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Jean, un quinquagénaire délaissé et négligé, habite dans une petite maison tombant en ruines, à la périphérie d'une mégapole. Il est seul depuis que sa femme Ophélia est partie, il y a 25 ans, sans aucune explication et sans avoir jamais donné de ses nouvelles.
Jean aurait continué son existence sans but, si un beau jour ne s'était présenté à sa porte un jeune homme, Léonard, qui vient pour louer la cabane à côté de la maison.
Celui-ci prétend avoir échangé plusieurs courriels avec lui. Pourtant Jean n’est pas au courant : il n’a ni ordinateur, ni Internet. Mais séduit par une rentrée d’argent inattendue, il accepte.
Ici commence l’étrange transformation de la vie de Jean.
Une comédie jubilatoire avec une pincée d’humanisme et de machiavélisme pour en sortir grandi, comme le personnage de Jean, qui malgré son conditionnement va devoir changer de paradigme, abandonner ses convictions limitantes, ses croyances sur le sens de la vie. Une lecture entre rires et larmes qui propose une échappée belle vers ce qu’est véritablement l’amour et les valeurs qui font le bonheur.
À PROPOS DES AUTEURS
Nourri de cinéma soviétique et de littérature russe, Lévon Minasian a toujours voulu raconter des histoires depuis son plus jeune âge. Cinéaste, metteur en scène, scénariste et romancier, il est animé par la passion des images et des belles histoires, au-delà des langues, des cultures qui se croisent en lui.
Agrégée de Lettres, Ester Mann est scénariste et écrivain. Elle aime les chats, les jardins, les écrivains qui parlent de leurs jardins les plus intimes, et qui savent rehausser en perles de mots la beauté du monde. Lauréate du prix Senghor 2019 pour son roman Le fil des anges (Éd. Vents d’Ailleurs).
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Seitenzahl: 67
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Lévon Minasian
Ester Mann
L’Héritier
Comédie dramatique en deux actes
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0277-3
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : février 2022
© Couverture Ex Æquo
© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Æquo
6, rue des Sybilles
88370 Plombières Les Bains
www.editions-exaequo.com
Préface
Il faut parfois beaucoup de temps pour que, comme l’apôtre Paul, les écailles tombent de nos yeux et qu’enfin nous puissions avec un regard neuf percevoir le monde, être attentifs aux autres et les reconnaître.
C’est une pièce qui raconte comment on peut parfois soi-même, par peur et égoïsme, fabriquer son propre handicap… L’incapacité d’assumer ce sentiment si fort qu’est l’amour et préférer passer à côté de sa vie, jusqu’à ce qu’un drôle d’ange qui fait du Tai-chi vous aide à retrouver la vue et l’ouïe afin de pouvoir écouter votre cœur.
C’est un conte, une parabole qui est offerte à notre réflexion, sur le sens de la vie, ses valeurs et leur transmission.
On apprend sans fin, encore et toujours, cette pièce le prouve et l’affirme.
Ariane Ascaride
Personnages :
JEAN : Un homme de 55-60 ans, négligé, délaissé.
LÉONARD : Un jeune homme de 25 ans, beau, rusé, intelligent, énigmatique.
Et aussi
MARILYN : Une jeune femme d’une trentaine d’années, futée et sensuelle, déguisée en Marylin Monroe.
LÆTITIA : Une jeune femme de 23 ans.
ACTE 1
Prélude
(Dans le noir, on entend le bruit de la rame du métro qui passe tout près, sous la terre. La lumière s’allume sur scène, on découvre une maison pauvre, délabrée. À côté il y a une petite cabane. Entre les deux bicoques une cour étroite parsemée de quelques mauvaises herbes. L’environnement est aussi délabré que la maison. Derrière, c’est un mur en béton, couvert de graffitis. Quelque part sur la scène, il y a un écran où il y aura des projections vidéo. Jean, fatigué et négligé, arrive devant la grille, ouvre la boîte aux lettres, en sort une enveloppe, la retourne : aucune adresse de l’expéditeur. Jean ouvre l’enveloppe précipitamment, en sort la lettre. Une écriture régulière et soignée.)
JEAN
« La mémoire en est morte, un jour te l’a ravie
Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie
Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus.
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus.
Ophélia. »
(Jean n’en croit pas ses yeux. Il retourne la lettre. Il n’y a rien d’autre. Il la relit encore.)
JEAN
« La mémoire en est morte, un jour te l’a ravie
Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie
Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus.
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus.
Ophélia. »
(Jean lâche la lettre, puis s’écroule sur le sol avec fracas. Il a perdu connaissance. Noir. Quelque part, tout près, passe le métro, émettant un bruit assourdissant.)
Scène 1
(Dans la maison, Jean, pensif, fait la lessive.)
JEAN
(Voix off.)
Quelques mots seulement... « Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus. Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus. Ophélia… » Et voilà que je me répète ce doux prénom que je n’ai plus prononcé depuis 25 ans, vieille bête de somme que je suis : Ophélia, Ophélia… 25 ans ! ça te fait trembler vieille carcasse, ça fait ressurgir en toi le jeune homme que tu étais alors…Qu’as-tu fait de tout ce temps écoulé ? Qu’as-tu fait ? Hein ! Comment as-tu pu laisser s’échapper ainsi ta vie ? Elle est partie et toi tu n’as même pas compris alors que ce que tu allais vivre après, ce serait rien !Maintenant, tu sais, t’as gâché 25 ans !La tête te tourne, vieil abruti. Il a suffi de quelques mots et ton cœur fait l’oiseau dans ta poitrine, parce qu’elle t’a écrit.Ces quelques vers, ça ne suffit pas pour sauver une vie foutue. Vieil égoïste que tu es, la vie, le cours insipide de ta vie a repris le dessus, ton cœur s’est rabougri, c’est trop peu. C’est quoi ? Quelques lignes qui tombent on ne sait d’où…
(On sonne à la porte. Léonard, un jeune homme tenant un sac à dos lourdement chargé, se présente devant la grille de la maison. La tête de Jean apparaît à la fenêtre. Un laisser-aller chronique marque son allure.)
Jean
C’est pour quoi ?
LÉONARD
C’est bien ici le 5, impasse du Paradis ?
JEAN
Oui, c’est ici.
LÉONARD
Je suppose que vous êtes Monsieur Jean Aster.
JEAN
Oui, c’est moi. Qu’est-ce qu’il y a ?
LÉONARD
Bonjour, Monsieur Aster, je viens suite à la petite annonce.
JEAN
Quelle petite annonce ?
LÉONARD
Pour la location de la chambre meublée.
JEAN
Quoi ?
LÉonard
La chambre meublée que vous louez.
JEAN
Qu’est-ce que vous racontez ! Je ne loue rien du tout, moi !
LÉonard
Comment ça ? Et la petite annonce ?
JEAN
Vous l’avez lue où votre annonce ?
LÉonard
Sur le site louez-une-chambre-meublée-point-fr.
JEAN
C’est quoi ça, encore ?
LÉonard
Un site internet de petites annonces pour louer des chambres meublées.
JEAN
C’est une erreur, Monsieur, je ne loue rien du tout, je ne connais pas votre truc, je n’ai pas de… comment on dit… d’ordinateur. Allez, rentrez chez vous.
LÉonard
Justement, le problème est que je n’ai pas de chez-moi ! Je suis venu pour voir la chambre que vous louez.
Jean
(Sec.)
Je dis que je ne loue rien ! C’est pas clair ? Si vous n’avez pas de chez vous, adressez-vous aux services sociaux. Il y a aussi sous les ponts à Paris. Maintenant, laissez-moi !
LÉONARD
Écoutez-moi, Monsieur ! J’ai échangé plusieurs e-mails avec vous, je vous ai montré mes garanties, j’ai payé le site pour pouvoir consulter votre petite annonce, enfin ! On était tombé d’accord sur le loyer ! Je fais des centaines de bornes pour venir visiter la chambre et vous ne me laissez pas entrer ! Quoi, un loyer qui tombe chaque mois vous alourdit désagréablement les poches, c’est ça ?
JEAN
(Il réfléchit.)
C’était combien ? Le loyer, je veux dire…
LÉONARD
400 euros.
JEAN
(Agréablement surpris.)
400 euros ?
LÉONARD
J’ai négocié. On s’est arrêté sur 200…
JEAN
ça va pas, non ? C’est du vol, ça !
LÉONARD
400, c’est pas du vol ? Vous vendez quoi, Monsieur ? Cette vue sur l’autoroute ? Le confort exceptionnel ? Le quartier qui explose de verdure ? Arrêtez, Monsieur ! Soyez raisonnable, montrez-moi cette chambre, j’ai d’autres maisons à visiter.
JEAN
Bon… Vous avez dit que vous avez des garanties. Je peux les voir ? C’est vos parents qui se portent garants ?
LÉONARD
Je n’ai pas de parents. Mais je m’engage à payer deux mois d’avance. C’est la meilleure garantie.
JEAN
Bon, entrez. Deux mois d’avance, plus le dépôt de garantie de deux mois de loyer.
LÉonard
Non, un mois, pas deux… Je paye en liquide… Sur la photo, la chambre était pas mal.
Jean
Il y avait une photo ? Beh, dites donc… Attendez-moi là.
(Léonard attend. Jean ouvre la cabane qui est à côté de la maison. C’est un local qui n’a pas été aéré depuis des lustres.)
JEAN
Voilà, c’est ici. Il faut juste donner un coup de balai, c’est un peu poussiéreux, ça fait quelques années que c’est vide. Les toilettes sont là, à droite. Pour la douche… il n’y a pas de douche, mais un grand lavabo.
(Léonard regarde autour de lui, observe la pièce.)
LÉonard
(Déçu.)
Sur la photo, il y avait une douche…
JEAN
Il n’y a pas de douche. C’est ça, tu prends ou tu te casses.
LÉonard
Pour 180 euros par mois, c’est un peu limite, non ?
JEAN
180 ? ça va pas, non ? Déjà j’ai descendu de 400 à 200 ! Tu es à Paris, mon garçon !
LÉonard
