L’évaluation de la personnalité - Jean-Pierre Rolland - E-Book

L’évaluation de la personnalité E-Book

Jean-Pierre Rolland

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Beschreibung

Évaluer et tester la personnalité au moyen d’inventaires spécifiques.

Rédigé par l’un des spécialistes francophones majeurs de la personnalité, cet ouvrage est destiné aux praticiens, psychologues et professionnels utilisant des inventaires fondés sur le modèle en cinq facteurs (Big Five).

Jean-Pierre Rolland rappelle d’abord les notions essentielles relatives à la personnalité : dimensions fondamentales, organisation psychologique, caractéristiques individuelles. Il expose ensuite en détail les cinq dimensions centrales du modèle (Ouverture, Conscienciosité, Extraversion, Agréabilité, Neuroticisme), afin d’en clarifier le sens, la structure et l’utilité clinique.

La dernière partie de l’ouvrage présente de manière pratique la mise en œuvre et l’interprétation de deux inventaires de personnalité largement utilisés : le D5D et le NEO-PI-R. L’auteur explique comment administrer les outils, analyser les scores, interpréter les profils et utiliser les résultats dans un contexte professionnel.

Un ouvrage de référence incontournable pour maîtriser l’usage, l’analyse et l’interprétation des tests de personnalité.

À PROPOS DE L’AUTEUR

Jean-Pierre Rolland est titulaire d’un doctorat de 3e cycle en psychologie de l’Université Paris X et spécialiste reconnu des méthodes d’évaluation de la personnalité.

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Seitenzahl: 372

Veröffentlichungsjahr: 2013

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REMERCIEMENTS

Je remercie le professeur P. Pichot qui m’a fait l’honneur et le plaisir de rédiger la préface de cet ouvrage.

J’adresse mes remerciements les plus chaleureux à Jacques Grégoire qui m’a offert l’opportunité de rédiger cet ouvrage.

Le professeur J.D. Guelfi, les membres de l’Association Francophone d’Etudes et de Recherches sur les Troubles de la Personnalité (AFERTP) qu’il a fondée, et les rencontres organisées dans le cadre de cette association ont attiré mon attention sur les liens entre Personnalité et Troubles de la personnalité. Ces échanges stimulants m’ont permis de construire une conception plus intégrative de la personnalité, je leur en suis très reconnaissant. Leur intérêt pour l’approche dimensionnelle de la personnalité a été pour moi un encouragement essentiel.

Je remercie très sincèrement Paul T. Costa et Jeff McCrae pour la confiance qu’ils m’ont accordée.

Je remercie très chaleureusement Filip De Fruyt pour son amical soutien et sa constante disponibilité.

Mes remerciements très chaleureux à Isabelle Gillet pour ses relectures attentives de cet ouvrage et ses nombreuses et utiles suggestions.

Mes remerciements aux Editions du Centre de Psychologie Appliquée pour les autorisations de reproduction de documents (feuilles de profils NEO PI-R et D5D ainsi que des interprétations : exemples 1, 2, 3) qui m’ont été accordées.

Préface

M. le Professeur Pierre Pichot, membre titulaire de l’Académie Nationale de Médecine

Au cours des dernières décennies le modèle dimensionnel en cinq facteurs (les «Big Five») a progressivement pris une place prépondérante dans la description de la personnalité. Introduit par Costa et McCrae, il a suscité un nombre considérable de recherches, sert de base à la construction de nombreux instruments d’évaluation qui, utilisant des techniques diverses, ont vu leurs applications s’étendre aux différents domaines de la psychologie différentielle. Jean Pierre Rolland a joué un rôle central en France dans l’acceptation de ce modèle, à la fois par ses réflexions théoriques et par la mise au point d’épreuves appropriées à la mesure des cinq dimensions. Le contenu du présent volume reflète ces deux aspects complémentaires. Il contient en effet d’une part la description de deux tests basés l’un et l’autre sur le modèle, description qui va bien au-delà d’un simple manuel d’utilisation, et contient des chapitres consacrés entre autres aux distorsions éventuelles des réponses et à l’interprétation de celles-ci, illustrée par de très nombreux exemples. Mais, d’autre part, la première partie du livre expose et discute une série des questions fondamentales relatives à la personnalité, aux concepts utilisés pour sa description et à la signification de notions telles que validité, stabilité temporelle et cohérence inter-situationnelle. Bien que faisant fréquemment référence au cas particulier du modèle en cinq facteurs et aux instruments l’utilisant, ces discussions ont une portée générale.

Les deux inventaires de personnalité décrits sont le NEO PI-R, et le D5D. Le premier est un questionnaire de 240 items, le sujet devant répondre à chacun sur une échelle en 5 points allant de Fortement en désaccord à Fortement d’accord. Les 240 items sont répartis en 5 souséchelles de 48 items correspondant chacune à une dimension de la personnalité, et chaque sous-échelle composée de 6 groupes de 8 items, correspondant chacun à une «facette» de cette dimension. Le NEO PI-R publié aux Etats-Unis en 1992 est une version révisée et étendue du NEO Personality Inventory qui date de 1985. C’est actuellement l’instrument classique d’évaluation des Big Five. Les dimensions sont généralement désignées par l’initiale de leur nom: Neuroticism (en français Névrosisme), Extraversion, Openness (en français Ouverture à l’expérience), Agreeableness (en français Agréabilité) et Conscienciousness (en français caractère Consciencieux), parfois présentées sous la forme de l’acronyme OCEAN. Son adaptation française a été réalisée par J.P. Rolland en collaboration avec les auteurs en 1998. Bien qu’également destiné à l’évaluation des cinq facteurs, le D5D, qui est une épreuve française originale, publiée en 1994, a été mis au point par J.P. Rolland et J.L. Mogenet. Il diffère du NEO PI-R par l’abord lexicographique employé et par sa brièveté. Il est en effet constitué d’une liste de 55 adjectifs répartis en 11 séries de 5, chaque adjectif d’une série correspondant à un facteur différent. Le sujet doit classer les adjectifs de chaque série en attribuant à chacun une note qui va de 5 (celui qui le décrit le mieux) à 1 (celui qui le décrit le moins bien), cette technique de choix forcé contrôlant le rôle de la désirabilité sociale dans la réponse. Du fait de sa brièveté, le D5D n’évalue pas les facettes de chacun des facteurs, mais uniquement ceux-ci. Cette évaluation a une concordance très satisfaisante avec celle fournie par le NEO-PI-R, les corrélations entre mesures correspondantes variant entre .54 (pour A) et .74 (pour C).

Le concept de personnalité et l’utilisation d’un modèle dimensionnel pour décrire les variations inter-individuelles de celle-ci sont les deux éléments centraux de ces instruments. Attesté par Littré en français dès la fin du XVe siècle, le terme personnalité n’a pris son sens psychologique moderne que bien plus tard. En 1885, Ribot publiait «Les maladies de la personnalité» et ce titre reflétait, suivant le philosophe Lalande, le fait que «l’école psychologique moderne, qui combattait toute ontologie, a été amenée à donner aux troubles en question un nom qui fût par lui même une protestation contre la croyance à la réalité métaphysique et à l’unité substantielle de l’âme». Comme le rappelle l’auteur, le concept dans son sens actuel dérive du fait que l’observation permet chez un individu donné de déceler un ensemble relativement cohérent, systématique et stable de tendances à générer des ensembles structurés de pensées, d’affects et d’actions qui en font une personne unique.

De très nombreuses définitions du concept ont été proposées pour le délimiter des concepts voisins de tempérament, de caractère et de constitution. Ainsi, en 1947, H.J. Eysenck a proposé de considérer la personnalité comme «la somme des patterns comportementaux actuels et potentiels de l’organisme, tels qu’ils sont déterminés par l’hérédité et l’environnement; elle naît et se développe par l’interaction fonctionnelle de quatre secteurs principaux dans lesquels ces patterns comportementaux sont organisés : le secteur cognitif (intelligence), le secteur conatif (caractère), le secteur affectif (tempérament), et le secteur somatique (constitution)». En fait, l’utilisation des différents termes varie suivant les auteurs. Ainsi, des deux ouvrages classiques sur les rapports entre personnalité et secteur somatique, celui de Kretschmer s’intitule «La structure du corps et le caractère» mais celui de Sheldon, qui a ultérieurement traité du même sujet «Les variétés de tempérament». Cloninger, l’auteur du modèle de la personnalité qui est, avec celui des Big Five, actuellement le plus connu, distingue parmi les «variantes de la personnalité» quatre dimensions de «tempérament» et trois de «caractère», la distinction ne reposant pas comme pour Eysenck sur la nature conative ou affective du secteur de la personnalité concerné, mais sur la stabilité et la permanence des premières, la variabilité et la susceptibilité aux influences du milieu des secondes. De tels exemples pourraient être multipliés et, d’une revue de l’emploi des différents termes, se dégage la conclusion que seul celui de personnalité, correspond à un concept à la fois général et neutre.

Les deux modèles principaux utilisés pour la description de la personnalité sont le modèle dimensionnel et le modèle catégoriel. Le modèle dimensionnel existe implicitement dans le langage. De tout temps on a utilisé des adjectifs se rapportant aux caractéristiques psychologiques et comportementales considérées comme relativement stables d’un individu donné, tels que actif, courageux, sensible, agressif, etc., l’association à cet adjectif d’intensité tels que «très», «moyennement», «peu», permettant de classer linéairement le sujet dans la population. A chaque adjectif correspond un substantif (par exemple activité, courage, sensible, agressif, etc.) qui est ainsi conceptualisé comme une dimension ou trait le long duquel chaque sujet occupe une position en fonction de l’intensité de la caractéristique qui lui est reconnue. Dans «Trait names: A psychological study», Allport et Odbert ont recensé en 1936 près de 4.500 substantifs se rapportant en langue anglaise à des traits de personnalité. La psychologie différentielle moderne, utilisant la quantification, a introduit, pour la mesure de tels traits et la détermination de la position du sujet dans la population d’un individu donné, des échelles dont les éléments, les items, sont de natures diverses. Elle s’est trouvée confrontée à un double problème. Le premier a été de déterminer quel était le nombre de traits fondamentaux nécessaires et suffisants pour la description de l’ensemble de la personnalité, étant implicitement admis qu’il existait une structure hiérarchique des traits, chaque trait «fondamental» condensant les caractéristiques communes à des traits de niveau inférieur. Le second problème, associé étroitement au précédent, a été le choix de la méthode permettant de déterminer quels étaient ces traits fondamentaux. Pendant longtemps, les psychologues avaient fait appel à une combinaison de réflexion et d’intuition. C’est ainsi que C.G. Jung avait, au début du XXe siècle, décrit comme un trait fondamental l’intro-version-extraversion. La méthode de l’analyse factorielle, découverte par Spearman en 1904, a fourni un instrument statistique puissant permettant aux psychologues de condenser, dans le cadre de ce modèle dimensionnel, les caractéristiques descriptives élémentaires de la personnalité telles qu’elles étaient appréhendées par les items des instruments de mesure qu’ils utilisaient. Les applications de cette technique ont abouti à la mise au point de nombreux modèles différant entre eux par les éléments descriptifs soumis à analyse, les techniques mathématiques d’analyse factorielle utilisées et le nombre de dimensions considérées comme fondamentales. Parmi les modèles qui ont historiquement exercé la plus grande influence, on peut citer ceux de Guilford, de Cattell et d’Eysenck.

J.P. Guilford a joué un rôle de pionnier en ce domaine. A partir de 1934, il a, avec ses collaborateurs, proposé successivement un modèle à 13 puis à 10 dimensions, ce dernier ayant servi de base à un questionnaire de Personnalité classique, le Guilford-Zimmerman Temperament Survey (1949). Parmi les efforts entrepris pour réanalyser les données de Guilford, il faut citer ceux de Thurstone, aboutissant à un modèle en 7 facteurs, base d’un questionnaire, le Thurstone Tempérament Schedule (1950). R.B. Cattell avait, en 1946, dans son ouvrage «Descriptions and Measurements of Personality», passé en revue les instruments de mesure utilisés: adjectifs, échelles d’évaluation du comportement, échelles d’auto-évaluation, tests dits objectifs de personnalité, et les modèles qui en avaient été dérivés. Celui qu’il a finalement construit a eu comme point de départ le recensement d’adjectifs effectué par son maître Vernon. Tenant compte des synonymes et quasi synonymes, il les regroupa et aboutit à une liste de 171 termes constituant le «Basic English pour la description de la personnalité». A partir de cette liste fut construite une échelle d’évaluation du comportement dont les résultats d’une application à 100 sujets furent analysés, aboutissant à 35 traits. Une analyse factorielle de ceux-ci identifia 12 traits que Cattell considéra comme les «traits primaires de la personnalité». Ses nombreux travaux ultérieurs utilisant des instruments différents l’amenèrent à modifier son modèle qui, dans da forme définitive, contient 16 dimensions (le Sixteen Personality Factors Questionnaire ou 16 PF étant l’instrument de mesure correspondant). A la différence des modèles de Guilford et de Cattell, basés sur l’étude de sujets normaux, celui de H.J. Eysenck dérive initialement de l’analyse factorielle d’un questionnaire utilisé pendant la seconde guerre mondiale pour évaluer la personnalité de sujets atteints d’états névrotiques divers. Dans son livre «Dimensions of Personality» (1948), Eysenck propose un modèle à deux dimensions orthogonales: Névrosisme-Stabilité Emotionnelle et Introversion--Extraversion, applicable aussi bien à la personnalité normale qu’aux personnalités pathologiques. Dans ses nombreux travaux ultérieurs il introduisit une troisième dimension, le Psychoticisme, et étudia les rapports de son modèle avec ceux proposés par d’autres auteurs.

C’est sur l’arrière-plan historique des modèles proposés par Guilford, Cattell et Eysenck qui, apparus autour de 1950, ont eu une influence durable qu’il faut envisager celui des Big Five, objet du présent ouvrage. Si l’on peut noter que le nombre de dimensions considérées comme fondamentales (nombre qui s’est d’ailleurs modifié chez le même auteur au cours de ses recherches) a oscillé entre 2 (le modèle initial de Eysenck) et 16 (le modèle de Cattell), J.P. Rolland rappelle que McDougall en 1932 et Thurstone en 1934 avaient déjà proposé des modèles à cinq facteurs et qu’il existe des arguments de poids en sa faveur, même si les discussions sur le nombre optimal de dimensions n’est sans doute pas terminé.

Le deuxième modèle utilisé pour la description de la personnalité est dit catégoriel. Alors que la condensation de l’information est obtenue, dans le modèle dimensionnel, par la substitution à un grand nombre de caractéristiques descriptives d’un nombre limité d’entités linéaires — traits ou facteurs —, dans le modèle catégoriel, elle est obtenue en regroupant les individus présentant les mêmes caractéristiques (ou au moins celles considérées comme importantes). Dans le premier, la condensation porte sur les caractéristiques, dans le second sur les sujets. Dans le premier, la personnalité d’un sujet particulier est décrite par sa position sur un nombre restreint de dimensions, par son «profil», dans le second par son appartenance à l’une des catégories ou classes dont le nombre est limité. Alors que le modèle dimensionnel a été essentiellement développé par la psychologie, le modèle catégoriel, qui dérive initialement de la taxonomie des sciences naturelles, a été adopté par la médecine. Le concept de syndrome y est défini par la coexistence de différents symptômes chez le même sujet, dans la mesure où l’on peut démontrer que, statistiquement, cette coexistence n’est pas due au hasard. Le problème de la compatibilité des modèles dimensionnel et catégoriel se pose de manière manifeste en médecine mentale. Alors que dans la majorité des Troubles mentaux, le modèle catégoriel est accepté, par exemple par les systèmes nosologiques modernes comme le DSM-IV et la CIM-10 de l’Organisation Mondiale de la Santé, il n’en va pas de même dans le groupe d’affections dénommées Troubles de la personnalité. Celles-ci sont des déviations quantitatives de la personnalité normale de nature et d’intensité telles qu’elles acquièrent un caractère pathologique. L’utilisation du modèle catégoriel y apparaît de plus en plus comme inadéquate et de nombreuses voix s’élèvent pour lui substituer le modèle dimensionnel qui a démontré son efficacité dans la description de la personnalité normale. L’articulation entre les deux types de modèles — et dans la pratique l’utilisation d’instruments psychologiques de mesure basés sur le modèle dimensionnel dans un domaine soumis au modèle catégoriel — est un problème qui attend encore une solution malgré les efforts tentés et dont J.P. Rolland expose, dans un chapitre particulier de cet ouvrage, quelques uns parmi les plus significatifs.

Si ce livre évoque des questions d’ordre très général, telles celle de la délimitation du concept de personnalité ou celle de l’emploi des modèles dimensionnel et catégoriel dans sa description, il est pour l’essentiel consacré à une discussion approfondie du modèle des Big Five, de la nature des cinq dimensions constitutives, des caractéristiques de deux instruments utilisables pour la mesure de celles-ci, et des conclusions que l’on peut tirer de l’emploi de ces instruments. Psychologue parfaitement au fait des courants théoriques et des innovations techniques récents, mais aussi praticien expérimenté, l’auteur a su harmonieusement intégrer les différents aspects de sa discipline dans un texte dont la lecture est indispensable à ceux qui souhaitent non seulement utiliser deux des épreuves reposant sur l’un des modèles actuellement dominant de la psychologie de la personnalité, mais interpréter, dans des situations concrètes, les résultats qu’ils permettent d’obtenir.

Introduction

Le modèle de personnalité en cinq facteurs (Névrosisme, Extraversion, Ouverture à l’expérience, caractère Agréable, caractère Consciencieux) est devenu, depuis les années 90, un modèle de référence (Deary & Matthews, 1993; Digman, 1990°, Rolland, 1993; 1996). Les principales raisons de ce succès sont : la mise en évidence de la possibilité d’extraire ce modèle dans les principaux inventaires de personnalité (O’Connor, 2002a; Cattell, 1996), l’établissement de la validité critérielle de ce modèle et notamment de relations entre les dimensions de ce modèle et divers critères de réussite et de performance professionnelle dans divers contextes culturels (Barrick & Mount, 1991; Barrick, Mount & Judge, 2001; Hogan & Holland, 2003; Salgado, 1997, 2002; Tae-Yong Yoo & Byung-Mo Min, 2002), la mise en évidence de relations entre les dimensions de ce modèle et les troubles de la personnalité décrits dans l’axe II du DSM IV (Costa & Widiger, 2002; Rolland, in press), l’extraction des dimensions de ce modèle dans un ensemble très varié de cultures (Rolland, 2001; 2002), sur des échantillons de patients atteints de troubles psychiatriques (Bagby et al., 1999; Egger et al., 2003; Yang et al., 1999), et enfin la mise en évidence de l’héritabilité de l’ensemble des dimensions décrites par ce modèle (Angleitner, 2002; Borkenau et al., 2001; McCrae et al., 2001).

Cet ouvrage est destiné aux praticiens utilisant des inventaires de personnalité basés sur le modèle en cinq facteurs. La qualité des informations fournies par un inventaire de personnalité dépend d’une part de la validité du modèle théorique sous-jacent et des qualités psychométriques de l’inventaire lui même, mais également de la qualité de sa mise en œuvre (administration, cotation) et de la qualité de l’interprétation des profils.

L’interprétation des profils fournis par un inventaire de personnalité passe par la clarification d’un ensemble d’éléments conceptuels et l’intégration d’un ensemble de résultats empiriques dégagés par la recherche. Dans la première partie de cet ouvrage seront formulés quelques rappels sur la notion de personnalité et ses relations avec des notions connexes telles que le tempérament, les styles affectifs, les troubles de la person-nalité. Plutôt que d’adopter la tendance habituelle à différencier et à particulariser ces différents construits issus, à l’origine, de perspectives différentes, nous adopterons une perspective intégrative et tenterons, dans la mesure du possible, de mettre l’accent sur les points communs entre eux.

Nous aborderons ensuite le modèle en cinq facteurs en commençant par une présentation approfondie de chacune des dimensions (Névrosisme, Extraversion, Agréabilité, Ouverture, Caractère Consciencieux) en mettant l’accent sur le ‘noyau central’ de chacun de ces construits. La compréhension du noyau central de chaque dimension est essentielle, les glissements progressifs ou les interprétations personnelles des dimensions sont, en effet, à la source d’erreurs d’interprétation des scores fournis par les inventaires de personnalité.

Après ces définitions, nous présenterons un ensemble d’études de validité. La prise en compte des relations entre les traits de personnalité et un ensemble d’autres variables, d’autres construits tels que l’estime de soi ou des critères ‘objectifs’ permet, en effet, d’approfondir la compréhension des construits et donc d’assurer et d’affiner l’interprétation.

Nous aborderons ensuite deux questions essentielles : la stabilité temporelle des traits de personnalité et les biais de réponses. La présentation d’un ensemble d’études récentes permettra de se faire une idée plus claire de ces phénomènes relativement complexes.

Après avoir fait le point sur ces questions théoriques, nous aborderons les questions de la mise en œuvre des inventaires de personnalité, de l’interprétation des scores qu’ils fournissent et de la restitution. Nous aborderons ces trois points en pointant les problèmes qu’ils posent et en proposant des lignes directrices permettant de les surmonter. Dans cette partie, une série d’exercices permettra d’appliquer ces lignes directrices.

Chapitre 1

Définitions, quelques rappels

I.1. QU’EST-CE QUE LA PERSONNALITÉ ?

L’observation attentive et prolongée d’une personne permet d’observer, dans ses conduites, certaines tendances relativement systématiques (constantes et stables) à penser, à ressentir et à agir, qui la caractérisent et en font une personne unique. Une personne qui connaît très bien une autre peut assez facilement — dans une situation donnée — anticiper ses réactions : ce qu’elle va penser (cognitions), ce qu’elle va ressentir (affects, émotions), ce qu’elle aura tendance à faire (actions). Ce sont ces ensembles relativement cohérents, systématiques et stables de tendances à générer des ensembles structurés de pensées, d’affects et d’actions, ces régularités dans les conduites, qui relèvent du domaine de la personnalité.

Dans son approche des conduites humaines, la perspective différentielle étudie d’une part les fonctions cognitives qui assurent la capture, la sélection, l’élaboration, le stockage et le rappel de l’information, et d’autre part les fonctions conatives, qui assurent le déclenchement de l’activité, le choix de sa direction, sa poursuite ou non au-delà de réussites ou d’échecs partiels et finalement son arrêt (Reuchlin, 1999, p. 226). Ce sont ces fonctions conatives qui relèvent du domaine de la personnalité.

I.2. TRAITS DE PERSONNALITÉ

Qu’est-ce qu’un trait de personnalité?

On observe dans les conduites humaines des régularités, des noyaux relativement cohérents de cognitions, d’émotions et de comportements, qui manifestent une stabilité temporelle et une cohérence trans-situation-nelle relatives. La psychologie différentielle, dont ces conduites sont l’un des objets d’étude, dénomme ces noyaux cohérents : traits ou dimensions de personnalité.

Dans l’approche différentielle de la personnalité, la notion de trait — qui rend compte de la relative cohérence et de la relative stabilité des conduites — est centrale. Allport (1961, p. 347) définit un trait comme «une structure neuropsychique ayant la capacité de rendre de nombreux stimuli fonctionnellement équivalents, de déclencher et de guider des formes équivalentes de conduites adaptatives et expressives».

Pour Revelle, «Les traits ne sont pas la conduite. Ce sont des énoncés décrivant la probabilité et les taux de changement de la conduite en réponse à des déclencheurs situationnels particuliers. En complément de leur relation avec la probabilité de la réponse, ces prédispositions stables peuvent être conceptualisées en termes de différences de sensibilité aux situations et comme des différences dans les tendances de réponse. Intervenant entre les traits, les situations et les réponses, se trouvent les états affectifs et cognitifs momentanés» (Revelle, 1995, p. 315).

Pour McCrae & Costa, enfin : «Les traits de personnalité sont des dimensions décrivant des différences individuelles dans les tendances à manifester des configurations cohérentes et systématiques de pensées, d’émotions et d’actions» (1990, p.23). Cette définition est également proposée par Caspi, pour qui les traits de personnalité sont des «différences individuelles dans la tendance à se comporter, penser et ressentir de manière systématique» (Caspi, 1998). Selon les courants auxquels ils se réfèrent, certains auteurs accordent plus d’importance aux configurations de cognitions (Beck & Freeman, 1990; Cottraux, 2002), aux styles affectifs, c’est-à-dire des prédispositions à certaines émotions positives et négatives (Davidson, 1998)1, aux tempéraments affectifs (Hantouche & Akiskal, 2002), à des configurations articulant cognitions et affects (Davidson, 1999), ou à des patterns plus complexes articulant cognitions, émotions et actions (McCrae & Costa, 1999; McCrae et al., 2000).

Il est essentiel de bien comprendre la distinction, proposée par McCrae & Costa (1999) et Allik & McCrae (2003), entre un trait (la tendance sous-jacente ou le trait de source) et les adaptations caractéristiques par lesquelles il s’exprime. Les traits sont les tendances tempéramentales sous-jacentes, inscrites dans des structures et des mécanismes biologiques qui ne sont ni directement observables ni accessibles à l’introspection. Les traits, tendances durables à penser, à ressentir et à se comporter de manière consistante, interagissent avec l’environnement et dans ces interactions se forment — par apprentissage — des adaptations caractéristiques (self-concept, schémas de soi, habitudes, attitudes, valeurs, préférences2, habiletés sociales et autres, etc.) qui guident directement la conduite. A titre d’exemple, un extraverti peut aimer les contacts et les relations, apprendre les techniques de vente et devenir un commercial ou un représentant. Ses conduites au travail sont une expression directe de son rôle professionnel mais reflètent indirectement son extraversion. Ces adaptations, culturellement conditionnées, sont caractéristiques parce qu’elles reflètent les dispositions sous-jacentes de la personne et ce sont des adaptations parce qu’elles visent à répondre aux exigences de l’environnement. Ces adaptations caractéristiques sont accessibles soit par observation soit par introspection, et à partir de ces adaptations caractéristiques, l’on infère l’existence d’un trait sous-jacent. Dans un inventaire comme le NEO PI-R, les 240 items représentent un ensemble d’adaptations caractéristiques sur lesquelles on demande à une personne de se situer et ces items sont des échantillons représentatifs de traits : 30 facettes regroupées en 5 domaines (Névrosisme, Extraversion, Ouverture, Agréabilité, Caractère Consciencieux).

Si l’on synthétise les très nombreuses définitions, les traits de person-nalité peuvent être décrits comme des configurations de conduites (cognitions, affects, comportements)3 manifestant une relative cohérence intra-individuelle et une relative stabilité temporelle, ce sont des prédis-positions à se comporter (cognitions, affects, comportements) de manière identifiable en réponse aux exigences de la situation, qui caractérisent une personne, permettent de la différencier d’autres personnes et en font une personne unique (unicité inter-individuelle).

Les cohérences intra-individuelles (cognitions, affects, comportements) permettent de tenter de faire des prédictions des conduites futures sur la base des conduites passées. Une personne se caractérise par une configuration particulière de traits qui la rendent unique et différente des autres. Les traits sont inférés à partir des conduites adaptatives caractéristiques d’une personne, sur la base d’observations de ces conduites par une autre personne ou sur la base de ses propres déclarations. Si une personne est systématiquement à l’heure à ses rendez-vous, on peut en inférer qu’elle est «ponctuelle», la ponctualité étant ici considérée comme un trait. Réaliser ce type d’inférences sans recourir à une méthode d’observation et de mesure valide et fidèle est très risqué.

Les traits sont des prédispositions, des tendances latentes qui caractérisent une personne. L’expression d’un trait ou d’un autre dépend — en partie — des caractéristiques du contexte. Comprendre ce qui déclenche ces tendances est essentiel à la compréhension du rôle de la personnalité dans les conduites et impose la prise en compte des caractéristiques personnelles et du contexte.

Figure 1.

A titre d’illustration d’un trait x, ensemble dynamique associant des prédispositions à générer des cognitions, des affects et des actions spécifiques, on peut décrire la configuration suivante (figure 1) : une croyance centrale inconditionnelle et rigide4 relative à soi : «Je suis incompétent», associée à un affect fréquemment ressenti : «l’anxiété» (ce pourrait être la honte ou une autre émotion...) qui résulte de cette cognition, associées à des tendances à certaines actions: des vérifications excessives par exemple. Ces tendances à l’action (à des vérifications excessives) peuvent, selon la force de la tendance, selon le caractère de la situation et selon le contrôle que la personne garde sur ses comportements, s’exprimer ou non. En effet, les prédispositions à générer des cognitions, des affects et des tendances à certaines actions ne se traduisent pas, à l’exception de conduites rigides, dysfonctionnelles (pathologiques), par des comportements qui en résulteraient automatiquement.

Si les associations entre les éléments constitutifs des traits, ces prédispositions à des patterns de cognitions-émotions-actions, peuvent avoir une très forte cohérence temporelle et trans-situationnelle, les associations entre traits et comportements réellement exprimés sont bien moins prévisibles : des intentions d’action résultant d’une violente colère par exemple peuvent, bien évidemment, selon les personnes et le contexte, être contrôlées. Ce point est essentiel, il faut en permanence le garder à l’esprit lors de l’interprétation d’un profil. La ‘prédiction’ des comportements réels à partir de ces tendances (à produire des cognitions-affects-actions) est très risquée. Lorsque des patterns deviennent rigides et que ces prédispositions s’expriment de manière totalement prévisible sans tenir compte des contraintes de la situation, on passe la frontière des troubles de la personnalité. L’une des caractéristiques d’une personnalité adaptée est précisément le contrôle de la chaîne prédispositions → comportement.

I.3. LA PERSONNALITÉ

Les traits peuvent donc être considérés comme des configurations relativement consistantes (relative stabilité temporelle, relative cohérence trans-situationnelle) de tendances à générer des ensembles structurés de pensées, d’affects et d’actions. Quel est le lien entre ces traits, ces éléments de base, et la personnalité? Allport, l’un des premiers auteurs à avoir proposé une théorie de la personnalité basée sur les traits, répond explicitement et clairement à cette question : «La personnalité est l’organisation dynamique des traits qui détermine l’adaptation unique d’une personne à l’environnement» (Allport, 1937, p. 48). Pour Cottraux (2002), «On peut définir la personnalité comme l’intégration stable et individualisée d’un ensemble de comportements, d’émotions et de cognitions. Elle correspond aux modes de réactions émotives, cognitives et comportementales à l’environnement qui caractérisent chaque individu» (Cottraux, in Féline, Guelfi & Hardy, 2002, p. 47).

Les implications de ces définitions sont essentielles à la compréhension des informations fournies par un inventaire de personnalité et à l’interprétation des profils qu’ils fournissent. Ces définitions mettent, en effet, l’accent sur un point essentiel : la personnalité d’une personne donnée est la configuration unique, intégrée et dynamique de traits qui caractérise cette personne et la différencie des autres. La conséquence directe de cette perspective est qu’un trait doit nécessairement s’interpréter de manière intégrée et dynamique. A titre d’exemple, une personne très anxieuse (forte anxiété-trait) et très introvertie est très différente d’une personne également très anxieuse, mais très extravertie. Si ces deux personnes ont, par ailleurs, des positions différentes et nettement marquées sur d’autres dimensions fondamentales telles que l’ouverture à l’expérience, l’agréabilité-altruisme, et le caractère consciencieux, elles se différencieront très nettement et seront, dans cette perspective, deux personnes uniques. Si l’on reprend la définition de Revelle (1995), on voit que l’agencement particulier de ces dimensions fondamentales se traduira par d’importantes différences de sensibilité aux situations, des différences dans les états affectifs et cognitifs momentanés qui en résul-tent et des différences dans les tendances de réponse, qui s’exprimeront ou non en comportements. Nous verrons plus loin la difficulté d’intégrer réellement de manière dynamique les 30 facettes évaluées par l’inventaire NEO PI-R.

I.4. TRAITS DE PERSONNALITÉ ET TEMPÉRAMENT

Pour Allport (1937), «le tempérament concerne les phénomènes caractérisant la nature émotionnelle d’un individu, ce qui inclut sa susceptibilité aux stimulations émotionnelles, la force et la rapidité de sa réponse, la nature de son humeur prédominante, et toutes les particularités relatives aux fluctuations et à l’intensité de l’humeur; ces phénomènes étant considérés comme dépendant de sa configuration constitution-nelle et donc d’origine largement héréditaire» (Allport, 1937, p. 54). Le tempérament rend compte des «différences individuelles de réactivité et d’autorégulation fondées sur une base constitutionnelle». La réactivité est «l’excitabilité, la sensibilité et la réactivité des systèmes comportementaux et physiologiques de l’organisme», tandis que l’autorégulation renvoie aux «processus neurologiques et comportementaux de régulation de cette réactivité sous-jacente» (Rothbart, Ahadi & Evans, 2000, page 123).

Comme le remarquent Rothbart et al. (2000), cette séparation entre traits de personnalité et traits de tempérament est quelque peu artificielle, et elle a été récemment remise en question. Ainsi, pour McCrae et Costa (2000), «il n’y a pas de distinction nette et claire entre tempérament et personnalité. Le tempérament est défini comme “la manière de penser, de se comporter ou de réagir qui caractérise un individu particulier”. Cette définition pourrait convenir tout aussi bien à un trait de personnalité» (McCrae & Costa, p. 173).

Un ensemble de travaux montrent, en effet, que cette distinction traditionnelle entre tempérament et personnalité est artificielle et de nombreux auteurs plaident pour une réunification de ces champs dont les recherches montrent la superposition (Caspi, 2000, 2003; Clark, 2000; Gray & Watson, 2001; McCrae, Costa et al., 2000; Rothbart, Ahadi & Evans, 2000).

Les traits de tempérament sont classiquement distingués des traits de personnalité parce que l’on considère qu’ils sont observables dès la naissance et dans l’enfance, et que l’on présume qu’ils ont une base génétique et neurophysiologique (Cloninger, Svrakic & Przybeck, 1993; Gray, 1981; Strelau, 1998; Zuckerman, 1994). Mais cette distinction est difficile à défendre car un ensemble d’études montrent en effet que les dimensions de personnalité du modèle en cinq facteurs (FFM) notamment ont également une forte base génétique. Les estimations de l’héritabilité des dimensions du FFM varient, en effet, de 0.40 à 0.60 selon le trait et la mesure (Angleitner, 2002; Borkenau et al., 2001; Bouchard & Loehlin, 2001; McCrae et al., 2001; Plomin et al., 2001) et l’héritabilité des traits tempéramentaux est en réalité du même ordre (Oniszczenko et al., 2003). Par ailleurs, de nombreuses études développementales montrent que le modèle en cinq facteurs, très largement étudié et validé chez l’adulte, est également observable chez l’enfant et l’adolescent (De Fruyt, Mervielde, Hoekstra & Rolland, 2000; Digman, 1963; John, Caspi, Robins, Moffit & Stouthammer-Loeber, 1994; Lamb et al., 2002; Mervielde & de Fruyt, 2000; Mervielde, Buyst & De Fruyt, 1995). Enfin, deux traits de personnalité fondamentaux l’extraversion et le névrosisme sont très étroitement associés à la régulation de l’affectivité positive et de l’affectivité négative qui a une base neurobiologique très claire (Davidson, 1998; 2000; Elliot & Thrash, 2002).

L’ensemble de ces résultats montrent que la distinction classique entre traits de tempérament et traits de personnalité est artificielle. Un ensemble d’études récentes montrent, en effet, une très nette continuité ainsi que de très larges recoupements entre traits de tempérament et traits de personnalité (Caspi, 2000, 2003; Clark & Watson, 1999; Rothbart, Ahadi & Evans, 2000; Shiner, 2000). Les résultats de Caspi et al. (2003) sont, dans cette perspective, particulièrement convaincants. Cette étude porte sur un échantillon de 934 sujets. Ces sujets ont été observés à l’âge de 3 ans et, à partir des évaluations réalisées par les observateurs, affectés par analyse en clusters à un type tempéramental parmi les cinq dégagés. A 26 ans, ces sujets ont été décrits sur les dimensions de personnalité du modèle en cinq facteurs par une personne les connaissant bien. Cette étude montre que le type tempéramental observé à l’âge de 3 ans est lié au profil de personnalité évalué à 26 ans. On peut relever qu’elle montre notamment que les enfants affectés à 3 ans au type «hypocontrôlé» (irritabilité, impulsivité, instabilité émotionnelle et manque de persistance dans les tâches) se différencient, 23 ans plus tard, de l’ensemble des autres sujets par des scores plus faibles sur les dimensions «caractère Consciencieux» et «caractère Agréable». Cette étude met donc en évidence une continuité entre le tempérament de l’enfant et la personnalité de l’adulte et montre également le caractère potentiellement inadaptatif, également mis en évidence par Ostendorf (2002, voir Tableau 1 plus loin) du pattern [A- C-] (association de scores faibles en Conscience et en Agréabilité).

Sur la base de l’ensemble de ces éléments, la classique distinction entre traits tempéramentaux et traits de personnalité tend donc à s’estomper, voire à disparaître. Il est désormais largement admis que les traits de tempérament sont les traits élémentaires et fondamentaux qui fondent le développement subséquent de différences individuelles de personnalité de l’adolescent et de l’adulte (Clark & Watson, 1999; Caspi, 1998; Rothbart, Ahadi & Evans, 2000; Strelau, 1998; Watson & Clark, 1992), et certains auteurs considèrent que l’ensemble des traits de personnalité du modèle en cinq facteurs sont des traits de tempérament (McCrae & Costa, 1999; McCrae et al., 2000).

I.5. TRAITS DE PERSONNALITÉ ET AFFECTS (EMOTIONS-HUMEUR)

La composante émotionnelle des conduites, la réactivité émotionnelle notamment, est un élément central dans les études consacrées au tempérament. Compte-tenu des convergences et recoupements entre traits de tempérament et traits de personnalité, quelles sont les relations entre affects (émotions-humeur) et traits de personnalité? Si l’on reprend la définition de McCrae & Costa, «les traits de personnalité sont des dimensions décrivant des différences individuelles dans les tendances à manifester des configurations5 cohérentes et systématiques de pensées, d’émotions et d’actions» (McCrae & Costa, 1990, p. 23), les affects (émotions, humeur) sont des éléments constitutifs centraux des traits de personnalité. Dans l’optique d’une meilleure compréhension des traits de personnalité et par suite d’une meilleur interprétation des profils fournis par les inventaires de personnalité, il est utile d’aborder la notion d’humeur (mood) et de style ou de trait affectif. La notion de style affectif proposée par Davidson (1992) rend compte des différences individuelles systématiques dans la réactivité émotionnelle et la régulation des émotions. Les divers paramètres qui constituent les styles affectifs sont : a) le seuil de déclenchement de l’émotion, b) l’amplitude de la réponse émotionnelle, c) la latence entre le déclenchement de la réponse émotionnelle et l’intensité maximale, d) le délai de retour à l’état initial. Ces divers paramètres sont régulés par des systèmes et circuits neurophysiologiques, ce sont ces circuits qui semblent contrôler, en partie, l’affectivité négative et l’affectivité positive (Davidson, 1998, 2000). L’existence et les caractéristiques de ces styles affectifs qui trouvent leur origine dans des bases neurophysiologiques permettent de comprendre la difficulté à distinguer et dissocier ce que Lertner & Keltner (2001) appellent les émotions-traits et les émotions-états. Selon ces auteurs, «les émotions-traits sont des tendances durables à ressentir des émotions particulières, les émotions-états sont l’expérience momentanée d’une émotion» (2001, p. 146). Cette difficulté à dissocier les émotions-traits et les émotions-états est également soulignée par Gray et Watson (2001) qui proposent un modèle hiérarchique différenciant et intégrant les émotions-état, l’humeur et les traits affectifs tempéramentaux (Affectivité négative, Affectivité positive).

A partir des résultats de Davidson (1998, 2000) sur les systèmes neurobiologiques de régulation des émotions et la relative stabilité des processus de régulation, on peut mieux comprendre d’une part la relative stabilité des émotions et d’autre part les relations dégagées depuis long-temps par de nombreuses études convergentes entre les traits de person-nalité (ou de tempérament) et les émotions.

I.5.1. Stabilité des émotions et affects

Si la notion de style ou de trait affectif a un sens, cela suppose une relative stabilité temporelle et une relative cohérence inter-situationnelle des affects. Les études sur la stabilité des affects montrent, en effet, une stabilité temporelle substantielle sur des périodes variant de 6 mois à 3 et 6 ans (Izard et al., 1993; Rolland & DeFruyt, 2003; Vaidya, 2002; Watson & Walker, 1996), ainsi qu’une forte cohérence inter-situation-nelle (Riemann et al., 1998). A titre d’illustration, Rolland et De Fruyt observent, pour des émotions spécifiques et sur un intervalle de 6 mois, des corrélations de 0.45, 0.63, 0.67 et 0.77 pour la tristesse, la honte, la colère et la peur respectivement. Dans une étude portant sur un échantillon de 600 participants placés dans cinq situations différentes, Riemann et al. (1998) obtiennent, pour les mêmes émotions ressenties dans des situations différentes, des corrélations variant de 0.43 à 0.66, ce qui montre une forte cohérence inter-situationnelle des affects.

I.5.2. Emotions et Traits de personnalité

Les émotions prennent donc la forme de traits affectifs, ce sont des «tendances durables à ressentir des émotions particulières» (Lerner & Keltner, 2001). Ceci renvoie à la définition de «trait de personnalité» proposées par McCrae & Costa (1990) pour qui «les traits de personnalité sont des dimensions décrivant des différences individuelles dans les tendances à manifester des configurations systématiques de pensées, d’émotions et d’actions» (McCrae & Costa, 1990, p. 23).

Il semble donc intéressant, dans une perspective de compréhension des traits et de leur interprétation, de connaître les associations récurrentes entre traits de personnalité et affects6.

Un nombre considérable d’études corrélationnelles a mis en évidence les relations entre émotions et traits de personnalité. (Allik & Realo, 1997; Canli et al. 2001; Costa & McCrae, 1980; Izard et al., 1993; Lucas & Fujita, 2000; McCrae & Costa, 1991; Rolland & De Fruyt, 2003; Watson & Clark, 1992, 1997b; Watson et al., 1999; Vaidya et al., 2002; Yik & Russell, 2001). De l’ensemble de ces études, on peut retenir l’existence de relations structurelles stables (et attendues) entre névrosisme et émotions négatives et entre extraversion et émotions positives.

Ces relations entre névrosisme et affects négatifs et entre extraversion et affects positifs sont tellement bien établies qu’un ensemble croissant d’auteurs (Clark, 2000; Tellegen, 1985; Lucas et al., 2000; Lucas & Diener, 2001; Watson & Clark, 1984; 1997b; Watson et al., 1999) considèrent les émotions négatives et les émotions positives comme les éléments centraux du Névrosisme et de l’Extraversion respectivement, définissent ces traits de personnalité comme des dispositions à ressentir ces états émotionnels (Larsen, 1989; Watson & Clark, 1984), ou enfin considèrent les émotions comme des éléments centraux dans le développement de la structure de ces traits (Izard et al., 1993).

En complément de ces résultats de type corrélationnel, des études expérimentales montrent que ces traits sont effectivement des prédispositions à ressentir des émotions positives et négatives (Canli et al., 2001; Davidson, 1998, 2000; Larsen & Ketelaar, 1989, 1991; Rusting & Larsen, 1997). A titre d’illustration, Canli et al. (2001) mettent en évidence l’existence de très fortes corrélations (r>.70) entre les scores sur les dimensions N et E de l’inventaire NEO PI-R et la réactivité de zones cérébrales en réponse à des stimuli (projections de photos) «agréables» ou «désagréables».

Si les relations entre ces deux dimensions classiques et les affects sont bien établies, qu’en est-il des autres dimensions de personnalité? Après une revue de question sur ce sujet et une étude intégrant les cinq dimensions du modèle en cinq facteurs (N, E, A, O, C)7, Yik et Russell (2001) concluent : «L’extraversion et le névrosisme sont les deux dimensions les plus prédictives des affects momentanés. Le modèle en cinq facteurs (FFM) ajoute l’agréabilité, le caractère consciencieux et l’ouverture au modèle extraversion/névrosisme. L’intégration de ces dimensions complémentaires augmente significativement, mais légèrement, le potentiel de prédiction des affects» (Yik & Russell, 2001, p. 273).

Les émotions positives et négatives ont donc une fonction centrale qui doit donc être prise en compte dans l’interprétation des scores sur les traits d’extraversion et de névrosisme respectivement. En effet, dans la compréhension des systèmes structurés de «cognitions-émotions-actions» que sont les traits, une prise en compte des émotions habituelles permettra de mieux appréhender la dynamique des conduites d’une personne particulière. La connaissance des émotions les plus fréquemment éprouvées par une personne est, de ce point de vue, la clef d’une meilleure compréhension de ses cognitions et de ses actions. Cette centration sur les affects est ordinairement négligée dans l’interprétation de profils de personnalité, or elle est pourtant une source essentielle d’informations. Si les affects sont des éléments centraux des traits de névrosisme et d’extraversion, ce point est essentiel dans l’interprétation de ces dimensions et des hypothèses sur les conduites qui peuvent en résulter.

I.6. TRAITS DE PERSONNALITÉ ET TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ8

Les recherches sur les troubles de la personnalité décrits dans l’axe II des divers DSM (APA, 1994-1996) dans une perspective de classification de syndromes psychopathologiques, et les recherches sur les modèles hiérarchiques de la personnalité décrits par la psychologie différentielle se sont très longtemps ignorées mutuellement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et de nombreuses études montrent que ces systèmes dimensionnels et catégoriels se recoupent très largement. Un vaste ensemble de chercheurs et de praticiens considèrent désormais que les troubles de la personnalité sont des configurations particulières, des agencements spécifiques de positions extrêmes (scores très élevés ou très faibles) sur les traits de personnalité décrits par la perspective différentielle (Costa & Widiger, 1994; 2001; O’Connor, 2002; O’Connor & Dyce, 2001).

L’Organisation Mondiale de la Santé définit les troubles de la person-nalité comme des «configurations (patterns) profondément enracinées et durables, qui se manifestent par des réponses inflexibles à une large gamme de situations personnelles et sociales. Ils représentent des déviations soit extrêmes soit significatives de la manière dont l’individu moyen, dans une culture donnée, perçoit, pense, ressent et particulièrement entretient des relations aux autres. Ces configurations (patterns) tendent à être stables et à inclure de multiples domaines du comportement et du fonctionnement psychologique» (OMS, WHO, 1993). On voit bien que cette définition recoupe les définitions de trait de personnalité proposées par McCrae & Costa (1990) et par Caspi (1998). On retrouve ici des différences individuelles stables dans la tendance à se comporter, penser et ressentir de manière cohérente et systématique. Mais, dans le cas des troubles de la personnalité, ces patterns sont inflexibles et dévient notablement (déviations extrêmes ou significatives) des conduites de l’individu moyen dans une culture donnée.

Les troubles de la personnalité décrits dans l’axe II du DSM sont-ils indépendants des traits de personnalité issus de la perspective différentielle? Partant du postulat selon lequel les troubles de la personnalité sont des configurations particulières de positions extrêmes sur les dimensions de la personnalité dite normale, Widiger et Costa (Widiger & Costa, 1994; Widiger et al., 1994) émettent en 1994 un ensemble d’hypothèses sur les relations entre le modèle de personnalité en cinq facteurs, dans son opérationnalisation par l’inventaire NEO PI-R, et les divers troubles de la personnalité décrits par le DSM-III et le DSM-IV. Ces propositions ont suscité un intense intérêt et un vaste ensemble de recherches ont été conduites pour examiner ces hypothèses. A titre d’illustration de ce vaste courant de recherches, dans une série d’études, O’Connor et Dyce (Dyce & O’Connor, 1998; O’Connor, 2002; O’Connor & Dyce, 2001a; 2001b), chercheurs spécialisés dans cette question, examinent et confirment cette hypothèse : les troubles de la personnalité sont, en effet, des configurations particulières de traits rigides et extrêmes décrits par le modèle en cinq facteurs. A titre d’illustration des recoupements entre ces deux domaines longtemps considérés comme distincts, Trull, Widiger & Burr (2001) examinent les relations entre les facettes du modèle en cinq facteurs et les troubles de la personnalité. Les pourcentages de variance commune entre ces deux domaines vont de 16% à 57% [Moyenne R2=.34, c’est à dire 34%). Les troubles de la personnalité et les traits de personnalité du modèle en cinq facteurs ne constituent pas deux domaines distincts.

Fritz Ostendorf (2002) a récemment réalisé une synthèse (méta-analyse) d’un ensemble des recherches mettant en relation les cinq domaines (N, E, O, A, C) du modèle en cinq facteurs et les troubles de la personnalité. Les résultats de cette synthèse de 43 études (tableau 1) sont très clairs : les syndromes psychopathologiques décrits dans l’axe II du DSM-III-R et DSM-IV présentent de nets recoupements avec quatre dimensions du modèle en cinq facteurs (N, E, A, C). Certaines corrélations9 sont très élevées: entre le névrosisme et la personnalité dépressive (ρ=0.75**)10