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Depuis l’union du couple impérial, l’Empire de 114 Univers connait une période de paix et de prospérité remarquable. À tel point que le manque d’action commence à peser sur le moral de Mikael. Est-ce la raison pour laquelle il sent poindre au loin une nouvelle menace ? En fait, ce n’est pas une menace, mais l’imminence d’un événement susceptible de bouleverser à jamais tout ce qui existe… Jenaal l’a senti aussi : ce qui se prépare remettra en cause les certitudes et l’essence même du Multivers…
Le Fehnjahyl, synergie des Pouvoirs de la Création, est sur le point d’être réunifié ! Commence alors une quête au-delà des frontières de l’impossible, de la mort et du temps, à la rencontre de ces Kartrix divins qui ont façonné tous les Univers connus…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Il a fallu pas moins de 35 ans à
Olivier Dukers pour achever ce qu'il qualifie comme étant l'Œuvre de sa Vie. Personnage éclectique et polymorphe, ce "touche à tout" passionné par un très large éventail de sciences, dont humaines, vous emmène au-delà d'un simple rêve, vers une autre réalité construite, structurée, époustouflante et qui sait... crédible…
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Seitenzahl: 382
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Olivier Dukers
l’ODYSSÉEV.I.
ULTIMATE EDITION
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN papier : 978-2-38157-120-1ISBN Numérique : 978-2-38157-121-8
Dépôt légal : Janvier 2021© Libre2Lire, 2021
À mes deux plus beaux UniversPauline et Inès
Deuxième Époque :
Fehnjahyl
Précédemment, dans l’Odyssée V.I.
Après avoir subi une fusion organique, Mikael Taral, jeune collégien de 13 ans, se voit propulsé à la tête d’un groupe de résistants qui tente de renverser le tyran d’un Empire de 114 Univers.
Doué de capacités exceptionnelles, Mikael parvient à trouver une faille dans les systèmes de défense impériaux et libérer l’Empire du joug maléfique de Fruggeainne.
Sa mission achevée, il décide de retourner sur Terre, pour reprendre le cours d’une vie normale.
Mais l’organisation du Nouvel Empire est chaotique, au bord de l’implosion. Les chefs de la résistance rappellent Mikael par un stratagème pour lui confier le titre de V.I. Empereur emblématique dont la lignée avait créé l’Empire.
Après beaucoup d’hésitations, Mikael finit par accepter, en désignant l’amour de sa vie, Bénédicte Freim, comme Impératrice.
Dans sa chambre d’hôtel, Belter Alkern avait du mal à trouver le sommeil. Il n’était pas vraiment préoccupé ; peut-être avait-il trop abusé ce soir de ce délicieux élixir de Shréknar1 qu’on ne trouvait que sur Korkx, une petite planète du Kalérakis2. Il avait beau augmenter la diffusion de somnifère dans le caisson de substrat où il était allongé, son esprit continuait à divaguer sur le fil du temps.
Découragé par l’absence persistante de Morphée, il préféra s’extraire du gel dans lequel étaient régénérées les cellules de son corps et se dirigea vers le pupitre mural de l’ordinateur de communication télématique, pour tenter de se changer les idées. D’un geste, il fit défiler les programmes disponibles au visionnage. Comme rien ne l’intéressait particulièrement, il demanda un choix aléatoire. L’ordinateur proposa le titre suivant « Chroniques de la création de l’Empire ». Alkern trouva le sujet comestible et suffisamment soporifique. Il valida le choix et s’allongea devant l’écran.
C’était un reportage un peu ancien qui avait, à l’époque, remporté un vif succès. Il commençait par une brève rétrospective de la chute de Fruggeainne et du couronnement du V.I. Le sujet commença vraiment par l’incroyable couronnement de l’Impératrice Bénédicte.
Incroyable était un mot faible. Alkern avait encore en mémoire cette scène d’anthologie qui aurait dû éliminer « la terrestre ». En fait, elle avait permis de découvrir un nouveau Shtarkhan3 que l’on associa au surnom de Bénédicte : Tzélhy4.
À ce stade, le reportage fit une digression pour expliquer aux auditeurs les origines du Shtarkhan. Plus de 10 000 ans plus tôt, un généticien du nom de N’Dal Fenel s’échoua seul sur une petite planète nommée Terre. Coupé de ses bases, il dut rester sur cette planète inhospitalière peuplée de tribus barbares. Cependant, il prit goût à cette vie simple et alla même jusqu’à épouser une autochtone humaine. Les deux espèces étaient assez proches mais suffisamment éloignées pour interdire toute procréation naturelle. N’Dal Fenel utilisa ses compétences et les quelques machines qu’il avait réussi à sauver de son vaisseau pour manipuler et améliorer les gamètes. Il en résulta la naissance d’un mâle qu’ils baptisèrent Méral. Ce dernier avait reçu la quintessence du meilleur des deux espèces : force physique, prodigieuse intelligence, et extrême résistance. Cette particularité prit le nom de Shtarkhan. Le seul écueil était que Méral ne pouvait transmettre cette spécificité qu’à un seul descendant mâle. N’Dal Fenel se remit au travail, et fit naître un deuxième enfant, une fille baptisée Myrilla. Celle-ci avait toutes les extraordinaires capacités de son frère mais pouvait les transmettre à toute sa descendance, fille ou garçon. Le destin des deux enfants fut très différent. Méral était passionné par le monde de son père, alors que Myrilla s’épanouissait dans celui de sa mère. Devenu adulte, Méral décida de rejoindre la civilisation vénusienne qui entamait sa conquête stellaire. Myrilla décida de rester sur Terre en faisant promettre à son frère qu’il ferait tout pour que les Vénusiens n’envahissent jamais la Terre, leur « Sanctuaire ». Méral parvint à rejoindre la planète natale de son père et proposa non plus la conquête du système solaire, mais de la galaxie toute entière ! Sur plusieurs générations, grâce au Shtarkhan, les « fils de Méral » parvinrent à cet objectif et bien au-delà, jusqu’à ce qu’un de ces descendants, N’Dal Méral, soit consacré Virektahan Irtéghrézic (ou V.I.), dénomination de l’Empereur des Mondes connus.
En plusieurs milliers d’Années, l’Empire devint Multiversel et comptait aujourd’hui les 114 Univers connus. Seulement, il y a 800 ans de cela, le dernier V.I. mourut sans successeur et le Shtarkhan fut réputé perdu. Une République transitoire fit sombrer l’Empire dans le Chaos et favorisa l’arrivée au pouvoir d’un tyran opportuniste : Fruggeainne. Cependant, le dernier V.I. avait bien eu descendance et le Shtarkhan continuait de se transmettre. Le dernier de la lignée, Krucq, entra en résistance avec l’idée d’optimiser sa particularité génétique en pratiquant une fusion organique avec un sujet de l’autre branche de la famille restée sur Terre…
Alkern commanda une avance rapide. Pourquoi perdre du temps à se repasser tout ça ? pensa-t-il. Tout le monde connaît bien la suite : l’arrivée de Mikael, la mort de Fruggeainne, Mikael sur le trône… Ces reporters, ils ne se cassent pas beaucoup la tête !
Il reprit la lecture à la fin de la digression pour arriver aux conséquences de la découverte par la Couronne d’un nouveau Shtarkhan, lorsque Bénédicte l’avait ceint, et provoqué une réaction plus « musicale » que lumineuse.
Après ce coup de théâtre, de nombreux scientifiques s’intéressèrent à l’origine de Tzélhy. La seule réponse probante fut d’avouer que les particularités génétiques de Myrilla étaient jusqu’à présent inconnues. Comme elle était le deuxième essai de N’Dal Fenel, il fut acquis qu’il avait modifié le Shtarkhan initial de Méral et que la Couronne l’avait interprété différemment, en musique…
On fit des recherches sur la lignée de Bénédicte, mais celles-ci ne donnèrent aucun résultat probant tant il était difficile de mener une enquête sérieuse sur Terre. Dans la conscience populaire, l’avènement de Tzélhy fut accueilli comme un cadeau du Créateur pour aider l’Empire.
La conséquence immédiate fut une antipathie générale envers les Charognards5, qui avaient voulu priver l’Empire de Tzélhy. Après les déclarations du V.I. sur les devoirs des Représentants, personne ne pouvait croire que les Charognards ne s’étaient pas rendu compte de l’originalité de la Petite Mère. Dès les jours qui suivirent le couronnement de l’Impératrice, les Charognards tentèrent nombre d’actions désespérées, destinées à prouver que le Gardien avait commis une erreur d’interprétation, et que le nouveau Shtarkhan, étant issu d’une terrestre, devait cacher quelques vices ou forfaitures peu enviables et dangereux.
En fait de forfaitures, ce furent les Charognards qui durent s’expliquer sur nombre d’affaires scabreuses. La venue de Bénédicte avait réveillé toutes les instances de l’État qui ne dépendaient pas directement de la Chambre des Représentants. Le Conseil des Sages diligenta enquête sur enquête contre les malversations et détournements de biens publics des Charognards. Les investigations, activement soutenues par la Chambre des Rois, avaient conduit à la mise en cause de plus du tiers de la Chambre des Représentants, ce qui permit au V.I. de provoquer légalement la dissolution de cette assemblée.
Totalement discrédités, les quelques Charognards qui se présentèrent aux nouvelles élections, réalisées pour la première fois au suffrage universel direct, furent écrasés par une vague populaire sans précédent. La nouvelle assemblée (où moins d’un pour cent de Charognards siégeait) était composée de gens du peuple, courageux et volontaires, mais sans grande expérience. À tel point qu’on l’appela « l’Assemblée des Crotteux ».
Lors de l’ouverture de la première session de cette nouvelle assemblée, le V.I. fit un discours mémorable. Il accueillit les nouveaux Représentants avec une joie non dissimulée, en leur disant qu’enfin, ils allaient pouvoir travailler pour le bien de tous.
Du travail, il y en eut. S’appuyant sur les premiers travaux du Gouvernement Provisoire de Smietfield, et la nouvelle Constitution qui fut modifiée selon les recommandations du V.I. et des Sages, un immense chantier de restructuration fut engagé dans tout l’Empire.
À ce stade, le reportage devint un inventaire des principales réformes :
ORGANISATION POLITIQUE
Après la réhabilitation de la distinction Impériale, dans chaque État, on rappela les dynasties ou les partis politiques au pouvoir avant l’ère Fruggeainne.
La première difficulté majeure fut de décourager les sécessionnistes. En effet, beaucoup d’États dans l’Empire avaient déclaré leur indépendance pour se prémunir d’une nouvelle dérive autocratique d’un gouvernement central. Le V.I. visita tous ces États avec une sérénité et une ouverture qui surprirent nombre de chefs de gouvernement tant il donnait l’impression qu’il n’était pas intrinsèquement défavorable à la liberté, donc aux sécessions. Pour ce faire, il ne donna aux nouveaux États désireux d’indépendance que deux conditions : créer un régime démocratique et s’assurer de l’autosubsistance de leur État. Personne n’était fondamentalement opposé à la première condition. La seconde posait beaucoup plus de problèmes.
Depuis sa création, l’Empire avait été construit autour d’une idée forte d’interdépendance entre ses membres, exactement comme un corps vivant où les cellules cohabitent en symbiose. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle cette entité aussi gigantesque et rassemblant des populations aux degrés d’évolution très différents, restait un tout, où les spécificités de chacun servaient les autres et inversement. Or, le V.I. partait d’un principe simple et difficilement discutable : un État indépendant doit disposer de ressources, d’infrastructures et de technologies lui permettant de ne dépendre d’aucune puissance étrangère.
Prenons un exemple basique, l’agriculture, et donc la nourriture, son conditionnement, son stockage… Dans tout l’Empire, un Univers s’était hyperspécialisé dans l’agroalimentaire : l’Ogorheff, peuplé par les Molgareths. Ils n’avaient rien d’agriculteurs comme on l’entend sur Terre. Ils étaient plutôt des industriels géniaux capables de produire n’importe quelle forme vivante en modifiant naturellement leur propre ADN. Dénuée de toute autre infrastructure industrielle, leur indépendance aurait conduit à une totale régression de leur République, privée de toute autre technologie que la simple production de nourriture… Et que dire des conséquences pour leurs anciens clients…
De ces simples constats, les velléités d’indépendance se turent très vite d’elles-mêmes. Surtout que le V.I. insistait sur les bienfaits de son système de décentralisation du pouvoir dans le respect des échanges : les affaires locales aux collectivités locales, l’Empire ne s’occupant que des éléments communs à tous les États. Pour reprendre l’exemple du corps vivant, le gouvernement Impérial serait le cerveau et le système immunitaire de l’ensemble des organes… Sachant que tous les organes participaient au fonctionnement du Cerveau.
L’intégralité des États de l’Empire, même l’Alboham, double Univers réputé pour se mettre systématiquement à l’écart des autres, acceptèrent le système de gestion proposé par l’Empereur : des principes démocratiques et de séparation des pouvoirs, tant à l’échelle locale qu’Impériale.
À la tête de l’ensemble, l’exécutif avec le V.I. et le Conseil des Sages qui contrôlaient et conseillaient. En satellites se trouvaient l’Impératrice avec un rôle non officiel mais très efficace de conseil, et Schternz6, le super ordinateur qui centralisait les informations, synthétisait les décisions, et servait d’interface entre les citoyens et ses dirigeants. Ainsi, aucun des pouvoirs ne pouvait se déconnecter de la réalité des administrés.
Le pouvoir législatif relevait de la compétence des Deux Chambres au niveau Impérial. Elles ne légiféraient que sur des points concernant l’ensemble de l’Empire. Leurs promulgations étaient appelées Lois Fondamentales. Elles servaient aussi d’arbitre entre les différents parlements locaux. Chaque État de l’Empire avait un exécutif et un législatif local qui ne statuaient que sur des phénomènes internes, dans le respect des Lois Fondamentales. D’ailleurs, chaque État disposait d’un Conseil Fondamental qui vérifiait que les lois promulguées n’étaient pas en désaccord avec les Lois Impériales. Enfin, chaque galaxie avait son Conseil : les Zenkhannys, sorte de gouvernement qui représentait tant l’Empire que le Gouvernement Universel dont il dépendait.
Concernant les Royaumes multiuniversels ou certains des plus importants Stakarhafhens7, on avait ajouté un niveau supplémentaire, sous forme d’assemblées de Zenkhannys.
Cette organisation assez souple permettait de ménager toutes les sensibilités. Chaque État pouvait, s’il le désirait ou si la coutume l’imposait, ajouter un ou plusieurs échelons locaux. C’était notamment le cas pour les représentants des planètes à forte influence.
Aussi, toujours dans le but de mieux harmoniser la vie de l’Empire, le V.I. continua à installer sur chaque planète habitée une ambassade Impériale avec un ou plusieurs Frentzehns8, et dans chaque ville, des bornes de communication avec Schternz. Ces bornes étaient fréquemment utilisées, mais très vite, un réseau parallèle de communication se constitua hors du contrôle absolu de l’Ordinateur Central. L’Empire ne fit rien pour l’empêcher et bien au contraire, le favorisa. Même s’il pouvait y avoir des abus, c’était un outil indispensable à la jouissance et l’expression de la liberté individuelle.
ORGANISATION JUDICIAIRE
Si chaque État possédait des pouvoirs exécutif et législatif, avec possibilité de les adapter, il en allait de même pour la justice. En effet, certains actes n’étaient pas considérés de la même manière qu’on soit dans un État ou dans un autre : un fait qui pouvait être anodin quelque part pouvait être considéré comme un crime odieux ailleurs… Un cas d’école concernait deux peuples, les Brotarzils et les Zlaporn.
Les Brotarzils du Royaume du Bokklash, avaient pour coutume de se saluer en se caressant les oreilles, fait qui peut paraître anodin si l’on n’est pas un Zlaporn, de la République de Douzhen, pour qui se toucher les oreilles est considéré comme le plus odieux des crimes sexuels. Quelle pouvait-être alors la position de la Justice si un Brotarzil touchait les oreilles d’un Zlaporn ? Le crime du Brotarzil n’avait-il été qu’une manifestation de politesse ou avait-il honteusement attenté à la pudeur du Zlaporn ?
Pour résoudre ce genre d’imbroglio, le système judiciaire prévoyait trois niveaux. Une juridiction première, les Lykchetz, qui statuaient en fonction des spécificités locales. Le Brotarzil y avait de grandes chances d’être condamné s’il s’agissait d’une juridiction Zlaporn.
Une juridiction secondaire, les Lykfahrs, accessibles uniquement aux crimes sans relation avec une Loi Fondamentale, statuait, non plus sur les simples faits mais aussi sur les intentions de nuire et l’appréciation relative des préjudices. Là, on chercherait si le Brotarzil avait eu l’intention d’offenser le Zlaporn et sur la valeur relative du tort subi.
Enfin, la dernière instance était le Lyksternahr, seul recours en cas de première condamnation pour transgression d’une Loi Fondamentale, ou en cas de non-respect des droits d’une des parties. Ce dernier niveau statuait sur le respect des Lois Fondamentales, soit directement en cas de crime contre elles, soit indirectement afin de vérifier si les jugements rendus l’avaient été en respect des Lois Fondamentales qui confèrent droits et devoirs à l’accusé, comme au plaignant.
Enfin, en ultime recours, il restait la grâce Impériale qui était donnée conjointement par le V.I. et le Conseil des Sages.
Dans le cas d’un crime contre une des Lois Fondamentales, la procédure était plus rapide. Imaginons que le Zlaporn ait réagi en tuant le Brotarzil, crime puni par les Lois Fondamentales. Si le Zlaporn était jugé par un Lykchetz zlaporn, ce dernier prononcerait probablement l’acquittement pour légitime défense. La partie civile brotarzil aurait alors le recours de saisir le Lyksternahr, motivée par le fait d’une spécificité locale causant un préjudice allant à l’encontre d’une Loi Fondamentale. Le tribunal jugera sur la forme, et sur le fond. Il est alors probable que le Zlaporn soit condamné pour avoir ôté la vie, avec la circonstance atténuante d’une spécificité culturelle. Ce dernier jugement sera définitif, sauf en cas de grâce Impériale.
Chacune de ces juridictions était composée de magistrats et de citoyens du peuple. Un magistrat et quatorze jurés populaires pour chaque Lykchetz. Trois magistrats et sept jurés d’origines différentes des parties en présence pour le Lykfahr. Enfin, le Lyksternahr comptait un collège de vingt-cinq magistrats. Dans chaque tribunal, un Frentzhen rapporteur du Conseil des Sages faisait office de greffier. Ce dernier instruisait les procès et participait activement aux décisions de justice, avec pour mission de récolter et notifier les jurisprudences.
Ainsi la compétence de chaque tribunal était essentiellement géographique. Grâce aux Frentzhens, tout justiciable avait l’assurance de bénéficier des derniers textes et décisions, en toute impartialité.
Il n’y avait pas d’avocats ou de procureurs. On pouvait certes louer les services d’un orateur pour mieux présenter son dossier devant la cour, mais la position centrale du Frentzhen permettait un éclairage purement factuel. L’interprétation était laissée au tribunal. C’était là encore, une garantie d’équité pour les justiciables. La décision finale ne pouvait pas dépendre de la verve ou du style d’un défenseur ou d’un accusateur.
La Justice implique un système carcéral. Là aussi, on institua des peines graduées selon la gravité des délits. Le premier degré concernait les délits mineurs (vols à la tire, petits trafics, dégradations, troubles de l’ordre…). Il s’agissait de centres de réhabilitation axés sur l’apprentissage et la réinsertion, qui ressemblaient plus à des maisons familiales surveillées qu’à de vraies prisons et généralement situées dans les campagnes de planètes non industrialisées : on y apprenait une vie simple, le sens des responsabilités, et les droits et devoirs de la vie collective. Le tout avec un suivi psychologique intense. Les peines variaient selon l’appréciation des médecins et des juges qui pouvaient demander la remise en liberté totale ou partielle de tel ou tel individu. Ce système donnait pleinement satisfaction car il enregistrait moins d’un pour cent de récidive.
Le deuxième degré concernait justement ces récidivistes, les condamnés pour crimes financiers graves (détournement, trafic d’influence, corruption, abus de confiance…), et les criminels dits fondamentaux (délits ou crimes relevant des Lois Fondamentales). Bien qu’ils fussent séparés suivant la nature de leur crime, ils étaient emprisonnés dans des établissements protégés, avec des droits de visite et des possibilités de sortie. Là aussi, l’accent était mis sur la réinsertion et la responsabilité. La vie y était dure et contraignante mais pas inhumaine. Il existait un règlement aussi strict qu’inébranlable et chaque détenu devait s’y conformer sous peine d’exclusion psychique. Les récalcitrants étaient isolés des autres détenus et plongés dans une sorte de léthargie indolore, durant laquelle ils pouvaient être amenés à se rendre compte des conséquences de leurs actes, et qu’il valait peut-être mieux utiliser cette énergie négative à faire le bien autour d’eux. Ce n’était pas réellement un lavage de cerveau mais juste un cauchemar provoqué, très désagréable et assez efficace. Un assassin se faisant tuer en rêve a une tout autre vision de la valeur de sa vie, et de celle des autres.
Bien que souvent dénoncée comme barbare, la méthode donnait de bons résultats. La plupart des criminels ne sont pas potentiellement récidivistes. Il faut savoir leur enlever le goût de l’interdit et réinstaller des barrières psychologiques et sociétales plus fortes que celles qui avaient cédé.
Malheureusement, il existait aussi des cas irrécupérables de multirécidivistes, d’assassins chroniques, de maniaques dangereux ou de criminels de masse. Pour ceux-là, il ne restait plus que le troisième degré : l’isolement total. Au départ, dans chaque Univers, une planète avait été désignée suivant un cahier des charges extrêmement sévère. Elle devait être éloignée de plus de 0,1 Zhéta9 de toute vie intelligente et, bien sûr, en être totalement dépourvu. De plus, elle ne devait présenter aucune ressource minière exploitable, mais posséder un écosystème basique permettant la survie en vase clos. Une fois choisie selon ces critères, la planète était entourée de satellites-espions armés, gérés directement par Schternz, qui formaient un bouclier infranchissable à tout matériel, organique ou non (soit tout type de vaisseaux). Les installations terminées, on y transférait les condamnés par téléportation vectorielle à sens unique et séparation organique : les condamnés étaient largués sur une planète, en séparant le matériel organique de tout matériel métallique, même ingéré ou greffé, y compris les implants. Il leur était possible de survivre mais impossible de construire quelque engin que ce soit pour s’évader (du fait de l’absence de tout minerai et des précieuses connaissances des implants).
Mais le génie naturel existant toujours, le système montra très vite ses faiblesses. D’abord en enregistrant nombre d’évasions rocambolesques de prisonniers qui réussirent à bricoler des systèmes de transfert de type D.D.E.S10. Aussi, les planètes répondant aux critères étant peu nombreuses dans les Univers évolués, elles furent vite surpeuplées entraînant une précarité dangereuse pour la vie des détenus. Les Chambres décidèrent alors d’utiliser un Univers entier comme prison ultime, le BK 149. Situé en périphérie, c’était un Univers jeune et le seul de l’Empire qui n’avait aucune vie résidente évoluée (d’où son nom de code). Il ne faisait partie d’aucune république ni royaume et ne servait que de passerelle entre différents univers ou de lieu de stockage. Il recélait nombre de planètes habitables qui pouvaient accueillir les prisonniers. De sorte qu’on pouvait y installer au moins dix millions de prisonniers par planète. Schternz fit une analyse et détermina qu’il lui serait beaucoup plus facile de surveiller les six skiilarns11 du BK 149 que des milliards de planètes isolées. Le transfert se déroula en quelques jours. Sur chaque planète, on groupa les détenus par espèce après les avoir stérilisés, et avoir installé quelques infrastructures primaires (habitations notamment).
À partir de ce moment, plus aucun contact ne fut possible avec le BK 149. Personne ne savait exactement ce qu’il s’y déroulait, sauf Schternz qui surveillait les moindres faits et gestes de chacun des détenus. La rumeur disait que deux groupes distincts s’étaient formés : un relativement organisé socialement et un autre de bêtes furieuses sans foi ni loi. On racontait même que sur chacune des planètes, il y avait un Frentzhen assimilé aux détenus qui permettait à certains d’entre eux de se réhabiliter.
MAINTIEN DE L’ORDRE
Pour faire respecter les lois, il faut des forces de l’ordre. Ce que le V.I. appelait le système immunitaire. Là encore, on sépara le local de l’Impérial. Chaque État disposait d’une ou plusieurs polices civiles à convenance et éventuellement d’une armée. La seule restriction concernait le matériel et l’équipement. Aucun État de l’Empire ne pouvait posséder d’armes de destruction massive et notamment nucléaire. Quatre types d’armes nucléaires existaient dans l’Empire : à fission, à fusion, à effondrement (qui provoquait l’effondrement des atomes sur eux-mêmes. Cette arme pouvait détruire un système solaire entier) et la plus dangereuse, l’arme à dispersion (elle inhibait l’interaction nucléaire entre les particules. Une seule de ces bombes pouvait détruire une galaxie. C’était d’ailleurs, un des jouets préférés de Fruggeainne.)
Les armées locales étaient uniquement destinées à des actions de sauvetage et de défense. Ce point était rigoureusement contrôlé par Schternz et la Commission Impériale de l’Armement. Seule l’Armée Impériale, le Sthanzig, disposait de tous les moyens existants, mais sa mission était uniquement dissuasive comme une force d’interposition et de pression entre États belligérants pour contraindre un cessez-le-feu et l’ouverture de négociations. L’Armée Impériale avait un large droit d’ingérence, quand il était avéré qu’un différend entre États ou à l’intérieur même d’un État pouvait conduire à la mise en danger directe de population civile. Il était même prévu qu’un État entier soit placé sous protectorat Impérial afin de restaurer une situation pacifique.
Outre l’Armée, le gouvernement central disposait d’une police, la Fhorkahnt, dont les missions étaient de prêter main-forte aux polices locales dans les enquêtes ou les opérations délicates. La Fhorkahnt n’était pas habilitée à conduire elle-même une enquête complète, elle ne pouvait venir qu’en renfort et assurer une coordination entre différents services, mais aussi proposer l’intervention de l’Armée.
En parallèle, le V.I. créa une police Impériale commune à tout l’Empire avec trois bureaux. D’abord l’A.D.I (Agence du Droit Impérial) était chargée d’empêcher les conflits éventuels qui pouvaient éclater entre les États de l’Empire. C’était une force d’interposition équipée et entraînée par l’Empire et dérivée du Sthanzig. Sa mission était de forcer d’éventuels belligérants à négocier, sans combattre. Elle avait un droit d’ingérence très étendu, et intervenait soit sur ordre des Chambres, soit sur ordre du Conseil des Sages et du V.I. Elle avait montré toute son efficacité lors des divers conflits ethniques qui avaient secoué le royaume d’Alboham. Ensuite venait l’Agence Impériale d’Investigation (l’A2I). Constituée d’enquêteurs venant des quatre coins de l’Empire, elle était chargée d’assister les polices locales dans la résolution d’affaires difficiles et de coordonner leurs actions dans tout l’Empire. Enfin, la plus secrète des polices était l’Agence de Surveillance Impériale (A.S.I) qui faisait aussi office de service de renseignements.
Dernier service ultra secret : la B.I.R.S.E., Brigade d’Intervention Rapide pour la Sûreté de l’État. Personne ne savait exactement qui la composait, ce qu’elle faisait, comment elle procédait. Elle avait été créée lors de la chasse aux Charognards qui avait suivi le couronnement de Bénédicte. Avec à sa tête le Commandeur Carley, elle avait poussé les charognards à lancer le complot contre l’Empereur, ce qui allait sonner leur glas. Championne de l’espionnage, de la manipulation et des interventions commando, on la considérait comme la garde personnelle du V.I.
De nombreuses rumeurs circulaient à leur sujet mais aucune n’avait jamais pu être confirmée. On ne savait d’elle que peu de choses et c’était assez impressionnant. Premièrement, il ne s’agissait pas d’une force incontrôlable, car outre le V.I., le Conseil des Sages était au courant de ses actions. De plus, on ne l’appelait que dans les cas extrêmes mettant en péril la sécurité de l’Empire. Enfin, le Commandeur Carley était non seulement un ami personnel du V.I. mais aussi, un des plus grands héros de la Résistance, ce qui rassurait sur ses éventuelles prétentions.
ÉCONOMIE
À l’avènement du V.I., l’économie était quasi inexistante. Huit siècles de dilettantisme et de tyrannie avaient produit un État central immensément riche et un peuple immensément pauvre. Le système d’imposition de Fruggeainne était simple et catastrophique : toutes les recettes fiscales étaient sa propriété propre et exclusive. L’État prenant mais ne redistribuant pratiquement rien, un marché noir gigantesque s’était constitué sur la base du troc. On cotait les biens ou les services selon les offres et demandes du marché parallèle. Par exemple, 256 atomes de Zylarium12 valaient 60 000 Serteks13 de transport et 200 Kaglons14 de substances organiques comestibles. Toute entreprise ou centre de production appartenait exclusivement à l’État (donc à Fruggeainne) et était d’abord centré sur les désirs et besoins du Tyran. Le peuple utilisait clandestinement ces infrastructures pour fabriquer les produits nécessaires à sa propre survie ou au troc.
Après la chute des Charognards, qui avaient manœuvré pour s’approprier les usines qu’ils dirigeaient du temps de Fruggeainne, le V.I. nationalisa en bloc tous les moyens de production existants et les regroupa au sein d’un groupe unique, le Terkha, dont le sigle ressemblait à un Z barré. À sa tête, il plaça Igermahn Schiller, un des membres du gouvernement provisoire avec lequel il avait créé le Plan Boomerang.
La première mesure de la Terkha fut de recréer une monnaie, le Méga Vic, dont la valeur était définie sur un atome de Zylarium seizenaire. Le plan Boomerang prévoyait de verser à tout citoyen de l’Empire une allocation fixe, unique et égale en Méga Vic, ainsi qu’un vecteur personnel D.D.E.S pour encourager les échanges. De son côté, la Terkha fabriquait tous les biens et services du marché en déterminant des prix fixes. L’allocation de départ était fixée à 3 000 MV par personne adulte et 1 000 par enfant à charge et par année standard (soit environ 40 000 $ terrestres par an et par adulte). L’objectif affiché était de provoquer des initiatives individuelles car il est évident qu’une société ne peut rester longtemps sans différence de niveau de rémunération. Le travail était considéré comme un sport plutôt qu’une nécessité, les unités de fabrication étant entièrement automatisées.
Cependant la Terkha engagea une vaste campagne de recrutement pour inciter les citoyens à agir et augmenter leurs revenus, et leur niveau de vie. On utilisait le potentiel vivant pour sa créativité et non pour des tâches purement répétitives. Dès lors, nombre de petites entreprises principalement de services, virent le jour et dopèrent la croissance. L’État récupérait son investissement par un système de taxation basé pour une part sur la consommation et pour une autre, sur les revenus des citoyens. L’objectif à terme était la privatisation graduelle de la Terkha. Elle ne garderait que le contrôle des règles d’échanges dans l’Empire, la gestion des allocations et certains domaines sensibles comme les transports inter universel et une part des productions de substances indispensables ou vitales (énergie, communication, nourriture, assainissement, santé).
Les allocations étaient prévues pour être dégressives suivant les niveaux de salaires généralement constatés, la croissance et la santé économique de l’Empire, pour n’être enfin réservées qu’aux personnes en réel besoin. Belter Alkern en savait quelque chose, n’était-ce pas à cause de cela qu’il s’était lancé dans le commerce de micros stations de synthèse oléagineuse… Les prévisions projetaient un arrêt du système de subventions en dix années standards. La grande privatisation démarra plus tôt que prévu tant la soif d’investissement animait les citoyens. Les premières entreprises privées d’envergure virent le jour et un puissant marché financier s’organisa autour d’elles, ce qui donna un coup de fouet à la croissance générale de l’Empire et particulièrement à celle des États.
SYSTÈME DE SANTÉ PUBLIQUE
Pour le V.I., la santé était une priorité et devait être totalement gratuite : sur chaque planète de l’Empire, il fit créer au moins une ville hospitalière, le Galabhorden, entièrement dépendant de l’État Impérial autant pour son personnel que son matériel ou sa logistique. Chaque Galabhorden devait être en mesure d’assurer tout type d’intervention médicale, chirurgicale, génétique ou de reconstructions cellulaires, directement sur place ou à distance, en transférant le patient par D.D.E.S. vers des unités plus spécialisées.
Les soins de proximité n’avaient pas lieu d’être grâce à l’utilisation systématique du D.D.E.S. Quand on était malade, il suffisait de sélectionner « Galabhorden » sur son bracelet de communication pour s’y retrouver en une fraction de seconde, et ce, même si l’Hôpital était à plusieurs milliers de kilomètres ou sur une autre planète. Le bracelet de communication standard, appelé Onthak, avait littéralement révolutionné la vie des citoyens. Mis au point et fabriqué par Schternz, il était fourni gracieusement à toute personne qui en faisait la demande et plus généralement affecté dès la naissance. C’était une sorte de bracelet-montre d’environ quatre centimètres de large, doté d’un écran tactile à projection holographique. Il permettait la gestion des implants cérébraux, la surveillance organique du sujet (pouls, tension, composition sanguine, maladie, infection…), le déplacement D.D.E.S. vers n’importe quel endroit de l’Univers où était son porteur (sachant qu’en option, il était possible d’intégrer un vecteur extra-universel, principalement utilisé à des fins professionnelles, car traverser l’Empire d’un bout à l’autre prenait quand même plusieurs semaines, même avec un D.D.E.S). Il possédait aussi des fonctions plus axées sur la vie quotidienne comme le téléphone, le repérage, l’accès à tous les réseaux informatiques (et notamment celui de Schternz), le paiement, l’immatriculation d’identité…
En quelques mois, plusieurs milliards de milliards de milliards d’Ontrak avaient été distribués. Ce succès sans précédent avait même failli bloquer Schternz, mais l’ordinateur avait su réagir en triplant ses capacités de production interne (Schternz couvrait aujourd’hui toute la surface des 17 planètes de son système solaire, plus une bonne dizaine d’astres artificiels).
L’Empire était prospère ou du moins, avec ses trente pour cent de croissance annuelle, il ne pouvait que le devenir.
*
Belter Alkern commençait à sombrer dans le sommeil. Mais son attention se remobilisa quand le reportage retourna sur la vie du couple Impérial.
Ce fut dans la liesse qu’on accueillit la naissance du Prince N’Dall Kriff, un an et demi après le mariage Impérial. De cette naissance, on retint surtout la grossesse. L’Impératrice ayant insisté pour porter l’enfant alors que l’usage était la gestation in vitro. Tout au long des neuf mois de grossesse, les gens étaient attirés comme par une bête de foire, pour regarder ce ventre qui n’en finissait pas de gonfler. À sa naissance, N’Dall Kriff fut exposé à l’Ipak, le rayonnement qui permettait de prolonger l’espérance de vie.
L’événement fut extrêmement médiatisé. Tout d’abord parce que le Prince avait été baptisé d’un nom traditionnel Krillien15 et aussi que cela coïncidait avec la première visite de la famille Impériale dans l’ensemble de l’Empire. Pendant la grossesse, le V.I. avait mis au point un nouveau moyen de déplacement bien plus puissant que le D.D.E.S. : le D.I.E. (Dispositif d’Intégration énergétique). La grande innovation était qu’il n’y avait plus de déplacement à proprement parler. L’ancien D.D.E.S. envoyait de la matière à l’état d’énergie en utilisant l’onde Zétha16, mais pour traverser plusieurs Univers, de nombreuses heures, voire des jours étaient nécessaires.
Le V.I. inventa un système de déplacement par balance énergétique. Imaginons un point A de départ, on veut se rendre à un point B. Le D.I.E. fera disparaître totalement la matière à transporter du point A, jusqu’à son énergie, et suivant l’adage de Lavoisier selon lequel rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se transforme, il fera réapparaître instantanément l’énergie et la matière au point B. Il n’y avait plus d’onde support au signal, mais disparition et réapparition instantanées, et cela que les points A et B soient espacés de quelques mètres ou de plusieurs millions de Zéthas sur plusieurs Univers… Ainsi, le voyage Impérial ne posa aucun problème à la continuité de gestion de l’État, étant donné que le V.I. pouvait rentrer au Palais instantanément où qu’il fût dans l’Empire. Cependant, et pour garantir l’intégrité des équilibres énergétiques de chaque Univers, le D.I.E. était réservé aux instances dirigeantes de l’Empire, afin de limiter les flux et éviter des cataclysmes…
Pour en revenir au Prince Impérial, sa rapide phase de croissance fut ponctuée de voyages aux quatre coins de l’Empire, et c’est tout naturellement qu’il montra un fort intérêt pour l’aventure et la découverte de systèmes inconnus. N’Dall Kriff n’était pas passionné par les affaires quotidiennes de l’État et préférait l’exploration. Jouissant d’un mélange équilibré des deux Shtarkhans de ses parents, il faisait preuve d’une intelligence vive et synthétique. Ses facilités d’apprentissage lui permettaient d’intégrer rapidement les us et coutumes d’un nouveau peuple. Fin diplomate, il préférait apprivoiser que combattre. Excellent stratège politique, il agissait plus à la façon de l’araignée fileuse qu’à celle du lion bondissant. À chaque fois qu’il ralliait une planète à l’Empire, c’était par consentement mutuel et négocié, plutôt que par victoire militaire. Par contre, dès que le fruit était cueilli, il s’en désintéressait, la tête déjà plongée dans d’autres contrées sauvages.
Le V.I. avait pourtant essayé de le responsabiliser sur l’avenir d’un peuple en le faisant Roi du Tibooliboo, un petit Univers périphérique peuplé de grands arbres doués d’intelligence. N’Dall Kriff accepta, désigna avec grand soin un Premier ministre parmi les racines les plus anciennes, et lui délégua quasiment tous ses pouvoirs… Le Roi n’apparaissait qu’une ou deux fois par an pour contrôler la bonne marche des affaires et rectifier éventuellement certaines initiatives, mais rien de plus.
Quant à sa position de Prince Héritier de l’Empire, N’Dall Kriff partait du principe qu’il devait profiter de la vie avant que la corvée ne commence, pour reprendre ses propres termes. Malgré cela, tous les experts pensaient que N’Dall Kriff ferait un bon Empereur. Il en avait la moelle disait le V.I...
Quatre ans plus tard, en 1999 sur Terre, la famille Impériale s’agrandit avec l’arrivée de jumelles : Xéllialys et Avélohyse. Elles eurent la particularité de naître sur Terre, en France, à Carcassonne, un 14 juillet vers onze heures du soir, en plein feu d’artifice. La petite histoire retint qu’Avélohyse vit le jour sous une fusée saule pleureur et Xéllialys sous une bombe sifflante ; ceci pour illustrer la différence de caractère des deux sœurs : Avélohyse était douce, tranquille et réfléchie bénéficiant d’une part importante du Shtarkhan de sa mère. Au contraire Xéllialys, qui avait beaucoup plus du Shtarkhan de son père, était intrépide, irascible et intuitive à tel point que la conscience populaire avait souvent tendance à qualifier Avélohyse de tête et Xéllialys de cœur. Leur seul point commun, hormis leurs parents, était leur incomparable beauté. Elles étaient inséparables, se chamaillant souvent à l’avantage de Xéllialys qui souffrait d’être la plus jeune, à dix minutes près.
La naissance des deux Princesses Impériales ne se passa pas dans le même climat de liesse que celle N’Dall Kriff. Aidés par à un contexte économique favorable, les fils des Charognards s’étaient réunis en organisation criminelle. L’Empire était vaste, et tous les Univers n’étaient pas égaux face au progrès. Beaucoup d’Univers périphériques étaient exploités pour leurs ressources minières en matières instables qui servaient à produire l’énergie neutrale, la seule véritablement efficace pour optimiser les capacités du Zylarium seizenaire et du tout nouveau Zylarium trentenaire aux 32 switchs par atome. Qui dit exploitation minière dans des pays faiblement évolués, dit corruption et trafics en tous genres. Les Charognards avaient vite vu leur intérêt en organisant les trafics de main d’œuvre moins chère que les machines, de stupéfiants et la prostitution… Ils recrutaient de pauvres hères au sein des peuples de Defkham inférieurs pour les parquer dans les mines en s’assurant de leur « fidélité » par injection de krhamm, une drogue de synthèse surpuissante qui avait le pouvoir de décupler la force physique. Malheureusement, si après la première injection, on ne prenait pas ses deux centimètres cubes quotidiens, les muscles tombaient irrémédiablement en déliquescence, entraînant la mort en quelques semaines après d’atroces souffrances. De toute façon, la prise de krhamm condamnait l’individu dans les deux ou trois ans après la première injection par anéantissement des cellules nerveuses.
Le commerce du krhamm était florissant tant l’effet visuel d’un homme soulevant d’une main un poids de deux tonnes pouvait être frappant ; surtout qu’il n’existait pas de prévention quant aux risques encourus après l’injection…
Dès que l’A.S.I. fut avisée du trafic, le V.I. ordonna une enquête qui désigna facilement les coupables mais sans aucune preuve valable devant un tribunal. Le montage des Charognards était complexe. Les mines appartenaient à des sociétés privées absolument solvables et respectables. Elles embauchaient des ouvriers volontaires et leur assuraient un salaire décent que malheureusement les intéressés dépensaient à se procurer du krhamm. La seule malversation visible aurait pu être le trafic de stupéfiants, mais le circuit de distribution était trop clandestin et éclaté pour remonter à sa source. Il était évident que les propriétaires des sociétés minières étaient des Charognards, ils ne s’en cachaient d’ailleurs pas. Sous des faux airs de reconversion pacifique dans l’intérêt de leur pays, ils s’assuraient d’une double source de revenus : les matières instables et le krhamm. Les enquêteurs de l’A.2I avaient bien essayé d’en faire craquer quelques-uns, mais sans succès. Comme tout citoyen, les Charognards avaient des droits qu’ils savaient exploiter à leur avantage…
Au fil des mois, l’affaire devenait de plus en plus grave. Non contents de se remplir les poches, les Charognards créèrent des milices privées, officiellement pour protéger les mines. À couvert, ils préparaient un coup de force magistral. Là encore, les services Impériaux ne purent pas réunir assez de preuves sérieuses pour dénoncer les liens entre les charognards et les troubles qui se multipliaient çà et là.
Le V.I. tenta alors un coup de bluff en invitant le leader de cette nouvelle nomenklatura, Ofhelkhar Krump, au Palais pour s’entretenir de la bonne marche de ses entreprises. La rencontre fut d’une politesse parfaitement hypocrite et Krump en sortit vainqueur tant il sentit que son interlocuteur était enchaîné à ses propres lois.
Cette rencontre eut une autre conséquence inattendue. Présentant ses civilités à la famille Impériale, Krump rencontra Xéllialys qui venait juste d’avoir deux ans et d’atteindre l’âge adulte. Xéllialys, comme souvent, était sur les dents ce jour-là. Elle vouait à son père une admiration boulimique et exclusive. Pour elle, il était le plus grand, le plus fort, le plus, le plus, le plus… Quand elle vit Krump, cet homme droit, fier et caustique, mener son mentor par le bout du nez, elle éprouva d’abord une réaction violente de rejet qui se transforma peu à peu en attirance irrésistible. Malgré la brièveté de leur entrevue, Krump se rendit compte qu’il avait touché la jeune fille au cœur et décida d’utiliser cet avantage.
Les desseins de Krump étaient clairs : attendre le moment opportun et fondre sur l’Empire de toute part afin que la B.I.R.S.E. et l’armée soient totalement débordées. Le béguin de Xéllialys lui donna l’idée de l’utiliser comme un bouclier. Jamais son père, pensait-il, n’oserait combattre sa fille, il aurait trop peur de la perdre.
Quelques semaines après sa visite au Palais, Krump proposa, comme s’il était un chef d’État, de rendre l’invitation. Le V.I., froissé de s’être laissé avoir une première fois, accepta la rencontre pour ne pas perdre définitivement la face. Une fois qu’elle le sût, Xéllialys fit des pieds et des mains pour accompagner son père, qui céda.
La seconde entrevue fut pire que la première. Sur son terrain, Krump posa un ultimatum au V.I. : l’abdication ou la guerre. Le V.I. préférait ce style direct. Il répondit aussitôt que ce genre d’outrage était inacceptable et que, les moyens de pression de cet extracteur de cailloux étaient bien faibles. Le seul fait qu’il ait prononcé de telles menaces avait alerté la B.I.R.S.E. qui se précipita au secours de l’Empereur. Certain de sa victoire, le V.I. voulut prendre congé, mais il déchanta quand Xéllialys refusa de le suivre. Sous le charme de Krump, elle se rallia à lui. Le V.I. entra alors dans une colère noire. Il voulut la ramener de force mais en fut empêché par les gardes de Krump. Ce dernier lui opposa que Xéllialys n’avait aucun compte à lui rendre et qu’elle pouvait choisir elle-même celui avec qui elle voulait vivre.
Fou de rage, le V.I. repartit seul, non sans annuler l’intervention de la B.I.R.S.E., de peur que sa fille ne prenne un mauvais coup. Lui-même venait d’en prendre un tonitruant mais se rassurait en pensant que l’idylle de sa fille ne pouvait être que passagère. Il la plaça donc sous surveillance constante de Schternz pour connaître ses moindres faits et gestes. À la première preuve de mauvais traitement ou signe d’effritement de son amourette, il était décidé à employer les grands moyens pour la sortir des griffes de Krump. Malheureusement, ce n’est qu’une fois dans la navette impériale qu’il fut pris d’effroi à la pensée du krhamm. Xéllialys savait ce que le krhamm faisait à l’organisme, mais plongée dans sa source, saurait-elle ou pourrait-elle dire non ?... Devait-il alors intervenir immédiatement ? Vu l’arsenal dont devait disposer Krump, la B.I.R.S.E. n’y suffirait pas, il faudrait appeler l’armée. Mais comment justifier, sans preuve tangible, une intervention aussi massive ? Une simple menace envers le V.I. n’était pas suffisante. Il aurait fallu prouver une faute grave, un crime de lèse-majesté… mais il n’y avait rien de tout cela. Une intervention dans l’état actuel des choses l’exposait à un Glask contre lequel il n’avait pas assez d’éléments d’objection.
Dans le doute, le V.I. décida de s’abstenir et d’attendre la faute, qui un jour ou l’autre, devait nécessairement survenir.
Elle fut longue, très longue à venir pour un père dont la fille est entre les griffes du loup. Xéllialys avait complètement rallié le camp des Charognards. Se faisant appeler l’Okhranhyma, du nom d’un fauve Albho dont la férocité n’avait d’égal que la ruse, elle participait activement aux raids armés des milices pour délivrer les peuples de la Tyrannie Impériale. D’actes terroristes en humiliations sur tout ce qui pouvait rappeler l’Empire, une multitude de petits groupes sévissaient aux quatre coins du Multivers, sans but manifeste. En fait, toutes les attaques permettaient à Krump de tisser une toile qui se resserrait sur la nouvelle Vénus. En détruisant systématiquement toutes les ambassades et tous les Frentzhens, il voulait rendre l’Empereur aveugle et sourd.
L’erreur vint lors de l’attaque d’un commando qui tourna court grâce à la présence fortuite d’un membre de la B.I.R.S.E. en permission. En tentant de s’interposer, il blessa un des assaillants. L’analyse génétique du sang de ce dernier confirma qu’il s’agissait d’un des fils de Krump. Un mandat d’arrêt impérial fut immédiatement émis et une brigade envoyée se saisir de l’accusé. Elle fut reçue à coup de faisceaux à protons… Sentant l’occasion se présenter, le V.I. fit suivre scrupuleusement la procédure judiciaire qui, bien sûr, ne permit aucune interpellation. Dès lors, l’Empereur demanda la permission d’utiliser les moyens nécessaires pour appréhender le suspect et l’obtint des Chambres et du Conseil des Sages.
L’opération fut en tout point impressionnante, tant au niveau des moyens engagés que de la rapidité de leur mise en place. Toutes les polices de l’Empire entrèrent simultanément en action pour fondre sur les foyers suspectés d’appartenir au complot ou d’y être impliqués. Le V.I. prit, en personne, le commandement d’une formidable armada avec pour mission de détruire le Quartier Général de Krump. Quant à la B.I.R.S.E, elle avait reçu l’ordre d’infiltrer les rangs ennemis et de saboter tout ce qu’elle pouvait. La bataille qui s’en suivit fut intense.
Avec tout l’argent amassé, Krump s’était constitué une véritable armée, bien équipée et aguerrie. Les pertes des deux côtés furent largement supérieures aux estimations, en particulier dans le camp Impérial. Les vaisseaux avaient reçu l’ordre d’épargner la Princesse qui, avec sa division de choc, ne se privait pas d’infliger de sévères pertes aux Impériaux. La bataille durait et aucune des parties ne prenait le dessus. Le V.I. décida alors une manœuvre audacieuse et dangereuse. Le principal verrou étant l’engagement de sa fille. Il prit un chasseur et partit se jeter dans la mêlée à la recherche de celle-ci. S’il arrivait à ôter ce poids mort à ses armées, sa supériorité tant en nombre qu’en matériel arriverait à bout de la résistance des Charognards.
Une voix off intervint dans le reportage avertissant le spectateur que ce qui allait suivre était une reconstitution basée sur des témoignages de pilotes.
Après nombre de prouesses de pilotage, le père et la fille se retrouvèrent dans la même sphère de combat. Par radio, le V.I. interpella Xéllialys qui se battait à une contre trois. Elle leva la tête et reconnut à 10 heures arrière le Lystrah de son père. Sans mot dire, elle décrocha à 6 heures pour le prendre en acquisition par dessous. Le V.I. fit volte-face pour éviter le vecteur de tir. Il continuait à lui parler, la provoquant en duel. Devant l’absence de réponse du chasseur qui le poursuivait, il prit le risque de se téléporter hors de la sphère de combat, pariant qu’elle allait le rejoindre. À plusieurs milliers de kilomètres du lieu des combats, la bataille prenait des airs de feu d’artifice atrophié en raison de l’oxygène qui s’échappait des vaisseaux touchés par les salves de protons en s’enflammant d’un coup.
