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La signification mystique et esthétique de la danse hindoue ; la musique dans la danse hindoue ; le langage des gestes : les mudra ; les cinq différents styles de la danse classique : bharat-natyam, kathakali, mohini anam, kathak, manipouri.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Usha Chatterji (Srimati Usha) est une danceuse indienne ayant vécu en France et qui a apporté la connaissance des danses de l'Inde aux publics européens dans les années 1950 et 1960.
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Seitenzahl: 137
Veröffentlichungsjahr: 2020
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La traduction du manuscrit original de « La Danse Hindoue », écrit en anglais, a été faite par Mme Manah Garreau-Dombasle.
Copyright L’Asiathèque 1982
Copyright by Usha Chatterji, Paris, 1951
(Tous droits de reproduction réservés)
ISBN : 2-901795-16-1
Avec le soutien du
Lettre-préface de S. E.
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Ambassadeur de l’Inde en France
Invocation à Shiva
Avant-propos
Chapitre premier.
— La Danse du Nataraja
Ses Origines
Le Concept du dieu Shiva ou Nataraja
Chapitre II.
— Les trois Formes, les Aspects et l’Esthétique de la Danse hindoue
Chapitre III.
— La Musique dans la Danse hindoue
Les Instruments
Chapitre IV.
— Le Langage des gestes ; les “Mudras”
Chapitre V.
— Le Langage des Mouvements du Corps
Chapitre VI.
— Les cinq différents Styles de la Danse classique hindoue
Bharat-Natyam
Kathakali
Mohini Attam
Kathak
Manipouri
Bibliographie
Couverture et page de titre : Shiva dansant (bronze du Musée Guimet, Paris)
Frontispice : Shiva-Nataraja dansant la danse Tandava (bronze du sud de l’Inde, XV
e
siècle), Musée Guimet, Paris…
Bandeaux des chapitres I, II, III, IV, V et VI. Dessins originaux de Aroti Bose 3, 15, 27, 41, 71 et
Srimati Usha exécutant la danse « Vishnou Mohini » (style Kathakali)
Sri Gopinath, incarnant le dieu Shiva dans la danse Tandava…
Srimati Usha, représentant Urvashi humant le parfum des fleurs du jardin céleste (danse de style Kathakali)
Uday Shankar en Kartikeya, fils de Shiva
Planche I. — Instruments de musique hindous (Tablas ; Mridangam)
Planche II. — Instruments de musique hindous (Vina ; Khun-junis)
Planche III. — Instruments de musique hindous (Tampura ; Flûte)
Planche IV. — Instruments de musique hindous (Khôl ; Sarengi)
Les mains de Srimati Usha formant le « mudra » : le Lotus…
Planches V, VI, VII, VIII, IX, X, XI. — Les vingt-huit « mudras » traditionnels formés à l’aide d’une seule main, 45, 46, 47, 49, 51, 53 et
Planche XII. — Quatre autres mudras
Planches XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX. — Les vingt-trois « mudras » formés à l’aide des deux mains, 57, 59, 61, 62, 63, 65 et
Srimati Usha représentant Sakountala caressant une gazelle dans la forêt (danse de style Kathakali)
Carte des styles de danse dans l’Inde (dressée par Srimati Usha)
Srimati Usha en Lolita Puttana du « Mahabharata » s’émerveille devant les lotus en fleurs (danse de style Kathakali)…
Rukmini Devi exécutant une danse de style Bharat-Natyam
Srimati Shanta dans une pose de danse de style Bharat-Natyam
Srimati Usha en Shri Radha du « Srimad Bhagavath » (danse de style Kathakali)
Sri Krishna et Sri Radha (danse de style Kathakali)
Le prince Duryodhana (danse de style Kathakali)
Hanuman, le « Roi des Singes » du « Ramayâna » (danse de style Kathakali)
Le Roi Yudhisthira du « Mahabharata » (danse de style Kathakali)
Srimati Usha, en Lolita Puttana du « Mahabarata » venant de ravir l’enfant divin, Sri Krishna (danse de style Kathakali)
Gopal Pillaï, incarnant le guerrier Bhima (style Kathakali)
Srimati Usha exécutant une danse de style Kathak
Srimati Usha représentant Radha se parant (danse de style Kathak)
Raslîlâ : danse de Sri Krishna et de Sri Radha avec les gopis
Mrinalini Sarabhaï exécutant une danse de style « Bharat-Natyam »
Soroma Bose dans une danse de style Manipouri
Soroma Bose dans une danse de style Manipouri
Ambassadeur de l’Inde en France
On a dit de l’Inde, avec juste raison, que la religion était, pour son peuple, la base même de la vie. Ainsi la danse hindoue, toute d’inspiration religieuse, est-elle, d’une manière toute spéciale, un élément constitutif de la vie et de l’esprit de l’Inde.
La renaissance moderne de la danse classique dans l’Inde remonte à une époque très antérieure à celle de son indépendance et nombreux sont ceux qui, depuis longtemps déjà, dans diverses parties du monde, ont pu entrevoir, grâce aux démonstrations de grands danseurs indiens, un peu de sa richesse et de son extrême beauté. C’est cependant seulement depuis que l’Inde a acquis son indépendance, et que, sous l’inspiration et la conduite du Mahatma Gandhi, et plus tard du Pandit Nehru, elle s’est affirmée comme l’une des grandes et importantes nations du monde moderne, que son immense héritage culturel a commencé de s’imposer à l’attention générale. La Danse de l’Inde est une partie essentielle et vitale de cette culture.
Je suis certain que le livre magnifique et fascinant de Srimati Usha sera chaleureusement accueilli par tous ceux qui, de par le monde, sont amoureux de la Beauté et fervents du grand Art et que la danse hindoue a attirés et séduits.
L’auteur a, de toute évidence, fait une étude approfondie de ce sujet complexe et passionnant, et ceux qui s’intéressent à la technique et à l’histoire de la danse classique hindoue trouveront dans son œuvre de quoi les satisfaire.
Mais ce livre est mieux encore qu’un traité, une étude historique ou une explication : fervente de la danse hindoue dont elle est une interprète accomplie et charmante, Srimati Usha a su l’imprégner de l’amour et de l’enthousiasme qu’elle ressent pour son Art ; il constitue donc, au véritable sens du terme, un acte d’amour, une « offrande »…
Il procurera de la joie à ses nombreux lecteurs et il aidera tous ceux qui s’intéressent à l’Art et à la Culture de notre pays à en comprendre cette facette merveilleuse et enchanteresse : « La Danse de l’Inde ».
Paris, 13 avril 1951.
Il m’est agréable de remercier, au début de cette œuvre tous ceux qui m’en ont facilité la réalisation :
M. René Groussetde l’Académie Française, Membre de la Société Asiatique ;
M. Philippe Stern, Conservateur des Musées Nationaux et du Musée Guimet, Membre de la Société Asiatique ;
Mme Thérèse Le Prat, au talent de qui je dois de si belles photographies ;
Mlle Aroti Bose, l’éminente artiste à qui sont dus les dessins de ce livre ;
Mme Manah Garreau-Dombasle, ma subtile traductrice ;
Ainsi que mon cher mari, Charles Gratry, qui m’encouragea et me prodigua, sans compter, ses conseils affectueux et éclairés.
(Archives photographiques d’Art et d’Histoire, Paris)
SHIVA-NATARAJA dansant la danse tandava
Au cours de ces vingt dernières années la danse hindoue n’a cessé de se manifester et de se répandre par le monde, et le nombre de ses admirateurs n’a cessé de s’accroître.
Certains parmi ceux-ci sont curieux de lire les ouvrages traitant de ce sujet et beaucoup d’autres désireraient être plus profondément initiés à la connaissance des principes spirituels et des techniques matérielles qui en constituent les bases et en permettent les réalisations.
Un certain nombre de traités concernant cet Art existent dans l’Inde actuellement. Mais ils sont écrits en sanscrit, donc accessibles à peu d’Occidentaux. Deux ou trois d’entre eux ont bien été traduits en anglais. Ils sont difficiles à se procurer et peu compréhensibles pour les non-techniciens de la danse hindoue.
Notre livre n’est pas une compilation. Il ne vise pas non plus à épuiser un sujet qui est vaste et d’une grande complexité : chacun des cinq « styles » de la danse classique hindoue constitue en lui-même un thème quasi inépuisable et d’une telle importance qu’il serait présomptueux de vouloir le traiter complètement en un si modeste ouvrage.
Nous demandons donc au lecteur de n’y voir qu’un traité introductif à un art que nous considérons comme le premier des arts puisque nos cosmogonies le font figurer à l’origine de la création de l’Univers.
La danse hindoue prête à l’être humain, plus que toute autre expression artistique de l’Inde, la précieuse apparence de la divinité. Elle est considérée comme la manifestation physique du rythme cosmique.
La danse, dans l’Inde, est associée à tous les aspects de la vie, depuis la danse religieuse et traditionnelle des temples (Bharat-Natyam)2 et la danse-pantomime (Kathakali) jusqu’aux simples danses populaires. Le peuple porte la danse en lui ; elle est toujours sacrée sur notre terre ancienne et puise son inspiration dans une antique tradition culturelle.
Un jour, Brahma3, première figure de la Trimourti (Trinité) hindoue, préleva la musique du « Sama-Véda »4 et5, la matière lyrique du « Rig-Véda »6, l’élément esthétique de l’« Atharva-Véda »7, les gestes du « Yajur-Véda »8 et, en combinant tous ces éléments, créa le cinquième Véda appelé « Natya-Véda », lui conférant toute la sainteté et la dignité attachées aux précédents Védas.
Comment l’art de la danse qui était de création divine tomba-t-il entre les mains des mortels ?
La tradition veut que Brahma le révéla à Bharatamuni9, le grand sage, le jour où il pria celui-ci de donner un spectacle aux dieux et déesses assemblés. Un des témoins, le dieu Shiva10, fut si satisfait du spectacle présenté par Bharatamuni qu’il ordonna à son aide, Tandu11, d’initier le sage à la technique des Angharas12, Karanas13, Reçakas14 et du Tandava, cet aspect masculin et vigoureux de la danse (le lecteur apprendra plus tard l’importance de ces quatre aspects).
La femme du dieu Shiva, Parvati15, également heureuse de la représentation donnée par Bharatamuni, lui enseigna elle-même le Lasyan ou forme plus tendre de la danse.
Ainsi Bharata, avec l’initiation et les éléments divins acquis par révélation céleste, composa sa célèbre doctrine nommée « Natya-Shastra » sur laquelle reposent toute la science et la technique de la danse hindoue classique.
Cette doctrine concerne : l’origine divine du Natya, la scène, sa division en compartiments, les rites qui précèdent un spectacle, la définition des Karanas, Angharas, Reçakas, l’explication complète de la technique, le sens esthétique, la diversité des modes, idées et expressions, les principaux mouvements de la tête, du corps et des membres, les différentes démarches, les règles concernant le mètre, la prosodie, l’élocution, etc. (Les 32 Angharas et les 108 Karanas mentionnés par Bharatamuni sont les plus fréquemment employés dans les innombrables combinaisons qui peuvent dériver des positions essentielles du corps et des membres), l’acteur et ses ornements tels que robes, fards, bijoux, etc., également l’ensemble des règles commandant l’art de la danse, le choix des acteurs et des actrices, l’orchestre, les chœurs, les concerts, les quatre sortes d’instruments musicaux, la mesure générale en musique et celle particulière au mode de chaque composition musicale, la qualification des chanteurs, enfin la manière dont l’Art s’est répandu parmi les mortels.
Cette doctrine n’est pas seulement un chef-d’œuvre de science de la danse et du théâtre, mais elle constitue aussi un des premiers trésors auquel l’art, dans l’Inde, se reporte fréquemment.
Pour comprendre la nature de la danse hindoue, d’ordre essentiellement spirituel, le concept du dieu Shiva ou du Nataraja doit être nettement explicité.
Le maître suprême de la danse est ce Nataraja, ce dieu Shiva sans la notion duquel aucune danse ne peut exister et qui est connu sous trois aspects principaux (quoique des centaines de noms lui aient été donnés, le décrivant sous d’autres aspects) :
1)
— Le dieu de destruction.2)
— L’éternel yogi16.3)
— Le dispensateur de présents.Sous son premier aspect, dans sa danse Tandava, il réduit l’univers en atomes, il symbolise l’anéantissement de l’ego humain, de ses illusions et de ses désillusions ; il est l’image de la complète destruction. Mais, à l’encontre des concepts occidentaux, l’idée de destruction implique, pour l’esprit hindou, un pouvoir de recommencement qui reconstitue perpétuellement ce qui a été dissous ; Shiva est alors considéré comme Ishwara, le dieu suprême, ou Mahadeva, le grand dieu. Sous le symbole du lingham ou phallus, il est adoré en tant que générateur.
Sous son second aspect, Shiva se présente tel l’éternel yogi au corps couvert de cendres, aux cheveux nattés, plongé dans la méditation du divin, ayant abandonné tous les plaisirs pour la recherche de la vérité. Il est le maître de ces multitudes d’hommes qui sont demeurés ou demeurent assis en contemplation pendant des années, dédaignant les joies de ce monde afin d’atteindre la libération (Moksha ou Nirvana).
Sous son troisième aspect, il nous convie tous à le voir danser dans sa demeure, en haut du mont Kaïlâsa17, au soleil couchant : il est le Nataraja, l’éternel danseur, le dispensateur de présents et de bénédictions ; un ineffable et mystérieux sourire intérieur éclaire son visage parfait qu’illuminent les lueurs rougeoyantes du soir.
« Après avoir fait s’asseoir la mère des trois mondes sur un trône doré, clouté de gemmes précieuses, Shulapani18 danse sur le sommet du Kaïlâsa, et tous les dieux se rassemblent autour de lui : Saraswati19 joue de la vina, Indra20 joue de la flûte, Brahma tient les cymbales qui marquent la mesure, Lakshmi21 chante, Vishnou22 frappe du tambour et tous les dieux se groupent autour d’eux. »
Un autre nom de Shiva est Rudra, connu dans le « Rig-Véda » comme « dieu des chants, seigneur des sacrifices, celui qui soigne, qui guérit, qui brille autant que le soleil, qui accorde la prospérité et le bien-être, qui est le meilleur et le plus généreux de tous les dieux ».
« Rudra qui est dans le feu, qui est dans les eaux, qui a pénétré les remèdes végétaux, les plantes, qui a prospéré s’incarnant en tous les êtres vivants, hommage à ce Rudra (qui est) Agni (le Feu)23 ! »
Dans le « Yajur-Véda », il est représenté comme le « dieu à la gorge bleue », comme le Tryambaka, le « dieu aux trois yeux », le « doucement parfumé ».
Il est dit dans le « Vishnou-Purana »24 que Shiva jaillit du cerveau de Brahma et qu’au commandement de celui-ci, l’essence du nouveau dieu se concrétisa séparément en deux éléments : mâle et femelle. Un autre chapitre du même « Purana » conte que Brahma, son père, imagina pour lui le nom de Rudra, le « féroce » ; mais, Shiva ne l’ayant pas apprécié, demanda un autre nom ; c’est ainsi que sept autres lui furent attribués : Bhava « Celui qui est », Sarva « le favorable », Isana « le législateur », Pasupati « le dieu des animaux », Bhima « le fort », Ugra « le furieux » et Mahadeva « le grand dieu ».
Shiva est encore désigné sous les noms suivants : Aghara « l’horrible », Bhagavat « le divin », Chandra Shekhar « celui qui a la lune pour crète », Ganga-dhar « le soutien du Gange », Girisha « le dieu des montagnes », Hara « le capteur », Jatadhara « celui qui porte les cheveux nattés », Jala Murti « celui qui est comme l’eau », Kala « le temps », Mahakala « le grand temps », Mahesha « le grand seigneur », Mritynjoya « le vainqueur de la mort », Virupaksha « celui qui a les yeux mal formés », Biswanath « le maître de l’univers », Kaïlâsapathi « le seigneur du Kaïlâsa », Nataraja « le roi des danseurs », Shankar, Sadashiva, Sambhu « le favorable », Tryambaka « celui qui possède trois yeux », etc.
Sous l’apparence de Hara « le capteur », et de Sankar « le favorable », Shiva est aussi bien le générateur que le destructeur.
Dans les « Upanishads »25, Shiva proclame sa grandeur : « Moi seul existais avant toutes choses ; j’existe et je serai toujours. Nul autre ne me surpasse. Je suis éternel et non-éternel, discernable et indiscernable. Je suis Brahma et je ne suis pas Brahma. »
« Je suis sans commencement, sans milieu, sans fin, je suis le dieu unique qui envahit tout, le dieu aux trois yeux, à la gorge bleue, je suis le calme. »
Dans le Treta-Yuga26, c’est-à-dire à l’époque du « Ramayana »27, Shiva est aussi reconnu comme le grand dieu.
Dans le Dwapar Yuga, au cours duquel se passèrent les événements du « Mahabharata »28, Shiva reçoit les honneurs suprêmes de Krishna et de Vishnou.
Il est également celui qui est dans tout. En vérité, il est l’unique, l’existant et le non-existant, l’infini, l’indivisible. La trinité ne fait que présenter les différentes manifestations de son unité.
Le dieu Shiva est représenté sous de nombreuses formes ; dans l’une d’elles, il a cinq visages, quatre bras, et sur son front brille un troisième œil central qui est l’œil de la sagesse, celui qui brûla Madan29 quand ce dernier tenta de distraire le grand yogi de sa méditation. Sa gorge est bleue pour avoir bu le poison qui menaçait de détruire le monde et il tient dans ses mains le trishula ou trident ; sa monture est le taureau Nanda. Dans une autre représentation où il exécute le Sandhya Tandava, il n’a qu’un visage et deux mains. Dans une autre encore, piétinant un démon, il possède un seul visage, quatre bras et sa jambe gauche est levée.
Selon Patanjali30
