L'empire Samsung - Kim Byung-wan - E-Book

L'empire Samsung E-Book

Kim Byung-wan

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Beschreibung

Parcourez les dix années de montée en puissance de Samsung et les clés de son succès !

Lorsque Lee Kun-hee prend la direction de Samsung en 1987, l’entreprise est à des années lumière de la puissante multinationale que nous connaissons aujourd’hui. Par sa vision magistrale du business et sa volonté permanente de réformes, Samsung va devenir en 10 ans un véritable empire. Ce dirigeant de génie appliquera à Samsung 27 règles de management, pour la plupart inspirées de sa propre vie. Véritable éloge de la créativité et de l’innovation, ces 27 règles vont rapidement devenir les clés de la réussite, à contre-courant des idées reçues. En détaillant chacune des règles de management du Président de Samsung, ce livre constitue une aide précieuse pour tous ceux que le développement d’une entreprise, autant que leur développement personnel, intéresse.

Cet essai en management parcoure les 27 règles de management du Président de Samsung, qui ont permis la réussite de son entreprise malgré les idées reçues !

EXTRAIT

« Il faut collecter les données avec persistance, même si seul l’avenir pourra dire si elles ont ou non une importance. Ce sont les archives qui font l’histoire. Les données, les expériences, l’histoire, n’ont pas de prix. »
Lee Kun-hee, Réfléchissons un peu pour avoir une bonne vision du monde, Journal Donga, 1997, p. 35.
Une entreprise a beau être exceptionnelle, le plus difficile est de durer. La plupart des entreprises s’installent dans le confort, explique Jim Collins dans son livre De la performance à l’excellence. Devenir une entreprise leader12. Il en va habituellement de même pour la vie des gens ordinaires. La seule raison pour laquelle nous ne menons pas une vie exceptionnelle est que nous profitons trop facilement du confort de notre quotidien. Andrew Grove, le président d’Intel, prévient également que nous risquons de manquer toute réussite future, de perdre notre prospérité, et même notre raison de vivre si nous nous contentons seulement de nos succès passés et présents. Il insiste sur le terme « paranoïaque », mot clé pour vaincre la concurrence13. Seuls ceux qui ne se satisfont pas du succès présent et d’une vie paisible peuvent avancer vers un objectif élevé en prenant en compte avec une constante lucidité le présent et l’avenir.
Selon Gengis Khan : « Ceux qui veulent bâtir un château périssent, seuls ceux qui se déplacent survivent. » Dans une société de l’information centrée sur la technologie, il faut, pour survivre, élever son niveau de conscience en accumulant toujours plus de savoirs et en élargissant constamment son champ de connaissances. Il est nécessaire d’être aussi tenace qu’un « paranoïaque ». En d’autres termes, il faut en permanence recueillir des « informations vivantes ». Lee Kun-hee affirme que « dans une société informatisée, la victoire et la défaite seront décidées en fonction de celui qui utilisera l’information en premier. Les véritables informations résident dans les détails porteurs de sagesse. » Cette phrase résume clairement à quel point il met l’accent sur les informations vivantes.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Plus qu'un livre sur l'entreprise, c'est une histoire de vie, qui regorge de conseils sur comment réussir sa vie et faire qu'au bout d'un moment l'incroyable marche. - Mr bookshelter, Babelio

C'est un livre instructif, notamment par ce qu'il permet de percevoir d'une culture très spécifique mais aux préoccupations proches de nos cultures occidentales. - XS, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

Kim Byung-wan est né en 1970 à Daegu. Après ses études d’ingénieur, il a travaillé 11 ans au département Recherche de Samsung. Féru de lectures, particulièrement intéressé par les stratégies de gestion de l’entreprise, il est l’auteur de nombreux essais.

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Seitenzahl: 339

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Collection Essais

Dirigée par Lucie Angheben

Lee GunHee 27 Etiquette © 2012 Kim Byungwan

All rights reserved.

Original Korean edition published by Midasbooks Publishing Co.

French translation rights arranged with Midasbooks Publishing Co., Seoul.

© Decrescenzo Éditeurs, 2017

pour la traduction française

ISBN 978-2-36727-062-3

ISSN 2495-506X

Pour être informé de nos parutions,

consultez notre site :

www.decrescenzo-editeurs.com

Design couverture : Thomas Gillant

L’EMPIRE SAMSUNG

Les secrets de la réussite

Kim Byung-wan

L’EMPIRE SAMSUNG

Les secrets de la réussite

Traduit du coréen par SEO Minwon et Daniel GLORY

Avertissement de l’éditeur

En Corée comme ailleurs, Samsung est régulièrement cité à la Une des journaux. Le plus souvent pour ses innovations technologiques et quelquefois pour les malversations dont le groupe se rend coupable. C’est aujourd’hui le cas, avec une affaire qui n’est toujours pas close, celle de l’ex-présidente Park Geun-hye, destituée en ٢٠١٧ pour corruption, et dans laquelle Samsung comme d’autres grands groupes s’est retrouvé impliqué. L’actuel p-dg du groupe, fils du célèbre p-dg Lee Kun-hee, chef historique de Samsung, a été condamné à ٥ ans de prison en première instance.

Le présent ouvrage n’est toutefois pas le relevé des affaires Samsung. Il exalte en vérité la gouvernance de Lee Kun-hee, celui qui a transformé la petite entreprise locale en l’empire international que nous connaissons. Aucun ouvrage n’avait été consacré jusqu’ici en France à ce patron, l’égal des plus grands. C’est tout le mérite du livre de Kim Byung-wan, un ancien collaborateur de haut niveau chez Samsung.

Présent dans à peu près tous les secteurs industriels, ce conglomérat de 70 sociétés et de 500 000 salariés est devenu en quelques années un empire industriel et technologique, damant le pion aux entreprises qui font l’orgueil de l’industrie japonaise. Ce succès est dû à la gouvernance de Lee Kun-hee. Loin des recettes ou techniques apprises dans les écoles de management, Lee Kun-hee, – dont il dit lui-même qu’il n’était pas doué pour gérer Samsung, va développer une méthode, ou plus exactement une conduite permanente qu’il s’efforcera de communiquer aux cadres de l’entreprise.

Sa gouvernance fut un concentré de vision, de confiance, de farouche volonté, d’exaltation du risque et de quelques contrepieds managériaux restés célèbres. Ce livre est dédié à tous les dirigeants, à tous les cadres d’entreprise, mais aussi à tous ceux qui ont un projet, professionnel ou autre,qu’ils veulent développer. Ils y trouveront les secrets de la réussite de Samsung, selon Lee Kun-hee.

——

En 1986, Samsung était presque mort.

Il y a quinze ans, j’avais pressenti une crise.

Il n’est plus temps de bien faire, désormais nous sommes entre la vie et la mort.

Lee Kun-hee

Sommaire

Préface

Pourquoi parler de Lee Kun-hee ? 15

mot clé 1 Jindo coréen

Aller jusqu’au bout avec acharnement 23

• Règle n° 1 : Durant toute votre vie, partez à la chasse aux données 24

• Règle n° 2 : Malgré les échecs, continuez d’avancer vers vos objectifs 33

• Règle n° 3 : Attaquez avec audace au meilleur moment 37

• Épisode ١ : Lee Kun-hee et les Jindo coréens 43

mot clé 2 Cinéma

Ayez une pensée à plusieurs facettes 47

• Règle n° 4 : Le chef a besoin de création, pas de gestion 48

• Règle n° 5 : Chassez cinq oiseaux avec une seule pierre 56

• Règle n° 6 : Créatif, créatif et encore créatif 62

• Épisode ٢ : Lee Kun-hee et le cinéma 67

mot clé 3 Obsession

Communiquez avec les génies et les obsessionnels 71

• Règle n° 7 : 1 % nourrit 99 % 72

• Règle n° 8 : Définissez un objectif audacieux en avance sur votre temps 80

• Règle n° 9 : L’innovateur domine l’avenir 85

• Épisode ٣ : Lee Kun-hee l’obsessionnel 90

mot clé 4 Sport

Respecter l’étiquette et les règles du jeu pour dominer l’adversaire 95

• Règle n° 10 : Respecter l’étiquette et les règles du jeu pour dominer l’adversaire 96

• Règle n° 11 : Vous devez dépasser la limite des 0,0001 102

• Règle n° 12 : Le leader est l’élément crucial de la victoire et de la défaite 106

• Épisode ٤ : Lee Kun-hee et le sport 109

mot clé 5 Le coq en bois

Vaincre l’adversaire par le charisme et atteindre son objectif 115

• Règle n° 13 : Vaincre par le charisme 116

• Règle n° 14 : Comprendre le concept de votre business 121

• Règle n° 15 : L’écoute et l’humilité sont les chemins de sa propre dignité 127

• Épisode ٥ : Comment Lee Kun-hee a appris la patience 133

 

mot clé 6 Le poisson-chat

Renforcez votre entreprise par une concurrence permanente 137

• Règle n° 16 : Le premier pas vers le changement est la transformation fondamentale de soi 138

• Règle n° 17 : Soyez un précurseur, pas un suiveur 142

• Règle n° 18 : Donnez une récompense, même à celui qui a échoué, mais uniquement s’il peut s’expliquer 147

• Épisode ٦ : Donnez vie à votre structure grâce aux poissons-chats et aux poissons de vase 156

mot clé 7 Les Entretiens de Confucius

Considérez l’homme comme ce qu’il y a de plus important 161

• Règle n° 19 : L’humanité et la courtoisie sont également des forces compétitives 162

• Règle n° 20 : S’ils sont bons, donnez-leur beaucoup de carottes, s’ils sont moins bons, donnez-leur peu de carottes 166

• Règle n° 21 : L’important ce sont les hommes, les hommes et encore les hommes 171

• Épisode ٧ : Lee Kun-hee et sa doctrine : savoir beaucoup, le mettre en pratique, savoir employer les hommes, les former, et savoir évaluer 178

mot clé 8 Le cerf-volant

Saisir les opportunités en temps de crise et se préparer à la crise au moment des opportunités 185

• Règle n° 22 : Soyez conscient de la crise à venir quand tout va bien, et attaquez en temps de crise 186

• Règle n° 23 : L’entreprise du XXIe siècle est en lutte contre le temps 191

• Règle n° 24 : Regardez plus loin et plus haut 197

• Épisode ٨ : Plus fort souffle le vent, plus haut vole le cerf-volant 203

mot clé 9 La lecture

La lecture assidue vous améliorera vous comme votre entreprise 205

• Règle n° 25 : Pensez différemment, toujours différemment 206

• Règle n° 26 : Consacrez votre vie à vous développer 211

• Règle n° 27 : Préparez-vous une vie meilleure que celle d’aujourd’hui 217

• Épisode ٩ : Lee Kun-hee et les livres 223

Good to great

Vers le grand Lee Kun-hee 231

Préface

Pourquoi parler de Lee Kun-hee1 ?

1

Il y aurait en Corée un dieu de la Fortune apparu il y a moins de cent ans. Face à lui, le président de la République, premier personnage de la société coréenne, semble n’être qu’un salarié en CDD de cinq ans. La Corée est une république démocratique, mais devant ce dieu, même les principes démocratiques paraissent négligeables. Alors qui est cette divinité toute puissante ? C’est Samsung. Lorsque surviennent des affaires illégales l’impliquant, les institutions judiciaires sont réticentes à poursuivre et les enquêtes n’aboutissent jamais. Les tribunaux envoient les voleurs de poules en prison mais semblent indulgents pour des délits bien plus graves. Certains Coréens désignent même leurs concitoyens comme les habitants de la « République Samsung »2.

Depuis quand le diable Samsung a-t-il construit son royaume ? Lee Kun-hee en est-il le roi tout puissant ? Observons cela de plus près en remontant le fil du temps.

1961, les poursuites contre Lee Byung-chul

Lee Byung-chul3, père de Lee Kun-hee, fut poursuivi par la police du régime militaire du 16 mai pour d’importantes escroqueries présumées. En voyage à Tokyo à l’époque, il évita l’arrestation, mais on l’obligea à signer une déclaration l’engageant à faire don de toute sa fortune au régime militaire après son retour en Corée. À cette condition, il fut autorisé à continuer son business et à participer activement au développement économique du pays. Il fut finalement laissé libre. Les actions bancaires en sa possession (33 % des actions de la Banque Commerciale de Corée et 55 % de la Banque Choheung) furent toutes remises à l’État4.

1966, don à l’État de l’entreprise Korea Fertilizer5

Le président Park Chung-hee proposa à Lee Byung-chul un soutien actif en échange de la construction d’une usine de fabrication d’engrais. […] Le président suggéra qu’il serait intéressant d’acheter clandestinement des marchandises depuis l’étranger et de les vendre en Corée car il était difficile d’emprunter de l’argent hors des frontières. Il s’agissait, une fois de plus, de jongler avec l’argent des importations clandestines. […] Des cuvettes de wc, des réfrigérateurs, des machines-outils, des engins de construction, et la fameuse matière première OTSA, en fait de la saccharine. En mai de la même année, le trafic de cette saccharine fut dénoncé par la douane du port d’Ulsan. […]

Le jeudi 15 septembre 1966, un journal du matin affichait en Une : « Le chaebol6 pratique la contrebande ». […] Et le lendemain, le 16 septembre 1966, le directeur de la direction générale des impôts annonçait les grandes lignes de l’affaire de contrebande de saccharine associée à la construction de Korea Fertilizer.

Le jour suivant, une conversation se tenait entre Lee Byung-chul et Kim Hyung-uk, directeur des services secrets coréens, dans la chambre 803 de l’hôtel Bando.

— J’ai déclaré à la presse que j’allais faire don à l’État de 51 % de Samsung, soit la totalité de mes actions.

— Ce n’est pas suffisant, il faut céder toute l’entreprise.

— Et si je ne le fais pas, que va-t-il se passer ?

Nous ne pourrons plus garantir la sécurité de votre famille dans le pays. 

[…] Ce qu’on a appelé « l’affaire de contrebande de la saccharine » ou « l’affaire Korea Fertiliser » s’est conclue de cette manière7.

1980, don à l’État de la chaîne de télévision Dongyang Broadcasting

Deux hommes (Lee Byung-chul et Hong Jin-gi8) sortaient d’un rendez-vous après avoir signé un mémorandum au ministère de la Sécurité publique. Au début, seul le président Hong s’y était rendu, mais sur son insistance – « Je ne peux décider tout seul, il faut que vous veniez » – Lee l’avait rejoint. Il quitta son bain sans prendre le temps de se sécher les cheveux. Après la signature, ils se réunirent dans une chambre du 22e étage de l’Hôtel Shilla pour faire le point de la situation. Lee Byung-chul rappela que lorsqu’on essayait de résister face à ces militaires barbares et irascibles, on finissait toujours perdant. Il déclara qu’il leur était impossible de lutter, et ils finirent par s’avouer vaincus. Un mois plus tard, TBC Broadcasting(Dongyang Broadcasting)9passait aux mains du régime militaire10.

Dongyang Broadcasting était une entreprise particulière pour Lee Kun-hee. Quand il réalisa qu’il avait de plus faibles chances de succéder à son père que ses deux frères aînés, il fut soulagé de pouvoir présider a minima la chaîne Dongyang Broadcasting et le journal quotidien Jungang. L’engagement personnel et les efforts fournis par Lee Kun-hee pour ces deux entreprises furent hors du commun.

Le 30 novembre 1980, lors de l’émission d’adieu diffusée sur la chaîne TBC, sur ordre du nouveau régime militaire, on empêcha le personnel de manifester sa tristesse et on l’obligea à dérouler un scénario cousu de fil blanc.

Ce fut une grande frustration pour Lee Kun-hee. Le jeune homme, qui rêvait depuis son enfance de devenir un jour cinéaste, était, malgré tout, fier d’être devenu producteur, d’avoir conquis des parts d’audience et d’avoir réussià atteindre les objectifs fixés. Au final, il fut totalement privé de ce bonheur.

Aujourd’hui Samsung n’a rien à craindre en Corée. Mais pour le fondateur, le défunt Lee Byung-chul, la situation à l’époque était bien différente. Les jeunes d’aujourd’hui, qui critiquent Samsung pour sa toute puissance, ne peuvent se rendre compte de ce que fut le passé. Mais qui aurait pu imaginer durant cette période que se construisait l’immense pouvoir du Samsung actuel ?

Quand on évoque les chaebol, on les considère souvent comme des cancers de la société nés de conflits d’intérêt et de la corruption. Une partie de la société réclama haut et fort le démantèlement du conglomérat. Mais si jamais Samsung avait été démantelé, le monde en serait-il meilleur ? Y aurait-il la justice pour tous et tout le monde vivrait-il mieux ? Évidemment, il serait intéressant d’étudier et de chercher à répondre à ce genre de questions. Mais ce livre ne propose pas de remédier aux problèmes soulevés plus haut ni d’avancer des solutions. Avant toute chose, il cherche à comprendre comment Lee Kun-hee a réussi à atteindre le sommet.

2

En 2010, le nombre de salariés de Samsung s’élevait à 344 000. Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient recrutées chaque année, y compris à l’étranger. Samsung est une entreprise internationale dont le siège social est en Corée. Une de ses filiales, Samsung Electronics, est composée pour moitié de salariés coréens, pour l’autre moitié de salariés internationaux.

Le chiffre d’affaires de 181 milliards d’euros11 du groupe Samsung en 2011 représentait quasiment 75 % du budget annuel de la Corée soit, 231 milliards d’euros. On peut dire que l’influence de Samsung en Corée est tout simplement immense.

D’après de nombreuses sources et archives, c’est Lee Kun-hee qu’on retrouve au centre de ce développement. Lors de sa prise de fonction en 1987, le chiffre d’affaires de Samsung était de 12 milliards d’euros.

Au delà de la progression en chiffres, si nous considérons que la marque était en 17e position mondiale, le changement est spectaculaire. À l’époque de la prise de fonction de Lee Kun-hee, Samsung était une entreprise de premier plan sur le seul marché local. À l’international, elle était méconnue.

Steve Jobs, Jack Welch, Peter Drucker, Bill Gates, Warren Buffet, Andrew Carnegie, John Rockfeller...

Les personnages énumérés ci-dessus sont considérés comme d’excellents dirigeants. Quels sont les points communs entre ces hommes ? Ils ont tous rehaussé la valeur de leur entreprise au moyen de leur propre philosophie et de leur savoir-faire unique.

Quand un individu est reconnu et respecté, il y a forcément des critères objectifs. Prenons l’exemple d’un joueur de football. Nous l’évaluons en fonction des capacités qu’il montre de match en match. Quand il s’agit d’un peintre, nous l’évaluons au travers des œuvres d’art qu’il a créées. Quand il s’agit d’un écrivain, nous l’évaluons au travers des livres qu’il a écrits. Ce principe d’évaluation est primordial et fondamental.

Pour évaluer un dirigeant, une autre valeur vient s’ajouter : « le changement ». Ce sont des chiffres et des statistiques concrètes qui peuvent montrer les énormes changements, – plus précisément, en termes de développement et de performance –, entre le Samsung d’hier et d’aujourd’hui, et ce, depuis la prise de fonction de Lee Kun-hee.

Conformément au souhait de son père d’aller étudier dans les pays développés, Lee Kun-hee fut inscrit en CM2 au Japon. Plus tard, il s’inscrira à l’université Waseda. Depuis lors, ce pays a toujours été présent dans son esprit, surtout lorsqu’il se lança dans l’industrie électronique ou dans celle des semi-conducteurs. Sony, Toshiba, Panasonic et Sharp firent partie du benchmarking de Samsung. Que ce soit pour la qualité des produits, la renommée mondiale, l’excellence des employés, Samsung était toujours au-dessus de ses homologues japonais de l’époque.

Lee Kun-hee a étudié les technologies de la radio et de la télévision chez Sanyo Electronics. Tous les week-ends, il emmenait des ingénieurs en semi-conducteurs japonais en Corée pour y enseigner. Pourtant, au début, malgré ses efforts, les produits Samsung étaient mal commercialisés, proposés parmi les produits bas de gamme dans les magasins électroniques au Japon comme aux États-Unis.

Cette situation devenant insupportable, il décida d’instaurer une nouvelle politique de gestion en 1993. Le monde entier observa avec attention et inquiétude si Samsung, structure devenue déjà énorme, réussirait ou non ce changement radical.

Dix années plus tard, la valorisation boursière de Samsung Electronics dépassait celle de Sony. À l’époque, le Financial Times britannique écrivit : « L’élève a dépassé le maître ».

Que s’est-il passé ? Avec quelles méthodes de gestion Lee Kun-hee a-t-il pu renverser une situation aussi difficile, comme cela était rarement arrivé dans l’histoire économique ?

Samsung Electronics ne se satisfit pas de ce petit exploit et continua sa course en avant. Les sociétés électroniques japonaises n’étaient plus considérées comme des concurrentes.

Mais, revenons au point de départ avec cette question : « La Corée est-elle capable de produire un bon patron ? »

Pourquoi compte-t-on si peu de personnages aussi respectés que Lee Kun-hee en Corée ? Si une personne parvient à des réalisations exceptionnelles dans son domaine en y investissant toute son énergie et toutes ses forces, il faut au moins le reconnaître, à défaut de manifester du respect. Ne faut-il pas surtout en tirer des enseignements et suivre cet exemple ? Dans une société évoluée, ce type d’attitude nous paraît indispensable. Un prisme déformant nous empêche d’évaluer les capacités de gestion et de leadership des patrons coréens. N’existe-t-il aucun patron coréen de la valeur d’un Jack Welch, d’un Peter Drucker ou d’un Steve Jobs ?

Le but de ce livre ne vise ni à glorifier ni à surestimer Lee Kun-hee par rapport à ses capacités réelles, ni à le sous-estimer dans une vision étroite et déformée. Il s’agit de comprendre, en se basant strictement sur des faits réels, comment il est parvenu à hisser Samsung au rang d’entreprise internationale de premier rang.

Dans le cadre de cette étude du cas Lee Kun-hee, il s’agit aussi d’analyser précisément son leadership et ses compétences de gestionnaire.

Ce sujet a jusqu’à présent a été traité superficiellement. Même si de nombreux ouvrages ont été consacrés à Lee Kun-hee, très peu informent correctement les lecteurs sur les enseignements qu’ils peuvent réellement tirer de son exemple.

Ce livre sera donc un bon manuel pour tous ceux qui veulent évoluer dans le monde du travail, ceux qui souhaitent la croissance de leur entreprise, ou ceux qui ont pour objectif d’atteindre l’excellence en tant que patrons. À notre époque, où l’on admire les patrons étrangers comme Peter Drucker, Jack Welch ou Steve Jobs, on s’intéresse peu aux patrons coréens. Ce livre devrait sonner comme un avertissement.

mot clé 1

Le Jindo coréen

Aller jusqu’au bout avec acharnement

Définition : Race de chien typiquement coréenne, enregistrée comme espèce naturelle protégée de Corée (n° 53).

Caractéristiques : Le Jindo coréen est reconnu et apprécié du monde entier comme le chien de race le plus emblématique de Corée. Nous verrons plus loin ses caractéristiques.

• Règle n° 1 : Durant toute votre vie, partez à la chasse aux données

• Règle n° 2 : Malgré les échecs, continuez d’avancer vers vos objectifs

• Règle n° 3 : Attaquez avec audace au meilleur moment

• Épisode 1 : Lee Kun-hee et les Jindo coréens

Règle n° 1

Durant toute votre vie, partez à la chasse aux données

« Il faut collecter les données avec persistance, même si seul l’avenir pourra dire si elles ont ou non une importance. Ce sont les archives qui font l’histoire. Les données, les expériences, l’histoire, n’ont pas de prix. » 

Lee Kun-hee,Réfléchissons un peu pour avoir une bonne vision du monde, Journal Donga, 1997, p. 35.

Une entreprise a beau être exceptionnelle, le plus difficile est de durer. La plupart des entreprises s’installent dans le confort, explique Jim Collins dans son livre De la performance à l’excellence. Devenir une entreprise leader12. Il en va habituellement de même pour la vie des gens ordinaires. La seule raison pour laquelle nous ne menons pas une vie exceptionnelle est que nous profitons trop facilement du confort de notre quotidien. Andrew Grove, le président d’Intel, prévient également que nous risquons de manquer toute réussite future, de perdre notre prospérité, et même notre raison de vivre si nous nous contentons seulement de nos succès passés et présents. Il insiste sur le terme « paranoïaque », mot clé pour vaincre la concurrence13. Seuls ceux qui ne se satisfont pas du succès présent et d’une vie paisible peuvent avancer vers un objectif élevé en prenant en compte avec une constante lucidité le présent et l’avenir.

Selon Gengis Khan : « Ceux qui veulent bâtir un château périssent, seuls ceux qui se déplacent survivent. » Dans une société de l’information centrée sur la technologie, il faut, pour survivre, élever son niveau de conscience en accumulant toujours plus de savoirs et en élargissant constamment son champ de connaissances. Il est nécessaire d’être aussi tenace qu’un « paranoïaque ». En d’autres termes, il faut en permanence recueillir des « informations vivantes ». Lee Kun-hee affirme que « dans une société informatisée, la victoire et la défaite seront décidées en fonction de celui qui utilisera l’information en premier. Les véritables informations résident dans les détails porteurs de sagesse. »14 Cette phrase résume clairement à quel point il met l’accent sur les informations vivantes.

L’époque moderne est celle des archives. La loi de survie du plus fort se transforme en loi de survie de ceux qui archivent. La collecte d’archives implique la systématisation des données vivantes. Le Samsung d’aujourd’hui s’est bâti sur cette culture de l’information. Lee Kun-hee a construit l’incomparable compétitivité de son entreprise grâce à la collecte d’archives et de données.

Cet attribut essentiel est similaire à l’instinct de chasse du Jindo coréen. Sur quels éléments repose une bonne gestion des données ? Intéressons-nous tout d’abord brièvement à l’instinct de chasse.

Le tempérament de leader du Jindo coréen

Le Jindo coréen a par nature l’instinct de la chasse. Il possède un excellent odorat, de l’endurance, et beaucoup de vaillance. De plus, il a le désir tenace de réussir quand il doit atteindre un but. À cet égard, Lee Kun-hee a beaucoup de points communs avec le Jindo coréen. Une fois les données concrètes captées sur le terrain, il les analyse en suivant son intuition et part à la chasse. Il transforme ces données en loi de gestion du réel. Quel que soit le lieu où il détecte ces données vivantes, il fait preuve d’une ténacité impressionnante.

— D’où proviennent les meilleures dorades ?

— Des mers du sud, car elles contiennent beaucoup de plancton.

— Quel est le poids optimal d’une dorade ?

— 1,5 kg.

— Quelle quantité d’eau doit-elle contenir ?

— Entre 30 et 35 %.

— Et combien de calories ?

— ... 15

Cette fameuse conversation entre Lee Kun-hee et un cadre de l’hôtel Shilla au début de l’année 1990 est restée célèbre. Il exige de ses managers des connaissances spécialisées et vivantes. Ils doivent avoir plus de connaissances que les autres et savoir les appliquer directement. Cet exemple typique montre qu’un responsable doit toujours accumuler des données vivantes.

Voici une autre anecdote qui témoigne de sa ténacité.

Alors qu’il partait en voyage d’affaires aux États-Unis, Lee Kun-hee lut le quotidien Jungang pendant les douze heures de vol entre Séoul et Los Angeles. Contrairement aux gens normaux qui ne lisent que les parties qui les intéressent ou les divertissements, il lut l’intégralité du journal, depuis la première lettre « J » de Jungang sur la première page, jusqu’à la dernière lettre de la publicité de la dernière page. De la sorte, il a enregistré une à une toutes les informations imprimées16.

Lee Kun-hee a toujours mis l’accent sur l’importance de s’ancrer dans cette société de l’information. Les guerres du passé se faisaient avec des armes blanches et des fusils, avec une force militaire massive, mais dans une société de l’information et de la technologie, les mains sont vides et seul le cerveau compte. Dans les guerres modernes, c’est l’information qui remplace les armes et la puissance militaire. Seule la quantité d’informations collectées détermine la puissance.

« Habituellement, nous ne faisons pas de différence entre les faits (données) et les informations. […] Un taux de change qui augmente n’est qu’un fait. Il faut définir les gains et les pertes dus à cette augmentation et l’action qui conduira à réduire les pertes ou maximiser les gains. Il faut identifier le noyau de l’information, et savoir l’exploiter en fonction des besoins afin de parvenir à la décision optimale17. »

La première loi de la gestion de Lee Kun-hee est de collecter les données vivantes et de les informatiser. Cependant les informations ne s’accumulent pas en une journée. Pour que ces informations aient une valeur compétitive, il est nécessaire que l’effort soit constant sur une longue période. C’est ce qu’explique Tokugawa Ieyasu :

« La vie est semblable à un long voyage où l’on serait chargé d’un lourd fardeau. Il ne faut pas se presser. Si on accepte le fait que les imperfections et les problèmes sont le lot naturel des mortels, il n’y a plus de place pour le mécontentement. Quand des désirs ambitieux surgissent dans ton cœur, rappelle-toi les jours d’indigence que tu as traversés. La patience est le fondement de la sérénité et de la sécurité éternelles. Considère la colère comme ton ennemi. Si tu ne connais que la victoire et que tu ignores la défaite, le malheur s’abattra sur toi. Trouve la faute en toi plutôt qu’en autrui. Mieux vaut éviter la folie que tomber dans l’excès18. »

C’est à une période de sa vie où Lee Kun-hee était particulièrement sensible qu’il a découvert Tokugawa Ieyasu. Lors de ses études solitaires au Japon, il a beaucoup appris de ce sage, qui a enduré pendant quarante-huit ans la tutelle de son maître samouraï avec pour seule arme, la patience. En s’identifiant à ce personnage, il a appris l’assiduité et la persévérance. Cette expérience est devenue pour Lee Kun-hee un engrais fertile pour avancer tout droit sur une route pendant une décennie, en collectant ses propres données tout en traversant une période difficile, celle de l’échec de l’achat de la compagnie pétrolière nationale coréenne, jusqu’à la réussite finale.

La face cachée des ennuis et des crises rencontrées par Lee Kun-hee

Après sa prise de fonction, Lee Kun-hee traversa une époque sombre. Il n’arrivait pas à démontrer son leadership. En particulier, l’acquisition de la société Microfibre MFC et la création d’une joint-venture avec la société SEF n’ont pas apporté les fruits attendus. On se mit forcément à le comparer à son père. Tous les employés, la garde rapprochée du patron, les médias ainsi que le peuple exprimèrent leur inquiétude. Cela lui pesa lourdement et occasionna un stress important.

« Lee Kun-hee sera-t-il vraiment capable de tenir les rênes de Samsung ? »Cette question retentit vivement à ses oreilles. Il lui fallait à tout prix produire un résultat visible. Les difficultés et la pression qu’il subissait après sa prise de fonction étaient inimaginables. C’est pendant ces moments de doute qu’il réalisa que s’il acceptait la structure telle qu’elle était menée jusqu’alors sans la réformer, Samsung n’évoluerait jamais. Comme le dit Lee Kun-hee, Samsung n’existerait peut-être plus aujourd’hui, du moins comme entreprise de premier plan.

« Après ma prise de fonction en 1987 en tant que président du groupe, je ne savais pas comment affronter l’avenir. L’économie mondiale montrait des signes de croissance faible, trois indices majeurs étaient au plus bas, et les perspectives de l’économie intérieure étaient bien sombres après une période de prospérité. […] J’ai tenté d’instaurer une politique de “deuxième création” pour mettre en évidence les changements et les réformes à réaliser pour l’année suivante, 1988. Cependant rien ne changea durant plusieurs années. L’inertie des cinquante ans passés était trop lourde. L’entreprise était prisonnière d’un délire collectif consistant à penser qu’elle était la meilleure. Je souffris d’insomnie de l’été 1992 à l’hiver de la même année. Je ressentais l’urgence du changement car si on continuait ainsi, il ne s’agissait plus de perdre une ou deux filiales mais de voir s’effondrer le groupe tout entier. À l’époque, je ne dormais pas plus de quatre heures par nuit. Comme je n’avais plus d’appétit, je mangeais à peine un repas par jour, alors que d’habitude, le gros mangeur que je suis avale au moins quatre portions de viande. Cette année là, j’ai perdu plus de dix kilos19. »

Samsung Electronics était classé parmi les entreprises de second ordre

À l’époque où Lee Kun-hee a pris ses fonctions, Samsung était au premier plan sur le marché local dans quelques secteurs, mais à l’international ce n’était qu’une entreprise méconnue. Malgré son statut de leader en Corée, elle ne s’était pas équipée d’un système digne de sa notoriété nationale. En un mot, Samsung n’était qu’une entreprise de deuxième rang. Ce fait devint évident en 1993 lorsque parut un rapport accablant du consultant japonais Fukuda. Lee Kun-hee déclara sa nouvelle gouvernance la même année.

« Chez Samsung Electronics on souffre d’une maladie incurable, la maladie de Samsung. On y est dépensier, sans organisation ni rigueur, dépourvu de tout sens des réalités, et dans l’incapacité totale de distinguer macro et micro économie. Si Samsung ne guérit pas de cette maladie, il disparaitra. [...] Bien que l’ère actuelle soit celle du design, les employés de Samsung ne font que s’accrocher à ce qui est simplement à la mode, ils ne comprennent pas le design industriel et la conception des produits. Samsung n’a même pas de plan stratégique lors du lancement d’un nouveau produit20. »

Ce rapport, intitulé Gestion et Design, déclencha la grande réforme de Samsung. La « gestion de la qualité » sur laquelle Lee Kun-hee avait tant mis l’accent s’effondra d’un seul coup.

En janvier 1993, Lee Kun-hee assista à une scène choquante en inspectant des magasins d’électronique avec la direction de Samsung Electronics. Les produits des marques GE, Whirlpool, Philips, Sony ou NEC étaient exposés au centre du magasin, alors que les produits Samsung étaient difficiles à trouver, relégués dans un coin. En effet, à l’époque ils étaient vendus dans les magasins discount en tant que produits de bas et moyenne gamme, tandis qu’ils n’étaient même pas présents dans les magasins haut de gamme21.

Le niveau insuffisant de technologie était clairement démontré. Sony, qui employait plus de talents que Samsung, était présent dans de plus nombreux secteurs de technologies de pointe. Mais qu’en est-il maintenant, au bout de 20 ans ? La concurrence entre les entreprises fait penser aux champs de batailles. La plupart s’acharnent à obtenir les meilleurs résultats mais très peu parviennent à réellement se démarquer.

Comment, en l’espace de 20 ans, Samsung est-elle devenue une société hors catégorie en dépassant toutes les autres entreprises qui jadis la devançaient ? Quels secrets recèle-t-elle ?

La loi du premier rang selon Lee Kun-hee

Le monde du business est froid. Beaucoup d’entreprises naissent mais il est très rare qu’elles perdurent au-delà de 30 ans. Le dogme de « la longévité des entreprises », qui stipule que 80 % des entreprises créées dans le monde disparaissent au bout de 30 ans, est communément admis. En ne considérant que ce point de vue, on peut dire qu’une entreprise qui parvient à maintenir un statu quo est déjà compétente. Selon le magazine d’affaires japonais Nikkei, les cent premières entreprises sur la base de leur capital total ne prospéreraient en moyenne que sur une durée de 30 ans. C’est pourquoi il paraît impossible à une compagnie de vivre plus de trois décennies en ne se concentrant que sur une seule activité. Seules celles qui réussissent leur transfert vers de nouveaux marchés adaptés à leur époque peuvent se développer et prospérer22.

Les autres entreprises, comme Sony, développaient une forte activité, recrutaient les meilleurs talents, et investissaient massivement pour détenir des technologies de pointe. Malgré tout, à effort égal, certaines entreprises prenaient du retard et sombraient dans cette concurrence impitoyable. En quoi Samsung s’est-il différencié ? Pourquoi au fil du temps, au lieu de se ruiner, Samsung est-il devenu un groupe de plus en plus puissant ?

Pour que Samsung devienne une entreprise hors catégorie, la règle de gouvernance numéro 1, édictée par Lee Kun-hee, consistait à partir sans relâche à la chasse aux données. Il tenait à souligner l’attitude tenace du goût pour la victoire qui se fonde sur l’instinct inné du chasseur, comme celui du Jindo coréen.

« [...] Qu’il s’agisse d’un pays, d’une entreprise ou d’un individu, plus on prend de notes pour ne pas répéter ses erreurs et en tirer des leçons, mieux c’est. La différence essentielle entre les entreprises japonaises ou européennes vieilles de cinquante ans et une entreprise datant de cinq ans se mesure en quantités de données accumulées. Les données vivantes, les études de cas, l’histoire, ces éléments n’ont pas de prix, on ne peut les acheter23. »

Lee Kun-hee a mis l’accent sur l’écrit et les données vivantes comme moyen d’éviter les échecs, et devenir une entreprise compétitive dans cette ère de l’information.

La déclaration d’une nouvelle gouvernance a transformé la nature de Samsung

Steve Jobs d’Apple, aujourd’hui décédé, était connu pour ses exposés brillants. Lee Kun-hee a réussi à changer les idées et la conscience des employés de Samsung en leur dispensant ses propres leçons. Il n’a pas suffi d’une ou deux conférences. Ce patron d’entreprise, qui n’était pourtant pas professeur d’université, a dispensé plus de mille heures de cours en dehors des réunions de travail habituelles. Le résultat ne s’est pas fait attendre : l’entreprise a surmonté la crise du FMI en 1997, réalisé un bénéfice commercial de 10 milliards d’euros en 2000, et dépassé celui de Sony en 2002, après la déclaration de nouvelle gouvernance.

Le bénéfice commercial de 10 milliards d’euros pour la seule année 2000 représentait le double de tous les bénéfices commerciaux de la compagnie réalisés en 60 ans. Samsung était devenu une entreprise hors catégorie. Au bout de 2 ans, la firme coréenne dut faire face à un tournant historique : elle dépassait Sony, l’entreprise hors catégorie numéro 1. L’authentique pouvoir du leadership de Lee Kun-hee commençait à émerger au travers des résultats, grâce aux réformes menées depuis plus de ١٠ ans. Les conférences pour la réforme de Samsung commencèrent à l’Hôtel Kempinski de Francfort, pour se tenir ensuite à Osaka, Tokyo et Londres, durant 3 mois et près de 500 heures au total. Des cours informels furent également donnés pendant quelques mois. En 1993, Lee Kun-hee avait au total dispensé son enseignement pendant plus de 1 200 heures à ses employés, soit le contenu de 50 livres de 200 pages. Après avoir finalisé son dernier cours à Fukuoka le 30 juillet 1993, il fit classer ses cours et les publia sous forme de livres.

Deux livres devenus la philosophie de Samsung

Ces deux ouvrages s’intitulent Samsung, nouvelle gouvernance et Glossaire Samsung : allons ensemble dans la même direction. Ils sont distribués à tous les employés, et chaque matin ils passent un moment à les étudier et à en débattre. Sa nouvelle philosophie du management : « Changez tout, sauf votre femme et vos enfants ! », fit ricaner la presse, puis les employés et enfin tous les Coréens. Mais Lee Kun-hee avait investi tout son temps et toute son énergie pour transformer dès la racine l’énorme tronc de l’arbre Samsung.

« Quand j’ai déclaré la nouvelle gouvernance en organisant une réunion intitulée “Grand parcours”, je pensais qu’il fallait résoudre les problèmes structurels dès leur fondement, et ce fondement réside dans le cœur humain24. »

Lee Kun-hee est minutieux dans son travail et drastique dans ses choix. Il ne se contente pas d’en parler, il les met en pratique. Des opinions critiques s’étonnaient de voir le patron d’un grand groupe donner des cours à plusieurs milliers d’employés durant 8 à 12 heures, parfois dans des pays étrangers. Malgré tout, il a continué de dispenser son enseignement avec sérénité. Ce procédé a complètement modifié la conscience et le style de travail des employés de Samsung. À la racine, il a transformé la société en un grand groupe grâce à des efforts opiniâtres. Ce résultat immense n’est pas simplement le fruit du talent ou de la compétence. C’est avant tout le résultat d’efforts continus et constants.

« En marchant 3 heures par jour, vous pouvez faire le tour du monde en 7 ans. Les grands résultats ne naissent pas de la force, mais d’infatigables efforts. » D’après cette citation de l’écrivain britannique Samuel Johnson, si nous collectons et cumulons constamment les informations, elles se transformeront un jour en force compétitive et pourront conduire le monde. Si par le passé la survie et la prospérité reposaient sur le mouvement constant, à notre époque numérique, que l’on bouge ou non, il est indispensable de collecter les données en innovant en permanence.

Règle n° 2

Malgré les échecs, continuez d’avancer vers les objectifs

« Quels que soient les obstacles, nous devons absolument avancer vers ce que nous voulons réaliser. C’est le rôle d’un businessman. Mais nous devons également avoir la détermination et le courage de renoncer à un business infaisable ou inutile. »

Lee Kun-hee,Réfléchissons un peu pour avoir une bonne vision du monde, Journal Donga, 1997, p. 35.

Bertrand Russell, philosophe et prix Nobel de littérature, a dit : « Choisissez l’échec plutôt que l’hésitation »,et le fondateur d’IBM, Tom Watson, a déclaré : « Échouez vite et souvent ». La meilleure façon de réussir rapidement est d’échouer plus tôt que les autres. Choisir d’échouer plutôt que d’hésiter est la meilleure façon d’avoir une vie meilleure. Agir au lieu d’hésiter est la meilleure façon d’améliorer son existence.

Lee Kun-hee le savait. Il n’a pas eu peur de l’échec et s’est comporté en leader capable de renoncer à certains défis. Au sein de Samsung, Lee Kun-hee était capable de créer des opportunités de développement remarquables en encourageant et en tolérant les échecs créatifs. Il y eut nombreux échecs dans ce processus, mais ils sont eux-mêmes devenus des bases solides pour avancer vers les objectifs.

Lee Byung-chul : confiance et principes, Lee Kun-hee : fidélité et loyauté

Le plus important pour le président Lee Byung-chul, c’était la confiance et le respect des principes. Et chez Lee Kun-hee, quelles étaient les vertus principales ? Ses préférences allaient à la fidélité et à la loyauté. Pour lui, la loyauté représente la foi. En bon ami des chiens, il a établi ses propres principes de loyauté et de foi. Lee Kun-hee appréciait les chiens pour leur fidélité et leur incapacité à mentir ou à trahir25.

Il n’était pas un amoureux des chiens ordinaires. Il s’est rendu jusqu’à l’île de Jindo pour acheter ٣٠ chiens Jindo et les croiser à nouveau pour obtenir 150 chiens de race pure. Partant de ce chiffre, il en a encore sélectionné 30 % et a mis plus de 10 ans pour retenir les 3 % qui répondaient parfaitement aux conditions rigoureuses de la race. Après ces efforts minutieux et acharnés, Lee Kun-hee participa à une exposition de chiens de race en 1979 au Japon au cours de laquelle il prouva l’origine du spitz de Jindo. Il le fit enregistrer pour la première fois en Corée auprès de l’association mondiale des chiens de race.

L’épisode symbolique de l’enregistrement de ses chiens préférés auprès de l’association canine mondiale montre clairement son caractère et son tempérament. Pour accomplir un objectif, il faut avancer, quels que soient les échecs et le temps nécessaire. Cette attitude, inspirée par son caractère propre, se retrouve dans sa philosophie de management et ses règles.

Le caractère de Lee Kun-hee lui vient de son père Lee Byung-chul et de son grand-père Lee Chan-woo. Le père de Lee Byung-chul était un érudit confucéen chez qui importait avant tout l’enseignement de Confucius et de Mencius, comme en atteste l’autobiographie du président Lee Byung-chul. En tant que spécialiste de Confucius, Lee Chan-woo préférait la loyauté et la confiance de l’un envers l’autre à l’argent et aux richesses matérielles.

« Même si l’on chute, il ne faut jamais perdre la confiance. »

Cet esprit confucéen se transmet de père en fils dans la famille de Lee Kun-hee. Les trois principes et les cinq préceptes moraux confucéens que le peuple doit convenablement respecter sont devenus la base d’une gestion transparente et éthique de Samsung. Dans l’autobiographie de Lee Byung-chul figurent parmi les cinq principes : bienveillance, droiture, convenance, discipline et loyauté. La loyauté est considérée comme la plus importante par Lee Chan-woo, grand père de Lee Kun-hee. Dans la pensée confucéenne, l’esprit de loyauté est le fondement du rapport entre le roi et son sujet. La famille Lee est fondée sur la pensée confucéenne.

La Création d’Adam de Michel-Ange, un chef d’œuvre de loyauté

C’est par loyauté envers le pape Jules II que Michel-Ange a donné naissance à La Création d’Adam. Il a peint le plafond de la chapelle Sixtine au Vatican pendant 4 ans et 6 mois, soit environ 1 500 jours, allongé et suspendu à une hauteur de 40 mètres. Il a terriblement souffert physiquement, notamment au niveau du cou. Ce n’est pas seulement le talent ou le génie qui lui a permis de produire un tel chef d’œuvre, ce sont ses efforts inlassables et sa ténacité.

« Le travail acharné a causé une déformation de mon cou... Mon ventre pointe en direction de mon menton, ma barbe s’ébouriffe vers le haut, les os de ma nuque se tassent, ma poitrine est comme celle d’une harpie de la mythologie grecque. Mon visage s’est transformé en une mosaïque bigarrée par les gouttes de peinture tombées de la brosse. Ma taille s’est alignée sur mon corps, mes bras se balancent comme deux contrepoids. Comme je ne peux plus voir mes pieds, je marche à vue de nez. La peau de l’avant de mon corps est tendue et celle de l’arrière est relâchée26. »

Il a peint au minimum 18 heures par jour, suspendu au plafond, à 40 mètres de hauteur.

Un documentaire a été réalisé par une chaîne télévisée britannique pour mesurer sa douleur lors de la réalisation de la fresque. Ils ont reproduit l’environnement de travail de Michel-Ange à son époque. La réalisation de ce documentaire n’a pas pu aller à son terme car la souffrance au travail était tellement intense que les deux peintres engagés pour l’occasion ont renoncé au bout de quelques jours.

Plus tard, dès qu’ils sont entrés dans la Chapelle Sixtine, ils sont tombés à genoux devant la fresque aux dimensions célestes de 41,2 mètres de long et de 13,2 mètres de large et ils ont réalisé à quel point Michel-Ange était un grand artiste.

Que ce soit Michel-Ange ou Lee Kun-hee, une fois le but final établi, ils travaillent sans jamais s’arrêter. Sans craindre l’échec, les blessures ou la douleur qui surviennent parfois, ils avancent avec acharnement pour atteindre leur cible. Il faut savoir que ceux qui ont accompli quelque chose dans n’importe quel domaine ne sont pas forcément des êtres plus talentueux ou compétents que les gens ordinaires, mais que par-dessus tout, ils ont été hors normes dans leur persévérance. Dès qu’ils se fixent un objectif, ils osent le défier, et finissent par le réaliser jusqu’au bout. C’est pourquoi ils ne peuvent que réussir !

Sur le plafond de la Chapelle Sixtine, quatre coins de 4 mètres de haut forment des angles morts inaccessibles au regard. Mais Michel-Ange y a peint obstinément sa fresque, jusque dans les moindres recoins, en y mettant toute son âme. Une telle volonté ne permet-elle pas d’atteindre les sommets ? C’est cette détermination indomptable et une grande foi dans le I can do it qui sont à la base de l’accomplissement remarquable de Samsung et de Lee Kun-hee.

Cette absence de peur de l’échec et cette volonté obstinée de savoir prendre des risques sont les secrets de la croissance exponentielle de Samsung.

Règle n° 3

Attaquez avec audace au meilleur moment

« Ce n’est pas le moment de réfléchir. Nous devons mettre les tâches actuelles sur de bons rails, courir et proposer des produits adaptés sur le marché mondial en les améliorant sans cesse. »

Lee Kun-hee, « Produisons le meilleur produit et amenons-le au premier rang du marché mondial », Yonhap News, 8 mars 2011.