L'enfer en pente douce - Mary Play-Parlange - E-Book

L'enfer en pente douce E-Book

Mary Play-Parlange

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Beschreibung

Un thriller haletant entre l'Europe et l'Australie !

« Elle est seule, elle n’a aucune idée de l’heure. Le néon blafard accentue le silence poisseux autour d’elle, rythmé par le ronronnement exaspérant d’un extracteur d’humidité. »

L’agent d’Interpol Melinda Fields a disparu. Va-t-on la retrouver, dans quelles circonstances ? Pourquoi cette disparition ?

De Marseille à Lyon, de Melbourne à Rome, les événements vont se précipiter dans un double jeu trouble dont personne ne sortira indemne.

EXTRAIT

Après un trajet qui lui a paru interminable, la voiture stoppe brusquement sur les gravillons d’un vaste espace dégagé. La lampe qui s’allume à leur arrivée éclaire la masse sombre d’un haut cyprès et un morceau de façade ornée de vigne vierge. Sous l’éclat froid de la lune montante, l’agent d’Interpol Melinda Fields distingue sur sa gauche une serre plantée dans l’herbe. Elle frissonne malgré la douceur de cette nuit de novembre. Elle emboîte le pas de celle qui l’a prise en charge à Avignon et l’a conduite ici. Elles longent un muret de pierre et arrivent devant une porte arrondie que sa guide ouvre à l’aide d’une clé en fer :
— Où nous sommes nous exactement ? À qui appartient cette maison ? Quand doit-il arriver ? demande Melinda inquiète.
— J’peux rien vous dire, c’est lui qui répondra à vos questions.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Un vrai polar avec du suspense jusqu'au bout. Une bonne lecture et une bonne surprise ! - Blog Les Chroniques de Bérengère

À PROPOS DE L'AUTEUR

Mary Play-Parlange nous livre avec ce dernier opus de sa trilogie sur l’enquête de Melinda Fields contre le Warrigal, un thriller psychologique qui tient le lecteur en haleine de bout en bout dans un suspens au final époustouflant.

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Seitenzahl: 209

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Table des matières

Résumé4

L’enfer en pente douce5

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L’enfer en pente douce101

Résumé

« Elle est seule, elle n’a aucune idée de l’heure. Le néon blafard accentue le silence poisseux autour d’elle, rythmé par le ronronnement exaspérant d’un extracteur d’humidité. »

L’agent d’Interpol Melinda Fields a disparu. Va-t-on la retrouver, dans quelles circonstances ? Pourquoi cette disparition ? De Marseille à Lyon, de Melbourne à Rome, les événements vont se précipiter dans un double jeu trouble dont personne ne sortira indemne.

Mary Play-Parlange nous livre avec ce dernier opus de sa trilogie sur l’enquête de Melinda fields contre le Warrigal un thriller psychologique qui tient le lecteur en haleine de bout en bout dans un suspens au final époustouflant.

Mary Play-Parlange

L’enfer en pente douce

policier

ISBN : 978-2-35962-746-6

Collection Rouge

ISSN : 2108-6273

Dépôt légal aout 2015

©couverture Ex Aequo

©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Du même auteur

Chez le même éditeur

Accents Graves - 2012

La mort à pleines dents - 2012

La malédiction du soleil –2013

Les opales du crime – 2013

Clair-obscur en Chartreuse – 2013

1

14 mars 1860 — Rome — Italie

Elle ne parvient pas à trouver le sommeil. Elle quitte son lit à tâtons, sort de la chambre en retenant son souffle pour ne pas réveiller sa jeune sœur.

Elle avance pieds nus sur le palier, frissonne au froid contact des tomettes.

Elle descend l’escalier à pas de loup.

Elle entend au-dehors des chants qui se perdent dans la nuit. La ville résonne des échos de la fête. La Mi-Carême autorise tous les excès, toutes les folies !

La maison est étrangement silencieuse après la soirée enchantée que son cher papa lui a offerte pour ses quinze ans. Celle de son premier bal.

Elle a encore dans les oreilles les sons vibrants des instruments, dans les yeux la flamme des bougies qui par milliers éclairaient la salle.

Elle commence à tourner sur elle-même, insensible à l’obscurité glacée qui a envahi la pièce. Elle tourne de plus en plus vite, se souvient avec bonheur des robes et habits de soie. Elle retrouve l’ivresse de la danse qui l’enivre…

Elle titube, se laisse tomber dans un grand éclat de rire sur le carrelage noir et blanc. Elle se relève d’un bond, se rend à l’office, verse un peu d’eau au creux de ses mains, boit quelques gouttes, rafraîchit son visage.

Elle se décide, épuisée, mais joyeuse, à regagner l’étage quand elle aperçoit un rai de lumière sous la porte du bureau de son père. Elle se réjouit à l’idée de la surprise qu’elle lui réserve. Elle va aller l’embrasser, se blottir dans ses bras, comme elle le faisait si souvent petite fille quand il travaillait tard.

Elle pousse les deux battants d’une main ferme, franchit le seuil en courant, s’arrête net dans son élan, reste pétrifiée sur place.

Flavia d’un coup se met à hurler, à hurler toujours plus fort comme si son cri déchirant pouvait ramener à la vie le pendu au bout de sa corde.

***

2

Après un trajet qui lui a paru interminable, la voiture stoppe brusquement sur les gravillons d’un vaste espace dégagé. La lampe qui s’allume à leur arrivée éclaire la masse sombre d’un haut cyprès et un morceau de façade ornée de vigne vierge. Sous l’éclat froid de la lune montante, l’agent d’Interpol Melinda Fields distingue sur sa gauche une serre plantée dans l’herbe. Elle frissonne malgré la douceur de cette nuit de novembre. Elle emboîte le pas de celle qui l’a prise en charge à Avignon et l’a conduite ici. Elles longent un muret de pierre et arrivent devant une porte arrondie que sa guide ouvre à l’aide d’une clé en fer :

— Où nous sommes nous exactement ? À qui appartient cette maison ? Quand doit-il arriver ? demande Melinda inquiète.

— J’peux rien vous dire, c’est lui qui répondra à vos questions.

— J’ai le droit de savoir ce que je fais là ! Pourquoi personne ne vient-il nous accueillir ? C’est quand même hallucinant : comment justifiez-vous ce « quasi-enlèvement » ? Murat, j’en ai marre de vos mystères. Vous me devez une explication ! s’exclame Melinda véhémente.

— Ne vous en faites pas, vous allez bientôt comprendre.

Le ton doucereux de son interlocutrice l’exaspère d’autant plus qu’elle y perçoit une pointe d’ironie qui la déconcerte. Elle fixe le visage impassible dont le sourire figé ne laisse rien paraître.

Entre-temps elles ont pénétré dans une sorte de buanderie encombrée d’objets hétéroclites où parasols et coussins de plage cohabitent avec un lave-linge et un congélateur. Melinda a le temps d’apercevoir dans un coin un évier et une douche avant de descendre les quelques marches où l’entraîne la brune pulpeuse qui la précède.

Elles traversent une première cave aux murs garnis jusqu’au plafond de casiers remplis de bouteilles de vin. Elles s’arrêtent au seuil de la seconde :

— C’est là que vous dormirez en attendant.

Agrippant d’un geste brusque le bras de la fille, Melinda explose soudain :

— En attendant qui, en attendant quoi ? Vous vous foutez de moi ? Vous ne me ferez pas croire qu’il m’oblige à passer une nuit dans un endroit pareil !

— Je viens de vous le dire, vous allez bientôt comprendre…

***

Voie G, le TGV s’est vidé de ses derniers passagers. Le commissaire Diego Martelly remonte le long du train le quai désespérément vide. Il interpelle un contrôleur sur le marchepied de la dernière voiture :

— Excusez-moi, j’attends quelqu’un qui devait descendre à Marseille et que je n’ai pas trouvé. Y a-t-il eu un incident concernant des passagers ?

— Non, pas du tout, répond l’homme pressé de rentrer chez lui.

Diego insiste :

— Je vois, vous avez fini votre service, mais c’est très important. Pourriez-vous vérifier si cette personne est bien montée à Lyon ? Elle a réservé une place en première au nom de Melinda Fields.

Impressionné par le ton péremptoire de Martelly, l’employé consent de mauvaise grâce à consulter son boîtier électronique :

— Tout ce que je peux vous dire, c’est que cette place était occupée quand j’ai contrôlé les billets entre Lyon et Valence.

Perplexe et bien qu’il soit déjà 21 heures 30, le commissaire appelle sa consœur Valérie Ferrand. Celle-ci décroche dès la deuxième sonnerie :

— Ferrand, je n’y comprends rien, je n’ai aucune nouvelle de Melinda et elle n’était pas à la descente du TGV.

— Ah bon ? Tu es sûr ? Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Elle se faisait une joie de te retrouver.

Valérie Ferrand précise dans la foulée :

— Elle nous a d’ailleurs amené les enfants à garder comme prévu.

— Elle était en retard ? Elle a pu rater le train…

— Pas de danger, elle avait une bonne heure d’avance justement pour ne pas le rater. Et puis elle aurait prévenu.

Elle hésite une seconde avant d’ajouter :

— Je ne sais pas si je dois en parler à Peter.

— Non, pas la peine d’inquiéter ton mari ; le connaissant il va se faire un sang d’encre pour sa fille, autant lui éviter ça pour le moment. Dès que j’en sais plus, je te tiens au courant.

Il raccroche sans la moindre idée d’où diriger ses recherches, avec un sale pressentiment.

***

Elle est seule, elle n’a aucune idée de l’heure. La lueur de la lampe au-dehors a disparu peu après le départ de Murat. Le néon blafard accentue le silence poisseux autour d’elle, rythmé par le ronronnement exaspérant d’un extracteur d’humidité.

Un sentiment de total isolement la submerge. Principe de précaution oblige, elle a accepté de remettre son portable éteint à l’adjointe de Martelly, qui l’a convaincue du danger encouru si elle était localisée. Un mouchoir sur le nez pour échapper aux odeurs de moisi, elle retraverse la première cave d’un pas décidé et grimpe l’escalier de pierre jusqu’au capharnaüm de l’étage. Elle se dirige sans hésiter vers la porte qu’elle tente en vain d’ouvrir. Furieuse elle tambourine dans le vide, avise la fenêtre dont les barreaux anéantissent ses espoirs de liberté. Impossible de sortir. On la tient enfermée. À quoi ça rime ? Elle commence à se poser un tas de questions qu’elle aurait sans doute dû se poser beaucoup plus tôt.

***

Villa Palatine — périphérie de Melbourne — Australie

Pour la première fois depuis qu’il a basculé du côté des forces obscures, Warrigal respire avec bonheur l’air tiède de cette belle matinée printanière. Il a atteint son but, il les a séparés, elle est à lui. Dans quelques heures il lui parlera, il aura son visage sous les yeux, il lira dans son regard son malaise face à l’écran noir. Elle ne le verra pas. Elle ne le verra jamais. Il reste maître du jeu.

***

3

Chez lui à Marseille, rue du Petit Puits, Diego Martelly a tourné en rond toute la nuit, son smartphone à la main, dans l’espoir qu’elle l’appelle. Il somnole à demi allongé sur le canapé lorsque son portable vibre enfin. Il tressaille les yeux rivés sur l’écran, il découvre un mail loin de celui qu’il attendait. La déception éprouvée d’emblée en constatant qu’il n’a pas été envoyé par Melinda se transforme au fil de sa lecture en un malaise interrogateur. Il rassemble du mieux qu’il peut ses lointains souvenirs d’anglais pour parvenir à une traduction approximative. Il en ressort qu’on le félicite d’avoir su préserver la cité phocéenne d’une épidémie de peste ; grâce à lui et à sa perspicacité, tout danger est désormais écarté. Le « vaillant commissaire » a découvert à temps le voilier porteur de mort{1}.

Malgré l’ironie sous-jacente de ces compliments, Diego éprouve un réel soulagement de savoir sa ville débarrassée de la menace qui pesait sur elle. Sentiment de satisfaction vite remplacé par une sourde angoisse. La suite du message semble si alarmante qu’espérant n’avoir pas compris correctement, il quitte son appartement à la hâte et fonce à l’Évêché{2} tenter de trouver dans sa brigade un traducteur plus expérimenté.

***

Melinda n’a d’autre choix que de s’étendre sur le lit de fortune installé entre deux cantines rouillées. Malgré sa fatigue et la faim qui la tenaille, elle reste dans l’obscurité les yeux ouverts et se repasse en boucle les événements qui l’ont conduite dans ce lieu.

Le soir même, le lieutenant Murat l’a rejointe en gare d’Avignon. Elle a su la persuader de la nécessité de descendre du TGV à Aix et non à Marseille :

— Ce sont les ordres du commissaire Martelly. Il a été obligé de se soumettre à d’autres tests suite à un nouvel envoi de rats contaminés à son domicile. Il m’a demandé de vous conduire dans une maison isolée de la campagne aixoise où vous serez en sécurité.

— Et lui ?

— Il vous y rejoindra dès qu’il pourra.

— Je vais l’appeler.

— C’est impossible. Il subit des examens à l’Hôpital Nord. Il n’est pas joignable pour l’instant et vous demande d’ailleurs d’éteindre votre portable et de me le remettre.

— Vous plaisantez, on n’est pas dans un mauvais polar !

— Désolée, mais il a beaucoup insisté. Vous êtes comme lui une cible privilégiée, on ne doit pas pouvoir vous localiser. Son objectif est de vous protéger et c’est le rôle qu’il m’a assigné. À partir de maintenant, considérez-moi comme votre garde du corps.

Soucieuse, tant elle tient à lui, de respecter la ligne de conduite soi-disant dictée par Diego, Melinda Fields a baissé la garde et, par amour, accepté l’inacceptable. Elle s’est laissée piéger comme une débutante.

***

À Lyon, la commissaire Valérie Ferrand a finalement choisi d’informer son mari Peter Fields de la disparition de sa fille Melinda. Pour tenter de le rassurer, elle a insisté sur la compétence de son collègue Martelly qui sans nul doute la retrouvera très vite. En grand-père investi dans son rôle, Peter sait qu’il devra dissimuler son anxiété de père et s’interroge sur la manière dont il va présenter les choses à ses trois petits-enfants.

***

Melinda ne se réchauffe pas malgré la couette épaisse qui recouvre le lit. Elle a froid, elle a faim, elle a soif. Elle ne se pardonne pas sa stupide naïveté. Elle sursaute en entendant s’ouvrir la porte du haut. Elle reconnaît le pas de Murat, se précipite à sa rencontre. Elle la rejoint au milieu des marches, évite de justesse de renverser le plateau qu’elle porte. Elle redescend à reculons et se saisit d’un sandwich au jambon.

Elle engloutit quelques bouchées puis s’écrie rageuse :

— Murat, si j’ai bien compris, je suis prisonnière. Vous m’avez bien eue, espèce de garce !

— N’employez pas les grands mots. Vous êtes son invitée et il m’a chargée de m’occuper de vous.

— Oh ! Arrêtez de vous foutre de moi. Vous savez parfaitement que ce n’est pas du tout dans sa manière. Je crois plutôt que vous avez des vues sur lui et que vous êtes jalouse. Vous avez tout manigancé…

— Vous vous trompez ma belle ; tenez, d’ailleurs il va vous le dire lui-même.

Elle lui tend une tablette et reste debout derrière elle. Melinda fixe quelques secondes l’écran noir sans comprendre, recule au son de la voix métallique qui s’adresse à elle en anglais avec un accent qu’elle connaît bien, celui de Melbourne, sa ville natale.

— G’day ! Je bois à votre santé un verre de Chardonnay glacé comme vous l’aimez et me réjouis de ce repas que nous partageons par écran interposé.

Sous le coup de la surprise et de la déception, elle reste muette. Elle s’attendait à entendre la voix chaude de Diego et c’est un inconnu qui s’adresse à elle :

— Je peux comprendre votre désappointement, je ne suis pas celui que vous espériez. Avez-vous une idée de qui je suis ?

— Je ne vous vois pas, comment voulez-vous que…

— C’est la règle du jeu, la règle de mon jeu. Je vous vois, vous ne me voyez pas, vous ne me verrez jamais.

— J’ai pas besoin de vous voir pour deviner que vous êtes le salopard qui nous poursuit depuis des semaines, Martelly et moi, et qui nous pourrit la vie.

— Bonne déduction, chère concitoyenne. Dommage que vous ayez consacré vos talents d’inspectrice sagace à faire capoter mon business !

***

Dans son bureau, Diego lit et relit la traduction de la deuxième partie du mail reçu le matin même :

« Trêve de plaisanterie, tu crois que tu as gagné parce que ta ville sera épargnée. Le flic a peut-être gagné, mais l’homme a tout perdu. Je l’ai enlevée, je te l’ai enlevée. Je vais la garder, précieux trophée qui m’a coûté tant d’efforts. Elle est à moi, à moi seul désormais. 

Warrigal »

La signature au bas du message ne lui évoque rien. Il tape le nom dans Google pour voir à qui il pourrait correspondre. La seule référence qu’il trouve lui glace le sang : chien sauvage, le warrigal est le plus grand prédateur d’Australie.

***

Villa Palatine – périphérie de Melbourne – Australie

Elle a disparu de l’écran. Forte et fragile à la fois, elle l’impressionne au-delà de ce qu’il avait imaginé. Il sait qu’il prendra plaisir à ces joutes verbales. Elle va lui résister et c’est ce qui lui plaît. Pour la première fois depuis l’accident il retrouve le goût d’attendre le jour suivant.

***

4

18 mars 1860 — Rome — Italie

Le jour se lève alors que Cosimo Rossetti fait, comme chaque matin, le tour de son jardin. Le ciel s’éclaircit, la température est encore fraîche, mais la journée promet d’être belle. Il y a dans l’air des senteurs nouvelles qui annoncent la fin de l’hiver et l’arrivée toute proche du printemps. Peut-être le riche banquier est-il plus attentif aux changements qui s’opèrent dans la nature depuis qu’il a vu lui-même sa vie basculer d’un coup. Il tâte dans sa poche la lettre adressée par son ami Baldelli, celle qui ne l’a plus quitté depuis que celui-ci a commis l’irréparable. Il la connaît par cœur :

« Mon cher Cosimo,

Quand tu liras ces mots, je ne serai plus parmi vous. Je suis allé au bout de ce que je peux supporter, la vie est trop lourde, je n’ai plus l’énergie nécessaire pour continuer à me battre.

Après la mort, il y a dix ans, de ma chère Francesca lors de la naissance de notre petite Ornella, j’ai refait surface malgré mon accablement.

Tu m’y as aidé du mieux que tu as pu. Toi mon ami de toujours, toi qui me connais mieux que quiconque, toi avec qui j’ai partagé les folies de nos années de jeunesse, toi qui ensuite a fait confiance à mes qualités de négociant prospère en me prêtant de l’argent, beaucoup d’argent, pour investir dans ces nouvelles compagnies de chemin de fer qui fleurissent à travers le monde. Toi mon ami de toujours, je sais maintenant que je ne pourrai jamais honorer ma dette envers toi.

Avant de partir, je dois t’avouer l’inavouable : j’ai fait depuis deux ans de fort mauvaises affaires. Mon commerce d’épices, de thés et de cafés a souffert des violentes intempéries qui se sont abattues à plusieurs reprises sur les récoltes de mes fournisseurs du lointain Orient. Abusant ma confiance, ceux-ci en ont profité pour m’adresser des produits qui ont déçu mes clients les plus fidèles, partis chercher ailleurs la qualité que je n’étais plus en mesure de leur assurer.

Proche de la faillite, j’ai allumé moi-même l’incendie qui a ravagé mon entrepôt la semaine dernière. Tu es bien sûr le seul à connaître la honteuse vérité, car j’ai pris grand soin d’agir de telle sorte que les ravages du feu soient imputés à un malheureux accident. J’ai ainsi permis de donner un sens à mon suicide pour que mes enfants ne traînent pas derrière eux le déshonneur d’un père ruiné.

Mon cher, mon très cher Cosimo, je te demande pardon du fond du cœur pour ne pas avoir eu le courage de me confier à toi plus tôt. Tu croyais bien me connaître, mais en lisant ces lignes tu feras l’amer constat que tu ignorais la face sombre de Luca Baldelli. Je terminerai en te disant, mon fidèle ami, qu’il y a encore autre chose que je t’ai caché, un secret si lourd que je n’ose l’écrire ici. Tu trouveras dans le dernier tiroir de mon bureau un document qui t’éclairera.

J’espère néanmoins que tu répondras à ma dernière demande en acceptant de me remplacer auprès de mes trois petits, désormais orphelins. Connaissant votre attachement réciproque, j’ai rédigé et signé l’acte que tu produiras devant notaire pour devenir le tuteur légal de Milo, Flavia et Ornella. Ils seront les enfants que tu n’as pas eus, tu seras le père qu’ils auraient dû avoir.

Merci encore pour ta bienveillance à mon égard qui ne s’est jamais démentie et sois assuré de mon indéfectible amitié. 

Luca »

21 mars 1860 — Rome — Italie

Le soleil est déjà haut dans le ciel quand Cosimo Rossetti fait venir auprès de lui sa filleule Flavia qu’il héberge depuis la terrible découverte qui l’a terrassée quelques jours plus tôt. Il a bien réfléchi à la situation et sait ce qu’il va lui proposer :

— Mon enfant, tu es trop jeune encore pour entendre ce qui pousse parfois les adultes à agir comme ils le font. Tu en veux à ton père pour son geste désespéré, tu penses qu’il t’a abandonnée et il te manque.

— Il n’avait pas le droit de nous faire ça, nous laisser…

La voix étreinte de sanglots, Flavia s’arrête net, les poings serrés, la tête baissée. Son parrain lui prend la main, caresse ses cheveux et poursuit :

— Tu comprendras plus tard qu’il arrive qu’un homme emprunte le mauvais chemin et qu’il lui est ensuite difficile de faire marche arrière.

— Qu’est-ce qu’on va devenir ? Nous sommes seuls, dorénavant !

— Je suis là, moi, ton père m’a chargé de veiller sur vous et je te fais le serment de m’acquitter au mieux de cette noble tâche.

— C’est vrai ? Vous allez vous occuper de nous ? On va vivre ici, chez vous ? demande Flavia en fixant intensément Cosimo, une lueur d’espoir au fond des yeux.

— Pas exactement, ma chère petite. Ton père avant sa… son… enfin, avant de s’en aller a pris des dispositions précises que je me ferai un devoir d’appliquer. Il a demandé à ce que vous restiez tous les trois dans la maison familiale de la Piazza Navona.

— Tous seuls ?

— Non, bien évidemment. La fidèle Teresa continuera comme par le passé à tenir le ménage et à prendre soin de vous. Et puis, vous viendrez me voir autant que vous le voudrez. Ma maison sera votre seconde demeure.

— Mais nous n’avons pas d’argent, comment allons-nous faire pour…

— Ne t’occupe pas de ça, c’est à moi qu’il appartient de régler ces choses-là.

Tandis que la jeune fille, apaisée, s’en retourne à sa lecture, Cosimo Rossetti se sent pris d’un étrange malaise. Il a juré à son ami, par-delà la mort de garder sa propriété en l’état sans s’en défaire jamais et d’y maintenir Teresa jusqu’à la fin de sa vie. Il tiendra sa promesse, quoi qu’il en coûte.

La sensation de malaise s’amplifie encore quand il songe avec angoisse qu’il va lui falloir aussi assumer sans tarder les conséquences du coupable secret de Luca.

***

5

Melinda Fields a laissé allumée l’ampoule nue de la cave et c’est en apercevant la lumière du jour qui éclaire les marches de l’escalier qu’elle réalise que sa nuit de cauchemar est enfin terminée. Elle guette en vain un bruit, des pas, une voix qui prouveraient qu’il y a quelqu’un d’autre dans cette maison. Quand Murat va-t-elle revenir ? Si même elle revient… La veille, dès la fin de la conversation, celle-ci lui a arraché la tablette des mains, a filé à la vitesse de l’éclair en refermant la porte à clé derrière elle.

Melinda frissonne, submergée par une nouvelle bouffée d’angoisse à l’idée d’être abandonnée là à son triste sort.

Elle se souvient tout d’un coup avoir remarqué une douche dans un coin de la remise du haut. Un bon jet d’eau chaude ne peut que lui remettre les idées en place en la lavant de cette odeur poisseuse de moisi qui lui colle à la peau. Etonnée, elle trouve shampoing, savon, serviette. Les a-t-on déposés là pour elle ou servent-ils à d’autres après des travaux dans le jardin qu’elle a traversé à son arrivée ?

Elle passe un long moment à faire couler l’eau brûlante sur son corps courbatu et se laisse aller au bien-être qu’elle ressent. Une fois rhabillée, réchauffée, elle retrouve intacte la capacité de réflexion qu’elle avait perdue. Cette espèce d’état second, ce flottement dans lequel elle naviguait depuis qu’Axelle Murat l’a rejointe dans le TGV s’estompe au profit d’un esprit redevenu clair.

Malheureusement, cette lucidité débouche sur des constats alarmants. Au-delà de ce qu’on lui réserve à elle, elle imagine avec terreur ce qui peut arriver à sa famille. Sont-ils eux aussi en danger ? Savent-ils qu’elle a été enlevée ? Si c’est le cas, elle conçoit sans peine le désarroi de son père, de ses enfants…

Quant à Diego ! Subit-il un sort identique au sien, enfermé quelque part ? Victime de ce même prédateur qui les traque elle et lui sans relâche depuis si longtemps. S’est-il aussi fait piéger par Murat ? Cette garce au service du monstre qui joue avec leurs vies. Seul point positif, elle ne croit pas un mot de ce que cette dernière lui a raconté au sujet des rats contaminés. Ce n’est pas ce danger-là qu’elle redoute.

***

— Entre, Diego, je t’attendais. Merci d’avoir fait ce saut jusqu’à Lyon.

La commissaire Valérie Ferrand peine à reconnaître son collègue Martelly dont la légendaire impassibilité a fait place à une inquiétude visible. Traits tirés, cernes noirs sous les yeux, ride creusée entre les sourcils, cette nouvelle fragilité rajoute à sa séduction naturelle.

— Je vois que nous avons aussi mal dormi l’un que l’autre, dit-elle en le serrant affectueusement contre elle en une proximité inhabituelle.

Valérie Ferrand et Diego Martelly ont chacun fait du chemin depuis leurs années communes comme simples lieutenants dans la banlieue lyonnaise. Collègues avant tout, ils ont toujours évité les marques de familiarité, mais ce nouveau contexte change la donne. Face à la disparition de Melinda Fields, ils partagent la même angoisse, l’un pour la femme qu’il aime, l’autre pour la fille de son mari.

Tandis qu’elle va chercher deux espressos, il pose sur le bureau le mail signé « Warrigal ».