L'évaluation de la personnalité - Jean-Pierre Rolland - E-Book

L'évaluation de la personnalité E-Book

Jean-Pierre Rolland

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Beschreibung

Explorez les outils conceptuels, méthodologiques et théoriques permettant d'évaluer au mieux la personnalité d'un individu et ses impacts.

Entièrement remis à jour, cet ouvrage vise à fournir au praticien les bases conceptuelles et théoriques visant à comprendre la dynamique de la personnalité et son impact sur un ensemble de conduites, ainsi que les bases méthodologiques nécessaires à la mise en œuvre et à l’analyse des profils de personnalité fournis par deux questionnaires récents, le NEO-PI-3 et le PfPI. Il y est notamment question des relations entre le modèle à cinq facteurs et d’autres modèles alternatifs, des avancées très récentes et radicales dans le champ des troubles de la personnalité (DSM-5, CIM-11), dans les relations entre la personnalité (modèle à cinq facteurs) et un ensemble de modèles théoriques centraux en psychologie (théories de la motivation, mindfulness, etc.), de l’impact de la personnalité sur un ensemble de facteurs importants (tels que la santé, la dépression, la satisfaction professionnelle, etc.), mais aussi la stabilité et les conditions du changement de la personnalité.

La partie pratique, qui présente les principes fondamentaux de mise en œuvre et d’analyse de deux questionnaires, propose un ensemble d’exercices inédits facilitant l’intégration d’une méthode de mise en oeuvre et d’analyse des profils.

Cet ouvrage de psychologie vous permettra d'acquérir les bases de l'analyse de la personnalité selon le modèle à cinq facteurs et de mettre en pratique cette analyse via l'utilisation de deux questionnaires récents, le NEO-PI-3 et le PfPI.

EXTRAIT

Parmi l’ensemble des études portant sur l’impact des interactions personne-situation dans le cadre de la psychologie du travail, on peut retenir, à titre d’illustration, celle de Judge et Zapata (2015) qui se fondent sur la théorie interactionniste de Tett et Burnett (2003), et qui utilisent spécifiquement les dimensions de personnalité du modèle à cinq facteurs. Ces auteurs formulent un ensemble d’hypothèses très précises telles que « [l]a relation caractère Consciencieux-performance au travail sera plus forte (association positive) dans les professions (a) qui requièrent de l’indépendance et (b) de fortes exigences d’attention au détail » ou que « La relation extraversion-performance du travail[,] la relation sera plus forte (plus positive) dans les professions nécessitant (a) de fortes compétences sociales, (b) exigeant un haut niveau d’esprit de compétition, (c) dans lesquelles l’on doit souvent traiter avec des personnes désagréables ou mécontentes ». Ces auteurs concluent : « Dans l’ensemble, les résultats de l’étude ont soutenu notre modèle interactionniste dans lequel la situation exerce à la fois des effets généraux et spécifiques sur le niveau de prédiction de la performance au travail par la personnalité » (p. 1149)29.
En conclusion, l’ensemble de ces études mettent donc très nettement en évidence l’impact déterminant de la dynamique entre la personne et la situation sur un ensemble de conséquences cruciales et, par suite, la nécessité d’une approche de type interactionniste.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Jean-Pierre Rolland est docteur en psychologie, professeur émérite des universités (Université de Paris Nanterre) et chevalier des Palmes académiques. Il est membre du centre de recherche EA 2931 CERSM dont il a été directeur. Il s’est spécialisé dans l’étude de la personnalité et de ses troubles, ainsi que dans l’étude de la validité des méthodes de sélection et de recrutement utilisées en sciences humaines. Auteur des inventaires de personnalité D5D (1994), TD-12 (2007) et PfPI (2009), il a aussi adapté différents inventaires de personnalité majeurs (16-PF5, NEOPIR, NEOPI3, PID-5).

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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Couverture

Page de titre

Remerciements

Je remercie très vivement et très sincèrement le professeur P. Pichot et le professeur J.D. Guelfi qui m’ont fait l’honneur et le plaisir de rédiger les préfaces de cet ouvrage.

J’adresse mes remerciements les plus chaleureux à Jacques Grégoire qui m’a offert l’opportunité de rédiger cet ouvrage.

Le professeur J.D. Guelfi, les membres de l’Association Francophone d’Études et de Recherches sur les Troubles de la Personnalité (AFERTP) qu’il a fondée, et les rencontres organisées dans le cadre de cette association m’ont permis d’avancer vers une conception plus intégrative de la personnalité. Je leur en suis très reconnaissant. Leur intérêt pour l’approche dimensionnelle de la personnalité a été pour moi un encouragement essentiel.

Je remercie très sincèrement Paul T. Costa et Jeff McCrae pour la confiance qu’ils m’ont accordée.

Je remercie très chaleureusement Filip De Fruyt pour son amical soutien ainsi que pour nos échanges très stimulants, et Yannick Stephan pour sa lecture attentive du manuscrit et ses très utiles suggestions.

Mes remerciements aux Éditions Hogrefe et ECPA-PEARSON pour les autorisations de reproduction de documents.

La qualité de cet ouvrage doit beaucoup au suivi très attentif et aux suggestions de Mme Stéphanie Dagrain. Je lui en suis très reconnaissant.

Préface de M. le Professeur Pierre Pichot

Membre de l’Académie nationale de Médecine.

Au cours des dernières décennies le modèle dimensionnel à cinq facteurs (les « Big Five ») a progressivement pris une place prépondérante dans la description de la personnalité. Introduit par Costa et McCrae, il a suscité un nombre considérable de recherches, sert de base à la construction de nombreux instruments d’évaluation qui, utilisant des techniques diverses, ont vu leurs applications s’étendre aux différents domaines de la psychologie différentielle. Jean-Pierre Rolland a joué un rôle central en France dans l’acceptation de ce modèle, à la fois par ses réflexions théoriques et par la mise au point d’épreuves appropriées à la mesure des cinq dimensions. Le contenu du présent volume reflète ces deux aspects complémentaires. Il contient en effet d’une part la description de deux tests basés l’un et l’autre sur le modèle, description qui va bien au-delà d’un simple manuel d’utilisation, et contient des chapitres consacrés entre autres aux distorsions éventuelles des réponses et à l’interprétation de celles-ci, illustrée par de très nombreux exemples. D’autre part, la première partie du livre expose et discute une série des questions fondamentales relatives à la personnalité, aux concepts utilisés pour sa description, et à la signification de notions telles que « validité », « stabilité temporelle » et « cohérence inter-situationnelle ». Bien que faisant fréquemment référence au cas particulier du modèle à cinq facteurs et aux instruments l’utilisant, ces discussions ont une portée générale.

Le concept de personnalité et l’utilisation d’un modèle dimensionnel pour décrire les variations inter-individuelles de celle-ci sont les deux éléments centraux de ces instruments. Attesté par Littré en français dès la fin du XVe siècle, le terme « personnalité » n’a pris son sens psychologique moderne que bien plus tard. En 1885, Ribot publiait Les maladies de la personnalité, et ce titre reflétait, suivant le philosophe Lalande, le fait que « l’école psychologique moderne, qui combattait toute ontologie, a été amenée à donner aux troubles en question un nom qui fût par lui-même une protestation contre la croyance à la réalité métaphysique et à l’unité substantielle de l’âme ». Comme le rappelle l’auteur, le concept dans son sens actuel dérive du fait que l’observation permet, chez un individu donné, de déceler un ensemble relativement cohérent, systématique et stable de tendances à générer des ensembles structurés de pensées, d’affects et d’actions qui en font une personne unique.

De très nombreuses définitions du concept ont été proposées pour le délimiter des concepts voisins de tempérament, de caractère et de constitution. Ainsi, en 1947, H.J. Eysenck a proposé de considérer la personnalité comme « la somme des patterns comportementaux actuels et potentiels de l’organisme, tels qu’ils sont déterminés par l’hérédité et l’environnement ; elle naît et se développe par l’interaction fonctionnelle de quatre secteurs principaux dans lesquels ces patterns comportementaux sont organisés : le secteur cognitif (intelligence), le secteur conatif (caractère), le secteur affectif (tempérament), et le secteur somatique (constitution) ». En fait, l’utilisation des différents termes varie suivant les auteurs. Ainsi, des deux ouvrages classiques sur les rapports entre personnalité et secteur somatique, celui de Kretschmer s’intitule La structure du corps et le caractère, mais celui de Sheldon, qui a ultérieurement traité du même sujet, Les variétés du tempérament. Cloninger, l’auteur du modèle de la personnalité qui est, avec celui des Big Five, actuellement le plus connu, distingue parmi les « variantes de la personnalité » quatre dimensions de « tempérament » et trois de « caractère », la distinction ne reposant pas comme pour Eysenck sur la nature conative ou affective du secteur de la personnalité concerné, mais sur la stabilité et la permanence des premières, la variabilité et la susceptibilité aux influences du milieu des secondes. De tels exemples pourraient être multipliés et, d’une revue de l’emploi des différents termes, se dégage la conclusion que seul le terme « personnalité » correspond à un concept à la fois général et neutre.

Les deux modèles principaux utilisés pour la description de la personnalité sont le modèle dimensionnel et le modèle catégoriel. Le modèle dimensionnel existe implicitement dans le langage. De tout temps, on a utilisé des adjectifs se rapportant aux caractéristiques psychologiques et comportementales considérées comme relativement stables d’un individu donné, telles que « actif », « courageux », « sensible », « agressif », etc., l’association à cet adjectif d’adverbes d’intensité tels que « très », « moyennement », « peu » permettant de classer linéairement le sujet dans la population. À chaque adjectif correspond un substantif (par exemple « activité », « courage », « sensible », « agressif », etc.) qui est ainsi conceptualisé comme une dimension ou un trait le long duquel chaque sujet occupe une position en fonction de l’intensité de la caractéristique qui lui est reconnue. Dans Trait names: A psychological study, Allport et Odbert ont recensé, en 1936, près de 4 500 substantifs se rapportant en langue anglaise à des traits de personnalité. La psychologie différentielle moderne, utilisant la quantification, a introduit, pour la mesure de tels traits et la détermination de la position du sujet dans la population d’un individu donné, des échelles dont les éléments, les items, sont de natures diverses. Elle s’est trouvée confrontée à un double problème. Le premier a été de déterminer quel était le nombre de traits fondamentaux nécessaires et suffisants pour la description de l’ensemble de la personnalité, étant implicitement admis qu’il existait une structure hiérarchique des traits, chaque trait « fondamental » condensant les caractéristiques communes à des traits de niveau inférieur. Le second problème, associé étroitement au précédent, a été le choix de la méthode permettant de déterminer quels étaient ces traits fondamentaux. Pendant longtemps, les psychologues avaient fait appel à une combinaison de réflexion et d’intuition. C’est ainsi que, au début du XXe siècle, C.G. Jung avait décrit comme un trait fondamental l’introversion-extraversion. La méthode de l’analyse factorielle, découverte par Spearman en 1904, a fourni un instrument statistique puissant permettant aux psychologues de condenser, dans le cadre de ce modèle dimensionnel, les caractéristiques descriptives élémentaires de la personnalité telles qu’elles étaient appréhendées par les items des instruments de mesure qu’ils utilisaient. Les applications de cette technique ont abouti à la mise au point de nombreux modèles différant entre eux par les éléments descriptifs soumis à analyse, les techniques mathématiques d’analyse factorielle utilisées, et le nombre de dimensions considérées comme fondamentales. Parmi les modèles qui ont historiquement exercé la plus grande influence, on peut citer ceux de Guilford, de Cattell et d’Eysenck.

J.P. Guilford a joué un rôle de pionnier en ce domaine. À partir de 1934, il a, avec ses collaborateurs, proposé successivement un modèle à 13 puis à 10 dimensions, ce dernier ayant servi de base à un questionnaire de personnalité classique, le Guilford-Zimmerman Temperament Survey (1949). Parmi les efforts entrepris pour analyser à nouveau les données de Guilford, il faut citer ceux de Thurstone, aboutissant à un modèle à 7 facteurs, base d’un questionnaire, le Thurstone Temperament Schedule (1950). R.B. Cattell avait, en 1946, dans son ouvrage Description and Measurement of Personality, passé en revue les instruments de mesure utilisés : adjectifs, échelles d’évaluation du comportement, échelles d’auto-évaluation, tests de personnalité dits objectifs, et les modèles qui en avaient été dérivés. Celui qu’il a finalement construit a eu comme point de départ le recensement d’adjectifs effectué par son maître Vernon. Tenant compte des synonymes et quasi-synonymes, il les regroupa et aboutit à une liste de 171 termes constituant le « Basic English pour la description de la personnalité ». À partir de cette liste fut construite une échelle d’évaluation du comportement dont les résultats d’une appli­cation à 100 sujets furent analysés, aboutissant à 35 traits. Une analyse factorielle de ceux-ci identifia 12 traits que Cattell considéra comme les « traits primaires de la personnalité ». Ses nombreux travaux ultérieurs utilisant des instruments différents l’amenèrent à modifier son modèle qui, dans sa forme définitive, contient 16 dimensions (le Sixteen Personality Factors Questionnaire ou 16 PF étant l’instrument de mesure correspondant). À la différence des modèles de Guilford et de Cattell basés sur l’étude de sujets normaux, celui de H.J. Eysenck dérive initialement de l’analyse factorielle d’un questionnaire utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale pour évaluer la personnalité de sujets atteints d’états névrotiques divers. Dans son livre Dimensions of Personality (1948), Eysenck propose un modèle à deux dimensions orthogonales : Névrosisme-Stabilité Émotionnelle et Introversion-Extraversion, applicable aussi bien à la personnalité normale qu’aux personnalités pathologiques. Dans ses nombreux travaux ultérieurs, il introduisit une troisième dimension, le Psychoticisme, et étudia les rapports de son modèle avec ceux proposés par d’autres auteurs.

C’est sur l’arrière-plan historique des modèles proposés par Guilford, Cattell et Eysenck qui, apparus autour de 1950, ont eu une influence durable, qu’il faut envisager celui des Big Five, objet du présent ouvrage. Si l’on peut noter que le nombre de dimensions considérées comme fondamentales (nombre qui s’est d’ailleurs modifié chez le même auteur au cours de ses recherches) a oscillé entre 2 (le modèle initial d’Eysenck) et 16 (le modèle de Cattell), J.P. Rolland rappelle que McDougall en 1932 et Thurstone en 1934 avaient déjà proposé des modèles à cinq facteurs et qu’il existe des arguments de poids en sa faveur, même si les discussions sur le nombre optimal de dimensions ne sont sans doute pas closes.

Le deuxième modèle utilisé pour la description de la personnalité est dit catégoriel. Alors que la condensation de l’information est obtenue, dans le modèle dimensionnel, par la substitution à un grand nombre de caractéristiques descriptives d’un nombre limité d’entités linéaires (traits ou facteurs), dans le modèle catégoriel, elle est obtenue en regroupant les individus présentant les mêmes caractéristiques (ou au moins celles considérées comme importantes). Dans le premier, la condensation porte sur les caractéristiques ; dans le second sur les sujets. Dans le premier, la personnalité d’un sujet particulier est décrite par sa position sur un nombre restreint de dimensions, par son « profil » ; dans le second par son appartenance à l’une des catégories ou classes dont le nombre est limité. Alors que le modèle dimensionnel a été essentiellement développé par la psychologie, le modèle catégoriel, qui dérive initialement de la taxonomie des sciences naturelles, a été adopté par la médecine. Le concept de syndrome y est défini par la coexistence de différents symptômes chez le même sujet, dans la mesure où l’on peut démontrer que, statistiquement, cette coexistence n’est pas due au hasard. Le problème de la compatibilité des modèles dimensionnel et catégoriel se pose de manière manifeste en médecine mentale. Alors que, dans la majorité des troubles mentaux, le modèle catégoriel est accepté, par exemple par les systèmes nosologiques modernes comme le DSM-IV et la CIM-10 de l’Organisation Mondiale de la Santé, il n’en va pas de même dans le groupe d’affections dénommées troubles de la personnalité. Celles-ci sont des déviations quantitatives de la personnalité normale de nature et d’intensité telles qu’elles acquièrent un caractère pathologique. L’utilisation du modèle catégoriel y apparaît de plus en plus comme inadéquate, et de nombreuses voix s’élèvent pour lui substituer le modèle dimensionnel qui a démontré son efficacité dans la description de la personnalité normale. L’articulation entre les deux types de modèles – et, dans la pratique, l’utilisation d’instruments psychologiques de mesure basés sur le modèle dimensionnel dans un domaine soumis au modèle catégoriel – est un problème qui attend encore une solution malgré les efforts tentés et dont J.P. Rolland expose dans un chapitre particulier de cet ouvrage quelques-uns parmi les plus significatifs.

Si ce livre évoque des questions d’ordre très général, telles que celle de la délimitation du concept de personnalité ou celle de l’emploi des modèles dimensionnel et catégoriel dans sa description, il est pour l’essentiel consacré à une discussion approfondie du modèle des Big Five, de la nature des cinq dimensions constitutives, des caractéristiques de deux instruments utilisables pour la mesure de celles-ci, et des conclusions que l’on peut tirer de l’emploi de ces instruments. Psychologue parfaitement au fait des courants théoriques et des innovations techniques récents, mais aussi praticien expérimenté, l’auteur a su harmonieusement intégrer les différents aspects de sa discipline dans un texte dont la lecture est indispensable à ceux qui souhaitent non seulement utiliser deux des épreuves reposant sur l’un des modèles actuellement dominants de la psychologie de la personnalité, mais aussi interpréter, dans des situations concrètes, les résultats qu’ils permettent d’obtenir.

Le 23/12/2003, P. Pichot

Préface de M. le Professeur Julien Daniel Guelfi

La première édition de cet ouvrage consacré au modèle à cinq facteurs de la personnalité remonte à l’année 2004, préfacée par mon Maître, le Professeur Pierre Pichot. Ce modèle avait été élaboré et développé aux États-Unis par Paul T Costa et Robert R McCrae au cours des années quatre-vingt.

De très nombreux travaux sont venus confirmer l’intérêt tant du modèle théorique que du principal outil psychométrique qui s’y réfère, le questionnaire connu sous le sigle NEO-PI.

L’application du modèle théorique et du questionnaire NEO-PI à la pathologie de la personnalité est connue depuis le tout début des années quatre-vingt-dix.

Jean-Pierre Rolland est le spécialiste qui a initié les premiers travaux français sur la validation de construct du modèle lui-même, puis sur la forme révisée du questionnaire, le NEO-PI-R. L’article initial sur le modèle à cinq facteurs a été publié en 1993, dans la Revue Européenne de Psychologie Appliquée (Rolland, 1993, 43, 317-347) dans un climat général principalement favorable à la psychologie sociale au détriment de la psychologie individuelle. Cinq années plus tard, il publiait avec les deux créateurs du modèle, la validation française du NEO-PI-R (Costa, McCrae, & Rolland, 1998), et, plus récemment, le questionnaire PfPI (Rolland & De Fruyt, 2009) développé spécifiquement à des fins d’investigation de la personnalité dans une perspective d’orientation professionnelle, de sélection et de suivi de carrière.

Depuis la fin du siècle dernier, la popularité des cinq grandes dimensions (Névrosisme, Extraversion, Ouverture à l’Expérience, Agréabilité et caractère Consciencieux) n’a pas cessé de croître. La stabilité de la structure de ces cinq dimensions et de leurs trente facettes cliniques (six par dimension) a été largement confirmée par de très nombreux travaux menés dans des populations normales ou pathologiques. Le développement des NEO-PI, NEO-PI-R et NEO-PI-3 dans plusieurs dizaines de cultures distinctes a démontré l’intérêt universel de ce type d’exploration.

Cette approche dimensionnelle de la personnalité normale ou pathologique est allée de pair, au cours des trente dernières années, avec une critique de plus en plus sévère de la conception dite catégorielle des troubles de la personnalité dont la validité n’a jamais pu être réellement établie (8 à 10 catégories discrètes).

L’évolution observée de nos jours dans la cinquième édition de la classification des troubles mentaux, le DSM-5 de l’Association américaine de Psychiatrie, va dans le même sens. En effet, dans une annexe, et pour la première fois dans ce manuel, des travaux de recherche clinique sont vivement encouragés concernant l’emploi, pour l’instant expérimental, d’un modèle dit alternatif, hybride, de la personnalité associant une approche dimensionnelle à la classique approche catégorielle, réduite désormais à six catégories distinctes.

L’évolution qui sera observée demain dans la onzième édition de la classification de l’OMS, l’ICD-11 ou CIM-11, qui sera définitivement adoptée en mai 2019 et dont l’usage sera obligatoire dans tous les pays membres en 2022, sera aussi, selon toute vraisemblance, presque exclusivement dimensionnelle.

De nouveaux outils psychométriques, questionnaires et échelles d’évaluation se référant à des entretiens plus ou moins rigoureusement structurés explorant les critères diagnostiques et les critères d’intensité des troubles, font actuellement l’objet de très nombreux travaux de recherche clinique. Il en est ainsi du PID-5 de R. Krueger et collaborateurs du DSM-5, du PiCD pour l’ICD-11 et de la batterie de Thomas Widiger (99 échelles distinctes explorant les dimensions du modèle à cinq facteurs, les FFMPD Scales, dont 36 ont d’ores et déjà fait l’objet d’études de leur validité discriminante). Ces outils, si l’on en croit une des récentes publications de C. Crego, JR. Oltmanns et T. Widiger en 2018, semblent appelés à se développer au cours des prochaines années.

Les travaux à venir compareront en effet les résultats des outils classiques se référant au modèle à cinq facteurs avec ces nouveaux outils en termes de faisabilité, de facilité de passation, d’utilité clinique et de validité en fonction des objectifs poursuivis, et ce dans des populations normales et pathologiques.

Le foisonnement des recherches cliniques actuelles dans le domaine de la personnalité est certainement une donnée positive, car il reste encore de très nombreuses inconnues à propos du fonctionnement normal ou pathologique d’une personnalité, n’en déplaise à certains. Cependant, la précipitation pour la publication d’un trop grand nombre d’outils nouveaux dans une même période de temps représente aussi un danger, celui de céder trop facilement à une mode et d’initier conjointement un trop grand nombre d’études, car celles-ci sont difficiles à conduire et à mener à bien. En cela, les études scientifiques d’ores et déjà réalisées avec le Big Five et ses principaux questionnaires représentent un modèle de référence inégalé et incontournable ayant bénéficié d’un développement d’ensemble cohérent, systématique et longuement mûri.

Cette histoire est remarquablement présentée par Jean-Pierre Rolland. Son ouvrage nous aide à nous poser de nombreuses et bonnes questions sur le fonctionnement des systèmes de régulation de l’activation de nombreuses conduites : les conduites d’évitement, de retrait et de fuite (Névrosisme), ou, au contraire, de recherche, d’approche et de récompense (Extraversion), ainsi que les conduites qui témoignent d’une Ouverture à l’expérience dans de multiples domaines. En quatrième lieu, la dimension de l’Agréabilité versus l’Antagonisme est très fréquemment concernée dans les troubles de la personnalité. Elle règle principalement la qualité des relations à autrui. En dernier lieu, le caractère Consciencieux (versus Désinhibition) renvoie à la fixation des objectifs à long terme, à la planification, l’organisation et l’anticipation.

Les liens entre les cinq dimensions fondamentales et des concepts comme ceux de l’estime de soi, du lieu de contrôle, du bien-être et de la résilience sont aussi abordés avec un vocabulaire accessible à des non-spécialistes.

Les applications du modèle des cinq facteurs sont multiples, notamment dans les domaines du recrutement professionnel et de la santé physique ou mentale (si l’on est encore attaché à cette distinction au cœur de la santé !).

Une importance non négligeable est accordée par Jean-Pierre Rolland au fonctionnement général de la pensée, des affects et des cognitions en fonction du sexe, des différents âges de la vie, de l’enfance à la vieillesse, et de diverses pathologies comorbides susceptibles d’avoir des répercussions sur le fonctionnement psychologique. Cela nous amène logiquement à la problématique du changement observable dans de nombreuses circonstances, qu’elles soient socio-économiques, familiales ou culturelles.

Les difficultés de l’approche psychologique à l’aide de questionnaires ne sont pas passées sous silence. Elles sont abordées avec finesse, qu’il s’agisse des biais de réponse et des principaux pièges à éviter lors de l’interprétation des résultats puis au cours de leur restitution aux personnes examinées.

Des analyses de cas sont aussi proposées pour illustrer quelques situations types en matière d’orientation professionnelle ou de configurations particulières de traits potentiellement sources de difficultés relationnelles. Elles illustrent la grande variété et la richesse de ce type d’approche.

En conclusion, le livre de Jean-Pierre Rolland est remarquable à plus d’un titre. Sa lecture est vivement recommandée à l’ensemble des professionnels de l’investigation psychologique et psychopathologique dans le monde du travail. Il en est de même pour les psychothérapeutes quelles que soient leurs références théoriques car c’est bien l’ensemble des psychothérapeutes qui doivent se sentir concernés par les évaluations psychométriques pratiquées lors des bilans initiaux, puis en cours de thérapie voire à distance d’une prise en charge. L’évaluation du résultat et l’appréciation du changement sous traitement, parfois décrié dans certains milieux, sont une autre exploitation possible de ce domaine spécialisé de la recherche clinique qui n’est encore qu’au début de son développement.

Le 04/03/2019, JD Guelfi, Professeur émérite de Psychiatrie Université Paris Descartes Médecin expert neuropsychiatre honoraire près la Cour d’appel de Paris

Introduction

Le modèle de personnalité à cinq facteurs (MCF : Névrosisme, Extraversion, Ouverture à l’expérience, Agréabilité, caractère Consciencieux) est devenu, depuis les années quatre-vingt-dix, un modèle de référence incontournable (1, 2).

Cela s’explique, notamment par :

a)Le caractère relativement universel de ces cinq dimensions globales (N, E, O, A, C) que l’on retrouve, dans leurs grandes lignes, dans un ensemble très varié de contextes culturels, tant chez les adultes (3-6) que les adolescents (7, 8).

b)La stabilité temporelle relative de ces cinq dimensions à différents âges. Cette stabilité relative n’exclut – bien évidemment – pas la possibilité de changements (résultant par exemple d’événements de vie ; 9) qui peuvent être très importants au niveau individuel (9-22). C’est la raison pour laquelle on utilise plutôt l’intitulé « plasticité-continuité ».

c)L’héritabilité partielle1 de ces cinq domaines et des facettes qui les composent (16, 23-29), ainsi qu’un ensemble de bases polygéniques (30-32) et un ensemble d’éléments relatifs aux bases neuro-anatomiques sous-tendant ces traits (33).

d)La validité de ces cinq dimensions très solidement établie par les relations très fortes avec un ensemble de critères importants parmi lesquels :

•les relations avec l’efficience professionnelle. Le lien entre ces traits de personnalité et l’efficience ainsi que les comportements contre-productifs au travail (harcèlement, vol, sabotage, divulgation d’informations stratégiques, etc.) est, en effet, désormais très nettement établi (34-43) ;

•la réussite dans les études (44-47) ;

•le caractère central, considéré désormais comme constitutif, de ces dimensions dans les troubles de la personnalité (styles de personnalité difficiles ou personnalités dysfonctionnelles) décrits dans le DSM (48-56) ;

•les relations très nettes entre ces cinq dimensions et le bien-être subjectif (57-60) ainsi que leur rôle comme facteur de résilience (61, 62) ;

•les fortes relations entre ces cinq dimensions et un ensemble de psychopathologies (dépression, syndrome de stress post-­traumatique, maladie d’Alzheimer par exemple) ainsi que les réactions à leur traitement (63-70) ;

•des relations très consistantes (comme facteurs de vulnérabilité et de protection) avec le burn-out (71-73) ;

•et enfin, pour terminer l’illustration du potentiel de dimensions de ce modèle, un ensemble d’études semblent établir leur rôle comme facteur de risque du vieillissement (74-77), de problèmes de santé (78) et de mortalité (79-81).

L’ensemble de ces éléments ont été choisis (parmi d’autres) pour illustrer la grande diversité de la validité et donc l’intérêt – parfois méconnu – de la personnalité, et – dans ce champ – de l’importance décisive des dimensions du modèle de personnalité à cinq facteurs (MCF).

Une description détaillée du rôle et du poids respectifs de ces cinq dimensions sur les différents critères présentés plus haut serait évidemment bienvenue. Cette présentation détaillée n’a pas vraiment sa place dans cette introduction, elle sera abordée plus loin.

Pour finir, on peut observer que les études sur la personnalité en général et – compte tenu de sa robustesse – celles portant sur le modèle à cinq facteurs en particulier se multiplient à un rythme accéléré et s’orientent maintenant vers des champs peu explorés jusqu’à présent (économie, éducation par exemple). Après avoir été très longtemps réticents, certains chercheurs en économie intègrent la personnalité dans leurs modélisations depuis quelque temps déjà (82). Dans le domaine de l’éducation, l’intérêt pour la personnalité est plus récent mais très vivace. L’OCDE développe actuellement un important programme de recherche sur la personnalité et le développement de compétences et d’habiletés socio-émotionnelles chez les enfants et les adolescents (83-85).

On peut donc s’attendre à voir ce modèle étayé de manière encore plus large dans les années à venir. Quoiqu’il en soit, dans le champ de la psychologie, à notre connaissance, aucun autre cadre théorique n’offre à ce jour un panorama (réseau nomologique) aussi large et aussi documenté de compréhension des conduites et de leurs conséquences sur des domaines importants.

Outre le modèle à cinq facteurs, une très grande variété d’autres modèles dimensionnels ont bien évidemment été proposés pour décrire la personnalité. Parmi les plus validés, il faut noter au moins les modèles de H.J. Eysenck, de R.B. Cattell, de M. Zuckerman et de C.R. Cloninger, et plus récemment de K. Lee et M.C. Ashton. Cette apparente diversité est trompeuse, et l’ensemble des questionnaires développés par ces auteurs se recoupent très fortement (86-96). En réalité, la plupart des questionnaires de personnalité à spectre suffisamment large mesurent, sous des intitulés divers, cinq grandes dimensions de personnalité fondamentales (Stabilité émotionnelle, Extraversion, Ouverture à l’expérience, Agréabilité-Altruisme, caractère Consciencieux) que l’on retrouve dans les différentes cultures et que l’on dénomme le modèle à cinq facteurs. Ceci ne veut pas dire que celui-ci est le modèle ultime, chacun des modèles cités plus haut a son intérêt dans la perspective pour laquelle il a été conçu. Il faut enfin noter que ces cinq dimensions globales ne sont pas strictement indépendantes et qu’un ensemble d’études (97-98) montrent que l’on peut les regrouper en un ensemble encore plus simple comportant deux dimensions : Stabilité (Agréabilité et caractère Consciencieux, Stabilité émotionnelle) et Plasticité (Extraversion et Ouverture), voire en un seul facteur général (99-100) qu’il faut mentionner mais dont on peut questionner la validité et surtout l’intérêt pratique.

Cet ouvrage est essentiellement destiné aux praticiens utilisant des inventaires de personnalité basés sur le modèle à cinq facteurs, le NEO-PI-3 et le PfPI notamment. La qualité des informations fournies par un inventaire de personnalité dépend d’une part de la validité du modèle théorique sous-jacent et des qualités psychométriques de l’inventaire lui-même, mais également de la qualité de sa mise en œuvre (administration, cotation) et de la qualité de l’interprétation des profils.

L’interprétation des profils fournis par un inventaire de personnalité passe par la clarification d’un ensemble d’éléments conceptuels et l’intégration d’un ensemble de résultats empiriques dégagés par la recherche. Dans la première partie de cet ouvrage, seront formulés quelques rappels sur la notion de personnalité et ses relations avec des notions connexes telles que le tempérament, les styles affectifs, les troubles de la personnalité. Plutôt que d’adopter la tendance habituelle qui consiste à différencier et à particulariser ces différents construits issus, à l’origine, de perspectives différentes, nous adopterons une perspective intégrative et tenterons, dans la mesure du possible, de mettre l’accent sur les points communs entre eux.

Nous aborderons ensuite le modèle à cinq facteurs en commençant par une présentation approfondie de chacune des dimensions (Névrosisme, Extraversion, Agréabilité, Ouverture, caractère Consciencieux) en mettant l’accent sur le « noyau central » de chacun de ces construits. La compréhension du noyau central de chaque dimension est essentielle, les glissements progressifs ou les interprétations personnelles des dimensions sont, en effet, à la source d’erreurs d’interprétation des scores fournis par les inventaires de personnalité.

Après ces définitions, nous présenterons un ensemble d’études de validité. La prise en compte des relations entre les traits de personnalité et un ensemble d’autres variables, d’autres construits tels que l’estime de soi ou des critères « objectifs » permet, en effet, d’approfondir la compréhension des construits et donc d’assurer et d’affiner l’interprétation.

Nous aborderons ensuite deux questions essentielles : la stabilité temporelle des traits de personnalité et les biais de réponses. La présentation d’un ensemble d’études récentes permettra de se faire une idée plus claire de ces phénomènes relativement complexes.

Après avoir fait le point sur ces questions théoriques, nous aborderons les questions de la mise en œuvre des inventaires de personnalité, de l’interprétation des scores qu’ils fournissent et de la restitution. Nous aborderons ces trois points en soulignant les problèmes qu’ils posent et en proposant des lignes directrices permettant de les surmonter. Dans cette partie, une série d’exercices permettra d’appliquer ces lignes directrices.

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1. Ce qui ne veut absolument pas dire que, au niveau individuel, la personnalité ne peut pas évoluer.

I. Éléments de base

I.1. Descriptions des dimensions générales (domaines) du modèle à cinq facteurs

Préambule : Les traits de personnalité sont des dimensions continues et non pas des types2. L’histogramme présenté à titre d’illustration (Figure 1) est une représentation de la distribution des notes sur la dimension Agréabilité mesurée par le questionnaire PfPI (Rolland & DeFruyt, 2009) sur un échantillon de 14 460 personnes. Les descriptions des deux pôles des cinq dimensions (N, E, O, A, C) qui sont données ci-dessous peuvent donner l’impression d’une approche typologique ; elles renvoient en réalité aux tendances de personnes ayant un trait marqué sur l’un ou l’autre des pôles (élevé ou bas) du continuum, se situant – environ – dans la zone des 16 % les plus élevés et des 16 % les plus bas. La plupart des personnes (environ 68 %) se situent en zone moyenne (trait moins marqué, plus nuancé).

Agréabilité

Figure 1 – Histogramme Agréabilité (PfPI).N = 14 460.

I.1.1. Névrosisme(Vulnérabilité)-Stabilité Émotionnelle

Le Névrosisme rend compte des différences individuelles dans la tendance à percevoir et à ressentir la « réalité » comme menaçante, problématique et pénible. Les personnes ayant un Névrosisme très marqué ont tendance à générer un univers mental fait de pessimisme, de contrariétés, d’inquiétudes, de soucis, d’idées de culpabilité, d’insatisfaction, de dévalorisation de soi et de mauvaise estime de soi. Elles éprouvent fréquemment et intensément de nombreuses émotions négatives (peur, anxiété, honte, colère, culpabilité, tristesse, dépression, etc.). Elles déclarent souffrir d’un ensemble varié de problèmes (incluant des problèmes somatiques mineurs) et s’estiment généralement responsables de leurs problèmes ; elles ont tendance à se sentir médiocres et inférieures. Elles ont une vision critique d’elles-mêmes et sont également très sensibles aux jugements formulés par autrui. Elles déclarent ressentir de forts niveaux de stress qu’elles ont des difficultés à surmonter, ce qui entraîne une forte instabilité (réactivité) émotionnelle. Ces personnes ont également tendance à formuler des évaluations négatives de leur environnement et, en conséquence, à percevoir des menaces, des crises et des problèmes. Des recherches convergentes montrent que le Névrosisme peut être considéré comme une prédisposition à la « détresse », c’est un puissant facteur de vulnérabilité.

Sur l’autre pôle de ce continuum, les personnes qui ont une stabilité émotionnelle marquée ont – en général – une bonne gestion des tensions émotionnelles et des situations stressantes. Elles peuvent gérer des situations que la plupart trouveraient difficiles. Elles réagissent généralement avec calme aux situations difficiles et tendues. Elles gèrent plus facilement que la plupart des gens les problèmes et les difficultés auxquels elles sont confrontées. Elles les apprécient « à leur juste valeur », les relativisent et les replacent dans leur contexte. Elles peuvent subir des échecs, recevoir des critiques et des remarques négatives sans en être trop touchées ni affectées émotionnellement. Elles ont confiance en elles, tant dans la gestion d’un problème que dans la capacité à faire face aux difficultés. Cela ne veut pas dire qu’elles ne perçoivent pas les échecs, les difficultés ou les problèmes ni qu’elles ne sont jamais déstabilisées, mais elles peuvent plus facilement les gérer, s’apaiser, retrouver leur calme, se ressourcer et rebondir. Un ensemble convergent d’études établissent solidement que la stabilité émotionnelle est un puissant facteur de protection et de résilience.

I.1.2. Extraversion-Introversion

L’Extraversion renvoie à la tendance à rechercher des stimulations, à se confronter à l’environnement (social notamment mais pas uniquement).

Les personnes ayant une extraversion marquée approchent la vie de manière active avec énergie, entrain, enthousiasme et confiance. En conséquence, elles recherchent la compagnie d’autrui et sont à l’aise dans les interactions sociales. Elles sont également en quête d’expériences stimulantes et intenses. Généralement enthousiastes (voire exubérantes) et à l’aise avec les autres, ces personnes vont facilement vers eux et occupent volontiers l’avant-scène. Elles ne passent généralement pas inaperçues et prennent assez spontanément une position dominante dans un groupe, qu’il soit formel ou non. Plutôt assertives, elles aiment marquer de leur empreinte les décisions d’un groupe. Elles ont souvent un réseau social étendu qu’elles peuvent aisément développer ou renouveler. Elles savent mettre de l’ambiance et se faire plaisir. Elles se montrent pleines d’entrain et d’énergie. Un ensemble consistant de recherches montrent que les personnes ayant une extraversion marquée sont plus optimistes et plus sensibles aux aspects agréables de la vie et éprouvent fréquemment et intensément des émotions et des affects « agréables » (joie, enthousiasme, etc.).

Sur l’autre versant de ce continuum, les personnes ayant une introversion marquée ont tendance à éviter les environnements comportant des stimulations sensorielles intenses et prolongées (les groupes notamment, mais pas exclusivement : bruits, sons, mouvement, animation, etc.). Les stimulations fortes leur procurant peu de plaisir, elles n’en perçoivent très rapidement que les aspects gênants et préfèrent les éviter. Elles sont peu sensibles aux aspects « agréables » de la vie. Ces personnes trouvent éprouvantes et fatigantes les longues périodes de stimulations sensorielles qu’elles supportent difficilement. Elles préfèrent travailler et passer leur temps libre et leurs loisirs seules ou avec un groupe restreint de proches et au calme. Plutôt « réservées », « pondérées » ou même « effacées », ces personnes travaillent volontiers seules, loin du « bruit », de l’animation et de la « pression » des autres. Elles apprécient et recherchent le calme et la « solitude ». Elles ont généralement un réseau social peu étendu qui se limite souvent à quelques amis et à la famille. Elles préfèrent ne pas se mettre en avant et laissent volontiers l’initiative et le leadership aux autres.

I.1.3. Ouverture à l’expérience-Fermeture à l’expérience

Dans la perspective du modèle à cinq facteurs, la dimension de l’Ouverture ou de la Fermeture à l’expérience est essentielle à une description exhaustive de la sphère de la personnalité. C’est une dimension reflétant l’ouverture (cognitive et non cognitive) à l’expérience qui se manifeste par des intérêts larges et variés, une capacité à vivre (ou à rechercher activement) des expériences nouvelles ou inhabituelles, sans anxiété (ou même avec plaisir). Cette acceptation d’expériences nouvelles peut concerner différents domaines (systèmes de représentations, de croyances, de valeurs, émotions, actions, etc.). Les personnes ayant une ouverture à l’expérience très marquée sont très ouvertes aux ­expériences nouvelles ; elles ont généralement une gamme très vaste d’intérêts. Elles font preuve d’une grande curiosité et ont beaucoup d’imagination. Elles sont ouvertes aux nouvelles approches, idées et méthodes, et aiment sortir des cadres habituels de pensée. Les idées et les méthodes connues qu’elles ont déjà expérimentées les ennuient assez rapidement. Elles aiment la réflexion, les spéculations et les théorisations, apprécient les analyses abstraites et conceptuelles. Elles sont généralement motivées à se développer et à apprendre.

Sur l’autre versant de ce continuum se situent les personnes qui apprécient peu les changements d’environnements ou de méthode, qui peuvent se montrer inflexibles et se montrer assez ancrées dans leurs habitudes. Celles-ci ont plus tendance à se montrer « pragmatiques », à choisir des méthodes et des techniques qui ont fait leurs preuves et démontré leur utilité plutôt que d’en essayer de nouvelles, à aborder de préférence les problèmes pour lesquels elles possèdent déjà des solutions. Elles sont moins portées sur des raisonnements de type théorique ou philosophique et apprécient peu les discussions et les réflexions abstraites ; leur préférence va vers le tangible et le concret.

I.1.4. Agréabilité (Altruisme accommodant versus Antagonisme intransigeant)

Cette dimension concerne la nature des relations avec autrui. Elle se différencie de l’extraversion en ce sens que l’extraverti recherche la compagnie d’autrui tandis que l’altruiste s’intéresse au bien-être d’autrui.

Les personnes ayant un Altruisme marqué sont sensibles au bien-être des autres, empathiques et altruistes. Elles ont une tendance spontanée à penser que les gens sont foncièrement honnêtes, fiables, et à se montrer bienveillantes et aimables envers autrui. D’un commerce agréable et spontanément confiantes envers les gens, ces personnes privilégient plutôt le travail en collaboration que la compétition. Elles ont tendance à se montrer tolérantes, à éviter les disputes et les conflits, à chercher l’harmonie sociale. Elles se montrent intéressées par la perspective de l’autre (ce que l’autre pense, ressent, désire) et adaptent leur comportement et leurs décisions en en tenant compte. Elles peuvent éprouver des difficultés (mal à l’aise) à aller à contre-courant, à se confronter aux autres, même quand c’est nécessaire. Dans un certain nombre de cas, elles courent le risque que les autres s’attribuent une partie de leur mérite. Leur entourage peut les percevoir comme quelque peu naïves (socialement).

Sur l’autre pôle de ce continuum se situent des personnes plus centrées sur leurs intérêts et leurs perspectives et ayant un point de vue assez cynique sur autrui. Elles ont tendance à envisager les relations sur un mode compétitif, combatif et égocentré. Elles voient, avant tout, les choses de leur point de vue, dans leur perspective. Elles défendent vigoureusement leur propre intérêt. Elles estiment assez facilement que les autres ne sont pas dignes de confiance, ne dévoilent pas facilement leurs intentions et restent sur leurs gardes. Elles ne craignent ni les conflits ni les confrontations et n’hésitent pas aller à contre-courant ou à s’opposer à l’opinion générale. Elles ne ressentent pas le besoin de se conformer à l’avis du groupe pour avoir la paix. Elles peuvent parfois entrer dans de sérieux conflits ou laisser derrière elles un conflit latent sans trop se préoccuper de l’impact que celui-ci peut avoir sur les autres.

I.1.5. Caractère Consciencieux (versus Désinhibition3)

Le caractère Consciencieux est une dimension qui concerne le problème central du contrôle des impulsions. Les personnes ayant des scores élevés sur cette dimension sont moins soumises à l’emprise des sensations et des émotions immédiates de l’instant présent ; leur conduite est plus fortement dirigée par les implications à long terme de leurs actions. Elles ont tendance à dresser soigneusement des plans avant d’agir. Elles respectent et observent les normes légales, morales et éthiques de leur culture. Elles sont sérieuses, responsables et disciplinées ; elles honorent leurs engagements et poursuivent avec persévérance des objectifs à long terme.