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Un stylo, une pipe en écume de mer, un vieux téléviseur, le vaporisateur de sa femme, quelques tableaux, un parapluie… témoins privilégiés, les objets familiers d’Alfred Ziegler retracent le récit de sa vie. De sa vie d’avant, dans un quartier populaire d’Alger, avec Mahmoud Abdesselam, son meilleur ami. Une existence où se sont succédé bonheurs intenses et peines immenses. De sa vie d’après, aussi, quelque part en France, face à l’océan. Celle d’un homme métamorphosé qui a été jusqu’à troquer son métier d’architecte contre une carrière d’éditorialiste. Seulement voilà. Depuis quelques jours, Alfred a quitté sa maison au bras d’une inconnue, et nul n’a plus entendu parler de lui. Restés seuls dans la vaste demeure désormais silencieuse, les objets sont terriblement inquiets. Surtout lorsqu’ils découvrent la vérité…
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Seitenzahl: 282
Veröffentlichungsjahr: 2022
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L’AVANT-DERNIÈRE DEMEURE
Roman
MORRIGANE ÉDITIONS13 bis, rue Georges Clémenceau - 95440 ÉCOUEN (France) 06 85 10 65 87 - [email protected]
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RESUMÉ
Un stylo, une pipe en écume de mer, un vieux téléviseur, le vapo- risateur de sa femme, quelques tableaux, un parapluie... témoins privilégiés, les objets familiers d’Alfred Ziegler retracent le récit de sa vie.
De sa vie d’avant, dans un quartier populaire d’Alger, avec Mahmoud Abdesselam, son meilleur ami. Une existence où se sont succédé bon- heurs intenses et peines immenses.
De sa vie d’après, aussi, quelque part en France, face à l’océan. Celle d’un homme métamorphosé qui a été jusqu’à troquer son métier d’ar- chitecte contre une carrière d’éditorialiste.
Seulement voilà. Depuis quelques jours, Alfred a quitté sa maison au bras d’une inconnue, et nul n’a plus entendu parler de lui. Restés seuls dans la vaste demeure désormais silencieuse, les objets sont terrible- ment inquiets. Surtout lorsqu’ils découvrent la vérité...
Bien que diplômé de HEC et Docteur en Gestion, Alain Seyfried a choisi de s’éloigner de la stricte rationalité : après « Le chat qui aimait la mer », dont le narrateur n’était autre qu’un animal, il va encore plus loin, dans ce roman, puisque le récit en est cette fois-ci confié à des objets, les seuls peut-être à oser tout raconter.
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Vous pouvez arracher l’homme du pays, mais vous ne pouvez pas arracher le pays du cœur de l’homme.
John Dos Passos
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Aux habitants de Belcourt d’hier, Et de Belouizdad d’aujourd’hui.
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PROLOGUE
À présent, la maison est déserte. Par la baie vitrée du rez- de-chaussée, j’aperçois la pelouse qui court négligemment jusqu’à l’abîme vertigineux du Cap Sauvageon. J’entends, tout en bas de la falaise, l’océan qui gronde. Un instant sus- pendues au-dessus du vide, les mouettes lancent, sous les nuages gris, leurs cris effrayants. Le vent siffle. Le toit craque. Posé sur le guéridon, caché derrière une pile de livres, je ne peux que scruter la pénombre. J’ai peur.
Cela fait maintenant plus de vingt jours que le Professeur a disparu. Quand je l’ai vu passer devant moi pour la dernière fois, il n’avait pris avec lui aucun des objets qu’il aime, ce qui ne lui arrive absolument jamais.
Une femme était venue le chercher, et il s’était levé tranquil- lement pour la suivre. Sa voiture était garée sous les premiers grands arbres, là où s’arrête l’allée, et ils s’y sont engouffrés. Pendant tout le temps où il a marché sur le gazon, au bras de la dame, j’ai ressenti comme un étrange malaise. Son pas, lent, égal, mécanique, faisait penser à celui d’un automate. Sa tête, rigoureusement droite et rigide, fixait un point inac- cessible, au-delà de l’horizon. Son souffle, sonore, paisible, régulier, était en tout point semblable à celui qu’il émet à travers le couloir de l’étage, la nuit, pendant son sommeil ;
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ou à celui qu’il produit quand il lui prend de céder à une sieste impromptue sur le canapé du séjour.
Oui, c’est tout à fait ça : le Professeur paraissait dormir en marchant.
Serait-il brusquement tombé malade ? À son âge, ce ne se- rait pas bon signe. Sa santé, ces jours derniers, m’a pourtant semblé tout à fait normale. Je me serais aperçu de quelque chose, tout de même !
Ne serait-ce pas plutôt un enlèvement ? Un homme comme lui, solitaire, inoccupé, habitant une demeure iso- lée, coincée entre un bois sombre et une falaise vertigineuse, voilà en effet une proie facile. Mais pour quoi faire ? Pour le voler ? Non, sa fortune est bien trop modeste, maintenant, pour attirer qui que ce soit. Le seul bien qui lui reste, c’est sa maison. Et une maison, ça ne s’emporte pas.
Serait-ce une vengeance, alors ? Parmi tous les gens qu’il a caricaturés, vexés, ridiculisés parfois, durant toutes ces années, dans sa chronique satirique de « l’Écho du Large », il y en aurait deux ou trois douzaines qui lui en voudraient à mort, que ça ne m’étonnerait pas. Fort heureusement, ces articles étant signés d’un pseudonyme, « Maître Judoko », la véritable identité du chroniqueur n’est connue que du seul propriétaire de la gazette. Pourquoi celui-ci jouerait-il contre son propre intérêt en tuant la poule aux œufs d’or ?
Non, décidément, je ne comprends absolument pas pour- quoi le Professeur est parti avec cette femme en nous laissant tous là, nous, pauvres objets inanimés, dans cette maison lugubre et sans vie.
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Je connais le Professeur Alfred Ziegler depuis bien long- temps, puisque je l’ai vu naître. Quand on songe qu’il va sur ses cent ans, on a une bonne idée de l’étendue de mon expérience !
Il n’y a guère qu’Adélaïde, la timbale d’argent un peu ban- cale, vautrée à longueur de journée sur la plus haute étagère de la vitrine murale, ou Zita, l’épinglette de bébé reléguée au fond de je ne sais quel tiroir, qui osent parfois se prévaloir d’une ancienneté comparable à la mienne. Je ne veux pas les vexer inutilement, mais, ne leur en déplaise, je ne fus pas, comme elles, un cadeau arrivé à l’occasion du baptême du petit Alfred, moi. Non : j’étais présent dans la famille bien avant.
1897 – 1918
C’est, en effet, à la fin de l’avant-dernier siècle, le dix-neu- vième du nom, que l’oncle Gaëtan, une espèce d’excentrique moustachu qui plaisait énormément aux dames, m’avait rapporté d’un de ses voyages. « Voilà une toute nouvelle invention américaine, avait-il dit en me déposant dans mon berceau de feutre et de soie devant Joseph, le père du futur Professeur ; il écrit sans avoir besoin d’encrier, vous vous rendez compte ? » Au début, j’avais un nom anglais, quelque
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chose qui signifiait « plume-fontaine », je crois ; ensuite, on m’a nommé « stylographe », et, depuis que la fainéantise s’est irrémédiablement abattue sur l’élocution des êtres humains, je suis devenu un « stylo » tout court.
Je vous permets toutefois de m’appeler Victor, bien sûr ; c’est mon prénom.
Quand l’oncle moustachu est reparti vers ses multiples aventures, on m’a rangé dans une vitrine et on m’a plus ou moins oublié. Sauf lorsque des amis nous rendaient visite ; auquel cas on me sortait de ma boite, on me saisissait délica- tement, et on m’essayait à tout-va sur des feuilles de papier. J’en ai fait, des barres, des traits, des angles et des stries, à cette époque-là ! J’ai même tracé mes premiers mots, tenu par la main des invités : « Bonjour Victor... Quel bel objet ! ... Merci pour cette soirée... »
Il a fallu attendre l’année 1908 et la naissance du petit Alfred pour que je fasse mes premiers pas officiels : Marthe, la maman du nouveau bébé, tenait à ajouter personnelle- ment une phrase autographe sur chacun des faire-part qu’elle envoyait à ses connaissances. Le pensum dura une bonne dizaine de jours et je me souviens encore de ce qui fut pour moi un véritable cauchemar : grattages ininterrompus sur du papier rêche, ingestion, toutes les trois heures, d’une encre âcre et dégoûtante, manque de sommeil et de repos... J’avais beau être dans la prime jeunesse, pour un stylo s’en- tend, l’épreuve m’a profondément marqué.
Alfred, lui, n’avait pas le droit de me toucher, bien sûr. J’étais un objet réservé aux adultes et même, parmi eux, à ceux qui écrivaient bien : pleins et déliés, calligraphie, traits emphatiques et courbes harmonieuses.
Joseph Ziegler, le papa d’Alfred, m’a beaucoup utilisé, à cette époque. Il possédait une petite affaire de maçonnerie et, en tant que patron, tenait à rédiger de sa main les devis,
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les commandes aux fournisseurs, ainsi, bien entendu, que les factures. Ce n’était pas de la grande littérature, certes, mais c’est de cette façon que j’ai pu faire mes débuts au cœur de la société des hommes.
Grâce à cette fonction auprès du principal responsable de l’entreprise, j’ai également eu la possibilité de visiter du pays. Monsieur Ziegler père m’emmenait souvent sur les chan- tiers et, bien en sécurité dans la poche de poitrine de son veston, je pouvais alors observer tranquillement le monde : ma tête dépassait suffisamment pour me permettre de tout voir et de tout entendre.
En ces temps-là, l’Algérie était encore un pays peu bâti. Les travaux concernaient donc, la plupart du temps, des zones non urbanisées, et mon goût pour la campagne est certainement venu de là. De même que mon appétit pour les langues, car Joseph parlait indifféremment français, arabe, italien ou espagnol, selon ses interlocuteurs.
Mes plus beaux souvenirs se situent sur les hauteurs de Birmandreis1 . Dans le petit jardin de la villa que Joseph Ziegler s’y était construite, on me posait toujours sur la grande table de bois, à l’ombre zébrée des canisses. De là, je pouvais apercevoir les allées qui serpentaient entre les amandiers, les orangers, et les mandariniers. Au-dessus de moi se balançait un immense citronnier dont on cueillait les fruits jaunes à l’aide d’une longue perche souple que je redoutais à tout instant de voir s’abattre sur moi. C’est que les stylos n’ont pas de pieds pour courir, pas de muscle pour se sauver, ni même de bouche pour crier : « Attention, vous allez finir par tuer quelqu’un ! ». Par bonheur, personne n’en est jamais mort.
Ce jour-là, je me suis débrouillé pour rouler sur le bois de la table et me laisser tomber à terre, juste sous les yeux de
1 Aujourd’hui Bir Mourad Raïs, une localité de la périphérie d’Alger

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Joseph. Lequel s’est empressé de me remettre dans la poche de son veston afin d’éviter que je ne me fasse malencon- treusement piétiner. Bien entendu, il ne s’est pas douté un seul instant que ma manœuvre eût pu être volontaire : les êtres humains sont persuadés que les objets sont parfai- tement inanimés. Par notre pouvoir de séduction, par des actions passives apparemment fortuites, par les pannes et les contrariétés que nous sommes capables de causer à des moments stratégiques, bref, par notre Inertie Créatrice, nous avons pourtant la possibilité de les mener par le bout du nez et de les conduire, à leur insu, exactement où nous voulons. La preuve !
En l’occurrence, ma chute providentielle m’a permis de passer une très belle fin de journée, dans des conditions optimales de confort et de sécurité. Je n’en demandais pas plus. Et, le soir, après avoir enduré les cavalcades incessantes des enfants, sans oublier les rires et les cris tonitruants des adultes qui forçaient toujours un peu sur le vin rouge afin de faire descendre côtelettes et soubressade, j’ai pu enfin pro- fiter de ma position privilégiée dans la poche de poitrine de Joseph Ziegler pour admirer à loisir la route du retour à travers les reflets flous du pare-brise, entre les rayons en bakélite du volant, jusqu’à notre arrivée au 33 rue Marey2 , dans la partie Est d’Alger, au cœur du quartier de Belcourt3 .
°
De printemps en printemps, d’automne en automne, Alfred grandissait. Dès l’âge de cinq ans, on le mit à l’école : on ne plaisantait pas avec l’instruction, chez les Ziegler ! Oh que non !
2 Aujourd’hui rue Tebessi Larbi 3 Aujourd’hui Belouizdad

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Et ce qui devait arriver arriva : d’abord sur les genoux de Joseph, puis en équilibre instable sur des chaises trop basses devant des tables trop hautes, Alfred eut enfin le droit de me prendre dans sa petite main maladroite pour essayer de re- produire avec le plus grand soin, sur des feuilles quadrillées, les barres, les arcs de cercle ou les lignes pointillées qu’on lui faisait tracer en classe. C’est certainement ce sérieux, cette application et cette apparente sagesse qui lui ont valu, dès cette époque, le surnom de « Professeur » qui, quelque cent ans après, lui est resté...
Quoi qu’il en soit, quand vint l’heure pour ce Professeur en herbe de former ses premières lettres, j’en profitai, quant à moi, pour apprendre des tas de choses merveilleuses : « Toto a été têtu, papa a tapé Toto » ou « La petite poule rousse glousse sur la mousse ».
C’est ainsi que je suivis une scolarité normale, à un rythme normal, jusqu’à devenir le stylo instruit, cultivé, et passable- ment docte que je suis aujourd’hui, au point de jouir d’un énorme prestige auprès de mes congénères les objets, et de connaître une véritable communauté de pensée avec les hu- mains, à force de partager par écrit leurs joies, leurs peines et, il faut bien le dire, nombre de leurs fourberies.
Pendant la Grande Guerre, celle qui ravagea les corps et les esprits entre 1914 et 1918, j’éprouvai moi aussi une agi- tation et une angoisse sans limites. Surtout lorsque, dans les mains tremblantes de Marthe, je devais rédiger des lettres bouleversantes à Hippolyte, le frère aîné d’Alfred, parti sur le front en tant qu’engagé volontaire dans l’artillerie.
Quels tristes jours ! Le petit Alfred, qui avait été envoyé par prudence en pension dans le bled, à Miliana, me man- quait beaucoup. Par la faute de cette maudite guerre, je sautai donc quelques classes, et non des moindres, classes que j’eus par la suite toutes les peines du monde à rattraper,
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ce qui a laissé, hélas, quelques regrettables lacunes dans mon instruction.
Fort heureusement, on entrevit bientôt la fin du cauche- mar et, le 11 novembre 1918, l’armistice fut signé.
Ce jour-là, toutes les familles ayant un parent au front se sentirent revivre. On les vit alors se presser chaque matin sur les quais du port d’Alger, pour accueillir les valeureux soldats ayant échappé à la mort. Les foules étaient graves, mais les joies intenses. Joseph Ziegler tenait sa femme par la main et portait, sur l’autre bras, la petite Gabrielle, la sœur d’Alfred, qui avait tout juste un an. Fiché au garde-à-vous dans sa poche de poitrine, surveillant d’un œil vigilant la fil- lette qui essayait à tout instant de m’attraper pour me jeter à terre, je sentais son cœur battre à tout rompre. De mémoire de stylo, personne n’avait jamais connu pareil tintamarre. Le thorax de Joseph tressautait de plus belle à chaque fois qu’un uniforme, minuscule d’abord, puis de plus en plus net, apparaissait sur la passerelle du paquebot amarré.
Il ne se calmait tout à fait qu’au retour lorsque, le géant des mers ayant vomi ses derniers passagers, il fallait remettre au lendemain les espoirs du jour.
Jusqu’à ce funeste matin où un officier sonna à la porte, por- tant un pli barré de tricolore qu’il tendit à Marthe Ziegler en claquant des talons ; ce funeste matin où la pauvre femme devint soudain plus pâle qu’une morte et s’écroula en plein milieu du couloir, sur les motifs néo-grecs du carrelage.
°
Cap Sauvageon, dimanche 19 novembre 2006
La maison du Cap Sauvageon est toujours aussi déserte et silencieuse. La nuit est tombée. Les rayons immobiles
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de la lune se faufilent à travers les rideaux, et je perçois, en contrebas de la falaise, le grondement monotone des vagues océanes que les marées rapprochent et retirent tour à tour du rivage. Quelques oiseaux nocturnes lancent leurs cris lugubres.
Je suis toujours posé là où le maître m’a laissé avant de partir, sur le petit guéridon du séjour qui jouxte le canapé, à demi caché derrière cette maudite pile de livres. Dans cette position, je jouis cependant d’une vue assez dégagée. Mais rien ne se produit, et j’en ai perdu jusqu’au décompte des jours. Alors, je passe et repasse dans mon esprit fatigué le film du départ du Professeur. Comme c’est souvent le cas la nuit, les choses me paraissent insurmontables, et les ques- tions que je tourne et retourne en vain dans tous les sens, toujours les mêmes, restent sans solution.
Le Professeur est-il parti de son plein gré ? Et si oui, pour- quoi marchait-il comme un automate ? Ne l’a-t-on pas plutôt drogué pour l’empêcher de réagir ? Mais qui donc aurait pu faire ça ? Des gens désireux de se venger ? Des sacripants ordinaires ? Ou alors n’a-t-il pas tout simplement perdu l’esprit après tant de deuils, tant de déchirements, tant d’années de solitude ? Ou bien encore, après avoir tant vieil- li, n’a-t-il pas tout bonnement fini par arriver au bout de sa vie ?
Ah, que donnerais-je pour comprendre !
Soudain, un bruit retentit à l’entrée. Adélaïde, la timbale d’argent, sursaute en même temps que moi sur son étagère. J’entends les cordes de Cornélius, le violoncelle de cette pauvre Élise, émettre, depuis l’étage, un son que seuls les objets peuvent percevoir. Je me grandis autant qu’il m’est possible pour essayer de voir ce qui se trame : une clef a été introduite dans le canon de la serrure et le pêne glisse
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lentement de gauche à droite pour permettre l’ouverture de la porte.
Une dame entre. Elle est vêtue d’un imperméable beige. Ses cheveux, châtain clair, lui descendent jusqu’aux épaules. Je la reconnais : c’est la femme qui a emmené le maître voilà quelques semaines. Elle se retourne, s’écarte, et laisse passer un homme massif, courbé sur lui-même comme pour ten- ter de prendre moins de place. Les deux intrus referment ensuite la porte derrière eux avec mille précautions.
Après avoir jeté un regard circulaire dans le séjour, ils se di- rigent vers l’escalier de bois et le gravissent en silence. Je les entends qui entrent dans chaque pièce de l’étage : les gonds n’émettent pas tous le même grincement et il m’est donc facile de les savoir dans la chambre du maître, puis dans son bureau, enfin dans le petit salon de musique. Ils y restent peu. Je ne comprends pas ce qu’ils se disent, car le son de leur voix me parvient beaucoup trop assourdi. Au bout d’un moment, leurs pas résonnent de nouveau dans l’escalier.
— Vous aviez raison, Jacqueline, cette maison est extraor- dinairement bien située !
— Et la vue, Jacques, vous avez remarqué la vue ?
— Oui, bien sûr. On se croirait sur la dunette d’un porte- avions. La pelouse semble un gaillard d’avant fendant l’océan jusqu’à l’horizon.
— C’est vrai ! La falaise est si verticale, à cet endroit, qu’on ne peut apercevoir aucun des rochers du rivage.
L’homme et la femme s’avancent dans le séjour et prennent place sur les deux fauteuils de l’angle nord-ouest. Ils re- gardent sans un mot le ciel, les arbres, et les quelques nuages que leur présente la baie vitrée. L’homme se lève après quelques minutes et se dirige vers un petit meuble incrusté de nacre qu’il ouvre avec circonspection.
— Un armagnac, Jacqueline ? 15
— Est-ce bien correct, vraiment ?
— Vous me faites rire, parfois, savez-vous ? répond Jacques en sortant deux verres finement ciselés qu’il pose sur la table basse installée entre les deux fauteuils.
Sans se démonter le moins du monde, il verse ensuite la liqueur avec une précision et un doigté de professionnel.
Confortablement calés dans leur siège, l’un en face de l’autre, l’homme et la femme reprennent leur conversation.
— Il faudrait que je trouve les quelques objets qu’Alfred Ziegler m’a demandé de lui rapporter, dit la dame comme en se parlant à elle-même.
— Pensez-vous ! réplique son interlocuteur sur le même ton, ne vous fatiguez pas. Avec tout ce qu’on lui fait ingurgi- ter là-bas, il ne s’en souvient déjà plus.
La femme se mord les lèvres et ne répond rien. Quelques instants plus tard, elle se lève et commence à inspecter les alentours avec soin. Je ne sais pas quoi penser. À tout hasard, je me coule derrière un pli du napperon afin d’éviter qu’elle ne me remarque, près de ma pile de livres. On ne sait jamais, elle serait bien fichue de m’embarquer.
À force de tourner et de virer, elle tombe sur Zoé, la pipe du Professeur. Elle la vide dans le cendrier et la fourre dans son sac, posé au pied du fauteuil. Elle remonte ensuite à l’étage. Je l’entends qui fouille chacune des pièces. Elle tire des tiroirs, ouvre des armoires et des commodes. Puis son pas résonne de nouveau sur les marches de bois.
— Je n’ai trouvé que sa montre gousset, là-haut, mais c’est toujours ça.
— Oui, il s’en contentera. Si j’étais vous, j’attendrais même qu’il la réclame, voyez-vous ? répond l’homme en se levant avec difficulté de son fauteuil.
— Vous avez peut-être raison, reprend son interlocutrice tout en passant son écharpe autour de son cou. Il voulait
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aussi récupérer son stylo, mais je lui dirai que je ne l’ai pas vu.
J’envoie au passage quelques vibrations de ma plume à Gertrude, la montre gousset, qui palpite dans la main de la dame. Elle me répond en accélérant imperceptiblement le rythme de ses battements. J’ai toujours eu un immense respect pour les montres, chronomètres, horloges, cartels, carillons et autres coucous : ils ont, nuit et jour, une vie en de nombreux points semblable à celle des humains ; certains possèdent même une voix tout à fait attachante, ou drôle, ou effrayante, lorsque, la nuit, ils se mettent à égrener les heures, de manière apparemment inopinée, du fin fond du salon où ils semblent dormir...
L’homme et la femme sortent à présent de la maison sans un mot. Après quelques secondes, j’entends les graviers de l’allée crisser sous les pneus de leur voiture, puis, peu à peu, le bruit du moteur se dissout dans le silence.
Au moins je sais que le maître est vivant, me dis-je, histoire de me calmer.
°
Lorsque Joseph Ziegler aperçut sa femme évanouie sur le carrelage du couloir, il accourut, la souleva, la souffleta, lui parla. Rien n’y fit.
— Maria ! Appelez donc le docteur Sarfati, s’il vous plaît, Madame s’est trouvée mal.
— Tout de suite, Monsieur !
Plus ou moins rassuré par le pouls faible, mais régulier, de son épouse, Joseph arracha la lettre officielle sur laquelle la main de Marthe s’était crispée, et la lut : c’est ainsi qu’il apprit
Alger, 1918 – 1919
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à son tour la mort d’Hippolyte, survenue sur la Meuse, la veille même de l’armistice.
Assis à côté du lit conjugal sur lequel on avait transporté madame Ziegler inanimée, le docteur Sarfati passa dif- férents flacons sous le nez de la malheureuse, et celle-ci finit par reprendre ses esprits. Il fouilla ensuite dans son impressionnante sacoche à soufflets et en retira quelques comprimés qu’il fit fondre dans un verre d’eau opportuné- ment apporté par Maria. Il prit de nouveau le pouls de la patiente, fit une moue énigmatique, et vint s’installer devant le secrétaire sur lequel j’étais posé. Il me saisit alors dans sa grosse main moite et me força à écrire d’un trait rageur, hal- luciné, incompréhensible, quelques noms de remèdes qui, vu l’aspect même de leurs appellations, me semblèrent tous plus dégoûtants les uns que les autres. Puis il referma mon capuchon et, machinalement, me fourra dans son sac.
Jeté au milieu d’objets effrayants dont je n’avais pas jusque- là la moindre idée, stéthoscope, abaisse-langue, poire de caoutchouc, otoscope, etc., j’entendis, à travers le cuir de la sacoche, la voix assourdie du médecin : « Ce ne sera pas trop grave, Monsieur Ziegler, mais il va falloir la suivre un moment, et être patient ». Puis la porte palière se referma.
Crénom de nom, murmurai-je, il ne pouvait pas faire at- tention, celui-là ? C’est que je vais perdre ma famille, moi, avec cette histoire !
Et, de fait, c’est bel et bien ce qu’il s’est passé. Dès le lende- main, posé au beau milieu de la table de travail du docteur, j’ai dû commencer à mener une vie d’aide-thérapeute à la- quelle je n’étais absolument pas préparé.
Récit de Zita, l’épinglette de bébé
Quand Alfred naquit, sa tante Adèle se précipita rue Bab Azoun pour lui acheter un cadeau : c’est là qu’à l’époque étaient
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établis les commerçants parmi les plus anciens de la ville. Installée depuis peu dans la vitrine de monsieur Taïeb, le bijou- tier, je regardais distraitement les passants déambuler sous les arcades. L’ombre des piliers progressait imperceptiblement sur le velours rouge des présentoirs qui m’entouraient, lorsqu’Adèle
poussa brusquement la porte du magasin.— Je voudrais un petit bijou chic pour le second garçon de ma
sœur Marthe, qui vient de naître, dit-elle en minaudant un peu. — Félicitations ! répondit le commerçant, je ne savais pas que vous aviez une sœur en âge d’avoir déjà deux enfants. Elle doit
être bien plus âgée que vous, alors.La jeune femme, qui était l’aînée des deux, et allait bientôt sur
ses trente-cinq ans, fut flattée du compliment. Elle se mit à rou- gir, et le marchand eut tout le loisir de l’orienter vers les objets, dont j’étais, qui lui procuraient les meilleures marges. En voyant s’approcher de moi cette jolie personne souriante et sympathique, j’eus tout de suite envie qu’elle me choisisse. Je lui lançai donc au visage un des petits rayons de soleil roux qui paressaient près de moi sur le présentoir, afin d’attirer son attention : c’est ainsi que je me retrouvai presque aussitôt emballée dans un étui de feutre rouge, lui-même empaqueté dans un splendide papier cré- pon bleu, la couleur qui sied aux mâles, et que je m’éloignai par les rues de la ville, en chaloupant harmonieusement de l’ombre au soleil et du soleil à l’ombre, sur la hanche ondulante de Tante Adèle.
Lorsque sa sœur Marthe me découvrit, elle fut si heureuse qu’elle m’épingla immédiatement sur la poitrine du petit Alfred et contempla l’ensemble avec un ravissement dont je me sou- viens encore. Bien entendu, je m’arrangeai pour ne pas piquer le bambin !
Je fus donc, à partir de cet instant, la fidèle compagne des pre- mières années du Professeur. Bien en évidence sur ses langes, puis sur ses barboteuses, et enfin sur ses chemisettes brodées, je pus
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ainsi faire admirer à tout le quartier la délicatesse de ma facture. Hélas, je me vis bien vite reléguée dans les profondeurs de l ’appartement de la rue Marey, car une des bonnes sœurs de l ’Ins- titution Sainte Chantal qui accueillait le petit Alfred s’avisa de penser que mon aiguille était décidément bien dangereuse pour ses camarades et pour lui-même, lorsque, à la récréation, tous ces joyeux garçons se lançaient allègrement dans leurs bagarres
homériques.C’en fut alors fini de mon instruction : je m’arrêtai à la lettre
« f ». C’en fut fini également des trajets entre école et maison, ainsi que des délicieuses bolées d’air, de soleil et de vent, dont je jouissais goulûment entre les murets des jardins, le long de l’allée des mûriers. Je ne sortais plus que pour les grandes occasions, bap- têmes de cousins, mariages d’oncles ou de tantes, enterrements, et autres réjouissances familiales dont la société du temps faisait alors un abondant usage, la télévision n’existant pas encore.
Lorsqu’Alfred partit pour le bled, on me relégua dans une boite au fond d ’un tiroir. Quelque quarante ans plus tard, avec l ’exode qui suivit l’indépendance du pays, je changeai de tiroir et de continent, mais non de boite, et j’y suis toujours aujourd’hui, esseulée, nostalgique et triste, passant et repassant inutilement dans ma mémoire les images ensoleillées du passé.
°
Chez le docteur Sarfati défilaient toutes sortes de patients que sa femme Rachel, qui lui servait de secrétaire médicale, introduisait à jets continus dans son bureau.
Posé bien en évidence parmi les bibelots et les tampons buvards, sur la table de travail qui séparait le thérapeute des personnes en consultation, j’aurais pu devenir un éminent spécialiste des maladies graves ou moins graves qu’on soi- gnait à l’époque avec un relatif bonheur chimique, mais avec
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une grande efficacité psychologique. Ce ne fut pas le cas. À défaut, j’ai pu cependant perfectionner à loisir ma connais- sance de l’âme humaine.
Il y avait en premier lieu les pleureurs, qui déversaient dans le secret du cabinet des flots de malheurs réels ou inventés, ressentis ou imaginés, et que le médecin recevait en pleine face sans broncher, se contentant de ponctuer les phrases de ses interlocuteurs de grognements supposés approbateurs, ou de les accompagner d’un balancement régulier de la tête. Lorsque l’épanchement se tarissait, ce qui se produisait, en général, au bout d’une vingtaine de minutes (ainsi en attes- tait ma nouvelle complice, la pendule murale), le docteur continuait de se taire et extrayait du tiroir de son bureau une grande feuille d’ordonnance sur laquelle il se bornait à me faire noter la date et l’heure du prochain rendez-vous. Sans un mot, le patient pliait ce papier pour l’enfourner dans sa poche, se levait, et sortait de la pièce en reculant, tout en se confondant en remerciements : Paul Sarfati avait réin- venté à son profit les thérapies cathartiques. Comme bien des Algérois de l’époque, le bon docteur entendait aussi bien le français que l’espagnol, l’arabe que l’italien, sans compter le maltais ou le grec, ce qui continua, soit dit en passant, à enrichir mes connaissances linguistiques.
Les patients les plus sérieux, ceux pour lesquels le médecin mobilisait une attention précise et soutenue, étaient ceux qui venaient en minimisant leurs maux. Parmi eux, rares étaient les personnes qui sortaient sans une ordonnance de plusieurs pages et une lettre de recommandation pour l’hô- pital le plus proche, exercice d’écriture qui me demandait beaucoup d’efforts et de concentration.
Ce que je préférais plus que tout, cependant, c’était les visites à domicile. Je dois même à la vérité de dire que, grâce aux progrès que j’avais effectués dans la connaissance
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psychologique des êtres humains, j’ai vite déterminé que la préférence du praticien allait exactement dans le même sens que la mienne. L’intensité des ondes de liberté, de légèreté et de bien-être qu’émettait le docteur Sarfati dès que nous franchissions la porte de l’immeuble et que nous nous re- trouvions dans la rue, atteignait en effet alors un niveau tout à fait impressionnant, niveau qui augmentait ensuite pro- portionnellement au carré de la distance qui nous séparait de notre base, c’est-à-dire de son épouse et secrétaire.
Mon goût pour ces visites à domicile avait une autre rai- son : le bon docteur se rendait quotidiennement au chevet de Marthe Ziegler, de préférence lorsque son mari était retenu sur ses chantiers, pour s’assurer de son lent et pro- gressif rétablissement. Je pouvais ainsi me retrouver chaque jour « chez moi », avec le secret espoir de réussir à attirer l’attention de Marthe, ce qui m’aurait enfin permis de rega- gner définitivement mes pénates. Hélas, cette stratégie se révéla très difficile d’application : le médecin m’abandonnait toujours sur la console de l’entrée, à côté de son chapeau, avant de pénétrer dans la chambre de la maîtresse des lieux. Il prenait bien soin, de surcroît, de fermer la porte derrière lui, si bien que je n’eus jamais l’occasion de tenter quoi que ce soit, si ce n’est à l’intention de Maria, la domestique, qui, hélas, ne comprenait jamais rien.
Par chance, une fois ou deux, le pâle visage de Marthe ap- parut sur le seuil de sa chambre lorsque le médecin en sortit, ce qui me poussa à redoubler d’efforts. Mais en vain...
À quelques jours de là, cependant, alors que le docteur Sarfati et moi rentrions de notre tournée de visites à domi- cile, une drôle de surprise nous attendait : sur le perron, les deux mains sur les hanches, Rachel guettait notre retour.
— Paul, tu peux me dire à qui appartient cet objet ? hurla- t-elle en pointant un doigt vengeur dans ma direction.
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— Quoi, le stylo ? Mais, Bibiche, c’est la plume qui me sert à rédiger mes ordonn...
— C’est ça, reprit-elle, furibarde, tu te moques de moi, par- dessus le marché !
— Mais enfin, je t’assure...
— Et ça, c’est quoi, alors ? triompha-t-elle en exhibant un de mes congénères, un vague stylo-plume pourtant minable et ridicule. Hein, c’est quoi ?
— Je ne sais pas, je...
— C’est ça ! Je fais des cadeaux, et toi, tu préfères ceux des autres ! Avoue ! Mais avoue donc !
— Avouer quoi ? Bibiche. Qu’est-ce que tu dis ?
— Cette Marthe, celle dont tu vas prendre des nouvelles tous les jours en te cachant, c’est elle, qui te l’a offert !
— Que... qu’est-ce que tu...
Le docteur me saisit dans sa poche de poitrine et me re- garda, éberlué.
— Mince, dit-il tout bas, je ne comprends pas, j’ai dû l’em- prunter par inadvertance, c’est idiot...
— Tu vas me faire le plaisir de le rendre illico presto, tu entends ? J’ai téléphoné à Madame Ziegler, figure-toi. Eh bien, elle a avoué que l’objet précieux que tu feins de ne pas connaître provient bien de chez elle. Alors, de deux choses l’une, ou elle te l’a offert et je suis cocue, ou tu es un vo- leur. Dans les deux cas, de quoi ai-je l’air, je te le demande ? Quelle misère ! Tu vas me faire le plaisir de filer chez elle au plus vite pour le lui rendre. Et après ça, je ne veux plus jamais entendre parler de ces Ziegler. Qu’ils aillent se faire soigner par le docteur Gentil, par un marabout de la rue Darwin4 , ou par le Diable en personne !
La porte d’entrée claqua et Paul Sarfati se retrouva debout sur les marches du perron, stupide, interloqué. Il ne lui restait
4 Aujourd’hui rue Mohamed Benzined

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plus qu’à s’exécuter. Il fit donc demi-tour, enfonça les deux mains dans ses poches, et se dirigea vers la rue Marey en ruminant son humiliation, et en tentant de ravaler sa rage.
Moi, j’étais beaucoup plus content : j’allais enfin retrouver ma vraie famille et, par la même occasion, ma vie d’avant. Même si les circonstances de ce retour portaient en germe des conséquences dont, sur l’instant, j’étais loin de me douter.
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Cap Sauvageon, vendredi 1er décembre 2006
Ce matin, je me suis réveillé dans un drôle d’état. L’encre de mon réservoir a dû se figer pendant la nuit et j’ai l’esto- mac lourd. Au-dessus de moi, la pile de livres m’apparaît immense, floue ; on dirait même qu’elle bouge un peu...
Depuis un moment, j’entends le bruit d’une tronçonneuse, dehors. Elle paraît très proche, peut-être pas plus éloignée que les premiers arbres du bois qui borde la propriété. C’est certainement Baptiste, le bûcheron, qui est à la manœuvre. Celui-là, on ne sait jamais quand il vient, quand il part... Il fait comme chez lui. Décidément, cet homme ne me dit rien qui vaille.
Ramassé sur lui-même, les bras ballants, il avance toujours en bougonnant. Il a un visage rude, brun, fermé, auquel il manque pas mal de dents sur le devant. Le Professeur ne semble pas s’en préoccuper, pourtant. Sans arrêt à l’appe- ler, à lui demander d’arranger ceci, de réparer cela. Baptiste n’articule jamais un seul mot de réponse, mais il fait toujours ce que le maître lui réclame. Et, en définitive, si la propriété d’un vieillard de près de cent ans est si bien entretenue, été comme hiver, c’est sûrement grâce à lui.
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Ainsi, année après année, cet homme rustre, mal léché, ombrageux, a bel et bien réussi à se rendre indispensable. Dans les tâches physiques, bien sûr, mais pas seulement : il emporte souvent des papiers concernant des démarches que lui confie Alfred Ziegler, et il revient devoir accompli.
— Ma femme Hortense est une véritable ‘tellectuelle, vous savez, Professeur. N’y a pas fallu pus d’deux heures pour li- quider toute vot’ paperasse, cette fois encore.
