La doctrine secrète des templiers - Jules Loiseleur - E-Book

La doctrine secrète des templiers E-Book

Jules Loiseleur

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RÉSUMÉ : "La doctrine secrète des templiers" de Jules Loiseleur plonge le lecteur dans les mystères entourant l'Ordre du Temple, une organisation médiévale entourée de légendes et de controverses. L'auteur explore les théories et les faits historiques qui ont alimenté les spéculations sur la véritable nature et les activités secrètes des Templiers. En s'appuyant sur des recherches approfondies, Loiseleur démystifie les mythes populaires, révélant des aspects méconnus de l'ordre, notamment leurs pratiques ésotériques et leur influence sur les sociétés secrètes modernes. Ce livre offre une analyse rigoureuse des événements qui ont conduit à la chute dramatique des Templiers au XIVe siècle, examinant les motivations politiques et religieuses derrière leur persécution. Les lecteurs découvriront comment l'héritage des Templiers a perduré à travers les siècles, alimentant encore aujourd'hui l'imaginaire collectif. En combinant une narration captivante avec une approche académique, cet ouvrage s'adresse tant aux passionnés d'histoire médiévale qu'aux amateurs de mystères ésotériques. Loiseleur réussit à capturer l'essence de cet ordre légendaire, offrant une perspective nouvelle et éclairante sur l'une des organisations les plus énigmatiques de l'histoire. L'AUTEUR : Jules Loiseleur, érudit français du XIXe siècle, s'est distingué par ses recherches approfondies sur les sociétés secrètes et l'histoire médiévale. Bien que peu de détails personnels soient disponibles sur sa vie, Loiseleur est reconnu pour ses contributions significatives à l'étude des Templiers et de leur influence durable. Son travail se caractérise par une rigueur académique et une capacité à synthétiser des informations complexes en récits accessibles. En plus de "La doctrine secrète des templiers", il a écrit plusieurs essais sur l'histoire des idées ésotériques en Europe. Ses écrits sont souvent cités dans des cercles académiques pour leur profondeur et leur engagement envers la vérité historique. Loiseleur a également collaboré avec d'autres historiens de son époque, contribuant à des revues spécialisées et participant à des conférences sur l'histoire médiévale. Son approche méthodique et sa passion pour l'investigation historique font de lui une figure respectée dans le domaine de l'historiographie des sociétés secrètes. À travers ses oeuvres, il a laissé un héritage durable qui continue d'influencer les chercheurs contemporains.

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Seitenzahl: 278

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

PRÉAMBULE

PREMIÈRE PARTIE: LA DOCTRINE

I.

RÉSUMÉ DES ACCUSATIONS ÉLEVÉES CONTRE L'ORDRE DU TEMPLE

II.

L'ORDRE DU TEMPLE A- T-IL EU DES STATUTS SECRETS ?

III.

IDÉE GÉNÉRALE DE LA DOCTRINE SECRÈTE DES TEMPLIERS

DEUXIÈME PARTIE: LES SOURCES DE LA DOCTRINE

I.

SECTES CONGÉNÈRES ET SOURCES PREMIÈRES

II.

LES EUCHÈTES ET LES LUCIFÉRIENS

III.

MŒURS ET RITES DES SECTES DONT LA DOCTRINE S'EST INSPIRÉE

TROISIÈME PARTIE: EXAMEN DES SOURCES PUREMENT ORIENTALES.

I.

LES ISMAÉLIENS, LES ASSASSINS, LES SECTES KOURDES

II.

RAPPORTS ET DIVERGENCES DE LA DOCTRINE DU TEMPLE AVEC CELLE DES SECTES ASIATIQUES

QUATRIÈME PARTIE: DISCUSSION DES MONUMENTS ATTRIBUÉS A L'ORDRE DU TEMPLE.

I.

IDOLE DES TEMPLIERS. - FIGURES BAPHOMÉTIQUES CONTROVERSES

II.

LES COFFRETS DE M. LE DUC DE BLACAS

III.

POURQUOI LES COFFRETS NE PEUVENT ÊTRE ATTRIBUÉS AUX TEMPLIERS. EXAMEN DU PRÉTENDU GNOSTICISME DE L'ORDRE.

RÉSUMÉ DE LA DOCTRINE ET CONCLUSION.

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.

SUR LA DIFFICULTÉ D'ACCORDER LA DATE DES INTERROGATOIRES DES TEMPLIERS AVEC CELLE DU PONTIFICAT DE CLÉMENT V.

CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES BULLES ET LETTRES DE CLÉMENT V, LETTRES DE PHILIPPE-LE-BEL ET AUTRES PIÈCES RELATIVES A LA SUPPRESSION DE L'ORDRE DU TEMPLE.

BULLE DE SUPPRESSION DE L'ORDRE DES TEMPLIERS, REPRODUITE D'APRÈS VILLANUEVA.

BULLE CONSIDERANTES DUDUM, INCOMPLÈTE DANS RAYNALDI.

PRÉAMBULE

Les Templiers ont-ils professé une doctrine secrète en Opposition avec celle de l'église ? Cette doctrine fut-elle générale clans l'ordre ? Quels furent ses dogmes, ses sources, ses relations avec les grandes hérésies du treizième siècle ? Constituait-elle un danger social assez menaçant pour justifier les mesures par lesquelles l'Eglise et la Royauté parvinrent à détruire l'ordre du Temple ? Ces problèmes ont fait longtemps le désespoir des historiens. L.'abbé Vertot y voyait « l'énigme la plus impénétrable que l'histoire ait laissé à déchiffrer à la postérité, » et Napoléon ne croyait pas qu'on pût jamais parvenir à les résoudre. « Comment, disait-il, à cinq cents ans de distance, serait-il possible de prononcer que les Templiers étaient innocents ou coupables, lorsque les contemporains sont eux-mêmes partagés ?... Serait-il donc si pénible de rester dans le doute, lorsqu'il est bien évident que toutes les recherches ne pourraient arranger un résultat satisfaisant ? » Oui certes, il est pénible de rester dans le doute. L'esprit, ou, si on l'aime mieux, l'orgueil humain, ne sait pas se résoudre à ignorer. Le mystère l'attire et le tourmente. Quand il se trouve en présence d'un de ces problèmes qu'on lui dit insolubles, il l'interroge curieusement, il l'examine sous toutes ses faces, et il n'a de repos que lorsqu'il en a enfin percé les ténèbres. L'esprit, de parti qui, en France, se mêle à tout, a nui longtemps à l'éclaircissement de cette obscure histoire, Systématiquement et avant tout examen, on était pour ou contre l'ordre du Temple, selon qu'on appartenait au camp philosophique ou au parti religieux, suivant qu'on était incrédule ou croyant. Innocenter les Templiers, c'était faire le procès de la royauté qui a profité de leurs dépouilles, de la papauté qui les a livrés et condamnés ; les montrer coupables, c'était défendre à la fois la monarchie et la religion. De nos jours même, est-il bien sûr que ces préoccupations soient absolument étrangères aux jugements opposés dont cette ténébreuse affaire est l'objet ? Il est juste toutefois de reconnaître que le camp des accusateurs s'est notablement accru depuis un demi-siècle. Des études consciencieuses, des trouvailles importantes ont déterminé et servi ce mouvement. Au nombre des plus décisives, il faut ranger la découverte, dans la bibliothèque du Vatican, de la procédure faite en Angleterre ; les travaux de divers érudits allemands et italiens ; la mise au jour du texte régulier des deux grands interrogatoires français ; les recherches, quelque erronée qu'en soit, selon nous, la conclusion, auxquelles ont donné lieu certains monuments accusateurs qu'on attribue aux Templiers, et enfin la publication faite en Espagne par Villanueva de la bulle de suppression : Vox in excelso, fulminée pendant le concile de Vienne, et celle de la bulle : Considérantes dudum, éditée le 6 mai 1312, dans la dernière séance de ce concile. Nous citerons dans un instant un document accusateur et inédit qui jette un nouveau poids dans la balance.

Grâce à ce vaste ensemble de travaux et de documents, un revirement s'est peu à peu opéré dans l'esprit des érudits laborieux et impartiaux. Aux apologies systématiques de Voltaire, aux justifications passionnées de Raynouard a succédé cette calme appréciation basée sur l'étude des faits et dégagée de tout parti pris qui est propre à notre temps. A cette heure, tout le monde est à peu près d'accord pour reconnaître qu'un grand intérêt religieux et social a présidé à la suppression de la milice du Temple. Au fond c'est là qu'est la vraie question, et, sur ce point capital, se rencontrent et s'accordent des écrivains appartenant aux écoles historiques les plus opposées, l'abbé Rohrbacher et M. Henri Martin, par exemple. A vrai dire, ce qui fait encore difficulté aujourd'hui, ce n'est ni la régularité de la procédure, ni l'intégrité des commissaires pontificaux, ni même la culpabilité de la majorité des accusés ; c'est la solidarité de l'ordre entier dans les crimes imputés à un grand nombre de ses membres ; c'est aussi et surtout la détermination exacte de la doctrine hérétique dont ces crimes paraissent avoir été la manifestation et la conséquence.

Qu'il y ait eu beaucoup de coupables, c'est ce dont les documents de l'époque si nombreux et si concordants ne permettent pas de douter. Mais doit-on croire que ces coupables aient obéi, non à des tentations individuelles, mais à une règle générale et secrètement imposée ? Comment admettre que l'ordre entier du Temple, cet ordre qui, pendant tant d'années, a versé pour la défense de la religion des flots du sang le plus pur, ait pu ériger en principe le reniement officiel et nécessaire de son culte et de son Dieu ? Voltaire, qui représente en histoire l'école du bon sens, Voltaire se refusait absolument à cette; manière de voir. Les insultes prodiguées à la croix, les excès impurs reprochés à certains membres, il mettait tout cela sur le fait « d'un emportement de jeunesse dont l'ordre n'est point comptable. » Et quant à la façon infâme dont avaient lieu les réceptions, il refusait d'admettre Qu'elle eût passé en loi dans l'ordre. « C'est mal connaître les hommes, disait-il, de croire qu'il y ait des sociétés qui se soutiennent par les mauvaises mœurs et qui fassent une loi de l'impudicité1. »

Nous nous expliquerons plus loin sur cette question de la solidarité de l'ordre entier dans les désordres imputés nombre de ses membres ; mais remarquons-le dès à présent, l'on aura enlevé sa principale valeur à l'argumentation de Voltaire, si l'on parvient à établir que, chez les Templiers, le reniement, avec tous les scandales qui en découlaient, fut la conséquence d'une hérésie développée au sein de l'ordre, hérésie analogue à celle que l'Église eut à étouffer à la même époque dans un autre ordre religieux. Tout s'explique alors ; tout ce qui semblait obscur et contradictoire devient clair et intelligible. L'on n'est plus en présence de crimes isolés, d'attentats individuels contre la religion et les mœurs, mais en face d'un système religieux, envahissant, comme c'est le propre de toutes les doctrine religieuses, et qui, une fois accepté par les chefs, a dû chercher à s'imposer à l'ordre entier en brisant toutes les résistances. L'esprit de secte rend compte de tout, aidé qu'il fut par l'entraînement de l'exemple, par les violences exercées contre les récalcitrants et par l'obéissance propre aux ordres religieux. Le mystère qui entourait les réceptions, l'initiation lente et progressive des récipiendaires, le silence qui leur était imposé, la résistance de la plupart des initiés quand d'horribles révélations leur faisaient apercevoir la profondeur du gouffre où on les entraînait, et, dans un autre ordre d'idées, les difficultés opposées par le pape aux premières poursuites, la tiédeur subite qu'il manifesta pour la cause des accusés dès qu'il eût connaissance de leurs aveux et qu'il put en mesurer la portée, le soin qu'il prit de faire poursuivre les chevaliers dans tous les royaumes où ils étaient établis, soin inutile s'il n'eût eu d'autre préoccupation que de satisfaire l'avidité de Philippe-le-Bel, enfin le silence gardé par les membres les plus indépendants et jusque-là les plus indociles du concile de Vienne, lorsqu'après leur avoir fait connaître ses motifs secrets, le pape en vint à supprimer l'ordre par voie de provision et en vertu de son autorité apostolique, tous ces faits trouvent une explication naturelle dans l'hypothèse que nous énonçons, celle d'une hérésie menaçante pour l'Eglise, d'une secte dangereuse qu'il fallait étouffer à tout prix, sans même ébruiter les soupçons et les preuves2.

Cette explication ne date pas d'hier. Elle fut entrevue des 1782 par Nicolaï, et hasardée quelques années après par Grouvelle, dans un livre qui reste encore, malgré son ancienneté, la meilleure dissertation qui ait été écrite chez nous sur les causes secrètes de la ruine du Temple, Les travaux de critique et d'histoire religieuses accomplis tant en Allemagne qu'en France depuis une trentaine d'années permettent aujourd'hui de tenter une démonstration régulière de ce qui, chez ces écrivains, resta à l'état d'hypothèse. L'un et l'autre du reste ne virent pas clairement de quelles hérésies procède celle du Temple, et, depuis eux, les découvertes de l'archéologie allemande n'ont fait qu'égarer l'opinion sur ce point.

On a vu tout à l'heure sur quel ensemble de travaux et de monuments originaux cette étude doit s'appuyer. Aux documents qui ont été rappelés, nous en ajouterons un encore inédit et qui n'était connu jusqu'ici que par l'analyse très sommaire qu'en avait donnée Raynouard, dans l'appendice à son ouvrage sur les Templiers. Il s'agit de l'enquête faite à Florence, dans l'église Saint-Gilles, en octobre 1310, et dont l'original est conservé à la Vaticane.

Grace au concours bienveillant de M. le duc de Persigny et de M. le comte de Sartiges, auxquels l'auteur de cette étude est heureux de témoigner ici sa gratitude, il a pu se procurer une copie de cette procédure. Un paléographe habile l'a transcrite, et M. le chevalier Jean-Baptiste Rossi, toujours empressé de rendre service à la science, a bien voulu collationner la copie sur l'original : le nom de l'illustre auteur de la Borna soterranea cristiana est une sure garantie de la fidélité de cette copie.

L'interrogatoire de Florence n'offre pas, à beaucoup près, l'étendu du procès français de 1307 et de l'enquête de 1310. Mais il n'en a pas moins, et par des motifs sérieux, une autorité et un intérêt exceptionnels. Les dépositions qu'il relate n'ont point été obtenues par la torture, les commissaires ayant procédé directement au nom du Souverain-Pontife, sans intervention du bras séculier, et n'ayant pas, comme ceux de France, subi la pression des autorités laïques. De plus, sur les points les plus graves, sur ceux qui mettent le mieux en lumière la doctrine secrète de l'ordre, ces dépositions sont les plus décisives peut-être qu'on possède. Après l'enquête de Carcassonne, celle de Florence est la seule où l'idole adorée par les Templiers soit désignée par son nom, la seule ,où il soit question de ces prétendues figures baphométiques sur lesquelles on a tant disputé. Dans une note qu'il nous adressait le 7 décembre 1867, le R.P. Theiner, gardien des archives secrètes du Vatican, considère cette enquête comme très aggravante pour l'ordre3.

On peut, estimer en effet que tous le aveux les plus compromettants, épars dans les interrogatoires faits en France, en Angleterre et en Italie, sont condensés et comme résumés dans cette courte procédure de Florence.

PREMIÈRE PARTIE LA DOCTRINE.

I

RÉSUMÉ DES ACCUSATIONS ÉLEVÉES CONTRE L'ORDRE DU TEMPLE.

L'ordre du Temple n'a eu qu'une durée assez courte. Fondé en 1118, régulièrement constitué dix ans après par saint Bernard, il fut supprimé en 1312. Moins de deux siècles lui avaient suffi pour acquérir une puissance qu'aucun autre ordre n'a jamais égalée. Cette milice monastique créée pour une guerre perpétuelle, sans trêve ni pitié, était l'expression la plus haute de l'esprit à la fois religieux et batailleur de l'époque. Elle acquit bien vite toutes les qualités et tous les défauts de la chevalerie, l'intrépidité aveugle, l'orgueil inhumain, l'ardeur du pillage. Joignez-y la plupart des vices que peuvent développer les mœurs militaires chez des hommes ignorants, voués au célibat, regorgeant de richesses, disposant d'un pouvoir sans limites dans un pays d'esclaves, sous un ciel brûlant.

Forts de leur nombre, de leurs dix mille manoirs, de leurs revenus qui, rien qu'en France, dépassaient, dit-on, cent millions, pourvus de privilèges qui les égalaient aux princes, les Templiers se croyaient et étaient en effet au dessus des lois. Ni seigneurs ni évêques n'avaient prise sur eux ; ils ne pouvaient être jugés que par le pape ou par eux-mêmes : l'autorité spirituelle ou temporelle des Etats où ils résidaient était pour eux à peu près non avenue. Grouvelle a très bien remarqué que leur prétendue dépendance du Saint-Siège, la seule qu'ils reconnussent, n'était qu'apparente, puisqu'ils, ne craignirent pas de se liguer avec ses ennemis, sans que les papes aient jamais osé lancer contre eux ces foudres si redoutés des autres puissances de la terre. L'élection de leur grand-maître n'était point soumise à la sanction du souverain pontife ; il entrait en fonctions sans attendre l'agrément d'aucune autre autorité. De ce jour il s'intitulait : « par la grâce de Dieu, » et il marchait à côté des rois. Au sein de l'ordre, ses prescriptions, quelles qu'elles fussent, avaient force de loi.

Ces privilèges, cette vaste opulence, cette indépendance sans bornes ne tardèrent pas à porter leurs fruits. Avides, corrompus, licencieux, les chevaliers n'eurent bientôt plus d'autres mobiles que le plaisir et l'intérêt. Dès l'an 1155, deux ans après la mort de saint Bernard, un prince musulman étant tombé entre leurs mains, ils lui promettent sa liberté s'il veut se faire chrétien. Le prince apprend les lettres latines, les principaux articles de la foi chrétienne et demande à recevoir le baptême ; c'est alors qu'ils le vendent pour soixante mille pièces d'or à ses ennemis, qui le coupent en morceaux4. Quelques années après, en haine des Hospitaliers, leurs rivaux, ils font alliance avec le Vieux de la Montagne, et réclament de lui un tribut. Chrétiens et infidèles sont égaux devant leurs rapines : ils ravagent la Thrace et la Grèce, font la guerre aux royaumes chrétiens de Chypre et d'Antioche, prennent Athènes et tuent Robert de Brienne qui y commandait5.

Des faits plus significatifs encore marquent leur éclectisme religieux, leur indifférence et leur dédain pour la foi. Ils trahirent l'empereur Frédéric III qui venait de reconquérir la Terre-Sainte, et cherchèrent à le faire assassiner par les infidèles6 ; ils donnèrent asile à un Soudan fugitif, refusèrent de contribuer à la rançon de saint Louis7, détrônèrent le roi de Jérusalem, Henri II, et le duc de Croatie, dépouillèrent les frères Teutoniques de l'église Sainte-Marie et assiégèrent les Hospitaliers dans leur résidence d'Acre8 leurs luttes furieuses ne s'arrêtèrent pas même devant le tombeau du Christ, et leurs flèches vinrent tomber jusque dans le Saint-Sépulcre. Frédéric disait d'eux : « Elevés dans les délices des barons de l'Orient, les Templiers sont ivres d'orgueil : je sais de bonne source que plusieurs sultans avec les leurs ont été reçus volontiers et avec grande pompe dans l'ordre, et que les Templiers eux-mêmes leur ont permis de célébrer leurs superstitions avec invocation de Mahomet et pompe séculière9.»

Leur conduite privée n'était pas meilleure que leur vie publique. En Allemagne, vers la fin du XVe siècle, on disait encore communément : maison de Templier, pour maison de débauche10. On a contesté le sens du fameux dicton : Boire comme un Templier11 ; mais il en est un autre qui avait cours en Angleterre et auquel on ne saurait donner une interprétation favorable : Custodiatis vobis ab osculo Templariorum12. Infidèles à la loi de leur institut, ils se dispensaient de l'année de noviciat qu'elle prescrivait13. Un grand nombre de leurs chapelains supprimaient les mots sacramentels de la messe, ceux qui annoncent la consécration, fait significatif et qui dénote un audacieux mépris de l'opinion, car il se produisait en public. Enfin les réceptions se faisaient la nuit, portes closes, et il s'y passait des choses si graves que des sentinelles veillaient sur le toit du bâtiment où la cérémonie avait lieu, afin que personne n'en pût approcher. La discrétion était recommandée aux profès sous les peines les plus sévères. Des chevaliers, coupables d'avoir protesté contre les formes de la réception, avaient, été torturés ou jetés dans des oubliettes.

Telles sont les charges principales qui s'élevaient contre les chevaliers du Temple. Étaient-elles suffisantes pour motiver leur arrestation et leur mise en jugement ? L'auteur d'une des meilleures histoires des Templiers qu'on possède, Wilcke, n'hésite pas à le reconnaître14. A aucune époque de l'histoire de l'Eglise, des imputations pareilles à celles qui pesaient sur l'ordre du Temple, des faits analogues à ceux dont il s'était publiquement rendu coupable n'eussent rencontré la tolérance de l'autorité religieuse.

On croit généralement que, jusqu'à Clément V, les souverains pontifes fermèrent les yeux sur les désordres des chevaliers du Temple, en sorte que la persécution qui fondit sur eux aurait été subite, inattendue, foudroyante, et devrait, sans conteste, être regardée comme le résultat d'un concert intéressé entre le pape et le roi de France. C'est une erreur dont M. Henri Martin lui-même ne s'est pas préservé. « Rien n'indique, dit-il, que, jusqu'à la fin du XIIIe siècle, la cour de Rome ait suspecté des Templiers15. »

Il n'en est point ainsi. Le concile de Saltzbourg, en 1272, avait proposé de réunir le Temple à l'hôpital. Grégoire X, dès l'année suivante, et Nicolas IV en 1289 travaillèrent à ce projet dans le but avoué de réformer à la fois les deux ordres. Le grand maître du Temple le repoussa avec hauteur16. Ainsi les yeux de la cour de Rome étaient ouverts depuis longtemps sur les démérites et les désordres publics et privés des chevaliers. Ce qu'il y eut d'inattendu, ce ne furent pas les poursuites ; les Templiers eux-mêmes sollicitaient fièrement une enquête17, sentant bien qu'ils ne pouvaient rester plus longtemps sous le coup des rumeurs qui les inculpaient. Sans doute ils espéraient qu'elle serait bénigne et conduite à leur guise : ils se croyaient trop forts pour être sérieusement poursuivis. L'inattendu fut tout entier dans la mesure arbitraire par laquelle Philippe-le-Bel mit la main sur leurs personnes et sur leurs biens.

On lui a beaucoup reproché les voies souterraines dont il usa pour endormir leur vigilance. Le 12 octobre le grand-maître avait tenu le poêle à l'enterrement de la belle-sœur du roi : le lendemain il était en prison avec cent quarante Templiers. On oublie que sans ces précautions cauteleuses, indignes sans doute de la justice, mais commandées par les circonstances, les chevaliers eussent résisté à main armée, comme ils le firent en Aragon, où le roi dut composer avec eux. En réalité, le roi de France et le Souverain Pontife obéirent, en supprimant les Templiers, à des nécessités politiques de l'ordre le plus élevé. La destruction de l'ordre du Temple n'est qu'un épisode de la grande lutte contre tant d'associations religieuses également menaçantes pour la puissance royale et la papauté. Sans l'abaissement de ces fortes républiques monastiques, la royauté, l'unité française n'eussent jamais prévalu : la papauté elle-même eut été réduite à un rôle sacrifié, sans utilité comme sans grandeur. Pour échapper à cette destinée, elle a brisé ou humilié beaucoup d'autres ordres qui lui faisaient obstacle, et l'on a justement remarqué qu'il a été brûlé, au XlVe siècle, bien plus de Franciscains que de Templiers18.

Nous n'avons point, du reste, à discuter tous les mobiles qui dirigèrent les deux grands adversaires de l'ordre du temple. L'intérêt supérieur de la société et de la civilisation relègue ici dans l'ombre et sur l'arrière plan les questions secondaires, telles que celles de rancune et d'avidité. Il nous suffit de montrer que, même en dehors des crimes révélés par l'instruction, des faits patents, publics, avérés, élevaient déjà contre l'ordre du Temple, antérieurement à toutes poursuites, de fortes présomptions d'indiscipline religieuse, de manquement aux règles de l'ordre, d'indifférence pour la foi chrétienne et même d'hérésie.

Certes le roi de France n'avait pas le droit dé juger les chevaliers ; d'après la jurisprudence du temps, ce droit n'appartenait qu'aux tribunaux ecclésiastiques : il pouvait seulement révoquer ou restreindre leurs privilèges et requérir la hiérarchie d'abolir l'ordre ou de l'associer à un autre19. Mais il ne faut pas oublier que si le grand inquisiteur de Paris, dans l'enquête de 1307, se montra inique et cruel, si les justices particulières qu'il surveilla et stimula soumirent les chevaliers à des tortures horribles, quoique autorisées par les lois régnantes, il n'en fut pas de même des commissaires du pape, lesquels avaient pour mission de procéder contre l'ordre entier et non contre les personnes en détail20.

Les tourments et les supplices dont les accusés portèrent plainte devant la commission étaient ou antérieurs à sa réunion, ou le fait des conciles provinciaux qui procédèrent simultanément avec elle, mais non dans le même esprit ni dans le même but. La liberté même, l'énergie indignée avec laquelle les malheureux prisonniers se plaignirent de ces tourments, prouve clairement qu'ils voyaient en elle un refuge, et non un juge acquis d'avance à l'accusation.

La torture d'ailleurs n'était pas admise par les lois anglaises ; elle ne fut employée ni en Sicile, ni à Brindes, ni à Ravenne, ni à Florence, ni à Pise. Or, les aveux faits par les Templiers entendus dans ces divers pays, aussi bien que ceux recueillis par la commission pontificale, Concordent sur les points capitaux, avec les aveux arrachés aux chevaliers torturés par les juges vendus à Philippe-le-Bel. Il y a plus, et c'est là un fait digne de remarque : les dépositions obtenues par la commission papale de 1309-1310 qui procéda avec autant de ménagements que de sage lenteur sont plus significatives que les aveux très brefs, uniformes et peu instructifs recueillis en 1307 par l'inquisiteur et les gens du roi21. En tête du tome II du second procès, M. Michelet, revenant, avec une bonne foi qui l'honore, sur les hypothèses par lui émises dans son Histoire de France, a fait sur ce point une observation qu'il importe de consigner ici : « Il suffit, dit-il, de remarquer, dans les interrogatoires que nous publions, que les dénégations sont presque toutes identiques, comme si elles étaient dictées d'après un formulaire convenu ; qu'au contraire les aveux sont tous différents, variés de circonstances spéciales, souvent très naïves, qui leur donnent un caractère particulier de véracité. Le contraire devrait avoir lieu si les aveux avaient été dictés ou arrachés par les tortures : ils seraient à peu près semblables, et la diversité se trouverait plutôt dans les dénégations. »

Les principaux chefs d'accusation énoncés dans les articles formulés par la cour de Rome étaient :

L'initiation accompagnée d'insultes à la croix, du reniement du Christ et de baisers infâmes ;

L'adoration d'une idole considérée comme image du vrai Dieu, du seul auquel on dût croire ;

L'omission des mots sacramentels de la messe ;

Le droit que s'arrogeaient les chefs laïques de donner l'absolution ;

L'autorisation du crime contre nature.

Les aveux portant sur ces chefs d'accusation ont-ils un caractère de généralité tel qu'on doive considérer les faits qu'ils révèlent comme incombant à l'ordre entier, ou, au moins, à ses principaux chefs, comme le résultat d'une règle, d'un statut officiel et secret ? Telle est la première question que nous voulons examiner. C'est, à vrai dire, la plus obscure et la plus difficile de cet obscur et difficile sujet, et nous prions tout d'abord qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée en lui donnant plus d'extension qu'elle n'en comporte. Nous n'entendons pas établir que l'ordre entier se soit prêté à la violation secrète de sa loi et de ses serments, ni même qu'une règle prescrivant cette violation ait été proposée à l'acceptation de tous ses membres. Nous essaierons seulement de montrer que cette règle exista, puissante, uniforme, toujours la même, malgré la différence des temps et des lieux, battant en brèche, autant qu'elle le put, le statut officiel, convenue par conséquent, à son origine, entre un certain nombre de chefs influents et propagée par eux ou leurs successeurs. C'est cette règle dont nous voulons préciser la nature et l'esprit, après en avoir préliminairement établi l'existence.

II

L'ORDRE DU TEMPLE A- T-IL EU DES STATUTS SECRETS ?

Si l'on consulte les statuts de l'ordre du Temple, tels qu'ils nous sont parvenus, il est certain qu'on n'y découvre rien qui justifie les étranges et abominables pratiques révélées par l'instruction22. Mais que faut-il penser de la question posée à la fin du chapitre qui précède ? A côté de la règle publique, l'ordre n'en avait-il pas une autre, soit traditionnelle soit écrite, autorisant ou même prescrivant ces pratiques, règle secrète, révélée aux seuls initiés et à laquelle un grand nombre de membres l'étaient soumis ?

Mùnter, et en général tous les écrivains défenseurs de l'ordre, protestent contre cette supposition. Il faut reconnaître pourtant que les plus graves présomptions plaident en sa faveur et qu'elle est justifiée par de nombreuses dépositions et par les termes mêmes des articles sur lesquels les Templiers furent interrogés en vertu de la bulle Faciens misericordiam.

Nous avons dit un mot déjà de la nature et du caractère de cette enquête. Elle ne fut pas dirigée contre certains coupables nominativement désignés, mais contre l'ordre entier, envisagé comme personne collective. Le jugement des personnes, les crimes individuels étaient abandonnés lux conciles provinciaux ; l'enquête confiée aux commissaires pontificaux visait plus haut. C'était de l'esprit même de l'institution qu'elle se préoccupait : elle avait pour but avoué de rendre l'ordre tout entier solidaire des les de ses chefs et d'un certain nombre de ses membrés. Le titre même l'indique : Isti sunt articuli super quibus inquiretur contra ordinem militai Templi. Or, après avoir énoncé les pratiques criminelles sur lesquelles il devait être informé, l'enquête ajoute que ces pratiques sont de l'observance ou statut de l'ordre (art. 84) ; qu'elles sont au nombre des points d'ordre introduits après l'approbation donnée aux statuts par le siège apostolique (art. 86). Il ne se peut rien de plus formel. Ces articles prouvent que, dans la pensée du Saint-Siège, les pratiques dont il s'agit étaient tout à la fois consacrées par un statut et observées dans l'ordre entier23. L'article 112 explique d'ailleurs que l'association se croyait obligée à exécuter aveuglément tout ce que le grand-maître ordonnait. D'accord avec l'accusation, la bulle de suppression : Vox in excelso, qui ne nous est connue que depuis peu d'années, met formellement à la charge de l'ordre les crimes imputés au grand-maître, aux visiteurs et aux commandeurs. « Nous apprîmes, dit le souverain pontife, que le maître, les commandeurs et les autres frères de cet ordre, que l'ordre lui-même étaient entachés desdits crimes et de plusieurs autres. » Si l'on objecte qu'il entrait dans le plan des instigateurs du procès de perdre l'association tout entière, que c'était l'association par conséquent et non quelques-uns de ses membres qu'il convenait de mettre en cause, on fera remarquer que des aveux nombreux confirment et légitiment l'incrimination dirigée contre les Templiers en tant que société collective.

Des dépositions très circonstanciées et très explicites montrent en effet que, dans la cérémonie des réceptions, on se livrait à des actes, on observait des pratiques absolument différentes de celles qu'autorisaient les statuts publics et officiels. Ces actes et ces pratiques étaient donc recommandés par un statut différent de celui que la cour de Rome avait sanctionné. Il y a plus : divers chevaliers interrogés avouent que ces pratiques leur ont été commandées à titre de points d'ordre. Le procès inédit de Florence contient sur ce fait les dépositions les plus précises.

Le premier témoin entendu dans ce procès affirme que l'adoration d'une idole à laquelle on adressait les paroles chrétiennes : Deus, adjuva me, était un rite observé dans tout l'ordre24. Il ajoute qu'il y avait de pareilles idoles dans tous les chapitres. Le troisième témoin déclare même que le précepteur de la maison de Sainte-Sophie de Pise avait une tête semblable à l'idole de Bologne, tête qui était sa propriété particulière et qu'il adorait. Le cinquième témoin n'est pas moins affirmatif que le premier sur la solidarité de l'ordre dans les usages incriminés25.

En France, le 104e témoin dans l'enquête de 1310, Ravnal de Bergeron, est plus formel encore. Le reniement, les insultes à là croix, les baisers qu'il a dû donner a son initiateur et jusqu'au crime contre nature, tout cela lui a été commandé ou permis à titre de point d'ordre.

Gérard de la Roche, 106e témoin, en dit autant du reniement et du crachement sur la croix. Il ajoute que ceux qui se refusaient à ces sacrilèges ou qui les révélaient étaient emprisonnés et durement traités.

Le grand prieur, Raymond de Vassiniac, entendu le 6 mai 1310, après avoir raconté les circonstances de sa réception, après avoir dit qu'il avait été requis de renier la croix de marcher et de cracher dessus, ajoute que ce mode de réception est observé dans l'ordre entier, que ce sont la des points et usages de l'ordre. Il en dit autant des baisers: Fuit ei dictum, quod, secundum puncta ordinis, debebat eum osculari in ore et umbilico26. Il avoue avoir reçu d'autres frères de la même façon ; ni lui ni eux n'ont protesté. Ce mot : C'est un point d'ordre, répondait à tout et faisait taire tous les scrupules.

C'est aussi en vertu d'un règlement secret que les prêtres de l'ordre devaient omettre les mots sacramentels de la messe : « On m'annonça comme un précepte de l'ordre, dit un des témoins de Viterbe, que les prêtres Templiers, en célébrant la messe, ne devaient point prononcer les paroles de la consécration ; mais je ne les ai jamais omises27 ».

L'abominable autorisation que l'initiateur glissait dans l'oreille du profès était-elle aussi un article statutaire ? on peut le croire si l'on s'en rapporte à certaines dépositions, à celle de Guillaume de Varnage28 et de Raoul de Tavernay, par exemple29. Il parait toutefois que cette honteuse permission n'était pas accordée indifféremment à tous les récipiendaires, mais seulement aux plus jeunes, « ne ordo diffamaretur pro mulieribus30.» Ce qu'on voulait vraisemblablement, c'était éloigner toute relation avec les femmes et, par là, préserver l'ordre des indiscrétions qui eussent vite compromis le secret de ses mystères. Le Temple se faisait gloire de mépriser la femme : on voit assez pourquoi.

C'est par le même motif encore, c'est dans le but de couvrir le secret de l'ordre d'un voile impénétrable que le grand maître s'arrogeait le droit d'absoudre les frères, même des péchés qu'ils avaient dissimulés, « soit par honte, soit par crainte des pénitences31. » Cet abus que l'acte d'accusation met à la charge du grand-maître seul parait s'être étendu à tous ceux qui présidaient les chapitres, et même aux chefs laïques32. Dans notre pensée, il eut un caractère plus général que l'ignoble licence dont il vient d'être question. La mystérieuse doctrine formulée dans les articles secrets ne paraît pas s'être traduite, au moins dans la pratique, en plus de trois articles : les autres points de doctrine n'étaient sans doute que des conséquences de ces articles principaux. C'est ce qu'indiquait clairement un des chevaliers lorsqu'il disait à un laïque de ses amis : «Quand bien même tu serais mon père et que tu pourrais devenir grand-maître de l'ordre, je ne voudrais pas que tu entrasses au milieu de nous, car nous avons trois articles que personne ne connaîtra jamais, excepté Dieu et le diable et nous-mêmes, frères de l'ordre33. »

Plusieurs accusés, il est vrai, nièrent que les injonctions coupables leur eussent été faites à titre de points d'ordre ; mais, en y regardant de près, l'on s'aperçoit que, parmi ces accusés, les uns (et c'est le plus grand nombre) eurent pour but de décharger l'ordre en prenant sur eux seuls la responsabilité des faits inculpés ; les autres s'étaient prêtés sans résistance aux ignobles pratiques qu'on leur imposait : il n'avait donc pas été nécessaire d'invoquer, pour les y plier, la règle et l'usage34.

Que beaucoup de ces braves chevaliers se soient révoltés à l'idée de ces profanations et de ces monstruosités ; qu'ils aient énergiquement refusé de s'en souiller, c'est un fait, trop naturel et trop honorable pour qu'on le passe sous silence. Qu'en présence de leur généreuse résistance les initiateurs aient reculé devant l'œuvre impie et cherché même à rassurer les consciences indignées en donnant ces odieuses exigences comme une plaisanterie, una truffa35, c'est encore là un fait dont il est juste de tenir compte, mais qui, pas plus que le précédent, ne prouve rien contre l'existence d'une règle secrète et hétérodoxe.

Par l'opinion du Saint-Siège et de l'Eglise même, opinion exprimée dans les articles d'enquête et dans la bulle de suppression récemment publiée, par les cérémonies observées dans les réceptions, par les aveux d'un grand nombre d'accusés, par les violences et les tortures infligées à certains récalcitrants, il demeure donc tout à fait vraisemblable que certains chefs du Temple avaient tenté de donner à l'ordre, à l'insu de la cour de Rome, une constitution mystérieuse différente de son statut public. Cette constitution était-elle traditionnelle ou rédigée par écrit ? Sur ce dernier point il existe une déposition tellement nette et précise qu'on se demande comment on a pu sérieusement soutenir le contraire de ce qu'elle affirme. C'est celle du jurisconsulte Raoul de Presle, entendu le 11 avril 1310 par la commission pontificale.