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La face cachée des représentants de la religion catholique
L’histoire des hauts dignitaires de l’Église fourmille de meurtres, d’actes luxurieux, de faits plus scabreux les uns que les autres, le tout donnant à penser que ceux qui se devaient, par leur élection, de représenter Dieu sur terre, l’ont parfois mal fait.
Ce livre présente ces turpitudes bien terrestres que souvent les chroniqueurs du temps ont essayé de dissimuler.
Saviez-vous que...
- Étienne VI fit déterrer son prédécesseur Formose pour juger son cadavre, lié à une chaise dans la vénérable église Saint-Jean-de-Latran ?
- Sergius III, pour monter sur le trône de saint Pierre, n’hésita pas à faire étrangler ses deux prédécesseurs et fut en son temps qualifié de « source d’infinies abominations envers les femmes de petite vertu, l’esclave de tous les vices et le plus diabolique des hommes » ?
- Sixte VI, homosexuel notoire, fit élever à la dignité cardinalice son neveu, âgé de 17 ans ?
- Innocent III ira jusqu’à reconnaître ses enfants illégitimes et organisera même leurs noces au Vatican ?
- Alexandre VI, entre autres choses, organisa au Vatican, pour son bon plaisir de « saint Père », une compétition lubrique réunissant cinquante prostituées nues, ses enfants devant arbitrer les prouesses viriles des participants ?
Un livre détonnant !
EXTRAIT
La mort du malheureux pape ne sera pas la seule qui éclaboussera les finances du Saint-Siège, avec celle, le 17 juin 1892, du directeur de la Banco Ambrosiano, Roberto Calvi, surnommé le banquier de Dieu et retrouvé pendu sous le Blackfriars Bridge (le pont des Moines noirs), les poches remplies de cailloux et de 15 000 dollars en liquide.
Comme on le découvrira dans les pages qui suivent, l’histoire de la religion catholique et de ses dirigeants est pleine de bruit et de fureur. On y retrouvera meurtres, simonie, népotisme, sexe, mensonges et faux témoignages.
Rien que de bien naturel car en conformité avec la nature humaine, si ce n’est que ses acteurs se réclamaient d’un dieu infiniment juste et bon.
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Seitenzahl: 330
Veröffentlichungsjahr: 2017
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jacques braibant
Alain Leclercq
L’Histoire noire de l’église
QUELQUES AVIS PLUS OU MOINS ÉCLAIRÉS
La religion a fait de grands maux, et peu de petits biens.
Claude Adrien Helvétius
Enfer chrétien, du feu
Enfer païen, du feu
Enfer mahométan, du feu
Enfer hindou, des flammes
À en croire les religions, Dieu est rôtisseur
Victor Hugo
Une religion dite universelle est une secte qui a commercialement réussi.
François Cavanna
J’affirme, en pesant mes mots, que la religion chrétienne, telle qu’elle est établie dans ses Églises, fut et demeure le principal ennemi du progrès moral dans le monde.
Bertrand Russel
Une seule maxime peut expliquer la rigidité et l’intolérance des dogmes religieux : « Le premier jour, l’homme créa Dieu à son image. »
José Saint Louis
Le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio devient évêque de Rome, et le 266e pape de l’Église catholique, sous le nom de François.
Archevêque de Buenos Aires et cardinal, sa nomination est une suite d’innovations : il est le premier pape issu de l’ordre des jésuites, le premier du continent américain, et le premier à prendre le nom de François.
Le choix du conclave qui le désigne n’est pas anodin. La vieille Europe, qui a placé sur le trône de saint Pierre l’ensemble de ses représentants, à l’exception du moine syrien Grégoire III de 731 à 741, a dressé le constat alarmant de son état.
Les vocations sont en diminution constante, les lieux de culte se désertifient et les problèmes financiers se font aigus.
L’Église catholique va donc concentrer ses efforts sur les pays en voie de développement.
Pendant le règne de Jean-Paul II, une chroniqueuse d’une émission laïque déclara que l’institution religieuse ne survivrait pas à deux papes aussi éloignés des problématiques contemporaines que celui dont les foules romaines réclamèrent, après son décès, qu’il soit fait « sancto subito », soit élevé dans la foulée au rang de saint. Curieuse revendication pour un homme dont la rigidité dogmatique sur les problèmes de contraception et de protection contre le sida fut la cause de la mort de millions d’hommes et de femmes, principalement dans les pays en voie de développement.
Il aura pour principaux mérites d’avoir contribué à la chute du régime communiste, et d’avoir procuré du travail à des milliers de curés polonais.
Cette brillante intelligence manquait totalement d’humour : un journaliste italien perdit son accréditation au Vatican pour avoir écrit un jour : « Dieu est partout, et Karol Wojtyla ira partout », allusion aux innombrables voyages que Jean-Paul II effectua pendant son règne.
En l’an 2000, et assez curieusement pour une personnalité aussi psychorigide, il publia un document dans lequel il dressait la liste de faits pour lesquels il estimait que l’Église devait, sinon s’excuser, au moins reconnaître qu’elle avait commis des erreurs, comme les croisades, l’Inquisition, l’esclavage, l’antisémitisme, et autres péchés de jeunesse.
Son successeur Benoît X a gardé le même cap. Il aura pour caractéristique majeure d’avoir conservé la ligne conservatrice de son prédécesseur et d’être le second souverain pontife à avoir démissionné, si l’on en croit les commentaires dithyrambiques qui saluèrent une décision considérée comme courageuse. Ceux-ci faisaient allusion à Célestin V, un moine ermite élu le 5 juillet 1294 et qui abandonna le trône pontifical le 21 décembre de la même année. Ils oubliaient ainsi de citer Benoît IX, trois fois pape au XIe siècle ; Pontius, obscur évêque de Rome qui démissionna en 235 ; Grégoire VI qui dut démissionner après avoir été convaincu d’avoir acheté la charge de son filleul ; Grégoire XII et la longue série des papes du grand schisme d’Occident (1378-1417) qui passèrent le plus clair de leur temps à s’excommunier entre eux. Pendant une petite quarantaine d’années, pas moins de 14 souverains pontifes réclamèrent la succession de saint Pierre.
Il faut accorder au crédit de Benoît XVI d’avoir pris conscience de la problématique de la pédophilie dans les rangs des prêtres de quasiment tous les pays. Il prendra des mesures concrètes, déjà au moment où il était le préfet de la Congrégation pour la propagation de la foi, et rendra à la vie civile 400 prêtres impliqués dans des scandales sexuels. Cette mesure ne sera rendue officielle qu’en janvier 2014, sous le pontificat de son successeur François.
Les cardinaux, réunis en conclave pour élire le successeur de Benoît XVI, ont dû, inspirés par l’Esprit Saint, entendre le message de grogne généralisée contre l’incapacité du Vatican à introduire dans l’institution religieuse une once de modernité dans l’exégèse d’un Canon patiemment élaboré pendant des siècles, et ayant pour seule base quatre évangiles, tous parfaitement apocryphes, écrits de soixante à cent dix ans après la mort du Rédempteur, et en langue grecque de surcroît.
Le plus remarquable fait de l’élection du cardinal Bergoglio est le choix du nom sous lequel il règne : François. Il s’agit d’un hommage à saint François d’Assise (1182-1226), fondateur de l’ordre des franciscains qui prône la prière, la joie, le respect de la création, et surtout la pauvreté.
La pauvreté était la dernière chose dont les souverains pontifes voulaient entendre parler. Le choix de Jean par exemple, qui fut celui de 23 papes, est interpellant si l’on considère qu’au moins trois d’entre eux figurent dans la galerie des plus malfaisants pontifes des IXe et Xe siècles.
L’annonce du choix de François a fait passer un grand vent de panique dans les rangs de la Curie romaine.
La volonté déclarée du nouveau pape de nettoyage de l’institution financière vaticane n’a pas été du goût de la mafia calabraise, et selon les autorités judiciaires italiennes, il serait depuis novembre 2013 dans le collimateur du crime organisé. Il n’a pas pris ces avertissements à la légère car il existe un précédent récent et depuis, le nouveau pape a deux secrétaires qui disposent chacun d’un emploi du temps variable. De plus, il ne mange jamais seul.
Et pour cause.
Il y a trente-cinq ans, Jean-Paul Ier disparaissait après 33 jours et 6 heures de règne. On parla immédiatement d’assassinat. Le meurtre de papes fut largement pratiqué pendant 2000 ans, et les pages qui suivent le démontreront à l’envi. Mais cette façon de se débarrasser d’un gêneur, très à la mode pendant les IXe et Xe siècles, avait pratiquement disparu à la fin de la Renaissance.
Il est évidemment possible que le malheureux soit mort d’un infarctus, comme la version officielle l’affirme. On oublie de préciser qu’il avait été examiné la veille et déclaré en bonne santé, ce à quoi on vous rétorquera que les voies du Seigneur sont impénétrables.
Cependant, l’absence d’une autopsie et la publication différée et difficile du certificat de décès par le Vatican apportent un peu d’eau au moulin des partisans de la théorie du complot.
Car Jean-Paul Ier, en plein milieu des remous causés par le scandale de la Banco Ambrosiano et de la pseudo-loge maçonnique P2, avait décidé une réforme des finances vaticanes.
La mort du malheureux pape ne sera pas la seule qui éclaboussera les finances du Saint-Siège, avec celle, le 17 juin 1892, du directeur de la Banco Ambrosiano, Roberto Calvi, surnommé le banquier de Dieu et retrouvé pendu sous le Blackfriars Bridge (le pont des Moines noirs), les poches remplies de cailloux et de 15 000 dollars en liquide.
Comme on le découvrira dans les pages qui suivent, l’histoire de la religion catholique et de ses dirigeants est pleine de bruit et de fureur. On y retrouvera meurtres, simonie, népotisme, sexe, mensonges et faux témoignages.
Rien que de bien naturel car en conformité avec la nature humaine, si ce n’est que ses acteurs se réclamaient d’un dieu infiniment juste et bon.
Dans un long poème de vingt et une mille lignes, publié en 1869, L’Anneau et le Livre, Robert Browning raconte l’histoire d’un meurtre perpétré à Rome en 1698.
Dans son œuvre, cent trente lignes sont consacrées à une Rome beaucoup plus ancienne, celle du IXe siècle. Elles décrivent le synode cadavérique, l’un des plus curieux procès qui ne se soient jamais tenus, au cours duquel un pape, Étienne VI, fit déterrer le corps de son prédécesseur, Formose, et le fit comparaître pour parjure et autres crimes, et, après l’avoir reconnu coupable, le fit exécuter.
On comprend aisément que les autorités religieuses préfèrent ne pas s’étendre sur le synode cadavérique, auquel elles attribuent la dénomination tout aussi inquiétante de Synode horrenda.
Il ne faut cependant pas insister beaucoup auprès des ecclésiastiques pour qu’ils reconnaissent que certains successeurs de saint Pierre ne furent pas des parangons de vertu. Certains furent des dépravés, d’autres des assassins, des simoniaques ou pratiquèrent un népotisme forcené, allant jusqu’à faire monter leur fils sur le trône pontifical.
Mais sur le synode cadavérique, sur les divagations vicieuses, probablement marquées du sceau de la folie, du pape Étienne VI, lancées au corps en putréfaction de Formose, un épais manteau est jeté.
On pourrait expliquer cette frilosité par le fait que la folie est moins acceptable à nos yeux que le meurtre ou la dépravation sexuelle ; nous sommes capables de parler de nos ancêtres hors-la-loi, et dans certains pays comme l’Australie, avoir un ancêtre bagnard est du plus grand chic.
Nous avons cependant une certaine tendance à cacher nos fous au fond de nos placards.
L’explication la plus convaincante est que cet épisode jette un doute sur toute la lignée papale, et pose des questions gênantes sur un point de la doctrine des plus importants pour les vicaires de Rome, celui de l’infaillibilité pontificale.
L’infortuné Formose
Le pape Formose (plus aucun ne portera ce nom) régna de 891 à 896. Une des ironies de l’Histoire veut que le nom de celui qui est essentiellement connu au travers de la description d’un cadavre en putréfaction signifie « agréable à voir ».
Aucun portrait contemporain ne nous est parvenu qui puisse attester de cette beauté, mais il semble qu’il ait été un souverain pontife capable et honnête, un des rares de son siècle. Il avait soixante-seize ans quand il fut élu, et avait accompli un parcours très honorable, travaillant avec succès comme missionnaire en Bulgarie, puis comme attaché diplomatique à la cour de Constantinople, où il s’attacha à l’amélioration des relations avec l’Église d’Orient.
Un accident de parcours dans son cursus ecclésiastique allait se retourner plus tard contre Formose, ou plutôt contre son cadavre. Car une loi du droit canon, votée peu de temps auparavant, interdisait à un évêque de changer de diocèse selon son initiative, ou de régner sur plusieurs, cette disposition étant prise pour empêcher un évêque de s’approprier un territoire estimé plus profitable, voire même de se constituer un fief englobant plusieurs diocèses.
Or, techniquement, quand Formose fut élu évêque de Rome, condition indispensable à l’accession à la papauté, il était encore l’évêque de Porto, en Italie, ce qui ne sembla déranger personne à l’époque.
Élu pape, Formose travailla à la consolidation des Églises d’Allemagne et d’Angleterre, et continua à tenter de conclure une paix satisfaisante avec Constantinople.
Formose s’était fait de nombreux ennemis politiques. L’un de ceux-ci, particulièrement puissant, était le clan Spoleto. Guido, duc de Spoleto, avait été couronné empereur de Rome par son prédécesseur, et Formose avait été contraint de couronner Lambert, fils de Guido, co-empereur en 892. Mais quand Guido mourut en 894, Formose couronna Arnulf de Carinthie, arrière-arrière-petit-fils de Charlemagne, empereur, à la grande fureur de Lambert.
Malheureusement, Arnulf fut rapidement victime d’un accident vasculaire cérébral qui le laissa partiellement paralysé, et il fut contraint de déplacer son armée de Rome vers l’Allemagne. Les Spoleto virent là une occasion de se venger de Formose, mais avant qu’ils ne puissent passer à l’action, le pape mourut de cause naturelle en avril 896.
Lui succéda Boniface VI, une franche canaille, par deux fois défroqué, dont le règne ne dura que quinze jours, avant qu’il ne meure de cause inconnue.
Procès d’un cadavre
En mai 896, Étienne VI fut élu pape, à l’intercession de la famille Spoleto, et plus particulièrement celle de Lambert, dont la rage vis-à-vis du défunt Formose ne connaissait pas de limites car ce dernier, en mourant, l’avait privé de sa vengeance.
Il imagina alors le plus horrible épisode de toute l’histoire de la chrétienté : le procès du cadavre de Formose. Il bénéficia pour ce faire du soutien enthousiaste d’Étienne VI qui, à l’instar de Formose, était devenu évêque de Rome, alors qu’il était lui aussi titulaire d’un autre diocèse. C’était d’ailleurs Formose qui l’avait consacré évêque.
Si donc son prédécesseur pouvait être discrédité, et ses décisions annulées, Étienne se verrait dès lors à l’abri de toute poursuite ultérieure relative à son contrôle simultané de deux diocèses. La cerise sur le gâteau étant de s’attirer les bonnes grâces du puissant Lambert.
Neuf mois après le décès de Formose, Étienne convoqua un synode. Dans la vie de la chrétienté, un synode est un événement important, une occasion de réunir les dirigeants de l’Église pour délibérer sur des points importants de la doctrine ou de la politique.
Dans le but de rendre ce procès sans précédent acceptable, Étienne et Lambert commencèrent par attiser le courroux de la population romaine, et celui de la noblesse, à l’encontre de Formose, envoyant des crieurs publics dans les rues expliquer que celui-ci s’était rendu coupable de crimes abominables.
Étienne réunit alors un « jury » composé d’évêques qui le soutenaient, et d’autres tout simplement terrorisés à l’idée de s’opposer à lui.
Il est possible que ce rassemblement de marionnettes, aussi indépendant du pouvoir qu’un jury stalinien de la grande époque des purges, ait pu croire que l’accusé allait simplement être jugé in abstentia, puisqu’enterré depuis neuf mois, et qu’il ne s’agissait que de souiller sa mémoire.
Ce dut être une abominable surprise quand, en janvier 897, les juges pénétrèrent dans l’église Saint-Jean de Latran, la première construite dans Rome et la plus sainte d’entre toutes, pour trouver le corps pourrissant de Formose attaché à un siège. Certains témoins oculaires qui survécurent au procès prétendirent que le corps était recouvert des vêtements sacerdotaux d’un pape, d’autres le décrivirent affublé d’une chemise tissée en poils de chèvre. Mais tous s’accordent pour déclarer que derrière le corps chancelant se trouvait un diacre adolescent complètement terrifié, censé être la « voix » de Formose qui répondait aux questions qui lui étaient posées.
Assis sur le trône papal, Étienne lut l’acte d’accusation. Le défunt était accusé de parjure, ayant menti pour devenir pape, en n’admettant pas qu’il était déjà évêque d’un autre diocèse.
Il était également convaincu d’ambition de devenir pape, crime particulièrement farfelu dont chaque noble romain était probablement coupable.
Il lui était enfin reproché d’avoir violé le droit canon après sa nomination, et spécialement sur le point qui interdisait le transfert d’un évêque d’un diocèse à l’autre.
Les minutes du procès parlent d’un Étienne en proie à des accès de rage hystériques, hurlant des injures à l’adresse du cadavre, et se moquant de son silence. Parfois, le tremblant jeune diacre tentait de marmonner une réponse, aussitôt réduit au silence par l’accusateur.
Au milieu de cette parodie de justice, un tremblement de terre secoua l’église, y causant des dégâts. Il est difficile de conjecturer le type d’avertissement que le synode déduisit de l’événement. Étienne aurait été bien inspiré d’en tenir compte, mais il ordonna aux juges de déclarer Formose coupable de tous les chefs d’accusation.
Le verdict de culpabilité déclara que tous les actes officiels posés par Formose en qualité de pape et d’évêque étaient invalidés, en ce compris les nominations et les ordinations de prêtres.
Trois doigts de sa main droite furent coupés, ceux utilisés pour les bénédictions, et son cadavre fut ignominieusement enterré.
Peu après, Étienne et Lambert décidèrent que les partisans de Formose risquaient de faire de sa tombe un lieu de pèlerinage. Ils firent à nouveau déterrer le corps et le firent jeter dans le Tibre. La légende raconte qu’un ermite recueillit les restes dans le fleuve et leur donna une sépulture décente dans les catacombes.
Il est possible qu’en jugeant Formose, Étienne ait obéi à certains mobiles rationnels : le désir, lié à l’instinct de conservation, de plaire aux puissants Spoleto, et la volonté affirmée de sécuriser sa position en tant que pape, dès lors qu’il était coupable du même « crime » que lui.
Cependant, la sinistre décision de présenter le cadavre devant le tribunal, et la macabre sentence qui fut prononcée, prouve à suffisance qu’il devait être fou.
Après le procès, Étienne ordonna à tous les prêtres ordonnés par Formose de lui envoyer une lettre reconnaissant l’invalidité de leur ordination. Cela, ajouté à la nature macabre du procès, fit que le peuple commença à murmurer. Pour tenter de se désolidariser des événements, les Spoleto lui retirèrent leur appui.
Étienne fut fait prisonnier par la foule, qui lui arracha ses vêtements et le jeta en prison.
En août 897, il fut étranglé dans sa cellule.
Théodore II, qui lui succéda, ne régna que 21 jours et mourut probablement assassiné. Il eut cependant le temps de convoquer un nouveau synode, qui invalida les décisions du synode cadavérique, proclama la validité de toutes les ordinations faites par Formose, et ordonna qu’il soit déterré une fois de plus. Son corps fut revêtu de la tenue sacerdotale des papes, conduit en l’église Saint-Pierre, et enterré avec tous les honneurs.
Jean IX régna de janvier 898 à mars 900, et est décrit comme un souverain pontife juste et bon.
Son successeur Benoît IV, qui fut pape jusqu’en juillet 903, est également crédité de beaucoup de sagesse.
Léon V ne put pendant son très bref règne faire preuve de qualités particulières, puisqu’il fut étranglé par des partisans de Christophe, déclaré antipape après un règne qui se termina également par sa mise à mort.
Le règne de Sergius III, qui dura de 904 à 911, marque le début de la période qui sera qualifiée de « pornocratie pontificale » de 904 à 963.
Sergius avait participé au synode cadavérique et était un affidé d’Étienne VI. Une fois au pouvoir, il convoqua à son tour un synode, qui invalida la précédente réinstallation de Formose et réaffirma les décisions du synode cadavérique. Une fois de plus, les ordinations de Formose furent déclarées invalides. Son corps ne fut cependant pas à nouveau déterré, mais Sergius fit placer sur la tombe d’Étienne un marbre sur lequel était gravée l’expression de son admiration.
La chaîne brisée
Les décisions de Sergius III ne furent jamais invalidées. Elles furent tout simplement ignorées par l’Église catholique. Beaucoup de ses exégètes considèrent le synode cadavérique comme une anomalie, quelque chose qui s’est passé en dehors de l’Église, et qui par conséquent n’a jamais existé.
Beaucoup d’historiens extérieurs notent, de manière insistante, que l’invalidation des ordinations de Formose n’a jamais été annulée, et que ceci soulève des questions à la fois essentielles et troublantes pour la papauté contemporaine.
En particulier, l’événement met en question toute la notion d’infaillibilité pontificale. Cette doctrine, définie au XIXe siècle sous le règne de Pie IX, mais applicable aux successeurs de Pierre tout au long de l’histoire, affirme qu’un pape, inspiré et protégé par l’Esprit Saint, est incapable de commettre une erreur quand il se prononce ex cathedra sur des points de la doctrine et de la morale, c’est-à-dire quand il parle en tant que docteur suprême de l’Église et en engageant sa pleine responsabilité apostolique.
Ceci est évidemment d’une extrême importance pour les millions de catholiques qui attendent de leur chef qu’il donne un avis sur des problèmes comme le contrôle des naissances, l’homosexualité, l’ordination des femmes, et plus récemment sur la pédophilie ecclésiastique.
Heureusement, les papes simoniaques, fornicateurs ou assassins ne sont pas considérés comme parlant ex cathedra.
Mais dans le cadre du synode cadavérique, Étienne peut être considéré comme ayant agi officiellement, car il s’agissait d’une réunion d’évêques appelés à se prononcer sur un sujet important, et il ne s’est pas contenté de déclarer la nullité du règne de son prédécesseur, il a également proclamé l’invalidité des ordinations faites par Formose.
Avec pour conséquence que certains exégètes déduisent que le synode cadavérique remet en question toute la doctrine de l’infaillibilité pontificale, une des pierres angulaires de l’Église moderne. D’autres prétendent que ce synode pourrait même jeter un doute sur la succession apostolique : une lignée de 265 papes les relie à saint Pierre, le premier vicaire du Christ. Suivant la foi chrétienne, les papes ne remplacent pas Pierre, comme un chef d’État ou de gouvernement en remplace un autre. Ils doivent succéder à Pierre, et chacun doit poursuivre son œuvre, qui est d’apporter la vérité et l’unité à ses brebis.
L’invalidation des ordinations de Formose pourrait avoir brisé cette chaîne apostolique, dès lors que l’on ne peut affirmer avec certitude que des évêques, et par conséquent des papes, n’ont pas été ordonnés par des prêtres dont l’ordination a été invalidée. Si tel était le cas, la succession de saint Pierre, qui ramène au Christ en personne, aurait été brisée.
Ce livre, à ce point controversé que l’Église catholique romaine refusa longtemps qu’il soit disponible en langue vernaculaire, est encore source d’innombrables conflits, plus de trois millénaires après le début de sa rédaction.
Le Dieu qui y est décrit est jaloux, vindicatif, et brutal.
Dans la Genèse, il crée l’homme et la femme qu’il installe dans les jardins d’Éden. Il les en chasse aussitôt après qu’Ève ait mangé une pomme. Ce qui serait assez mesquin, si le fruit n’était pas celui de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Il s’agit là d’un interdit assez courant dans l’histoire des religions, semblable au mythe de Prométhée, condamné à être enchaîné pour avoir offert le feu aux hommes. Il fut condamné à voir son foie, qui se régénérait perpétuellement, dévoré par un aigle. L’idée qui sous-tend ce type d’interdit est que la volonté de Dieu, et celle de ses représentants les prêtres, doit être suivie aveuglément. Et plus les fidèles sont ignorants, plus facile est leur maintien en sujétion.
Dieu va donc affubler ses créatures du péché originel.
On lit dans la Genèse :
Il dit à la femme :
J’augmenterai la souffrance de tes grossesses
Tu enfanteras dans la douleur,
Et tes désirs se porteront sur ton mari mais il dominera sur toi.
Il dit à l’homme
Puisque tu as écouté la voix de ta femme
Et que tu as mangé le fruit de l’arbre
Au sujet duquel je t’avais donné cet ordre :
Tu n’en mangeras point !
Le sol sera maudit à cause de toi
C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture
Tous les jours de ta vie.
Il te produira des épines et des ronces
Et tu mangeras de l’herbe des champs.
C’est à la sueur de ton front que tu mangeras du pain
Jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu as été pris,
Car tu es poussière
Et tu retourneras à la poussière.
Commentaires
Cela, c’est la punition infligée par un dieu que l’on décrira plus tard comme infiniment bon et miséricordieux.
Au passage, notons qu’une petite phrase rédigée il y a près de trois millénaires par quelques nomades plus ou moins inspirés, pour qui la femme ne valait à l’époque que le prix d’une ou deux chèvres, conditionne encore de nos jours son statut aux yeux d’extrémistes, dont les talibans représentent le pire des exemples. Rappelons pour la bonne forme que taliban signifie « étudiant de dieu ».
La croyance dans le fait que Dieu avait pris une côte d’Adam pour faire la femme était à ce point bien ancrée dans l’esprit de tous qu’André Vésale fut menacé des foudres de l’Inquisition quand il écrivit dans son livre fondateur de l’anatomie moderne, De humani corporis fabrica, que la femme avait autant de côtes que l’homme, qui aurait logiquement dû en avoir une de moins.
La femme fut aussi condamnée à accoucher dans la douleur, et ce n’est qu’en 1951 que le docteur français Fernand Lamaze ramena d’URSS une méthode de psychoprophylaxie obstétrique, qu’il améliora. La technique fut introduite en France en 1952, et fut acceptée par l’Église en 1956, délai remarquablement rapide pour un Vatican qui mit 359 ans pour réhabiliter Galilée.
Tu ne jalouseras pas ton prochain
Après le péché originel, Dieu favorise l’apparition sur terre de la jalousie.
Genèse 4.
Au bout de quelque temps, Caïn fit à l’Éternel
Une offrande des fruits de la terre.
Et Abel de son côté en fit une
Des premiers-nés de son troupeau.
L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et son offrande
Mais il ne porta pas un regard favorable
Sur Caïn et son offrande
Caïn fut irrité et son visage fut abattu.
Après avoir cruellement puni les parents, le dieu infiniment bon et miséricordieux sème la discorde entre les frères, et l’aîné tue son cadet.
Après pareil départ, la situation ne pouvait qu’empirer, et le démiurge est de plus en plus déçu par sa création. Il décide donc de son élimination et envoie le Déluge, qui anéantit toute vie sur terre, à l’exception d’une seule famille, celle de Noé, dont la postérité va croître à toute allure.
Mais les choses n’iront pas en s’améliorant et, à l’élimination radicale, Dieu va préférer envoyer son fils sur terre s’y faire crucifier pour racheter les péchés des hommes, péchés à l’élaboration desquels il a largement participé, avec le péché originel.
Or, en fonction du dogme de la consubstantialité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, c’est un peu lui que les Romains crucifient également.
Si vous présentez le cas à un psychiatre sans parler de la qualité divine du sujet, il répondra probablement : schizophrénie avec pulsions paranoïdes, et tendances sado-maso.
Le problème, c’est que les trois religions monothéistes ont comme tronc commun ce ramassis d’âneries.
Leur dieu est un dieu jaloux qui réclame l’extermination de ceux qui ne l’adorent pas. Depuis Abel, il manifeste des préférences. Le peuple juif est son peuple élu, auquel il accorde, via le patriarche Abraham, un pays décrit dans la Genèse : « À ta postérité, je donne ce pays, du fleuve d’Égypte, jusqu’au Grand Fleuve, le fleuve d’Euphrate : le pays où habitent les Qénites, les Qenizzites, les Qadmonites, les Hittites, les Perizzites, les Rephaïms, les Amorites, les Cananéens, les Girgashites, les Gergéséens, les Hivites et les Jébuséens. »
C’est-à-dire un territoire qui va de l’Égypte à l’Irak occidental, ce qui fait pas mal de monde à massacrer ou à déplacer. On comprend dès lors mieux que les États du Moyen-Orient fassent des crises d’urticaire quand on leur parle d’Eretz Israël, le « Grand Israël » de la Bible. S’il est évident que la grande majorité des Israéliens modernes considèrent cette histoire comme une fable, il existe toujours aujourd’hui à la Knesset de 3 à 6 députés représentant les ultra-religieux, sans lesquels il est difficile de constituer un gouvernement, et qui rendent les espoirs de paix illusoires.
Plus tard, quand le peuple juif quitte l’Égypte et arrive devant la Terre promise, elle a fortement diminué en importance. « Je fixerai tes frontières de la mer des Roseaux à la mer des Philistins, et du désert au fleuve, car je livrerai entre vos mains les habitants du pays et je les chasserai de ta présence. Tu ne feras pas d’alliance avec eux ni avec leurs dieux. »
Les nouvelles frontières vont de la Méditerranée à la Jordanie en passant par la mer Rouge, ce qui est relativement précis. Les autres limites le sont beaucoup moins, et restent trois millénaires plus tard des sources de conflits. La preuve en est la controverse de la pièce de dix arogot (100 arogot pour 1 shekel) que Yasser Arafat avait l’habitude de produire comme preuve des intentions expansionnistes israéliennes. L’envers de la pièce porte un chandelier à sept branches sur un fond d’un contour imprécis. Le leader palestinien y voyait le dessin des supposées frontières bibliques de l’État d’Israël. Les dirigeants israéliens firent savoir qu’il ne s’agissait que de la copie d’une pièce ancienne, émise sous le règne du roi Mattathias Antigonus, qui régna trois ans de 37 à 40 ACN. Ce qui n’empêche personne de dormir, mais constitue la preuve que les promesses inconsidérées d’un dieu difficile à identifier continuent à empoisonner notre quotidien.
Un seul dieu, mais lequel ?
L’Ancien Testament est aussi imprécis sur le tracé des frontières de l’État hébreu que sur l’identité du généreux donateur.
Car dans la Bible, on trouve aussi bien le nom de Yavhé que celui d’Eloah, d’Elohim, ou même d’Adonaï pour désigner le Seigneur.
L’explication tient au fait qu’au moment de la rédaction du Pentateuque, qui commence vers le VIIIe siècle ACN, il existe deux royaumes : celui de Juda, qui défend ses hauts-lieux et ne reconnaît pas la prédominance de Jérusalem, et celui d’Israël, attaché à un monothéisme pur et dur.
La religion des Hébreux remonte à Abraham qui, vers 1950 ACN, quitte Our pour aller s’établir en Palestine après avoir reçu un message divin. Abraham constitue l’archétype de la soumission à la volonté divine. Quand son dieu lui demande de lui sacrifier son fils, il n’hésite pas et c’est au moment où le couteau sacrificateur va s’abattre sur le malheureux enfant qu’un ange lui retient le bras. On ignore si le messager céleste lui dit qu’il s’agissait d’une blague de mauvais goût, ou s’il lui accorde le prix du père le plus idiot de la création.
La religion pratiquée par Abraham et ses descendants est un monothéisme territorial, ou une monolâtrie. Le dieu qu’il adore est Elohim, qui est le pluriel d’Eloah, ce qui pourrait sous-entendre qu’il y en a plusieurs. Mais dans l’Ancien Testament, on parle tout à coup de Yahvé, d’abord en relation avec Elohim, puis tout seul. Yhwh ou Jhwh est le nom divin qui apparaît le plus fréquemment dans la version hébraïque de la Bible. Ces deux tétragrammes deviendront Yahvé avec l’usage.
Le royaume de Juda et celui d’Israël vont être soumis par Nabuchodonosor, qui va déporter les élites juives à Babylone après avoir détruit Jérusalem et rasé le Temple. L’exil sera très dur et les vaincus vont être victimes d’une acculturation assez commune à l’époque, c’est-à-dire l’assimilation de la culture des vainqueurs. Quand le processus est terminé, les peuples en exil rentrent chez eux.
Après l’exil, la façon de considérer Dieu va changer au travers des discours des prophètes. Ils déclarent alors que le cosmos est le Temple, et que Dieu habite le cosmos. Le monothéisme cosmique est né, et il ne sera dès lors plus question que d’un seul Dieu. Mais comme la rédaction des premiers textes sacrés a débuté depuis près de deux siècles, il sera trop tard pour revenir en arrière.
La curieuse histoire de Noé
De leur passage à Babylone, les Hébreux ramèneront l’histoire du Déluge, qu’ils ont trouvée dans l’Épopée de Gilgamesh, le premier grand texte de l’histoire de l’humanité, écrit au XVIIIe siècle ACN, soit un petit millénaire avant l’Iliade d’Homère.
Pendant sa quête de l’immortalité, Gilgamesh va aller trouver Out-Naphistim, le père de l’humanité, celui qui avait échappé au châtiment infligé par les dieux. Out-Naphistim lui déclare alors :
Et le sage me dit :
Homme de Shouroupak, démolis ta maison et construis-toi un bateau
Abandonne tes richesses, demande la vie sauve,
Rejette tes possessions et préserve ta vie.
Charge dans le bateau la substance de tout ce qui vit.
Ce bateau que tu construiras,
Que ses mesures soient bien exactes,
Que sa largeur égale sa longueur,
Scelle le bateau, rends-le semblable à l’Apsou, les eaux des profondeurs.
Out-Naphistim dit encore à Gilgamesh :
Au cinquième jour, je dressai la charpente du bateau.
Son plancher faisait un ikou,
La hauteur de ses parois était de cent vingt coudées,
La longueur de chacun de ses côtés était de cent vingt coudées,
Et voici comment j’ai complété sa forme :
J’ai fait six ponts.
Ainsi je l’ai divisé en sept étages,
J’ai divisé chaque étage en neuf parties.
Tout ce que j’avais d’espèces vivantes, je l’ai fait porter.
J’ai fait monter dans le bateau toute ma famille et mes parents.
J’ai fait monter les bêtes domestiques et celles de la plaine.
Tous les artisans je les ai fait monter aussi.
Le dieu Shamash m’a fixé le moment précis et m’a dit ;
Lorsque le soir, celui qui tient les tempêtes
Fera pleuvoir la pluie et le malheur,
Entre dans le bateau et ferme la porte...
Out-Naphistim, c’est évidemment Noé, et rien ne manque dans le texte de Gilgamesh pour qu’il ressemble à s’y méprendre au récit biblique, y compris le lâcher de l’hirondelle, du corbeau et de la colombe.
Le Déluge n’était cependant pas un mythe, puisqu’on en retrouva des traces à Our en 1927, quand l’archéologue anglais Léonard Wooley mit à jour, après avoir fouillé l’argile sur une profondeur de douze mètres, une couche d’argile parfaitement propre de deux mètres cinquante de profondeur. Cette couche ne pouvait être qu’alluvionnaire et témoignait d’une inondation catastrophique qui avait dû recouvrir tout le pays.
Les Hébreux ramèneront également d’Assyrie le mythe de la tour de Babel, Etemenanki, la ziggourat de Babylone dédiée au dieu Mardouk, dont le nom signifie le « temple du fondement de la terre et du ciel ».
Si l’on résume la situation, alors que l’on n’a encore examiné que le premier livre de la Genèse, on se retrouve avec deux dieux, deux promesses de territoire à un peuple élu et plusieurs emprunts aux Assyriens : le Déluge et la tour de Babel, sans compter la longue énumération de la postérité d’Adam, une liste qui ressemble à s’y méprendre à celle des rois millénaires des cités-états mésopotamiennes. On ramène aussi le mythe de la naissance de Moïse, comme on le verra plus loin.
Sexe et massacres en tous genres
Le problème avec la postérité du premier couple de l’humanité est qu’elle démarre avec un inceste. Le texte fait référence à deux fils, Caïn et Abel. Deux solutions sont possibles : que Caïn, après avoir tué son frère, s’accouple avec sa mère, ou bien Adam et Ève ont eu des filles, et l’une d’elles a procréé avec son frère.
Cet inceste ne sera pas le premier du genre : après la destruction par Dieu de Sodome et Gomorrhe, Lot, seul survivant avec sa famille, trouvera refuge dans une caverne où ses deux filles, privées d’une gent masculine détruite par le feu, vont le faire boire pour avoir ensuite avec lui des rapports sexuels.
La femme de Lot aura été transformée en statue de sel pour s’être retournée, n’obéissant pas ainsi aux recommandations divines.
Sur le fond, on a beaucoup glosé sur les raisons pour lesquelles un Dieu irascible aurait fait disparaître deux villes. L’analyse du texte fait apparaître une transgression majeure aux lois de l’hospitalité, une valeur fondamentale des civilisations antiques. Plus tard, on y verra une condamnation de l’homosexualité. Le concile d’Ancyre la réprouvera en 314, et, pour faire bonne mesure, un autre concile tenu 70 ans plus tard condamnera des fautifs au bûcher.
La destruction de Sodome et Gomorrhe est probablement d’origine volcanique, et la femme de Lot eut le corps figé et conservé par une nuée ardente, du même genre que celle de Pompéi. Les autres livres du Pentateuque sont remplis de massacres demandés ou exécutés par Dieu en personne. Leur énumération se révélant lassante et inutile, il est temps de se pencher sur le personnage essentiel de l’Ancien Testament : Moïse.
Une naissance pas si singulière
« Ma mère était grande prêtresse. Elle me conçut et m’enfanta en secret. Elle me déposa dans une corbeille de roseaux dont elle scella l’ouverture avec du bitume. Elle me lança sur le fleuve sans que je puisse m’échapper. Le fleuve me porta. »
Il s’agit manifestement de l’histoire de la naissance de Moïse.
Erreur !Il s’agit d’un texte qui circule dans la Ninive du VIIe siècle ACN et qui raconte la naissance de Sargon d’Akkad (2334-2279 ACN), le souverain fondateur de l’Empire éponyme. Rappelons ici que les Hébreux sont à cette époque exilés en Mésopotamie.
L’histoire continue : « Le fleuve me porta ; il m’emmena chez Aqqi, le puiseur d’eau, qui m’adopta comme son fils et m’éleva. Il m’enseigna son métier de jardinier. Alors que j’étais jardinier, la déesse Ishtar se prit d’amour pour moi, et ainsi, j’ai exercé la royauté pendant 56 ans. »
On s’y croirait ! C’est le même type d’histoire qui arrive à Moïse, que l’on situe entre 1390 et 1270 ACN.
Moïse est le premier prophète du judaïsme, le plus important de la Bible, celui qui reçoit les dix commandements de la main de Dieu. C’est lui que Yahvé charge de faire sortir son peuple élu d’Égypte, où il est maintenu en esclavage par le pharaon.
Après une série de plaies imposées au pays, Dieu extermine tous les premiers-nés des familles égyptiennes, et, pour faire bonne mesure, ceux de leurs animaux. Dieu a pris lui-même les choses en main devant les refus persistants du pharaon, et il demande à son peuple que dans chaque maison on sacrifie un agneau, dont le sang servira de signe pour éloigner les enfants d’Israël de la vengeance divine.
« Cette nuit-là, je passerai dans le pays d’Égypte et je frapperai tous les premiers-nés du pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’aux animaux, et j’exécuterai des jugements contre tous les dieux d’Égypte. Je suis l’Éternel.
Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang et je passerai par-dessus vous, et il n’y aura point de plaie qui vous détruise quand je frapperai le pays d’Égypte.
Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Éternel, vous le célébrerez comme une loi perpétuelle pour vos descendants. »
Et effectivement, on continue encore aujourd’hui à fêter le sacrifice de Pâques. Nul doute que les gosses qui font la chasse aux œufs ce jour-là ignorent qu’ils commémorent l’histoire d’un des plus abominables massacres de l’Histoire.
On a parlé plus tôt de personnalité paranoïaque ; dans le récit de la Bible, Dieu affirme à Moïse que c’est lui-même qui a durci le cœur du pharaon.
Celui-ci finit par céder, et c’est l’Exode. Selon la Bible, le recensement fait dans le désert concerne plus de 600 000 hommes, autant de femmes, les enfants et le bétail.
Soit une population plus importante que celle des Égyptiens.
Or, de toute cette histoire, les plaies, les enfants décimés, et le départ de la moitié de la population, on ne trouve aucune trace en Égypte, pas même sur le plus infime morceau de papyrus. De plus, les Hébreux vont errer quarante ans dans le désert du Sinaï. Une telle foule aurait laissé des traces. On n’a rien trouvé, pas même des ossements semés par un dieu irascible et jaloux.
On trouve dans les Nombres 15.32 à 15.36 :
« Comme les enfants d’Israël étaient dans le désert,
On trouva un homme qui ramassait du bois le jour du sabbat.
Ceux qui l’avaient trouvé ramassant du bois l’amenèrent à Moïse, à Aaron et à toute l’assemblée.
On le mit en prison, car ce qu’on devait en faire n’avait pas été déclaré.
L’Éternel dit à Moïse : cet homme sera puni de mort, toute l’assemblée le lapidera hors du camp.
Toute l’assemblée le fit sortir du camp et le lapida, et il mourut comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse. »
Une seule victime ne laisse pas de place, mais que penser alors des 24 000 tués «
