L'enfance des rois - Augustin Cabanès - E-Book

L'enfance des rois E-Book

Augustin Cabanès

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Beschreibung

Un ouvrage inédit qui explore tous les aspects de la vie quotidienne des Rois et Reines de France dans leur enfance.Augustin Cabanès, en infatigable raconteur et spécialiste, met à jour l'enfance des Rois et Reines de France. Une plongée incroyable dans des enfances particulières.

Quelles étaient les précautions prises durant les grossesses royales ?

Quel était leur rapport avec leurs parents et leurs gouvernants ?

Comment accouchaient les Reines de France ?

Augustin Cabanès (1862-1928), journaliste et médecin, docteur en médecine de la Faculté de médecine de Paris, est connu pour ses nombreux ouvrages sur les mystères de l'Histoire, et de l'Histoire de la médecine, pour laquelle il se passionnait. Il était Secrétaire de la Société médico-historique.




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Seitenzahl: 261

Veröffentlichungsjahr: 2020

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© Éditions Jourdan

Paris

http://www.editionsjourdan.fr

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ISBN : 978-2-39009-364-0 – EAN : 9782390093640

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

DOCTEUR CABANES

L’ENFANCE DES ROIS

La grossesse à la Cour de France

Les saints protecteurs des accouchées

Peut-être nous fera-t-on le reproche de nous borner à relater les faits et gestes des souverains et des princes, comme si la vie sociale n’existait pas en dehors des cours. C’est qu’en vérité, durant des siècles il n’en est pas autrement. Les annales de la nation se résument dans la biographie du monarque qui préside à ses destinées. Aujourd’hui, il n’en va plus de même. Le souverain n’est plus représentatif des mœurs de son temps, il est presque un anachronisme à une époque où les gouvernements démocratiques ont pris peu à peu la place des monarchies, où les trônes des dernières dynasties régnantes s’écroulent, comme châteaux de cartes, sous l’influence du cyclone populaire.

Sans nous constituer l’apologiste non plus que le détracteur d’un passé qui eut ses grandeurs, s’il eut ses taches, il nous sera bien permis de nous abandonner à une évocation d’où peut sortir un enseignement profitable pour le présent. On est trop tenté de croire que nos aïeux sont restés indifférents à toute mesure d’hygiène de l’enfance, qu’ils n’ont pris aucun souci de défendre l’existence du nouveau-né contre les pièges multiples tendus par la nature pour sa destruction. De nombreux témoignages sont pour attester que, dans l’antiquité, on prit soin, autant et nous osons dire plus peut-être que de nos jours, de l’être chétif, presque inorganisé qui, tout débile soit-il, réclame son droit à la vie.

On comptait beaucoup plus qu’aujourd’hui avec le développement physique et moral... l’art d’élever les plus jeunes avait pris une place honorable parmi les autres préoccupations quotidiennes. La puériculture, si elle est un mot nouveau, rappelle des pratiques fort anciennes. Il est un côté de la question qui n’a pas, du moins à notre connaissance, été abordé. C’est à combler cette lacune que nous voudrions nous employer. Quelles précautions prend-on dans les Cours et, plus particulièrement, à la Cour de France, avant la venue au monde du rejeton royal ? Quel cérémonial observe-t-on, quand le bébé fait son entrée ? Comment élève-t-on le jeune prince dans la période qui conduit de l’enfance à l’adolescence ? Dans la première phase, l’hagiothérapie, plus que la médecine proprement dite, joue un rôle important.

On eut, tout d’abord, recours à l’intercession de la mère de Dieu. Dans d’autres circonstances, on invoque les saints plus spécialement préposés à la fonction procréatrice. Dès que la grossesse est constatée, on sollicite des prières en faveur de la reine enceinte. La maternité tarde-t-elle à se manifester, on implore à la Vierge un fils, afin d’assurer la succession au trône. Pour obtenir cette faveur, on entreprend des pèlerinages, on multiplie les dons, on apporte à la royale parturiente les reliques les plus étranges.

Pas moins de quinze églises ou abbayes se vantent de posséder certaines membranes sanctifiées. Calvin nous en révèle trois : Charroux, dans le diocèse de Poitiers, la plus réputée. Saint-Jean-de-Latran, à Rome. Hildesheim, en Saxe. Jean-Baptiste Thiers, à qui l’on doit un Traité des superstitions, nous en fait connaître deux : l’abbaye de Coulombs et la Collégiale d’Anvers. Louis Moreri y ajoute une sixième, la cathédrale du Puy-en-Velay. Et voici que nous sont signalés, de diverses parts, d’autres dépôts : à Saint-Jacques-de-Compostelle, Compiègne, Fécamp, Conques, Metz, Langres, etc. Un pape, consulté sur l’authenticité de ces reliques, ne voulant donner tort à personne, déclara prudemment que mieux valait laisser à Dieu le soin de se prononcer, que d’en décider à l’aventure. Aussi moines et chanoines continuèrent-ils à exposer le morceau de peau racornie à la vénération des fidèles.

L’ancienne abbaye de Coulombs, dont il vient d’être question, paraît avoir joui d’une vogue qui s’est longtemps conservée. Elle passe pour rendre fécondes les femmes stériles et pour procurer aux futures mères un accouchement favorable. On conte qu’un roi d’Angleterre, alors maître d’une partie de La France, fait prier l’abbé de Coulombs de lui confier l’inestimable joyau, afin d’aider à la délivrance de sa femme, enceinte de son premier enfant. Les religieux ne consentent qu’après bien des hésitations à laisser la relique passer la mer. Le monarque, on devine à l’aide de quels arguments, a raison de leur résistance et la reine, en possession du talisman sacré, met au monde un fils, qui règne sous le nom de Henri VI. Fidèle à ses engagements, Henri V s’empresse de renvoyer le fragment qu’il a emprunté. Après bien des vicissitudes, l’abbaye en reprend possession. Près de vingt ans plus tard, Louis XI, venu pour accomplir ses dévotions à Coulombs, fait ouvrir le reliquaire en sa présence, afin de pouvoir contempler tout à son aise l’objet sacré.

Le culte de la Vierge, invoquée pour faciliter l’accouchement, remonte à des temps lointains. Les livres en relatent un exemple resté légendaire. On raconte souvent dans quelles circonstances Jeanne d’Albret tombe enceinte du prince qui doit s’appeler Henri IV. Il est cependant quelques détails qui échappent aux historiens et que font connaître des travaux de la fin du XIXe siècle.

Avant la naissance de l’enfant qui doit à jamais illustrer sa maison, Jeanne d’Albret avait eu un fils, qu’elle a confié aux soins d’une dame, Aimée Motier de La Fayette. La gouvernante, exagérant les précautions, veille avec un zèle excessif sur la santé du bambin dont elle a la garde : par crainte du froid, elle le tient constamment enfermé dans une chambre chauffée à l’excès, prétend qu’il vaut mieux suer que trembler. Il est trop tard lorsque la mère est prévenue du régime funeste auquel on soumet son premier-né. Dès qu’on le retire, il s’est à ce point étiolé dans cette atmosphère de serre chaude, qu’il ne survit que quelques mois : il n’a pas atteint sa deuxième année quand il succombe.

Jeanne tombe pour la seconde fois enceinte au commencement de 1553. La mort du duc de Beaumont (c’est le nom qu’a reçu son premier enfant) a été un salutaire avertissement. Henri d’Albret en a éprouvé, en même temps qu’un chagrin profond, une très vive irritation. Il reproche, non sans amertume, à sa fille, d’avoir sacrifié à ses plaisirs ses devoirs de mère, et lui signifie, sur un ton d’autorité qui n’admet pas de réplique, que si elle devenait grosse, elle a à lui apporter sa graisse et son ventre, pour accoucher dans sa maison et que lui faudrait nourrir l’enfant. Le mari n’entend pas de cette oreille. Il fait valoir que sa femme peut tomber par les chemins et qu’il n’est pas sans danger, dans l’état où elle se trouve, de lui faire entreprendre un aussi long voyage. Henri d’Albret doit menacer son gendre de se remarier, pour le déshériter plus sûrement, s’il persiste dans son opposition. Quand sa fille est au septième mois de sa grossesse, il lui écrit de ne perdre aucune heure pour venir le rejoindre.

Un accident faillit compromettre toute espérance : un jour que Vendôme, une vieille arquebuse à la main, menace la duchesse en jouant, l’arme prend feu sans faire coup, qui eut détruit l’arbre et le fruit. L’hiver approchant, il est temps de se résoudre à partir. Antoine et Jeanne se mettent en route pour le Béarn. Ils voyagent à petites journées et débarquent à Pau le 4 décembre. Le roi de Navarre installe sa fille au château, logeant près d’elle un serviteur qui lui est attaché et qui doit l’avertir aussitôt que surviendraient les premières douleurs.

Jeanne a appris, dès son arrivée, que le monarque n’est pas insensible aux charmes d’une dame de la Cour de Pau, dont l’influence peut nuire à ses intérêts. Elle craint d’être dépossédée d’une partie de ses biens au bénéfice de la favorite. Elle s’en ouvre à son père, qui lui promet de lui montrer son testament, enfermé dans un coffret d’or, attaché à une chaîne de même métal, assez longue pour faire trente fois le tour du cou, moyennant une condition qu’il stipule en ces termes : je te le donnerai, si tu as le courage, en accouchant, de me chanter une chanson béarnaise, afin de ne pas faire un enfant peureux et rechigné. Jeanne promet et tient parole.

Aux premières douleurs, dès que le roi, prévenu par son homme de confiance, parut sur le seuil de la chambre de gésine, la princesse chanta, d’une voix ferme, ce cantique, bien connu dans les régions pyrénéennes :

Notre-Dame du bout du pont

Veuille m’assister à cette heure

Prie le Dieu qui réside aux cieux

Qu’il veuille tôt me délivrer

Que mon fruit sorte au-dehors

D’un garçon qu’il me fasse don

Tout, jusqu’au haut des monts, l’implore

Notre-Dame du bout du pont

Veuille m’assister à cette heure.

Jeanne n’a pas achevé le motet, que l’enfant vient au monde, sans jeter un cri, comme pour tenir la promesse faite par sa mère. Naguère on pouvait voir, en face de l’aile méridionale du château de Pau, au milieu du gave, les piliers à moitié démolis d’un vieux pont, dont ne subsistaient que quelques vestiges. Au bout de ce pont s’élève une chapelle, dédiée à la Vierge et célèbre à plusieurs lieues à la ronde, par les miracles dont elle est le siège : c’est Notre-Dame-du-bout-du-Pont, que les bonnes femmes du Béarn en mal d’enfant ont coutume d’implorer, afin d’obtenir un accouchement court et heureux. C’est pour se conformer à la tradition béarnaise que Jeanne d’Albret a adressé son invocation à Notre-Dame-du-bout-du-Pont.

Jeanne d’Albret, enceinte pour la troisième fois, donne naissance, au château de Gaillon, le 19 février 1555, à un prince qui reste à peu près inaperçu dans l’Histoire. Il ne vit, d’ailleurs, que peu de temps, ayant succombé à un accident des plus malchanceux. Un gentilhomme et la domestique de l’enfant se le passent de l’un à l’autre, comme un paquet de linge, par le dehors de la croisée. La nourrice, dans un moment d’inattention, oublie de le recevoir dans ses bras et le bébé tombe, de la fenêtre en bas, sur le perron, de la hauteur d’un étage : il a une côte fracturée. Le roi de Navarre étant à la chasse, on tait l’accident, on ne remet pas le membre de l’enfant et le mal s’aggravant de plus en plus, le petit comte de Marle ne tarde pas à passer de vie à trépas.

Un des docteurs de Jeanne d’Albret, qui a la douleur d’assister dans sa vieillesse à l’accident dont nous venons de narrer les péripéties, s’appelait d’Escuranis. Le grand médecin Bordeu fait, à son propos, cette réflexion, que si d’Escuranis avait pu annoncer la brillante destinée d’Henri IV, frère cadet du jeune prince qui meurt à l’occasion de la chute, il aurait porté quelque consolation dans le cœur de ses maîtres plongés dans la douleur la plus amère.

À l’instar de Jeanne d’Albret, quand Anne d’Autriche tombe enceinte de Louis XIV, après vingt années de stérilité, afin de s’attirer la protection céleste, durant sa grossesse et lors de sa délivrance, elle n’hésite pas, elle non plus, à implorer la mère de Dieu, dont, au dire d’une tradition, la ceinture est conservée dans l’église Notre-Dame-du-Puy. Un conseiller et aumônier est chargé, de la part de Louis XIII, de solliciter du chapitre qu’il veut bien lui confier, pour l’apporter à la reine, la sainte ceinture, afin qu’il plût à Dieu de lui faire la grâce d’accoucher heureusement d’un Dauphin. À cette fin, une neuvaine est commencée le même jour, par une messe solennelle, chantée au grand autel dédié à Marie. Le troubadour, portant son bâton, la sainte ceinture étant exposée, dans son vase ordinaire, avec les cilices et un rosaire de la Vierge, qui ont touché des deux côtés la vraie relique, depuis un bout jusqu’à l’autre, la couverture de satin ayant été décousue pour cet effet, par le sacristain-chanoine de Saint-Georges, en présence de tout le chapitre, le représentant du Roi se ceint la ceinture par la tête, au nom et à l’intention de Leurs Altesses. Puis elle est portée à son épouse, à Saint-Germain-en-Laye, et M. de Saint-Christophe, qui a l’honneur de la lui ceindre autour des reins, la rapporte en Anjou.

Deux mois plus tard, le Roi fait don à l’église Notre-Dame-du-Puy d’une châsse en argent vermeil, avec un petit coffre, le tout pesant trente-quatre marcs et dans un étui garni de velours, pour, après que ladite châsse et cassette auront été livrées en la manière requise, y mettre la sainte ceinture de la Vierge et y être perpétuellement gardée à l’avenir. Pleine de confiance dans la relique, Anne d’Autriche, sentant le terme approcher, écrit au chanoine du Puy de lui envoyer de nouveau la ceinture, qu’elle souhaite avoir sur elle au moment de sa délivrance. Le chapitre s’empresse d’accéder au désir de la Reine qui, le 5 septembre (1638), vers les 11 heures du matin, met au jour l’enfant qu’elle a si longtemps espéré.

À la grossesse suivante, Anne d’Autriche revêt à nouveau la ceinture de la Vierge. Elle l’a sur elle quand naît son second fils, Philippe, duc d’Anjou, depuis duc d’Orléans. Une sainte partage le privilège de mener à heureuse fin les gestations plus ou moins laborieuses : Marguerite est invoquée, entre autres, par Marie de Médicis et par l’épouse de Louis XIV, Marie-Thérèse. Une cérémonie, dont l’historiographe de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dom Jacques Bouillard, nous conserve pieusement le souvenir, est célébrée le 20 juillet 1661, jour de la sainte en l’honneur de cette reine.

Celle-ci, qui est pour lors enceinte, donne des marques de sa dévotion envers Marguerite. Par l’offrande qu’elle fait du pain béni le jour de sa fête. Elle ne peut l’apporter elle-même, parce qu’elle est à Fontainebleau. Elle y supplée par trois de ses officiers, qui viennent le présenter à l’autel au son des trompettes et des tambours du Roy. Les aumôniers sont reçus à la porte de l’église, conduits dans le sanctuaire, où ils restent jusqu’à l’Offertoire. Ils descendent pour lors au bas de la nef, où l’on avait préparé six grands pains ornés de banderoles de taffetas rouge aux armes du Roy et de son épouse. Lorsqu’il faut aller à l’offrande, les trois aumôniers, précédés de quelques Suisses, marchent les premiers. Puis quatre tambours et quatre trompettes et, en dernier lieu, douze suisses, portant six brancards, sur lesquels sont les pains.

Le premier homme présente le cierge, baise la paix (la patène) avant les autres et la bénédiction étant finie, ils s’en retournent avec les mêmes cérémonies. Le 16 octobre suivant, le P. Prieur de Saint-Germain a ordre du Roy de porter à Fontainebleau les reliques de sainte Marguerite, pour satisfaire à la dévotion de la Reine, qui les demande et est proche de son terme. Il obéit aussitôt. Avant son départ, il souhaite, par un mandement, des prières publiques pour Sa Majesté, avec l’exposition du Saint-Sacrement dans toutes les églises du faubourg, ce qui dure jusqu’au 1er novembre, quand elle met au monde un Dauphin, qui est ondoyé aussitôt. La nouvelle n’en est pas plutôt répandue dans Paris, que chacun est dans des transports de joie. L’abbé et les religieux de Saint-Germain témoignent la part qu’ils y prennent par une procession générale en actions de grâces, qu’ils indiquent pour le dimanche suivant, à laquelle tout le clergé, séculier et régulier, assiste.

La dévotion de sainte Marguerite est à la mode déjà au temps de Marie de Médicis, qui fait lire, dit-on, autour d’elle, la vie de celle en qui elle a placé sa confiance. Quand elle est près d’accoucher, Marie de Médicis demande au prieur de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés de lui envoyer à Fontainebleau la ceinture de la Bienheureuse, qui passe pour rendre fécondes les femmes stériles et pour faciliter le travail de celles qui ne le sont pas. Deux moines sont désignés pour l’apporter à la Reine dans un de ses carrosses. On l’installe dans la chambre ovale, sur une table recouverte d’un tapis. Pendant qu’elle souffre, pieusement agenouillés dans une pièce voisine, les deux religieux prient. Il ne semble pas que la vertu de la relique se soit montrée bien efficace, car le mal de la Reine, si nous nous en rapportons au récit de la sage femme qui l’assiste, dure vingt et deux heures et un quart. Malgré ce succès relatif, Marguerite continue et l’historien Brémond assure qu’elle n’a pas cessé de collaborer aux naissances.

La fête annuelle de la sainte est très populaire au XVIe siècle, en dépit des objurgations de maître François. L’auteur de Pantagruel, à la fois prêtre et soignant, recommande à ses ouailles de ne pas mêler médecine et religion, remèdes et oraisons. Quand Gargamelle commence à se porter mal du bas, Grandgousier, qui ne se méprend pas sur la nature de sa lancination, lui dit, pour lui donner du réconfort, qu’il lui convient de prendre courage au nouvel avènement de son poupon et encore que la douleur lui est quelque peu en fâcherie, toutefois qu’elle sera brève. La joie qui succédera, lui tirera tout cet ennui. De sorte qu’il ne lui en restera plus que le souvenir... Notre Sauveur n’a-t-il pas prononcé en l’évangile de Jean : La femme qui est à l’heure de son accouchement a tristesse, mais lorsqu’elle a enfanté, elle n’a souvenir aucun de son angoisse ? À quoi réplique Gargamelle : Vous dites bien et je préfère entendre de tels propos que l’Évangile et beaucoup mieux m’en trouve que de ouïr la vie de Marguerite ou quelque autre chaparderie. Rabelais parle en philosophe, qui combat les préjugés dont lui apparaît l’absurdité, mais il est venu au monde deux siècles trop tôt : sainte Marguerite a, pendant longtemps encore, ses fervents et beaucoup de gens, même d’humble extraction, ont recours à elle.

Dans un livre publié en 1621, le poète médecin Thomas Sonnet de Courval nous renseigne très congrûment sur ce qui se passait sous ses yeux. Décrivant un accouchement laborieux, il dit : le mari tout fâché, faisant la chattemite, lit la vie et la mort de sainte Marguerite. Une quarantaine d’années plus tard, Gui Patin, mandant les nouvelles de Paris à son ami lyonnais, l’antiquaire Spon, lui écrit : Je prie le Dieu des gens de bien... qu’il envoie a Mlle Spon un bon et heureux accouchement de quelque beau garçon... S’il n’y avait que vingt-cinq lieues d’ici à Lyon, j’irais dire la Vie de sainte Margueritepour Mlle Spon et prendre ma part du gâteau de baptême de cet enfant qui viendra, de la naissance duquel je tâcherais de me réjouir avec vous.

Ce dont nous assure Gui Patin se trouve confirmé par des faits historiques. Lorsqu’Anne-Marie-Victoire de Bavière, épouse du Grand Dauphin, fils de Louis XIV, est sur le point d’accoucher, la Cour est tout en émoi. Comme la future maman est d’une santé délicate et que près de deux ans se sont écoulés sans qu’elle donne un espoir de maternité, on n’est pas sans inquiétude sur le sort de la mère et aussi de l’enfant qui va naître. On conçoit la joie qui éclate dans le peuple, lorsque l’annonce de la grossesse est officiellement proclamée. C’est un déluge de chansons et de bouts-rimés, d’élucubrations poétiques où la flatterie se mêle plus ou moins adroitement à l’épigramme.

À en juger par celles qui sont parvenues jusqu’à nous, leurs auteurs font preuve de plus de bonne volonté que de goût, témoigne la pièce suivante, dont le début promet plus de rimes que de raison :

Peuples, venez, dansant au son du flageolet,

Voir l’effet d’un amour conforme au Décalogue.

Bénissez l’heureux flanc qui porte un roitelet,

Bergers, en son honneur entonnez une églogue.

Pour neuf mois de prison l’aimable Châtelet !

Tout en parle : avocat, écolier, pédagogue,

Médecin qui n’en sait pas plus que son mulet,

Sur son pauvre malade acharné comme un dogue...

On aurait été surpris que les poètes, en veine de flagornerie, aient oublié l’hommage obligatoire au plus majestueux des monarques, Louis, le plus grand des humains. Louis qui, grand partout, ne peut manquer d’être à son tour grand-père. Comme le respect n’exclut pas, dans de telles circonstances, la familiarité, s’adressant au jeune couple, le poétereau badin ajoute : on croit bien que ce titre aux autres sera joint, dès lors que de vous deux dépend cette affaire.

Dans l’entourage de la princesse, les préoccupations et les angoisses augmentent, à mesure qu’approche la date de la délivrance. La tradition veut que jusque-là les reines soient assistées par des sages-femmes : il en avait été ainsi pour Marie de Médicis, Anne d’Autriche et Marie-Thérèse. Pour Mme de Montespan, on a été chercher un accoucheur de profession. Louis XIX, qui a pu juger de son habileté et de son sang-froid, décide que celui qui a prêté assistance à son opulente maîtresse sera appelé à donner ses bons offices à sa belle-fille. Clément reçoit, en conséquence, l’ordre de venir s’établir dans les appartements du château, à partir du huitième mois de grossesse. Quelque confiance qu’on ait dans l’accoucheur, une maladresse ou une malchance imprévue peut mettre en péril la parturiente. Afin de conjurer toute éventualité, la Dauphine fait dire au prieur de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés qu’elle souhaite avoir auprès d’elle les reliques de sainte Marguerite, dont il est le détenteur. Elle veut faire plus : elle consent à rendre le pain bénit par l’entremise d’un de ses aumôniers. Toutes ces pratiques pieuses aboutissent.

Le 6 août, elle met au monde le Prince Monseigneur Louis, duc de Bourgogne. Le 26 novembre suivant, Madame la Dauphine vient à l’église, pour faire ses dévotions à la chapelle de Sainte-Marguerite. Elle est reçue à la porte par toute la communauté revêtue en chapes. Le Père général Dom Benoît Brachet portant la parole et après lui avoir présenté la vraie croix à baiser et donné de l’eau bénite, les religieux chantent un répons, pendant lequel elle est conduite sous un dais dans le sanctuaire, où la châsse de Germain est exposée. Elle se met à genoux sur l’oratoire et après ses prières, elle va faire ses dévotions à la chapelle de Sainte-Marguerite, dont elle baise les reliques, puis elle remonte en carrosse.

Peu confiante dans sainte Marguerite, Marie de Modène, femme de Jacques II, préfère invoquer Notre-Dame-de-Lorette, pour concevoir un fils. Afin de la rendre propice à ses vœux, elle offre à la Vierge un ange en argent et à l’instant où l’ex-voto est présenté, elle met au monde Jacques III, qui vit et meurt en Prétendant. On parle, à propos de cette naissance, de grossesse simulée, d’accouchement supposé : l’enfant aurait été apporté dans la chambre et introduit dans le lit au moyen d’une bassinoire. Les grands officiers présents auraient été dupes de ce stratagème. N’ayant pas les moyens de poursuivre une enquête qui n’aurait aucune chance d’aboutir, nous laissons à d’autres le soin d’éclaircir ce problème, dont la solution ne tente pas au surplus notre curiosité.

Puisque nous faisons la revue des saints obstétricaux, nous n’aurions garde d’oublier François de Paule, qui jouit, de son vivant, d’une si grande réputation que Louis XI, dans l’espoir d’obtenir, par ses prières, la prolongation de ses jours, le fait venir auprès de lui, non sans faire violence à la modestie du bon moine. Louise de Savoie y met plus de formes : elle se rend chez le saint, peu après son arrivée au couvent de Jésus-Maria, de Plessis-Lès-Tours, et lui demande son intercession pour avoir lignée, lui promettant, au cas où Dieu lui fera cette grâce, qu’elle fera appeler de la même façon l’enfant qui lui adviendra. Par la suite, la reine Claude fait vœu, à son tour, que si elle obtient pareille faveur, elle s’engage à poursuivre, avec l’aide de son mari, la canonisation de François de Paule, déjà promu Bienheureux. Elle accouche d’un Dauphin, qui est prénommé François, le dernier jour de février 1517. La légende attribue au même saint la grossesse d’Anne de Bourbon qui, après plusieurs années de stérilité, tombe enceinte de Suzanne de Bourbon, la maladive créature qui épouse le Connétable.

Le vénérable Frère Fiacre, Augustin déchaussé, mérite de prendre place dans cette litanie. À en croire son biographe, c’est aux prières ferventes de ce saint qu’Anne d’Autriche doit la faveur du Ciel qui lui accorde un fils. Après un pèlerinage à Notre-Dame-de-Grâce, en Provence, pendant que le frère Fiacre et son compagnon font leur voyage à pied dans le cœur de l’hiver, n’ayant d’autre équipage qu’un bâton, le bréviaire et le rosaire, elle sent remuer en elle le fruit de ses entrailles. Le samedi 4 septembre 1638, dès les 2 heures du matin, elle est en travail. À 11 heures 22 minutes, le Roi est à table. On vient l’avertir. Peu d’instants après, circule en tous lieux l’heureuse nouvelle : c’est un Dauphin ! Le bon frère Fiacre intervient avec le même succès pour l’épouse de Gaston de France, frère unique de Louis XIII, qui accouche, le 17 août 1650, d’un prince nommé le duc de Valois. Marie-Thérèse est également redevable au précieux Fiacre du Grand Dauphin qu’elle porte dans ses flancs et à qui elle donne la vie, jour pour jour, au temps que le religieux l’a prédit. En signe de gratitude, la Reine et la Reine mère donnent ordre qu’on fît la figure de Thérèse en relief doré, tenant le jeune Dauphin entre ses bras et le présentant à la Sainte Vierge. Elles donnent cent marcs d’argent pour faire cette œuvre, qui est travaillée par les plus habiles orfèvres du royaume. On fait aux pieds de cette figure un petit coffre ovale, où elles mettent des reliques de cette sainte, que Philippe IV d’Espagne, leur a envoyées. Enfin, le frère Fiacre aura eu, par ses prières, quelque part dans la naissance du duc de Bourgogne, un des petits-fils du grand Roi. En manière de cadeau, le Dauphin, pour lui marquer sa reconnaissance, lui envoie un parement d’autel de brocart d’or et d’argent, accompagné de deux ciboires et d’une chasuble de même, le tout chargé de ses armoiries, brodées, mi-parties de France et de Bavière. Ce riche ornement ayant été volé, la princesse en fait travailler un second d’une aussi grande valeur que le premier et qu’on ne met pas moins de deux ans à confectionner.

On rapporte ce que dit Montesquieu à une jeune femme, tant soit peu galante, qui lui demande la définition du bonheur : c’est la fécondité pour les reines et la stérilité pour les filles. Cette opinion est partagée par la plupart des souveraines de France, qui réclament, à l’envi, à Dieu ou à ses saints de rendre fertile leur union. Il n’est point jusqu’à l’énigmatique androgyne, Henri III, qui n’a condescendu, par deux fois, à faire le pèlerinage de Chartres, pour y prendre deux chemises de Notre-Dame : une pour lui et l’autre pour la Reine. Ce qu’ayant fait, il revient à Paris coucher avec elle, en espérance de lui faire un enfant, par la grâce de la Vierge et de ses chemises. Ceci se passe en 1579. Trois années plus tard, le jeudi 1er décembre 1582, le Roi fait faire à Paris une procession générale, où sont portées en grande solennité la châsse de sainte Geneviève et les reliques de la Sainte-Chapelle et à laquelle assistent, outre Henri III, sa mère, sa femme et sa sœur de Navarre. Le Parlement, la Ville y figurent en corps et en robes rouges. En même temps, il a été prescrit, dans toutes les paroisses, des services, pour qu’il plaise à Dieu d’accorder à la Reine la mâle lignée dont le couple a singulier désir. Le 11 avril suivant, qui est le lendemain de Pâques, Henri et son épouse, partent de Paris à pied, pour se rendre à Chartres, et de Chartres à Cléry, faire leurs offrandes et prières à la Belle Dame révérée ès-églises desdits lieux.Ils ne sont de retour à Paris que le 24e dudit mois, tous deux bien las et ayant les plantes des pieds bien ampoulées d’avoir fait tant de chemin à pied. À partir de ce jour, le clergé du chapitre de Notre-Dame de Chartres, voulant éviter aux souverains d’entreprendre un pèlerinage aussi pénible, envoie, dès que lui est notifiée la grossesse d’une reine de France, une chemise de satin ou de taffetas blanc ayant approché celle-là Vierge et l’on assure que cette coutume est encore observée en 1811 quand celle de Marie-Louise est officiellement reconnue.

Napoléon n’en éprouve pas moins des craintes pour l’accouchement. Le soir du 25 février 1810, l’Impératrice a eu une syncope. Corvisart, qui a son franc parler, a dû rassurer l’époux, raillant, en homme au cœur endurci, les terreurs du guerrier pour une chose si ordinaire. Quant à la mère, le rude médecin, dans un cercle d’intimes, la traite tout crûment de chiffe. Elle fait montre, cependant, de plus de fermeté que son impérial époux qui, dans la nuit précédant l’événement, ne cesse de marcher, d’importuner de questions les dignitaires et le médecin lui-même. Dubois a à accomplir une tâche particulièrement laborieuse. Nous avons conté comment un bain d’eau tiède parvient à ranimer l’enfant venu en état de mort apparente.

On a eu les mêmes émotions à la naissance du futur Louis XIII. La sage-femme, le voyant en grande faiblesse de la peine qu’il avait endurée, ne cache pas au roi son inquiétude.

— Sire, lui dit-elle, si c’était un enfant, je mettrais de l’alcool sur ma langue et lui en donnerais, de peur que la faiblesse durât trop.

Henri IV lui répond sans hésitation : faites comme à un autre. La sage-femme emplit sa bouche de vin et le souffle dans celle de l’enfant : sur l’heure il revient à lui. Dans une circonstance analogue, Napoléon a dit à l’accoucheur, qui témoigne de quelque appréhension : faites comme pour une bourgeoise de la rue Saint-Denis. Il ne nous déplaît pas de surprendre les autocrates dans un des rares moments où ils consentent à se dépouiller de leur majesté pour redevenir simplement des hommes.

Comment accouchaient les reines de France

Le cérémonial

Il est d’usage, sous l’ancienne monarchie, d’observer, à la naissance d’un héritier, un cérémonial dont une étiquette rigoureuse ne permet pas de transgresser les rites. Les principaux corps de l’État, les ambassadeurs des princes étrangers viennent présenter leurs compliments au Monarque, qui les écoute avec gravité et y répond avec affabilité. Ce cérémonial, Napoléon le fait revivre, lors de la naissance du souverain de Rome. Il charge son ministre des Cultes d’adresser à tous les prélats de France la lettre circulaire suivante :

Monsieur l’Évêque, c’est avec une satisfaction infinie que je puis vous annoncer l’heureuse grossesse de S.M. l’Impératrice, ma très chère épouse et compagne. Cette preuve de la bénédiction que Dieu répand sur ma famille et qui importe tant au bonheur de mes peuples m’engage à vous faire cette lettre, pour vous dire qu’il me sera agréable que vous ordonniez des louanges particulières pour la conservation de sa Personne. Sur ce, je prie Dieu, qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.

NAPOLÉON.