première nuit, comme un loir !
Au petit matin, les premiers rayons de soleil m’encouragent à plier bagage. Je prends mon petit déjeuner en route : une barre de céréales, quelques abricots secs. Je pars pour la Ferté Gaucher. J’ai rempli mon Camel bak d’eau fraîche pour boire, sans m’arrêter. Un tuyau relie ma bouche à la poche réservoir placée dans mon dos, facile à remplir aux fontaines, à défaut aux robinets des cimetières…
En un jour, j’ai appris une cinquantaine de phrases toutes faites : Buonasera, Ciao, come stai ? come ti chiami ? bene, grazie e tu… Je répète en boucle. Cette langue est facile à apprendre. Une langue latine aisée à parler comme l’espagnol que je maîtrise parfaitement après avoir passé plusieurs étés à Barcelone chez Alexandro, le frère de maman. Je veux maîtriser un maximum de vocabulaire avant de commencer mes cours.
Parler c’est bien, écrire, traduire c’est mieux. Je sais que je devrai approfondir sérieusement mon apprentissage en arrivant.
Les jours défilent, se ressemblent. Lever tôt, ravitaillement déjeuner en route, chargement des batteries, bivouac en fin d’après-midi pour profiter d’un bain réparateur avant la tombée du jour. L’Aube, la Haute Marne, la Franche Comté ne manquent ni de lacs ni de rivières.
Quand cela est possible, éloigné de toutes traces de civilisation, j’allume un feu pour faire griller ma viande, parfois des marshmallows. Ces guimauves caramélisées viennent me récompenser de tous mes efforts.
A la tombée du jour, perdu dans mes pensées, je deviens Don Quichotte, d’Artagnan, Robin des Bois, Lancelot du Lac, Guillaume Tell… héros chevaleresques de ma jeunesse, contés dès mon plus jeune âge par ma grand-mère. Toujours présente, elle comblait les absences de ma mère, les manques de mon père. En regardant les braises rougeoyantes, je me remémore les soirs où elle me rejoignait dans ma chambre pour me lire une histoire. Assis contre elle, dans la chaleur de son corps aimant, je l’écoutais, émerveillé. Auteure de contes pour enfants, j’étais le premier à découvrir ses récits. Sa voix me transportait doucement dans le domaine des songes. Rose s’invitait souvent, s’endormait parfois. Mady ne la réveillait jamais. Au petit matin nous prenions un plaisir partagé à nous retrouver dans le même lit. Notre proximité et complicité sont restés deux atouts majeurs qui perdurent au fil des années.
Arrivé au pied du col du Grand Saint-Bernard, j’ai déjà parcouru cinq cent quatre-vingt-cinq kilomètres après m’être arrêté à Romilly sur Seine et Besançon, villes étapes sélectionnées avant mon départ pour profiter d’un hébergement et me reposer. J’ai pu me doucher, laver mon linge, dormir dans un bon lit.
Tenir la distance, c’est savoir doser ses efforts. La vigilance est de mise.
A Besançon, le souvenir des vacances estivales dans les Vosges avec ma grand-mère a resurgi. J’étais venu ici admirer d’étranges montres et pendules dans cette ancienne capitale de l’horlogerie, détrônée depuis par la Suisse et l’Extrême-Orient.
A Lausanne, assis sur les berges du Léman, j’ai regardé avec mélancolie la ville d’Evian de l’autre côté du lac, fait mes adieux à la France. J’ai ressenti un petit coup de mou vite réprimé : « C’est ton choix, mon petit gars ! Bientôt tu seras en Italie ».
Je ne suis pas un solitaire. J’aime les contacts humains et les échanges. Les quelques randonneurs croisés sur mon chemin, perdus dans leurs pensées ou prières, n’ont pas été enclins à la discussion. Un grand vide s’est insidieusement installé en moi. Ma famille, ma vie sociale me manquent.
En commençant la marche, je me sentais tout petit, peu rassuré. Je ne pensais pas les silences aussi anxiogènes et les cris d’animaux si inquiétants. Cependant on s’habitue à tout.
J’ai grandi très vite…
Je commence à grimper le Col du Grand-Saint-Bernard, seulement ouvert de juin à octobre. Exposé à des vents incessants, la neige y est longtemps présente. Le froid me gagne. Une grande lassitude m’envahit. Mes pas sont mesurés.
Mes pensées s’embrouillent, s’égarent. Je divague. Saint-Bernard de MENTHON, patron des montagnards et des voyageurs des Alpes, vient me rejoindre pour m’encourager. Il chemine à mes côtés, devient guide spirituel. Je lui parle mentalement. Il me pousse à avancer avant de me fausser compagnie. Archidiacre d’Aoste, au onzième siècle, il fit construire ici un hospice pour accueillir les pèlerins suivant la Voie des Francs. Des siècles plus tard des moines y élèvent encore des molosses pour venir en aide aux voyageurs égarés ou ensevelis dans la neige.
Mes pensées vagabondent de plus belle. Je deviens l’un des quarante mille hommes engagés en 1800 dans la deuxième campagne napoléonienne au côté de cinq mille chevaux et cinquante canons. Cette épopée immortalisée dans le tableau de David « Le Premier Consul franchissant les Alpes au Col du Grand-Saint-Bernard » montre BONAPARTE chevauchant un cheval fougueux. En vérité grimpé sur un mulet, emmitouflé dans une redingote militaire, NAPOLEON luttait contre des conditions climatiques extrêmes. Ne rien enlever à sa superbe, motiver les troupes ont sans doute été les consignes données au peintre !
Cette évocation me fait sourire. J’en oublie ma fatigue et ma fringale.
Je redoutais cette étape avant de partir. Je la traverse finalement sans trop de difficultés. Je passe la frontière italienne sans m’en apercevoir et me retrouve dans la commune de Saint-Rhémy-en-Bosses, au sud-ouest du Col à 1632 m d’altitude.
Je traverse ce petit bourg de trois cent dix-huit habitants, en solitaire, aguerri par mes heures de marche. Un peu plus de quatre cents kilomètres me séparent de ma destination finale. Je n’ai jamais été aussi pressé.
Je pénètre dans la vallée d’Aoste, longe la Doire Baltée jusqu’à Pont-Saint-Martin, arrive à Verceil. Cette région d’Italie, dans des terres alpines au relief montagneux me dévoile ses collines tapissées de vignobles en terrasse, de châtaigneraies, d’arbres fruitiers. Fantastique mais éprouvant cheminement à flanc de coteaux fait de montées, descentes de plus en plus raides dans les rochers. Entouré de hautes montagnes, je me sens grain de sable dans cette immensité. Au fur et à mesure de mon avancée, la vallée se rétrécit ; en contrebas, je visionne des champs de cultures à perte de vue.
Cent kilomètres de marche intense avant de m’arrêter dans une petite auberge à Ivree pour récupérer. Je prends une chambre. J’ai besoin d’un bon lit douillet. Mon corps est en souffrance, des courbatures partout. Quand je sors de ma léthargie, quinze heures plus tard, je descends au restaurant échanger avec les habitants. Ici on parle français et italien. Les gens sont accueillants. Je mets en pratique, j’avoue sans grand succès, ma nouvelle langue. Je fais rire tout le monde. Un bon moment de convivialité partagé. Je reprends goût à la vie. La solitude n’est vraiment pas faite pour moi. En repartant, j’admire les points de vue sur la ville, les tours romanes de la cathédrale, le château mais je ne m’attarde pas. Je garde en ligne de mire l’objectif que je me suis fixé, arriver mi-août.
Il a plu la nuit précédente. Une grosse averse. Les chemins sont glissants, boueux. Je dois me montrer prudent en franchissant le pont sur la Lys construit au premier siècle avant Jésus Christ, long de trente et un mètres. Les vestiges du passé sont partout omniprésents.
Avant de reprendre la route, je fourre dans mon sac devenu garde-manger, de la Motzetta, des saucissons à l’ail, laurier et clous de girofle, du pain de seigle comme je l’avais précédemment fait à Saint-Rhémy-en-Bosses avec l’excellent jambon cru. Je gagne un peu de temps sur mon ravitaillement tout en me faisant plaisir.
Des fleurs sauvages égaient ma route. Parfois des roses parfumées, embaument mon chemin. Toutes les fibres de mon corps réagissent aux couleurs, senteurs qui me grisent. La nature est belle. Je prends le temps de l’admirer, la photographier. Depuis mon départ, j’envoie à mon groupe « la family » des messages pour rassurer tout le monde. Les réponses sont immédiates. Je les consulte le soir, une fois mon bivouac installé.
Je descends le long du lac de Viverone, quitte les paysages alpins, entre dans la plaine du Pô riche de ses cultures de riz, de ses campagnes et rivières. Un coassement incessant de grenouilles m’accompagne. De grands oiseaux échassiers s’envolent sur mon passage. Je parle à voix haute, mon italien ne semble pas les rassurer…
En entrant dans le Piémont, les reliefs s’adoucissent ; les pentes et dénivellations deviennent moins rudes. Arrivé un samedi à Pavie des gens réunis sur la place centrale m’invitent à les rejoindre. Ils dansent, chantent, mangent, boivent du vin. Je ne m’attarde pas, pressé de rejoindre la Via Émilia, voie romaine construite il y a vingt et un siècles, qui contourne les Apennins.
Il fait chaud quand je traverse les rues animées de Plaisance aux maisons de briques roses. Je bivouaque au bord du fleuve pour me rafraîchir. En ligne de mire, j’ai la campagne à perte de vue. Les couleurs sont magnifiques, irréelles. Mes pinceaux me manquent pour immortaliser cet instant. Je fais une photo envoyée par SMS à mon père. Dès le lever du jour, je m’engage dans une double haie verte où filtrent déjà les premiers rayons du soleil. Des cigales lancent leur cri strident, réveillent une nature encore endormie. J’avance dans la lumière, mon bâton de pèlerin en main. Je suis le conquérant d’un nouveau monde.
J’apprécie tant de belles choses que sans nul doute, une fois rendu, j’en garderai une grande nostalgie. Au tréfonds de mon âme, cette odyssée faite de souffrance, de lutte pour repartir chaque jour du bon pied me marquera à jamais. Je ne regrette rien. Cette aventure je l’ai voulue ; je la mènerai au bout.
Je repars, décidé. Se dressent au loin les clochers de Parme. Je fais halte au cœur de la ville, celle du Corrège pour visiter ses musées. Je pense à mon paternel, admirateur d’Antonio Allegri de Corregio qui me disait-il « peignait comme un poète, n’avait qu’un seul amour, sa femme, qu’une seule passion, son art ».
Mon père ajoutait « C’est mon chemin de vie aussi, Fils, mais ma plus grande richesse, c’est toi. Je te garde dans mon champ d’horizon ».
Des années pour comprendre mon père, apprécier ses connaissances, ses peintures avant de grandir, trouver en lui un ami, un maître, un mentor.
Penser à lui m’attriste. J’aimerais qu’il soit près de moi pour contempler la « Madone de Saint Jérôme » ou la « Madone bénie par Jésus ».
Tu me manques, Papa.
