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Le 24 décembre 1816, alors qu’il est en exil dans l’empire ottoman, le général Anne Jean Marie René Savary, duc de Rovigo, poursuivi pour crime de trahison et participation au complot qui a ramené Napoléon Bonaparte en France en 1815, est jugé par contumace par un Conseil de guerre français et condamné à mort.
Parce qu’il ne peut supporter l’idée d’être jugé coupable, parce qu’il veut faire triompher son innocence, Savary, prend le risque capital de quitter son exil étranger et de se présenter spontanément aux autorités françaises pour être rejugé contradictoirement. Quand l’accusé jugé par contumace se présente aux autorités, la décision, quelle qu’elle soit, tombe d’elle-même et l’individu concerné doit être rejugé. Ce nouveau jugement intervient le 27 décembre 1819.
Le présent ouvrage décrit ce second procès dans son contexte, son déroulement et son issue, en insistant sur la biographie de l’accusé et le contexte politique du choix fondamental effectué par celui-ci.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Gildard Guillaume est avocat honoraire, écrivain, historien, administrateur de l’Institut Napoléon, administrateur de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts d’Angers. Il est l’auteur de plusieurs romans ou essais historiques concernant principalement la Révolution, le Consulat et le Premier Empire.
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Seitenzahl: 165
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Page de titre
Gildard Guillaume
L’innocence héroïque
27 décembre 1819 Le procès de Savary, duc de Rovigo
Quint’feuille
Page de titre
Du même auteur
Citation
Chapitre 1
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 15 h 05 L’attente du jugement
Chapitre 2
Résumé biographique concernant Savary
Chapitre 3
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 00 Lieu et décor
Chapitre 4
Savary, avant de rencontrer Napoléon Bonaparte
Chapitre 5
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 00 Composition du Tribunal
Chapitre 6
Les relations de Savary avec Napoléon Bonaparte pendant le Consulat et l’Empire : les missions spéciales
Chapitre 7
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 00 L’avocat de l’accusé et le public du procès
Chapitre 8
Les relations de Savary avec Napoléon Bonaparte pendant le Consulat et l’Empire : l’affaire du duc d’Enghien
Chapitre 9
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 00 Ouverture de l’audience
Chapitre 10
Coup de projecteur sur les relations de Napoléon et Savary de 1805 à 1814
Chapitre 11
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 05 Lecture des pièces du dossier
Chapitre 12
De la première abdication de l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe
Chapitre 13
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 35 L’entrée de l’accusé dans la salle d’audience
Chapitre 14
Faits divers
Chapitre 15
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 40 Premières déclarations de l’accusé
Chapitre 16
Retour de l’île d’Elbe et début des « Cent-jours »
Chapitre 17
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 11 h 00 Accusations
Chapitre 18
Seconde Restauration
Chapitre 19
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 11 h 20 Audition des témoins et des experts
Chapitre 20
Entre deux procédures
Chapitre 21
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 12 h 10 Conclusions et réquisitions du rapporteur
Chapitre 22
L’Empereur et l’escadre anglaise
Chapitre 23
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 12 h 15 L’avocat se lève
Chapitre 24
Le guet-apens
Chapitre 25
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 12 h 25 Exorde de Maître Dupin
Chapitre 26
Les voyages de Savary
Chapitre 27
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 12 h 40 Plaidoirie de Maître Dupin (Première partie)
Chapitre 28
Savary peut-il être considéré comme un séide de l’Empereur ?
Chapitre 29
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 13 h 10 Plaidoirie de Maître Dupin (Deuxième partie)
Chapitre 30
La détention à l’Abbaye
Chapitre 31
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 14 h 00 Plaidoirie de Maître Dupin (Troisième partie)
Chapitre 32
Ney et article 12
Chapitre 33
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 14 h 40 Clôture de l’audience
Chapitre 34
Épilogue
Bibliographie
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Couverture
Du même auteur
Du même auteur :
1) Romans
Les noces rouges, L’Harmattan, Paris, 2003
La sentinelle de Cabrera, Fayard, Paris, 2005
Terreur blanche, Fayard, Paris, 2006
Qu’un sang impur…, Albin Michel, Paris, 2010
Les damnés de la République, L’Harmattan, Paris, 2012
Oser et brûler, Thaddée, Paris, 2017
Le silence des cris, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2020
La gourmette. Un drame vendéen, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2020
Reposez en guerre !, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2020
Postes mortels, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2020
Lie de mort, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2020
Beaux semblants, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2021
Tyrans d’eau, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2022
2) Essais
La berline. Le retour de Varennes, La Bisquine, Paris, 2014
Jésus et la femme adultère, Thaddée, Paris, 2017
Les femmes de l’Arc. Mme Roland et Joséphine, La Bisquine, Paris, 2017
L’attentat contre Bonaparte. Rue Saint-Nicaise, 24 décembre 1800, Préface de David Chanteranne, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2021
L’abbé de Pradt. Un procès politique, Préface de Jean Tulard, L’Harmattan, Paris, 2023
Fabricius. Le greffier de la Terreur, Quint’feuille, Le Coudray-Macouard, 2024
L’autorité, L’Harmattan, Paris, 2024
Citation
« Mais on aura beau l’injurier, sa brillante carrière lui reste ; elle est tout entière l’œuvre de son génie,
et ses immortels travaux seront longtemps encore des objets de comparaison difficiles à atteindre pour ceux qui tenteront de l’imiter, en même temps qu’ils seront pour les Français des souvenirs les plus glorieux de leur histoire. Ils seront aussi la réponse à tout ce que l’esprit de vengeance ne cesse de lancer contre eux ; et lorsque le temps, qui analyse tout, aura désarmé les ressentiments, Napoléon sera présenté au respect de l’histoire comme l’homme des peuples, comme le héros des institutions libérales. On lui tiendra compte alors des efforts qu’il tenta pour améliorer la condition humaine ; on concevra les résistances qu’il dut éprouver ; on ne confondra plus une dictature nécessaire avec l’état légal, un moment de crise avec le régime habituel destiné à la nation. On reconnaîtra enfin que nul n’avait, comme lui, les moyens de la rendre heureuse, et qu’elle l’aurait été sans les guerres dans lesquelles ses ennemis avaient pris soin de le jeter pour l’arrêter dans sa marche. »
Duc de Rovigo
Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’histoire de l’empereur Napoléon,tome 8e, chapitre XIV, pages 266 et 267, A. Bossange, Paris, 1828.
Chapitre 1
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 15 h 05 L’attente du jugement
Savary attend
Il est un peu plus de trois heures et Savary attend. Trois heures passées de cinq minutes pour être exact. Il attend qu’un Conseil de guerre rende sa décision. Le général Savary, duc de Rovigo, attend. À tout moment, un huissier, un garde ou un membre de l’escorte peut annoncer la fin du délibéré en cours et la reprise de l’audience. Son avocat aussi, André Dupin, attend.
Dans une poignée de minutes ou dans quelques heures, le Conseil de guerre rendra son jugement : la mort devant un peloton d’exécution, la prison ou l’acquittement.
Être fusillé comme le maréchal Ney ou d’autres ! Être haché par les balles après avoir échappé au carnage de tant de batailles ! Être tué par des compagnons d’armes !
Dupin a senti le frémissement de son client. Il sourit et, d’un geste bref, tapote la manche de Savary.
Pourquoi le Conseil de guerre prendrait-il aujourd’hui, 27 décembre 1819, une autre décision que celle arrêtée le 24 décembre 1816 ? Parce que Savary est présent à son procès ? Parce que les tensions politiques se sont apaisées ? Parce que son avocat a été convaincant ? Parce que les juges ne sont pas les mêmes qu’en 1816 ?
Le 24 décembre 1816, alors qu’il était en exil dans l’empire ottoman, le général Anne Jean Marie René Savary, duc de Rovigo, poursuivi pour crime de trahison et participation au prétendu complot qui a ramené Napoléon en France en 1815, a été jugé par contumace par un Conseil de guerre français, et condamné à mort. Pourquoi ? Parce qu’il était compris dans la liste de proscription figurant dans une ordonnance royale du 24 juillet 1815. Parce qu’il faisait partie, selon l’article 1er de cette ordonnance, des dix-neuf généraux et officiers « qui ont trahi le Roi avant le 23 mars, ou qui ont attaqué la France et le gouvernement à main armée, et ceux qui par violence se sont emparés du pouvoir ». Trois ans plus tard, Savary a pris le risque de quitter son exil étranger et de se présenter spontanément aux autorités françaises pour être rejugé. Quand l’accusé jugé par contumace, c’est-à-dire hors sa présence, se présente aux autorités, la décision de contumace, quelle qu’elle soit, tombe d’elle-même et l’individu concerné doit être rejugé. On est à la fin de 1819 et c’est le nouveau jugement que Savary attend.
Le nouveau jugement ? Avec la même procédure ! Dans le cadre des mêmes textes ! Sur la base des mêmes accusations ! Savary a un bref soupir : il est temps que les choses deviennent claires, que l’épée brandie au-dessus de sa tête frappe ou disparaisse.
Les calorifères à air chaud font un curieux bruit. Ils génèrent d’ailleurs beaucoup de poussière. Pourquoi des choses insignifiantes prennent-elles de l’épaisseur quand la volonté est tendue ? Dupin et Savary sont seuls dans la pièce avec trois soldats d’escorte. Ils sont assis sur de mauvaises chaises. Attendre !
Un jugement nouveau ?
Le Conseil de guerre juge en dernier ressort, sans appel. Ses décisions peuvent toutefois être réformées par un Conseil de révision lorsque les règles de forme – et uniquement celles-ci – n’ont pas été respectées.
Attendre…
Un procès décisif
On veut ici conter ce procès décisif devant un Conseil de guerre1, dans son contexte, son déroulement et son issue, en insistant sur la biographie de l’accusé et le contexte politique du choix fondamental effectué par celui-ci.
Il convient par ailleurs de souligner que le duc de Rovigo, en raison de la nature particulière des missions qui lui ont été confiées par Napoléon Bonaparte, n’a pas toujours été traité, par ses contemporains comme par les historiens, avec la même bienveillance que celle dont ont bénéficié d’autres compagnons du Premier Consul ou de l’Empereur. Il n’a pas joui du même capital de sympathie que Ney ou Murat et l’intelligence ou la perversité d’un Fouché ou d’un Talleyrand ont plus séduit que la fidélité quelquefois fanatique de celui qu’on a accusé à certaines occasions d’être un séide du pouvoir en place. Il n’en reste pas moins qu’il fallait beaucoup de courage pour choisir de revenir devant des juges militaires français à un moment où rien ne garantissait leur indépendance et tout conduisait à conserver l’appui relativement protecteur de l’étranger.
Décrire et expliquer mais sans omettre de souligner le courage de celui qui, simplement pour être jugé innocent de ce dont on l’accuse, s’expose à la mort, tels sont les objectifs de ce livre.
Pour rapporter ce procès aussi fidèlement que possible, on a consulté les Mémoires du duc de Rovigo, confirmés peu ou prou par les publications de tiers2, les textes de procédure et de fond en vigueur à l’époque et les éléments de bibliographie cités en fin d’ouvrage.
Savary a accepté de risquer la mort pour être reconnu innocent !
L’innocence héroïque.
1. Le Conseil de guerre est un tribunal militaire et on utilisera donc indifféremment les deux termes « Conseil » et « Tribunal » pour désigner cette juridiction.
2. Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’histoire de l’empereur Napoléon, Tome huitième, Chapitre XVI, A. Bossange, Paris, 1828 ; Barreau français. Collection des chefs-d’œuvre de l’éloquence judiciaire en France, IIe série, Tome premier, C.L.F. Panckoucke, éditeur, Paris, 1821 ; Procès du lieutenant-général Savary, duc de Rovigo, avec le plaidoyer de Me Dupin, devant le 1er Conseil de guerre, Imprimerie de Baudouin Frères, Paris, 1820.
Chapitre 2
Résumé biographique concernant Savary
Né le 26 avril 1774, Anne Jean Marie René Savary entre jeune dans l’armée et participe aux guerres de la Révolution française. Il est vite remarqué par le général Bonaparte, qui en fait son aide de camp avant, comme Premier Consul, de lui confier des missions spéciales, notamment la lutte contre Cadoudal et l’élimination du duc d’Enghien.
Hissé au grade de général de division en 1805, il participe à la campagne de Prusse. Fait duc de Rovigo en 1808, il est appelé au commandement des forces françaises stationnées en Espagne.
Il prend les rênes du Ministère de la Police en 1810, remplaçant ainsi Fouché, et doit pendant l’exécution de son mandat régler l’épineuse question du coup d’État du général Malet.
Il quitte Paris en mars 1814, après la première abdication de l’Empereur, et, lorsque celui-ci revient de l’île d’Elbe, prend en charge la gendarmerie.
Il est fait prisonnier par les Anglais après la deuxième abdication de l’Empereur et retenu à Malte. C’est en exil qu’il apprend sa condamnation à mort par un Conseil de guerre français, sur la base d’une ordonnance royale du 24 juillet 1815, comme coupable de trahison. Il parvient, en décembre 1819, à regagner Paris et se constitue prisonnier pour être rejugé en sa présence.
Ce résumé biographique ne rend pas compte de l’extraordinaire expérience militaire de Savary, de la dévotion indestructible de celui-ci vis-à-vis de Napoléon Bonaparte et de l’attrait de cet officier supérieur pour les opérations secrètes. Il ne permet pas non plus de mesurer le courage de l’homme, qui choisit de risquer une condamnation à mort par un Conseil de guerre pour avoir une chance d’être jugé innocent par ce même Conseil. Il faut donc être plus précis, ce qui suppose un portrait développé sur plusieurs chapitres.
Chapitre 3
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 00 Lieu et décor
Introduction
27 décembre 1819. Un lundi. Presque trois ans jour pour jour après une autre audience, celle du mardi 24 décembre 1816 qui s’est clôturée par un verdict de mort.
C’est le 1er Conseil de guerre de la 1re division militaire qui va juger pour la seconde fois, mais cette fois en présence de l’accusé, le lieutenant-général Savary, duc de Rovigo. Il faut nous interroger sur le lieu, le décor, la présence ou l’absence du public, la composition du Tribunal, l’avocat choisi par l’accusé, les premiers mots prononcés ou les premiers rites observés. Généralement, pour aller à la conclusion d’une procédure, l’observateur passe trop vite sur les conditions de son déroulement. Dans l’affaire que l’on veut conter, un homme « joue » sa vie : il importe évidemment que l’on sache en quel univers, avec quels partenaires, avec quelles cartes.
On doit se poser la question du lieu où se tient l’audience. Il n’est jamais indifférent pour les acteurs du procès, juges ou avocats, accusés ou parties civiles, public ou greffier.
À en juger par ce qui s’est passé pour la procédure diligentée contre le maréchal Ney devant le Conseil de guerre (avant que celui-ci décline sa compétence au profit de la Chambre des Pairs), celle concernant le duc de Rovigo a été très probablement conduite elle aussi dans la grande salle d’assises du Palais de Justice de Paris, dans l’île de la Cité. Mais il y a d’autres hypothèses, même si leur probabilité est plus faible. On peut imaginer une procédure dans une des grandes salles du vieux palais du Louvre. On est recevable aussi à imaginer une audience au Grand Hôtel de Verrue, rue du Cherche-Midi, à l’angle de la rue du Regard, déclaré bien national sous la Révolution et devenu en 1801 le siège du Conseil de guerre.
Le décor suscite moins d’interrogations : une estrade sur laquelle se dresse un grand bureau accueillant les membres du Tribunal ; aux pieds de celle-ci, un bureau pour le greffier et ses assistants ; à droite ou à gauche, des bureaux pour le rapporteur et le procureur du roi ; de l’autre côté, mais plus bas, un bureau pour les avocats ; derrière les avocats, des gradins pour les accusés ; au fond de la salle ou sous les fenêtres, des bancs pour le public ; au centre, une barre pour les témoins ; partout du bois sombre et, perdus, une sculpture ou des tableaux.
Chapitre 4
Savary, avant de rencontrer Napoléon Bonaparte
Anne Jean Marie René Savary est le troisième fils de Pons Savary, un officier roturier qui a pu accéder au grade de chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis et a été nommé en fin de carrière major de la place de Sedan. C’est d’ailleurs dans le château fort de cette ville que la famille s’est installée. Cette origine roturière de notre personnage, même agrémentée des succès du père, a semble-t-il pesé sur ses choix et comportements.
En 1790, à l’âge de seize ans, Savary, qui a été éduqué au collège Saint-Louis de Metz, s’engage dans un régiment de cavalerie, le Royal-Normandie. C’est ce régiment qui participe à la répression du soulèvement de la garnison de Nancy lorsque celle-ci se rebelle contre les officiers nobles en août 1790.
Savary est promu sous-lieutenant en septembre 1791.
En 1792, il combat le duc de Brunswick dans l’armée du général Custine. À la suite, nommé capitaine, il devient officier d’ordonnance du général Pichegru puis du général Moreau lors des campagnes du Rhin.
En 1793, il participe aux batailles de Berstheim et de Wissembourg.
Savary sert comme aide de camp du général Pierre Ferino dans l’armée du Rhin. En 1796 et 1797, il se fait remarquer à la tête d’un bataillon d’infanterie lors de plusieurs franchissements du Rhin ou de la Lech.
Il devient chef d’escadron en avril 1797.
Il est nommé aide de camp du général Desaix, d’abord à l’armée du Rhin, ensuite à l’armée d’Orient au cours de la campagne d’Égypte. C’est lui qui commande les troupes du débarquement lors de la prise de Malte puis d’Alexandrie. Il participe naturellement à la bataille dite des pyramides.
Il est encore sous les ordres de Desaix lors de la 2e campagne d’Italie puis au moment de la bataille de Marengo, bataille où Desaix perd la vie.
Quand Savary est devenu aide de camp du général Desaix, celui-ci a noté ainsi son subordonné 3:
« D’un caractère très agréable et de mœurs les plus douces, Savary est très brave, extrêmement actif et zélé. Beaucoup de goût pour la petite guerre. Bon cavalier. »
C’est en rapportant à Napoléon Bonaparte la disparition de Desaix que Savary a pour la première fois un contact étroit avec le glorieux général.
3. Cette appréciation élogieuse est rapportée dans : Dictionnaire Napoléon, direction de Jean Tulard, article Savary rédigé par Marcel Le Clère, Fayard, Paris, 1999.
Chapitre 5
Conseil de guerre 27 décembre 1819. 10 h 00 Composition du Tribunal
De la composition du Tribunal qui va juger, nous avons une connaissance en l’état incomplète. Les publications auxquelles nous avons eu accès précisent que le Conseil comprend sept juges : le lieutenant-général comte Damas, président, Messieurs les lieutenants-généraux comte Lagrange et comte Guilleminot4, Messieurs les colonels Doguereau et Bourgoin, et Messieurs les capitaines Tarret et Mériel. Ces mêmes publications précisent encore que le capitaine Lonlay remplit les fonctions de procureur du roi, que le chef de bataillon Chambeau a celles de rapporteur et que M. Deschamps est au poste de greffier.
Qui est précisément le président ? On peut hésiter entre le lieutenant-général Étienne-Charles comte de Damas-Crux (1754-1846), le lieutenant-général Roger comte de Damas (1765-1823) ou le lieutenant-général Charles comte de Damas (1758-1829). Le dernier, qui a été l’ami de La Bédoyère, est le plus probable.
On peut penser que deux juges assesseurs sont le lieutenant-général comte Joseph Lagrange (1763-1836) et le lieutenant-général comte Armand-Charles Guilleminot (1774-1840).
Sur les autres juges assesseurs Doguereau, Bourgoin, Tarret, Mériel, on ne dispose d’aucune information.
Alors même que le rôle de Chambeau, chargé de la fonction de rapporteur, est essentiel, on ne sait rien de lui. Il en est de même de Lonlay, procureur, et du greffier Deschamps.
